Arsenie Boca, Orthodoxie

Autobiographie du père Arsenie Boca

23 février 2019

Autobiographie du père Arsenie Boca, rédigée dans la prison de la Sécurité intérieure (17 juillet 1945)

Je soussigné, je suis né en 1910, le 29 septembre, à Vața de Sus, département du Hunedoara. J’ai suivi l’école primaire et le lycée à Brad, le même département. Depuis ce temps, on a remarqué une certaine inclination pour la solitude et les problèmes de religion de ma part, même au dessus de mes pouvoirs à ce moment-là. Par exemple, j’ai un livre d’Emmanuel Kant : ‘La religion dans les limites de la raison’, signé : ‘Boca Zian classe IV. Lic.’

Au début du cours supérieur au lycée, je suis resté orphelin de père, qui était cordonnier et très bon pédagogue avec son fils. Je me rappelle jusqu’à ce jour qu’il m’a battu une fois afin de ne pas perdre mon temps – ce que je lui ai promis avec des larmes aux yeux et que je n’ai pas oublié jusqu’à maintenant, et ça m’a été utile des nombreuses fois dans la vie.
Pendant le lycée j’ai beaucoup aimé : les mathématiques, la physique, la religion, le dessin et la musique. Finissant le lycée et ayant passé le baccalauréat à la première présentation, je penchais vers les sciences positives, mais si j’avais eu de l’argent ou des tuteurs pour garantir pour moi je serais entré à l’école d’aviation à Cotroceni – ce qui n’est pas arrivé, à cause de ma pauvreté. Pour cette raison, mon penchant pour la contemplation, ou la spéculation, a gagné, et en 1929 je me suis inscrit à l’Académie Théologique de Sibiu.


Pendant la formation en théologie j’ai vendu la maison familiale afin de pouvoir continuer les études. J’étais également boursier. J’ai n’ai pas demandé d’aide à ma mère, et je n’avais pas le cœur pour le faire, car elle était divorcé de mon père, et moi, j’étais à la garde de mon père, selon la loi, car, conformément à la profession, il y avait plus de chances que j’aille à l’école. Pendant la formation théologique, ça s’éclaircissait pour moi la beauté de la vie monastique, et je souhaitais m’instruire, autant que je le pouvais, de manière plus solide, particulièrement sur le coté mystique de la vie. À cette occasion, j’avais les traits caractéristiques suivants : j’habituais ma mère à ne pas me voir, ni à recevoir de correspondance de ma part, afin qu’elle m’oublie et qu’elle ne souffre pas en apprenant que je suis devenu moine. Par la suite, depuis le départ de Brad, je me suis imposé une certaine discipline austère, qui avait plusieurs détails difficiles à croire. Ainsi, par exemple, je me suis proposé de n’avoir aucune relation avec les filles pendant mes études de théologie. Ce que je n’ai pas réussi, car exactement cette même année, 1929, le Ministère a permis aux filles d’étudier la théologie, et je me suis retrouvé avec quelques collègues-filles. Mais des connaissances dans la ville, j’ai réussi à ne pas avoir. J’ai réussi cela pendant toute la durée de mes études de théologie, malgré le fait que je faisais parti de la ‘Réunion de musique Gh. Dima’ à Sibiu, avec le chef N. Oancea, et qui était mixte. J’avais le problème de la volonté dans la maîtrise de mes sens. Même plus, j’étais préoccupé, en étudiant la mystique comparée de différentes religions supérieures, de voir, par ma propre expérience, l’étendue de la volonté dans le domaine de la vie spirituelle et biologique. Ça m’intéressait de voir s’il était vrai ce que les livres affirment sur les actes reflexes, et sur les instincts, c’est-à-dire, qu’ils sont indépendants de la volonté et du contrôle de la conscience. Mon expérience personnelle m’a montré, cependant, que l’action de la volonté et de la conscience peut s’éteindre sur les instincts et les actes reflexes, aussi, selon une certaine variable. Dans ces recherches j’ai été aidé par les études poursuivis par Mircea Eliade à Calcutta, envoyé par l’Université de Bucarest, pour des études orientales. Et une partie des études était publiée dans la Revue de philosophie de Bucarest, et elle me parvenait de cette façon.


