Catéchèse, Orthodoxie, Seraphim Rose

L’âme après la mort – chapitre troisième

17 octobre 2020

Apparitions d’anges et de démons à l’heure de la mort

 

Bataille des habitants de Novgorod et de Souzdal ou Miracle de la Vierge du Signe, deuxième moitié du XVe siècle. Détail.

 

Dans ces expériences, la personne récemment décédée est en général rencontrée par deux anges. Voici comment les décrit l’auteur de « Unbelievable for many… » : « À peine la vieille infirmière eut-elle prononcé ces mots (‹ Puisse-t-il hériter du Royaume des Cieux ! ›), que deux anges apparurent à mes côtés ; je ne sais pour quelle raison, je reconnus dans l’un mon ange gardien, mais l’autre m’était inconnu » (p.22). (Un pieux pèlerin lui apprit plus tard que c’était l’ange de l’accueil).

Sainte Théodora, dont le passage après la mort par les postes de péage aériens est relaté dans la Vie de saint Basile le Jeune (Xe siècle, 26 mars), raconte :

« Quand j’étais au bout de mes forces, je vis soudain deux anges radieux de Dieu, qui ressemblaient à deux splendides jeunes hommes d’une beauté inexprimable. Leur visage était plus brillant que le soleil, leur regard plein d’amour, leurs cheveux blancs comme la neige, des rayons d’or se déversaient autour de leur tête, leurs vêtements étincelaient comme l’éclair et ils étaient ceints, à la poitrine, d’une large bande d’or en forme de croix » (v. la traduction anglaise dans Eternal Mysteries Beyond the Grave, p. 70).

L’évêque de la Gaule du VIe siècle, saint Salvius, décrit ainsi sa propre expérience de la mort : « Lorsqu’il y a quatre jours vous m’avez vu mort dans ma cellule ébranlée, je fus emporté et enlevé au ciel par des anges » (Saint Grégoire de Tours, Histoire des Francs, Livre septième).

La mission de ces anges est de guider l’âme du nouveau défunt sur son chemin vers la vie après la mort. Ils n’ont rien de vague, ni dans leur aspect ni dans leurs actes ; d’apparence humaine, ils saisissent fermement le corps subtil de l’âme pour l’emmener. « Les anges porteurs de lumière prirent mon âme immédiatement dans leurs bras » (Sainte Théodora, v. Eternal Mysteries . . ., p. 71). « M’ayant pris par les bras, les anges me portèrent droit à travers le mur du pavillon… » (Unbelievable for many . . ., p. 22). Saint Salvius fut « emporté et enlevé au ciel par des anges ». On pourrait multiplier ces exemples.

On ne peut donc pas affirmer que l’être de lumière des expériences d’aujourd’hui — qui n’a pas de forme visible, qui ne conduit l’âme nulle part, qui s’arrête pour engager le dialogue avec le défunt et lui montre des panoramas rétrospectifs de sa vie passée — soit un ange guide de la vie après la mort. Tout être qui a l’air d’un ange n’en est pas un en réalité, puisque satan lui-même se transforme en Ange de lumière (1 Cor XI.14) ; et donc ces êtres qui n’ont même pas l’apparence d’anges ne peuvent certainement pas leur être assimilés. Des rencontres incontestables avec des anges ne semblent presque jamais se produire dans les expériences après la mort d’aujourd’hui — pour une raison que nous tenterons d’expliquer plus bas.

Est-il possible alors que l’être de lumière soit en réalité un démon se faisant passer pour un ange de lumière sans forme pour tenter le mourant même au moment où l’âme quitte le corps ? Le Dr Moody (Life after Life, pp. 107-8 ; Reflections, pp. 58-60) et d’autres enquêteurs soulèvent effectivement cette question, mais seulement pour rejeter la possibilité d’une réponse affirmative comme n’étant pas en harmonie avec les bons effets que l’apparition produit chez les mourants. Indéniablement, la vision du mal de ces chercheurs est extrêmement naïve ; Dr Moody pense que « Satan, lui, engagerait plutôt ses serviteurs dans la voie de la haine et de la destruction » (Life after Life, pp. 108) et semble être totalement ignorant de la littérature chrétienne décrivant la vraie nature des tentations démoniaques qui sont invariablement présentées à leurs victimes comme quelque chose de bon.

