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SAINT JEAN CHRYSOSTOME – HOMÉLIE SUR LE MOT CŒMETERIUM ET SUR LA CROIX

6 mai 2021

Saint Chrysostome prêcha […] cette homélie le 28 mars, jour du vendredi saint de l’an 392, hors de la ville, dans l’église du cimetière, qu’il qualifie du nom de martyre, parce que les corps de plusieurs martyrs y reposaient.

1. C’était l’usage, dans l’Église d’Antioche, de s’y assembler le jour du vendredi saint : saint Jean Chrysostome examine quelle pouvait être la raison de cet usage.

 

J’ai souvent cherché en moi-même pourquoi nos pères, abandonnant les temples des villes, ont réglé par une loi qu’en ce jour nous nous rassemblerions hors des portes ; car il me semble qu’ils n’ont pas agi au hasard et sans une raison suffisante. J’ai donc cherché d’où avait pu naître un pareil usage, et par la grâce de Dieu, je crois avoir trouvé la vraie cause, la cause la plus naturelle et la plus convenable à la fête présente. Et quelle est cette cause ? Nous faisons la mémoire de la croix ; or, Jésus a été crucifié hors des portes de la ville : voilà pourquoi on nous fait sortir de la ville. Les brebis, dit l’Écriture, suivent leur pasteur ; où est le prince doivent être les soldats ; où le corps se trouve, les aigles se rassemblent. (Matth. XXIV, 28. — Luc, XVII, 37.) Voilà donc pourquoi nous nous rassemblons hors des portes. Mais il faut prouver ce que nous avançons, surtout par les divines Écritures ; car, afin qu’on ne croie pas que c’est une simple conjecture de ma part, je vais m’appuyer du témoignage de saint Paul. Que dit donc cet apôtre en parlant des sacrifices ? Les corps des animaux, dont le sang est porté par le souverain pontife dans le sanctuaire pour l’expiation du péché, sont brûlés hors du camp. Et c’est pour cette raison que Jésus, devant sanctifier le peuple par son propre sang, a, souffert hors des portes de la ville. Sortons donc aussi hors du camp, et allons à lui en portant l’ignominie de la croix. (Héb. XIII, 11, 12 et 13.) Saint Paul l’a dit, saint Paul l’a ordonné ; nous avons obéi, et nous sommes sortis des portes. Voilà donc pourquoi nous nous rassemblons hors de la ville.

Mais quelle raison nous engage à choisir pour notre assemblée ce lieu consacré aux martyrs ? car, par la grâce du Seigneur, notre ville est environnée de tout côté et comme fortifiée des précieux restes des saints. Pourquoi donc nos pères ont-ils voulu que nous nous rassemblions dans ce lieu, et non dans un autre ? c’est qu’il y a ici une grande multitude de morts ; et comme Jésus-Christ est descendu en ce jour vers les morts, voilà pourquoi nous nous rassemblons ici.

 

II explique ensuite le mot coemeterium, d’où nous avons pris notre nom de cimetière et qui signifie en grec lieu de repos et de sommeil.

