{"id":941,"date":"2020-04-24T18:15:56","date_gmt":"2020-04-24T16:15:56","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=941"},"modified":"2020-04-25T17:21:18","modified_gmt":"2020-04-25T15:21:18","slug":"amour_des_pauvres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/04\/24\/amour_des_pauvres\/","title":{"rendered":"De l\u2019amour des pauvres"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\">Sermons de Saint Gr\u00e9goire de Nazianze, surnomm\u00e9e le Th\u00e9ologien<\/h2>\n<h4 style=\"text-align: center;\">traduits du grec, avec des notes, Tome I,p.346-385, chez Andr\u00e9 Pralard, Paris, 1693<\/h4>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Sermon XVI \/ De l\u2019amour des pauvres<\/h3>\n<hr \/>\n<p style=\"padding-left: 80px;\"><em>Le discours seizi\u00e8me de Saint Gr\u00e9goire de Nazianze est la c\u00e9l\u00e8bre oraison de l\u2019amour des pauvres et de la pauvret\u00e9. Il le composa particuli\u00e8rement en faveur des pauvres de l\u2019H\u00f4pital que Saint Basile avait fait b\u00e2tir \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e et le r\u00e9cita dans quelque F\u00eate solennelle vers l\u2019an 393.<!--more-->Il montre dans ce Discours, que l\u2019amour des pauvres et de la pauvret\u00e9 est la vertu la plus excellent : il d\u00e9peint ensuite d\u2019une mani\u00e8re fort touchante l\u2019\u00e9tat malheureux des pauvres et des malades : il propose avec beaucoup d\u2019\u00e9loquence les motifs les plus pressants pour toucher le c\u0153ur des riches et pour les porter \u00e0 assister les pauvres et les malades ; il explique avec beaucoup de nettet\u00e9 et de force les raisons les plus convaincantes pour les persuader qu\u2019ils y sont oblig\u00e9s. Il finit en disant que l\u2019aum\u00f4ne n\u2019est pas seulement de d\u00e9votion, mais de n\u00e9cessit\u00e9 ; qu\u2019elle n\u2019est pas seulement de conseil, mais aussi de pr\u00e9cepte. <\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\">Nouvelle Biblioth\u00e8que des auteurs eccl\u00e9siastiques contenant l\u2019histoire de leur vie, le catalogue, la critique, et la chronologie de leurs ouvrages, par Me. L. Ellies du Pin, tome premier, p. 209, Autrecht, 1731<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_987\" style=\"width: 660px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-987\" class=\"size-full wp-image-987\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/001.008.b.650px.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"462\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/001.008.b.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/001.008.b.650px-300x213.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><p id=\"caption-attachment-987\" class=\"wp-caption-text\">Mont Athos, le monast\u00e8re Chilandar. L\u2019entr\u00e9e de la M\u00e8re de Dieu<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>1. <\/strong><strong>Mes fr\u00e8res et les compagnons de ma pauvret\u00e9<\/strong>, puisqu\u2019il est vrai que nous sommes tous pauvres et que nous avons tous besoin de la gr\u00e2ce divine, quelque pr\u00e9\u00e9minence que nous croyions avoir les uns sur les autres et quoique nous soyons distingu\u00e9s par quelques petits avantages, \u00e9coutez le discours que je vais vous faire sur l\u2019amour des pauvres, \u00e9coutez-le avec joie, sans t\u00e9moigner de l\u2019indiff\u00e9rence, ou du d\u00e9go\u00fbt, si vous voulez acqu\u00e9rir des richesses immortelles. Secondez-moi par vos pri\u00e8res, afin que je puisse donner \u00e0 ce discours toute son \u00e9tendu, pour en nourrir comme d\u2019un pain spirituel vos \u00e2mes affam\u00e9es ; soit que je fasse tomber du Ciel cette nourriture Ang\u00e9lique, comme Moise fit pleuvoir autrefois la manne en abondance ; soit que je distribue quelques petits pains, comme fit J\u00e9sus-Christ dans le d\u00e9sert, qui nourrit plusieurs milliers de personnes, lui qui est le pain c\u00e9leste et l\u2019auteur de la v\u00e9ritable vie.<br \/>\nIl est assez difficile de d\u00e9cider entre les vertus \u00e0 qui donner la pr\u00e9f\u00e9rence ; de m\u00eame qu\u2019on a bien de la peine \u00e0 trouver dans un pr\u00e9 rempli de fleurs agr\u00e9ables et odorif\u00e9rantes, celle qui surpasse toutes les autres par sa beaut\u00e9 et par la bonne odeur qu\u2019elle exhale, parce que la vue et l\u2019odorat sont distraits par tant d\u2019objets diff\u00e9rents qui ont tous quelque agr\u00e9ment particulier. Voici \u00e0 ce que je crois l\u2019ordre qu\u2019il faut garder, pour faire la distinction des vertus.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>2. Les principales sont la foi, l\u2019esp\u00e9rance et la charit\u00e9<\/strong> ; Abraham fut justifi\u00e9 par la foi ; Enos est le model\u00e9 de l\u2019esp\u00e9rance, c\u2019est le premier qui a esp\u00e9r\u00e9 en Dieu et qui a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019invoquer ; les gens de bien que l\u2019esp\u00e9rance soutient dans leurs peines rendent aussi t\u00e9moignage \u00e0 cette vertu. Le divin Ap\u00f4tre est le mod\u00e8le de la charit\u00e9, puisqu\u2019il a bien voulu se d\u00e9vouer pour ses fr\u00e8res : l\u2019\u00c9criture dit que Dieu est charit\u00e9.<br \/>\nL\u2019hospitalit\u00e9 est une vertu excellente : Lot a poss\u00e9d\u00e9 cette vertu dans un degr\u00e9 \u00e9minent, quoiqu\u2019il habit\u00e2t \u00e0 Sodome ; mais il n\u2019avait point contract\u00e9 les vices du pays ; la courtisane Raab a m\u00e9rit\u00e9 des louanges par son Hospitalit\u00e9 ; cette vertu a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 le principe de son salut. J\u00e9sus-Christ a port\u00e9 \u00e0 un haut point l\u2019amour fraternel ; non seulement il a bien voulu \u00eatre appel\u00e9 notre fr\u00e8re, il s\u2019est m\u00eame expos\u00e9 au dernier supplice pour nous sauver : il a assez justifi\u00e9 combien il aimait les hommes, puisqu\u2019il s\u2019est fait homme lui-m\u00eame et qu\u2019il leur a donn\u00e9 la raison pour leur servir de guide dans le chemin de la vertu. Sa patience n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 moins h\u00e9ro\u00efque ; il a refus\u00e9 le secours d\u2019une infinit\u00e9 de l\u00e9gions d\u2019Anges, qui s\u2019offraient \u00e0 le d\u00e9fendre contre ceux qui l\u2019outrageaient : il reprit aigrement S. Pierre pour avoir tir\u00e9 l\u2019\u00e9p\u00e9e et gu\u00e9rir celui \u00e0 qui il avait coup\u00e9 l\u2019oreille. S. Etienne disciple de J\u00e9sus-Christ fit \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose, lorsqu\u2019il pria pour ceux qui le lapidaient. La douceur est une belle chose, Moise et David en sont t\u00e9moins ; l\u2019\u00c9criture leur attribue cette gloire pr\u00e9f\u00e9rablement \u00e0 tous les autres. Leur ma\u00eetre ne disputait point, on ne l\u2019entendit jamais crier dans les places publiques, il suivait ceux qui le conduisaient.<\/p>\n<p><strong>3. Le z\u00e8le est louable<\/strong> ; on le conna\u00eet par l\u2019exemple de Phin\u00e9es, qui poignarda une Madianite avec un Israelite, pour effacer la honte des enfants d\u2019Isra\u00ebl ; il a tir\u00e9 son surnom de sa vertu : ceux qui ont imit\u00e9 son z\u00e8le se sont rendus recommandables comme lui : j\u2019ai \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 de z\u00e8le pour les int\u00e9r\u00eats du Tout-puissant ; je br\u00fble pour vous d\u2019un z\u00e8le divin ; le z\u00e8le de la maison de Dieu me d\u00e9vore ; ils ne se contentaient pas de le dire, ils avaient effectivement ces sentiments.<br \/>\nSaint Paul vous apprendra combien il faut estimer la mortification \u00e0 son exemple : quelles menaces ne fait-il point \u00e0 ceux qui le flattent et qui ont trop d\u2019indulgence pour leur corps ? J\u00e9sus-Christ a je\u00fbn\u00e9 pour r\u00e9sister \u00e0 la tentation et pour dompter le tentateur : il a veill\u00e9 et pri\u00e9 avant sa Passion, pour vous apprendre \u00e0 veiller et \u00e0 prier. La chastet\u00e9 est d\u2019un grand m\u00e9rite, croyez-en S. Paul qui a fait sur cela de belles lois et qui d\u00e9m\u00eale si bien les pr\u00e9rogatives de la virginit\u00e9 d\u2019avec celles du mariage ; croyez en J\u00e9sus-Christ, qui a voulu na\u00eetre d\u2019une vierge, pour honorer la g\u00e9n\u00e9ration, en donnant cependant la pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la virginit\u00e9. L\u2019autorit\u00e9 seule de David suffit pour vous convaincre du m\u00e9rite de la sobri\u00e9t\u00e9 ; il refusa de boire l\u2019eau qu\u2019on lui offrit de la citerne de Bethl\u00e9em ; il r\u00e9pandit cette eau pour en faire un sacrifice ; il aime mieux souffrir la soif que de se d\u00e9salt\u00e9rer en exposant la vie de ses soldats.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>4. Je connais par la retraite d\u2019Elie<\/strong> qui vivait sur le Carmel et de Jean Baptiste qui se refugia dans le d\u00e9sert, de quel usage est la solitude et la tranquillit\u00e9. J\u00e9sus-Christ se retira sur une montagne pour \u00eatre plus en repos. Elie qui se cacha chez une veuve, Jean Baptiste et Pierre qui ne mangeaient que des l\u00e9gumes m\u2019apprennent \u00e0 vivre sobrement. Je n\u2019aurais pas de peine \u00e0 vous citer plusieurs exemples d\u2019humilit\u00e9 ; le plus touchant est celui de J\u00e9sus-Christ, qui a pris la forme d\u2019un esclave, qui a souffert toutes sortes d\u2019outrages, qui a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 comme un sc\u00e9l\u00e9rat, qui s\u2019est abaiss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 laver les pieds de ses Ap\u00f4tres et qui s\u2019est charg\u00e9 de tous les p\u00e9ch\u00e9s du monde. Le m\u00e9pris des richesses est recommand\u00e9 par le t\u00e9moignage de Zach\u00e9e, qui offrit tout son bien au Fils de Dieu, lorsqu\u2019il entra dans sa maison, mais J\u00e9sus-Christ lui apprit que la vie parfaite consistait dans la pauvret\u00e9.<br \/>\nEnfin, la contemplation et l\u2019action sont d\u2019un grand m\u00e9rite ; l\u2019une nous \u00e9l\u00e8ve de la terre et porte notre esprit au Ciel, qui est le lieu de son origine ; l\u2019action nous aide \u00e0 recevoir J\u00e9sus-Christ et \u00e0 lui t\u00e9moigner notre amour par nos bonnes-\u0153uvres.