Chrysostome, Orthodoxie

Saint Jean Chrysostome – À ceux qui se scandalisent des adversités III/IV

16 avril 2021

 

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Il y a eu, même du temps des apôtres, beaucoup de scandales, beaucoup de méchants, et de fréquentes persécutions contré les docteurs.

Maintenant, dis-moi, n’y a-t-il pas eu du temps même des apôtres mille scandales comme ceux dont tu te plains ? Écoute donc les paroles de l’apôtre Paul : Tu sais que tous ceux qui sont d’Asie m’ont abandonné, du nombre desquels sont Phygelle et Bermogène. (II Tim. I, 15.)

 

Les docteurs ne vivaient-ils pas en prison ? n’étaient-ils pas chargés de fers ? ne souffraient-ils pas les derniers maux de la part et de leurs concitoyens et des étrangers ? Est-ce qu’après eux et pour les remplacer, des loups dévorants ne sont pas entrés dans les bergeries ? est-ce que Paul ne prédisait pas toutes ces souffrances aux pasteurs d’Éphèse qu’il avait fait venir à Milet ? Je sais, dit-il, qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups ravissants qui n’épargneront point le troupeau, et que d’entre vous-mêmes il se lèvera des hommes qui annonceront des choses pernicieuses afin d’attirer les disciples après eux. (Act. XX, 29, 30.) Est-ce qu’Alexandre, l’ouvrier en cuivre, ne lui a pas fait souffrir mille maux, le poursuivant partout, l’attaquant, le combattant, le réduisant à une telle extrémité, qu’il en avertit son disciple Timothée, et lui dit : Garde-toi aussi de lui, car il a fort résisté à nos paroles. (II Tim. IV, 15.) Est-ce que toute la nation des Galates, corrompue par quelques faux frères, ne s’est pas portée au judaïsme ? (Gal. II, 4.) Au commencement même de la prédication de l’Évangile, voyez Étienne, cet homme dont la parole avait plus d’impétuosité que les fleuves, qui imposait silence à tous, qui fermait la bouche impudente des Juifs, qui ne trouvait personne qui lui pût résister, qui portait le trouble dans tout le judaïsme, qui a remporté un insigne trophée et une victoire éclatante, et qui, si fort, si sage, si rempli de la grâce, a rendu tant de services à l’Église. Avant d’avoir pu prêcher longtemps, n’a-t-il pas été tout à coup saisi, condamné comme blasphémateur et lapidé ? Et Jacques ? n’a-t-il pas été, lui aussi, arraché dès son début à la carrière dans laquelle il commençait, pour ainsi dire, à prendre sa course ? Hérode, pour faire plaisir aux Juifs, ne l’a-t-il pas livré au bourreau, lui, cette colonne, ce support de la vérité ? (Act. XII, 2.) Combien d’hommes alors n’ont pas été scandalisés à la vue de ces événements ! Mais ceux qui sont restés debout ont vu leur vigueur s’accroître. Écouté en effet ce que dit saint Paul dans son épître aux Philippiens : Je veux vous faire savoir, mes frères, que ce qui m’est arrivé, loin de nuire au progrès de l’Évangile, lui a plutôt servi, en sorte que plusieurs de nos frères en Jésus-Christ, encouragés par mes liens, ont conçu une hardiesse nouvelle pour annoncer sans crainte la parole de Dieu. (Phil. I, 12-14.) Vois-tu cette force, cette confiance, cette fermeté d’âme, ce dessein plein de sagesse ? Ils voyaient le maître emprisonné, chargé de chaînes, torturé, frappé, accablé de mille maux, et non seulement ils ne se scandalisaient pas, mais ils ne se troublaient même pas ; au contraire, ils prenaient plus d’assurance, et les souffrances « du maître leur inspiraient plus d’ardeur pour affronter les combats. Mais, m’objectes-tu, d’autres sont tombés ? Je ne le nie pas, car il est naturel qu’à la vue de ces malheurs beaucoup d’esprits aient été abattus ; mais, ce que j’ai déjà dit souvent, et ce que je ne cesserai — jamais de répéter, je le redis encore : Ces hommes doivent imputer leur chute à eux-mêmes et non à la nature des choses. En effet, le Christ en quittant la terre nous a laissé cet héritage de souffrances lorsqu’il a dit : Vous aurez à souffrir bien des afflictions dans le monde. (Jean, XVI, 33.) Et ailleurs : Vous serez menés devant les gouverneurs et devant les rois. (Matth. X, 18.) Ailleurs encore : Il viendra un temps où quiconque vous fera mourir croira faire une œuvre agréable à Dieu. (Jean, XVI, 2.) C’est donc en vain que tu mets en avant ceux qui ont été scandalisés, car ces choses sont de tous les temps.

