Pages de Synaxaire

 

Chez les saints, ce ne sont pas seulement les paroles, les enseignements, les exhortations, c’est tout l’ensemble de la vie qui forme à la philosophie divine ceux qui veulent observer de semblables modèles.

Saint Jean Chrysostome, Première homélie sur Priscille et Aquilas, §3

 


 Septembre

 


… que le Prophète ne leur servirait de rien tant qu’ils ne seraient point eux-mêmes déterminés à faire leur devoir. Cela étant, mes bien-aimés, ayons recours sans doute à la protection des Saints, et demandons -leur de prier pour nous ; mais ne comptons pas uniquement sur leurs prières, mettons bon ordre à ce qui nous regarde, et tâchons de devenir tous les jours meilleurs, afin de recueillir les fruits de l’intercession qui s’élève en notre faveur.

Saint Jean Chrysostome, Homélie XLIV sur la Genèse, §1

 


Octobre

 


Si je parle ainsi, ce n’est pas pour condamner les prières que nous adressons aux saints, c’est pour que nous ne tombions pas dans la négligence, dans une sorte de léthargique sommeil, laissant aux autres seuls nos intérêts les plus sacrés. Lorsque le Seigneur eut dit : « Faites-vous des amis, » il ne s’arrêta pas là, mais il ajouta : « Avec les trésors de l’iniquité. » Luc. XVI. 9. C’est toujours la bonne œuvre qu’il demande ; car cette dernière expression ne signifie pas autre chose que l’aumône ; et, chose admirable, il exige simplement de nous que nous rompions avec l’iniquité.

Saint Jean Chrysostome, Homélie V sur saint Matthieu, §5

 


Novembre

 


Il faut si peu de chose pour causer notre perte! il suffit de la famine, de l’orage, de la méchanceté des passagers, de l’inclémence du temps. Mais Paul a pu braver tous ces périls. Nous ferons de même, nous aussi. Gardons avec nous les saints, et la tempête disparaîtra, et, dût-elle se déchaîner, le calme, la sérénité, la sécurité parfaite ne tarderont pas à se rétablir. La veuve de l’Ecriture avait pour ami un saint, et son enfant mort fut par lui rendu à la vie. Là où se sont reposés les pieds des saints, aucun désastre n’est à craindre; survient-il quelque épreuve, elle a pour objet le bien de nos âmes et la gloire de Dieu. Que le pavé de votre maison retentisse souvent des pas des saints, et le démon n’osera plus y marcher. Cela se comprend : de même qu’un parfum suave chasse toute odeur désagréable, de même là où l’on respire le parfum des saints, ce parfum chasse le démon, réjouit les personnes qui le respirent, charme et délasse les âmes. Où sont les buissons, habitent les bêtes farouches; où règne l’esprit d’hospitalité, il ne saurait y avoir de buissons ; plus tranchante qu’une faux, l’aumône fait tomber les épines; plus ardente que le feu, elle les consume sans retour.

N’ayez donc pas de crainte. Le démon redoute la trace des saints, comme le renard la trace du lion. « Le juste a le courage du lion, » dit l’Ecriture. Prov. XXVIII. 1. Ouvrons à ces lions l’entrée de nos demeures, et toutes les bétés sauvages s’enfuiront dès qu’elles entendront, je ne dis pas leurs cris , mais seulement leurs voix. Les rugissements du lion inspirent moins de frayeur aux autres animaux que la prière du juste n’en inspire aux esprits mauvais. Il n’a qu’à parler pour que ces derniers soient saisis de crainte.

Saint Jean Chrysostome, Homélie LIII sur les actes des Apôtres, §5

 


Décembre

 