<\/p>\n<p><strong>5. Toutes ces vertus nous ouvrent le chemin de la b\u00e9atitude<\/strong> ; comme il y a plusieurs \u00e9tats de vie, il y a aussi des demeures diff\u00e9rentes dans la maison de Dieu qui r\u00e9compense les serviteurs selon leur m\u00e9rite. Il faut que l\u2019un acqui\u00e8re une vertu, l\u2019autre une autre, ou plusieurs, ou toutes s\u2019il est possible. Qu\u2019il s\u2019\u00e9tudie \u00e0 avancer toujours, sans s\u2019\u00e9carter des voies de celui qui nous montre la route et qui nous conduit au Ciel par le chemin \u00e9troit. S\u2019il faut avouer apr\u00e8s que J\u00e9sus-Christ et S. Paul nous en ont assur\u00e9, que la charit\u00e9 est la premi\u00e8re de toutes les vertus, je crois qu\u2019un de ses principaux effets est la tendresse et l\u2019amour qu\u2019on a pour les pauvres et la compassion qu\u2019on t\u00e9moigne envers ceux qui souffrent et que l\u2019on regarde comme ses fr\u00e8res. Il n\u2019y a aucune sorte de culte qui soit plus agr\u00e9able \u00e0 Dieu, car rien ne lui convient mieux que la mis\u00e9ricorde, puisque la mis\u00e9ricorde et la v\u00e9rit\u00e9 l\u2019accompagnent toujours et qu\u2019elles pr\u00e9c\u00e8dent ses jugements : il rend amour pour amour, il a de l\u2019indulgence pour ceux qui en ont ; il mesure et il p\u00e8se la mis\u00e9ricorde et i r\u00e9compense avec une \u00e9galit\u00e9 parfaite<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>6. Le pr\u00e9cepte qui nous ordonne de nous r\u00e9jouir<\/strong> avec ceux qui sont dans la joie, de pleurer avec ceux qui pleurent, nous ordonne en m\u00eame temps de secourir les pauvres et de soulager les malheureux, de quelque nature que soient leurs maux et leurs ennuis, d\u2019autant que nous sommes hommes comme eux ; soit qu\u2019ils aient besoin de notre secours pour adoucir les ennuis du veuvage, ou de la mort de leurs parent, de l\u2019exil, de la cruaut\u00e9 de leurs ma\u00eetres, de la duret\u00e9 des Magistrats, des Financiers qui pr\u00e9sident aux imp\u00f4ts ; soit qu\u2019ils soient expos\u00e9s \u00e0 l\u2019inhumanit\u00e9 et \u00e0 l\u2019invariable avidit\u00e9 des voleurs ; soit que leurs bien aient \u00e9t\u00e9 proscrits, ou qu\u2019ils aient fait naufrage ; tous ces \u00e9tats les rendent malheureux et ils ont recours \u00e0 nous, comme nous avons recours \u00e0 Dieu, quand nous manquons de quelque chose ; ceux qui tombent inopin\u00e9ment dans le malheur sont encore plus \u00e0 plaindre que les autres qui sont comme endurcis au mal, par l\u2019habitude qu\u2019ils ont de souffrir. Nous devons avoir particuli\u00e8rement compassion des l\u00e9preux, qu\u2019une maladie honteuse ronge jusqu\u2019aux os et aux moelles selon la menace de l\u2019\u00c9criture.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Je ne comprends pas le myst\u00e8re de l\u2019union de l\u2019\u00e2me et du corps, ni comment je roule dans la fange \u00e9tant l\u2019image de Dieu ; si le corps se porte bien il me fait la guerre, s\u2019il est malade je languis : je l\u2019aime comme mon compagnon, je le hais comme mon ennemi ; je le fuis comme une prison, je le respecte comme mon coh\u00e9ritier. Si je l\u2019affaiblis avec exc\u00e8s, je me rends incapable de rien entreprendre de grand, quoique je sache parfaitement pour quelle fin j\u2019ai \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire, pour m\u2019\u00e9lever \u00e0 Dieu par mes actions.<\/p>\n<p><strong>7. Si je flatte mon corps et si je le traite trop doucement<\/strong> i se r\u00e9voltera et je ne pourrai plus le r\u00e9duire ; je ferai attach\u00e9 \u00e0 la terre par des liens, qu\u2019il me sera impossible de rompre et qui m\u2019\u00e9loigneront de Dieu. C\u2019est un ennemi agr\u00e9able et un ami tra\u00eetre et perfide. Quelle union, quelle division ! On la craint et on l\u2019aime ; on se r\u00e9concilie avant que la guerre soit commenc\u00e9e ; on rompt la tr\u00eave avant que la paix soit faite.<br \/>\nPar quelle sagesse, par quel secret motif, l\u2019homme a-t-il \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 de la sorte ? Dieu n\u2019a-t-il point voulu abaisser notre orgueil et nous emp\u00eacher de m\u00e9priser notre Cr\u00e9ateur, par la complaisance que nous pourrions avoir pour la noblesse de notre \u00e2me, qui est comme un \u00e9coulement de la Divinit\u00e9 ? Mais les combats que notre corps nous livre, nous tiennent dans une \u00e9ternelle d\u00e9pendance ; la faiblesse qui nous est naturelle, nous humilie et r\u00e9prime les mouvements de notre vanit\u00e9, en nous faisant comprendre que notre bassesse balance notre noblesse ; que notre origine est terrestre et c\u00e9leste tout ensemble, que nous nous sommes sujets \u00e0 la mort et immortels, condamnez aux t\u00e9n\u00e8bres, ou les h\u00e9ritiers de la lumi\u00e8re, selon le penchant que nous aurons eu pour le corps, ou pour l\u2019\u00e2me. Autant que je le puis comprendre nous sommes compos\u00e9s d\u2019esprit et de corps, afin que si la noblesse de notre \u00e2me nous inspire de la vanit\u00e9, la cendre dont notre corps a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 nous inspire d\u2019autres sentiments. Ceux qui voudront approfondir davantage cette mati\u00e8re le peuvent faire ; peut-\u00eatre en parlerons-nous plus amplement dans un temps plus commode.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>8. Ce que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 vous dire<\/strong>, mes fr\u00e8res, c\u2019est que nous devons rem\u00e9dier \u00e0 nos maux et \u00e0 notre faiblesse personnelle, par la compassion que nous aurons pour les malheurs de nos fr\u00e8res et par l\u2019empressement que nous apporterons \u00e0 les soulager ; car quoique je me sois laiss\u00e9 emporter jusqu\u2019\u00e0 dire que notre corps \u00e9tait notre plus dangereux ennemi, cependant je le ch\u00e9ris en consid\u00e9ration de celui qui l\u2019a uni \u00e0 notre \u00e2me. Nous devons avoir le m\u00eame soin du corps de nos fr\u00e8res que du notre, soit qu\u2019il soit malade ou en bonne sant\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Nous ne sommes tous qu\u2019un dans le Seigneur ; le riche, le pauvre, le libre, l\u2019esclave, le sain, le malade ; nous avons tous pour chef J\u00e9sus-Christ, qui est le principe de toutes choses : nous devons nous aider les uns les autres comme les membres d\u2019un m\u00eame corps. Il faut bien prendre garde de n\u00e9gliger et d\u2019abandonner ceux qui sont tomb\u00e9s les premiers dans une infirmit\u00e9 qui est commune \u00e0 tous les autres ; nous devons avoir autant de chagrin des infirmit\u00e9s et des afflictions de nos fr\u00e8res, que nous avons de joie de notre bonne sant\u00e9, persuad\u00e9s que notre salut d\u00e9pend de la tendresse et de la charit\u00e9 que nous leur t\u00e9moignerons.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>9. Les uns sont malheureux<\/strong> seulement \u00e0 cause de leur pauvret\u00e9, le temps, l\u2019industrie, les amis, les parents, la vicissitude des choses y peuvent rem\u00e9dier : cependant c\u2019est un \u00e9tat bien douloureux et bien triste, parce qu\u2019ils sont dans l\u2019impossibilit\u00e9 de se soulager eux-m\u00eames et de pourvoir \u00e0 leurs besoins corporels ; leur crainte l\u2019emporte toujours sur leur esp\u00e9rance, qui ne les console que m\u00e9diocrement ; c\u2019est cependant ce qu\u2019il y a de plus capable de consoler les afflig\u00e9s. La maladie est un second fl\u00e9au qui redouble les chagrins de la pauvret\u00e9 : c\u2019est un surcro\u00eet de malheurs bien affligeants et ce qui se pr\u00e9sente d\u2019abord \u00e0 l\u2019esprit dans les impr\u00e9cations qu\u2019on fait \u00e0 ses ennemis. Il faut ajouter que la d\u00e9licatesse de certaines gens est si grande, qu\u2019ils ne peuvent approcher, ni m\u00eame regarder de pauvres malades ; ils les fuient, ils en ont horreur : cette aversion qu\u2019on t\u00e9moigne avoir d\u2019eux leur para\u00eet plus insupportable que leurs maux m\u00eames. Le seul souvenir de leurs malheurs me trouble et me fait verser des larmes : pl\u00fbt \u00e0 Dieu que vous entriez dans mes sentiments, afin que vous ne soyez point condamn\u00e9s \u00e0 des larmes \u00e9ternelles, apr\u00e8s avoir pleur\u00e9 pendant la vie. Tous ceux qui m\u2019\u00e9coutent et qui ont de l\u2019amour pour J\u00e9sus-Christ et pour les pauvres sont touch\u00e9s de ce que je dis.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>10. Vous \u00eates vous-m\u00eames les t\u00e9moins de la calamit\u00e9 des pauvres<\/strong> ; vous avez devant les yeux un spectacle bien pitoyable, il faut le voir pour le croire, des hommes plus morts que vifs, priv\u00e9s d\u2019une grande partie de leurs membres et tellement d\u00e9figur\u00e9s qu\u2019\u00e0 peine sont-ils connaissables : ce ne sont que de mis\u00e9rables restes d\u2019hommes avec la figure humaine, qui citent leurs p\u00e8res, leurs m\u00e8res, leurs fr\u00e8res, leur patrie, afin qu\u2019on les puisse reconna\u00eetre. Je suis fils d\u2019un tel p\u00e8re et d\u2019une telle m\u00e8re, c\u2019est ainsi que l\u2019on me nomme ; vous \u00e9tiez autrefois de mes amis ; il faut qu\u2019ils aient recours \u00e0 cette explication, parce qu\u2019on ne les reconna\u00eet plus aux traits de leur visage. Ils n\u2019ont ni argent, i parents, ni amis ; ils n\u2019ont que la moiti\u00e9 de leur corps : ils s\u2019aiment et se ha\u00efssent, sans savoir bien pr\u00e9cis\u00e9ment lesquels de leurs membres ils doivent regretter, ou ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 morts et qu\u2019on a retranch\u00e9s, ou ceux dont ils ont encore l\u2019usage et que la maladie a \u00e9pargn\u00e9s : si les us ont \u00e9t\u00e9 cruellement arrach\u00e9s, les autres sont encore plus pitoyablement conserv\u00e9s : les uns sont morts avant que tout le corps p\u00e9risse ; mais il n\u2019y a personne qui ait assez de courage pour enterrer ce qui reste. Les plus gens de bien et ceux qui ont naturellement de la compassion, n\u2019ont que de la duret\u00e9 pour les l\u00e9preux ; ils nous font oublier que nous avons un corps sujet \u00e0 toutes sortes d\u2019accidents : nous croyons ne pouvoir \u00e9viter le mal qu\u2019en les fuyant et nous \u00e9loignant d\u2019eux, fans nous soucier m\u00eame de ceux \u00e0 qui le sang et la nature nous lient. Ceux qui ne craignent pas d\u2019approcher d\u2019un cadavre tout pourri et tout puant et sui souffrent la mauvaise odeur qu\u2019exhalent les corps des b\u00eates, tout couverts d\u2019ordures, fuient les approches d\u2019un l\u00e9preux et sont comme indign\u00e9s de respirer le m\u00eame air : quelle inhumanit\u00e9 !