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Des ascètes dans le siècle – Lambrini Vetsios [1918 – †2002] I/IV

2 juillet 2021

Lambrini [Λαμπρινής Βέτσιου] est née en 1918 dans le village de Sainte Parascève (région d’Arta). Ses parents, Spiridon Driva et Théodora, étaient parmi les personnes les plus riches du village et ont eu également trois garçons. Lambrini était la plus jeune et ses frères l’aimaient beaucoup grâce à son caractère et à sa bonne conduite envers les autres.

 

Elle a grandi selon les principes chrétiens. Dès son plus jeune âge, elle a appris à aimer les gens et à vivre selon les commandements de Dieu. Elle a terminé seulement l’école primaire mais lisait avec grand intérêt les Saintes Écritures et d’autres livres spirituels.

« J’avais huit ans, raconte-t-elle, et j’étais assise sur une petite chaise dans le jardin. J’avais une petite Bible à la main qui m’avait rempli d’enthousiasme, et j’aimais la lire. Je venais de lire le passage : ‹ Et quiconque aura quitté sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses champs, à cause de Mon nom, recevra le centuple, et possédera la vie éternelle. › [Matthieu XIX.29]. Ces mots sont entrés dans mon cœur et j’ai commencé à aimer beaucoup le Seigneur. À ce moment est né en moi le désir ardent d’entrer dans la vie monastique. Je me suis dit : ‹ Je ne veux rien, pas de champs, pas de richesse, je veux seulement devenir religieuse. ›.

Alors Il m’apparut un Homme habillé des vêtements sacerdotaux. J’ai beaucoup aimé Son visage, Il était très beau. Je m’émerveillais en le regardant. Il m’a demandé soudainement :

— Pourquoi t’émerveilles-tu à Ma vue ? J’ai créé également tes petites mains et tu es aussi belle que Moi.

— Moi, c’est ma mère qui m’a donné naissance, et elle est dans la cuisine maintenant. Dois-je l’appeler ?

— Non, c’est toi que Je veux, et en disant ça, il a pris mes cheveux dans Sa main. Qui a fait ça ?

— Puisque Tu m’as créé, cela veut dire que c’est Toi qui l’as fait.

— Oui, me répondit-Il. Maintenant, que vas-tu faire, quel genre de vie vas-tu choisir ?

— Ce livre a enflammé mon amour pour mon Grand Dieu. Je veux Le servir. Il travaillera pour moi, et je travaillerai pour Lui.

— Ma fille, tu grandiras et tu travailleras pour Moi.

— Qui es-Tu ?

— Celui que tu as dit. Puisque c’est ce que tu veux, dorénavant les mercredis et les vendredis manges du pain et de l’ail. Tu es un bon enfant, mais j’ai d’autres bons enfants. Il viendra un jour où je rassemblerai tous ces bons enfants.

Puis il est disparu »

Après cela, elle a commencé des labeurs encore plus difficiles, le jeûne, la prière et les préparations pour se dédier à Dieu. Son confesseur était le Père Mitrophane, abbé du Monastère Rovelista d’Arta.

« Dès mon plus jeune âge je voulais devenir religieuse, raconte-t-elle. Quand j’ai eu dix-sept ans, je suis allé au couvent et j’ai dit à l’abbé que je voulais devenir religieuse.

— Qu’il soit ainsi, ma fille ! il m’a répondu.

Le lendemain, mes parents sont venus et ont provoqué un grand scandale pour me récupérer. L’abbé, voyant qu’ils étaient en colère, m’a dit de rentrer chez moi et d’attendre que je grandisse avant de revenir.

Mes proches m’ont ramenée à la maison et quelques jours plus tard ils ont commencé à me chercher un mari. De mon côté je résistais et trouvais toujours des excuses. Quand ils ont vu ça, ils m’ont demandé ce que je voulais faire, et je leur ai répondu :

— Je prierai toute la nuit et ce que Dieu me dira, je le ferai.

Et j’ai prié en disant :

— Mon Dieu, je ne Te demande qu’une chose. Bénis-moi d’accompagner l’Époux céleste, comme le font les bonnes âmes. Je ne veux pas d’époux terrestre.

Puis j’entendis une voix me dire :

— Nous prenons soin de toi. Un jour tu seras à Nous. Mais maintenant, tu dois t’unir à un homme terrestre pour te fortifier. Pour apprendre à contrôler ta bouche, tes pieds, tes mains, ton corps.

— Contrôler mon corps ? Mais Tu m’envoies au mariage ?

— Oui, je t’envoie, car le corps aussi est béni. Tu auras de nombreuses épreuves.

