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Les sermons de carême du père Gheorghe Calciu – VII

5 juin 2020

Le pardon

Paroles prononcées à l’église de Radu-Vodă, le sixième mercredi du grand carême, le 19 avril 1978

Părintele Gheorghe Calciu – Cuvintele către tineri, pp. 49-58, Editura Christiana, București, 2015

traduction: hesychia.eu

« C’est pourquoi, Je te le dis, beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. » [Luc VII, 47]

Quand j’ai commencé ces « paroles », jeune ami, au premier des sept, je ne te connaissais pas. De toi, je savais que tu existes, que tu aspires à quelque chose que le monde ne peut pas te donner, et je t’ai appelé, comme s’il s’agissait d’un frère inconnu, pour te montrer une voie nouvelle à emprunter. Je t’ai parlé de Christ et de son Église, d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, de la mort et de la résurrection et, surtout, de l’amour de Jésus pour toi.

 

 

L’église en bois saint Jean Baptiste, village de Românești

L’église en bois saint Jean Baptiste, village de Românești, département de Timiș

 


Mais maintenant je t’appelle frère, pas seulement mon prochain ; je t’aime, non pas d’un amour abstrait qui cherche son objet, mais d’un amour qui l’a trouvé, parce que je te connais et que tu es dans mon cœur, tout comme moi, je suis dans ton cœur. Car si tu es venu ici plusieurs fois pour m’écouter, tu l’as fait parce que tu as entendu la voix de Jésus, cette voix irrésistible qui t’a réveillé de ta torpeur matérialiste et de la léthargie athée dans laquelle tu gisais. Tu as entendu quand Jésus t’a dit : « Viens à moi ! » Et quand tu es revenu à Lui, il a mis un anneau sur ton doigt et de nouvelles chaussures à tes pieds, et sur tes épaules le meilleur manteau [Luc xv, 20-24]. Parce que tu es arrivé blessé et en train de saigner.
Tu étais opprimé par tout ce que tu avais appris sur la déification de la matière et par toutes les barrières érigées devant tes recherches par l’athéisme fétichisé. Devant tes yeux, aveugles jusque-là, s’est allumée une lumière plus séduisante que n’importe quel chant de sirène du monde. Et tu as laissé loin derrière toi le pays infertile de l’incrédulité et les caroubes [Luc xv, 14-17] que tu as mangé jusque-là. Tu as oublié tes professeurs, qui t’ont dit que c’était la seule nourriture et que sans elle tu allais mourir. Et puis tu as entendu la parole de Jésus qui te disait :
« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » [Matthieu iv, 4]
Ami, quand as-tu réussi à te nourrir de la parole de Dieu ? Et pourtant, c’est ce que tu fais ! Pour cette parole, tu as abandonné ton repos, ta paix confortable, tu as bravé les obstacles et les interdits et tu es venu ici pour te nourrir de la parole du Christ. Honneur à toi, mon ami ! Dieu te donnera sa parole et sa grâce, et il te les donnera abondamment, car il est écrit :
« Car quiconque demande, reçoit, et qui cherche, trouve, et l’on ouvrira à celui qui frappe. » [Matthieu vii, 8]
Pour ta sollicitude persévérante, mon brave ami, Jésus te récompensera. Parce que tu as eu le courage de combattre l’habitude et l’inertie qui te gardaient prisonnier ; parce que tu as eu le courage de briser le barrage des interdictions qui t’ont été imposées, comme un barrage insurmontable, par l’idéologie marxiste, estimant que les postulats de l’autorité n’ont pas besoin de démonstration et que cette autorité pourrait supplanter la foi ; parce que tu as eu le courage, une fois sorti de la servitude de ces doctrines, d’aller vers l’amour tangible que tu découvrais. Et à mesure que tu avançais, tu comprenais mieux que cet amour infini et crucifié brillait pour toi, personne unique et irremplaçable, comme je t’ai déjà appelé. Pour ton courage, tu as reçu le pardon. Ne ressens-tu pas en toi cet esprit d’amour, de paix, qui s’est installée dans ton âme, la certitude avec laquelle tu marches sur le nouveau chemin de l’obéissance au Christ ? C’est la grâce de Dieu qui vient à toi. Premièrement, cette grâce te rend rarement visite. Quand, en priant, tu ressentiras un frisson d’un instant traverser ton cœur, comme une joie ineffable, quand, à genoux, tu ressentiras une inexprimable tendresse dans ton âme et un besoin irrésistible de pleurer, tu dois savoir que la Grace te rend visite.
Persévère, mon ami, et la Grâce viendra plus souvent, de plus en plus souvent, jusqu’à ce qu’elle t’habite en permanence. Alors, tu connaîtras l’état de grâce continu et la paix intérieure, qui ont comme origine le pardon accordé par le Christ et qui se transforme en une joie spirituelle rayonnant de manière invisible à travers tous les pores de ton être. Et tu connaîtras le bonheur d’être pardonné et de pardonner. Car notre vie est dure tant que la matière représente notre ciel et notre terre et l’esprit reste aveugle tant que l’athéisme est notre religion. Et s’il y a quelque chose qui te sauve, mon ami, même pendant le temps de ton appel au Christ, avant que ton âme ne soit inondée par la lumière de la foi, c’est bien la joie de pardonner et d’être pardonné. « La vie en commun est difficile. Il faut savoir se faire pardonner. » Non seulement pardonner, ce qui te donnerait la satisfaction orgueilleuse de la bonté, mais savoir comment se faire pardonner, qui est l’équivalent absolu de l’humilité.