Mais qu’ai-je besoin de parler des souffrances des apôtres ? Combien n’y a-t-il pas d’hommes qui ont été scandalisés par la croix même de notre Maître commun, qui sont devenus plus méchants et plus audacieux, et qui, passant près du Sauveur, l’ont tourné en plaisanterie par ces paroles : Celui qui détruit le temple de Dieu et le rebâtit en trois jours, ne perd se sauver lui-même ! Si tu es Fils de Dieu, descends de la croix, et nous croirons en toi. (Matth. XXVII, 40.) Cependant ils ne sauraient s’excuser en alléguant le scandale de la croix, car l’exemple du bon larron accuse tous ceux qui se sont rendus coupables de ce crime. Celui-ci en effet a vu Jésus crucifié, et non seulement il n’en a pas été scandalisé, mais même il en a tiré une grande occasion de faire preuve de sagesse, et, s’élevant au-dessus de toutes les choses de ce monde, soulevé par les ailes de la foi, il a tourné toute sa pensée vers la vie future. Voyant le Juste attaché à la croix, frappé de verges, accablé d’outrages, abreuvé de fiel, couvert de crachats, tourné en dérision par toute une multitude, condamné par le juge, entraîné à la mort, il ne s’est scandalisé d’aucune de ces ignominies ; au contraire, lorsqu’il eut contemplé le bois du supplice et les clous qui y étaient fichés, lorsqu’il eut entendu les insultes si outrageantes qu’adressait au Christ un peuple dépravé, il entra dans la bonne voie et dit à Jésus : Souviens-toi de moi dans ton royaume ! (Luc, XXIII, 42.) Il fermait donc la bouche aux accusateurs, il confessait ses iniquités, il méditait sur la résurrection, et cela sans avoir vu ni les morts rendus à la vie, ni les lépreux guéris, ni la mer apaisée, ni les démons chassés, ni les pains multipliés, ni tous ces autres prodiges que le peuple juif avait eus sous les yeux, et qui ne l’avaient pourtant pas empêché de crucifier le Christ ! Ainsi le bon larron le vit attaché à l’instrument du supplice et le reconnut Dieu, parla de son royaume, et médita sur la vie future ; eux, au contraire, après l’avoir vu accomplir ses miracles, après avoir reçu l’enseignement qu’il leur donnait par ses paroles et par ses actions, non seulement n’ont recueilli de là aucun fruit, mais même l’ont cloué à la croix et se sont précipités dans l’abîme le plus profond de la misère et de la ruine. Vois-tu comment les méchants et les lâches ne retirent aucune utilité des plus grands secours, et comment les bons et les vigilants font tourner à leur plus grand profit ce qui est pour les autres une occasion de scandale ?

