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Vivre la foi orthodoxe dans le monde contemporain – IV

20 octobre 2019

Ce que nous pouvons faire

Père Seraphim Rose, The Orthodox Word, vol. 18, no. 4 (#105), Juillet-Août 1982, pg. 160-176.

traduction: hesychia.eu

Plus spécifiquement, que pouvons-nous faire pour acquérir cette conscience, cette réalisation, et comment pouvons-nous la rendre fructueuse dans nos vies ? J’essaierai de répondre à cette question en deux parties : premièrement, en ce qui concerne notre conscience du monde qui nous entoure, qui, comme jamais auparavant dans l’histoire du christianisme, est devenu notre ennemi conscient ; et deuxièmement, en ce qui concerne notre conscience de l’Orthodoxie, dont la plupart d’entre nous, j’en ai bien peur, en sait beaucoup moins que nous devrions, beaucoup moins que nous devons savoir si nous souhaitons la conserver.
Premièrement, parce que, que nous le voulions ou pas, nous sommes dans le monde (et ses effets sont fortement ressentis même dans un endroit aussi éloigné que notre monastère d’ici), nous devons lui faire face à lui et à ses tentations, de manière claire et réaliste, mais sans lui céder ; en particulier, nous devons préparer nos jeunes aux tentations qui se présentent à eux et, pour ainsi dire, les vacciner contre ces tentations. Nous devons être conscients que le monde qui nous entoure aide rarement et le plus souvent empêche l’éducation des enfants selon un véritable esprit orthodoxe. Nous devons être prêts chaque jour à répondre à l’influence du monde par les principes d’une solide éducation chrétienne.

 

Sainte Face, milieu du 16ème siècle.

Sainte Face, milieu du 16ème siècle.

Cela signifie que ce que l’enfant apprend à l’école doit être constamment vérifié et corrigé à la maison. Nous ne pouvons pas supposer que ce qu’il va apprendre à l’école est simplement quelque chose d’utile ou de neutre et que cela n’a rien à voir avec son éducation orthodoxe. On peut lui apprendre des compétences et des faits utiles (bien que de nombreuses écoles en Amérique échouent lamentablement même dans ce cas ; de nombreux enseignants nous disent que tout ce qu’ils peuvent faire est de garder les enfants en ordre dans la classe sans même rien leur apprendre), mais même s’il apprend tout cela, on lui enseigne également de nombreuses attitudes et philosophies erronées. L’attitude fondamentale d’un enfant à l’égard de la littérature, de la musique, de l’histoire, de l’art, de la philosophie, même des sciences, et bien sûr de la vie et de la religion, doit être abordée en priorité à la maison, car l’école vous donnera tout cela mêlé à la philosophie moderne ; cela doit venir en premier lieu du foyer et de l’Église, sinon il risque d’être mal éduqué dans le monde d’aujourd’hui, où l’éducation publique est au mieux agnostique et, au pire, ouvertement athée ou antireligieuse. Bien sûr, en Union soviétique, tout cela est imposé à l’enfant, sans aucune religion et avec un programme actif visant à faire de cet enfant un athée.

Les parents doivent savoir exactement ce qui est enseigné à leurs enfants dans les cours d’éducation, qui sont presque universels aujourd’hui dans les écoles américaines, et le corriger à la maison, non seulement par une attitude franche à l’égard de ces sujets (en particulier entre les pères et les fils, chose très rare dans la société américaine), mais aussi par une définition claire de l’aspect moral, qui est totalement absent de l’enseignement public.
Les parents doivent savoir quel genre de musique leurs enfants écoutent, ce qu’il y a dans les films qu’ils regardent (écouter et voir avec eux au besoin), à quel genre de langage ils sont exposés et quel genre de langage ils utilisent, et ils doivent montrer la bonne attitude chrétienne à avoir.

La télévision – dans les foyers où il n’ya pas assez de courage pour la jeter par la fenêtre – doit être strictement contrôlée et surveillée afin d’éviter les effets pervers de cette machine qui est devenue le principal éducateur d’attitudes et d’idées antichrétiennes dans la maison elle-même, en particulier auprès des jeunes.
Je parle de l’éducation des enfants parce que c’est là que le monde frappe d’abord les chrétiens orthodoxes et les forme à son image ; une fois que des attitudes erronées ont été formées chez un enfant, la tâche de lui donner une éducation chrétienne devient doublement difficile.
Mais ce n’est pas seulement les enfants, nous faisons tous face au monde qui essaie de nous former à l’antichristianisme, par le biais des écoles, de la télévision, du cinéma, de la musique populaire et de toutes les autres influences qui s’imposent à nous, surtout dans les grandes villes. Nous devons être conscients que ce qui nous est imposé ne fait qu’un ; il a un certain rythme, un certain message à nous donner, ce message de vénération du soi, de détente, de lâcher prise, de plaisir, d’abandon de toute pensée de l’autre monde, sous différentes formes, que ce soit en musique ou au cinéma, à la télévision ou dans ce qui est enseigné dans les écoles, par la manière d’accentuer certains sujets, de présenter le contexte, et tout le reste ; il y a une chose particulière qui nous est donnée. C’est en fait une éducation à l’athéisme. Nous devons nous défendre en sachant exactement ce que le monde essaie de nous faire et en formulant et en communiquant notre réponse chrétienne orthodoxe.

