Iconographie, Orthodoxie, Théotokos

LA VÉNÉRATION ORTHODOXE DE LA MÈRE DE DIEU – IV et V

30 janvier 2020

Saint Jean Maximovitch (†1966)

The Orthodox Word, 1976, vol. 12, no. 3 (68), p.89-91 / no.4 (69), p.126-130 / no.6 (71), p.201-203

traduction: hesychia.eu / relecture: Benoît

IV L’hérésie nestorienne et le troisième concile œcuménique

Lorsque tous ceux qui osèrent parler contre la sainteté et la pureté de la Très Sainte Vierge Marie furent réduits au silence, il y eut une tentative pour détruire sa vénération en tant que Mère de Dieu. Au Ve siècle, l’archevêque de Constantinople, Nestorius, commença à prêcher que seulement l’homme Jésus était né de Marie, et que la divinité avait demeuré et habité en lui comme dans un temple. Au début, il permit à son prêtre Anastase d’enseigner cela, puis lui-même enseigna ouvertement dans l’église qu’il ne fallait pas appeler Marie Theotokos, car elle n’avait pas donné naissance à l’Homme-Dieu. Il considérait comme humiliant pour lui-même d’adorer un enfant emmailloté dans des linges et allongé dans une mangeoire.

Glorification de la Vierge en Majesté, Rostov-la-Grande, seconde moitié du XVIe siècle. Provient de l’église du village Troitsa-Bar près de Rostov-la-Grande, Russie. Galerie Tretiakov, Moscou, Russie

 


 

De tels sermons suscitaient un trouble et un malaise universels concernant la pureté de la foi, d’abord à Constantinople, puis partout ailleurs où les rumeurs de l’enseignement nouveau se répandaient. Saint Proclus, le disciple de saint Jean Chrysostome, qui était alors évêque de Cyzique et plus tard archevêque de Constantinople, en présence de Nestorius, donna dans l’église un sermon dans lequel il confessait le Fils de Dieu né dans la chair de la Vierge, qui est en vérité la Theotokos (celle qui donne naissance à Dieu), car déjà dans le ventre de celle qui est Immaculée, au moment de Sa conception, la Divinité était unie à l’Enfant conçu du Saint-Esprit ; et cet Enfant, même s’Il est né de la Vierge Marie seulement dans sa nature humaine, est né vrai Dieu et vrai Homme.

Nestorius refusait obstinément de changer son enseignement. Il prétendait qu’il fallait faire la distinction entre Jésus et le Fils de Dieu, que Marie ne devait pas être appelée Theotokos, mais Christotokos (celle qui a donné naissance au Christ), puisque le Jésus qui est né de Marie n’était que le Christ-homme (ce qui signifie Messie, celui qui est oint) semblable aux prophètes oints par Dieu autrefois, les surpassant seulement dans la plénitude de la communion avec Dieu. L’enseignement de Nestorius constituait ainsi un déni de toute l’économie de Dieu, car si un simple homme était né de Marie, alors ce n’est pas Dieu qui aurait souffert pour nous, mais un homme.

Saint Cyrille, archevêque d’Alexandrie, en prenant connaissance de l’enseignement de Nestorius et des troubles provoqués par cet enseignement à Constantinople, écrivit une lettre à Nestorius, dans laquelle il essaya de le persuader de garder l’enseignement que l’Église confessait depuis sa fondation, et de ne rien introduire de nouveau dans cet enseignement. Saint Cyrille écrivit aussi au clergé et aux fidèles de Constantinople pour leur dire d’être fermes dans la foi orthodoxe et de ne pas craindre les persécutions de Nestorius contre ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui. Saint Cyrille écrivit également à Rome, au saint Pape Célestin (qui, avec toutes ses ouailles, était alors ferme en orthodoxie), pour l’informer de la situation de l’Église.

Saint Célestin, pour sa part, écrivit à Nestorius, et l’appela à prêcher la foi orthodoxe, et non la sienne. Mais Nestorius restait sourd à toute persuasion et répondit que ce qu’il prêchait était la foi orthodoxe, tandis que ses adversaires étaient hérétiques. Saint Cyrille écrivit à nouveau à Nestorius et rédigea douze anathèmes, c’est-à-dire, douze paragraphes énonçant les principales différences entre l’enseignement orthodoxe et l’enseignement prêché par Nestorius, reconnaissant comme excommunié de l’Église tout croyant qui rejetait même un seul des paragraphes qu’il avait composés.

