Arsenie Boca, Communisme, Histoire, La foi vivante de l’église orthodoxe, La voie du Royaume, Orthodoxie, Prière, Vivre la foi ...

LA VIE ET L’ŒUVRE DU PERE ARSENIE BOCA – II

23 décembre 2019

Père Ioan Gâscă, Părintele Arsenie Boca, mare îndrumător de suflete din sec. XX – O sinteză a gândirii Părintelui Arsenie în 800 de capete, ed. Teognost, 2002

traduction: hesychia.eu

Entrée dans le monachisme au monastère de Brâncoveanu de Sâmbãta de Sus

Zian Boca est entré dans la vie monastique en juin 1939, au monastère Brâncoveanu, à Sâmbãta de Sus. Après presque un an, le 3 mai 1940, a lieu la tonsure en monachisme au monastère Sâmbãta de Sus, recevant le nom d’Arsenie.
La Revue Théologique, éditée à Sibiu, décrit ainsi l’événement:
«À l’occasion du pèlerinage annuel de Sâmbãta de Sus, au saint monastère Brâncoveanu, le jeune diacre Zian V. Boca a été tonsuré en monachisme, prenant le nom d’Arsenie.
Le révérend hiérodiacre Arsenie Boca est diplômé de notre Académie théologique Andreianã. Remarqué déjà sur les banques de l’école pour ses inclinations particulières à la vie monastique, il a été envoyé par le métropolite Nicolae de Transylvanie à l’École des beaux-arts de Bucarest, afin de parfaire son grand talent de peintre, puis au mont Athos et à Athènes. De retour au pays, il a passé son temps au saint monastère Brâncoveanu, loin de l’agitation du monde, alternant la prière avec l’étude de la peinture religieuse. Il est d’un caractère intègre et un moine d’une grande force spirituelle.
L’ancienne et constante pensée de notre métropolite Nicolae, souhaitant établir une communauté de moines éclairés, est en voie de réalisation suite à ces tonsures en monachisme»

Le portrait de Saint Jean et Prochros, Les Évangiles, 1375

Le portrait de Saint Jean et Prochros, Les Évangiles, 1375

Père spirituel au monastère Brâncoveanu

Le 10 avril 1942, le père Arsenie a été ordonné prêtre.
«Le vendredi du Renouveau (jour de la fête de notre très Sainte Dame, la Mère de Dieu, Source Vivifiante) de cette année (1942), le pèlerinage habituel a eu lieu au monastère de Sâmbãta de Sus.
Les pèlerins, qui sont venus en assez grand nombre, en dépit des moments difficiles que nous traversons et au temps pluvieux, ont eu de grandes joies spirituelles.
La Liturgie a été célébrée à la fois à l’intérieur de l’Église, et en plein air. À cette occasion, sa sainteté a ordonné comme hiéromoine le révérend protodiacre Arsenie Boca.
Le monastère de Constantin Brâncoveanu a retrouvé toute sa force spirituelle. Sur le pays de l’Olt, l’esprit de Dieu souffle avec puissance par l’intercession du monastère ressuscité du tombeau dans lequel l’avaient placé les ennemis de la nation et de la foi véritable.»

Le courant spirituel de Sâmbãta ou «la Philocalie pour tous»

«Au cours des années de fondation du monastère Brâncoveanu de Sâmbãta de Sus, il est remarqué de manière brillante celui qui est un ‹peintre d’âmes selon le modèle de notre Seigneur Jésus-Christ› (Nichifor Crainic). Une tradition de grands pèlerinages dans les lieux saints est en train de renaître. Devant les multitudes qui convergent vers ce haut lieu de la spiritualité orthodoxe, Nichifor Crainic s’est exclamé avec admiration ‹Quelle époque exaltante lorsque tout le pays d’Avram Iancu se déplaçait en pèlerinage, marchant en chantant avec la neige jusqu’à la poitrine en direction de Sâmbãta de Sus, fondation du voïévode martyr›.
Un an, seulement, après l’ordination du père Arsenie, le père professeur Dumitru Stãniloae confessait, avec une âme pleine de joie, le travail spirituel très élevé de son ancien élève, ‹traçant›, comme il le dit lui-même, les faits qui illustrent la manière dont nous devons travailler aujourd’hui et qui peuvent ainsi influencer les autres, prêtres et fidèles ».


