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Paroles pour les jeunes

3 mai 2019

Père Gheorghe Calciu-Dumitreasa

I

L’APPEL

„J’avais consacré mon premier livre, Théophile, à tout ce que Jésus avait fait et enseigné , depuis le commencement”
Les Actes des apôtres 1,1

 

Les 40 saints martyres

 

Le temps est venu maintenant, jeune homme, d’entendre une voix qui t’appelle. Une voix tu n’as pas entendue auparavant; ou peut-être que si, mais tu ne l’as pas comprise, ni écoutée.

C’est la voix de Jésus!

Ne sursaute pas, ne t’étonnes pas, ne souris pas d’incrédulité, mon jeune ami ! La voix qui t’appelle n’est pas celle d’un homme mort, mais celle d’un homme ressuscité. Il ne t’appelle pas du fond de l’histoire, mais des profondeurs de ton propre être.

Ces paroles, prononcées et écrites ici, viennent de tes profondeurs, que tu ne connais pas toi-même. Tu as peut-être eu honte ou peur de descendre dans tes profondeurs et de les découvrir. Tu as pensé qu’un monstre git en toi, un tombeau des instincts, d’où surgissent les esprits terribles de passions, et tu n’as pas vu ton visage d’ange, car ange tu es. Si personne ne te l’a dit jusqu’à présent, Jésus te le dit et son témoignage est vrai, car personne ne l’a jamais trouvé coupable de mensonge.

Que sais-tu, jeune homme, de Christ?
Si tout ce que tu sais, tu l’as appris de l’enseignement athée de l’école, tu dois savoir qu’on t’a caché délibérément la seule vérité qui peut te rendre libre.
Que sais-tu de l’Eglise du Christ?
Si tout ce que tu sais se résume à Giordano Bruno […], tu as été privé de manière inhumaine de la lumière de la véritable culture, de l’éclat de la spiritualité, gage de ta liberté en tant qu’être humain.

Où as-tu entendu, mon ami, ces paroles: « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous nuisent et vous persécutent? » (Matthieu 5,44)

Si tu ne les as jamais entendues, qui et de quel droit te les a-t-il interdites ? Qui t’a interdit de savoir qu’il existe une voie meilleure, plus juste et plus simple que celle sur laquelle tu t’égares aujourd’hui ? Qui a mis le voile sur tes yeux afin que tu ne puisses pas voir la merveilleuse lumière de l’amour prêché et vécu par Jésus jusqu’à ses ultimes conséquences?

Je te vois dans la rue, mon ami, jeune et beau, et soudain, tout change en toi, ton visage se crispe, tes instincts font irruption à l’extérieur en bouleversant ton être, pareils à des énergies mauvaises, et tu deviens violent … Où as tu appris la violence, jeune homme? Qui te l’a apprise ?
J’ai vu ta douce mère avec ses yeux en larmes, j’ai vu ton père et son visage endurci par la douleur – et j’ai su que tu ne l’as pas apprise chez eux … Alors où ?

Penche ton oreille et écoute l’appel de Jésus, l’appel de Son Église. Dehors, pour ta violence insensée, les tribunaux et les peines de prison t’attendent, et ton âme y pourrait être tuée de façon irréparable.
Je t’ai vu avec douleur devant les tribunaux, où tes actes prenaient des proportions monstrueuses. Je t’ai vu effrayé, ou cynique, ou prétentieux – et toutes ces attitudes m’ont montré combien tu es près de l’abîme; et je me suis encore une fois demandé qui est coupable de ta déchéance.