<\/p>\n<p><strong>11. Rien n\u2019est plus vif que l\u2019amour et la compassion<\/strong> que les p\u00e8res ont pour leurs enfants ; cependant on n\u2019a point pour les l\u00e9preux les sentiments que la nature inspire. Un p\u00e8re qui ch\u00e9rissait son enfant avec une extr\u00eame tendresse, qui le regardait comme la plus douche consolation de la vie, qui n\u2019\u00e9pargnait rien pour son \u00e9ducation, pour qui il a tant fait de pri\u00e8res \u00e0 Dieu, le bannit de sa pr\u00e9sence d\u00e8s le moment qu\u2019il est infect\u00e9 de l\u00e8pre et s\u2019il pleure il s\u2019en \u00e9loigne cependant sans r\u00e9pugnance. Une m\u00e8re se souvient des douleurs de l\u2019enfantement, elle est comme d\u00e9chir\u00e9e et pousse des cris lamentables, en voyant son fils dans un \u00e9tat si malheureux, elle le pleure, comme s\u2019il \u00e9tait mort : enfant infortun\u00e9, s\u2019\u00e9crie-t-elle, ne t\u2019ai-je mis au monde, qu\u2019afin que tu tra\u00eenes une vie languissante et malheureuse sur des montagnes et dans des d\u00e9serts parmi des b\u00eates sauvages ? Une caverne te servira de toit : il n\u2019y aura que les personnes les plus vertueuses, qui aient la force de te regarder. Elle dira avec Job, pourquoi t\u2019ai-je port\u00e9 dans mon sein, pourquoi es-tu sorti de mes entrailles et pourquoi n\u2019es-tu pas mort avant que de na\u00eetre ? Pourquoi du moins n\u2019es-tu pas sorti du monde avant que d\u2019\u00eatre expos\u00e9 \u00e0 tant de malheurs ? Pourquoi as-tu suc\u00e9 le lait de mes mamelles pour te conserver une vie plus insupportable que la mort ? Ces pens\u00e9es lui font verser des torrents de larmes. Elle souhaite d\u2019embrasser et de baiser son fils, mais elle a une secr\u00e8te horreur de l\u2019approcher.<br \/>\nCe n\u2019est point contre les m\u00e9chants et contre les sc\u00e9l\u00e9rats, c\u2019est contre les malheureux que le peuple s\u2019anime, ce sont eux qu\u2019il poursuit et qu\u2019il pers\u00e9cute. On trouve des gens qui donnent retraite \u00e0 des meurtriers, qui re\u00e7oivent des adult\u00e8res dans leur maison et \u00e0 leur table, qui ne fuient point la compagnie d\u2019un sacril\u00e8ge, qui lient un commerce d\u2019amiti\u00e9 avec ceux qui leur ont rendu de mauvais offices ; mais on fait un crime aux l\u00e9preux de leur maladie, quoiqu\u2019on n\u2019en ait re\u00e7u aucun outrage. La condition des sc\u00e9l\u00e9rats est meilleure que celle des malades ; on croit que la compassion est honteuse et l\u2019on se fait un m\u00e9rite de sa duret\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>12. Ces malheureux sont bannis des villes<\/strong>, des maisons, du bateau, des assembl\u00e9es, des chemins publics, des festins, quelle destin\u00e9 ! \u00c0 peine leur permet-on l\u2019usage des \u00e9l\u00e9ments ; ils n\u2019oseraient puiser de l\u2019eau dans les fontaines publiques, on craint qu\u2019ils ne les empoisonnent : ce qui est \u00e9trange l\u2019aversion que nous leur t\u00e9moignons et le peu de soin qu\u2019on a de les soulager est cause qu\u2019on les a \u00e0 tous moments sur les bras : on ne se soucie point de les loger, de leur donner de quoi vivre, de les v\u00eatir, de les gu\u00e9rie : voil\u00e0 pourquoi ils errent jour et nuit, sans savoir o\u00f9 se retirer, ils manquent de tout, ils sont dans une nudit\u00e9 effroyable qui laisse voir leur mal \u00e0 d\u00e9couvert. Ils implorent \u00e0 grands cris le secours de leur Cr\u00e9ateur ; ils se soulagent comme ils peuvent les uns les autres et se pr\u00eatent pour ainsi dire r\u00e9ciproquement les membres pour remplacer ceux dont la maladie leur a interdit d\u2019usage : ils inventent des chants capables d\u2019exciter la compassion ; ils demandent d\u2019une mani\u00e8re pitoyable un morceau de pain pour se nourrir, ou un peu de drap pour se couvrir et pour cacher leurs ulc\u00e8res. On passe pour indulgent et pour commode, en ne leur donnant rien, pourvu qu\u2019on ne leur fasse pas de mauvais traitements et qu\u2019on ne les gourmande point.<br \/>\nOn voit de ces infortun\u00e9s que la honte n\u2019emp\u00eache pas de se produire dans les assembl\u00e9es publiques ; la n\u00e9cessit\u00e9 les y contraint ; ils se mettent dans les assembl\u00e9es que nous tenons pour la c\u00e9l\u00e9bration de nos myst\u00e8res, ou pour honorer les f\u00eates des Martyrs, afin que nous imitions leur pi\u00e9t\u00e9 au m\u00eame temps que nous honorons leurs combats. Quoiqu\u2019ils aient une secr\u00e8te confusion de se montrer devant le monde, dans le honteux \u00e9tat o\u00f9 leur mal les a r\u00e9duits et qu\u2019ils n\u2019aiment que les for\u00eats et les lieux les plus sauvages pour se cacher : ils s\u2019exposent cependant en public, comme un spectacle pitoyable pour exciter la compassion. C\u2019est aussi un avertissement pour nous faire souvenir de la mis\u00e8re humaine et pour emp\u00eacher que nous ne nous attachions aux choses sensibles, comme si elles devaient durer toujours. Ils se m\u00ealent dans la foule pour voir, ou pour entendre des hommes, ou pour recevoir quelque petit secours de ceux qui nagent dans les d\u00e9lices et dans le luxe, ou pour adoucir l\u2019amertume de leurs maux, en les exposant aux yeux de tout le monde.<\/p>\n<p><strong>13. Peut-on n\u2019\u00eatre pas attendri en entendant<\/strong> leurs chants lugubres entrecoup\u00e9s de soupirs ? Peut-on entendre des choses si tristes et voir un spectacle si pitoyable sans \u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de compassion ? Ces malheureux que leurs infortunes rassembles sont \u00e9tendus les uns aupr\u00e8s des autres et pour faire plus de piti\u00e9, ils exposent aux yeux des passants les diff\u00e9rents ulc\u00e8res dont ils sont couvet ; cette vue redouble l\u2019aigreur du mal que chacun sent personnellement ; l\u2019esp\u00e8ce de leur mal les rend d\u00e9j\u00e0 assez malheureux ; mais cette soci\u00e9t\u00e9 et la compassion qu\u2019ils ont les uns des autres fait qu\u2019ils sont encore plus malheureux. Ils sont entour\u00e9s d\u2019une foule de gens qui les plaignent pendant un peu de temps : ils se prosternent \u00e0 leurs pieds ; ils souffrent les incommodit\u00e9s du chaud, du froid, de la poussi\u00e8re, de la pluie, du vent ; on leur marcherait m\u00eame sur le corps si on n\u2019avait horreur de les approcher.<br \/>\nLes g\u00e9missements de ceux qui demandent l\u2019aum\u00f4ne se m\u00ealent aux chants de l\u2019\u00c9glise ; ces voix lamentables s\u2019\u00e9l\u00e8vent contre les cantiques. Qu\u2019est-il besoin que je parcoure tous leurs maux en d\u00e9tail, durant une f\u00eate si solennelle ? Si je les d\u00e9crivais d\u2019une mani\u00e8re tragique, je vous ferais verser trop de larmes et votre douleur l\u2019emporterait sur les sentiments que la f\u00eate vous inspire. Je n\u2019ai pu encore vous persuader que le chagrin est quelquefois pr\u00e9f\u00e9rable au plaisir, que la tristesse souvent vaut mieux que la joie et qu\u2019il est plus \u00e0 propos de pleurer que de rire d\u2019une mani\u00e8re dissolue.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>14. Ajoutons \u00e0 toutes ces raisons si capables de nous toucher<\/strong>, que ceux qui nous parlent de la sorte sont nos fr\u00e8res selon Dieu et d\u2019une m\u00eame nature que nous, \u00e9tant tir\u00e9s du m\u00eame limon, compos\u00e9s de nerfs, d\u2019os de peaux, de chair comme nous : c\u2019est ce que disait le S. homme Job en philosophant sur ses malheurs, en exaltant et m\u00e9prisant tout ensemble cette partie de nous-m\u00eames qui tombe sous les sens : ils sont comme nous des images de Dieu, peut-\u00eatre m\u00eame qu\u2019ils ont conserv\u00e9 cette image avec plus de soi que nous n\u2019avons fait, quoique leurs corps soient r\u00e9duits dans un \u00e9tat si pitoyable : ils participent aussi-bien que nos \u00e0 la gr\u00e2ce de J\u00e9sus-Christ ; ils ont la m\u00eame foi et la m\u00eame loi, les m\u00eames oracles, les m\u00eames testaments, les m\u00eames assembl\u00e9es, les m\u00eames myst\u00e8res, la m\u00eame esp\u00e9rance : J\u00e9sus-Christ qui efface les p\u00e9ch\u00e9s du monde est mort pour eux, comme pour nous ; ils sont comme nous les h\u00e9ritiers de la vie \u00e9ternelle, quoiqu\u2019ils s\u2019en soient fort \u00e9cart\u00e9s ; ils ont \u00e9t\u00e9 ensevelis avec J\u00e9sus-Christ et ils ressusciteront avec lui ; ils sont les compagnons de ses souffrances, ils le seront de sa gloire.<\/p>\n<p><strong>15. Que devons-nous faire, nous \u00e0 qui J\u00e9sus-Christ a donn\u00e9 le nom que nous portons<\/strong>, nous qui sommes la nation sainte, le Sacerdoce Royal, le peuple choisi et pr\u00e9destin\u00e9, amateur des bonnes-\u0153uvres ?<\/p>\n<blockquote><p>Nous qui sommes les disciples de J\u00e9sus-Christ, ce ma\u00eetre doux et mis\u00e9ricordieux, qui s\u2019est charg\u00e9 de nos iniquit\u00e9s, qui s\u2019est abaiss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 se rendre semblable \u00e0 nous et \u00e0 se rev\u00eatir de n\u00f4tre chair, qui s\u2019est condamn\u00e9 aux fatigues d\u2019une vie douloureuse, pour nous faire part des richesses de la divinit\u00e9 ? Que penserons-nous des pauvres, que devons-nous faire pour les soulager apr\u00e8s un si grand exemple de mis\u00e9ricorde et d\u2019une tendresse si touchante ? Les m\u00e9priserons-nous, passeront nous sans les secourir ? Les abandonnerons-nous comme s\u2019ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 morts, en aurons-nous la m\u00eame horreur que nous avons pour des serpents venimeux et pour des b\u00eates f\u00e9roces ? \u00c0 Dieu ne plaise, mes fr\u00e8res, que nous ayons de pareils sentiments, ils ne nous conviennent gu\u00e8re, \u00e0 nous qui sommes le troupeau de J\u00e9sus-Christ, ce bon Pasteur qui court avec tant d\u2019empressement apr\u00e8s la brebis \u00e9gar\u00e9e et qui porte sur les \u00e9paules celle qui ne saurait marcher. Ces sentiments sont encore bien \u00e9loign\u00e9s de ceux que la nature nous inspire et qui nous a fait une esp\u00e8ce de loi d\u2019avoir compassion les uns des autres, puisque nous sommes tous expos\u00e9s aux m\u00eames mis\u00e8res, qui sont comme une le\u00e7on personnelle d\u2019humanit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>16. Laisserons-nous les pauvres souffrir toutes les incommodit\u00e9s de l\u2019air<\/strong>, tandis que nous habiterons des maisons commodes et magnifiques, enrichies de pierres de toutes sortes de couleur, o\u00f9 l\u2019or et l\u2019argent brillent de tous c\u00f4t\u00e9s, o\u00f9 les parquetages et les peintures diverses amusent les yeux et les surprennent par l\u2019artifice dont elles sont m\u00e9nag\u00e9es ? Sans nous contenter des maisons qui nous servent, nous en b\u00e2tissons des nouvelles : pour qui ? Peut-\u00eatre que nos h\u00e9ritiers ne les poss\u00e9deront point, elles tomberont entre les mains des \u00e9trangers, qui ne sont pas m\u00eame de nos amis, qui sont nos ennemis, qui ont de la jalousie contre nous ; est-il rien de plus affligeant ? Les pauvres mourront de froid dans leurs habits d\u00e9chir\u00e9s ; \u00e0 peine ont-ils de quoi se couvrir et nous sommes v\u00eatus de robes vastes et flottantes, qui inspirent la mollesse ; nous ferons les fiers et les orgueilleux avec nos habits de lin et de la plus \u00e9clatante et la plus fine soie ; nous serons par\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re insolente, au lieu de nous contenter d\u2019un v\u00eatement propre et modeste ; ce qui est superflu et trop recherch\u00e9 ne nous convient point ; nos coffres regorgeront d\u2019habits, qui deviendront avec le temps la proie des teignes, sans qu\u2019on puisse l\u2019emp\u00eacher par tous les soins inutiles qu\u2019on se donne pour les conserver ?