Les quatre Évangiles illuminées par Ewargris, 1038

Les quatre Évangiles illuminées par Ewargris, 1038

«Depuis longtemps, nous avons estimé qu’il était de notre devoir d’écrire dans ce journal le travail spirituel accompli quotidiennement au monastère de Brâncoveanu, qui a de vastes et profonds effets sur la vie de notre peuple.
Dans un journal comme le notre, nous ne donnons pas seulement des conseils sur ce qui doit être fait pour renforcer la foi, mais nous évoquons les faits qui illustrent comment nous devons travailler aujourd’hui et qui peuvent influencer les autres, prêtres et croyants.
Il était ainsi de notre devoir de parler d’un travail aux proportions de celui de Sâmbãta de Sus, qui creuse aujourd’hui des profonds sillons dans la vie pieuse d’une vaste partie de la population.
Cependant, nous avons évité jusqu’à présent d’écrire, principalement parce que nous avons eu l’impression que le mouvement du monastère Brâncoveanu est au-dessus des événements autour desquels on peut écrire des exercices journalistiques; il doit continuer à se dérouler au-delà du bruit et de la curiosité entretenus autour de réalités enflées par les journaux, telles que les choses sacrées et précieuses, comme la croissance du blé, la vie intime de la famille, la respiration continue, la prière quotidienne.
Mais comme l’homme s’arrête au moins sporadiquement du galop de l’attention portée vers tant de choses non essentielles et bruyantes, regardant dans une méditation sérieuse ce qui est vraiment rempli de valeur pour son existence, il était donc nécessaire d’évoquer ce qui se passe au Monastère Brâncoveanu, afin d’éviter la suspicion d’un pêché quelconque.
Nous le faisons donc au risque de contrarier le père Arsenie, le serviteur modeste de Sâmbãta, qui considère les paroles flatteuses comme le plus grand mal qu’on puisse lui faire.
La pensée du Métropolite Nicolae, d’initier, par la restauration du monastère martyr de Constantin Brâncoveanu, non seulement le rétablissement du monachisme en Transylvanie, mais aussi, avec la volonté de Dieu, la restauration générale de l’esprit monastique orthodoxe, si affaibli dernièrement, a commencé à porter ses fruits les plus prometteurs.
Le monastère de Sâmbãta de Sus n’est pas un lieu pittoresque pour des excursions et des loisirs immortalisés dans des peintures archaïques, mais le milieu de bouleversements spirituels vivifiants, de rencontres sérieuses des âmes avec la voix de Dieu qui les oblige à une vie retirée du bourbier de l’inconscient et des plaisirs légers.
Chaque jour, 200 à 300 êtres humains sont agenouillés sur les prés du monastère et dans ses salles, priant et scrutant leur passé rempli de pêchées dont ils ne peuvent plus supporter le fardeau.
Beaucoup d’entre eux, après avoir parcouru des centaines de kilomètres, y restent jusqu’à deux, et même cinq semaines, ne se nourrissant que de pain et d’eau, mais se sentant si bien et raffermis spirituellement, qu’ils ne souhaiteraient plus partir, et s’ils partent, ils reviennent régulièrement.
Celui qui les observe le matin pendant les sermons du père Arsenie, passant de l’état d’exaltation aux beautés spirituelles qui leur sont révélées aux pleurs qui les secouent à cause de leurs péchés, ne peut plus rester l’homme qu’il a été par le passé.
Mais ce qui t’émerveille à côté de ces gens, c’est la tension avec laquelle ils attendent leur tour pour confesser leurs péchés, quand chacun sait que le Père restera seul avec lui pendant 4-5 heures dans une conversation intime, purifiant toutes les entrailles de son âme et tous les recoins du passé des tâches pesantes du péché. Il est attendrissant de les entendre, les pauvres gens, courir à la rencontre du Père en criant ‹Père, quand pourras-tu me voir, car je ne peux plus supporter mon fardeau ?›.
Quel est le mystère de fruits impressionnants de l’œuvre du père Arsenie et quels sont les éléments de son programme de travail ?
Il est vrai que le moyen par lequel Dieu agit dans les âmes est la parole que nous adressons en Son Nom. Mais la parole a une efficacité plénière seulement quand elle est soutenue par l’or qui est la vie de celui qui la prononce. À ce moment-là, c’est une parole qui se détache d’un être devenu buisson ardent et déplace le feu vers les auditeurs. Il n’est pas nécessaire de parler de la vie du père Arsenie, car sa dureté est connue et nous ne voulons pas le contrarier en la louant.
Sa parole jaillit d’une roche inébranlable qui est celui qui ne négocie pas et ne tremble pas comme le roseau battu par le vent, mais il est entier telle qu’elle est sa parole : pur, opposé à toute passion et à toute tentation de fierté.
