{"id":954,"date":"2020-04-24T21:25:14","date_gmt":"2020-04-24T19:25:14","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=954"},"modified":"2020-04-25T17:22:02","modified_gmt":"2020-04-25T15:22:02","slug":"de_la_mortalite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/04\/24\/de_la_mortalite\/","title":{"rendered":"De la mortalit\u00e9"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\"><em>par saint CYPRIEN, \u00e9v\u00eaque de Carthage<\/em><\/h2>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Histoire et \u0153uvres compl\u00e8tes de saint Cyprien, \u00e9v\u00eaque de Carthage<\/em>, traduction fran\u00e7aise par M. l\u2019abb\u00e9 Thibaut, Tome deuxi\u00e8me, p. 281-313, Cattier, Libraire-\u00e9diteur, Tours 1869<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Ce trait\u00e9 est c\u00e9l\u00e8bre parmi ceux de saint Cyprien. Voil\u00e0 quelle en fut l\u2019occasion. Une \u00e9pid\u00e9mie meurtri\u00e8re ravageait l\u2019\u00c9gypte ; le fl\u00e9au s\u2019\u00e9tait r\u00e9pand dans presque toute l\u2019Afrique. Eus\u00e8be en parle dans son Histoire, et cite l\u2019\u00e9crit du saint \u00e9v\u00eaque de Carthage \u00e0 ce sujet. Saint Augustin en tira depuis plusieurs beaux passages, qu\u2019il oppose, entre autres, aux objections de Julien contre la Providence. [\u2026]<!--more--><br \/>\nParmi les fid\u00e8les \u00e0 qui saint Cyprien adresse ce trait\u00e9, un tr\u00e8s grand nombre avaient donn\u00e9 ce g\u00e9n\u00e9reux exemple ; mais d\u2019autres, soit par faiblesse naturelle et manque de foi, soit par l\u2019attrait de la vie mondaine, accusaient la Providence, les uns de leur envoyer des calamit\u00e9s, d\u2019autres de les leur rendre communes avec les pa\u00efens, d\u2019autres enfin de leur enlever la couronne du martyre par des souffrances sans honneur. [\u2026]<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1003\" style=\"width: 660px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/nbn-resolving.org\/urn:nbn:de:bvb:22-dtl-0000087130\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1003\" class=\"size-full wp-image-1003\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.007.650px.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"791\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.007.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.007.650px-247x300.jpg 247w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1003\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>La plupart d\u2019entre vous, mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s,<\/strong> poss\u00e8dent une foi ferme, un jugement solide. Leur \u00e2me, attach\u00e9e \u00e0 Dieu, ne s\u2019\u00e9meut pas en pr\u00e9sence des maux de cette vie. Semblable \u00e0 un rocher, elle r\u00e9siste aux assauts du monde, aux flots imp\u00e9tueux du si\u00e8cle, et elle sort de la tentation, \u00e9prouv\u00e9e mais non vaincue. Cependant, il en est parmi vous qui, par suite de la faiblesse de leur caract\u00e8re, du peu d\u2019\u00e9nergie de leur foi, du charme des choses cr\u00e9\u00e9es, de la mollesse de leur sexe, et, ce qui est plus grave encore, des erreurs qui obscurcissent la v\u00e9rit\u00e9, chancellent dans la voie du salut et ne songent pas \u00e0 profiter de la gr\u00e2ce divine qui sommeille dans leurs c\u0153urs. Il m\u2019a sembl\u00e9 que je devais m\u2019adresser \u00e0 eux en toute franchise. Donc, malgr\u00e9 ma faiblesse, je viens combattre, avec la parole divine, la n\u00e9gligence qui paralyse leur \u00e2me trop d\u00e9licate et leur rappeler, qu\u2019en qualit\u00e9 de chr\u00e9tiens, ils doivent \u00eatre dignes et de Dieu et du Christ.<\/p>\n<p><strong>Le soldat du Christ, mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s, doit d\u2019abord se conna\u00eetre lui-m\u00eame.<\/strong> Plac\u00e9 dans le camp du Seigneur, il soupire apr\u00e8s les biens \u00e9ternels. Ne vous laissez ni effrayer ni m\u00eame arr\u00eater par les temp\u00eates de ce monde: elles ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9dites par le divin Ma\u00eetre. Avez-vous oubli\u00e9 que, pour instruire son peuple et fortifier son \u00c9glise contre les maux \u00e0 venir, il a annonc\u00e9 des guerres, des famines, des pestes, des tremblements de terre? Bien plus, afin que ces terribles \u00e9v\u00e9nements ne vinssent pas nous frapper \u00e0 l\u2019improviste, il en a fix\u00e9 l\u2019\u00e9poque, et c\u2019est \u00e0 la fin des temps qu\u2019ils doivent le plus se multiplier. La proph\u00e9tie s\u2019accomplit, et de l\u00e0 nous pouvons conclure que les autres pr\u00e9dictions s\u2019accompliront \u00e0 leur tour; car le Seigneur a dit : Lorsque vous verrez toutes ces choses, sachez que le royaume de Dieu est proche (Lc XXI). Oui, mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s, le royaume de Dieu est proche; le monde passe et nous allons jouir de la vie v\u00e9ritable, du salut, du bonheur \u00e9ternel, du Paradis que nous avions perdu. D\u00e9j\u00e0 le ciel succ\u00e8de \u00e0 la terre, la grandeur \u00e0 la mis\u00e8re, l\u2019\u00e9ternit\u00e9 au n\u00e9ant.<\/p>\n<p><strong>Qui donc, en pr\u00e9sence de ces biens, se livrera au doute et \u00e0 l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 ?