Nestorius rejeta l’ensemble du texte écrit par saint Cyrille et écrivit sa propre exposition de l’enseignement qu’il prêchait, également en douze paragraphes, jetant l’anathème (c’est-à-dire l’excommunication de l’Église) sur tous ceux qui ne l’acceptaient pas. Le danger pour la pureté de la foi augmentait incessamment. Saint Cyrille écrivit une lettre à Théodose le Jeune, qui régnait alors, à sa femme Eudocia et à la sœur de l’empereur Pulcheria, les priant de se préoccuper des questions ecclésiastiques et de restreindre l’hérésie.

Un concile œcuménique fut convoqué, au cours duquel des hiérarques, réunis des quatre coins du monde, devaient décider si la foi prêchée par Nestorius était orthodoxe. Comme lieu pour le concile, qui allait devenir le troisième concile œcuménique, ils choisirent la ville d’Éphèse, dans laquelle la Très Sainte Vierge Marie avait autrefois habité avec l’apôtre Jean le Théologien.

Saint Cyrille rassembla ses confrères évêques en Égypte et ensemble ils se rendirent à Éphèse par la mer. Par voie terrestre, d’Antioche, vinrent Jean, archevêque d’Antioche, et les évêques orientaux. L’évêque de Rome, saint Célestin, ne pouvait pas se rendre lui-même et demanda à saint Cyrille de défendre la foi orthodoxe. Il envoya aussi deux évêques pour le représenter, ainsi que le prêtre de l’Église romaine Philippe, à qui il donna également des instructions concernant ce qu’il devait dire. À Éphèse, vinrent également Nestorius et les évêques de la région de Constantinople, et les évêques de Palestine, d’Asie Mineure et de Chypre.

Le 10 juillet, selon le calcul romain, c’est-à-dire le 22 juin 431, dans l’église éphésienne de la Vierge Marie, les évêques se réunirent, dirigés par l’évêque d’Alexandrie, Cyrille, et l’évêque d’Éphèse, Memnon, et prirent leurs places. Au milieu d’eux était placé un Évangile comme signe de la gouvernance invisible du Concile œcuménique par le Christ lui-même. Au début, le symbole de la foi qui avait été rédigé par les premier et deuxième conciles œcuméniques fut lu ; puis fut lu la Proclamation impériale apportée par les représentants des empereurs Théodose et Valentinien, empereurs des parties orientales et occidentales de l’Empire.

La Proclamation impériale ayant été entendue, la lecture des documents commença, et on lut les épîtres de Cyrille et Célestin à Nestorius, ainsi que les réponses de Nestorius.

Le Concile, de la bouche de ses membres, reconnut que l’enseignement de Nestorius était impie et le condamna, reconnaissant Nestorius comme privé de son siège et du sacerdoce. Un décret fut rédigé à ce sujet et fut signé par environ 160 participants au Concile ; et comme certains d’entre eux représentaient également d’autres évêques qui n’avaient pas eu la possibilité d’être personnellement au Concile, le décret du Concile était en réalité la décision de plus de 200 évêques, qui avaient leurs sièges dans les différentes régions de l’Église à ce moment-là. Ils témoignèrent de leur confession de la foi qui, de toute antiquité, avait été gardée dans leurs diocèses.
Ainsi, le décret du Concile fut la voix de l’Église œcuménique qui exprima clairement sa foi : le Christ, né de la Vierge, est le vrai Dieu qui est devenu Homme ; et dans la mesure où Marie a donné naissance à l’Homme parfait qui était en même temps Dieu parfait, elle devait à juste titre être vénérée comme THEOTOKOS.

A l’issue de la session, le décret fut immédiatement communiqué aux personnes en attente. Toute la ville d’Éphèse se réjouissait en apprenant que la vénération de la Sainte Vierge avait été défendue, car elle était particulièrement vénérée dans cette ville, dont elle avait été résidente pendant sa vie terrestre, et dont elle est devenue la patronne après son départ pour la vie éternelle. Les gens accueillaient les Pères avec enthousiasme quand, le soir, ils rentraient chez eux après la session. Ils les accompagnaient chez eux avec des torches allumées et brûlaient de l’encens dans les rues. On entendait partout des salutations joyeuses, des louanges à la Toute-Vierge et les éloges des Pères qui avaient défendu Son nom contre les hérétiques. Le décret du Concile était affiché dans les rues d’Ephèse.