Que veut-on en conclure ? que les saints ne savent pas toute chose? Mais vous le voyez partout, dans les personnages de l’antique alliance, et dans ceux qui sont venus après. Elisée ne savait pas ce qu’il en était de la veuve ; Elie disait à Dieu : « Je suis resté seul, et voilà qu’ils en veulent à ma vie. » Et Dieu lui dit ensuite : « Je me suis réservé sept mille hommes. » 1. Quand Samuel fut envoyé pour donner l’onction royale à David, le Seigneur lui dit : « Ne t’arrête pas aux apparences, à l’extérieur, à la stature; je l’ai fait de rien; Dieu ne voit pas comme l’homme : l’homme ne voit que le visage, et Dieu voit le cœur. » 2. La sagesse et la bonté divines le veulent ainsi. Comment et pour quelle raison? Pour les saints eux-mêmes et pour ceux qui mettront en eux leur confiance. Dieu permet que les saints soient persécutés, il permet de même qu’ils ignorent beaucoup de choses, afin qu’ils ne s’élèvent pas au-dessus d’une certaine limite. C’est l’explication de cette autre parole de Paul : « L’aiguillon de ma chair m’a été donné, l’ange de Satan, pour qu’il me soufflette, » 3, pour que je ne m’exalte pas trop; et de plus, pour que les autres n’aient pas des saints une opinion exagérée. Si les miracles qu’ils opéraient les firent prendre pour des dieux, que fût-il arrivé dans le cas où ils auraient eu constamment toute science ? L’Apôtre le dit aussi : « Que personne n’ait de moi de plus hautes idées que n’en comporte ce qu’il voit ou ce qu’il entend sur mon compte. » 4. Ecoutez encore ce que Pierre disait après avoir guéri le boiteux : « Pourquoi fixez-vous vos regards, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre puissance ou notre piété ? » 5. Alors même qu’ils agissaient et parlaient de la sorte, le plus léger motif suffisait cependant pour faire naître des opinions perverses ; qu’eût-ce été dans des circonstances plus graves ? Les défectuosités des saints étaient de plus permises dans une autre intention : il ne fallait pas qu’on pût dire qu’ils accomplissaient de si grandes choses parce qu’ils n’appartenaient pas à notre faible humanité ; ce qui n’aurait pas manqué de jeter tous les autres dans le découragement : c’est pour cela que Dieu laisse paraître leurs défaillances : voulant ôter ainsi tout prétexte à l’ingratitude et à l’apathie.

Saint Jean Chrysostome, Homélie IV sur la 1re épître aux Thessaloniciens, §1

 


Janvier

 


En effet, après la puissance de la parole vient celle des tombeaux où les corps des saints sont renfermés, pour entraîner à l’imitation de leurs exemples les âmes de ceux qui contemplent ces restes sacrés. Du moment où l’on est là devant cette châsse, on y puise aussitôt la sublime énergie de la sainteté. La vue de ce pieux monument, en venant frapper une âme, l’excite et la soulève : c’est comme si celui qui gît là confondait ses prières avec les nôtres, faisait sentir sa présence, se manifestait à nos yeux. Sous unis telle influence, on est rempli d’une merveilleuse ardeur et l’on s’éloigne de ces lieux comme si l’on venait de changer de nature. Pour vous convaincre à quel point les sentiments de ces morts glorieux, par l’impression des objets visibles, passent dans l’âme des vivants, songez à ceux qui s’avancent courbés sous le poids de la tristesse : ils ne sont pas plutôt en présence de ces tombes vénérées, qu’ils aperçoivent en quelque sorte, au lieu de la tombe elle-même, celui dont elle renferme le corps, les appelant à lui dès qu’ils ont foulé le seuil de son tombeau. Un grand nombre de ceux qui ont versé des larmes, inconsolables, n’ont pu consentir à se séparer des pieux monuments auxquels s’attache la mémoire des personnes enlevées à ce monde : ils ne l’auraient pas fait, si la vue de ce lieu même ne leur avait procuré quelque consolation. Mais que dis-je, le lieu, la tombe? souvent un habit qui frappe nos regards, un mot qui revient à la pensée, réveille soudain notre âme, ravive le souvenir de ceux qui ne sont plus. Voilà pourquoi Dieu nous a laissé les reliques des saints.

Saint Jean Chrysostome, Opuscule sur saint Babylas, §11

 


Février

 


