Iconographie, Orthodoxie, Théotokos

LA VÉNÉRATION ORTHODOXE DE LA MÈRE DE DIEU

13 octobre 2020

L’enseignement de l’Église Orthodoxe sur la Mère de Dieu correspond à l’enseignement de la Sainte Tradition et de la Sainte Écriture, et chaque jour Elle est glorifiée dans ses temples, en demandant son secours et sa protection. Sachant qu’Elle ne se réjouit que des louanges qui correspondent à Sa vraie gloire, les saints Pères et les hymnographes l’ont suppliée, ainsi que son Fils, de leur apprendre à la louer.

L’Annonciation, Novgorod, seconde moitié du XVIe siècle. Detail


« Sauveur, fortifie mon esprit car j’ose célébrer le rempart du monde, Ta Mère toute pure » (Ikos de la Dormition).

« L’Eglise enseigne que le Christ est vraiment né de Marie la toujours Vierge » (Saint Épiphane, La parole de vérité concernant la Foi).

« Il est essentiel pour nous de confesser que la très Sainte Vierge Marie est vraiment Théotokos (celle qui a donné naissance à Dieu) afin de ne pas tomber dans le blasphème. Car ceux qui nient que la Toute Sainte soit vraiment Théotokos ne sont plus des croyants mais les disciples des Pharisiens et des Sadducéens » (Saint Éphrem le Syrien, À Jean le moine).

 

D’après la Tradition, on sait que Marie a été la fille de deux personnes âgées, Joachim et Anne, et que Joachim descendait de la lignée royale de David, pendant qu’Anne était issue de la lignée sacerdotale. Malgré une origine aussi noble, ils étaient pauvres. Cependant, ce n’était pas cela qui les attristait, mais plutôt le fait qu’ils n’avaient pas d’enfants et qu’ils ne pouvaient pas espérer que leurs descendants verraient le Messie. Et voici qu’un jour, quand, dédaignés par les Hébreux pour leur stérilité, ils offraient tous les deux des prières à Dieu — Joachim se trouvait sur une montagne sur laquelle il s’était retiré après le refus d’un prêtre d’offrir son sacrifice dans le Temple, et Anne était dans son propre jardin, pleurant sur sa stérilité — il leur apparut un ange qui les annonça qu’ils allaient mettre au monde une fille. Fous de joie, ils promirent de consacrer leur enfant à Dieu.

Une fille, appelée Marie, leur naquit neuf mois après et dès sa petite enfance elle manifesta les meilleures qualités d’âme. À l’âge de trois ans, ses parents conduisirent solennellement la petite Marie au Temple de Jérusalem pour accomplir leur promesse ; Elle gravit toute seule les hautes marches et, suivant la révélation de Dieu, elle fut conduite par le grand prêtre, venu à sa rencontre, dans le Saint des Saints, emportant avec elle dans le Temple la grâce de Dieu. (Le temple très pur du Sauveur, la chambre nuptiale précieuse, la Vierge, trésor sacré de la gloire de Dieu, entre en ce jour dans la maison du Seigneur, apportant avec elle la grâce de l’Esprit divin. Les anges l’acclament en disant : voici le tabernacle céleste. Kondak de l’entrée au temple de la Mère de Dieu) Elle était installée dans la résidence des vierges, au sein du Temple, mais elle passait tellement de temps à prier dans le Saint des Saints qu’on pourrait dire qu’elle y vivait. (« Aujourd’hui le temple vivant de la sainte Gloire du Christ notre Dieu, l’innocente et seule bénie parmi toutes les femmes est présentée au Temple de la Loi pour habiter les lieux saints. Avec elle, Joachim et Anne se réjouissent en esprit, les chœurs des Vierges chantent le Seigneur et honorent sa Mère en modulant des psaumes », Entrée au Temple, Lucernaire, stichère 3) Étant parée de toutes les vertus, sa vie a été un exemple d’une extrême pureté. Étant soumise et obéissante à tous, elle n’a offensé personne, n’a prononcé de mot grossier, a été affectuese avec tous et n’a permis aucune pensée impure. (Abrégé de Saint Ambroise de Milan, De la Virginité éternelle de la Toute Sainte)

 

L'Entrée de la Mère de Dieu dans le Temple

L’Entrée de la Mère de Dieu / Icône Slave

 

