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Les sermons de carême du père Gheorghe Calciu – IV

21 décembre 2019

Foi et amitié

Paroles prononcées à l’église de Radu-Vodă, le troisième mercredi de Carême, le 29 mars 1978

Cuvintele către tineri – ediție îngrijită și postfață de Răzvan Codrescu, p.25-37, Editura Christiana, București, 2015

traduction: hesychia.eu

Voilà, mon jeune ami, que j’ai atteint le milieu de la route que j’avais commencée avec toi, le premier mercredi avant le Grand Carême, de la semaine qu’on appelle du «fromage». Alors, tu as entendu pour la première fois l’appel que tes oreilles assoiffées de vérité ont reçu, et ton âme, attirée par l’absolu, l’a suivie. À ce moment-là, j’étais seul, mais je savais que ma voix n’était pas vox clamantis in deserto, car c’étaient les paroles de Jésus ; je savais que les paroles que je vous ai dit : «Préparez la voie du Seigneur, libérez Ses sentiers vers votre cœur !», seront entedues par vos oreilles. Et je ne me suis pas trompé, car nous sommes nombreux aujourd’hui à confesser, même si seulement dans le secret de nos cœurs, la foi en Christ et l’amour pour les autres.

Saints Pierre et Paul

Saints Pierre et Paul, avec des scènes de leurs vies, XVIe siècle, Musée de l’architecture et des monuments anciens, Novgorod

Pourquoi t’ai-je appelé mon ami et pourquoi ai-je mis mon âme dans ton cœur, jeune homme ? Pourquoi ai-je cru en toi jusqu’à ce que je t’implique dans mes actes de foi, jusqu’à ce que je donne ma vie pour toi ? Parce que mon esprit a connu ton âme, même avant que tu n’entendes mes paroles et avant même que je ne te voie.
Je connaissais ton angoisse et ton chagrin, le malheur et la souffrance. J’avais compris déjà que ta méchanceté était un bouclier contre le monde et ta bravade – une protection pour tes blessures. Parce que tu es mon ami ; nous sommes liés par une amitié que rien ni personne ne peut abolir, car notre liberté est garantie par Jésus, et le fondement de notre amour est Lui, le Ressuscité, Qui nous a dit :

«Désormais, je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître» (Jn 15,15).

Qui t’a déjà confessé de telles vérités ? Tout autour de vous, une atmosphère de mystère vous entoure, comme un complot tramé par les puissants. Un réseau sélectif permet que tu sois atteint seulement par ce qui sert une idée unique ou des concepts imposés. Où est ta liberté de choisir et où est ta parole ? Où est la noble liberté que Dieu t’a donnée et sur laquelle tu peux avoir la satisfaction de répondre devant histoire ?
Alors pourquoi devrais-je m’étonner que tu ne connaisses pas la liberté ni la façon de t’en servir ? Pourquoi devrais-je être surpris que tu ne saches pas vraiment ce que sont l’amitié et l’amour ni à qui les donner ni comment les garder ? Qui dans ce monde est ton véritable ami, ou qui voudrait «offrir son âme» pour toi ? De tous les groupes sociaux auxquels tu appartiendrais, tu es toujours exclu des raisonnements fondamentaux, les seuls qui justifient leur existence en tant que phénomènes sociaux. Toute exclusion de ces justifications te jette dans la position d’esclave. Il existe un mystère social et philosophique dont tu es systématiquement exclu, en t’offrant seulement la conclusion. Avec autorité. Si tu es inapte à connaître le chemin qui mène aux conclusions, pourquoi serais-tu capable de connaître la conclusion ? Et si tu es capable, alors pourquoi ce secret ? Est-ce qu’on se méfie de ton bon jugement ? Ou de ta liberté ? Ou de ton amitié ? La foi religieuse peut-elle faire l’objet d’une interdiction ?
La servitude des idées est aussi dure que toute servitude. Jésus t’offre, à travers l’Église, le profond mystère de sa divinité et de son amitié. Tu n’es plus un serviteur, mais un ami, puisque le mystère des choses divines t’est révélé. Tu as longtemps hésité à choisir Jésus comme ami. Peut-être as-tu peur de l’océan de liberté dans lequel tu devais plonger. Mais Jésus t’a choisi bien avant que tu n’entendes sa voix : «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis por que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure» (Jean 15,16).
Le choix a été fait il y a longtemps, parce que Christ t’a toujours aimé, jeune homme, et maintenant tu as répondu à son appel. À partir de maintenant, tu dois aller porter des fruits qui resteront. Tu dois être, pour le monde dans lequel tu vis, un prophète du Christ. Aimer ton prochain comme toi-même et que chaque homme soit ton ami. Proclamer par tes actes cet amour unique et illimité, qui élève l’homme du rang de serviteur à celui d’ami de Dieu. Sois le prophète de cet amour libérateur, qui te libère de toute contrainte et te redonne à toi-même intégralement, afin que tu puisses t’offrir à Dieu.
L’asservissement le plus vil auquel tu es soumis, est celui qui t’interdit tout vol théologique, toute tentative de transcender le monde immanent et son emprisonnement. «Tu es l’esclave de ma volonté — semble-t-on te dire — et ma volonté t’interdit de croire autre chose que ce que je te permets de croire !»
Pourquoi t’interdire la possibilité de quitter l’espace dans lequel tu es prisonnier de tes sens et de ta raison ? Pourquoi t’impose-t-on comme réel seulement ce qui se trouve à l’intérieur de cet espace, pendant que le reste est traité de fiction. Et surtout, pourquoi ne te permette-t-on pas d’entrer avec tes propres connaissances dans cette soi-disant fiction, afin de l’anéantir ? N’y a-t-il pas à craindre que la «fiction» soit plus réelle que ce qu’on t’impose comme réalité ?