\u00a0<\/strong> Qui s\u2019abandonnera \u00e0 la crainte et \u00e0 la tristesse, s\u2019il lui reste encore un rayon de son foi et d\u2019esp\u00e9rance ? On craint la mort quand on ne veut pas aller vers le Christ ; on ne veut pas aller vers le Christ quand on d\u00e9sesp\u00e8re de r\u00e9gner avec lui. Il est \u00e9crit que le juste vit de la foi. Si vous \u00eates juste, si vous vivez de la foi, si vous croyez v\u00e9ritablement en Dieu, pourquoi ne pas accueillir avec empressement la voix du Christ qui vous appelle, alors que vous devez r\u00e9gner avec lui et que vous avez foi en ses promesses ? Pourquoi ne pas vous f\u00e9liciter d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019abri des atteintes du d\u00e9mon ? Sim\u00e9on, le juste par excellence, accomplit avec une foi pleine et enti\u00e8re les pr\u00e9ceptes du Seigneur. Il re\u00e7ut du Ciel la promesse de ne mourir qu\u2019apr\u00e8s avoir vu le Christ. J\u00e9sus se pr\u00e9sente dans le temple, entre les bras de sa M\u00e8re ; \u00e0 cette vue, le vieillard reconna\u00eet le Messie, objet de tant de proph\u00e9ties ; il sait que sa derni\u00e8re heure est venue ; ivre de joie, il prend l\u2019enfant entre ses mains et, s\u00fbr d\u2019aller prendre sa place au royaume c\u00e9leste, il s\u2019\u00e9crie : Maintenant Seigneur, vous pouvez laisser partir votre serviteur en paix, car mes yeux ont vu l\u2019aurore du salut (Luc, II). Il montrait par l\u00e0 qu\u2019il n\u2019est, pour les serviteurs de Dieu, de paix, de libert\u00e9, de tranquillit\u00e9 v\u00e9ritable que, lorsqu\u2019apr\u00e8s avoir travers\u00e9 les tourbillons de ce monde, ils arrivent au port de l\u2019\u00e9ternelle s\u00e9curit\u00e9 ; lorsque, vainqueurs de la mort, ils se rev\u00eatent d\u2019immortalit\u00e9. L\u00e0, en effet, se trouvent pour nous la paix, la tranquillit\u00e9, le repos \u00e9ternel.<\/p>\n<p><strong>La vie de ce monde est-elle autre chose qu\u2019une lutte perp\u00e9tuelle avec le d\u00e9mon ?<\/strong> N\u2019avons-nous pas \u00e0 repousser tous les jours ses traits meurtriers ? L\u2019avarice, l\u2019impuret\u00e9, la col\u00e8re, l\u2019ambition, tels sont les ennemis que nous devons combattre ; tous les jours, nous avons \u00e0 lutter p\u00e9niblement contre les vices de la chair et les s\u00e9ductions du si\u00e8cle. L\u2019\u00e2me humaine, assi\u00e9g\u00e9e, comme une place forte, par la malice du d\u00e9mon, peut \u00e0 peine faire face et r\u00e9sister \u00e0 toutes ses attaques. Si vous terrassez l\u2019avarice, l\u2019impuret\u00e9 se dresse contre vous; si vous \u00e9touffez l\u2019impuret\u00e9, l\u2019ambition lui succ\u00e8de ; si vous m\u00e9prisez l\u2019ambition, vous voil\u00e0 enflamm\u00e9 de col\u00e8re, enfl\u00e9 d\u2019orgueil, sollicit\u00e9 par la sensualit\u00e9 ; vous voil\u00e0 en butte aux traits de la jalousie et de l\u2019envie, qui brisent parmi nous les liens de la concorde et de l\u2019amiti\u00e9. La mal\u00e9diction monte \u00e0 vos l\u00e8vres, et pourtant la loi divine la d\u00e9fend; on vous force \u00e0 jurer, et pourtant ce n\u2019est pas permis. Nous avons tant de pers\u00e9cutions \u00e0 subir, tant de p\u00e9rils \u00e0 surmonter, et nous nous plaisons \u00e0 prolonger notre s\u00e9jour ici-bas, au milieu des glaives du d\u00e9mon. Ah ! Qu\u2019il serait plus sage d\u2019invoquer le secours de la mort pour h\u00e2ter notre retour aupr\u00e8s du Christ ! En v\u00e9rit\u00e9, nous dit-il, vous pleurerez, vous g\u00e9mirez et le monde se r\u00e9jouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse sera chang\u00e9e en joie. Qui ne d\u00e9sirerait \u00eatre exempt de tristesse ? qui ne se h\u00e2terait d\u2019accourir \u00e0 la joie ?<\/p>\n<p><strong>Or, le Seigneur nous d\u00e9clare quand notre tristesse sera chang\u00e9e en joie<\/strong> : Je vous reverrai, dit-il, et votre c\u0153ur se r\u00e9jouira et personne ne vous enl\u00e8vera votre joie (Jean, VI). Puisque notre joie consiste \u00e0 voir le Christ et qu\u2019elle ne peut pas exister sans cette vue, quel aveuglement, quelle d\u00e9mence, d\u2019aimer les chagrins, les peines, les larmes de cette vie, et de ne pas h\u00e2ter de ses v\u0153ux l\u2019av\u00e8nement de ce bonheur que personne ne peut nous ravir !<\/p>\n<p><strong>La cause de ce d\u00e9sordre, mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s, c\u2019est le manque de foi.<\/strong> Personne ne croit \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des promesses du Dieu qui est la v\u00e9rit\u00e9 m\u00eame, du Dieu dont la parole est \u00e9ternelle et immuable. Si un homme s\u00e9rieux et honn\u00eate vous faisait une promesse, vous croiriez \u00e0 sa parole, vous le jugeriez incapable de vous tromper, parce que vous savez qu\u2019il est sinc\u00e8re dans ses discours et dans ses actes. Voil\u00e0 que Dieu vous parle, et vous, homme de peu de foi, vous \u00eates ind\u00e9cis et flottant ! Dieu, \u00e0 votre sortie de ce monde, vous promet l\u2019immortalit\u00e9 et l\u2019\u00e9ternit\u00e9 bienheureuse, et vous doutez ! Ce n\u2019est ne pas conna\u00eetre Dieu ; c\u2019est offenser par son incr\u00e9dulit\u00e9 le Christ, ma\u00eetre des croyants ; c\u2019est manquer de foi dans l\u2019\u00c9glise, qui est le sanctuaire de la foi.<\/p>\n<p><strong>Voulez-vous savoir combien il est avantageux de quitter cette vie ?