Cette vérité reçoit une nouvelle confirmation de la conduite opposée de Judas et de Job ; car Judas n’a pu être sauvé même par le Christ, qui était venu pour racheter le monde ; et Job n’a pu être blessé même par le démon, qui a causé la perte de tant d’hommes. Job, bien qu’il ait eu à souffrir mille maux, a gagné la couronne ; Judas, après avoir vu des miracles, après en avoir fait lui-même, après avoir ranimé les cadavres et chassé les démons (car il avait ce pouvoir, comme les autres apôtres), après avoir entendu Jésus parler tant de fois de son royaume et de son Père, après avoir participé à la sainte Cène, après avoir été admis à ce terrible repas, après avoir reçu du Maître une aussi grande part de bienveillance et de sollicitude que Pierre, Jacques et Jean… que dis-je ? une bien plus grande part encore, puisque, outre les soins et les égards que le Christ lui prodiguait, il lui avait confié la garde du trésor des pauvres ; Judas, dis-je, après tant de bienfaits, s’abandonna à sa fureur, laissa, par avarice, le démon entrer dans son cœur, devint traître dans son âme, et, consommant le plus grand des forfaits, vendit trente deniers un sang si précieux et livra son Maître par un baiser perfide. Que d’hommes, penses-tu, n’ont pas été scandalisés par cette trahison d’un disciple ! De même, lorsque l’habitant du désert, le fruit d’une source stérile, le fils de Zacharie, celui qui a été jugé digne de donner le baptême à une tête si sainte et si redoutable et d’être le précurseur de son Maître ; lors, dis-je, que Jean fut décapité et que sa tête fut le prix dont une femme impudique fit payer sa danse, que d’hommes alors, penses-tu, n’ont pas été scandalisés ! Et pourquoi dire : Alors ? Est-ce qu’aujourd’hui encore, après tant de temps écoulé, il n’y a pas des hommes que le récit de ces faits scandalise ? Mais, ai-je besoin de parler de Jean, de sa prison, de son supplice ? ai-je besoin de m’arrêter sur les serviteurs, quand il faut encore revenir au Maître lui-même ?

 

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Les hommes sans jugement ont été scandalisés de ce qui était le plus grand des biens, de la croix qui a sauvé le monde.

 

La croix de Jésus, qui a relevé le monde tout entier, détruit l’erreur, mis le ciel sur la terre, coupé les nerfs de la mort, rendu l’enfer inutile ; renversé la citadelle de Satan, fermé la bouche des démons, donné aux hommes la beauté des anges, ruiné les autels et abattu les temples des faux dieux, soufflé par toute la terre un esprit nouveau et inconnu, accordé à tous des biens infinis, les plus grands et les plus précieux des biens, la croix n’a-t-elle pas été pour beaucoup un scandale ? Est-ce que Paul ne répète pas continuellement, sans aucune honte : Pour nous, nous prêchons le Christ crucifié, qui est un scandale aux Juifs et une folie aux Grecs. (I Cor. I, 23.) Mais quoi donc ! dis-moi : fallait-il que la croix ne parût pas, que ce redoutable sacrifice n’eût pas lieu, que tant de grandes choses ne se fussent pas accomplies, parce que de là naîtrait une occasion de scandale pour beaucoup, dans le présent, dans l’avenir, dans tous les temps ? Quel est l’homme assez insensé, assez égaré, qui l’osera soutenir ? De même donc que, pour cette époque, il ne faut pas tenir compte de ceux qui ont été scandalisés quel que soit leur nombre, mais de ceux qui ont été sauvés, qui ont été vertueux, et qui ont recueilli le fruit d’une telle sagesse (qu’on ne nous dise pas, en effet, qu’on peut leur opposer ceux qui ont été scandalisés, puisque, s’ils l’ont été, ils doivent se l’imputer à eux-mêmes) : ainsi devons-nous faire également pour le temps présent. Le scandale, en effet, nous vient non de la croix, mais de la démence de ceux qui se scandalisent. C’est pourquoi Paul ajoute : Mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, le Christ est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. (Ibid. 24.) Le soleil lui-même ne blesse-t-il pas les yeux débiles ? Mais quoi ! fallait-il, pour cela, que le soleil ne fût pas créé ? Le miel ne paraît-il pas amer aux malades ? Fallait-il donc, pour cela, nous en priver ? Les apôtres eux-mêmes n’ont-ils pas été pour les uns une odeur mortelle qui leur a donné la mort, et pour les autres une odeur vivifiante qui leur a donné la vie ? (II Cor. II, 16.) Parce qu’il en est qui sont morts, fallait-il donc que les vivants fussent privés des soins de tels docteurs ? La venue même du Christ, le salut, la source des biens, la vie, le principe de mille admirables bienfaits, pour combien d’hommes n’a-t-elle pas été un fardeau ? à combien n’a-t-elle pas enlevé toute excuse et tout pardon ? N’entends-tu pas ce que le Christ dit des Juifs : Si je n’étais pas venu et que je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient point de péché ; mais maintenant ils n’ont point d’excuse de leur péché. (Jean, XV, 22.) Quoi donc ! parce que la venue du Christ a rendu leurs crimes sans excuse, fallait-il qu’à cause de ceux qui ont mal usé d’un si grand bien, elle n’eût pas lieu ? Qui l’oserait dire ? Personne assurément, non ; personne, même (380) parmi ceux qui ont perdu le jugement. De même, dis-moi : pour quelle multitude les Écritures n’ont-elles pas été une pierre d’achoppement ? Combien d’hérésies n’ont pas, grâce à elles, trouvé l’occasion de se produire ? Fallait-il que, pour ceux qui ont été scandalisés, les livres saints fussent détruits ou n’eussent point paru dès le principe ? Non, certes ; il fallait, au contraire, qu’ils fussent donnés pour ceux qui en devaient faire leur profit. Que ceux-là, en effet (car je ne cesserai pas de répéter les mêmes choses), que ceux-là s’imputent à eux-mêmes leur scandale ; mais, pour ceux qui devaient recueillir de là les plus beaux fruits, c’eût été un grand tort qui leur eût été fait, si, à cause de la démence et de l’assoupissement des autres, eux, qui devaient trouver dans ces biens de grands avantages, avaient été privés de tels bienfaits. Ne me parle donc pas de ceux qui se sont perdus ; car, ainsi que je l’ai dit ailleurs, aucun de ceux qui ne se font pas de mal à eux-mêmes ne reçoit jamais des autres aucun mal, quand même il courait risque de la vie.