« Malgré la vie pure et vertueuse que la Mère de Dieu a menée, le péché et la mort éternelle ont manifesté leur présence en Elle. Ils ne pouvaient que se manifester : tel est l’enseignement précis et fidèle de l’Église orthodoxe concernant la Mère de Dieu par rapport au péché originel et à la mort. » (saint évêque Ignace Brianchaninov, Exposé de l’enseignement de l’Eglise orthodoxe sur la Mère de Dieu) « Étrangere à toute chute dans le péché » (Saint Ambroise de Milan, Commentaire sur le 118e Psaume), Elle n’était pas étrangère aux tentations pécheresses. « Dieu seul est sans péché » (saint Ambroise, même source), tandis que l’homme aura toujours en lui quelque chose de perfectible afin d’accomplir le commandement de Dieu ; Soyez saints, parce que Je suis saint, Moi qui suis le Seigneur votre Dieu (Lévitique XIX. 2) Plus on est pur et parfait, plus on remarque ses imperfections et on se considère d’autant plus indigne.

La Vierge Marie, s’étant livrée entièrement à Dieu et malgré le fait qu’elle a rejeté toute inclination vers le péché, ressentait encore plus fortement que les autres la faiblesse de la nature humaine, désirant ardemment la venue du Sauveur. Dans son humilité, elle se considérait indigne d’être même la servante de la Vierge qui allait Le mettre au monde. Pour que rien ne puisse la distraire de la prière et de l’attention envers elle-même, Marie a fait le vœu de ne pas se marier, afin de ne plaire qu’à Dieu toute sa vie. Une fois atteint l’âge pour quitter le Temple, elle s’est fiancée au vieux Joseph et s’est installée dans sa maison à Nazareth. Ici, la Vierge a reçu la visite de l’archange Gabriel, qui lui a annoncé la bonne nouvelle : d’elle naîtrait le Fils du Très Haut.

L’Annonciation

L’Annonciation, 14e siècle, Galeries Tretyakov

« Je Vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec Vous, Vous êtes bénie entre les femmes. […] L’Esprit-Saint surviendra en Vous, et la vertu du Très-Haut Vous couvrira de Son ombre ; c’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de Vous sera appelé le Fils de Dieu. » (Luc I. 28,35).

Marie a reçu l’annonce céleste avec humilité et obéissance. « Alors, le Verbe, d’une manière connue de lui seul, descendit des cieux, et selon son dessein vint, entra, et habita en elle » (Saint Ephrem le Syrien, Louange à la Mère de Dieu). « Comme l’éclair brille dans l’ombre, le Christ vient épurer nos souillures. Voilà pourquoi Il purifia la sainte Vierge et naquit de manière à prouver que partout sa présence engendre la souveraine pureté. Il la purifia d’avance par l’Esprit saint, et les entrailles purifiées de Marie conçurent le divin Jésus. Il la rendit chaste et pure ; aussi resta-t-elle Vierge en Lui donnant le jour. […] Non pas que je dise que Marie fut immortelle ; mais n’ayant pas été séduite par les appétits de la chair, elle fut sanctifiée par la grâce. » (St. Ephrem le Syrien, Discours sur l’enfantement de la Vierge).
« La lumière demeura en elle, purifia son esprit, ses pensées, rendit chastes ses préoccupations, et sanctifia sa virginité » (Saint Éphrem le Syrien, Marie et Eve). « Il a purifié par la grâce Celle qui était pure selon la compréhension humaine » (saint évêque Ignace Brianchaninov, Exposé de l’enseignement de l’Eglise orthodoxe sur la Mère de Dieu).

Marie n’a parlé à personne de l’apparition de l’ange, mais l’ange lui-même a révélé à Joseph la conception miraculeuse de Marie par le Saint-Esprit (Matt. I. 18-25) ; et après la Nativité du Christ c’est avec une multitude d’êtres célestes qu’il l’annonça aux bergers. Les bergers, venus adorer le nouveau-né, ont dit qu’ils avaient entendu parler de lui. Ayant auparavant enduré les soupçons en silence, Marie écoute maintenant en silence et garde dans son cœur les paroles concernant la grandeur de son Fils (Luc II. 8-19). Quarante jours plus tard, Elle entendit les louanges de Symeon et la prophétie concernant la glaive qui percerait son âme. Plus tard, elle a vu comment Jésus grandissait en sagesse ; Elle l’a entendu à l’âge de douze ans enseigner dans le Temple et elle gardait tout cela dans son cœur (Luc II. 21-51).