<\/strong> \u00c9coutez le Christ qui connaissait si bien nos v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats. Comme ses disciples \u00e9taient attrist\u00e9s, parce qu\u2019il leur annon\u00e7ait son prochain d\u00e9part, il leur dit : Si vous m\u2019aimiez, vous vous r\u00e9jouiriez parce que je retourne vers mon P\u00e8re (Jean, XIV). Il nous montre par ces paroles que lorsque les \u00eatres qui nous sont chers sortent de ce monde, nous devons en ressentir plus de joie que de douleur. Le grand ap\u00f4tre se rappelait ces v\u00e9rit\u00e9s lorsqu\u2019il \u00e9crivait: Le Christ est ma vie, et la mort est un gain pour moi (Philip., I.). Il regardait comme un grand avantage de briser les liens qui l\u2019attachaient \u00e0 la terre, de n\u2019\u00eatre plus en butte aux vices et aux exigences de la chair, de s\u2019\u00e9lever au-dessus des tribulations d\u2019ici-bas, et, libre enfin des emb\u00fbches du d\u00e9mon, de suivre la voix du Christ qui l\u2019appelait au royaume c\u00e9leste.<\/p>\n<h3><strong>1\u00b0 Causes du fl\u00e9au<\/strong><\/h3>\n<p>Mais il en est qui s\u2019\u00e9tonnent de voir que les fid\u00e8les tombent aussi bien que les idol\u00e2tres sous les coups de la contagion.<\/p>\n<blockquote><p>On se fait donc chr\u00e9tien pour se mettre \u00e0 l\u2019abri des maux de cette vie, pour jouir de toutes les f\u00e9licit\u00e9s du si\u00e8cle, et non pour souffrir ici-bas toutes sortes d\u2019adversit\u00e9s, en vue de la joie future ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Il en est qui s\u2019\u00e9tonnent de voir que la mort nous frappe comme les autres. Mais, dans ce monde, tout nous est commun avec le reste des hommes puisque, selon les lois de la nature, nous avons la m\u00eame chair. Tant que nous restons sur cette terre, nous appartenons au genre humain par le corps, nous en sommes s\u00e9par\u00e9s par l\u2019esprit. Ainsi, en attendant que ce corps corruptible rev\u00eate l\u2019incorruptibilit\u00e9, que cette chair sujette \u00e0 la mort devienne immortelle et que l\u2019Esprit nous conduise \u00e0 Dieu le P\u00e8re, toutes les incommodit\u00e9s corporelles, quelles qu\u2019elles soient, nous sont communes avec les autres hommes. Lorsque la terre nous refuse ses fruits, la, faim n\u2019\u00e9pargne personne. Lorsqu\u2019une ville tombe entre les mains des ennemis, tous les citoyens deviennent captifs. Lorsque l\u2019implacable s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du Ciel emp\u00eache l\u2019action des pluies, la s\u00e9cheresse est la m\u00eame pour tous. Qu\u2019un navire se brise sur les \u00e9cueils, tous les passagers, sans exception, p\u00e9riront dans un naufrage commun. Il en est de m\u00eame de toutes les maladies: douleurs des yeux, acc\u00e8s de fi\u00e8vre, infirmit\u00e9s des membres ; elles nous sont communes avec le reste des hommes, parce que nous avons la m\u00eame chair.<\/p>\n<p><strong>Bien plus, si le chr\u00e9tien a une id\u00e9e exacte de sa mission sur la terre,<\/strong> il comprendra que ses \u00e9preuves doivent \u00eatre plus nombreuses que celles des autres hommes, parce que ses luttes avec le d\u00e9mon sont plus fr\u00e9quentes. C\u2019est l\u2019avertissement que nous donne l\u2019\u00c9criture : Mon fils, en vous consacrant au service de Dieu, pers\u00e9v\u00e9rez dans la justice et dans la crainte du Seigneur, et pr\u00e9parez votre \u00e2me \u00e0 la tentation. Et plus loin : Soyez ferme dans la douleur, patient dans l\u2019humiliation, car l\u2019or et l\u2019argent sont \u00e9prouv\u00e9s par le feu, et l\u2019homme dans le creuset de l\u2019humiliation (Eccl., II). Ainsi Job, apr\u00e8s la perte de ses biens et la mort de ses enfants, couvert lui-m\u00eame de plaies et de vers, ne fut pas vaincu mais purifi\u00e9 par l\u2019\u00e9preuve. Voyez comme l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de sa patience \u00e9clate au milieu de tant de combats et de douleurs : Je suis sorti nu du sein de ma m\u00e8re, nu je descendrai dans mon s\u00e9pulcre. Le Seigneur m\u2019a tout donn\u00e9, il m\u2019a tout \u00f4t\u00e9; il a agi selon sa sagesse que son nom soit b\u00e9ni (Job., I). Son \u00e9pouse lui disait de prof\u00e9rer, dans sa souffrance, des plaintes et des blasph\u00e8mes contre Dieu : Vous parlez comme une femme insens\u00e9e, lui r\u00e9pondit le patriarche. Si nous avons re\u00e7u des biens de la main du Seigneur, pourquoi n\u2019en recevrions-nous pas des maux? Ainsi, dans toutes ces choses, Job ne p\u00e9cha point en paroles contre Dieu. C\u2019est pourquoi le Seigneur lui rend t\u00e9moignage en ces termes : As-tu remarqu\u00e9 mon serviteur Job? Il n\u2019en est point de semblable sur la terre. C\u2019est un homme sans tache, un vrai serviteur de Dieu.<\/p>\n<p><strong>Tobie, apr\u00e8s tant de bonnes \u0153uvres, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre attir\u00e9 par sa mis\u00e9ricorde<\/strong> les \u00e9loges de tous ses concitoyens, devient aveugle ; il continue \u00e0 craindre et \u00e0 b\u00e9nir Dieu dans l\u2019adversit\u00e9, et la perte de ses forces ne sert qu\u2019\u00e0 le rendre plus saint. Son \u00e9pouse tente aussi de le pervertir : O\u00f9 sont, dit-elle, tes bonnes \u0153uvres? Vois ce que tu souffres (Tob., II.). Mais lui, ferme dans la crainte du Seigneur, trouvant dans sa foi assez de force pour faire face \u00e0 toutes les douleurs, r\u00e9sista aux sollicitations de son \u00e9pouse et m\u00e9rita par sa patience de jouir des b\u00e9n\u00e9dictions de Dieu. Aussi l\u2019ange Rapha\u00ebl le loue en ces termes : Il est honorable de r\u00e9v\u00e9ler et de publier les \u0153uvres de Dieu. Lorsque tu priais, ainsi que Sara, l\u2019\u00e9pouse de ton fils, j\u2019offrais \u00e0 Dieu votre pri\u00e8re. Lorsque tu ensevelissais les morts et que tu quittais ton repas \u00e0 la h\u00e2te pour leur rendre ce triste devoir, j\u2019\u00e9tais aupr\u00e8s de toi. Maintenant Dieu m\u2019envoie pour te gu\u00e9rir et pour d\u00e9livrer Sara, l\u2019\u00e9pouse de ton fils. Je suis Rapha\u00ebl, un des sept anges qui se tiennent et habitent devant la majest\u00e9 de Dieu (Tob., XII).