La foi vivante de l’église orthodoxe, Orthodoxie

L’Orthodoxie et la Religion du futur – VII. L’esprit « œcuménique » du « renouveau charismatique »

25 janvier 2021

Avant de citer les témoignages « charismatiques », nous devons souligner une caractéristique importante du mouvement pentecôtiste originel, qui est rarement mentionnée par les écrivains « charismatiques », à savoir le grand nombre des sectes pentecôtistes et leur diversité, chacune avec ses propres accents doctrinaux, et souvent isolées les unes des autres.

Il y a des « Assemblées de Dieu », des « Églises de Dieu », des entités « pentecôtistes » et de « Sainteté », des groupes de « l’Évangile plénier », etc., dont beaucoup sont divisés à leur tour en sectes moins importantes. La première chose que l’on aurait à dire de « l’esprit » qui inspire une telle anarchie, c’est que ce n’est certainement pas un esprit d’unité, contrairement à l’Église apostolique du premier siècle à laquelle le mouvement prétend revenir. Néanmoins, on parle beaucoup, surtout dans le « mouvement charismatique » ayant lieu au sein des confessions au cours de la dernière décennie, de « l’unité » qu’il inspire. Mais de quel genre d’unité s’agit-il ? — s’agit-il de la véritable unité de l’Église que connaissent les chrétiens orthodoxes des premier et vingtième siècles, ou de la pseudo-union du Mouvement œcuménique, qui nie l’existence de l’Église du Christ ?

La réponse à cette question est énoncée assez clairement par probablement le principal « prophète » du pentecôtisme du vingtième siècle, David Du Plessis, qui, depuis vingt ans, diffuse activement la nouvelle du « baptême du Saint-Esprit » parmi les confessions du Conseil œcuménique des Églises, en réponse à une « voix » qui lui a ordonné de le faire en 1951.

« Le réveil pentecôtiste au sein des Églises prend de la force et de la vitesse. Le plus remarquable est que ce renouveau se retrouve dans les sociétés dites libérales et beaucoup moins dans les segments évangéliques et il est même absent dans les communautés fondamentalistes du protestantisme. Les derniers mentionnés sont aujourd’hui les opposants les plus véhéments à ce renouveau glorieux car c’est dans le Mouvement pentecôtiste et dans les mouvements modernistes du Conseil Mondial que l’on trouve les manifestations les plus puissantes de l’Esprit » 1.

Dans l’Église catholique romaine également, le « renouveau charismatique » se produit précisément dans les cercles « libéraux », et l’un de ses résultats est d’encourager encore plus leur œcuménisme et leur expérimentation liturgique (« messes accompagnées à la guitare », etc.) ; tandis que les catholiques traditionalistes sont aussi opposés au mouvement que les protestants fondamentalistes. Sans aucun doute, l’orientation du « renouveau charismatique » est fortement œcuméniste. Un pasteur luthérien « charismatique », Clarence Finsaas, écrit : « Beaucoup sont surpris que le Saint-Esprit puisse se mouvoir également dans les diverses traditions de l’Église historique… que les fondements de la doctrine de l’Église soient calvinistes ou arméniens, cela importe peu, ce qui prouve que Dieu est plus grand que nos croyances et qu’aucune confession n’a le monopole sur Lui » 2. Un pasteur épiscopalien, s’exprimant sur le « renouveau charismatique », rapporte que « sur le plan œcuménique, il conduit à un remarquable rapprochement de chrétiens de différentes traditions, principalement au niveau des églises locales » 3. Le périodique « charismatique » californien Inter-Church Renewal est plein de manifestations d’« unité » comme celle-ci : « Les anciennes ténèbres ont été dissipées et une religieuse catholique romaine et un protestant ont pu s’aimer d’un nouveau genre d’amour étrange, » qui prouve que « les anciennes barrières confessionnelles s’effondrent. Les différences doctrinales superficielles sont mises de côté pour que tous les croyants puissent entrer dans l’unité du Saint-Esprit. » Le prêtre orthodoxe, le père Eusebius Stephanou croit que « cette effusion du Saint-Esprit transcende les lignes confessionnelles… L’Esprit de Dieu se déplace… à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église orthodoxe » 4.

Ici, le chrétien orthodoxe, attentif à « tester les esprits », se retrouve en terrain familier, semé des clichés œcuménistes habituels. Et surtout, notons que cette nouvelle « effusion du Saint-Esprit », exactement comme le Mouvement œcuménique lui-même, surgit en dehors de l’Église orthodoxe; les quelques paroisses orthodoxes qui se lancent désormais dans cette voie suivent évidemment une mode du temps qui a mûri entièrement en dehors des limites de l’Église du Christ.

Mais que peuvent enseigner aux chrétiens orthodoxes ceux qui ne font pas partie de l’Église du Christ ? Il est certainement vrai (aucun fidèle orthodoxe conscient ne le niera) que la ferveur et le zèle de certains catholiques romains et protestants concernant la fréquentation de l’église, les activités missionnaires, la prière commune, la lecture des Écritures, etc., peuvent faire honte aux chrétiens orthodoxes. Les non-orthodoxes fervents peuvent faire honte aux orthodoxes, malgré les erreurs de leurs croyances, quand ils font plus d’efforts pour plaire à Dieu que beaucoup d’orthodoxes qui, eux, possèdent la plénitude du christianisme apostolique. Les orthodoxes feraient bien d’apprendre d’eux et de s’éveiller aux richesses spirituelles de leur propre Église qu’ils ne parviennent pas à appréhender par paresse spirituelle ou à cause de mauvaises habitudes. Tout cela a trait à la dimension humaine de la foi, aux efforts humains qui peuvent être déployés dans les activités religieuses, que la croyance soit bonne ou mauvaise.