Viens à l’Église du Christ! Seulement ici tu trouveras la consolation pour ton être bouleversé, seulement en elle tu trouveras la certitude; car ce n’est que dans l’Eglise que tu entendras la voix de Jésus qui dit doucement: « Fils, tes fautes sont pardonnées, car tu as beaucoup souffert. Voici, tu es guéri; désormais, ne pèche plus ! « …

Personne ne t’a jamais dit ces paroles, mais maintenant tu les entends. On t’a parlé de la haine de classe, de la haine politique, de la haine et de la haine toujours. Le mot « amour » t’a semblé étranger, mais maintenant l’Église du Christ te montre une meilleure voie, une voie d’amour.
Jusqu’à présent, tu as été l’esclave de tes instincts, ton corps n’a été qu’un simple instrument afin qu’ils puissent faire surface. Et maintenant, tu peux entendre cette voix de Jésus, qui parle par la bouche de son apôtre: « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, que l’Esprit de Dieu habite en vous? » (I Corinthiens 3,16)

On t’a dit que tu descends du singe, que tu es une bête sauvage qui doit être dressée, et maintenant tu apprends une chose inouïe: tu es le temple de Dieu, l’Esprit de Dieu demeure en toi ! Tu es rappelé, jeune homme, à ta dignité d’homme métaphysique; tu es élevé de là où les erreurs de ton éducation t’ont fait descendre au grand privilège d’être le temple dans lequel Dieu vient habiter.

Nous t’appelons à la pureté. Si tu n’as pas oublié le mot « innocence », si tu gardes les traces de ta pureté enfantine, tu ne résisteras pas à cet appel.

Viens dans l’église du Christ! Viens apprendre ce que sont l’innocence et la pureté, ce que sont la douceur et l’amour. Tu découvriras le but de ta présence dans le monde, le sens de notre existence. À ton étonnement, tu apprendras que notre vie ne se termine pas par la mort, mais par la résurrection; que notre existence est orientée vers le Christ, et que le monde n’est pas qu’un moment vide, dominé par le néant.

Tu auras une espérance et l’espérance te rendra fort.

Tu auras une foi, et la foi te sauvera.

Tu auras un amour, et l’amour te rendra bon.

Ceci est, mon jeune ami, le premier mot que Jésus t’adresse à travers le tumulte du monde, à travers le déferlement des passions que personne ne t’a appris à combattre, à travers la transparence de tes rêves d’innocence, qui continuent de te hanter.
Jésus te cherche, Jésus t’a trouvé !

Paroles prononcées dans l’église de Radu-Vodă, le mercredi de la première semaine de carême, le 8 mars 1978.

 

 


 

P. Calciu

Père Gheorghe Calciu-Dumitreasa à l’arrestation

Le père Georges Calciu-Dumitreasa (1925-2006) est le dissident orthodoxe le plus connu de la Roumanie, symbole de résistance religieuse à l’athéisme communiste – et au mutisme de l’Église devant la répression. Personnalité originale, confesseur d’une grande foi, étudiant en médecine, il n’a que 22 ans quand il est arrêté pour la première fois en mai 1948 pour avoir protesté contre l’enseignement obligatoire du marxisme et l’introduction de l’athéisme dans les écoles.


Il passa d’abord deux ans à la prison de Pitesti de triste mémoire, où les communistes procédèrent à une cruelle « rééducation » des étudiants dans le matérialisme athée du marxisme-léninisme. Calciu connut la section d’extermination de la prison Jilava, où les cellules étaient situées à quelques mètres sous terre, sans lumière naturelle ou ventilation, puis la prison d’Aiud.

Il est libéré de prison en 1963, d’abord en résidence surveillée, puis définitivement suite à l’amnistie générale de 1964.

Touché par la foi et le dévouement de certains prêtres qu’il a connu en prison, il veut devenir prêtre, mais il est empêché de suivre des études de théologie à cause de son emprisonnement. Il intègre donc la faculté de philologie et, avec l’appui du patriarche Justinien, en même temps il étudie secrètement la théologie. Il enseigne d’abord le français dans une école secondaire, et lorsque la Securitate découvre sa foi, le patriarche Justinien le nomme professeur de français et du Nouveau Testament au Séminaire théologique de Bucarest en 1972. Il sera ordonné prêtre la même année.

À l’automne de 1977 le père Georges proteste contre la démolition de l’église Enei à Bucarest le 10 mars 1977. En janvier 1978, prêchant à la cathédrale patriarcale, il décrit l’athéisme comme « une philosophie du désespoir ».