Tout cela, j’ai été intéressé à apprendre et à tester en vue de la vie monastique. Je m’abstenais de sorties en ville, et je restais dans la cour de l’école avec le portail ouvert. Avec les collègues, je sortais en ville seulement s’il était nécessaire pour l’intérêt des études, d’un professeur, ou accompagné par les professeurs, comme c’était le cas pour les séances de musique. Je n’ai pas dansé et je n’ai pas appris cela. Mon père m’en avait averti, et surtout, en tant que théologien je ne pouvais pas y penser.
De la vie de ceux à l’extérieur des murs du Séminaire théologique, j’ai été dans les plus parfaites indifférence et méconnaissance. Toutes mes préoccupations étaient, et le sont toujours, intérieures, et non pas extérieures. J’ai toujours haït le bavardage. Même le nom monastique a été choisi dans ce sens, car Abba Arsène avait fait le vœu du silence, grâce auquel il a pu se perfectionner intérieurement.
La thèse de Licence à l’Académie théologique résumait mes efforts envers cette perfection intérieure de l’homme, et portait le titre de ‘Essais sur la vie spirituelle’. Je finissais la théologie vers l’année 1933.


Pendant les vacances je m’occupais avec la peinture.
La peinture à rallongé mes études. Car, en apprenant que j’aille ce talent, le Métropolite Nicolae Bălan m’a envoyé l’année suivante 1933/1934 à l’Académie des Beaux-arts, à Bucarest, que j’ai fini après cinq ans. J’ai eu comme enseignants principaux M. Francisc Șirato, Costin Petrescu et Fr. Reiner, le dernier de la Faculté de médicine. Il est arrivé souvent que nous ne puissions pas nous rendre à la Faculté de médicine, à cause de troubles et grèves étudiants, ce qui m’ennuyait car nous perdions le temps et les connaissances d’anatomie et anthropologie avec mon professeur, qui était souvent dans l’impossibilité de présenter son cours. C’est seulement ici que je me suis confronté aux mouvements étudiants, qui m’ont produit une mauvaise impression. Je ne suis pas entré dans les mouvements d’étudiants, ni de fait, ni de droit, car l’Académie de Beaux-arts était séparée de l’Université. De cette façon, on nous traitait, nous, les étudiants aux Beaux-arts, comme séparés des étudiants qui pouvaient s’inscrire au centre étudiant de Bucarest. J’ai été complètement en dehors de tout mouvement étudiant ou d’inscription dans un mouvement politique.


Le temps à Bucarest, je l’ai passé sans jamais m’absenter de l’école. Je n’ai pas été malade encore, pour m’absenter pour cette raison. Je travaillais à l’atelier beaucoup. Au printemps, j’y allais à 5 heures du matin, et rentrais à l’internat Radu Vodă, où j’habitais, vers l’heure du dîner. J’ai passé trois ans à l’internat, afin de m’assurer qu’il n’y aurait aucune perte de temps pour moi. À l’internat passaient aussi des étudiants de la Légion de l’archange Michel, qui nous appelaient pour les accompagner. Je ne suis jamais allé. L’école m’absorbait entièrement, et je n’avais pas de temps à perdre. (La punition de mon enfance pour la perte de temps me suivait comme un ange gardien).
J’étudiais beaucoup. Le temps libre qui me restait à la maison je le passais à lire et à discuter théologie avec un collègue qui étudiait au Conservatoire. De cette manière, il est arrivé une fois, à cause de mon grand intérêt pour l’écriture mystique de Saint Jean Climaque, que je le traduise en roumain pendant 5 mois. Cela m’a beaucoup aidé à finaliser ma décision d’entrer dans la vie monastique.
Pendant ce temps, le mouvement légionnaire était très populaire, et tout le monde en parlait. Moi, étant indépendant de la vie politique, je ne me suis pas retrouvé de penchant envers le mouvement. Après, il est arrivé que plus personne ne m’a appelé. Ma seule participation a été celle-ci : quand ils sont rentrés d’Espagne, morts, Moța et Marin, je suis sorti avec des collègues sur le bord de la rue Calea Griviței, sur laquelle passait le cortège depuis la Gare du Nord jusqu’à Calea Victoriei. Car notre Académie se trouvait sur Calea Griviței. Ainsi, j’ai regardé une partie du cortège et les deux morts. C’est tout.
De collègues, à l’école, j’ai eu de toutes sortes et nationalités. J’en avais, chez d’autres professeurs, un certain Vulpescu; lui, c’était un communiste, il portait une cravate rouge, mais nous n’avons jamais discuté ensemble. J’avais comme collègue de classe un juif Ițhoc Steinberg – nous étions amis. Je lui disais des fois : Toi, Steinberg, tu es juif, et je suis chrétien, alors nous devions être l’un contre l’autre. Mais, moi, je serai mieux que toi et tu ne pourras pas te fâcher si c’est de cette façon que je vais te faire de la concurrence dans la vie.
Plus tard, quand j’ai lu la Bible, j’ai vu que la dernière mission mondiale appartient aux juifs, ou éventuellement à une idée des juifs.