<\/p>\n<h3><strong>2\u00b0 Avantages<\/strong><\/h3>\n<p>Cette patience dans l\u2019\u00e9preuve a toujours \u00e9t\u00e9 la vertu des justes. Les ap\u00f4tres, guid\u00e9s par la loi du Seigneur, ont eu pour r\u00e8gle de ne pas murmurer dans l\u2019adversit\u00e9, mais de supporter avec courage et patience tous les \u00e9v\u00e9nements de ce monde. Les Juifs, au contraire, offensaient Dieu par leurs fr\u00e9quents murmures, comme l\u2019atteste le livre des Nombres : Qu\u2019ils cessent de murmurer contre moi, dit le Seigneur, et ils ne mourront pas.<br \/>\nNe murmurons donc pas., mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s, mais supportons tout avec courage, car il est \u00e9crit: Le sacrifice agr\u00e9able \u00e0 Dieu est une \u00e2me bris\u00e9e par la tribulation. Dieu ne rejette pas un c\u0153ur contrit et humili\u00e9. Dans le Deut\u00e9ronome, Mo\u00efse, inspir\u00e9 par l\u2019Esprit-Saint, nous donne la m\u00eame le\u00e7on : Le Seigneur votre Dieu vous \u00e9prouvera en vous envoyant la famine, et votre conduite montrera si vous avez bien ou mal gard\u00e9 ses pr\u00e9ceptes. Il dit encore : Le Seigneur vous \u00e9prouve pour savoir si vous l\u2019aimez de tout votre c\u0153ur et de toute votre \u00e2me (Deut., XIII.). Abraham fut agr\u00e9able \u00e0 Dieu, parce qu\u2019il ne craignit pas, pour lui plaire, de sacrifier son fils. Vous qui ne pouvez accepter la perte d\u2019un fils, d\u00e9j\u00e0, condamn\u00e9 \u00e0 la mort par les lois de la nature, que feriez-vous si vous receviez l\u2019ordre de l\u2019immoler? La foi et la crainte de Dieu doivent vous pr\u00e9parer \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements. Qu\u2019il s\u2019agisse de la perte de votre fortune, de la maladie qui vient tourmenter votre corps, de la mort de votre \u00e9pouse et de vos enfants sur lesquels vous \u00eates r\u00e9duits \u00e0 pleurer, regardez tous ces accidents, non comme des occasions de chute, mais comme des combats. Loin d\u2019affaiblir ou de briser la foi du chr\u00e9tien, ils manifestent, au contraire, son courage dans la lutte : il m\u00e9prise les maux de cette vie, parce qu\u2019il compte sur les biens \u00e9ternels. Sans combat, pas de victoire ; mais, apr\u00e8s la victoire, la couronne devient la r\u00e9compense du vainqueur. Le pilote se fait conna\u00eetre dans la temp\u00eate, le soldat dans la bataille. Il serait ridicule de se vanter quand il n\u2019y a pas de p\u00e9ril ; c\u2019est la lutte contre l\u2019adversit\u00e9 qui fait ressortir les qualit\u00e9s s\u00e9rieuses et solides.<\/p>\n<p><strong>L\u2019arbre dont les racines p\u00e9n\u00e8trent profond\u00e9ment dans le sol<\/strong> r\u00e9siste au choc des temp\u00eates ; le navire solidement construit est battu par les flots, sans \u00eatre bris\u00e9 par eux. Quand on vanne le bl\u00e9 sur l\u2019aire, les grains forts et pesants r\u00e9sistent \u00e0 l\u2019action du vent, qui n\u2019emporte que la paille inutile. Aussi l\u2019ap\u00f4tre saint Paul, apr\u00e8s tous ses naufrages, apr\u00e8s ses flagellations, apr\u00e8s tous les tourments inflig\u00e9s \u00e0 son corps, ne voit dans ces adversit\u00e9s qu\u2019une \u00e9preuve d\u2019o\u00f9 sa vertu doit sortir plus pure et plus vraie. Pour r\u00e9primer mon orgueil, dit-il, je porte en moi une aiguillon charnelle, un ange de Satan qui me donne des soufflets. Trois fois j\u2019ai pri\u00e9 le Seigneur de m\u2019en d\u00e9livrer, et il m\u2019a r\u00e9pondu ma gr\u00e2ce te suffit, car la vertu se perfectionne dans l\u2019infirmit\u00e9 (II Corinth, XII). Ainsi, lorsque nous sommes en face de l\u2019infirmit\u00e9, de la maladie ou d\u2019un fl\u00e9au quelconque, notre vertu re\u00e7oit son perfectionnement, et notre foi, ferme dans l\u2019\u00e9preuve, m\u00e9rite la couronne. La fournaise, dit l\u2019Esprit-Saint, \u00e9prouve les vases du potier et la tribulation \u00e9prouve les hommes justes (Eccl., XXVII).<\/p>\n<h3><strong>3\u00b0 D\u00e9sir du Ciel<\/strong><\/h3>\n<p>Il y a une grande diff\u00e9rence entre nous et ceux qui ignorent le Dieu v\u00e9ritable. Ceux-ci, dans l\u2019adversit\u00e9, s\u2019abandonnent \u00e0 la plainte et au murmure ; pour nous, les malheurs d\u2019ici-bas, loin de nous d\u00e9tourner de la vertu et de la foi, ne font que nous fortifier davantage. Que le d\u00e9sordre qui s\u2019introduit dans nos entrailles \u00e9puise nos forces ; que ce feu myst\u00e9rieux qui s\u2019allume dans notre sein ulc\u00e8re notre gorge ; qu\u2019un vomissement continu d\u00e9chire notre poitrine ; que nos yeux s\u2019injectent de sang ; que la contagion rende n\u00e9cessaire pour quelques-uns l\u2019amputation des pieds ou de quelque autre membre ; qu\u2019une langueur mortelle, s\u2019emparant de nos corps \u00e9puis\u00e9s, affaiblisse notre