Un système philosophique ou théologique (et en particulier un système vécu) ne peut être aboli de l’extérieur. De ce point de vue, il reste une réalité invicible pour l’assiégeant. Des expressions telles que «La religion a été créée par les classes exploitantes» ne sont plus aujourd’hui en mesure de susciter même un sourire. Elles sont tout simplement ignorées. Et, parce que tu es jeune, tu dois prendre au sérieux l’argument de «Biblia hazlie» ou de «Anticazania» du journal «Scînteia tineretului», qui reposait uniquement sur l’interdiction de lui répondre ! La liberté signifie la libération du péché et de la mort en Christ, et, sur le plan social, le combat des idées. Chez nous, l’athéisme a un cours forcé et de plus en plus restreint. La vie ne réside pas dans l’autorité de l’État. Mais la foi est en plein assaut, car c’est un fait de vie.
L’autoritarisme asservi, la foi libère. J’ai lu dans le périodique «Contemporanul» du 11 novembre 1977, sous le titre «Avec les athées sur… la religion», les déclarations de quelques jeunes pour une enquête du journaliste. Toute enquête sur des sujets religieux devient pour nous une source d’inquiétude et de peur, car être croyant est presque une trahison pour le pouvoir. Mais les jeunes de qui je vous parle — tous membres du Parti communiste roumain — ont répondu conformément à leur foi et leur foi les a rendus libres. Je vous invite tous à lire cet article de «Contemporanul», un organe officiel de l’idéologie matérialiste du Parti communiste roumain.

Vous verrez que les jeunes concernés se sont libérés de l’esclavage de la terreur, qui aurait pu les amener à cacher leur vraie foi et à faire des déclarations formelles d’athéisme. Cependant, ils ont vaincu leur instinct de survie et ont publiquement et hardiment affirmé leur foi et leur liberté de choix. Ils ont choisi ouvertement le Christ et son église. Ils étaient tous jeunes comme toi, mon ami, et tous comme toi, bons, généreux, courageux. Ils étaient nos amis. C’est pourquoi certains d’entre vous ont trouvé des mots d’appréciation et d’encouragement, par lesquels vous vouliez leur dire qu’ils ne sont pas seuls, que les meilleurs croient comme eux, aiment et veulent s’exprimer librement comme eux.

Ami, cet amour infini du Christ nous lie, la foi en Lui nous lie organiquement. Et nous sommes également liés par notre amitié mutuelle, car tous les hommes sont des amis du Christ. N’aie pas peur, jeune homme, de t’affirmer comme son ami. N’aie pas peur de rejeter une idéologie athée, qui cherche à anéantir ton âme en tant qu’entité métaphysique, ou du moins à l’abîmer. N’aie pas peur d’affirmer que notre peuple est depuis ses origines chrétien et orthodoxe, que vingt ans d’athéisme imposé et de propagande ne peuvent arrêter ses aspirations à l’absolu.
Crois et aime ! La foi te rend libre, l’amour t’unit. Tu seras libre dans l’union avec Jésus-Christ et tu resteras dans son amour. Voici à quel point tu es élevé, mon ami, car tu es maintenant l’ami du Christ ! Pour cela je t’aime, jeune homme; et pour cela je crois en toi.

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