J’ai fini les Beaux-arts avec mention bien, j’ai fait l’année de pratique, qui a été plus court; je suis parti, envoyé par le Métropolite Nicolae Bălan, à la Sainte Montagne, afin d’y apprendre la vie monastique. Au départ, il y avait des contrôles très sévères, afin que personne de ceux qui ont été légionnaires à un moment de leurs vies ne puissent sortir du pays. Moi, n’ayant absolument rien à me reprocher, j’ai obtenu le passeport pour voyager en Europe, ‘sans Russie’, délivré par la Préfecture de police de Sibiu.
Et, en ma qualité de diacre, j’ai obtenu les permissions spéciales de la part de trois Patriarchies : Roumaine, de Constantinople et d’Athènes, et de deux gouvernements : roumain et grec, précisant que je n’ai aucune motivation suspecte, mais seulement l’appel vers le perfectionnement intérieur par le métier monastique.
Je suis retourné au pays le 8 juin 1938. Je me rappelle la date car, en rentrant au pays par Moravița, j’ai vu les drapeaux roumains, pour le 8 juin d’autrefois.
Depuis cette date, jusqu’à la Pâque de l’année suivante, quand je suis rentré dans la vie monastique, j’ai rassemblé des outils de peinture, des matériaux, j’ai étudié à Chișinău avec des maîtres russes la technique de la pellicule dorée ‘cicanca’, et d’autres choses utiles pour un atelier de peinture.
Le Vendredi de la Source, après la Pâque de l’année 1939, j’ai été tonsuré dans la vie monastique avec le nom d’Arsenie.
Pendant une année je me suis occupé avec les tâches domestiques – j’étais le premier et le seul moine du Monastère Brâncoveanu – Sâmbăta de Sus, département de Făgăraș. Je n’avais plus de temps pour la peinture. La deuxième année, pareillement. Jusqu’au moment quand je me suis rendu compte que j’ai appris la peinture pour rien. Il arrivait pendant ce temps que les gens venaient nous voir avec leurs soucis et la vénération qu’ils portaient au monastère et aux moines. Le père Serafim Popescu est également entré dans la vie monastique. Je l’ai prié de recevoir la prêtrise – car je ne me considérais pas digne. Il l’a reçu. C’est ainsi que les Liturgies ont commencé au monastère, selon nos forces.
Un hiver, probablement en 1941, nous nous sommes trouvés avec une avalanche de gens de tout âge et niveau matériel, qui nous demandaient d’écouter leurs soucis. Ici, je me suis trouvé à faire du conseil spirituel avec les gens, malgré le fait que je n’étais pas prêtre. Je savais que tout ce qui arrive aux gens est dû à leurs erreurs et pêchés. De cette manière, je me suis trouvé forcé à recevoir la prêtrise et la mission principale de prêcher Jésus-Christ – Dieu véritable et Homme véritable, et la sanctification de l’homme, afin qu’il ait la paix de Dieu an soi, absolument en toute situation dans laquelle il puisse se trouver. Je leur ai enseigné aussi à être pures envers les hommes et envers Dieu; à donner à Cesare ce qui lui appartient (l’obéissance civile, les taxes etc.) et à Dieu ce qui lui est dû (pensée pure, âme purifiée, et corps dépourvu de passions).
Au sujet de cet enseignement peuvent témoigner tous ceux qui ont écouté les histoires selon Dieu que je leur ai donné; l’amour pour Dieu, l’amour pour toutes les personnes, sans discrimination, et une vie pure, qui rendent possible notre retour, nous qui accomplissons les commandements, à nouveau au Royaume d’origine, d’où Dieu nous a envoyé pour tester brièvement notre sagesse et notre amour, sur terre, dans l’arène de la vie.
Voilà toute ma mission et mon rôle sur terre, car il m’a accordé des dons – même si je n’en suis pas digne. Pour cette raison, je suis appelé de tout part, pour prêcher l’amour de Dieu et la sanctification des hommes par l’amour.
Je suis étranger de toute autre pensé ou faits.


Râmnicu Vâlcii, le 17 juillet 1945 – Hieromoine Arsenie.

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