<br \/>\nLes pauvres manqueront des aliments n\u00e9cessaires ; quelle honte pour moi que je nage dans les d\u00e9lices, quelle douleur pour eux ? Ils seront \u00e9tendus \u00e0 nos portes, languissants et mourants de faim, pouvant \u00e0 peine demander les choses dont ils ont besoin, ayant la voix \u00e0 demi \u00e9teinte et trop faible, pour exposer leurs mis\u00e8res ; ils ne peuvent ni tendre les mains, ni marcher pour se jeter aux pieds des riches, ni pousser des cris pour les \u00e9mouvoir : voil\u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u00e9plorable o\u00f9 les pauvres sont r\u00e9duits.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>17. Nous sommes couch\u00e9s dans des lits \u00e9lev\u00e9s et pompeux<\/strong>, dont personne n\u2019approche, couverts de riches courtepointes ; si la voix de ceux qui demandent venait jusqu\u2019\u00e0 nous, elle nous importunerait et nous en serions indign\u00e9s : il faut encore que nos chambre soient parfum\u00e9es et tapiss\u00e9es de fleurs rares, apr\u00e8s que la saison en est pass\u00e9e : que les parfums les plus exquis et les plus d\u00e9licats coulent sur nos tables, pour achever de nous mollir le courage ; qu\u2019elle soient entour\u00e9es de jeunes gar\u00e7ons eff\u00e9min\u00e9s, proprement v\u00eatus, les cheveux \u00e9pars et tombants sur le visage d\u2019une mani\u00e8re \u00e9tudi\u00e9e pour flatter davantage par cet arrangement si recherch\u00e9 des yeux impudiques qui les regardent ; les autres tiennent des verres du bout des doigts, d\u2019un air ais\u00e9, sans se mettre cependant au hasard de les laisser tomber ; les autres avec des \u00e9ventails agitent l\u2019air pour le rafra\u00eechir : la table est couverte des mets diff\u00e9rents, que tous les \u00e9l\u00e9ments fournissent avec abondance, l\u2019air, la terre, l\u2019eau, l\u2019adresse des cuisiniers et de leurs aides s\u2019\u00e9puise \u00e0 inventer des ragouts nouveaux ; ils travaillent \u00e0 l\u2019envi pour flatter l\u2019avidit\u00e9 d\u2019un ventre peu reconnaissant, qui est l\u2019auteur de tant de maux, qui ressemble \u00e0 une b\u00eate insatiable et perfide et qui sera bient\u00f4t d\u00e9truit, avec les viandes p\u00e9rissables qui lui servent de nourriture. Les pauvres s\u2019estimeraient heureux d\u2019avoir de l\u2019eau pour se d\u00e9salt\u00e9rer et nous buvons du vin jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exc\u00e8s et m\u00eame apr\u00e8s qu\u2019in s\u2019est enivr\u00e9 : les plus intemp\u00e9rants le pratiquent de la sorte : on go\u00fbte des vins de plusieurs esp\u00e8ces, on rebute les uns, on donne son approbation \u00e0 ceux qui flattent le go\u00fbt davantage, on raisonne sur la qualit\u00e9 de ces liqueurs et l\u2019on ne serait pas content si l\u2019on ne faisait venir des vins \u00e9trangers comme pour insulter aux vins du pays. Nous voulons para\u00eetre d\u00e9gout\u00e9s et d\u00e9licats, nous faisons des profusions qui vont bien au-del\u00e0 du n\u00e9cessaire, comme si nous craignions de n\u2019\u00eatre pas encore assez esclaves de notre ventre et de nos app\u00e9tits.<\/p>\n<p><strong>18. Que vous dirai-je<\/strong>, mes fr\u00e8res et mes amis, des maux qui blessent nos \u00e2mes ? Ils sont encore bien plus dangereux, que ceux qui attaquent le corps, qui ne d\u00e9pendent point de la volont\u00e9, au lieu que les autres sont les effets d\u2019une volont\u00e9 d\u00e9prav\u00e9e : les maladies du corps finissent quand il meurt ; les maux de l\u2019\u00e2me nous suivent, quand nous quittons le monde ; les maladies du corps excitent la compassion, celles de l\u2019\u00e2me n\u2019inspirent que de l\u2019indignation \u00e0 ceux qui jugent sainement des choses. Pourquoi ne donnons-nous pas tous les secours \u00e0 nos semblables, tandis que nous en avons le temps ? Pourquoi ne couvrons-nous pas la mis\u00e8re et la honte de notre chaire, puisque nous sommes nous-m\u00eames de chair ? Comment pouvons-nous nous abandonner aux d\u00e9lices, tandis que nos fr\u00e8res sont si malheureux ? \u00c0 Dieu ne plaise que je sois riche et qu\u2019ils manquent de tout : que j\u2019ai une sant\u00e9 forte et robuste, si je n\u2019ai de l\u2019empressement pour gu\u00e9rir les maux de ceux qui se portent mal ; de quoi me sert d\u2019avoir abondamment de quoi me v\u00eatir et de quoi me nourrir, d\u2019avoir de belles maisons o\u00f9 me loger, si je ne fais part de mes biens aux pauvres, si je ne les habille, si je ne les loge ?<br \/>\nIl faut nous r\u00e9soudre \u00e0 l\u2019un des deux, ou renoncer \u00e0 tout pour l\u2019amour de J\u00e9sus-Christ, nous charger de sa Croix et le suivre, sans \u00eatre distraits, on appesantis par les choses du monde, qui nous emp\u00eachent d\u2019aller \u00e0 Dieu, de sauver notre \u00e2me en perdant tout, de nous abaisser pour nous \u00e9lever, de devenir pauvres pour nous enrichir : ou du moins il faut nous r\u00e9soudre \u00e0 partager nos richesses avec J\u00e9sus-Christ et le pauvres, afin que les poss\u00e9dant honn\u00eatement et l\u00e9gitimement, elles servent \u00e0 nous sanctifier. Si je ne songe qu\u2019\u00e0 moi et si je ne s\u00e8me que moi, je souhaite que les autres mangent mes fruits, ou pour me servir des paroles de Job, je souhaite que mes champs ne produisent que des orties au lieu de bl\u00e9, je souhaite qu\u2019un vent br\u00fblant, ou que les tourbions enl\u00e8vent mes travaux et que toutes mes peines soient inutiles. Que si je b\u00e2tis des greniers et si je songe \u00e0 amasser des tr\u00e9sors ; je consens qu\u2019on me fasse mourir cette nuit, pour rendre compte des amas ill\u00e9gitimes que j\u2019ai faits.<\/p>\n<p><strong>19. Ne serons-nous jamais sages<\/strong> ; ne nous r\u00e9veillerons-nous jamais de cette indolence qui nous rend comme stupides ? Ne conna\u00eetrons-nous jamais l\u2019inutilit\u00e9 des choses humaines ? Les malheurs d\u2019autrui ne nous apprendont-ils point \u00e0 nous tenir sur nos gardes ?<\/p>\n<blockquote><p>Rien n\u2019est stable dans le monde, ni permanent, ni de longue dur\u00e9e ; tout est dans une perp\u00e9tuelle vicissitude ; on voit d\u2019\u00e9tranges renversements et de grandes r\u00e9volutions dans le m\u00eame jour et dans la m\u00eame heure ; de sorte qu\u2019on ne peut gu\u00e8re davantage se fier sur la prosp\u00e9rit\u00e9 des hommes, que sur l\u2019inconstances des vents, sur le chemin que trace un vaisseau en traversant la mer, sur les figures que les enfants \u00e9l\u00e8vent avec du sable pour se divertir, sur les illusions des songes qui nous amusent et qui nous flattent pendant la nuit. C\u2019est \u00eatre sage que de ne point faire de fonds sur les choses pr\u00e9sentes, pour ne songer qu\u2019aux \u00e9ternelles et de pr\u00e9f\u00e9rer les avantages r\u00e9els et permanents de la charit\u00e9, aux avantages d\u2019une prosp\u00e9rit\u00e9 mondaine qui sont si incertains et si inconstants.<\/p><\/blockquote>\n<p>La charit\u00e9 produit immanquablement l\u2019un de ces trois avantages ; elle emp\u00eache qu\u2019on ne tombe dans quelque infortune, car Dieu r\u00e9compense souvent par des prosp\u00e9rit\u00e9s temporelles la vertu des personnes charitables, pour les animer de plus en plus \u00e0 soulager les malheureux ; ou si l\u2019on tombe dans quelque disgr\u00e2ce, on a du moins une secr\u00e8te confiance, que ce n\u2019est point une punition des crimes qu\u2019on a commis, mais par une particuli\u00e8re permission de la providence ; ou il sont en droit exiger des personnes opulentes les m\u00eames secours et les m\u00eames bons offices qu\u2019ils ont rendus aux pauvres, tandis qu\u2019ils \u00e9taient dans une fortune plus heureuse.<\/p>\n<p><strong>20. Que le sage, disait Salomon, ne se glorifie point dans sa sagesse<\/strong>, ni le riche dans ses biens, ni le fort dans sa force, quand ils seraient m\u00eame parvenus au plus haut degr\u00e9 de sagesse, ou de force et quand leurs richesses seraient immenses. J\u2019ajoute aux paroles de Salomon, que ceux qui sont mont\u00e9s au plus haut point de la gloire, qui ont la sant\u00e9 la plus robuste et la beaut\u00e9 la plus parfaite, qui sont dans l\u2019\u00e2ge le plus florissant, enfin qui ramassent dans leur personne tout ce qui est de plus capable d\u2019inspirer de la complaisance, ne doivent point s\u2019en faire accroire. Ceux qui veulent se glorifier, qu\u2019ils se glorifient de conna\u00eetre Dieu et de le chercher, d\u2019avoir de la compassion pour les malheureux et d\u2019amasser des tr\u00e9sors de bonnes-\u0153uvres pour la vie \u00e9ternelle.<br \/>\nTout le reste est fragile et p\u00e9rissable ; les biens du monde passent de main en main ; on ne peut si bien fixer la fortune qu\u2019elle ne tourne du c\u00f4t\u00e9 des autres, \u00e0 peu pr\u00e8s comme il arrive au jeu des d\u00e9s : les utilit\u00e9s que la charit\u00e9 apporte sont fixes et permanentes ; on ne les voit point \u00e9vanouir, elles n\u2019abusent jamais ceux qui y ont mis leur esp\u00e9rance. Une des raisons pourquoi Dieu a \u00e9tabli que les choses humaines seraient dans une perp\u00e9tuelle vicissitude, c\u2019est afin que connaissant leur inconstance et le peu de fonds qu\u2019on doit faire sur des biens qui s\u2019enfuient au moment qu\u2019on croit les poss\u00e9der, on ne s\u2019attache qu\u2019\u00e0 ce qui est solide et qu\u2019on regarde la vie future comme le terme de tous nos d\u00e9lires. Qu\u2019eussions-nous fait, si la prosp\u00e9rit\u00e9 du monde, e\u00fbt \u00e9t\u00e9 fixe et perp\u00e9tuelle, puisque toute fragile et toute inconstante qu\u2019elle est, nous en sommes si enchant\u00e9s ? Nous nous y attachons avec des liens si forts, nous en sommes tellement esclaves par le plaisir imaginaire que nous croyons y trouver, qu\u2019il nous est impossible d\u2019imaginer rien de plus excellent que les biens de la vie pr\u00e9sente ; quoique nous soyons faits \u00e0 l\u2019image de Dieu, quoique nous en soyons convaincus et que cette persuasion soit capable de nous inspirer des pens\u00e9es bien plus relev\u00e9es.