diacre Ponce, Histoire, Orthodoxie

Vie et martyre de Thascius Cécilius Cyprien, évêque de Carthage

24 avril 2020

écrite par son diacre Ponce

Les pères de l’église traduits en français par M. de Genoude, Tome cinquième bis, p. 8-11, Librairie d’Adrien le Clère et Ce, Paris, 1842


Allons plus avant, si bon vous semble. À la suite de la persécution, éclata une contagion affreuse, dévorante, qui emportait tous les jours par de brusques accès de nombreuses victimes, et envahit successivement des familles tout entières. Partout la terreur, partout la fuite pour échapper au fléau !

Turquie, Ζεύγμα. Fragment de tête.

On abandonne impitoyablement ses proches ; on les jette hors des maisons, comme si, avec ce pestiféré prêt à mourir, on pouvait chasser en même temps la mort. Des milliers de corps, je me trompe, des milliers de cadavres gisent tristement dans les rues, sollicitant la pitié et les secours du passant par l’aspect du sort qui l’attend lui-même. Mais rien pour la miséricorde ! On ne songe qu’à des gains sacrilèges ; pas un cœur qui tremble à la vue de son péril ! Pas un qui donne à ses frères l’assistance qu’il aurait souhaitée pour lui-même ! Que fait dans cette calamité immense le pontife de Jésus-Christ, l’homme de Dieu, aussi supérieur aux pontifes du paganisme par l’entraînement de sa charité que par la vérité de sa foi ? Le passer sous silence serait un crime. D’abord il rassemble le peuple dans une enceinte commune ; il lui rappelle les devoir et les avantages de la miséricorde ; il lui prouve par les textes sacrés combien cette vertu est puissante auprès de Dieu pour gagner ses suffrages.

Où serait le mérite à soulager uniquement des proches qui ont droit à notre amour ? Le comble de la perfection était de faire plus que le païen et le publicain ; de vaincre le mal par le bien, de chérir même ses ennemis ainsi que Dieu en avait donné le précepte et l’exemple, de prier pour le salut de nos persécuteurs. Dieu n’allumait-il pas tous les jours son soleil ? N’épanchait-il pas tous les jours les pluies fécondes pour nourrir les plantes et les semences ? Serviteurs et étrangers, tous avaient part à ses dons. Quand on professe le Christianisme, pourquoi ne pas ressembler à son père ? Soyons dignes de notre naissance ; après notre régénération en Dieu, n’allons point dégénérer des vertus paternelles ; mais plutôt montrons que la bonté est héréditaire et revit dans les enfants !

Il ajouta beaucoup d’autres choses fort importantes, mais trop étendues pour trouver leur place dans les étroites limites que je me suis imposées. Il me suffira de dire que les accents partis de la tribune sacrée eussent infailliblement converti les infidèles, s’ils avaient pu les entendre. Quelle impression ne durent-ils pas produire sur des Chrétiens qui doivent ce nom à leur croyance ? On se partagea les rôles de la charité selon les rangs et les moyens. Les pauvres, que leur indigence mettait hors d’état de contribuer à la bonne œuvre par des secours pécuniaires, offrirent plus que de l’or : ils donnèrent leurs bras et leur travail. Et qui ne se fût hâté de courir à son poste et de se presser sous les étendards de cet illustre chef, pour complaire à Dieu le père, à Jésus-Christ, juge de tous les hommes, et à ce pontife si compatissant ? Les largesses furent abondantes ; les secours arrivèrent à tout le monde, aux païens comme aux enfants de la foi. La merveilleuse charité de Tobie fut vaincue… Pardon, mille fois pardon, ô vertueux personnage ! ou, pour parler avec plus de justesse, quoique la religion ait inspiré de beaux sacrifices avant Jésus-Christ, reconnais avec moi que son avènement, époque de consommation, a dû enfanter de plus beaux dévouements encore. Le juste de la loi antique ne recueillait que ceux de sa race, proscrits ou immolés par l’Assyrien.

L’exil fut la récompense de notre pontife. Telle est la marche constante de l’impiété : aux cœurs les plus héroïques, les plus cruels châtiments. Les réponses du ministre de Dieu à l’interrogatoire du proconsul sont consignées dans les Actes. Cependant on chasse de la ville celui qui venait de sauver la ville. On condamne au bannissement celui qui avait épargné à l’œil des vivants l’horreur d’un infernal séjour ; celui qui, sentinelle vigilante de la charité, pendant que la multitude fuyait de toutes parts un spectacle hideux, seul avait pourvu à tout, ô bonté étrangement reconnue ! et avait empêché la patrie, si lâchement abandonnée, de s’apercevoir de son veuvage.

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