marche, paralyse nos oreilles, obscurcisse nos yeux: ce sont autant de moyens par lesquels notre foi s\u2019\u00e9claire et se perfectionne. D\u00e9ployer toutes ses forces contre les atteintes mortelles du fl\u00e9au, n\u2019est-ce pas l\u2019effet d\u2019une grande \u00e2me ? Se tenir debout, au milieu des ruines du genre humain, alors que ceux qui n\u2019esp\u00e8rent pas en Dieu demeurent prostern\u00e9s, n\u2019est-ce pas le comble de la gloire ? Ah ! F\u00e9licitons-nous de nos disgr\u00e2ces, sachons en tirer parti, puisqu\u2019en manifestant notre foi, en souffrant pour le Christ, nous arrivons par la voie \u00e9troite \u00e0 la r\u00e9compense qu\u2019Il nous destine. Qu\u2019il craigne de mourir celui qui n\u2019est pas r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019eau et l\u2019esprit, et qui est d\u00e9vou\u00e9 d\u2019avance aux flammes de l\u2019enfer. Qu\u2019il craigne de mourir celui qui est \u00e9tranger \u00e0 la croix de J\u00e9sus-Christ. Qu\u2019il craigne de mourir celui qui, apr\u00e8s cette mort, aura en partage la mort \u00e9ternelle. Qu\u2019il craigne de mourir celui qui, en quittant cette vie, sera tourment\u00e9 par les flammes. Qu\u2019il craigne de mourir celui dont la derni\u00e8re heure n\u2019est diff\u00e9r\u00e9e que pour retarder ses tortures et ses g\u00e9missements. Il n\u2019en est pas de m\u00eame des chr\u00e9tiens : ils meurent sous les coups de la contagion, mais pour eux la mort c\u2019est la d\u00e9livrance. Les juifs, les idol\u00e2tres, les ennemis du Christ, ne voient qu\u2019un fl\u00e9au dans la mortalit\u00e9 qui nous afflige ; les serviteurs de Dieu la regardent comme l\u2019entr\u00e9e au port du salut. Les justes sont confondus par la mort avec les p\u00e9cheurs, sans aucune distinction, c\u2019est vrai ; mais ne croyez pas que leur destin\u00e9e soit la m\u00eame. Les justes sont appel\u00e9s aux joies du Ciel, les m\u00e9chants aux supplices \u00e9ternels ; la mort ne fait que h\u00e2ter la r\u00e9compense des uns et le ch\u00e2timent des autres.<\/p>\n<p><strong>Nous payons d\u2019ingratitude les bienfaits de Dieu<\/strong>, fr\u00e8res bien-aim\u00e9s, parce que nous n\u2019en connaissons pas le prix. Voil\u00e0 nos jeunes vierges qui quittent ce monde avec toute leur gloire, et qui n\u2019ont \u00e0 craindre ni les menaces ni la corruption de l\u2019Ant\u00e9christ qui va para\u00eetre. Voil\u00e0 nos jeunes gens qui \u00e9chappent aux p\u00e9rils des passions et qui, sans avoir combattu, re\u00e7oivent la couronne d\u2019innocence. Les femmes d\u00e9licates n\u2019ont plus \u00e0 redouter les tourments : une mort rapide les met \u00e0 l\u2019abri de la pers\u00e9cution et des mains du bourreau. La peur de la mort, que le fl\u00e9au tient suspendue sur nos t\u00eates, enflamme les ti\u00e8des, ranime les l\u00e2ches, ram\u00e8ne aux rigueurs de la r\u00e8gle ceux qui s\u2019en \u00e9taient \u00e9cart\u00e9s. Cette crainte salutaire rappelle dans nos rangs les d\u00e9serteurs, et force les pa\u00efens \u00e0 se p\u00e9n\u00e9trer des enseignements de la foi. Ainsi, tandis que les v\u00e9t\u00e9rans de l\u2019\u00c9glise sont appel\u00e9s au repos, je vois se former une nouvelle arm\u00e9e plus forte que la premi\u00e8re ; elle marche au combat sans craindre la mort et vient combler les vides que le fl\u00e9au a faits dans nos rangs.<\/p>\n<p><strong>Que vous dirai-je encore, mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s ?<\/strong> N\u2019\u00e9tait-il pas juste et n\u00e9cessaire que la contagion, qui para\u00eet si horrible et si lugubre, v\u00eent \u00e9prouver nos \u00e2mes et manifester notre foi ? Oui, il fallait voir si les hommes bien portants viendraient au secours des infirmes ; si les membres de la famille s\u2019aimaient v\u00e9ritablement entre eux ; si les ma\u00eetres auraient piti\u00e9 de leurs serviteurs languissants ; si les m\u00e9decins seraient sensibles aux supplications des malades ; si les orgueilleux mettraient un terme \u00e0 leurs violences ; si les avares, en face de la mort, sauraient r\u00e9primer leur cupidit\u00e9 insatiable ; si les superbes se r\u00e9signeraient \u00e0 courber la t\u00eate, les pervers \u00e0 temp\u00e9rer leur audace ; si les riches, voyant mourir leurs h\u00e9ritiers, se r\u00e9soudraient enfin \u00e0 faire des largesses aux pauvres. Quand le fl\u00e9au n\u2019aurait eu d\u2019autre effet que de nous montrer la mort en face, ce serait un grand avantage pour les chr\u00e9tiens. En affrontant la mort, nous apprenons \u00e0 d\u00e9sirer le martyre. Ce spectacle fun\u00e8bre est pour nous un exercice : notre \u00e2me y puise de nouvelles forces et, par le m\u00e9pris de la mort, elle se pr\u00e9pare \u00e0 recevoir la couronne.<\/p>\n<p><strong>Mais je pr\u00e9vois une objection.