<\/p>\n<hr \/>\n<div id=\"attachment_986\" style=\"width: 467px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-986\" class=\"size-full wp-image-986\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/001.008.650px.jpg\" alt=\"\" width=\"457\" height=\"650\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/001.008.650px.jpg 457w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/001.008.650px-211x300.jpg 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 457px) 100vw, 457px\" \/><p id=\"caption-attachment-986\" class=\"wp-caption-text\">Mont Athos, le monast\u00e8re Chilandar. L\u2019entr\u00e9e de la M\u00e8re de Dieu<\/p><\/div>\n<hr \/>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>21. Qui est le sage qui comprendra ces v\u00e9rit\u00e9s ?<\/strong> Qui m\u00e9prisera les choses qui passent ? Qui s\u2019attachera aux permanentes et aux \u00e9ternelles ? Qui regardera les biens pr\u00e9sents, comme des bines incertains et passagers et ceux que nous esp\u00e9rons dans l\u2019autre vie comme des biens stables et r\u00e9els, d\u2019avec ceux qui n\u2019ont que l\u2019apparence, pour s\u2019attacher aux uns et n\u2019avoir que de l\u2019indiff\u00e9rence pour les autres ? Qui pourra distinguer le fant\u00f4me de la v\u00e9rit\u00e9, le monde d\u2019avec le Ciel, le lieu de bannissement de la demeure \u00e9ternelle, les t\u00e9n\u00e8bres de la lumi\u00e8re, la boue de la terre sainte, la chair d\u2019avec l\u2019esprit, Dieu d\u2019avec le Prince du monde, l\u2019ombre de la mort d\u2019avec la vie \u00e9ternelle ? Qui donnera en \u00e9change les choses pr\u00e9sentes pour les \u00e9ternelles, des biens inconstants et sensibles pour des biens qui dureront toujours et qui sont infiniment \u00e9lev\u00e9s au-dessus des sens ? Heureux celui qui distinguant la vertu du vice s\u2019\u00e9l\u00e8ve au dessus de tout ce qui est cr\u00e9\u00e9, qui \u00e9chappe avec toute la vitesse possible cette vall\u00e9e de larmes, qui ne cherche que ce qui est aux Ciel, qui est crucifi\u00e9 au monde avec J\u00e9sus-Christ, qui ressuscite et qui monte au Ciel avec lui, qui ne s\u2019attache point \u00e0 cette vie caduque et trompeuse ; qui ne craint plus les serpents cach\u00e9s dans les chemins, pour lui piquer les talons et qu\u2019on \u00e9pie pour leur \u00e9craser la t\u00eate.<br \/>\nDavid crie de toute sa force, nous reprochant l\u2019endurcissement de notre c\u0153ur et l\u2019amour que nos avons pour le mensonge ; il nous avertit de ne nous point attacher \u00e0 ce qui est sensible et de ne pas mesurer notre f\u00e9licit\u00e9 par l\u2019abondance de nos moissons. C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s dans le m\u00eame sens que le Proph\u00e8te Amos insultant aux bien trompeurs et imaginaires de la terre : Approchez, disait-il, des montagnes \u00e9ternelles, levez-vous, marchez, ce n\u2019est pas ici le lieu de votre repos. Ce sont presque les m\u00eames paroles dont le Sauveur du monde se sert pour nous exhorter \u00e0 le suivre : levez-vous, sortons d\u2019ici ; ces paroles ne s\u2019adressaient pas seulement aux disciples qui l\u2019accompagnaient alors pour les obliger \u00e0 changer de place, comme on pourrait se l\u2019imaginer : elles regardent tous ceux qui devaient embrasser sa doctrine dans les si\u00e8cles futurs, pour leur apprendre \u00e0 m\u00e9priser la terre et \u00e0 n\u2019avoir de l\u2019amour que pour le Ciel.<\/p>\n<p><strong>22. Pratiquons ce que J\u00e9sus-Christ nous enseigne<\/strong>, cherchons ce repos durable, m\u00e9prisons les biens et les richesses du monde : retirons-en tout l\u2019avantage qu\u2019il est possible d\u2019en retirer, c\u2019est-\u00e0-dire, m\u00e9ritons le Ciel par les aum\u00f4nes, faisons part aux pauvres de ce que nous poss\u00e9dons, afin que nous soyons riches dans le Ciel ; ayons soin de nos \u00e2mes comme de nos corps ; donnons une partie \u00e0 Dieu, ne r\u00e9servons pas tout pour le monde, retranchons au ventre quelque chose, pour le donner \u00e0 l\u2019esprit ; ne permettons pas que le feu d\u00e9vore tout, mettons-en une partie \u00e0 couvert de la flamme ; \u00f4tons au tyran pour le donner au l\u00e9gitime Seigneur, faisons le partage pour la vie pr\u00e9sente et pour la vie future ; faisons de petits pr\u00e9sents \u00e0 celui qui nous a combl\u00e9s de biens . Vous ne surpasserez jamais la magnificence de Dieu, quand vous donneriez tout ce que vous poss\u00e9dez et quand vous vous donneriez vous-m\u00eames, puisque se donner \u00e0 Dieu c\u2019est recevoir ; quelque largesse que vous fassiez vous en aurez toujours de reste et puisque tout vient de Dieu, vous ne sauriez rien donner du votre. De m\u00eame que personne ne peut aller au-del\u00e0 de son ombre, pare qu\u2019elle se retire \u00e0 mesure qu\u2019on avance ; on ne peut non plus s\u2019\u00e9lever au-dessus de sa t\u00eate, d\u2019autant qu\u2019elle est plus \u00e9lev\u00e9e que les autres parties du corps : ainsi quelques pr\u00e9sents qu\u2019on fasse \u00e0 Dieu, on ne peut le vaincre en lib\u00e9ralit\u00e9s, puisqu\u2019on ne peut rien lui donner qui ne soit \u00e0 lui.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>23. Reconnaissez le principe qui vous a donn\u00e9 la vie<\/strong>, qui vous fait respirer, qui vous a fait raisonnables, qui vous a \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la connaissance de dieu, qui vous fait esp\u00e9rer le Ciel et un \u00e9tat pareil \u00e0 celui des Anges, la possession de la gloire, que vous ne voyez maintenant qu\u2019en \u00e9nigme et comme dans un miroir, mais que vous contemplerez \u00e0 l\u2019avenir pleinement et \u00e0 d\u00e9couvert : c\u2019est par sa bont\u00e9 que vous \u00eates l\u2019enfant de Dieu, le coh\u00e9ritier de J\u00e9sus-Christ et que vous participez \u00e0 la nature divine. D\u2019o\u00f9 vous viennent ces grands privil\u00e8ges, qui en est l\u2019auteur ? Ou pour ne parler que de ce qui tombe sous vos sens ; \u00e0 la faveur de qui voyez-vous la beaut\u00e9 du Ciel, le mouvement du Soleil, le globe de la Lune, les \u00c9toiles qui sont rang\u00e9es avec autant d\u2019ordre que les cordes d\u2019un lut, la vicissitude des saisons, ce partage \u00e9gal du jour et de la nuit, les admirables productions de la terre, la fluidit\u00e9 de l\u2019air, l\u2019immense \u00e9tendue de la mer, qui est stable et liquide tout ensemble, la profondeur des fleuves, les agitations des vents ? Qui vous a donn\u00e9 la pluie, les campagnes, les aliments, les arts, des maisons, des lois, une R\u00e9publique, une vie si douce, si commode et si polie ; qui a li\u00e9 cette amiti\u00e9 et cette familiarit\u00e9 qui vous attache \u00e0 vos amis et \u00e0 vos parents ?<br \/>\nD\u2019o\u00f9 avez-vous tant d\u2019animaux priv\u00e9s et soumis \u00e0 vos ordres, dont une parie sert \u00e0 vous nourrir ? Qui vous a \u00e9tabli le Roi et le ma\u00eetre de tout ce qui se voit sur la terre ? Enfin, de quelle source vous viennent tous les privil\u00e8ges, qui vous rel\u00e8vent au-dessus du reste des animaux ? Tous ces biens ne sont-ce pas des effets de la bont\u00e9 de Dieu, qui pour toute reconnaissance n\u2019exige de vous qu\u2019un c\u0153ur bienfaisant ? Quelle honte pour nous, si apr\u00e8s tous les bienfaits dont il nous a combl\u00e9s et les grandes esp\u00e9rances que nous avons encore, nous ne voulons rien faire pour nos fr\u00e8res, puisque c\u2019est le seul tribut que dieu demande de nous : parce qu\u2019il nous a distingu\u00e9s des b\u00eates et qu\u2019il nous a dou\u00e9 de raison par un principe sp\u00e9cial, nous soul\u00e8verons-nous contre nous-m\u00eames ; deviendrons-nous curieux, nous laisserons-nous tellement corrompre et aveugler par les plaisirs que nous oubliions notre origine et la bassesse de notre naissance ? Voulons-nous ressembler aux g\u00e9ants dont parlent les Po\u00e8tes et nous \u00e9lever au-dessus des hommes ordinaires, comme ce Nembroth, ou la famille d\u2019Enoch, qui opprimait autrefois les Israelites ou ces sc\u00e9l\u00e9rats qui oblig\u00e8rent dieu \u00e0 cause de leurs crimes de purifier la terre par un d\u00e9luge universel ?<br \/>\nPuisque Dieu qui est notre ma\u00eetre, veut bien que nous l\u2019appelions notre P\u00e8re, rougirons-nous de traiter nos \u00e9gaux comme nous le devons ?<\/p>\n<p><strong>24. Prenons garde, mes fr\u00e8res et mes amis<\/strong>, de nous acquitter mal d\u2019un emploi que le Seigneur nous a confi\u00e9 et d\u2019\u00eatre de mauvais administrateurs de ses biens, de peur que nous n\u2019ayons la confusion d\u2019entendre ce reproche de S. Pierre : rougissez, vous qui retenez le bien d\u2019autrui ; gardez entre vous l\u2019\u00e9galit\u00e9 et il n\u2019y aura point de pauvres. Ne vous appliquez point \u00e0 amasser de l\u2019argent, tandis que les autres ont des besoins extr\u00eames pour ne vous pas exposer aux menaces d\u2019Amos, qui s\u2019exprime de la sorte : Prenez garde, nous qui dites, quand le mois sera-t-il \u00e9coul\u00e9, afin que nous puissions vendre, quand les f\u00eates seront-elles pass\u00e9es pour ouvrir nos tr\u00e9sors ? Il menace encore de la col\u00e8re de Dieu ceux qui vendent \u00e0 faux poids et \u00e0 fausses mesure : le Proph\u00e8te Mich\u00e9e d\u00e9clame contre le m\u00eame d\u00e9sordre et le luxe, comme si l\u2019abondance conduisait n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019insolence : il reproche aux Juifs qu\u2019ils \u00e9taient \u00e9tendus d\u2019une mani\u00e8re voluptueuse dans des lits d\u2019ivoire, qu\u2019ils nageaient dans les parfums les plus exquis, qu\u2019ils ne se nourrissaient que des veaux les plus gras et les plus tendres, qu\u2019ils passaient le jour \u00e0 danser et \u00e0 entendre des concerts de voix et d\u2019instruments et qu\u2019ils regardaient ces plaisirs comme des choses stables et de dur\u00e9e. Ce que le Proph\u00e8te bl\u00e2mait davantage dans la conduite des Juifs, c\u2019est peut-\u00eatre qu\u2019ils s\u2019abandonnaient au luxe et \u00e0 la d\u00e9bauche, tandis que Joseph \u00e9tait dans d\u2019extr\u00eames angoisses, sans se soucier de ces malheurs ; c\u2019est ce qu\u2019il ajoute aux reproches qu\u2019il leur a faits sur leur bonne ch\u00e8re.<br \/>\nNe nous exposons point \u00e0 de pareilles menaces et ne nous oublions pas tellement dans les plaisirs que nous m\u00e9prisons la bont\u00e9 de Dieu, que nos d\u00e9sordres irritent, quoiqu\u2019il ne fasse pas sentir aux criminels sur le champ le poids de sa col\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>25. Suivons l\u2019exemple que Dieu nous donne<\/strong>, il laisse tomber la pluie sur les juste et sur les p\u00eacheurs, le Soleil luit pour eux \u00e9galement : ils jouissent des biens de la terre, des fontaines, des fleuves, des for\u00eats, de tous les animaux, des oiseaux, des poissons, de toutes les choses n\u00e9cessaires \u00e0 la vie, tout est commun, personne n\u2019a un droit particulier de se les r\u00e9server pour lui seul, tout est en abondance et l\u2019on ne doit nullement appr\u00e9hender la disette : ce partage \u00e9gal est une marque de la bont\u00e9 et de la mis\u00e9ricorde de Dieu, qui traite \u00e9galement tous les hommes, puisqu\u2019ils sont tous de m\u00eame condition.