Le programme du père Arsenie ? Par ce qu’il a fait de lui-même et par ce qu’il prêche, c’est une restauration vivante du plus authentique esprit orthodoxe. Beaucoup d’entre nous croyaient que la tradition orientale, avec son esprit d’abstinence, était par définition quelque chose de passif, d’impuissant. Quiconque veut assister à la manifestation de la vie la plus forte et de la puissance la plus invulnérable ne peut que se rendre à Sâmbãta de Sus.
Le but principal de la prédication est de combattre le péché en réveillant la pensée de la présence vivante du Christ. C’est pourquoi l’étape culminante de la préparation du pèlerin est la confession. On est émerveillé devant la sensibilité aiguë au fardeau insupportable du péché qui se réveille dans les gens à Sâmbãta.
Le père Arsenie montre à quel point le trésor de la théologie dogmatique et de la discipline orthodoxe peuvent s’épanouir par une vie véritable. Le Christ ne travaille que par les saints sacrements et dans l’Église. Chaque fidèle est tenu de rester parmi ses semblables, priant pour eux, croyant pour eux, étant responsable pour eux. Tout individualisme ou envie orgueilleuse de s’afficher, toute tendance sectaire est frappée à la tête. L’humilité et la pureté de la vie sont les conditions, ou plutôt la condition impérative du salut.
Il nous est impossible de présenter, même schématiquement, tous les aspects de la prédication à Sâmbãta de Sus.
Nous voulons simplement souligner l’importance nationale de l’œuvre réalisée. Sur notre peuple s’est abattue comme un véritable fléau la pratique de l’avortement. Rien ne peut arrêter son avancement. L’État, en tant qu’entité impersonnelle, le combat. Mais ses organes le pratiquent et le promeuvent. Seule une transformation spirituelle des consciences peut aider dans ce cas. Le père Arsenie a identifié ici une grosse plaie et l’a marqué au fer rouge. On connaît déjà de nombreux cas de familles qui, éveillées dans la conscience de ce péché, se sont repenties véritablement. On s’attend à ce que ce réveil passe d’homme à homme et qu’on enregistre des effets notables très bientôt.
En tout état de cause, le mouvement de renouveau, de radicalisation de la vie chrétienne dans le sens d’une saine restauration, même s’il ne sera représenté que par quelques éléments dans nos villages, exercera une influence bénéfique sur des cercles aussi larges que possible.»
Attiré par l’effervescence spirituelle de Sâmbãta, Petru Boldor (son ancien collègue au lycée de Brad) y passait trois semaines lorsqu’il entendit le père Stãniloae dire avec admiration : «Le père Arsenie est un phénomène unique dans l’histoire du monachisme roumain».
Par conséquent, nous retenons « l’importance nationale » de l’œuvre du père Boca, et le fait que nous devons reconnaître encore aujourd’hui, qu’il « nous est impossible de présenter, même schématiquement, tous les aspects de la prédication à Sâmbãta de Sus » (Père Dumitru Stãniloae)
En ces années de profonde effervescence spirituelle, de vie en accord avec l’esprit des Saints-Pères, dans le sanctuaire de Sâmbãta de Sus, le Père laboure dans l’âme de milliers de personnes qui cherchent ici des réponses aux grandes questions existentielles. Dans une lettre adressée à son ancien collègue du lycée Brad (Petru Boldor), le père Arsenie déclare : «Je me suis engagé à un idéal assez difficile: la transformation de l’homme en Homme, le fils cadet de Dieu et frère de Son Fils aîné. Mais tous les grands idéaux ont en eux quelque chose de paralysant : ils ne vous laissent pas vous inquiéter des choses insignifiantes de cette vie.»

Le monastère Sâmbãta une autre «Philocalie»

«L’espace autour de l’église était une véritable œuvre d’art, avec de petites sources, des ponts comme dans un monde féerique, de petits bassins d’eau de montagne cristalline, animés par des reflets diamantins de roches choisies comme des pierres semi-précieuses, le tout entouré de bosquets fleuris et de prairies irréelles par leur fraîcheur».
Le père Arsenie s’est efforcé non seulement à travers ses paroles à embellir l’âme des croyants avec des vertus et de les rendre sensibles à l’harmonie et à la beauté, mais également l’environnement du monastère, qu’il a arrangé et soigné de manière que tout ressemble à un coin de paradis, confessait silencieusement la mission doxologique et iconographique de l’homme, le Père montrant ainsi que l’exhortation «Soyez parfaits, comme votre Père aux cieux est parfait» signifie aussi : «Soyez beaux, comme votre Père aux cieux est beau».

 

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