<\/strong> On me dira peut-\u00eatre ce qui m\u2019attriste dans les circonstances pr\u00e9sentes, c\u2019est que j\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 confesser le nom de J\u00e9sus-Christ ; je m\u2019\u00e9tais d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 la souffrance de tout mou c\u0153ur et de toutes mes forces ; me voil\u00e0 donc priv\u00e9 de la palme du martyre, si je suis surpris par la mort. Je r\u00e9pondrai d\u2019abord que le martyre d\u00e9pend, non de vous, mais de la gr\u00e2ce divine ; vous ignorez si vous \u00e9tiez digne de le recevoir, vous ne pouvez donc pas dire que vous l\u2019avez perdu. En second lieu, Dieu scrute les reins et les c\u0153urs ; il conna\u00eet vos pens\u00e9es les plus secr\u00e8tes, il vous voit, il vous loue ; il vous approuve. S\u2019il reconna\u00eet que vous \u00e9tiez pr\u00e9par\u00e9 au martyre, il r\u00e9compensera votre courage. Lorsqu\u2019il offrait \u00e0 Dieu ses pr\u00e9sents, Ca\u00efn n\u2019avait pas encore tu\u00e9 son fr\u00e8re, et pourtant Dieu, qui conna\u00eet l\u2019avenir, condamna un crime qui n\u2019existait que dans la pens\u00e9e du coupable. Si Dieu lit dans les myst\u00e8res de l\u2019avenir un projet criminel, pourquoi ne couronnerait-il pas dans ses serviteurs l\u2019amour du bien, la r\u00e9solution de lui rendre t\u00e9moignage et le d\u00e9sir du martyre ? L\u2019\u00e2me peut faiblir devant le martyre ; mais le martyre aussi peut trahir les d\u00e9sirs de l\u2019\u00e2me. Tel vous \u00eates au moment o\u00f9 Dieu vous appelle, tel vous serez jug\u00e9 par lui; il dit lui-m\u00eame : Toutes les \u00c9glises sauront que c\u2019est moi qui sonde les reins et les c\u0153urs (Apoc., II).<\/p>\n<p><strong>Dieu ne demande pas notre sang, mais notre foi.<\/strong> Abraham, Isaac et Jacob ne p\u00e9rirent pas par le glaive : cependant leur foi et leur saintet\u00e9 leur donnent la premi\u00e8re place parmi les patriarches, et c\u2019est aupr\u00e8s d\u2019eux que se r\u00e9unissent tous les fid\u00e8les qui ont trouv\u00e9 gr\u00e2ce devant Dieu. C\u2019est la volont\u00e9 divine et non la n\u00f4tre que nous devons accomplir, comme nous l\u2019enseigne la pri\u00e8re du Seigneur. Quelle folie ! Demander l\u2019accomplissement de la volont\u00e9 divine et ne pas ob\u00e9ir \u00e0 l\u2019ordre de Dieu, quand il nous rappelle de ce monde ! Nous r\u00e9sistons de toutes nos forces ; comme des serviteurs opini\u00e2tres, nous arrivons tristes et chagrins en la pr\u00e9sence du Ma\u00eetre ; c\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9 fatale et non la soumission de notre volont\u00e9 qui nous fait quitter ce monde. Nous allons \u00e0 Dieu malgr\u00e9 nous : et nous attendons de lui la r\u00e9compense c\u00e9leste ? Pourquoi demander l\u2019av\u00e8nement du royaume de Dieu, si la captivit\u00e9 de la terre a pour nous tant de charmes ? Pourquoi cette pri\u00e8re, si nous pr\u00e9f\u00e9rons \u00eatre ici-bas les esclaves du d\u00e9mon que de r\u00e9gner avec le Christ ?<\/p>\n<hr \/>\n<div id=\"attachment_999\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/nbn-resolving.org\/urn:nbn:de:bvb:22-dtl-0000087130\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-999\" class=\"size-full wp-image-999\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"560\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.940px-300x179.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.940px-768x458.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-999\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<hr \/>\n<p><strong>Dieu a daign\u00e9 nous manifester les secrets de sa Providence<\/strong> ; il nous a montr\u00e9 qu\u2019il s\u2019occupe du salut des siens. Un de nos pr\u00eatres, affaibli par la maladie, touchait \u00e0 sa derni\u00e8re heure. D\u00e9j\u00e0 il priait Dieu de le retirer de ce monde, lorsqu\u2019il vit appara\u00eetre un jeune homme rayonnant de gloire et de majest\u00e9. Sa taille \u00e9tait \u00e9lev\u00e9e, son visage radieux. L\u2019\u0153il humain ne peut supporter tant d\u2019\u00e9clat, \u00e0 moins que, sur le point de quitter cette vie, il n\u2019acqui\u00e8re une force nouvelle. Le jeune homme fr\u00e9mit et s\u2019\u00e9cria avec indignation : \u00ab Vous craignez de souffrir ! vous ne voulez pas quitter cette terre ! Comment dois-je vous traiter ? \u00bb Ces paroles renferment \u00e0 la fois un reproche et un avis. Elles s\u2019adressent et \u00e0 ceux qui craignent la pers\u00e9cution et \u00e0 ceux qui h\u00e9sitent sur le seuil du tombeau, pour r\u00e9primer en eux les d\u00e9sirs de la terre et pour fixer leur pens\u00e9e sur l\u2019avenir. Le pr\u00eatre expirant entendit ces paroles que le messager c\u00e9leste adressait au peuple chr\u00e9tien. Elles n\u2019\u00e9taient pas pour lui, mais pour nous : il ne les entendit que pour les redire. Qu\u2019avait-il \u00e0 apprendre, lui qui allait quitter cette vie ? Mais c\u2019est nous qui devons profiter de la le\u00e7on. En voyant r\u00e9primand\u00e9 de la sorte un pr\u00eatre du Seigneur, qui soupirait apr\u00e8s la mort, apprenons \u00e0 conna\u00eetre nos v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p><strong>Et moi aussi, le plus petit et le dernier d\u2019entre vous<\/strong>, j\u2019ai souvent re\u00e7u des r\u00e9v\u00e9lations semblables ; souvent la gr\u00e2ce divine est venue m\u2019\u00e9clairer ; aussi je ne cesse de dire et d\u2019enseigner publiquement que nous ne devons pas pleurer nos fr\u00e8res lorsque, \u00e0 la voix du Seigneur, ils sortent de ce monde. Ils ne sont pas perdus pour nous, mais ils nous devancent ; ils ne s\u2019\u00e9loignent pas, ils vont nous attendre l\u00e0-haut apr\u00e8s avoir accompli avec nous leur p\u00e8lerinage. Nous devons les regretter, mais non les pleurer. \u00c0 quoi bon des habits de deuil, quand ils ont rev\u00eatu dans le Ciel la robe blanche? Ne pr\u00eatons pas le flanc aux censures des pa\u00efens : c\u2019est avec raison qu\u2019ils