<br \/>\nSi les hommes ont amass\u00e9 une grande quantit\u00e9 d\u2019or et d\u2019argent, d\u2019habits pr\u00e9cieux et superflus ; des diamants et mille autres choses semblables, qui sont les sources des querelles et de la tyrannie, ils prennent un air de fiert\u00e9 et de pr\u00e9somption, ils deviennent durs et insensibles, les mis\u00e8res des malheureux ne les touchent plus, ils ne veulent pas m\u00eame leur donner ce qu\u2019ils ont de superflu, quoique les autres manquent de tout : quel aveuglement, quelle folie ? Ils ne font pas r\u00e9flexion que le p\u00each\u00e9 est la source de la pauvret\u00e9 et des richesses, de la servitude et de la libert\u00e9 et des autres maladies qui d\u00e9solent le genre humain. Les choses n\u2019\u00e9taient point dans cet \u00e9tat au commencement. Celui qui cr\u00e9a l\u2019homme le fit libre et ma\u00eetre de ses volont\u00e9s, il jouissait de toutes les d\u00e9lices du Paradis, sans aucune contrainte \u00e0 la r\u00e9serve de la d\u00e9fense qui lui fut faite. Toute la post\u00e9rit\u00e9 devait participer \u00e0 son bonheur ; la libert\u00e9 et les richesses \u00e9taient attach\u00e9es \u00e0 la pratique d\u2019un seul commandement ; au contraire on s\u2019exposait en le violant \u00e0 la pauvret\u00e9 et \u00e0 la servitude.<\/p>\n<p><strong>26. Depuis que la jalousie et les disputes se sont introduites dans le monde<\/strong> avec la trompeuse tyrannie du serpent, qui se sert des app\u00e2ts du plaisir pour nous s\u00e9duire et qu\u2019a soulev\u00e9 les plus forts contre les plus faibles ; depuis ce temps-l\u00e0 les familles ont \u00e9t\u00e9 distingu\u00e9es par des noms diff\u00e9rents ; l\u2019avarice a effac\u00e9 la noblesse qui \u00e9tait attach\u00e9e \u00e0 la nature et pour se soutenir, elle s\u2019est appuy\u00e9e de la puissance et de l\u2019autorit\u00e9. Regardez cette premi\u00e8re \u00e9galit\u00e9, qui rendait tous les hommes semblables ; ne vous arr\u00eatez point \u00e0 cette seconde division ; proposez-vous la loi du Cr\u00e9ateur pour la r\u00e8gle de votre vie : n\u2019imitez pas la tyrannie de celui qui abuse de ses forces. Faites tous vos efforts pour secourir vos semblables, honorez l\u2019ancienne libert\u00e9 ; respectez-vous vous-m\u00eames, cachez l\u2019infamie de vos semblables, secourez-les dans leurs maladies, consolez-les dans leur pauvret\u00e9 ; vous qui avez une sant\u00e9 robuste, qui vivez dans l\u2019abondance, qui n\u2019avez rien qui vous chagrine ; ayez compassion des malades, des pauvres et de ceux qui sont accabl\u00e9s de malheurs : vous menez une vie heureuse et agr\u00e9able, consolez les afflig\u00e9s ; la fortune vous rit et vous avez tout \u00e0 souhait, secourez ceux qui sont dans l\u2019adversit\u00e9.<br \/>\nSoyez reconnaissant envers Dieu de tous les biens que vous en avez re\u00e7u ; donnez-lui des marques de votre reconnaissance faites voir par les effets que vous \u00eates en \u00e9tat de rendre de bons offices aux autres et de vous passer de qui que ce soit ; que tout le monde d\u00e9pend de vous et que vous n\u2019avez besoin du secours de personne.<\/p>\n<blockquote><p>Soyez riche en vertu et en pi\u00e9t\u00e9, comme vous l\u2019\u00eates en or et en argent : faites voir que vous valez mieux que les autres, parce que vous \u00eates plus doux et plus humain ; soyez comme le dieu des malheureux en imitant la mis\u00e9ricorde de Dieu<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>27. Il n\u2019y a rien de plus divin dans l\u2019homme<\/strong>, que l\u2019empressement de faire du bien \u00e0 tout le monde ; si les bienfaits de Dieu sont plus consid\u00e9rables, c\u2019est que son pouvoir est plus grand et plus \u00e9tendu. Il a cr\u00e9\u00e9 l\u2019homme, il l\u2019a rappel\u00e9 apr\u00e8s ses \u00e9garements ; ne le m\u00e9prisez pas, quoique vous le voyiez tomb\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">La compassion de Dieu envers l\u2019homme est infinie ; outre la Loi naturelle et les Proph\u00e8tes qu\u2019il lui a donn\u00e9s pour lui servir de guides, il prend lui-m\u00eame le soin de le conduire, de l\u2019avertir ; de le reprendre, de le ch\u00e2tier ; il s\u2019est livr\u00e9 pour racheter le genre humain : il a suscit\u00e9 les Ap\u00f4tres, les Evang\u00e9listes, les Docteurs, les Pasteurs ; il leur a donn\u00e9 la puissance de faire des miracles, de gu\u00e9rir les maladies, de ressusciter les morts, de triompher de la mort m\u00eame et de celui qui avait usurp\u00e9 l\u2019Empire du monde : il a ratifi\u00e9 depuis la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00c9vangile, l\u2019alliance qu\u2019il avait contract\u00e9e avec le genre humain durant les ombres de la Loi ; il nous a fait part des dons du Saint Esprit, il nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le nouveau Myst\u00e8re de notre salut.<br \/>\nSi vous \u00eates en \u00e9tat de secourir les \u00e2mes puisque Dieu vous a combl\u00e9 de ses dons spirituels, ne refusez point de pareils secours \u00e0 ceux qui en ont besoin ; n\u2019attendez pas m\u00eame qu\u2019on vous en prie ; consolez-les par vos discours, redoublez vos soins, pour la plus grande utilit\u00e9 de celui que vous voulez instruire et qui profite \u00e0 mesure que les semences de la pi\u00e9t\u00e9 croissent en lui. Si vous ne pouvez donner \u00e0 votre prochain ces grandes marques de charit\u00e9, aidez-le du moins selon vos pouvoirs dans des choses de moindre cons\u00e9quence ; donnez-lui \u00e0 manger et un m\u00e9chant habit pour le couvrir, secourez-le, quand il est malade, t\u00e2chez de le gu\u00e9rir de ses blessures, fortifiez-le dans ses malheurs, apprenez-lui \u00e0 les supporter avec patience. Approchez-vous de lui avec courage, ce z\u00e8le ne vous fera aucun tort et ne diminuera point votre m\u00e9rite ; vous ne contracterez point ses maladies, c\u2019est l\u2019erreur des personnes trop d\u00e9licates, qui se laissent \u00e9blouir par des fausses raisons ; elles se retranchent sur leur timidit\u00e9 et sur une vaine crainte, pour excuser leur d\u00e9licatesse et leur impi\u00e9t\u00e9 : la raison, les M\u00e9decins, tous ceux qui les approchent pour leur rendre service doivent vous en convaincre ; ils n\u2019ont couru aucun danger, quoiqu\u2019ils les aient vus de fort pr\u00e8s.<br \/>\nQuand m\u00eame il y aurait effectivement quelque chose \u00e0 appr\u00e9hender, faut-il qu\u2019un l\u00e9ger soup\u00e7on abatte le courage d\u2019un charitable serviteur de Dieu et de J\u00e9sus-Christ ? Appuyez-vous sur la Foi, que la charit\u00e9 triomphe de votre timidit\u00e9 et que la crainte de Dieu dissipe votre d\u00e9licatesse, que la pi\u00e9t\u00e9 fasse \u00e9vanouir ces raisons qui flattent la sensualit\u00e9. Ne m\u00e9prisez pas votre fr\u00e8re, ne l\u2019abandonnez pas, ne le regardez pas comme un objet d\u2019aversion et d\u2019horreur. C\u2019est un de vos membres, tout malade qu\u2019il est. Dieu vous a abandonn\u00e9 les pauvres et vous tenez la place pour les secourir, quoique vous les n\u00e9gligez avec tant de duret\u00e9 ; peut-\u00eatre que cette pens\u00e9e vous fera rougir de confusion. Quoique vous ne soyez point en \u00e9tat d\u2019avoir besoin des autres, ne laissez pas d\u2019exercer votre humanit\u00e9 sur les sujets qui se pr\u00e9sentent.<\/p>\n<p><strong>28. Tout homme qui navigue s\u2019expose au danger de faire naufrage<\/strong>, il y est m\u00eame plus expos\u00e9, plus il t\u00e9moigne de hardiesse : tandis qu\u2019on a un corps on est sujet \u00e0 toutes les infirmit\u00e9s corporelles ; si vous avez le vent en poupe et si votre navigation est heureuse, tendez la main \u00e0 ceux qui font naufrage ; si vous \u00eates sain et riche, venez au secours des afflig\u00e9s : n\u2019attendez point jusqu\u2019\u00e0 ce que vous connaissiez par exp\u00e9rience combien l\u2019inhumanit\u00e9 est ha\u00efssable et combien c\u2019est une chose louable d\u2019assister ceux qui sont dans le besoin. Ne vous exposez point aux ch\u00e2timents de Dieu, qui humilie les superbes et qui se venge de ceux qui n\u2019ont que de la duret\u00e9 pour les pauvres.<br \/>\nQue les malheurs d\u2019autrui vous attendrissent ; ne leur refusez pas de petits secours dans leurs n\u00e9cessit\u00e9s ; le moindre soulagement fait plaisir \u00e0 un homme qui manque de tout ; Dieu vous en tiendra compte, il se content, pourvu qu\u2019on fasse ce qu\u2019on peut ; que votre empressement et votre promptitude suppl\u00e9e \u00e0 la petitesse de votre pr\u00e9sent ; si vous n\u2019avez rien \u00e0 donner, plaignez du moins les malheureux : la compassion sinc\u00e8re qu\u2019on leur t\u00e9moigne adoucit l\u2019amertume de leurs maux. Ne faites pas moins d\u2019\u00e9tat d\u2019un homme que d\u2019une b\u00eate : la Loi vous ordonne de remettre dans le chemin un cheval qui \u2018\u00e9gare, ou de le retirer d\u2019une fosse, s\u2019il y tombe. Je n\u2019examine point si ce pr\u00e9texte renferme quelque sens myst\u00e9rieux et profond, car les paroles de l\u2019\u00c9criture ont souvent une double face : cette connaissance n\u2019appartient qu\u2019au Saint Esprit qui p\u00e9n\u00e8tre tout : autant que je le puisse comprendre, Dieu a voulu nous disposer par ces petits choses \u00e0 exercer la charit\u00e9 dans des sujets d\u2019une plus grande cons\u00e9quence. Puisque nous sommes oblig\u00e9s de secourir des animaux, que ne devons-nous point faire \u00e0 l\u2019\u00e9gard des hommes ? Car nous sommes tous de m\u00eame rang, voil\u00e0 ce que la raison et la Loi nous enseigne.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>29. C\u2019est une maxime re\u00e7ue<\/strong>, qu\u2019il est plus honn\u00eate de donner, que de recevoir ; il faut avoir plus d\u2019empressement pour faire plaisir, que pour gagner : que direz-vous de nos Sages, car je ne parle point des pa\u00efens, qui font les dieux protecteurs de leurs vices et qui donnent la pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celui qui pr\u00e9side au gain : ce qui est de plus abominable, on voit des peuples qui immolent des hommes aux d\u00e9mons et qui se font un point de vertu de leur cruaut\u00e9, persuad\u00e9s que ces horribles sacrifices honorent leurs dieux et qu\u2019ils y prennent plaisir. Il y a des gens parmi nous et l\u2019on ne peut assez d\u00e9plorer ce d\u00e9sordre, qui insultent les pauvres et qui les accablent d\u2019injures, au lieu de les plaindre et de les soulager. Ils ne sont point touch\u00e9s des discours et des raisonnements que leur font ces malheureux, parce que leurs oreilles ne sont point dociles, ni accoutum\u00e9es \u00e0 ces maximes c\u00e9lestes : ils vont jusqu\u2019\u00e0 ce point d\u2019insolence que de dire, notre prosp\u00e9rit\u00e9 et leurs malheurs viennent de Dieu : qui suis-je pour m\u2019opposer \u00e0 ses ordres, aurai-je plus de bont\u00e9 que Dieu m\u00eame ? Que les maladies, les afflictions, les malheurs, les accablent, puisque Dieu le veut de la sorte : ils ne t\u00e9moignent le z\u00e8le qu\u2019ils ont pour Dieu, que lors qu\u2019il est question de garder leur argent et d\u2019insulter aux malheureux : leurs discours font assez voir qu\u2019ils ne sont guerres convaincus que leur prosp\u00e9rit\u00e9 vient de Dieu ; car s\u2019ils le croyaient, pourraient-ils avoir de pareils sentiments sur les mis\u00e8res des autres ? S\u2019ils tiennent de la bont\u00e9 de Dieu, les biens qu\u2019ils poss\u00e8dent, il faut qu\u2019ils les dispensent selon ses ordres.