 

Mandylion ou La Sainte Face, milieu du XVIe siècle.

 

Quel est donc l’enseignement orthodoxe au sujet des tentations démoniaques à l’heure de la mort ? Saint Basile le Grand, dans son interprétation des paroles du psaume VII : « sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi ; de peur qu’il ne ravisse mon âme comme un lion » (Ps VII. 1-2), donne l’explication suivante :

« Je pense que les généreux athlètes de Dieu, qui ont vaillamment lutté toute leur vie contre les ennemis invisibles, lorsqu’ils ont évité toutes leurs atteintes et qu’ils sont arrivés au terme de leur carrière, sont examinés par le prince du siècle afin que, s’ils se trouvent avoir reçu quelques blessures dans leur lutte, ou avoir conservé quelques taches ou quelques faibles traces du péché, l’ennemi puisse les retenir en esclavage ; et que s’ils sont trouvés au contraire sans blessures et sans aucune tache, le Christ les place dans le lieu du repos comme des guerriers indomptés et qui ont su se conserver toujours libres de toute servitude. Le prophète fait donc dans ce verset une double prière : il implore tout à la fois le secours de Dieu pour la vie présente et pour la vie future : Sauve-moi maintenant, dit-il, des mains de ceux qui me poursuivent, et délivre-moi alors, au temps de ce terrible examen, de peur que l’ennemi n’enlève peut-être mon âme, comme un lion. Et vous ne sauriez douter de la vérité de cet examen final après avoir entendu ces paroles du Sauveur lui-même qui disait aux approches du temps de sa passion : le prince de ce monde vient, et il n’a aucun droit sur Moi (Jn XIV. 30) » (Œuvres choisies de Saint Basile le Grand, tome I, Imprimerie de H. V. de Surcy, Paris, 1846, p. 268-9)

En effet, ce n’est pas seulement les combattants du Christ qui doivent affronter le test de la part des démons à l’heure de la mort. Saint Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur l’évangile de saint Matthieu, donne une description vivante de ce qui arrive souvent à des pécheurs ordinaires :

« N’est-ce pas ce qui remplit l’esprit des mourants de spectres et de visions effroyables, qu’ils nous racontent eux-mêmes, et dont ils ne peuvent souffrir le regard ? Ils font des efforts si violents dans le désespoir où ils sont, qu’ils en ébranlent tout leur lit et le renversent par terre. Ils lancent de tous côtés des regards farouches sur ceux qui les environnent. On voit au-dehors ce que l’âme souffre au-dedans, lorsqu’elle combat pour ne pas sortir du corps, ou qu’elle ne peut supporter la présence des anges qui viennent à elle.
Si le regard de quelques personnes nous fait souvent trembler de peur, que ferons-nous lorsque les anges viendront à nous d’un œil menaçant, et que les puissances célestes nous sépareront de toutes les choses présentes ? Que deviendrons-nous, lorsque notre âme, se voyant arrachée du corps comme par force, jettera mille soupirs inutiles et mille regrets superflus ? ».
(Saint Jean Chrysostome, Commentaire sur l’Évangile selon Saint Matthieu, Homélie LIII. 5, Œuvres complètes traduites pour la première fois sous la direction de M. Jeannin, Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie, éditeurs, 1865)

Les Vies des saints orthodoxes abondent en de tels récits de spectacles démoniaques survenant au moment de la mort, généralement dans le but d’effrayer le mourant et de le désespérer de son salut. Saint Grégoire dans ses Dialogues, parle, par exemple, d’un homme riche, esclave de nombreuses passions :