nous reprocheraient de pleurer comme \u00e0 jamais perdues des \u00e2mes que nous disons vivantes aupr\u00e8s de Dieu ; c\u2019est avec raison qu\u2019ils se plaindraient de ne pas trouver dans nos actions la foi que nous exprimons par nos paroles. Agir de la sorte, ce serait mentir \u00e0 notre esp\u00e9rance et \u00e0 notre foi ; notre langage serait celui d\u2019un com\u00e9dien. Qu\u2019importe que la vertu brille dans nos paroles, si nos actes la d\u00e9mentent ? L\u2019ap\u00f4tre saint Paul condamne ceux qui, \u00e0 la mort de leurs proches, se livrent \u00e0 une tristesse excessive : Nous ne voulons pas, mes fr\u00e8res, que vous soyez dans l\u2019ignorance sur ceux qui dorment du sommeil de la mort, afin que vous ne soyez pas contrist\u00e9s, comme ceux qui n\u2019ont pas d\u2019esp\u00e9rance. Si nous croyons que J\u00e9sus est mort et ressuscit\u00e9, nous croyons aussi que Dieu ressuscitera avec J\u00e9sus ceux qui sont morts en lui (I Thess., IV).<\/p>\n<p><strong>D\u2019apr\u00e8s l\u2019ap\u00f4tre, ce sont les hommes sans esp\u00e9rance qui sont contrist\u00e9s par la perte de leurs proches.<\/strong> Mais nous qui vivons d\u2019esp\u00e9rance, qui croyons en Dieu, qui savons que J\u00e9sus-Christ est mort et ressuscit\u00e9 pour nous, nous qui demeurons dans le Christ et qui ressusciterons par lui et en lui, pourquoi ne voulons-nous pas quitter cette vie, ou bien pourquoi pleurons-nous ceux qui partent, comme s\u2019ils disparaissaient pour toujours ? Et pourtant J\u00e9sus nous dit : Je suis la r\u00e9surrection et la vie, celui qui croit en moi, quoique mort, vivra ; et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra pas \u00e9ternellement (Joan., XI) Si nous croyons au Christ, ayons foi \u00e0 ses promesses, et s\u00fbrs d\u2019\u00e9viter la mort, attachons-nous \u00e0 lui, puisque c\u2019est avec lui que devons vivre et r\u00e9gner toujours. Mourir c\u2019est passer \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 ; on ne peut arriver \u00e0 la vie \u00e9ternelle, si on ne quitte cette terre. La mort n\u2019est donc pas un exil, c\u2019est un passage qui nous m\u00e8ne du temps \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Qui ne se h\u00e2terait vers un avenir meilleur ?<\/strong> qui ne voudrait devenir semblable au Christ et arriver \u00e0 la dignit\u00e9 de la gr\u00e2ce c\u00e9leste ? L\u2019ap\u00f4tre saint Paul nous dit : Notre conversation est dans le Ciel. C\u2019est de l\u00e0 que nous attendons J\u00e9sus-Christ, notre ma\u00eetre, qui transformera ce corps terrestre en le rendant semblable \u00e0 son corps glorieux (Philip., III.,). Tels nous seront nous-m\u00eames, d\u2019apr\u00e8s la promesse du Christ. Il veut que nous soyons heureux avec lui dans les demeures \u00e9ternelles. Mon P\u00e8re, dit-il, je veux que ceux que vous m\u2019avez donn\u00e9s soient avec moi, et qu\u2019ils voient l\u2019\u00e9clat dont vous m\u2019avez environn\u00e9 avant l\u2019origine du monde (Joan., XVII). Et nous pleurerions, nous g\u00e9mirions, quand nous marchons vers la demeure du Christ et le royaume c\u00e9leste ! Ah ! plut\u00f4t, confiants dans la promesse du Seigneur qui est toute v\u00e9rit\u00e9, r\u00e9jouissons-nous de notre d\u00e9part et de notre translation. H\u00e9noch, dit la Gen\u00e8se, pl\u00fbt \u00e0 Dieu, et il ne parut plus sur la terre, parce que Dieu le transf\u00e9ra dans un s\u00e9jour meilleur (Gen., V.). Ainsi Dieu r\u00e9compensa le patriarche, en le d\u00e9livrant de la corruption d\u2019ici-bas. L\u2019Esprit-Saint nous apprend encore, par la bouche de Salomon, que ceux qui sont agr\u00e9ables \u00e0 Dieu quittent ce monde plus t\u00f4t que les autres, de peur qu\u2019en y prolongeant leur s\u00e9jour, ils n\u2019en contractent la souillure. Il a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9, dit le Livre de la Sagesse, de peur que le mal ne corromp\u00eet son intelligence. Son \u00e2me \u00e9tait agr\u00e9able \u00e0 Dieu, et c\u2019est pour cela qu\u2019il s\u2019est empress\u00e9 de l\u2019enlever du milieu de l\u2019iniquit\u00e9 (Sap., IV.). Les Psaumes nous repr\u00e9sentent \u00e9galement l\u2019\u00e2me d\u00e9vote s\u2019\u00e9lan\u00e7ant vers Dieu avec les ailes de la foi : Que votre demeure est agr\u00e9able, \u00d4 Dieu des vertus, je soupire apr\u00e8s vous, je me h\u00e2te vers vos sacr\u00e9s parvis (Psal., 83.).<\/p>\n<p><strong>Je comprends qu\u2019il veuille rester longtemps dans le monde; celui qui est aim\u00e9 du monde<\/strong>, celui qui se laisse prendre aux amorces de la volupt\u00e9. Mais le monde hait le chr\u00e9tien : pourquoi donc aimez-vous votre ennemi ? Pourquoi ne suivez-vous pas plut\u00f4t le Christ qui vous a rachet\u00e9 et qui vous aime ? Saint Jean, dans son \u00e9p\u00eetre, nous exhorte \u00e0 ne pas suivre les d\u00e9sirs de la chair : N\u2019aimez pas le monde, dit-il, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu\u2019un aime le monde, la charit\u00e9 du P\u00e8re n\u2019est plus en lui ; car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et ambition du si\u00e8cle. Tout cela ne vient pas du P\u00e8re, mais du monde. Or, le monde passera avec sa concupiscence. Mais celui qui fait la volont\u00e9 de Dieu, vivra \u00e9ternellement comme Dieu lui-m\u00eame (I Joan., II.).