Accourons donc auprès de lui, non-seulement aujourd’hui, mais tous les jours, pour recueillir les fruits spirituels qu’il ne cesse de produire. Oui, quiconque se présente avec foi, reçoit les plus grands biens; car ce n’est pas le corps seul des saints, c’est encore leur cercueil qui déborde de grâces spirituelles. S’il arriva qu’un mort, en touchant la tombe d’Elisée, rompit ses funèbres liens et revint à la vie, combien plus en notre temps, où la grâce est plus abondante et la vertu de l’Esprit plus active, l’homme animé par la foi ne puisera-t-il pas de force au contact de cette tombe sacrée? C’est pour cela que Dieu nous a laissé les dépouilles mortelles de ses fidèles serviteurs : il a voulu exciter en nous le zèle qui les animait, et nous donner en eux un port assuré, un asile contre tous les maux qui nous poursuivent sans cesse. Je vous exhorte donc tous, que vous soyez accablés par les chagrins ou les maladies, courbés sous le poids du malheur ou du péché, venez ici dans un sentiment de foi ; et vous vous en retournerez après avoir déposé le fardeau, le cœur rempli d’une sainte allégresse : cette vue seule aura rendu le calme à votre conscience. Je dis plus : ce n’est pas aux malheureux uniquement que ce refuge est nécessaire; il l’est encore à ceux qui sont pleins d’ardeur, qui possèdent la gloire, la puissance, une grande confiance en Dieu. Non, ceux-là même n’ont pas le droit de refuser un tel secours. L’aspect de ce temple et du saint qui l’habite vous affermira dans la possession de ces biens, vous enseignera la modestie par le souvenir même de vos bonnes œuvres, et ne permettra pas que la conscience des vertus pratiquées enfante l’orgueil dans vos âmes. Or, ce n’est pas une chose peu importante de garder la modération quand tout succède à nos vœux, d’être humbles dans la prospérité. C’est donc ici un trésor utile à tous, un asile ouvert à ceux qui sont tombés, afin qu’ils soient délivrés de la tentation, à ceux qui sont encore debout, afin que leur bonheur demeure stable; aux malades, pour qu’ils reviennent à la santé ; à ceux qui la possèdent déjà, pour qu’ils ne viennent pas à la perdre.

Saint Jean Chrysostome, Panégyrique de saint Ignace Théophore, §5

 


Mars

 


Car les corps de ces saints sont pour une cité des remparts d’une solidité inexpugnable et supérieure à celle du diamant : tels que des rochers élevés et dominant de toute part, non-seulement ils repoussent les attaques des ennemis corporels et visibles, mais encore les assauts des esprits invisibles, et ils déjouent et dissipent toutes les ruses du diable, avec autant de facilité qu’en mettrait un homme robuste à renverser et à mettre en pièces des jouets d’enfants. Pour les fortifications dont les hommes font usage, telles que les remparts, les fossés, les armes, les troupes de soldats, en un mot tout ce que l’on imagine pour la sécurité des habitants, les ennemis peuvent les rendre inutiles, en mettant eux-mêmes en œuvre des moyens plus puissants et plus habiles. Mais pour les corps des saints, lorsqu’ils forment la défense d’une ville, les ennemis auront beau dépenser des sommes sans fin, jamais ils n’opposeront aux villes qui possèdent ces corps un moyen d’attaque comparable à la défense.

Ce n’est pas uniquement contre les attaques des hommes ni contre la malice des démons, que ce trésor est pour nous précieux, mon bienaimé; si notre commun Maître était irrité contre nous par la multitude de nos fautes, nous pourrions, en attirant les regards du Seigneur sur ces corps, le fléchir aussitôt en faveur de notre patrie. Si, parmi nos ancêtres, des hommes pleins de mérite, en recourant au nom de saints personnages, et en se réfugiant sous l’invocation d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, y trouvaient des consolations réelles et retiraient du souvenir de ces noms de grands avantages; à plus forte raison, nous qui mettons en avant, non de simples noms, mais des corps qui ont soutenu l’épreuve du combat , parviendrons-nous à fléchir le Seigneur, à nous le rendre propice et favorable. Et nos paroles ne sont pas des paroles sans fondement : un grand nombre d’habitants de cette contrée aussi bien que des contrées étrangères, savent quelle est la vertu de ces saints, et ils attestent la vérité de ce que nous disons, ayant expérimenté eux-mêmes le crédit de ces saints auprès de Dieu. Et certes c’est justice, car ils n’ont pas faiblement combattu pour la vérité; ils ont résisté aux violences brutales et excessives du démon avec une fermeté et un courage inébranlable, comme s’ils combattaient avec des corps de pierre et de fer, et non avec des corps mortels et périssables, comme s’ils eussent déjà revêtu une nature inaccessible aux souffrances et à la mort, supérieure aux tourments et aux souffrances du corps.

Saint Jean Chrysostome, Homélie sur les martyrs égyptiens, §1

 


Avril

 


Mais afin de vous convaincre que les adversités des saints sont des preuves évidentes de la résurrection, écoutez le même saint Paul qui dit : A quoi me sert-il d’avoir combattu à Éphèse contre les bêtes féroces, si les morts ne ressuscitent pas ? Si nous n’avions, dit-il ailleurs, d’espérance au Fils de Dieu que pour cette vie, nous serions les plus infortunés des hommes. I Cor. XV. 19 et 32 Nous souffrons une infinité de maux dans la vie présente ; si donc nous n’espérons pas une autre vie, qu’y a-t-il de plus à plaindre que nous ?