« L’homme arriva à sa fin, et à l’heure où il allait quitter son corps, il ouvrit les yeux et vit des esprits noirs et hideux se dresser devant lui et le presser durement pour l’entraîner aux prisons infernales. […] avec des gémissements bruyants la famille se rassembla. Ils ne voyaient pas ces esprits mauvais dont le mourant supportait douloureusement les pressions, mais ils devinaient leur présence aux aveux, à la pâleur, au tremblement de celui qui était entraîné. Par frayeur de leur aspect hideux, il se tournait de tous côtés dans son lit. […] Affreusement pressé, désespérant d’être délivré, il cria de toutes ses forces : ‹ Trêve au moins jusqu’au matin, trêve au moins jusqu’au matin ! › Pendant qu’il criait ainsi, son âme fut arrachée de son corps. » (Dialogues Livre IV, 40.7-8).

Saint Grégoire rapporte d’autres incidents semblables, comme le fait également Bède le Vénérable dans son Histoire de l’Église et du peuple anglais (Livre V, Ch. 13 et 15). Même dans l’Amérique du XIXe siècle, de telles expériences n’étaient pas rares. Une récente anthologie contient de nombreuses visions d’agonisants, datant du XIXe siècle et subies par des pécheurs non-repentis, avec des titres tels que : « Je suis dans les flammes ! Retirez-moi ! », « Oh ! Sauvez-moi, ils m’entraînent dans l’abîme ! », « Je vais en enfer » et « Le diable vient pour traîner mon âme en enfer ! » (John Myers: Voices from the Edge of Eternity, Spire Books, Old Tappan, N.J., 1973, pp. 71, 109, 167, 196 etc.).

 

Le Jugement dernier, fin XVIe-début XVIIe siècle.

 

Le Dr Moody, lui, ne cite rien de ce genre : dans son livre, pratiquement toutes les expériences des mourants (avec la notable exception de celles des suicidés) sont agréables, qu’elles soient vécues par des chrétiens ou non, croyants ou non. En revanche, les Drs Osis et Haraldsson ont trouvé, dans leurs études, quelque chose qui n’est pas trop éloigné des expériences citées plus haut.

Ces chercheurs, dans leur étude de l’Amérique, ont obtenu les mêmes résultats que le Dr Moody : l’apparition des visiteurs de l’autre monde est perçue comme quelque chose de positif, le malade accepte la mort, l’expérience est agréable ayant comme résultat la sérénité ou le soulagement et souvent l’arrêt de la souffrance avant la mort. Dans leur étude de l’Inde, par contre, un tiers des patients éprouvent de la peur, de la dépression et de l’anxiété à la suite de l’apparition des yamdoots (les messagers hindous de la mort) ou d’autres êtres ; ces Indiens résistent et essayent d’échapper aux messagers de l’autre monde. Ainsi, dans une des expériences, un membre du clergé indien racontait dans son agonie : « ‹ Quelqu’un se tient là ! Il a un chariot avec lui, c’est donc un yamdoot ! Il doit emmener quelqu’un avec lui, il me nargue, disant qu’il va m’emmener, moi… Je vous en prie, retenez-moi je ne veux pas y aller ›. Sa douleur s’aggrava et il mourut » (At the Hour of Death, p. 90).

Un autre Hindou mourant « dit soudain : ‹ Yamdoot arrive pour m’emporter. Enlevez-moi du lit pour qu’il ne me trouve pas. › Puis il indiqua dehors et en haut : ‹ Il est là ! › Cette chambre d’hôpital était au rez-de-chaussée. Dehors, près du bâtiment, il y avait un grand arbre, avec une grande quantité de corbeaux perchés sur ses branches : juste à l’instant où le malade eut sa vision, tous les corbeaux s’envolèrent de l’arbre en faisant beaucoup de bruit, comme si quelqu’un avait tiré un coup de fusil. Nous en étions très étonnés et sortîmes en courant par une porte ouverte de la chambre, mais nous ne vîmes rien qui aurait pu déranger les corbeaux. Comme, en temps normal, ils étaient très tranquilles, c’était pour nous tous un événement marquant que de les voir s’envoler avec tant de vacarme et juste au moment où le malade eut sa vision. C’était comme si eux aussi étaient devenus conscients de quelque chose de terrible. Après cela, le malade est tombé dans le coma pour expirer quelques minutes plus tard » (pp. 41-42).