 

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Celui qui ne se fait pas de mal à lui-même ne reçoit jamais des autres aucun mal.

 

Quel sort a-t-il été fait au juste Abel, dis-moi, lorsque, tué par la main de son frère, il fut frappé d’une mort violente et prématurée ? N’y a-t-il pas gagné bien plutôt ? n’a-t-il pas ainsi obtenu une couronne plus brillante ? Quel sort à Jacob, lorsque son frère lui fit endurer tant de misères, et que, expatrié, fugitif, étranger, esclave ; il fut réduit à la faim la plus cruelle ? Quel sort, à Joseph, lorsqu’il fut également sans pays, sans patrie, et que, courbé sous le joug d’un maître, il fut chargé de chaînes, courut risque de subir les derniers supplices, et supporta soit dans son pays, soit en Égypte, de si odieuses calomnies ? Quel sort à Moïse, lorsqu’il fut mille fois lapidé par un peuple si nombreux, et qu’il vit ceux qu’il avait comblés de bienfaits lui dresser des embûches ? Quel sort aux prophètes, lorsque les Juifs les accablèrent de tant de maux ? Quel sort à Job, lorsque le démon l’attaqua avec toutes ses machines de guerre ? Quel sort aux trois enfants ? Quel sort à Daniel, lorsqu’il fut menacé de perdre la vie, la liberté, et de souffrir les plus cruels tourments ? Quel sort à Élie, lorsque, pressé par la pauvreté la plus horrible, il fut chassé de sa maison, et que, fugitif, il habita les déserts, toujours errant dans des contrées étrangères ? Quel sort à David, lorsqu’il eut tant à se plaindre de Saül et ensuite de son propre fils ? Dans ces malheurs extrêmes, n’a-t-il pas brillé d’un plus grand éclat qu’au sein de la bonne fortune ? Quel sort à saint Jean, lorsqu’il fut jeté dans la mer ? Quel sort aux apôtres, lorsqu’ils ont été, ceux-ci précipités dans les flots, ceux-là livrés à d’autres supplices ? Quel sort aux martyrs, lorsqu’ils ont rendu l’âme au milieu des tourments ? Si tous ces justes ont jamais jeté un grand éclat, n’était-ce pas surtout lorsqu’ils étaient calomniés, lorsqu’ils étaient environnés de pièges, lorsqu’ils supportaient courageusement toutes les souffrances sans faiblir ?

