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Vivre la foi orthodoxe dans le monde contemporain – VI / Conclusion

27 février 2020

Père Seraphim Rose, The Orthodox Word, vol. 18, no. 4 (#105), July-August 1982, pp. 160-176

traduction: hesychia.eu

Il est évident pour tout chrétien orthodoxe, conscient de ce qui se passe autour de lui aujourd’hui, que le monde approche sa fin. Les signes des temps sont si évidents qu’on peut même dire que le monde est en train de s’effondrer.

Quels sont certains des signes de cet effondrement ?

Saint Macaire Ounjenski, entouré de scènes de sa vie, Kostroma, fin du XVIIe-début XVIIIe siècle.

Le caractère anormal du monde. Jamais auparavant autant des manifestations et comportements étranges et contre nature n’ont été acceptés comme normaux. Il suffit de regarder le monde qui nous entoure : ce qu’on trouve dans les journaux, les films qui sont montrés, ce qu’on voit à la télévision, ce que les gens trouvent intéressant et amusant, ce qui les distrait ; c’est absolument bizarre. Et il y a des gens qui, délibérément, en font la promotion pour leur propre avantage financier, et aussi parce que c’est à la mode, parce qu’il y a un désir maladif pour ce genre de chose.

Les guerres et les rumeurs de guerres, chacune plus froide et sans pitié que les précédentes, et toutes éclipsées par la menace de l’impensable guerre nucléaire totale, qui pourrait être déclenchée en appuyant sur un simple bouton.

Les catastrophes naturelles généralisées : les tremblements de terre, et maintenant l’éruption des volcans — le plus récent s’est réveillé non loin d’ici, près de Yosemite Park, dans le centre de la Californie — qui changent déjà les conditions météorologiques de la planète.

La centralisation croissante de l’information et du pouvoir sur l’individu, représentée notamment par l’énorme ordinateur luxembourgeois, qui a la capacité de conserver un fichier d’informations sur chaque homme vivant ; son numéro de code est 666 et il est surnommé « la bête » par ceux qui y travaillent. Pour faciliter le fonctionnement de tels ordinateurs, le gouvernement américain envisage de commencer en 1984 à émettre des chèques de sécurité sociale à l’intention des personnes portant un numéro (y compris apparemment le numéro de code 666) estampé sur la main droite ou sur le front, ce qui est précisément la situation décrite dans l’Apocalypse (ch. 13) pendant le règne de l’Antichrist. Bien sûr, cela ne signifie pas que la première personne à se faire estampiller 666 est l’Antichrist, ou le serviteur de l’Antichrist, mais une fois que vous serez habitués à cela, qui pourra résister ? Ils vous y habitueront d’abord et ils vous feront vous incliner devant lui par la suite.

– Encore, la multiplication de faux Christs et de faux Antichrists. Le dernier candidat, cet été, a probablement dépensé des millions de dollars pour annoncer son apparition imminente à la télévision mondiale en promettant de transmettre à cette occasion un « message télépathique » à tous les habitants de la planète. Indépendamment des forces occultes pouvant être impliquées dans de tels événements, nous connaissons déjà suffisamment les possibilités de transmettre des messages subliminaux à la radio et plus particulièrement à la télévision, ainsi que le fait que cela peut être fait par quiconque dispose de la technologie nécessaire pour pirater les signaux normaux de radio et de télévision, en dehors de toute loi qui pourrait s’y opposer.

La réaction vraiment étrange au nouveau film dont tout le monde parle en Amérique et que tout le monde a vu : « E.T. », qui a littéralement incité des millions de personnes apparemment normales à exprimer leur affection et leur amour pour le héros, un « Sauveur » de l’espace, qui est, bien évidemment, un démon — il s’agit d’une préparation évidente pour le culte de l’Antichrist à venir. (D’ailleurs, le critique de cinéma du journal officiel de l’archidiocèse grec en Amérique, un prêtre orthodoxe, a vivement recommandé ce film aux orthodoxes, affirmant qu’il s’agissait d’un film merveilleux qui peut nous enseigner l’amour, et que tout le monde devrait aller le voir. Il y a un contraste très important entre ceux qui essaient d’être conscients de ce qui se passe et ceux qui sont simplement conduits par l’esprit des temps.)

 


 

Je pourrais continuer avec des détails semblables, mais mon but n’est pas de vous effrayer, mais de vous faire prendre conscience de ce qui se passe autour de nous.

Il est vraiment plus tard que nous le pensons ; l’Apocalypse est maintenant. Et combien il est dramatique de voir des chrétiens, et surtout de jeunes orthodoxes, avec cette tragédie impensable au-dessus de leurs têtes, qui pensent pouvoir continuer ce qu’on appelle une « vie normale » en ces temps terribles, participant pleinement aux caprices de cette génération ridicule, adoratrice de soi, totalement inconscients du fait que le paradis des dupes que nous habitons est sur le point de s’effondrer, totalement désemparés devant les temps désespérés qui nous attendent. Il n’est même plus question d’être un « bon » ou un « simple » chrétien orthodoxe aujourd’hui ; la question est : notre foi survivra-t-elle tout simplement ?
Pour beaucoup, elle ne survivra point ; l’Antichrist à venir sera trop attrayant, trop dans l’esprit des choses du monde auxquelles nous aspirons maintenant, pour que la plupart des croyants sachent même qu’ils ont perdu leur christianisme en s’inclinant devant lui.