Il y a des yamdoots qui, par leur apparition terri fi ante, provoquent encore plus de consternation chez les mourants.
Voilà la différence la plus frappante entre les expériences américaines et indiennes de mourants dans l’étude des docteurs Osis et Haraldson, mais les auteurs n’en donnent aucune explication. On se pose pourtant la question : Pourquoi l’expérience moderne américaine exclut — elle presque totalement l’élément de peur provoquée par les apparitions effrayantes de l’autre monde, alors que cet élément est si courant dans l’expérience chrétienne du passé, ainsi que dans celle des Indiens d’aujourd’hui ?

Il ne nous est pas nécessaire de définir la nature exacte de ces apparitions pour comprendre qu’elles dépendent dans une certaine mesure, comme nous l’avons déjà dit, de ce que le mourant s’attend à voir, de ce qu’il est préparé à voir. Ainsi, les chrétiens des siècles passés, qui avaient encore une croyance vivante en l’enfer, voyaient souvent des démons avant de mourir, lorsque leur conscience les accusait. Les Indiens d’aujourd’hui, dont les croyances et l’entendement sont certainement plus primitifs que ceux des Américains, voient souvent des êtres qui correspondent à leurs craintes encore bien réelles de l’au-delà. Nos contemporains d’Amérique en revanche, avec leur mentalité éclairée, voient des apparitions qui sont en harmonie avec leur vie et leurs croyances commodes qui, en général, ne comportent pas de crainte réelle de l’enfer ni de notion des démons.

Du côté objectif, les démons eux-mêmes offrent des tentations qui correspondent à l’état spirituel ou aux attentes de ceux qu’ils tentent. À ceux qui ont peur de l’enfer, les démons peuvent apparaître sous des formes terribles, a fi n de les laisser mourir en état de désespoir. Mais à ceux qui ne croient pas à l’enfer (ou aux protestants qui croient qu’ils sont infailliblement sauvés, et donc, ne doivent pas craindre l’enfer), ils offrent naturellement des tentations sous une forme différente et qui ne révèle pas aussi clairement leur mauvaise intention. Ainsi, ils peuvent apparaître, même à des athlètes du Christ, sous un aspect apte à les séduire plutôt qu’à les effrayer.

 

Mont Athos, Ι. Ν. Πρωτάτου, Le baptême du Christ, détail.

 

Les tentations démoniaques qui assaillirent sainte Maure, martyre du IIIe siècle, pendant son agonie, offrent un bon exemple de cette dernière sorte de tentation à l’heure de la mort.
Après avoir été crucifiée pendant neuf jours avec son mari, saint Timothée, elle fut tentée par le diable. La Vie de ces saints rapporte comment sainte Maure elle-même raconta ses tentations à son mari et compagnon de martyre :

« ‹ Réveille-toi, mon frère, chasse la somnolence, et sois vigilant. Car j’ai vu, comme dans une extase, un homme se tenir devant moi, portant à la main un vase plein de miel, et il me disait : ‹ Prends cela, et bois. › Et je lui dis : ‹ Qui es-tu ? › Il me répondit : ‹ Je suis l’ange de Dieu. › Je lui repartis : ‹ Lève-toi et prions. › Il me dit alors : ‹ Je suis venu ici par compassion pour toi, parce que, comme tu as jeûné jusqu’à la neuvième heure, tu dis que tu as faim. › Et moi je lui répondis : ‹ Quel est celui qui te porte à me parler ainsi ? ou d’où vient que tu es si animé contre ma patience et mon abstinence ? Ne sais-tu pas que Dieu accorde même l’impossible à ceux qui le prient ? › Et comme je me mettais en prière, je le vis détourner son visage, et je reconnus aussitôt que c’était un stratagème de l’ennemi qui voulait nous perdre jusque sur la croix. Et sur-le-champ il disparut. Et voilà que j’en vis venir un autre qui me conduisit sur les bords d’un fleuve qui roulait des flots de lait et de miel, et il me dit : ‹ Bois. › Je lui répondis : ‹ Je l’ai déjà dit, je ne boirai ni eau ni quoi que ce soit, jusqu’à ce que je prenne le breuvage du Christ, que la mort me procure pour mon salut et pour gagner l’immortalité de la vie éternelle. › Et il se mit à boire ; et comme il buvait, le fleuve changea d’aspect et aussitôt cet ennemi se retira aussi. » (Les Martyrs. Tome II — le troisième siècle. Dioclétien. p.450-1. Recueil de pièces authentiques sur le martyr depuis les origines du christianisme jusqu’au XXe siècle. Traduites et publiées par le R. P. Dom H. Leclercq, 1903)