Le lieu même est appelé coemeterium, lieu de repos et de sommeil, afin de vous apprendre que ceux qui sont morts et qui y sont déposés, ne sont pas morts, mais ne sont qu’endormis. Avant la naissance de Jésus-Christ, la fin de l’homme était appelée mort : Le jour, dit l’Écriture, où vous mangerez du fruit de cet arbre, vous mourrez de mort. (Gen. II, 17.) L’âme qui pèche, dit-elle ailleurs, mourra de mort. (Ez. XVIII, 20.) La mort des pécheurs, dit David, est funeste. (Ps. XXXIII, 22.) La mort des saints, dit le même prophète, est précieuse aux yeux du Seigneur. (Ps. CXV, 15.) La mort, dit Job, est un repos pour l’homme. (Job, III, 13.) Non-seulement notre fin était appelée mort, mais enfer. Écoutez David qui dit en propres termes : Cependant Dieu arrachera mon âme des mains de L’ENFER qui s’en sera saisi. (Ps. XLVIII, 16.) Vous conduirez, dit Jacob, vous conduirez avec douleur mes cheveux blancs dans L’ENFER. (Gen. XLII, 38.) Tels étaient les noms qu’on donnait à notre fin avant Jésus-Christ ; mais depuis que le Fils de Dieu est venu, et qu’il est mort pour rendre la vie au monde, la fin de l’homme n’est plus appelée mort, mais repos et sommeil. Nous en trouvons une preuve évidente dans ces paroles de Jésus-Christ : Notre ami Lazare dort. (Jean, XI, 11.) Il ne dit pas, Lazare est mort, quoiqu’il fût mort réellement. Et afin que vous sachiez que ce mot de dormir était extraordinaire, voyez comme les disciples sont troublés lorsqu’ils l’entendent : Seigneur, disent-ils à leur divin Maître, si Lazare dort, il sera guéri ; tant il est vrai qu’ils ne comprenaient pas la parole de Jésus ! Saint Paul dit en écrivant à des fidèles : Ceux qui dorment ont-ils péri ? (I Cor. XV, 18.) Nous qui vivons nous ne préviendrons pas ceux qui sont endormis (I Thess. IV, 14), dit-il ailleurs en parlant des morts. Il dit encore dans un autre passage : Réveillez-vous, vous qui dormez (Eph. V, 14) ; et pour faire voir qu’il parle d’un mort, il ajoute : Et levez-vous d’entre les morts. Vous voyez comme partout la mort est appelée sommeil. Voilà pourquoi ce lieu est nommé coemeterium, mot consolant, mot profond et plein de sagesse. Lors donc que vous amenez ici un mort, ne vous désespérez point : ce n’est pas dans un dépôt de mort que vous l’amenez, mais dans un lieu de repos et de sommeil. Le seul nom du lieu suffit pour adoucir’ votre perte. Pensez où vous l’amenez, et dans, quel temps ; c’est après la mort de Jésus-Christ, lorsque ce Fils de Dieu a détruit la puissance de la mort. Ainsi le lieu et le temps doivent être pour nous des sources abondantes de consolation. Ce discours s’adresse surtout aux femmes, qui sont naturellement plus sensibles, plus propres à se laisser abattre par l’affliction. Mais vous avez, femmes chrétiennes, vous avez, dans le nom seul du lieu, un remède suffisant à votre douleur. Voilà donc pourquoi nous nous rassemblons ici.

 