Même si elle était pleine de grâce, elle ne comprenait pas encore pleinement en quoi consisteraient le service et la grandeur de son Fils. Les conceptions hébraïques du Messie étaient toujours très fortes pour elle, et les sentiments naturels la forçaient à s’inquiéter pour Lui, Le préservant des travaux et des dangers qui lui semblaient excessifs. Ainsi accordait-elle involontairement la préférence à son Fils, pour entendre plus tard les remarques du Seigneur concernant la supériorité de la parenté spirituelle sur la parenté charnelle (Matt. XII. 46-49). « Car s’il tenait à honorer sa mère, il avait encore bien plus à cœur son salut, et le bien qu’il devait faire au monde, s’étant pour cette fin revêtu de notre chair » (saint Jean Chrysostome, Commentaire sur saint Jean, homélie XXI. 3).

Marie a compris cela et en entendant la parole de Dieu Elle l’a gardée (Luc XI. 28). Comme nulle autre personne. Elle avait les mêmes sentiments que le Christ (Phil. II. 5), supportant sans murmure sa douleur maternelle lorsqu’elle a vu son Fils persécuté et souffrant sur la Croix. Se réjouissant au jour de la Résurrection, elle a été revêtue de la force d’en haut (Luc XXIV. 49) le jour de la Pentecôte. Le Saint-Esprit descendu sur elle, Lui a enseigné toutes choses (Jean XIV. 26), et La conduisit dans toute la vérité (Jean XVI. 13). Illuminée, elle redoubla de zèle pour accomplir ce qu’elle avait entendu de son Fils et Sauveur, afin de s’élever vers le Seigneur et de demeurer auprès de lui.

La fin de la vie terrestre de la Très Sainte Mère de Dieu a été le début de sa grandeur. « Parée de la gloire divine » (Hirmos du Canon de la Dormition), elle se tient et se tiendra, aussi bien au jour du Jugement dernier que dans la vie à venir, à la droite du trône de son Fils. Elle règne avec le Seigneur et son audace envers lui vient de sa maternité selon la chair, de son union en esprit avec Lui, et du fait d’avoir accompli la volonté de Dieu et instruit les autres (Matt. V. 19). Miséricordieuse et pleine d’amour, elle manifeste son amour envers son Fils et son Dieu dans l’amour du genre humain. Elle intercède pour nous devant le Tout-Miséricordieux, et parcoure la terre en aidant les hommes.
Ayant éprouvé toutes les afflictions de la vie terrestre, la Médiatrice des chrétiens voit chaque larme, entend chaque gémissement et chaque supplication adressés à Elle. Ceux qui luttent avec les passions et sont zélés dans leurs vies agréables à Dieu Lui sont particulièrement proches. Mais Elle est une aide irremplaçable même dans les soucis du monde. « Joie de tous ceux qui s’affligent, défense des opprimés, nourricière des affamés, consolation des voyageurs, port des naufragés, visitation des malades, protection et secours des infirmes, soutien des vieillards, nous te supplions Mère du Dieu très haut, ô toute pure. » (Stichère de l’office de la Paraclèse). « L’espoir, l’intercession et le refuge de tous les chrétiens, la Mère de Dieu aux prières incessantes » (Théotokion du troisième ton). Jour et nuit elle prie pour nous et « ses prières affermissent le sceptre des rois » (Office de minuit).

 

 

Il n’y a pas d’intelligence ni de mots, pour exprimer la grandeur de celle qui est née au sein de la race humaine pécheresse mais qui est devenue « plus vénérable que les chérubins et incomparablement plus glorieuse que les séraphins ». « Voyant la grâce des mystères de Dieu se manifester dans la Vierge et s’accomplir clairement, je suis dans la joie, bien qu’incapable d’en concevoir le mode étrange et indicible. Comment la Toute Pure a-t-elle été seule choisie parmi toutes les créatures, visibles et invisibles ? Voulant la célébrer, mais muet d’étonnement, je suis frappé d’impuissance en mon esprit comme en mes paroles. Cependant, j’oserai encore la proclamer et la magnifier : elle est le tabernacle céleste » (Ikos de l’Entrée au temple). « Nulle langue n’est capable de te chanter dignement ; pour tout esprit, même hypercosmique, ta louange est un vertige. Toi qui es bonne considère notre foi et notre désir ardent. Protection des chrétiens, nous t’exaltons » (Office de la Théophanie, Hirmos de la neuvième ode).

 

Saint Jean Maximovitch [†1966]

The Orthodox Word, 1977, vol. 13, no. 6 (77), p. 272-276

traduction: hesychia.eu

 

 

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