Le Concile a eu cinq autres sessions, les 10 et 11 juin, les 16, 17 et 22 juillet et le 31 août. Lors de ces sessions, il fut énoncé, en six canons, des mesures d’action contre ceux qui oseraient diffuser l’enseignement de Nestorius et changer le décret du Concile d’Éphèse.
En réponse à la plainte des évêques de Chypre contre les prétentions de l’évêque d’Antioche, le Concile décréta que l’Église de Chypre devait préserver son indépendance dans le gouvernement de l’Église, qu’elle avait possédé des apôtres, et qu’en général aucun des évêques ne devait soumettre des régions qui étaient auparavant indépendantes, « de peur que sous le prétexte du sacerdoce l’orgueil du pouvoir terrestre ne s’introduise, et que nous ne perdions, la ruinant peu à peu, la liberté que notre Seigneur Jésus-Christ, le Libérateur de tous les hommes, nous a donné par son sang. »

Le Concile confirma également la condamnation de l’hérésie pélagienne, qui enseignait que l’homme peut être sauvé par ses propres pouvoirs sans avoir besoin de la grâce de Dieu. Il décida également de certaines questions de gouvernement ecclésiastique, et adressa des épîtres aux évêques qui n’avaient pas assisté au Concile, annonçant ses décrets et les appelant tous à veiller sur la foi orthodoxe et la paix de l’Église. Dans le même temps, le Concile reconnut que l’enseignement de l’Église œcuménique orthodoxe avait été pleinement et clairement énoncé dans le symbole de la foi nicéo-constantinopolitain, c’est pourquoi lui-même ne composa pas un nouveau symbole de la foi et interdit à l’avenir « de composer une autre foi », c’est-à-dire de composer d’autres symboles de foi ou d’apporter des changements au symbole qui avait été confirmé lors du deuxième concile œcuménique.

Ce dernier décret fut violé plusieurs siècles plus tard par les chrétiens occidentaux lorsque, d’abord dans des endroits séparés, puis dans toute l’Église romaine, il fut ajouté au symbole que le Saint-Esprit procède « et du Fils », ajout qui a été approuvé par les papes romains à partir du XIe siècle, même si jusque-là leurs prédécesseurs, à commencer par saint Célestin, avaient fermement tenu la décision du concile d’Ephèse, qui était le troisième concile œcuménique, et l’avaient respectée.

Ainsi la paix qui avait été détruite par Nestorius s’installa de nouveau dans l’Église. La vraie foi fut défendue et le faux enseignement accusé.
Le Concile d’Éphèse est à juste titre vénéré comme œcuménique, au même niveau que les Conciles de Nicée et de Constantinople qui l’ont précédé. À Éphèse ont participé des représentants de toute l’Église. Ses décisions ont été acceptées par toute l’Église « d’un bout à l’autre de l’univers ». On y a confessé l’enseignement prêché depuis l’époque apostolique. Le Concile ne créa pas un nouvel enseignement, mais il témoigna haut et fort de la vérité que certains avaient tenté de remplacer par une invention. Il exposa précisément la confession de la Divinité du Christ né de la Vierge. La croyance de l’Église et son jugement sur cette question étaient maintenant si clairement exprimés que personne ne pouvait plus attribuer à l’Église ses propres raisonnements erronés. À l’avenir, il pourrait se poser d’autres questions exigeant la décision de toute l’Église, mais pas la question de savoir si Jésus-Christ était Dieu.

Les Conciles ultérieurs prirent comme fondement pour leurs décisions les décrets des Conciles qui les avaient précédés. Ils ne composèrent pas un nouveau symbole de la foi, mais en donnèrent seulement une explication.

Au troisième Concile œcuménique, il fut fermement et clairement confessé l’enseignement de l’Église concernant la Mère de Dieu. Auparavant, les Saints-Pères avaient accusé ceux qui avaient calomnié la vie immaculée de la Vierge Marie ; et maintenant concernant ceux qui avaient essayé de diminuer son honneur, il fut proclamé à tous :

« Celui qui ne confesse pas Emmanuel pour être le vrai Dieu et donc la Sainte Vierge pour être Theotokos, parce qu’elle a donné naissance dans la chair au Verbe qui est de Dieu le Père et qui s’est fait chair, qu’il soit anathème (exclu de l’Église) » (Premier Anathème de saint Cyrille d’ Alexandrie).


 

Vierge Hodiguitria

Vierge Hodiguitria, Xe-XVIIe siècle. Icône en argent doré, émail, perles, pierres précieuses et semi-précieuses. Musée d’Art de Tbilissi, Géorgie

 


V Tentatives d’iconoclastes pour amoindrir la gloire de la Reine du Ciel ; ils sont vaincus

Après le troisième Concile œcuménique, les chrétiens commencèrent plus ardemment, à Constantinople et ailleurs, à demander l’intercession de la Mère de Dieu et leurs espoirs dans son intercession ne furent pas vains. Elle manifesta son aide à d’innombrables personnes malades, impuissantes et malheureuses. Plusieurs fois, elle est apparue comme la défenseure de Constantinople contre les ennemis extérieurs. Elle montra même une fois de façon visible à Saint-André, le Fol en Christ, sa merveilleuse protection sur les gens qui priaient la nuit dans le temple de Blachernæ.