Je me souviens de t’avoir parlé de Jésus et de son église en tant qu’institution sainte, en tant que réalité spirituelle sur le seuil de laquelle tu te trouves depuis longtemps. Mais ce n’est que maintenant que tu as pu briser la multitude de fils invisibles tissés par les concepts qui te tiraient en arrière. Je t’ai parlé des églises dispersées sur la terre de notre pays, sur laquelle nous marchons d’un pas léger ou endolori, et je t’ai montré que nous avons résisté à travers des siècles d’humiliation, mais aussi de gloire, par notre foi orthodoxe indestructible. Que l’amour de la terre et le lien d’un sang et d’une langue communs ont été exprimés dans l’histoire vivante, vraie, à travers les églises érigées par des voïvodes — des lettres de pierre que le temps ne peut effacer. Et si nous voyons maintenant une église détruite afin de la remplacer par une taverne, nous disons « NON ! » avec toute la souffrance de notre âme, contre ceux qui croient qu’en détruisant les églises et en interdisant — dans la presse, dans les écoles et dans les cœurs — la parole de Dieu, ils ont aboli Celui par la miséricorde duquel nous vivons et durons.

Je t’ai parlé de ta liberté en Christ et de la manière dont tu devrais l’utiliser. Je t’ai montré que les minéraux ne connaissent ni la mort ni la vie, sauf par analogie, mais seulement l’état de fait ; que les animaux connaissent la vie et la mort, mais inconsciemment ; mais toi, jeune homme, tu connais la mort et la vie et, au-dessus d’eux, la résurrection, malgré toutes les interdictions d’y croire. Car le Christ t’a appelé à la déification. Pas à la condition de simple être vivant, pas même à la simple condition humaine, mais il t’a élevé au-dessus de la condition humaine, quand Il a dit :
« Père, Je veux que, là où Je suis, ceux que Vous M’avez donnés y soient aussi avec Moi, afin qu’ils voient Ma gloire que Vous M’avez donnée » [Jean xvii, 24]