Le mouvement « charismatique », cependant, prétend être en contact avec Dieu, avoir trouvé un moyen pour recevoir le Saint-Esprit, l’effusion de la grâce de Dieu. Et pourtant, c’est précisément l’Église, et rien d’autre, que notre Seigneur Jésus-Christ a établie comme moyen de transmettre la grâce aux hommes. Devons-nous croire que l’Église doit maintenant être remplacée par une « nouvelle révélation » capable de transmettre la grâce en dehors de l’Église, au sein de tout groupe de personnes qui pourraient croire au Christ, mais qui n’ont aucune connaissance ou expérience des Mystères (Sacrements) que Christ a institué et aucun contact avec les Apôtres et leurs successeurs qu’Il a nommés pour dispenser les Mystères ? Non : il est aussi certain aujourd’hui qu’au premier siècle que les dons du Saint-Esprit ne sont pas révélés à ceux qui sont en dehors de l’Église. Le grand père orthodoxe du XIXe siècle, Mgr Théophane le Reclus, écrit que le don du Saint-Esprit est donné « précisément par le sacrement de la chrismation, qui a été introduite par les apôtres à la place de l’imposition des mains » (qui est la forme que prend le sacrement dans les Actes des Apôtres). « Nous tous — qui avons été baptisés et avons reçu la chrismation — avons le don du Saint-Esprit… même s’il n’est pas actif chez tout le monde. » L’Église orthodoxe fournit les moyens de rendre ce don actif, et « il n’y a pas d’autre chemin… Sans le sacrement de la chrismation, tout comme auparavant sans l’imposition des mains des apôtres, le Saint-Esprit n’est jamais descendu et ne descendra jamais descendre. »  5

En un mot, l’orientation du « renouveau charismatique » peut être décrite comme celle d’un œcuménisme nouveau et plus profond ou d’un œcuménisme « spirituel » : chaque chrétien est « renouvelé » dans sa propre tradition, mais en même temps il se trouve étrangement uni (car c’est la même expérience) à d’autres croyants « renouvelés » dans leurs propres traditions, qui contiennent toutes des degrés divers d’hérésie et d’impiété ! Ce relativisme conduit aussi à une ouverture à des pratiques religieuses complètement nouvelles, comme lorsqu’un prêtre orthodoxe permet à des laïcs de « poser leurs mains sur lui » devant les portes royales d’une église orthodoxe 6. La fin de tout cela est la vision super-œcuméniste du principal « prophète » pentecôtiste, qui dit que de nombreux pentecôtistes « ont commencé à visualiser la possibilité que le Mouvement devienne l’Église du Christ dans les derniers jours des temps. Cependant, cette situation a complètement changé au cours des dix dernières années. Beaucoup de mes frères sont maintenant convaincus que le Seigneur Jésus-Christ, le chef de l’Église, répandra son Esprit sur toute chair et que les Églises historiques seront ravivées ou renouvelées et ensuite elles seront unies par le Saint-Esprit dans ce renouveau » 7. De toute évidence, il n’y a pas de place dans le « renouveau charismatique » pour ceux qui croient que l’Église orthodoxe est l’Église du Christ. Il n’est pas étonnant que même certains pentecôtistes orthodoxes admettent qu’au début ils se méfiaient de l’orthodoxie de ce mouvement 8.

Mais commençons maintenant à regarder au-delà des théories et pratiques œcuménistes du pentecôtisme vers ce qui inspire réellement et donne de la force au « renouveau charismatique » : l’expérience réelle de la puissance de « l’esprit ».

 


 

Hieromonk Seraphim Rose, Orthodoxy and The Religion of the Future, p. 151-156, Saint Herman of Alaska Brotherhood, Platina, California, 1979
Traduction: hesychia.eu

 


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  1.   Du Plessis, David J., The Spirit Bade me Go, p. 28, Logos International, Plainfield, New Jersey, 1970
  2. Christenson, Larry, Speaking in Tongues, p. 99, Dimension Books, Minneapolis, 1968
  3. Harper, Michael, Life in the Holy Spirit, p. 17, Logos Books, Plainfield, N.J., 1966
  4. Logos, janvier 1972, p. 12
  5. Mgr Théophane le Reclus, Sur la vie spirituelle, Jordanville, N.Y., 1962, pp. 247-8 [en Russe]. P. Eusèbe Stephanou [Logos, Janv., 1972, p.13] tente de justifier « l’accueil actuel de l’Esprit-Saint » hors de l’Église en citant les récits de la maison de Cornélius le centurion [Actes X], qui reçut l’Esprit-Saint avant le baptême. Mais la différence entre les deux situations est cruciale : la réception de l’Esprit-Saint par Cornélius et sa famille était le signe qu’ils devaient entrer dans l’Église par le baptême, alors que les pentecôtistes contemporains par leur expérience ne sont que confirmés dans leur illusion qu’il n’y a pas une église salvifique du Christ.
  6. Logos, avril 1972, p. 4
  7. Du Plessis, David J., The Spirit Bade me Go, p. 33, Logos International, Plainfield, New Jersey, 1970
  8. Logos, avril 1972, p. 9

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