La Reine du Ciel avait accordé la victoire dans les batailles aux empereurs byzantins, c’est pourquoi ils avaient la coutume de prendre avec eux dans leurs campagnes son icône d’Hodigitria (Celle qui montre la voie). Elle a fortifié les ascètes et les zélotes de la vie chrétienne dans leur combat contre les passions et les faiblesses humaines. Elle a éclairé et instruit les Pères et les enseignants de l’Église, y compris saint Cyrille d’Alexandrie lui-même quand il hésitait à reconnaître l’innocence et la sainteté de Saint-Jean Chrysostome.

La Vierge Toute-Pure a placé des hymnes dans la bouche des compositeurs d’hymnes religieux, faisant parfois des chanteurs de renom de ceux qui n’avaient pas de don pour la musique, mais qui étaient de pieux ouvriers, comme Saint Romain le Mélode (l’Hymnographe). Est-il donc surprenant que les chrétiens se soient efforcés de magnifier le nom de leur infaillible intercesseur ? En son honneur, des fêtes ont été établies, des chansons merveilleuses lui ont été consacrées et ses images étaient vénérées.

La malveillance du prince de ce monde avait une fois de plus armé les fils de l’apostasie pour déclencher la bataille contre Emmanuel et Sa Mère dans ce même Constantinople, qui vénérait maintenant, comme Éphèse l’avait fait précédemment, la mère de Dieu comme son intercesseur. N’osant pas d’abord parler ouvertement contre la Très Sainte Mère du Dieu, ils voulaient réduire Sa gloire en interdisant la vénération des Icônes du Christ et de Ses saints, appelant cela l’idolâtrie. La Mère de Dieu fortifia également les champions de la piété dans la bataille pour la vénération des images, réalisant de nombreux signes par ses icônes et guérissant la main coupée de saint Jean Damascène, qui avait écrit en défense des icônes.

La persécution contre les vénérateurs d’icônes et de saints se termina à nouveau par la victoire et le triomphe de l’orthodoxie, car la vénération accordée aux icônes monte à ceux qui y sont représentés ; et les saints de Dieu sont vénérés comme des amis de Dieu au nom de la grâce divine qui les habitait, conformément aux paroles du Psaume : « Tes amis sont les plus précieux pour moi ». La Très-Pure Mère de Dieu a été glorifiée avec un honneur particulier dans le ciel et sur la terre, et même au temps de la persécution contre les saintes icônes, elle manifesta tant de miracles extraordinaires que même aujourd’hui nous nous en souvenons avec contrition. L’hymne de saint Jean Damascène « En toi se réjouit, O Pleine de grâce, toute la création » et l’icône à trois mains nous rappellent la guérison de saint Jean Damascène devant cette icône ; la représentation de l’icône Iveron de la Mère de Dieu nous rappelle la délivrance miraculeuse des ennemis par cette icône, qui avait été jetée dans la mer par une veuve qui n’avait pas pu la sauver.

Aucune persécution contre ceux qui vénéraient la Mère de Dieu et tout ce qui est lié à sa mémoire ne pourrait amoindrir l’amour des chrétiens pour leur intercesseur. La règle a été établie que chaque série d’hymnes dans les services divins devrait se terminer par un hymne ou un vers en l’honneur de la Mère de Dieu (la soi-disant « Theotokia »). Plusieurs fois dans l’année, les chrétiens de tous les coins du monde se réunissent à l’église, comme ils le faisaient auparavant, pour la louer, la remercier pour les bienfaits qu’elle a montrés et lui demander grâce.

Mais l’adversaire des chrétiens, le diable, qui se met à rugir comme un lion, à la recherche de celui qu’il pourrait dévorer (I Pierre 5,8), peut-il rester un spectateur indifférent à la gloire de l’Immaculée ? Pourrait-il se reconnaître vaincu et cesser de faire la guerre à la vérité, par l’intermédiaire d’hommes qui font sa volonté ? Et ainsi, quand tout l’univers a retenti de la bonne nouvelle de la Foi du Christ, quand partout le nom du Très Saint a été invoqué, quand la terre a été remplie d’églises, quand les maisons des chrétiens ont été ornées de Ses icônes — à ce moment-là est apparu et a commencé à se répandre un nouvel enseignement erroné sur la Mère de Dieu.

Ce faux enseignement est dangereux car beaucoup ne peuvent pas immédiatement comprendre dans quelle mesure il ébranle la véritable vénération de la Mère de Dieu.

~ À suivre ~

VI Le zèle mal éclairé (Romains 10, 2)

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