La troisième apparition que vit sainte Maure, celle d’un vrai ange, sera citée plus loin dans cette étude ; mais déjà ici il ressort clairement avec quelle prudence les vrais chrétiens considèrent l’acceptation des révélations au moment de la mort.

L’heure de la mort est donc propice en effet à la tentation démoniaque, et les expériences spirituelles qu’ont les gens à ce moment (même si elles semblent se produire après la mort — question qui sera débattue plus loin), demandent à être soumises aux mêmes normes dictées par la doctrine chrétienne comme n’importe quelle autre expérience spirituelle. Pareillement, les esprits que l’on rencontre à ce moment doivent être soumis à l’épreuve universelle, ce qu’exprime l’apôtre Jean par les paroles suivantes : Éprouvez les esprits, pour voir s’ils sont de Dieu ; car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde (1Jn IV. 1).

Il y a des critiques qui ont déjà fait remarquer la ressemblance entre l’être de lumière des expériences après la mort de nos jours et les esprits guides et esprits amis du spiritisme. Voyons donc brièvement quel est l’enseignement spiritiste concernant les êtres de lumière et leurs messages. Un texte classique du spiritisme (J. Arthur Hill, Spiritualism, its History, Phenomena and Doctrine, New York, George H. Doran Co., 1919) constate que « l’enseignement des esprits suit toujours ou pratiquement toujours la ligne des plus hautes normes morales. Pour ce qui est de la croyance, il est toujours théiste, toujours respectueux, mais rarement pointilleux vis-à-vis des nuances intellectuelles qui occupaient l’esprit des évêques aux conciles de l’Église. » (A. Hill, Spiritualism, p. 235.) Plus loin, ce livre déclare que c’est l’amour qui est le thème principal et la doctrine centrale de l’enseignement spiritiste (p. 283) ; que l’on reçoit des esprits une science glorieuse, et que c’est cette science qui incite les spirites au travail missionnaire, qui consiste à répandre la connaissance de la certitude d’une vie après la mort (p. 185-6). De plus, les esprits avancés perdent leurs limitations personnelles et deviennent plutôt comme des influences que comme des personnes, se remplissant de plus en plus de lumière (p. 300-1). En effet, les spirites, dans leurs hymnes, invoquent littéralement des êtres de lumière :

« Saints ministres de lumière !
Cachés à nos yeux mortels…
Envoie tes messagers de lumière
Pour desceller notre vue intérieure » (p. 186-7)

Tout cela est suffisant pour nous rendre méfiants à l’égard de l’être de lumière qui apparaît de nos jours à des gens qui ignorent la nature et la subtilité de l’action des démons. Notre méfiance ne fait que grandir lorsque nous apprenons du rapport du Dr Moody que certains décrivent cet être comme étant une personne drôle, douée d’un sens de l’humour, et qui amuse le mourant en lui faisant passer un bon moment (Life after Life, p. 49-51). Un tel être, avec son message d’amour et de compréhension, rappelle étonnamment les vulgaires esprits souvent plaisantins des séances spiritistes, qui sont indubitablement des démons, quand la séance elle-même n’est pas frauduleuse.