C’est peu après, dans le cadre du Grand Carême de 1978, que le père Georges prononce sept homélies, une chaque semaine, adressés spécifiquement aux jeunes. Les « Sept paroles aux jeunes » du père Georges Calciu sont un de plus puissants témoignages contre l’athéisme issu de l’Église en captivité pendant la période de la guerre froide. Il critique la persécution de la religion, l’athéisme, la fermeture et la destruction des églises, faisant appel non à des arguments intellectuels, mais à la mort et la Résurrection du Christ et à l’amour, comme seules réponses dignes de l’homme face à l’athéisme qui enlève à l’homme sa dignité et nie son désir de transcendance et d’immortalité.

Après la troisième homélie, on verrouilla les portes de l’église, mais le père George prêcha sur les marches de l’église. Puis on ferma les barrières du séminaire, mais les jeunes grimpèrent les murs du séminaire. En dépit des obstacles, semaine après semaine les jeunes (et les moins jeunes) affluèrent du séminaire et des universités de Bucarest aux sermons du père Georges. Sans fléchir dans sa détermination, il présente la Résurrection du Christ comme symbole de la noblesse et la destinée de l’homme, permettant ainsi à l’homme de surmonter la mort à laquelle l’athéisme voudrait le condamner :

« Sans la résurrection et la vie et la mort sont privées de sens, sont absurdes. L’amour de Dieu est le gage de notre résurrection et la Résurrection et le fondement de notre foi en Dieu et en Jésus Christ. »

Il fait appel à l’histoire de la Roumanie, où les princes construisaient plutôt que détruisaient les églises :

« Construisons une église d’Énei en notre propre âme, une église princière, centrée sur le Christ, vivante et immortelle, jusqu’à ce que nous la voyons rebâtit sur son propre emplacement, un témoignage permanent à notre foi chrétienne et notre identité nationale. » Aimer, c’est vaincre la mort : « Aimer autrui c’est lui dire : “Tu ne mourras pas.” »

Indirectement le père Georges critique la hiérarchie de l’Église qui accepte sans protestation la destruction des églises :

« Malheur à ceux qui se plient à la force, permettant la destruction qui ne sera jamais accepté par l’histoire. »

En réponse à ses sermons audacieux, on lui interdit d’abord de prêcher, puis on le suspend de son poste d’enseignant au séminaire. Abandonné par les autorités de l’Église, suspendu de ses fonctions au Séminaire théologique et accusé de fascisme par des prêtres orthodoxes, le père Georges est arrêté le 10 mars 1979 et condamné à 10 ans de prison pour, semble-t-il, « activités néofascistes ». Interné d’abord à l’hôpital psychiatrique de la prison de Jilava, il est transféré à la prison d’Aiud, et il passe une longue période en isolement. Il est battu, humilié et privé de nourriture.

Mais les Roumains en exil, dont des personnalités bien en vue telles que Mircea Eliade et Eugène Ionesco, montent une campagne internationale en sa faveur. Il sera libéré à la suite de pressions internationales venant de leaders mondiaux tels que Margaret Thatcher, Ronald Reagan, et le pape Jean-Paul II. Après cinq ans et demi de prison, il est libéré en août 1984 et placé en résidence surveillée.

Le 6 octobre 1984 le père Georges est défroqué par l’Église et, lui-même et sa famille constamment surveillés et harcelés par la Securitate, contre sa volonté, il se trouve obligé de quitter le pays avec sa famille. En août 1985, il quitte la Roumanie et s’installe aux États-Unis, qui lui accordent la citoyenneté d’honneur. Il devient un puissant symbole de la résistance à l’oppression communiste en Europe de l’Est et il sera reçu à la Maison Blanche par les présidents Ronald Reagan et George Bush père.

Après la chute du régime Ceausescu, il visitera souvent la Roumanie, mais les communistes étant encore puissants, il est surveillé et il préfère rester en son pays d’adoption, où il meurt le 21 novembre 2006. Il est enterré au monastère Petru Voda à Neamts.


Sources:

Lumière du Thabor

Le témoignage chrétien sous le drapeau rouge en Roumanie

 


 

Article sur le père Calciu-Dumitreasa sur le site: ORTHODOXOLOGIE – ECRITS DE LA TRADITION CHRETIENNE ORTHODOXE

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