J’ai continué cependant à prier pour ce qu’il y a de mieux, à savoir devenir nonne, mais cette voix m’a dit :

— La meilleure chose pour toi est de te marier afin d’être mise à l’épreuve, pour mûrir. Si tu allais au monastère, tu ne souffriras pas autant. Là-bas, tu feras tout ce que les autres font, qu’il s’agisse de manger, de prier. Mais dans le monde tu auras affaire au mal, à l’envi. Nous avons terminé ce que nous avions à dire. Alors, prends du pouvoir et de la lumière et travaille aussi dur que tu le peux !

J’ai travaillé toute ma vie, il le fallait. Mes beaux-parents ne voulaient pas de moi, ils m’ont mis à la porte, m’ont insulté et injurié. J’ai passé par tout ce que cette voix m’avait dit, car il s’agissait du Saint-Esprit. »

Ainsi, à vingt ans on l’a marié à Aristidis Vetsios de Kolomodia (Arta) et elle a donné naissance à deux enfants, Spiridon et Statula.

Sa vie ne fut pas du tout facile dans la famille de son mari, car treize personnes vivaient sous le même toit, et chacune avait ses propres caprices et son caractère. Son beau-père la traita particulièrement mal, en la méprisant et la blessant avec ses paroles. Mais Lambrini a réussi à tout surmonter avec patience. À ses reproches, elle répondait :

— Dis-moi ce que tu veux. Je suis muette.

Elle avait des difficultés de la part de son mari, aussi. Une fois, alors qu’elle participait à une veillée à l’église Saint-Phanurie dans le village voisin de Glikorizo, elle entendit une voix lui dire :

— Ta maison est en feu en ce moment.

Une fois la veillée terminée, elle revint à pied avec les autres femmes. Quand elle est rentrée à la maison, elle a trouvé ses livres brûlés et jetés dehors, et son mari pris d’un accès de folie lui demanda de quitter la maison.

— Je ne pars pas, répondit Lambrini. Tu es mon mari, et ma maison est ici. Tue-moi, fais ce que tu veux de moi, mais je ne pars pas d’ici.

Cette nuit-là, elle est restée enfermée à l’extérieur, mais elle a attendu patiemment en se disant : « C’est le tentateur qui le pousse… mais ça lui passera. C’est un homme bon. Probablement que quelqu’un au café l’a remonté contre moi et c’est pourquoi il a fait ce qu’il a fait. Mais la colère lui passera… »

Malgré tant de difficultés et de durs travaux agricoles, elle ne laissait pas passer une seconde sans prier et remercier Dieu. Dans les champs, où elle allait travailler, elle emportait avec elle des livres religieux pour lire et prier. Dans toute sa vie, elle a abîmé quatre grands Livres de prière à cause de leur utilisation fréquente. Comme elle l’avouait elle-même, les livres étaient sa seule fortune, et elle gagnait beaucoup de force en les lisant.

Après avoir eu ses deux enfants, elle a vécu avec son mari en tant que frère et sœur. La nuit, il dormait pendant que Lambrini lisait des livres à la lumière d’une chandelle ou d’une bougie.

Elle ne mangea qu’un seul plat toute sa vie, et en plus il était sec. Elle mangeait généralement du pain avec des olives. Les trois premiers jours du Carême elle ne prenait ni aliment ni boisson. Elle allait communier le mercredi puis continuait son jeûne. Les jours où elle ne mangeait rien, elle buvait une petite cuillère d’eau tiède vers 3 heures de l’après-midi. Sa nourriture habituelle était des pommes de terre bouillies avec du vinaigre. Ses enfants voulaient la forcer à manger, mais elle refusait en disant :

— Ne vous affligez pas, car je ne peux pas mourir de faim. La prière est ma nourriture. Je prends soin de mon corps, car c’est la demeure de mon âme. Le moment venu, je mangerai. Ne vous inquiétez pas !

Le matin, sa fille lui préparait du café, et l’après-midi, lorsqu’elle allait récupérer la tasse, elle la trouvait intacte. À Pâques, quand tout le monde était à table, Lambrini parlait d’abord de Dieu. Seulement après, forcée par les autres, elle mangeait une cuillerée de yaourt ou la pointe d’une fourchette de salade. Elle disait :

— Aujourd’hui est la plus grande fête. Christ est ressuscité aujourd’hui. Si un de mes enfants décédés était venu de l’autre monde, aurais-je envie de manger ? Non, j’aurais décoré ma maison pour le recevoir.

Dans les dernières années de sa vie, elle ne mangea que du pain, de l’eau et du vinaigre. Une fois, elle a dû se rendre à Athènes parce que son frère se faisait opérer. Une de ses connaissances, qui faisait griller du pain de maïs, lui en a également proposé une tranche. Elle la reçut avec une grande joie, car elle savait que cette femme avait tracé le signe de la Sainte Croix sur le pain. Quand elle revint d’Athènes, elle remercia la femme qui lui avait donné la tranche de pain en lui confiant que cette tranche avait été sa nourriture pour toute la semaine qu’elle avait passée à Athènes.