2. Il présente éloquemment les principaux bienfaits, les principaux avantages de la croix.

C’est aujourd’hui que Notre-Seigneur parcourt tous les abîmes ténébreux ; aujourd’hui il a brisé les portes d’airain ; aujourd’hui il a rompu les gonds de fer. (Is. XLV, 2.) Voyez combien les expressions sont exactes. On ne dit pas : Il a ouvert les portes d’airain, mais Il a brisé les portes d’airain, afin que la prison devienne inutile. On ne dit pas : Il a enlevé les gonds, mais : Il les a rompus, afin que le séjour de captivité perde toute sa force. Une prison où il n’y a ni portes ni gonds, ne peut retenir ceux qu’on y enferme. Lors donc que Jésus-Christ a brisé les portes, qui pourra les rétablir ? ce qu’un Dieu a détruit, quel homme le rétablira ? Ce n’est pas ainsi qu’agissent les princes lorsqu’ils envoient des lettres de grâce pour mettre les prisonniers en liberté ; ils laissent et les portes et les gardes, afin d’annoncer à ceux qui sortent de la prison, qu’eux-mêmes ou d’autres à leur place peuvent encore, y rentrer. Jésus-Christ au contraire, voulant apprendre que l’empire de la mort était fini, a brisé ses portes d’airain. Elles sont appelées d’airain, non qu’elles fussent vraiment d’airain, mais c’était pour exprimer le caractère cruel et inexorable de la mort. Et pour vous convaincre que le fer et l’airain expriment une nature rigide et inflexible, écoutez ce que dit l’Écriture en s’adressant à un scélérat sans pudeur : Les fibres de ton cou sont de fer, et ton front est d’airain. (Is. XLVIII, 4.) Ce n’est pas que les fibres de son cou fussent vraiment de fer, et son front d’airain ; mais c’est qu’il avait un air dur, féroce, impitoyable. Voulez-vous apprendre comment la mort était impitoyable, inflexible, qu’elle avait toute la dureté du diamant, c’est que dans un si long espace de temps personne n’a pu lui persuader de relâcher aucun de ses captifs, jusqu’à ce que le Souverain des anges, descendu dans ses abîmes, l’y eût obligée. Premièrement le Seigneur a enchaîné le fort et l’a dépouillé de ses armes ; l’Écriture ajoute qu’il s’est emparé des trésors ténébreux et invisibles. (Is. XLV, 3.) Quoique l’expression ici paraisse simple, elle présente un sens double. Il est des lieux obscurs, mais où fon peut souvent distinguer les objets lorsqu’on y porte un flambeau et la lumière ; les abîmes de l’enfer étaient d’une obscurité affreuse, impénétrable ; aucune lumière n’en avait encore éclairci les ombres. Voilà pourquoi on dit qu’ils étaient ténébreux et invisibles. Ils étaient vraiment ténébreux jusqu’à ce que le Soleil de justice y fût descendu, qu’il les eût éclairés par sa présence, jusqu’à ce qu’il eût fait le ciel de l’enfer, le ciel étant partout où est Jésus-Christ. L’enfer est appelé des trésors obscurs, et avec raison, parce que d’immenses richesses y étaient déposées. Toute la nature humaine, qui est la richesse de Dieu, avait été dépouillée et livrée à la mort par le démon qui avait trompé le premier homme. Or, saint Paul nous apprend que toute la nature humaine est la richesse de Dieu, lorsqu’il dit : Le Seigneur est riche pour tous ceux et par tous ceux qui l’invoquent. (Rom. X, 12.) Comme donc un prince, après avoir trouvé un chef de brigands qui parcourait les villes, qui les pillait de toute part, et qui, se retirant dans des cavernes, y déposait les fruits de son brigandage, l’enchaîne, le livre au supplice, et transporte ses richesses dans le trésor de l’État : de même Jésus-Christ, après avoir enchaîné par sa mort, et la mort, et le démon, chef des brigands, gardien de la prison infernale, a transporté ses richesses, je veux dire la race humaine, dans les trésors célestes. C’est ce que nous fait entendre le même saint Paul : Il nous a arrachés, dit-il , à la puissance des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé. (Colos. I, 13.) Mais ce qu’il y a de plus admirable, le Prince lui-même est venu dans la prison. Cependant aucun prince de la terre ne vient lui-même délivrer les prisonniers, il envoie ses officiers et ses ministres. Ici le Prince est venu en personne : il n’a rougi ni des prisonniers ni de la prison (et comment aurait-il rougi de son ouvrage ?). Il a brisé les portes, rompu les gonds, et, se montrant au milieu de l’abîme, il a rendu la prison déserte, et nous en a ramené le gardien chargé de chaînes. Le tyran du monde était conduit captif, le fort était enchaîné, et la mort elle-même, jetant bas ses armes, est accourue sans défense aux pieds de son vainqueur.