Ce sont les choses que je t’ai dites, mon jeune ami, et beaucoup d’autres semblables, avec les paroles du Christ. Et pour cela, mes frères se sont mis à me haïr, et on t’a interdit de venir m’écouter ; toi, qui avais soif de la parole de Dieu et qui voulais savoir si tu étais totalement condamné ou si tu avais été choisi par quelqu’un pour un destin bien plus élevé, pour la résurrection. On a fermé les portails et des murs ont été érigés devant toi pour t’arrêter.
Toi qui as écrit dans l’une de tes lettres, parce que chaque lettre de l’un d’entre vous vous exprime tous — à propos de ton élan pour chercher ce qui transcende la matière, pour dépasser l’immanent aujourd’hui déifié ; sur votre espoir de marcher sur le chemin de la vérité et la joie d’entrevoir Celui qui est la vérité, le chemin et la vie. Tu m’écrivais il y a quelques jours : « Quelle joie d’entendre parler de Dieu et du monde, autre que celui de la matière, à partir d’une chaire laïque et d’un professeur laïc ! » C’était un rêve qu’il ne pouvait pas croire. Et comprendre que ce laïc était illuminé par l’esprit de la foi qu’il faisait connaître, non seulement à travers des mots, mais aussi par toute la lumière qui émanait de son être. Par conséquent, je vous envie presque, théologiens, vous qui savez, connaissez et vivez ce que nous ne connaissons pas et ne savons pas, mais vers quoi tout notre être aspire ».

Ou toi, jeune enseignant de 35 ans, qui a déclaré : « J’ai passé toutes ces années d’éducation à forcer les élèves à sortir des églises. Mais maintenant, j’ai compris ce qui les avait amenés là-bas et pourquoi ils revenaient à l’église, me pardonnant. Je comprends maintenant que si vous, les étudiants de première année du séminaire, croyez si profondément et si vous connaissez autant sur les profondeurs de l’être humain et sur un monde que j’ai interdit à mes étudiants, je dois croire plus que vous. »
Ne devaient-elles pas, ces paroles, nous rappeler la conversion de Paul sur le chemin de Damas ? Car, si nous admettons avec Albert Camus que chaque homme traverse au moins une fois dans la vie le mont des Oliviers, nous devons aussi admettre que chacun de nous fait une fois l’expérience du chemin de Damas, lorsque la voix de Jésus résonne pour nous, aussi :
« Et, tombant à terre, il entendit une voix qui lui dit : Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu ? Il répondit : Qui êtes-Vous, Seigneur ? Et le Seigneur : Je suis Jésus, que tu persécutes ; il t’est dur de regimber contre l’aiguillon. » [Actes ix, 4-5]
Personne n’est exempt de souffrance. Si nous souffrons que la souffrance soit en Christ ; si nous pardonnons, que nous pardonnions pour Christ ! Mais la vérité doit être toujours devant nous. « La vérité avant la paix », comme m’a dit un étudiant de l’école polytechnique, auditeur de ces « Sept paroles aux jeunes » ; et par « paix » nous devons comprendre non pas la paix de Christ selon Jean xiv, 27-29, ni la période entre deux guerres, comme il aimait l’appeler Nicolae Titulescu, mais cette commodité spirituelle et matérielle, pour laquelle nous foulons aux pieds les principes et la justice, cet état de tolérance qui nous aide à nous endormir chaque soir avec un compromis dans le cœur et à nous réveiller avec un compromis nouveau sous l’oreiller. Et maintenant, je vais lire la déclaration d’un étudiant en théologie à propos de ces « sept paroles ».
Parce que de telles déclarations écrites ont été prises, en forçant la main et la conscience, à l’Institut théologique. On sait ce que signifie une déclaration écrite, la crainte et la terreur qu’elle peut engendrer, comme cela s’est déjà produit dans certains cas. Parmi les déclarations données, j’en ai choisi une pour sa clarté (non pas pour sa justesse, car elles sont toutes aussi justes) :
« … Je déclare que le mercredi 12 avril à 21 heures, j’ai écouté “Le sixième mot aux jeunes” prononcé par le père Gh. Calciu-Dumitreasa sous le porche de l’église Radu-Vodă à Bucarest. J’ai aussi écouté les troisième, quatrième et cinquième mots, mais dans d’autres conditions… Je déclare avoir rencontré pendant le dernier, mais aussi pendant ses autres sermons, de nombreux étudiants de l’Institut théologique, des doctorants en théologie, des étudiants d’autres facultés, des personnes que je n’avais jamais vues et de nombreux étudiants de séminaire. L’atmosphère dans l’église a été impressionnante et j’ai vraiment vécu des moments d’élévation spirituelle et de recueillement.
En ce qui concerne le contenu des sermons, je suis entièrement d’accord avec les idées présentées par le révérend professeur, qui se contente de regarder de manière lucide et réaliste les problèmes que nous devons regarder aujourd’hui, dans le strict respect des enseignements de l’Église orthodoxe. Le père Gh. Calciu a été mon professeur pendant plusieurs années au séminaire théologique de Bucarest, dont je suis diplômé, et il a grandement contribué à notre formation en tant qu’étudiants et véritables serviteurs du Christ et de l’Église de la nation. »