« Chaque jour j’en mangeais un peu, et le Seigneur venait et la multipliait », a-t-elle raconté.

Avant de quitter sa vie terrestre, pendant un temps elle se contenta d’une cuillère à café d’eau bénite, d’anaphore et, bien sûr, de la Sainte Communion. À une personne qui lui a demandé ce qu’elle mangeait, elle a répondu qu’elle ne mangeait que l’anaphore de la Sainte Liturgie et cela lui suffisait pour deux-trois jours.

Après avoir donné ses enfants en mariage, à l’âge de quarante-cinq ans elle a arrêté les travaux agricoles et s’est consacrée entièrement aux labeurs ascétiques et à la prière. Sa vie était une prière incessante, faite à la maison et à l’église, où elle allait régulièrement et communiait souvent.

Sa routine quotidienne était la suivante : elle dormait deux heures sur vingt-quatre heures, la nuit de trois heures à quatre heures et demie. Elle priait avec le tchotki [komboskini, mătănii] sur ses genoux puis faisait de grandes prosternations. Elle lisait tous les offices tous les jours. Elle lisait l’office de minuit et les Matines à la lumière d’une bougie ou d’une chandelle. Elle étudiait beaucoup les Saintes Écritures et les livres patristiques. Pendant la journée, elle lisait, récitait les offices et priait. À ceux qui s’émerveillaient qu’elle puisse passer toute la journée à lire les livres saints, elle leur répondait que tout le monde pouvait trouver le temps nécessaire. Il suffirait de lire ne serait-ce qu’une page par jour, à condition de le faire avec foi. Tout ce qu’elle faisait avait la bénédiction de son confesseur, le Père Mitrophane, qui lui a donné le canon de prière. En Carême elle lisait les Grandes complies, et quand quelqu’un l’interrompait, elle ne poursuivait sa lecture, mais la reprenait depuis le début.

Lorsqu’une veillée avait lieu dans une église, elle était toujours la première. Elle était généralement suivie par d’autres femmes des villages voisins. La nuit, elle rassemblait souvent des femmes dans sa maison et priaient ensemble.

Dès l’âge de trente ans, elle s’est cousu un sac de poiles et l’a porté sur son corps toute sa vie, comme labeur ascétique. Mais personne ne le savait. Ella l’a porté pendant cinquante-quatre ans sans ne l’avoir jamais lavé. Avant de s’endormir, elle a demandé à sa fille de ne jamais le laver. Tous ceux qui l’ont vu ont avoué qu’il semblait être sorti de la machine à laver et qu’il répandait un bon parfum.

Bien qu’elle ait vécu dans le monde, son amour pour le monachisme et l’Église l’a amenée à transformer sa chambre en cellule monacale. Elle récupérait tout morceau de papier qu’elle trouvait avec l’image d’un saint et le collait sur le mur de sa cellule.

Elle n’aimait pas l’argent ni les biens terrestres. La seule chose qui lui importait était de faire l’aumône et d’aider les autres. Elle faisait l’aumône de toute sa pension. De même, quand ses enfants lui donnaient de l’argent, elle le distribuait aux pauvres.

— Cet argent que je donne, disait-elle, n’est pas à moi. Ils vous sont destinés, car ils sont à vous.

Elle évitait de toucher l’argent, et quand il fallait le faire, elle les prenait avec une serviette ou un morceau de tissu. Quand elle allait acheter quelque chose, elle ouvrait son portefeuille ou sa serviette, et l’épicier en prenait autant qu’il en avait besoin.

Elle sortait souvent secrètement de la maison la nuit, pour ne pas être vue, et se rendait dans des familles pauvres, laissant ce qu’elle avait à la porte avant de repartir.

Elle avait demandé au boulanger de fournir du pain à une famille pauvre sans que personne ne sache rien. Elle ne dit cela qu’à sa fille peu de temps avant de s’endormir, en lui demandant de poursuivre cette œuvre de miséricorde. Lambrini conseillait :

— Grande est la bénédiction de l’homme qui fait miséricorde ! Lorsque vous faites l’aumône, ne donnez pas quelque chose qui doit être jeté, mais donnez à l’étranger ou au pauvre ce qu’il y a de mieux. Les parents ne doivent pas s’affliger s’ils ne laissent pas de richesse à leurs enfants, mais ils doivent prendre soin d’élever leurs enfants selon Dieu, et le reste sera ordonné par le Seigneur.

Elle allait visiter les malades sans craindre d’être infectée. Souvent, le malade ou la mourante communiait en premier, suivi par Lambrini, parce qu’elle ne craignait pas la mort, mais croyait au contraire qu’elle la rapprocherait de Dieu.

 

Ieromonahul Eftimie Athonitul, Asceți în lume, Editura Evanghelismos, Bucarest, 2009, pp. 216-224
Traduction: hesychia.eu

 

Iconographe: Elena Murariu

 


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