<\/p>\n<p><strong>Donc, mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s, ranimons notre foi<\/strong>, fortifions notre \u00e2me, pr\u00e9parons-nous \u00e0 accomplir la volont\u00e9 divine et, bannissant toute crainte de la mort, songeons \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 qui doit la suivre. Que notre conduite s&rsquo;accorde avec notre croyance: ne pleurons plus la perte de ceux qui nous sont chers et, quand l&rsquo;heure du d\u00e9part sonnera pour nous, allons, sans h\u00e9sitation et sans retard aupr\u00e8s du Dieu qui nous appelle. Telle doit \u00eatre dans tous les temps la conduite des serviteurs de Dieu, mais surtout \u00e0 notre \u00e9poque. Nous voyons, en effet, crouler le monde sous les fl\u00e9aux qui l&rsquo;envahissent de toutes parts. Le pr\u00e9sent est bien triste ; l&rsquo;avenir sera plus triste encore; c\u2019est donc un avantage pour nous de quitter promptement cette vie. Si vous voyiez les murailles de votre maison chanceler, le toit s&rsquo;effondrer, l&rsquo;\u00e9difice tout entier (car les \u00e9difices p\u00e9rissent aussi de vieillesse), vous menacer d&rsquo;une ruine prochaine, ne vous h\u00e2teriez-vous pas de fuir ? Si vous \u00e9tiez assailli en mer par une violente temp\u00eate, si les flots soulev\u00e9s vous mena\u00e7aient d&rsquo;un naufrage prochain, ne vous h\u00e2teriez-vous pas de gagner le port ? Mais, regardez donc, le monde chancelle, il tombe; ce n&rsquo;est plus la vieillesse, c&rsquo;est la fin des choses : tout annonce une chute imminente ; et, lorsque Dieu, par un appel pr\u00e9matur\u00e9, vous arrache \u00e0 tant de ruines, de naufrages, de fl\u00e9aux de tout genre, vous ne l&rsquo;en remerciez pas, vous ne vous en f\u00e9licitez pas !<\/p>\n<p><strong>Consid\u00e9rons, mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s, que nous avons renonc\u00e9 au monde<\/strong>, et que nous sommes sur la terre comme des \u00e9trangers et des voyageurs. Saluons le jour qui assigne \u00e0 chacun son domicile v\u00e9ritable, le jour qui nous d\u00e9livre des liens de cette vie pour nous rendre au Paradis et au royaume c\u00e9leste. Qui donc, vivant sur la terre \u00e9trang\u00e8re, ne se h\u00e2terait de revenir vers sa patrie ? Quel homme, traversant les mers pour rejoindre sa famille, ne d\u00e9sirerait un vent favorable pour embrasser plus t\u00f4t ces \u00eatres si chers ? Notre patrie c&rsquo;est le Ciel : l\u00e0 se trouvent nos anc\u00eatres, c&rsquo;est-\u00e0-dire, les patriarches ; pourquoi ne pas nous h\u00e2ter de jouir de leur vue ? L\u00e0 nous attendent ceux qui nous sont chers : nos p\u00e8res, nos fr\u00e8res, nos fils, l&rsquo;assembl\u00e9e enti\u00e8re des bienheureux, assur\u00e9e de son immortalit\u00e9, mais inqui\u00e8te de notre salut. Quel bonheur pour eux et pour nous de se rencontrer, de se r\u00e9unir de nouveau ! Quelle volupt\u00e9 d\u2019habiter le royaume c\u00e9leste sans craindre de mourir et avec la certitude de vivre \u00e9ternellement ! Peut-il exister une f\u00e9licit\u00e9 plus compl\u00e8te ? L\u00e0, se trouve l\u2019assembl\u00e9e glorieuse des ap\u00f4tres, le ch\u0153ur des proph\u00e8tes, le peuple innombrable des martyrs victorieux dans les combats et dans la souffrance. L\u00e0 sont les vierges triomphantes qui ont soumis aux lois de la chastet\u00e9 la concupiscence de la chair. L\u00e0 sont les mis\u00e9ricordieux qui ont distribu\u00e9 aux pauvres d\u2019abondantes aum\u00f4nes et qui, selon le pr\u00e9cepte du Seigneur, ont transport\u00e9 leur patrimoine terrestre dans les tr\u00e9sors du Ciel. H\u00e2tons-nous, mes fr\u00e8res, de nous joindre \u00e0 cette auguste assembl\u00e9e ; souhaitons d\u2019\u00eatre bient\u00f4t avec eux en pr\u00e9sence du Christ. Que cette pens\u00e9e soit connue de Dieu ; que le Christ, notre ma\u00eetre, la trouve grav\u00e9e dans nos c\u0153urs. Plus nos d\u00e9sirs seront ardents, et plus la r\u00e9compense qu\u2019il nous destine sera abondante.<span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:561,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/nbn-resolving.org\\\/urn:nbn:de:bvb:22-dtl-0000087130&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/digital.bib-bvb.de:80\\\/view\\\/bvb_mets\\\/viewer.0.6.5.jsp?folder_id=0\\u0026dvs=1774639840549~187\\u0026pid=13423867\\u0026locale=en\\u0026usePid1=true\\u0026usePid2=true&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par saint CYPRIEN, \u00e9v\u00eaque de Carthage Histoire et \u0153uvres compl\u00e8tes de saint Cyprien, \u00e9v\u00eaque de Carthage, traduction fran\u00e7aise par&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1003,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[95,2],"tags":[146,125,170],"class_list":["post-954","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","category-orthodoxie","tag-affliction","tag-peres-de-leglise","tag-saint-cyprien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/954","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=954"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/954\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1026,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/954\/revisions\/1026"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1003"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=954"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=954"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=954"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}