 

Icône syriaque de la Dormition de la Mère de Dieu

 

Ce fait en a amené certains à condamner toute expérience après la mort rapportée ici, comme tromperie démoniaque. Des auteurs protestants évangélistes déclarent dans un livre :
« Nous avons le sentiment que toute cette tromperie de vie après la mort comporte quelques dangers nouveaux et inconnus. Croire même vaguement aux expériences cliniques rapportées peut avoir — pensons-nous — des conséquences graves pour ceux qui croient à la Bible. Plus d’un chrétien sincère a parfaitement accepté le fait que l’Être de lumière n’est autre que Jésus Christ et malheureusement, ces gens sont extrêmement faciles à tromper » (John Weldon and Zola Lewitt, Is there Life after Death?, Harvest House Publishers, Irvine, Calif. 1977, p. 76).

Pour appuyer leur point de vue, ces auteurs citent quelques ressemblances étonnantes entre les expériences après la mort d’aujourd’hui et les expériences récentes de médiums et d’occultistes. Ils font remarquer en outre le fait indubitable que bon nombre de chercheurs qui s’intéressent aux expériences après la mort sont également attirés par l’occulte et ont même eu des contacts avec des médiums (pp. 64-70).

Il y a, bien sûr, beaucoup de vérité dans ces observations. Malheureusement, sans la totalité de l’enseignement chrétien sur la vie après la mort, même les gens de la Bible les mieux intentionnés s’égarent, en rejetant les vraies expériences de l’âme après la mort en même temps que celles qui peuvent effectivement être des illusions démoniaques.

Les docteurs Osis et Haraldsson, qui ont eu tous les deux de « longs contacts directs avec des médiums », remarquent quelques ressemblances entre les apparitions vues par les mourants, et les expériences du spiritisme. Cependant, ils trouvent qu’il y a une différence fondamentale frappante entre les deux sortes d’expériences : « Au lieu de la continuation d’une vie plus ou moins mondaine, décrite par les médiums, la survie après la mort semble plonger dans un mode d’existence et une manière de perception radicalement nouveaux » (At The Hour of Death, p. 200). En effet, le royaume des expériences après la mort semble être en gros tout à fait distinct de celui du médiumnisme et du spiritisme ordinaire. Cependant, il est bien un royaume où les tromperies et les influences démoniaques sont non seulement possibles, mais très probables, surtout en ces derniers jours vécus actuellement, où nous voyons de nouvelles tentations de plus en plus subtiles, y compris de grands signes et des prodiges, au point de séduire, s’il était possible, même les élus (Mt XXIV. 24)

Il nous convient donc d’être très méfiants (c’est le moins que l’on puisse dire) à l’égard des êtres de lumière qui semblent apparaître au moment de la mort. Ils ressemblent trop aux démons se faisant passer pour des anges de lumière, dans l’intention de séduire non seulement le mourant lui-même, mais plus encore ceux à qui il racontera son histoire s’il revient à la vie (ses chances de survie ne sont, bien sûr, pas ignorées du tout des démons).

Cependant, notre ultime critère pour juger tous ces phénomènes doit être la doctrine qui s’en dégage, qu’elle soit donnée par un être spirituel vu au moment de la mort, ou bien simplement suggérée par ou déduite de ces phénomènes. Nous aborderons le problème de ce jugement après avoir terminé l’examen des phénomènes eux-mêmes.

Certains de ceux qui sont revenus de la mort — en général les plus religieux — ont identifié l’être de lumière rencontré non pas à un ange, mais à une Présence invisible du Christ Lui-même. L’expérience de ces gens-là est souvent liée à un autre phénomène, qui s’avère, pour des chrétiens orthodoxes, le plus difficile peut-être à expliquer à première vue : la vision du Ciel.


 

Traduction de Catherine Pountney

Publié en format numérique sur le site des Vrais chrétiens orthodoxes francophones

Nous tenons à remercier l’archimandrite Cassien pour la permission de reproduire ici cet ouvrage.

 


 

 

 

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