 

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La croix est une grande preuve de la providence, de la bonté et de l’amour de Dieu

 

Tout en glorifiant notre Maître commun pour tous ses autres bienfaits, ne le glorifierons-nous pas, ne le célébrerons-nous pas, ne l’admirerons-nous pas surtout pour sa croix et pour la mort ignominieuse qu’il a subie ? D’un bout à l’autre de ses écrits, saint Paul ne nous donne-t-il pas, pour preuve de l’amour que Dieu nous porte, cette mort qu’il a acceptée pour des hommes si criminels ? Il passe sous silence, le ciel, la terre, la mer et toutes les autres choses que le Christ a faites pour notre utilité et notre soulagement, et d’un bout à l’autre il nous présente sa croix. Dieu a fait éclater son amour envers nous, en ce que Jésus-Christ, lorsque nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. (Rom. V, 8-9.) Ensuite il nous inspire les plus belles espérances par ces paroles : Car si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, combien plus ; étant déjà réconciliés, ne serons-nous pas sauvés par sa vie ? N’est-ce pas ce qui rend l’Apôtre si glorieux et si fier ? n’est-ce pas pour cela qu’il tressaille et bondit d’allégresse ? Écoutez ce qu’il écrit aux Galates : Dieu me garde de me glorifier en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. (Gal. VII, 14.) Pourquoi t’étonner que Paul bondisse et tressaille de joie, et qu’il se glorifie ? Ne sais-tu pas que celui même, qui a souffert ces maux, dit de sa croix que c’est une gloire. Mon Père, s’écrie-t-il, voici l’heure : glorifie ton fils. (Jean, XVII, 1.) L’apôtre qui a rapporté ces paroles, disait : Le Saint-Esprit n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’était pas encore glorifié. (Jean, VII, 39.) Par ces mots il appelait la croix une gloire. Aussi, lorsqu’il a voulu montrer l’amour que Dieu nous porte, qu’a-t-il dit ? A-t-il mis en avant des miracles, des signes, des prodiges ? Nullement. C’est la croix qu’il met sous nos yeux et il s’exprime ainsi : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. (Jean ; III, 16.) Paul dit de son côté : Comment celui qui n’a point épargné son propre fils, mais qui l’a livré pour nous tous, ne nous donnera-t-il point toutes choses aussi avec lui ? (Rom. VIII, 32.) Lorsqu’il veut conduire à l’humilité, c’est encore de la croix qu’il tire son exhortation, écoutez : S’il y a quelque consolation en Jésus-Christ, s’il y a quelque soulagement dans la charité, s’il y a quelque union dans la participation d’un même esprit, s’il y a quelque tendresse et quelque compassion parmi vous, rendez ma joie parfaite vous tenant tous unis ensemble, n’ayant tous qu’un même courage, une même âme et les mêmes sentiments ; et ne faites rien par un esprit de contestation ou de vaine gloire, mais que chacun par humilité croie les œuvres plus excellents que soi-même. (Phil. II, 1-3.) Il ajoute aussitôt après ce conseil : Ayez les mêmes sentiments qu’a eus Jésus-Christ, lequel, ayant la forme de Dieu, n’a point cru que ce fût pour lui une usurpation d’être égal à Dieu ; mais il s’est anéanti lui-même, en prenant la forme de serviteur, en se rendant semblable aux hommes et en étant reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui au-dehors ; il s’est rabaissé lui-même en se rendant obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix. (Ibid. 5-8.) Ailleurs, recommandant la charité, voici comment il s’exprime : Aimez-vous comme Jésus nous a aimés, lui qui s’est offert à Dieu pour nous comme une oblation et une victime d’agréable odeur. (Eph. V, 2.) Parlant de la mutuelle affection qui doit unir les époux aux épouses, il dit : Vous, maris, aimez vos femmes comme Jésus a aimé l’Église et s’est, livré pour elle. (Ibid. 25.) Jésus montre lui-même avec quelle ardeur il souhaitait sa passion ; car lorsque le prince des apôtres ; le fondement de l’Église, le coryphée du chœur des disciples, lui eut dit par ignorance : À Dieu ne plaise, Seigneur, cela ne vous arrivera point (Matth. XVI, 22-23), écoute quel nom il lui donna : Retire-toi de moi, Satan, tu m’es un scandale. Par l’exagération de ce reproche, il montre avec quelle ardeur il se portait à la mort. De plus il a voulu que sa résurrection s’accomplît loin des regards et dans l’ombre, laissant à l’avenir le soin de la prouver ; mais pour la croix, c’est au milieu de la ville, au milieu d’une fête, au milieu du peuple hébreu, c’est en présence des juges de deux tribunaux, du tribunal romain et du tribunal juif, et au moment même où la solennité pascale avait rassemblé toutes les tribus, c’est en plein jour, c’est sur le théâtre où se portait toute la terre qu’il l’a supportée ; et, comme ceux-là seuls qui étaient présents pouvaient voir son supplice, il ordonna au soleil de se couvrir de ténèbres, pour apprendre ainsi à tout l’univers ce qu’il osait endurer. Cependant, je le répète, sa mort a été pour beaucoup une pierre d’achoppement. Mais il faut considérer, non ceux qu’elle a perdus, mais ceux qu’elle a sauvés, ceux qu’elle a relevés. Pourquoi donc t’étonnes-tu, si dès cette vie la croix a un tel éclat que Jésus la nomme une gloire, et que l’Apôtre s’en fasse un titre d’orgueil ? Tu le sais : dans ce jour terrible et effroyable, où le Sauveur viendra dans toute sa gloire, où il paraîtra environné de la gloire de son Père, où le redoutable tribunal se dressera pour le jugement, où toute la race humaine comparaîtra devant lui, où les flots bouillonneront avec un bruit tumultueux, où les anges et les esprits célestes déploieront du haut du ciel et rangeront autour de lui leurs escadrons serrés, où les mille récompenses de la vertu victorieuse se montreront aux yeux, où les uns auront la splendeur du soleil, où d’autres brilleront comme des étoiles, où enfin s’avanceront les cohortes des martyrs, les chœurs des apôtres, les légions des prophètes et toute l’armée des hommes vertueux : ce jour-là il viendra dans sa splendeur et sa magnificence, portant en ses mains la croix qui enverra de toutes parts des rayons éclatants. Alors, dit-il en effet, le signe du Fils de l’homme paraîtra dans le ciel, et le soleil s’obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière, mais le signe de la croix paraîtra. (Matth. XXIV, 30.) O éclat de la passion ! ô pure lumière de la croix ! le soleil s’obscurcit, et les étoiles tombent comme des feuilles, mais la croix brille plus éclatante que tous ces astres et remplit de ses rayons tout le ciel ! Vois-tu comme le Seigneur en est fier ! Vois-tu comment il déclare que cette croix fait sa gloire, lorsque dans le jour du jugement il la montre environnée de tant de splendeur à tout l’univers ?