Dois-je ajouter autre chose ? Peut-être n’est-ce que mon hommage au courage de cet étudiant et au vôtre, celui de tous ceux qui, foulant aux pieds l’instinct de préservation, ont placé la « vérité avant la paix » et sont venus ici ; ou peut-être la joie que les autres déclarations, écrites ou verbales, m’ont provoquée, comme votre présence dans cette église ; ou peut-être, enfin, mon humilité que vous êtes bons et que vous aimez Jésus plus que moi, car même sans être ses serviteurs, vous n’avez pas hésité à sacrifier votre confort pour venir exprimer votre amour pour Dieu. Prions pour tous nos frères qui nous aiment et qui nous haïssent, qui nous ont fait du bien et du mal, qui nous ont pardonné ou ne nous ont pas pardonné. Que nous pardonnions tout à tous ! Je conclurai, jeune ami, cette dernière « Parole » par un passage de la « Parole » de Saint Jean Chrysostome, lue au cours des matines des Pâques dans toutes les églises orthodoxes, car les Pâques arrivent, le Jour de la Résurrection et notre joie à tous. Alors, vous apprendrez que Christ est ressuscité et que nous ressusciterons tous.


Quand je dis que vous allez le découvrir, il faut comprendre que votre cœur et votre âme découvriront pleinement cette certitude qui les habitait depuis longtemps, et en vertu de laquelle vous êtes ici.
« … Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive à présent son juste salaire.
Si quelqu’un est venu après la troisième heure qu’il célèbre cette fête dans la reconnaissance.
Si quelqu’un a tardé jusqu’à près la sixième qu’il n’ait aucune hésitation, car il ne perdra rien.
S’il en est un qui a remis jusqu’à la neuvième qu’il approche sans hésitation et sans crainte.
Et s’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure qu’il ne craigne pas son nonchaloir.
Le Seigneur est généreux et il reçoit le dernier comme le premier : il admet au repos celui qui vient à la onzième heure comme le travailleur de la première.
Du dernier il a pitié et il prend soin du premier.
A celui-ci il donne, à l’autre il fait grâce,
Il reçoit l’œuvre et il accueille avec amour la bonne volonté. Il honore l’action, il loue la bonne disposition ;
Ainsi donc, entrez tous dans la joie de votre Maître et les premiers et les seconds, vous recevrez la récompense.
Le Christ est ressuscité et les anges sont dans la joie !
Le Christ est ressuscité et la vie règne !
Le Christ est ressuscité et il n’y a plus un mort au tombeau. »

J’ai lu ces lignes pour que vous les connaissiez. Je vous ai lit cette « Parole », car la Semaine sainte arrive, devant laquelle toutes les voix se taisent. Je vous les ai lues afin que vous sachiez que si, dans les jours à venir, nous aurons à vivre dans notre esprit et dans notre chair le calvaire du Christ, au sommet du Golgotha nous attendent le pardon et la résurrection. Je vous ai lu ces vérités pour vous rappeler que la nation roumaine monte depuis des siècles sur le Golgotha de l’histoire, reproduisant constamment, en esprit, le chemin de Jésus et anticipant, par la foi, cette résurrection que toi, mon ami, notre frère à tous, tu l’apportes comme une torche brûlante dans ton cœur.

Au septième sermon, les autorités ont pris la mesure surprenante de déverrouiller le portail et la porte de l’église et le sermon s’est tenu à l’intérieur.

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