Vous avez vu la victoire admirable, vous avez vu les exploits et les bienfaits de la croix ; je vais vous dire quelque chose de plus admirable encore. Apprenez la manière dont la victoire a été remportée, et ce sera pour vous un plus grand sujet d’admiration. Jésus-Christ a triomphé du démon par les moyens mêmes avec lesquels le démon avait vaincu le monde, il fa combattu avec ses propres armes. Écoutez comment. Une vierge, le bois, la mort, avaient été les moyens et les instruments de notre défaite. La vierge était Ève qui n’avait pas encore connu Adam ; le bois était l’arbre, et la mort la peine imposée au premier homme. Une vierge, le bois et la mort, qui avaient été les moyens et les instruments de notre défaite, sont devenus les moyens et les instruments de notre victoire. Marie a remplacé Ève ; le bois de la croix, le bois de la science du bien et du mal ; la mort de Jésus-Christ, la mort d’Adam. Vous voyez que le démon a été vaincu par les mêmes moyens avec lesquels il avait triomphé. Le démon avait renversé Adam avec le bois de l’arbre, Jésus-Christ a terrassé le démon avec le bois de la croix. Le bois de l’arbre a jeté les hommes dans (abîme, le bois de la croix les en a retirés. Le bois de (arbre a dépouillé l’homme de ses privilèges, et fa enfermé dans l’obscurité d’une prison ; le bois de la croix a dépouillé de ses armes le vainqueur de l’homme, et l’a montré vaincu à toute la terre. La mort d’Adam s’est étendue sur ceux qui sont venus après lui ; la mort de Jésus-Christ a rappelé à la vie ceux qui étaient nés avant lui. Qui racontera les merveilles du Seigneur et les prodiges de son bras puissant ? (Ps. CV, 2.) Nous avons passé de la mort à l’immortalité tels sont les exploits et les bienfaits de la croix. Vous avez appris, la victoire, vous avez appris la manière dont elle a été remportée ; apprenez comment nous avons vaincu sans combattre. Nous n’avons pas ensanglanté d’armes, nous ne nous sommes pas rangés en bataille, nous n’avons pas reçu de blessures, nous n’avons pas soutenu de guerre ; et nous avons remporté la victoire : c’est le Seigneur qui a combattu, et c’est nous qui avons obtenu la couronne. Puis donc que la victoire nous est propre, faisons éclater notre joie comme les soldats, chantons tous aujourd’hui l’hymne de la victoire ; écrions-nous en louant le Seigneur : La mort a été absorbée dans la victoire. O mort, où est ta victoire ? enfer, où est ton aiguillon ? (I Cor. XV, 54 et 55.)

Tels sont les avantages que nous a procurés la croix ; la croix qui est un trophée érigé contre les démons, une arme contre le péché, le glaive avec lequel Jésus-Christ a percé le serpent infernal. La croix est la volonté du Père, la gloire du Fils unique, le triomphe de l’Esprit divin, l’honneur des anges, la sûreté de l’Église, le rempart des saints, l’objet dont se glorifiait Paul, la lumière du monde entier. En effet, comme pour dissiper les ténèbres d’une maison obscure, on allume et on élève un flambeau ; de même Jésus-Christ, allumant et élevant la croix comme un flambeau, a dissipé les ténèbres épaisses dans lesquelles toute la terre était plongée. Et comme un flambeau est surmonté de la lumière qui le rend lumineux, ainsi la croix était surmontée du Soleil de justice qui la rendait brillante. Le monde voyant le Fils de Dieu crucifié, a frémi, la terre a été ébranlée, les pierres se sont fendues ; mais les cœurs des Juifs, plus durs que la pierre sont restés insensibles. Le voile du temple s’est déchiré ; et leurs complots criminels ne se sont pas rompus. Pourquoi le voile du temple s’est-il déchiré ? c’est que le temple voyait avec peine le Seigneur immolé hors de son enceinte sur l’autel de la croix ; et par le déchirement de son voile il semblait dire à tous les hommes : Que celui qui le voudra foule désormais aux pieds le Saint des saints. À quoi me servent les objets que je renferme, puisqu’une telle victime est immolée hors de mon enceinte ? à quoi me sert le testament ? à quoi me sert la loi ? C’est en vain que j’ai instruit les Juifs depuis plusieurs siècles. Le Prophète s’écriait à ce sujet : Pourquoi les nations ont-elles frémi ? pourquoi les peuples ont-ils fait des réflexions inutiles ? (Ps. II, 1.) Les Juifs avaient entendu cette prophétie : Il a été conduit à la mort comme une brebis timide, il s’est tu comme un agneau devant celui qui le tond (Is. LIII, 7); ils y avaient réfléchi longtemps ; et lorsqu’ils l’ont vue s’accomplir, ils ont refusé d’y croire. Vous voyez comme ils ont fait des réflexions inutiles. Le voile du temple s’est déchiré pour annoncer combien le temple allait devenir pour toujours désert et abandonné.