D’où il résulte que tout ne finit pas avec la vie présente ; et ce sont principalement les afflictions des saints qui le démontrent. Non, Dieu ne laisserait jamais sans récompense, et sans une récompense abondante, les peines et les travaux de ses amis fidèles, qui, pendant leur vie ont passé par mille épreuves, ont été exposés à mille périls ; or, s’il doit les récompenser, il est certain qu’il a préparé une vie plus heureuse et plus brillante, dans laquelle il couronnera les athlètes de la vertu, les proclamera vainqueurs à la face de l’univers. Lors donc que vous voyez un juste affligé, persécuté, accablé d’infirmités et de besoins, ne terminant sa vie qu’après avoir essuyé mille disgrâces, dites-vous à vous-même : S’il n’y avait ni résurrection, ni jugement, Dieu n’aurait pas laissé partir de ce monde sans les avoir fait jouir d’aucun avantage, ceux qui ont tant souffert à cause de lui. Il est clair qu’il leur a préparé une vie beaucoup plus douce, beaucoup plus agréable ; autrement, il n’aurait pas laissé tant de méchants couler leurs jours dans les plaisirs, et tant de justes gémir dans des afflictions continuelles. Mais comme il a disposé un autre ordre de choses, dans lequel il doit traiter chacun selon son mérite, punir les crimes, et récompenser les bonnes œuvres, c’est pour cela qu’il permet que l’homme de bien vive dans la détresse, et le méchant dans les délices.

Je vais tirer des divines Écritures une nouvelle raison pour laquelle les saints sont persécutés dans cette vie. Et quelle est cette raison ? c’est pour que nous ne disions pas, lorsqu’on nous exhorte à la vertu, que les saints étaient d’une autre nature que nous, que ce n’étaient point de simples mortels. Aussi un apôtre parlant du grand Élie, s’exprime en ces termes : Élie était un homme, sujet aux mêmes misères que nous. Jacq. V. 17 Vous le voyez, il infère que le prophète était un homme comme nous, de ce qu’il participait aux mêmes misères. Je suis un homme, est-il dit au livre de la Sagesse, qui éprouve les mêmes disgrâces que vous Sag. VII. 1 ; nouvelles preuves que les saints ne sont pas d’une autre nature que le reste des hommes.

Saint Jean Chrysostome – Première homélie sur les statues 6

 


Mai

 

 

Juillet

 

 

Août

 


 

Les tombeaux des martyrs l’emportent sur les palais des rois
Qu’un homme vivant ait brillé dans les combats et remporté des victoires, étant roi, ayant des armées, ce n’est pas une chose étonnante, il n’y a là rien de merveilleux ; mais qu’après la croix et le sépulcre il ait triomphé sur terre et sur mer, voilà ce qui renverse toutes nos idées, voilà ce qui proclame la mystérieuse action de la puissance divine. Alexandre ne restaura pas son empire divisé et complètement détruit après sa mort. Comment eût-il pu le faire ? Eh bien, c’est alors surtout, quand il eut rendu le dernier soupir, que le Christ établit son empire. Et pourquoi parler du Christ? ses disciples eux-mêmes ont reçu de lui le privilège d’acquérir une grande gloire après leur mort. Où se trouve, dites-moi, le tombeau d’Alexandre ?  Montrez-moi, d’une manière sûre, quel jour il mourut. Les tombeaux des serviteurs du Christ sont entourés d’hommages, ils occupent la ville royale par excellence; le jour de leur mort est connu de tous, c’est une fête dans toutes les rois, parties du monde. L’endroit où fut enseveli ce monarque est même ignoré des siens; les barbares eux-mêmes savent où repose un saint. Les monuments élevés aux humbles disciples d’un crucifié l’emportent sur les palais des rois de la terre, non-seulement par la grandeur et la beauté des constructions, bien qu’ils aient aussi l’avantage de ce côté, mais encore, ce qui est tout autrement glorieux, par le zèle des multitudes qu’ils attirent. Il n’est pas jusqu’à celui dont la pourpre forme le vêtement qui ne vienne se prosterner et coller ses lèvres sur ses reliques sacrées. Rejetant tout son faste, il est là dans l’attitude de suppliant, il implore les saints, pour qu’ils le protègent auprès de Dieu. Oui, il implore un faiseur de tentes, un pauvre pêcheur, des hommes morts, après tout, celui dont le front est ceint du diadème. Oserez-vous dire qu’il est mort, je vous le demande, le Maître dont les serviteurs protègent encore après leur mort ceux qui commandent à l’univers? Et ce n’est pas uniquement à Rome que les choses se passent ainsi. C’est encore à Constantinople. Ici même, le fils de Constantin-le-Grand a pensé qu’il ne pouvait pas rendre un plus grand honneur à son père qu’en l’ensevelissant sous le portique du pêcheur : ce que les portiers sont dans les palais des monarques, les monarques le sont dans les tombeaux des pêcheurs. Ceux-ci habitent l’intérieur de la maison, comme font les maîtres ; ceux-là se trouvent très-heureux, comme des hôtes et des voisins, d’être admis dans le vestibule. Tout cela montre aux infidèles eux-mêmes que les pécheurs auront dans la résurrection le rang le plus élevé. S’ils l’occupent déjà dans le sépulcre, beaucoup plus quand ils en seront sortis. Les rôles seront alors renversés : les gouvernants rempliront celui de serviteurs et de ministres ; les gouvernés seront investis de la souveraine dignité, ou même d’une dignité plus éclatante encore. Que ce langage ne soit pas celui de l’adulation, la réalité même le montre, car les premiers ont déjà cette place aux seconds. Les tombeaux de nos saints reçoivent des témoignages de respect que ne reçoivent pas ceux des autres monarques : ici, une complète solitude ; là, un concours qui n’est jamais interrompu.