Franchement, si on observe la manière dont les familles orthodoxes vivent et transmettent leur orthodoxie, il semblerait que cette bataille est plus souvent perdue que gagnée. Le pourcentage de chrétiens orthodoxes qui conservent leur identité orthodoxe intacte et ne sont pas transformés à l’image du monde d’aujourd’hui est en effet très faible.

Néanmoins, il n’est pas nécessaire de considérer le monde qui nous entoure comme entièrement mauvais. En effet, pour notre survie en tant que chrétiens orthodoxes, nous devons être suffisamment intelligents pour utiliser ce qui est positif dans le monde à notre avantage. Ici, je vais aborder quelques points où nous pouvons utiliser quelque chose du monde qui semble n’avoir rien à voir directement avec l’orthodoxie afin de formuler notre vision du monde orthodoxe.
L’enfant qui a été exposé dès son plus jeune âge à la bonne musique classique et a vu son âme se développer par son influence, ne sera pas aussi tenté par le rythme brut et le message du rock et d’autres formes contemporaines de pseudo-musiques, que celui qui a grandi sans éducation musicale. Une telle éducation musicale, comme l’ont dit plusieurs anciens d’Optina, affine l’âme et la prépare à la réception des impressions spirituelles.

L’enfant qui a été éduqué dans la bonne littérature, le théâtre et la poésie et a senti leur effet dans son âme — c’est-à-dire qu’il les a réellement appréciés — ne deviendra pas facilement dépendant des films et des programmes de télévision contemporains et des romans bon marché qui dévastent l’âme et l’éloignent de la voie chrétienne.
L’enfant qui a appris à voir la beauté dans la peinture et la sculpture classiques ne sera pas facilement entraîné dans la perversité de l’art contemporain ni attiré par les produits criards de la publicité moderne et de la pornographie.
L’enfant qui connaît quelque chose de l’histoire du monde, en particulier à l’époque chrétienne, et de la façon dont les autres ont vécu et pensé, des erreurs et des pièges dans lesquels les gens sont tombés en s’éloignant de Dieu et de ses commandements, et de leurs vies glorieuses et influentes qu’ils ont vécu quand ils lui étaient fidèles – discernera la vie et la philosophie de notre époque et ne sera pas enclin à suivre la première nouvelle philosophie ou mode de vie qu’il rencontre. L’un des problèmes fondamentaux auxquels l’éducation des enfants est confrontée aujourd’hui est que, dans les écoles, on ne leur donne plus le sens de l’histoire. C’est une chose dangereuse et fatale de priver un enfant du sens de l’histoire. Cela signifie qu’il n’a pas la capacité de prendre des exemples des personnes qui ont vécu dans le passé. Et en réalité, l’histoire se répète constamment. Une fois que vous comprenez cela, il devient intéressant de voir comment les gens ont répondu aux problèmes, comment il y en a qui sont allés contre Dieu et quels ont été les résultats, et comment les gens ont changé leur vie et sont devenus des exceptions et ont donné un exemple transmis jusqu’à nos jours. Ce sens de l’histoire est une chose très importante qui devrait être communiquée aux enfants.

En général, une personne qui connaît bien les meilleurs produits de la culture laïque — qui en Occident a presque toujours des nuances religieuses et chrétiennes bien définies — a de bien meilleures chances de mener une vie orthodoxe normale et fructueuse que ceux qui ne connaissent que la culture populaire d’aujourd’hui. Celui qui est converti à l’Orthodoxie directement à partir de la culture « rock », et en général toute personne qui pense pouvoir associer l’Orthodoxie à ce type de culture — a beaucoup de mal à vivre et un chemin difficile à parcourir avant de devenir un chrétien orthodoxe vraiment sérieux qui est capable de transmettre sa foi aux autres. Sans cette souffrance, sans cette prise de conscience, les parents orthodoxes entraîneront leurs enfants à être dévorés par le monde contemporain. La meilleure culture du monde, correctement reçue, affine et développe l’âme ; la culture populaire actuelle paralyse et déforme l’âme et l’empêche d’avoir une réponse complète et normale au message de l’orthodoxie.

Par conséquent, dans notre combat contre l’esprit de ce monde, nous pouvons utiliser les meilleures choses que le monde puisse nous offrir pour les dépasser ; tout ce qui est bon dans le monde, si nous sommes seulement assez sages pour le voir, pointe vers Dieu et vers l’orthodoxie, et nous devons nous en servir.

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