 

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Il faut regarder, non ceux qui se sont laissé surprendre par le scandale, mais ceux qui l’ont surmonté.

 

Si donc tu vois des hommes qui se scandalisent de ce qui arrive, pense d’abord à ceci : c’est que le scandale leur vient non des événements, mais de leur propre faiblesse, comme le prouvent ceux qui ne se sont pas perdus. Considère ensuite que beaucoup d’hommes ont, grâce à leurs épreuves, brillé d’un plus grand éclat, glorifiant Dieu et lui rendant grâce avec la plus vive ardeur pour tous les maux qu’il leur envoyait. Tourne donc tes yeux non sur ceux qui sont tombés, mais sur ceux qui sont restés fermes et inébranlables, et ont même ainsi gagné une nouvelle vigueur, non sur ceux qui se sont troublés, mais sur ceux qui ont dirigé droit leur navire ; ils sont beaucoup plus nombreux que ceux qui ont été emportés loin de la bonne voie, mais quand ils leur seraient de beaucoup inférieurs en nombre, un seul juste accomplissant les commandements de Dieu a plus de prix que mille prévaricateurs.

 


 


 

Saint Jean Chrysostome
Œuvres complètes traduites pour la première fois en français sous la Direction de M. Jeannin
Tome quatrième, pp. 375-382
Sueur-Charruey, Imprimeur-Libraire-Editeur, Arras, 1887

 


 

 

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