<\/p>\n<p><strong>30. Tandis que nous sommes sur la terre<\/strong>, on ne peut conna\u00eetre si les malheurs des hommes sont des punitions de Dieu : car qui peut assurer que cet homme soit puni pour ses crimes et que cet autre soit \u00e9lev\u00e9 au comble de la gloire en r\u00e9compense de sa vertu ? O si l\u2019impi\u00e9t\u00e9 de celui-l\u00e0 n\u2019est pas la source de sa prosp\u00e9rit\u00e9, tandis que les malheurs de celui-ci sont des \u00e9preuves de sa vertu ; l\u2019un est \u00e9lev\u00e9 plus haut, afin que sa chute soit plus \u00e9clatante ; on a attendu que son impi\u00e9t\u00e9 fut mont\u00e9e jusqu\u2019aux derniers exc\u00e8s, pour justifier la rigueur des tourments qui lui \u00e9taient pr\u00e9par\u00e9s : celui-ci au contraire est maltrait\u00e9 sans le m\u00e9riter ; on l\u2019examine, comme on purifie l\u2019or dans le creuset ; afin que les petites taches qui lui restent soient pleinement effac\u00e9es, car personne n\u2019en est enti\u00e8rement exempt, comme l\u2019\u00c9criture nous l\u2019enseigne et que sa vertu paraisse dans tout son lustre, apr\u00e8s ces \u00e9preuves redoubl\u00e9es.<br \/>\nJe serais trop long, si je voulais rapporter tous les passages de l\u2019\u00c9criture qui d\u00e9veloppent ce Myst\u00e8re et qui prouvent cette v\u00e9rit\u00e9. Qui peut compter les sables des rivages, les gouttes d\u2019eau qui tombent pendant la pluie, mesurer la profondeur de la mer, conna\u00eetre l\u2019\u00e9tendue de la sagesse Divine, qui \u00e9clate dans toutes les cr\u00e9atures qu\u2019il a tir\u00e9e du n\u00e9ant et qu\u2019il conduit selon sa volont\u00e9, comme il le juge \u00e0 propos ? Il faut nous contenter \u00e0 l\u2019exemple de l\u2019Ap\u00f4tre de l\u2019admirer sans vouloir l\u2019approfondir et p\u00e9n\u00e9trer dans cet ab\u00eeme. O profondeur des tr\u00e9sors de la sagesse et de la science de Dieu, que ses jugements sont imp\u00e9n\u00e9trables et ses voies incompr\u00e9hensibles ! Qui a con\u00e7u les desseins de Dieu ? Ou pour parler avec Job, qui a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 jusqu\u2019aux extr\u00e9mit\u00e9s de la sagesse de Dieu ? O\u00f9 est le Sage qui comprend ce Myst\u00e8re ? Se servira-t-il de ce qu\u2019il ne comprend point, pour mesurer ce qui est au-dessus de toute mesure ?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>31. Que les autres soient courageux ou t\u00e9m\u00e9raires<\/strong>, ou plut\u00f4t que personne ne le soit ; pour moi je n\u2019ose attribuer au crime les malheurs de cette vie, ni la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la vertu ; ce n\u2019est pas que cela ne puisse arriver pour l\u2019utilit\u00e9 des particuliers, afin que les calamit\u00e9s des m\u00e9chants servent \u00e0 arr\u00eater le cours des vices et que la prosp\u00e9rit\u00e9 des gens de bien aplanisse le chemin de la vertu. Mais ce principe n\u2019est pas s\u00fbr, puisqu\u2019on voit tous les jours le contraire, d\u2019autant que la vertu ne sera r\u00e9compens\u00e9e et que les vices ne seront punis, qu\u2019apr\u00e8s la mort. Les uns ressusciteront pour reprendre une vie nouvelle, les autres pour \u00eatre jug\u00e9s. La disposition des choses du monde est bien diff\u00e9rente ; quoi qu\u2019elles tendent toujours \u00e0 la m\u00eame fin et que ce qui nous para\u00eet si \u00e9trange soit r\u00e9gl\u00e9 par les ordres de Dieu. Ce qui fait la beaut\u00e9 du corps, c\u2019est l\u2019assemblage des parties basses et \u00e9lev\u00e9es, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des membres dont les uns sont plus petits, les autres plus grands, de m\u00eame que les montagnes et les vall\u00e9es sont la beaut\u00e9 de la terre. Une mati\u00e8re qui est encore brute entre les mains de l\u2019ouvrier, apr\u00e8s qu\u2019il l\u2019a polie et fa\u00e7onn\u00e9e, devient un bel ouvrage. Dieu connait parfaitement ce qu\u2019il doit faire ; rien de tout ce que nous voyons ne se fait au hasard, quoi que nous n\u2019en voyons pas les ressorts et que nous n\u2019en comprenions pas les raisons.<\/p>\n<p><strong>32. Pour exprimer nos passions par quelque image sensible<\/strong>, nous ressemblons \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ceux qui sont attaqu\u00e9s de vertiges et de maux de c\u0153ur, ils croient que tout tourne avec eux : voil\u00e0 ce qui arrive aux gens dont je parle : ils ne veulent pas que Dieu soit plus sage qu\u2019eux ; le premier \u00e9v\u00e8nement qui les surprend leur fait tourner la t\u00eate : ils devraient s\u2019appliquer \u00e0 en chercher les raisons ; peut-\u00eatre trouveraient-ils la v\u00e9rit\u00e9 avec un peu de soin et de diligence, ou ils devraient consulter les plus habiles et les plus spirituels, quoi que cette science ne convienne pas \u00e0 tout le monde et que ce soit un don sp\u00e9cial du Saint Esprit ; il faudrait encore puiser ces lumi\u00e8res dans la source m\u00eame de la sagesse et s\u2019en rendre digne par la saintet\u00e9 de la vie. Quelle est leur paresse et leur folie ? Ils assurent que le monde se gouverne au hasard et sans raison, eux qui ne connaissent pas la raison ; leur ignorance leur tient lieu de sagesse ; ou plut\u00f4t cette fausse sagesse qu\u2019ils croient avoir les rend fous.<br \/>\nVoil\u00e0 ce qui fait que quelques-uns ont recours au hasard et \u00e0 la fortune sans savoir ce qu\u2019ils font ; les autres reconnaissent le pouvoir in\u00e9vitable et absolu des astres, qui r\u00e8glent tout, sans qu\u2019on puisse s\u2019opposer \u00e0 leurs influences ; ils pr\u00e9tendent que les aspects, les mouvements, les fuites, les approches de quelques \u00e9toiles errantes ou fixes donnent le branle \u00e0 tout ce qui se passe dans le monde. Les autres supposent comme des principes incontestables tout ce qui leur vient de l\u2019imagination et comme ils ne peuvent comprendre les ressorts admirables de la divine Providence, ils se sont divis\u00e9s dans une infinit\u00e9 de sectes, qui ont toutes des opinions diff\u00e9rentes, sur les malheurs qui arrivent aux hommes. Il y en a qui s\u2019en prennent \u00e0 la Providence m\u00eame et qui lui reprochent sa faiblesse ; ils avouent qu\u2019elle gouverne ce qui est au-dessus de nous, mais que ces soins ne descendent nullement jusqu\u2019\u00e0 nous, quoi que nous ayons un si grand besoin de son secours, il semble qu\u2019ils aient peur que notre bienfaiteur ne s\u2019\u00e9puise s\u2019il partageait ses bienfaits \u00e0 trop de gens, ou qu\u2019il ne se lass\u00e2t de faire du bien.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>33. Abandonnons ces sortes de gens \u00e0 leurs erreurs<\/strong>, l\u2019\u00c9criture s\u2019en est d\u00e9j\u00e0 assez veng\u00e9e, par ces paroles qu\u2019elle leur adresse, leur esprit s\u2019est \u00e9gar\u00e9, ils disaient qu\u2019ils \u00e9taient sages et ce sont de v\u00e9ritables fous. Ils ont alt\u00e9r\u00e9 et chang\u00e9 par leurs fictions la gloire du Dieu incorruptible et d\u00e9shonor\u00e9 par des fables cette Providence qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 toutes choses. N\u2019inventons point des opinions si monstrueuses, si nous voulons consulter la raison, nous qui faisons profession d\u2019\u00eatre raisonnables et n\u2019applaudissons point \u00e0 ceux qui ont de semblables opinions, quoi qu\u2019ils les soutiennent avec tant d\u2019habilet\u00e9, tout extravagantes qu\u2019elles soient et quelque surprenantes qu\u2019elles paraissent par leur nouveaut\u00e9. Croyons que Dieu est le Cr\u00e9ateur de toutes choses, car comment le monde aurait-il pu \u00eatre fait, sans un principe qui en a arrang\u00e9 toutes les parties ? Croyons une Providence dont les soins s\u2019\u00e9tendent sur toutes les choses du monde et qui les unit avec des liens indissolubles, puisqu\u2019il faut que le m\u00eame principe, qui a tout cr\u00e9\u00e9, gouverne tout ; car si ce que nous voyons dans le monde n\u2019\u00e9tait qu\u2019un effet du hasard, nous verrions bient\u00f4t tout retomber dans son premier chaos, comme un navire qui est emport\u00e9 par un tourbillon de vent. Ce m\u00eame principe r\u00e8gle toutes nos affaires, quelque contrari\u00e9t\u00e9 qui paraisse dans notre vie, dont nous ne connaissons point les raisons ; mais puisque nous ne les pouvons comprendre, admirons cette supr\u00eame sagesse, qui est au-dessus de la raison. On m\u00e9prise ce que l\u2019on comprend trop ais\u00e9ment ; nous admirons ce qui nous passe et ce qui est au-dessus de nous ; il nous para\u00eet d\u2019autant plus admirable, que nous avons plus de peine \u00e0 le comprendre, comme l\u2019on d\u00e9sire avec plus de passion ce qu\u2019on a plus de peine \u00e0 obtenir.<\/p>\n<p><strong>34. Ne soyons point si ent\u00eat\u00e9s de la sant\u00e9<\/strong>, n\u2019ayons point tant d\u2019aversion de la maladie, ne courons point avec tant d\u2019avidit\u00e9 apr\u00e8s les richesses p\u00e9rissables, comme si elles \u00e9taient une partie de nous-m\u00eames : ne croyons point que la pauvret\u00e9 soit une chose abominable et une marque de la haine de Dieu. Nous devons craindre et m\u00e9priser la sant\u00e9, qui porte au p\u00each\u00e9 et respecter la maladie et ceux qui s\u2019en sont servi pour triompher de leurs ennemis et pour se sanctifier. Job accabl\u00e9 de maladies est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 ceux qui ont la meilleure sant\u00e9 ; quoique le pus d\u00e9goute de toutes les parties de son corps ; qu\u2019il soit \u00e9tendu sur un fumier ; quoi que ses maux, sa femme, ses amis conspirent pour le tourmenter. Ayons de l\u2019horreur pour les richesses acquises injustement et pour ce riche malheureux qui br\u00fble dans un feu d\u00e9vorant demandait une goutte d\u2019eau pour se rafra\u00eechir la langue. Louons les pauvres qui supportent leur pauvret\u00e9 avec docilit\u00e9 et avec un esprit de sagesse, comme a fait Lazare, qui s\u2019est sauv\u00e9 par cette voie et qui est maintenant combl\u00e9 de biens dans le sein d\u2019Abraham.