Pourtant, l’appel du Christ nous parvient toujours ; commençons à en tenir compte. L’expression la plus claire de cet appel vient aujourd’hui du monde totalitaire athée, où il y a une réelle souffrance pour Christ et une gravité de la vie que nous perdons rapidement, ou que nous avons déjà perdue. Un prêtre orthodoxe en Roumanie, le p. George Calciu est sur le point de mourir dans une prison communiste pour avoir osé encourager de jeunes séminaristes et étudiants à ne plus se laisser aveugler par l’esprit du temps et à commencer à labourer pour le Christ. Après avoir parlé du vide de l’athéisme, il dit aux jeunes d’aujourd’hui :

« je t’appelle à un vol beaucoup plus haut, à ton abandon total, au courage qui défie la raison ; je t’appelle à Dieu. À ce qui transcende le monde, afin de connaître le ciel infini, avec ses joies spirituelles, le ciel que tu devines seulement dans ton enfer, dans ta recherche et même dans ton état de rébellion gratuite. … Christ t’a toujours aimé, jeune homme, et maintenant tu as répondu à son appel. À partir de maintenant, tu dois aller porter des fruits qui resteront. Tu dois être pour le monde dans lequel tu vis un prophète du Christ. Aime ton prochain comme toi-même et que chaque homme soit ton ami. Proclame par tes actes cet amour unique et illimité, qui élève l’homme du rang de serviteur à celui d’ami de Dieu. Sois le prophète de cet amour libérateur, qui te libère de toute contrainte et te redonne à toi-même intégralement, afin que tu puisses t’offrir à Dieu. »

P. George, s’adressant à des jeunes qui n’avaient que peu de sources d’inspiration pour servir l’Église du Christ, parce qu’ils avaient accepté les opinions du monde (communes aussi parmi nous dans le monde libre) selon lesquelles l’Église n’est qu’un ensemble de bâtiments ou un organisme social, les appelle et nous appelle à une conscience plus profonde de l’Église du Christ et du fait que notre « appartenance formelle » ne suffit pas pour nous sauver.

« L’Église du Christ est vivante et libre. En elle, nous vivons et nous nous déplaçons à travers le Christ, qui est la tête de l’Église, en pleine liberté, car en elle nous connaissons la vérité et la vérité nous rend libres (Jean 8:32).
Quand tu souris aux attristés ; quand tu aides une personne âgée à marcher plus légèrement ; quand tu fais l’aumône aux pauvres et que tu visites celui qui est malade ; quand tu dis : « Seigneur, viens à mon secours ! », tu es dans l’Église du Christ. Quand tu es bon et gentil ; quand tu évites de t’énerver contre ton frère, même s’il a blessé ta sensibilité ; quand tu dis : ‹ Seigneur, pardonne-lui ! › — tu es dans l’Église du Christ. Lorsque tu travailles honnêtement là où tu es et que tu rentres épuisé le soir, mais avec le sourire aux lèvres, chez les tiens, emportant avec toi une lumière chaleureuse et remplie d’humanité ; lorsque tu rachètes le mal par l’amour — tu es dans l’Église du Christ.
Tu vois donc, mon jeune ami, à quel point tu es proche de l’Église du Christ ? Tu es Pierre et Dieu construit son Église sur toi. Tu es la ‹ pierre › de son église, que personne, et rien ne pourra bouger. …
Construisons les églises de notre foi, qu’aucune puissance humaine ne peut ébranler, car le fondement ultime de l’Église est le Christ lui-même. Sens ton voisin à tes côtés, toujours présent, et ne te demande jamais : ‹ Qui est cet homme ? ›, mais dis-toi : ‹ Il n’est pas étranger. C’est mon frère. C’est l’Église du Christ, comme moi, je le suis. › »

Avec un tel appel dans nos cœurs, commençons à réellement appartenir à l’Église du Christ, l’Église orthodoxe. L’adhésion externe ne suffit pas ; quelque chose doit bouger à l’intérieur de nous qui nous différencie du monde qui nous entoure, même si ce monde se dit « chrétien » et même « orthodoxe ». Gardons et nourrissons ces qualités d’une véritable vision du monde orthodoxe que j’ai mentionnée plus tôt : une attitude vivante et normale, aimante et conciliante, sans être centré sur soi, préservant notre innocence et notre unicité même avec une conscience pleine et humble de notre propre péché et de la puissance des tentations mondaines qui nous entourent. Si nous vivons vraiment cette vision du monde orthodoxe, notre foi survivra aux chocs qui nous attendent et sera une source d’inspiration et de salut pour ceux qui chercheront toujours le Christ même au milieu du naufrage de l’humanité qui est déjà commencé.

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