 

3. Il finit par des reproches adressés à ceux qui faisaient du bruit en participant aux sacrés mystères.

Puis donc qu’en ce jour nous devons nous-mêmes voir celui qui a été attaché à la croix, approchons, mes très-chers frères, approchons avec tremblement et avec un recueillement respectueux, comme vers l’Agneau sacrifié et immolé pour nous. Ne savez-vous pas comment les anges se tenaient près du tombeau où il n’y avait plus de corps ? ils rendaient hommage au tombeau vide, comme à un monument qui avait renfermé le corps du Seigneur. Les anges, qui sont d’une nature supérieure à la nôtre, se tenaient près du tombeau, recueillis et pénétrés d’une vénération profonde ; et nous, qui ne devons pas approcher d’un tombeau vide, mais de la table même où repose l’Agneau sans tache, nous approchons en faisant du bruit, en excitant du tumulte ! Pourrons-nous jamais excuser notre irrévérence ? Je ne parle pas au hasard et sans raison ; mais comme j’en vois plusieurs ce soir faire du bruit, crier, se précipiter, se presser les uns les autres, se charger d’injures, encourir des peines par une telle conduite plutôt que mériter le salut, voilà pourquoi je vous donne ces avertissements. Eh quoi ! mon frère, lorsque le prêtre est à l’autel, en silence, dans le plus profond recueillement, levant les mains au ciel, invoquant l’Esprit-Saint pour qu’il vienne sanctifier les offrandes ; lorsque l’Esprit-Saint accorde la grâce qui lui est demandée, qu’il descend sur les oblations ; lorsque vous voyez l’Agneau sans tache immolé, divisé en plusieurs parties, vous faites alors du bruit, vous excitez du tumulte, alors vous cherchez des querelles, alors vous recourez aux injures ! Et comment pourrez-vous profiter du sacrifice, si vous apportez à l’autel un pareil esprit de contention ? Ne nous suffit-il pas d’en approcher déjà coupables ? ne ferons-nous pas du moins en sorte que le moment où nous en approchons soit exempt de faute ? et sommes-nous exempts de faute lorsque nous excitons du tumulte, lorsque nous nous querellons, nous nous injurions mutuellement ? Pourquoi vous pressez-vous ; je vous le demande ? pourquoi êtes-vous si impatient lorsque vous voyez l’Agneau immolé ? Quand il vous faudrait voir le sacrifice pendant toute la nuit, ce spectacle, dites-moi, vous ennuierait-il ? Vous êtes resté tout le jour, vous avez passé une grande partie de la nuit ; et vous perdez en un instant tout le fruit d’une si grande patience ! Songez quelle est la victime qui s’offre, et pour quelle raison elle s’offre. Elle est immolée pour vous ; et vous vous retirez lorsque vous la voyez immolée ! Où se trouve le corps les aigles se rassemblent, dit l’Évangile : et nous approchons, non comme des aigles, mais comme des chiens avec qui nous disputons d’impudence ! Pensez à ce qui coule sur l’autel. C’est du sang, et un sang qui a aboli la cédule de vos péchés, un sang qui a purifié votre âme, qui a effacé toutes vos taches, qui a triomphé des principautés et des puissances : Jésus-Christ, dit saint Paul, a désarmé les puissances ; il les a menées en triomphe à la face de l’univers, après les avoir vaincues par sa croix. (Coloss. II, 15.) Le trophée qu’il a érigé est décoré des marques de sa victoire, et les dépouilles de ses ennemis sont suspendues au haut de sa croix. Comme un prince généreux, après avoir terminé une guerre difficile, suspend au haut d’un trophée les cuirasses, les boucliers, les armes du tyran et de ses satellites, qu’il a vaincus : de même Jésus-Christ, après avoir terminé la guerre contre le démon, a suspendu au haut de la croix les armes de son ennemi, la malédiction et la mort ; il en a fait un trophée éclatant, propre à être aperçu par tous les êtres, par les puissances d’en-haut qui sont dans les cieux, par les hommes qui habitent la terre, par les démons mêmes, dont il a triomphé.

Puis donc que nous jouissons d’une si grande faveur, rendons-nous dignes des bienfaits que nous avons reçus, afin que nous obtenions le royaume céleste par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient avec le Père et l’Esprit-Saint, la gloire, l’honneur et l’empire, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


 

Saint Jean Chrysostome, Œuvres complètes traduites pour la première fois en français sous la direction de M. Jeannin, tome troisième, Sueur-Charruey, Imprimeur-Libraire-Éditeur, Arras, 1888, pp. 209-221

Homélie disponible également en version numérique [html] sur le site de la bibliothèque virtuelle de l’Abbaye saint Benoît

 


 

 

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