Voulez-vous saisir un autre point de comparaison entre leurs palais et nos sépulcres? Le triomphe ne sera pas moins frappant. Dans les demeures royales, beaucoup de gardiens pour empêcher les hommes d’entrer ; auprès de nos pieuses reliques, beaucoup sont là pour appeler, pour attirer les riches et les pauvres, les hommes et les femmes, les esclaves et les personnes de condition libre. D’un côté règne la terreur; de l’autre, une joie inénarrable. Mais il est beau de voir le monarque couvert d’or et portant la couronne, les chefs de l’armée debout autour de lui, les préfets, les tribuns, les centurions, les préteurs. Le spectacle néanmoins que nous voyons ici est tellement plus respectable et plus saisissant, que l’autre en comparaison n’est qu’une représentation théâtrale, ou même un jeu d’enfants. A peine avez-vous franchi le seuil de cette enceinte, que le lieu déjà vous transporte au ciel, déroule aux yeux de votre esprit l’armée des anges, le trône des cieux, la gloire inaccessible. L’empereur met un ministre à la tête de ses sujets, avec pouvoir de délivrer les uns et d’enchaîner les autres ; les ossements des saints, au lieu de ce pouvoir restreint et misérable, en ont un mille fois plus grand ; ils arrêtent et tourmentent les démons, ils délivrent de leurs horribles chaînes les malheureux qui les subissent. Quoi de plus redoutable que ce tribunal? Alors qu’on ne voit personne, que personne ne s’attache aux flancs du démon, on entend des cris déchirants, des coups redoublés, des langues de flamme, le démon ne pouvant pas résister à ce merveilleux pouvoir. Ainsi donc, ceux qui furent revêtus d’un corps triomphent de ces puissances incorporelles; la poussière des ossements, un peu de cendre, torturent ces invisibles natures. Nul n’aura la pensée d’entreprendre un pèlerinage pour aller voir un palais royal, et beaucoup de rois se sont transportés au loin pour contempler la vertu de certaines tombes. Les lieux où reposent nos saints martyrs présentent une image, quelques traits anticipés du jugement futur, puisque les démons y sont flagellés, et les hommes corrigés en même temps que délivrés. Voyez-vous quelle est la puissance des saints, même après leur mort? Voyez-vous quelle est la faiblesse des pécheurs, même pendant leur vie?

Saint Jean Chrysostome, Homélie XXVI sur les deux épîtres aux Corinthiens, §5

 


 

  1. III Reg. XIX. 10-18
  2. I Reg. XVI. 7
  3. II Cor. XII. 7
  4. II Cor. XII. 6
  5. Act. III. 12
  6. Œuvres complètes traduites pour la première fois en français sous la direction de M. Jeannin, tome deuxième, pp. 539-540, Sueur-Charruey, Imprimeur-Libraire-Éditeur, Arras, 1887

Rapport de faute d’orthographe

Le texte suivant sera envoyé à nos rédacteurs :