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>35. C\u2019est sur ce principe que je conclus<\/strong>, qu\u2019il faut avoir de la charit\u00e9 pour les pauvres, afin de fermer la bouche \u00e0 ceux qui ont des maximes contraires ; ne nous laissons point \u00e9blouir par leurs vaines subtilit\u00e9s, de peur que nous ne soyons trait\u00e9s avec la m\u00eame rigueur que nous aurons trait\u00e9 les autres. C\u00e9dons aux commandements et \u00e0 l\u2019exemple de Dieu : Voyez combien ce commandement st positif : les Saints que l\u2019esprit divin a inspir\u00e9 ne se sont pas content\u00e9s de parler aux pauvres une fois ou deux : ce ne sont pas seulement quelques personnes particuli\u00e8res qui en ont parl\u00e9 ; ils ne l\u2019ont pas fait d\u2019une mani\u00e8re froide et n\u00e9glig\u00e9e, comme d\u2019une affaire peu importante : tous ont trait\u00e9 de concert cette mati\u00e8re avec beaucoup d\u2019exactitude ; ils n\u2019ont rien n\u00e9glig\u00e9 pur nous persuader leurs maximes ; ils nous exhortent, ils nous menaces, ils nous font des reproches, ils louent ceux qui se sont signal\u00e9s par cette vertu, afin de nous engager par la force de leurs remontrances \u00e0 pratiquer ce pr\u00e9cepte.<br \/>\nJe me l\u00e8verai maintenant, dit le Seigneur, \u00e0 cause de la mis\u00e8re et des g\u00e9missements des pauvres ; qui pourra soutenir sans trembler ce mouvement de Dieu ? On lit dans un autre endroit de l\u2019\u00c9criture : levez-vous, Seigneur, levez votre bras et n\u2019oubliez pas les pauvres.<\/p>\n<blockquote><p>Prions Dieu de d\u00e9tourner sa col\u00e8re, afin que nous ne voyons point son bras lev\u00e9 contre des r\u00e9volt\u00e9s et contre des gens opini\u00e2tre et endurcis. Il n\u2019a point n\u00e9glig\u00e9 les cris des pauvres, il ne les oubliera jamais ; ses yeux sont toujours attach\u00e9s sur eux.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>36. Ces passages, direz-vous peut-\u00eatre, ne regardent que les pauvres qu\u2019on opprime<\/strong> ; quand cela serait vrai, car je ne veux point chicaner mal-\u00e0-propos, en faut-il davantage pour vous engager \u00e0 \u00eatre charitables ? Si l\u2019on r\u00e9compense si bien ceux qui emp\u00eachent qu\u2019on ne les outrage, on aura encore de plus grand \u00e9gards pour ceux qui les soulageront effectivement par des lib\u00e9ralit\u00e9s r\u00e9elles. Si celui qui m\u00e9prise les pauvres anime contre lui le courroux du Cr\u00e9ateur, il ne faut nullement douter qu\u2019il ne l\u2019honore, en honorant son ouvrage.<\/p>\n<p>Lorsque vous lisez dans l\u2019\u00c9criture que le pauvre et le riche se sont rencontr\u00e9s et que Dieu a cr\u00e9\u00e9 l\u2019un et l\u2019autre, ne vos persuadez pas qu\u2019il a laiss\u00e9 l\u2019un dans la pauvret\u00e9, afin que vous lui insultiez, car ce n\u2019est pas une chose s\u00fbre que cette distinction de richesses et de pauvret\u00e9 vienne de Dieu, le pauvre et le riche sont \u00e9galement l\u2019ouvrage du Seigneur, quoi qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur leur condition paraisse si diff\u00e9rente.<br \/>\nCes r\u00e9flexions doivent vous inspirer de la compassion pour ces malheureux ; si vos richesses vous donnent de la vanit\u00e9, les mis\u00e8res des autres devraient mod\u00e9rer votre fiert\u00e9. Celui qui a compassion des pauvres pr\u00eate \u00e0 usure ; qui peut refuser un d\u00e9biteur de cette nature qui payera ses dettes au centuple quand il sera temps ?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>37. La foi et les aum\u00f4nes purifient les p\u00each\u00e9s<\/strong> : servons- nos donc de ce rem\u00e8de, pour effacer les taches de notre \u00e2me et pour la rendre aussi blanche que la laine, ou la neige, selon la mesure de notre charit\u00e9.<br \/>\nPour dire quelque chose encore de plus fort, si vous n\u2019\u00eates point estropi\u00e9, si vous n\u2019avez re\u00e7u ni plaie, ni blessures, si la l\u00e8pre n\u2019a point infect\u00e9 votre \u00e2me, si vous n\u2019avez aucun signe de des autres maux, que la loi gu\u00e9rissait superficiellement et qui ont besoin pour \u00eatre parfaitement gu\u00e9ris de la main de J\u00e9sus-Christ, vous lui en devez rendre gr\u00e2ces ; puisqu\u2019il s\u2019est expos\u00e9 \u00e0 tant de maux et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 couvert de blessures pour notre salut. Le moyen s\u00fbr de lui t\u00e9moigner votre reconnaissance et vos respects, c\u2019est d\u2019avoir de l\u2019humanit\u00e9 pour ses fr\u00e8res. Si le tyran de nos \u00e2mes vous a surpris sans d\u00e9fense, lorsque vous descendiez de J\u00e9rusalem \u00e0 J\u00e9richo et s\u2019il vous a mis dans un \u00e9tat si d\u00e9plorable, que vous puissiez dire avec le Proph\u00e8te, la pourriture et la corruption s\u2019est mise dans mes blessures, qui font les effets de mon \u00e9garement : si vous \u00eates en cet \u00e9tat et que vous ne vous mettiez pas en peine de chercher des rem\u00e8des \u00e0 vos maux, parce que vous ne connaissez pas tout le danger o\u00f9 vous \u00eates, que votre situation est d\u00e9plorable et que vos calamit\u00e9s sont grandes ! Si votre sant\u00e9 n\u2019est pas encore enti\u00e8rement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et si l\u2019on peut apporter quelque rem\u00e8de \u00e0 vos maux, approchez-vous du m\u00e9decin, priez-le d\u2019avoir piti\u00e9 de vous, gu\u00e9rissez vos propres maux, en soulageant ceux des autres, appliquez des rem\u00e8des faciles pour fermer des plaies envenim\u00e9es. Ce m\u00e9decin charitable vous dira d\u2019une mani\u00e8re engageante, je suis votre salut ; votre foi vous a sauv\u00e9, vous \u00eates gu\u00e9ri ; soyez humain envers ceux qui souffrent.<\/p>\n<p><strong>38. Bien heureux sont les mis\u00e9ricordieux<\/strong>, parce qu\u2019on leur fera mis\u00e9ricorde ; cette b\u00e9atitude n\u2019est pas des derni\u00e8res. Heureux celui qui fait r\u00e9flexion sur le pauvre et sur l\u2019indigent ; le juste donne et pr\u00eate tout le jour : faisons en sorte que nous recevions cette b\u00e9n\u00e9diction, qu\u2019on nous appelle sages, soyons charitables. Que la nuit m\u00eame ne suspende pas les effets de notre charit\u00e9 : ne dites point aux pauvres, revenez une autre fois, je vous donnerai demain, qu\u2019il n\u2019y ait point d\u2019intervalle entre vos bonnes r\u00e9solutions et l\u2019effet ; la charit\u00e9 ne sait ce que c\u2019est que de diff\u00e9rer. Faites part de votre pain au pauvre, conduisez \u00e0 votre maison ceux qui n\u2019ont point de retraite, mais faites-le de bon c\u0153ur et avec joie ; la promptitude augmente le bienfait. Ce qu\u2019on donne \u00e0 contre c\u0153ur et avec chagrin d\u00e9gout\u00e9 n\u2019est nullement m\u00e9ritoire. Il faut avoir de la gaiet\u00e9 au lieu de pleurer, lorsque nous donnons quelque chose et que nous faisons du bien aux autres.<br \/>\nSi vous ne donnez qu\u2019en murmurant et apr\u00e8s avoir longtemps d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, que m\u00e9ritez-vous par de tels pr\u00e9sents, quelle sera la r\u00e9compense de ces dons ? Votre lumi\u00e8re brillera d\u00e8s le matin et vous obtiendrez incontinent la sant\u00e9 : est-il quelqu\u2019un qui n\u2019aime la sant\u00e9 et la lumi\u00e8re ?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>39. L\u2019exemple de J\u00e9sus-Christ<\/strong> m\u2019invite \u00e0 faire l\u2019aum\u00f4ne ; Pierre et Paul se partag\u00e8rent pour la publication de l\u2019\u00c9vangile, mais ils avaient soin en commun des pauvres : on dit \u00e0 ce jeune homme, que s\u2019il voulait \u00eatre parfait il fallait qu\u2019il distribu\u00e2t son bien aux pauvres.<br \/>\nCroirez-vous que la charit\u00e9 n\u2019est que de conseil et qu\u2019elle ne nous est point command\u00e9e par une loi expresse ? Je le voudrais, mais les menaces de l\u2019\u00c9vangile m\u2019\u00e9pouvantent ; ces boucs qui seront \u00e0 la gauche, les reproches insultants qu\u2019on leur fera : ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils ont d\u00e9rob\u00e9 le bien d\u2019autrui, qu\u2019ils ont profan\u00e9 les Temples, qu\u2019ils ont commis des adult\u00e8res, ou qu\u2019ils ont fait des actions d\u00e9fendues, c\u2019est parce qu\u2019ils ont n\u00e9glig\u00e9 J\u00e9sus-Christ en n\u00e9gligeant les pauvres.<\/p>\n<p><strong>40. Si vous voulez croire mes conseils<\/strong>, vous qui \u00eates les serviteurs, les fr\u00e8res, les coh\u00e9ritiers de J\u00e9sus-Christ ; autant que nous le pouvons, visitons-le, nourrissons-le, donnons-lui de quoi se v\u00eatir et de quoi se loger, rendons-lui tous les honneurs que nous pouvons, non seulement en le laissant asseoir \u00e0 nos tables, comme quelques-uns ont fait ; en r\u00e9pandant sur lui des parfums \u00e0 l\u2019exemple de Magdeleine, en le mettant dans un s\u00e9pulcre, comme fit Joseph d\u2019Arimathie, ou lui fournissant les choses n\u00e9cessaires pour les fun\u00e9railles comme Nicod\u00e8me, ou lui pr\u00e9sentant de l\u2019or, de l\u2019encens, de la myrrhe \u00e0 l\u2019exemple des Mages : mais puisqu\u2019il veut que nous soyons charitables, qu\u2019il ne nous demande point de sacrifices et qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re les aum\u00f4nes \u00e0 une infinit\u00e9 de moutons qu\u2019on \u00e9gorgerait devant ses Autels ; pr\u00e9sentons-lui aujourd\u2019hui nos offrandes par les mains de ces malheureux que vous voyez prostern\u00e9s \u00e0 terre, afin que quand nous quitterons le monde, ils nous re\u00e7oivent dans les tabernacles \u00e9ternels, par la gr\u00e2ce de J\u00e9sus-Christ, \u00e0 qui appartient la gloire dans tous le si\u00e8cles.<br \/>\nAmen.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sermons de Saint Gr\u00e9goire de Nazianze, surnomm\u00e9e le Th\u00e9ologien traduits du grec, avec des notes, Tome I,p.346-385, chez Andr\u00e9&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":987,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[139,95,2],"tags":[146,145,125],"class_list":["post-941","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-gregoire-de-nazianze","category-histoire","category-orthodoxie","tag-affliction","tag-nazianze","tag-peres-de-leglise"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/941","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=941"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/941\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1020,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/941\/revisions\/1020"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/987"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=941"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=941"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=941"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}