{"id":8290,"date":"2025-08-24T13:10:33","date_gmt":"2025-08-24T11:10:33","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=8290"},"modified":"2025-08-24T19:23:45","modified_gmt":"2025-08-24T17:23:45","slug":"saint_romain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2025\/08\/24\/saint_romain\/","title":{"rendered":"Vie des P\u00e8res du Jura &#8211; Saint Romain [28 f\u00e9vrier \u2502 \u2020 560]"},"content":{"rendered":"<div class='__iawmlf-post-loop-links' style='display:none;' data-iawmlf-post-links='[{&quot;id&quot;:323,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/archive.org\\\/details\\\/viedesperesdujur0000unse&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]'><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Vie et r\u00e8gle des saints p\u00e8res Romain, Lupicin et Oyend, abb\u00e9s des monast\u00e8res du Jura<\/h2>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Pr\u00e9face<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019Ami sacr\u00e9 et myst\u00e9rieux \u00e9voqu\u00e9 dans l\u2019\u00c9vangile, en enseignant mystiquement que sa piti\u00e9 ne saurait \u00eatre refus\u00e9e aux mortels, affirme qu\u2019un suppliant, en pleine nuit, s\u2019il frappe \u00e0 la porte avec t\u00e9nacit\u00e9, ne se voit pas refuser les pains de la Trinit\u00e9. Ce myst\u00e8re profond et insondable, il consent \u00e0 y donner acc\u00e8s, une fois bris\u00e9es les cha\u00eenes de son obstination, une fois ouverte la porte de sa mis\u00e9ricorde. Pareille le\u00e7on, en d\u00e9pit de la transcendance que lui conf\u00e8re, nous l\u2019avons dit, le myst\u00e8re ineffable et divin, comporte cependant, superficiellement press\u00e9e, le profit d\u2019une r\u00e9tribution, m\u00eame si on l\u2019observe simplement en sa lettre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8281\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.08.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"338\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.08.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.08-300x156.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<!--more--><\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi, mes fr\u00e8res tr\u00e8s pieux, Jean et Armentaire, forts de votre double affection, vous frappez avec plus d\u2019insistance \u00e0 la porte de votre ami, et, si je tarde \u00e0 ouvrir pour vous ma bouche et mon c\u0153ur, vous stigma\u00adtisez mon avarice obstin\u00e9e et vous d\u00e9clarez, conform\u00e9ment \u00e0 la consigne de l\u2019Ap\u00f4tre, ne plus pouvoir prendre de repas avec moi. Aussi briserai-je les scrupules d\u2019un c\u0153ur inculte et vous servirai-je, dans un triple r\u00e9cit, en guise des pains mentionn\u00e9s plus haut, la vie des trois Abb\u00e9s du Jura, c\u2019est-\u00e0-dire des saints P\u00e8res Romain, Lupicin et Oyend. Sans doute, c\u2019est une vie contemplative que la v\u00f4tre : le premier suit l\u2019exemple du premier Jean et se penche sur le tombeau de saint Maurice, chef de la l\u00e9gion des martyrs th\u00e9bains, comme autrefois se penchait sur le c\u0153ur de l\u2019Auteur du salut l\u2019Ap\u00f4tre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, confident des myst\u00e8res divins, tandis que le second, tel la colombe de l\u2019arche flottante, enferm\u00e9 l\u00e0, au monast\u00e8re, dans la seconde cl\u00f4ture d\u2019une cellule particuli\u00e8re, se rit de l\u2019assaut des tourbillons du monde. Ni l\u2019un ni l\u2019autre pourtant ne saurait, sans une nourriture spirituelle, s\u2019adonner \u00e0 ces exercices tout \u00e0 fait en s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, s\u2019il est reconnu que votre Agaune, d\u2019apr\u00e8s son antique nom gaulois, est, selon la v\u00e9ridique pr\u00e9figuration de Pierre, \u00ab pierre \u00bb non seulement d\u00e8s l\u2019origine, de par la nature, mais maintenant aussi par son \u00e9glise, que votre Charit\u00e9 veuille pourtant admettre \u00e9galement que c\u2019est parmi les for\u00eats de pins et de sapins du Jura qu\u2019a jadis \u00e9t\u00e9 \u00ab d\u00e9couverte \u00bb all\u00e9goriquement par le psalmiste \u00ab dans les champs de la for\u00eat \u00bb cette pierre qui maintenant, l\u2019\u00e9nigme de la figure une fois r\u00e9solue, est foul\u00e9e en ce lieu par de saints fr\u00e8res avec la s\u00e9curit\u00e9 de gens qui embo\u00eetent le pas.<\/p>\n<p>Et bien que la pauvret\u00e9 du style ne puisse faire p\u00e2lir l\u2019\u00e9clat des vertus, je vous demande pourtant de m\u2019accorder les suffrages de votre Charit\u00e9, de fa\u00e7on que, si un auteur inhabile est peut-\u00eatre incapable de vous ouvrir dignement le secret des m\u00e9rites et de la noble vie des v\u00e9n\u00e9rables Abb\u00e9s, du moins leur saintet\u00e9, rutilant assez de sa propre splendeur, ne puisse \u00eatre d\u00e9figur\u00e9e par les propos sortis de notre bouche bavarde.<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Vie du Saint abb\u00e9 Romain<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8276\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.03.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"596\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.03.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.03-226x300.jpg 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>Des v\u00e9n\u00e9rables P\u00e8res du Jura, pr\u00e9c\u00e9demment nomm\u00e9s, je m\u2019efforcerai donc d\u2019exposer fid\u00e8lement, au nom du Christ, et les actes, et la vie, et la r\u00e8gle, selon ce qu\u2019ici j\u2019ai vu moi-m\u00eame ou entendu rapporter par les anciens. Et tout d\u2019abord, c\u2019est le bienheureux Romain, en sa qualit\u00e9 de v\u00e9ritable porte-\u00e9tendard dans les combats du Seigneur, que je proposerai comme mod\u00e8le \u00e0 votre vie religieuse et \u00e0 l\u2019arm\u00e9e des moines, afin qu\u2019une sainte \u00e9mulation vous entra\u00eene sur ses traces. Ce Romain donc, qui, le premier des trois et d\u00e8s les origines, re\u00e7ut le titre d\u2019abb\u00e9, \u00e9tait d\u2019une assez bonne famille, \u00e0 en juger par la lign\u00e9e des descendants issus de celle-ci, et originaire, comme on nous l\u2019apprend, de la Gaule S\u00e9quanaise. Avant lui, dans cette province, aucune sorte de moine ne s\u2019\u00e9tait vou\u00e9, pour faire profession religieuse, \u00e0 la solitude ou aux observances communautaires.<\/p>\n<p>Il n\u2019\u00e9tait pas, certes, particuli\u00e8rement instruit, mais, m\u00e9rite plus rare, il \u00e9tait dot\u00e9 d\u2019une puret\u00e9, d\u2019une charit\u00e9 sans \u00e9gales, au point qu\u2019on ne le vit ni, dans son enfance, s\u2019adonner aux fol\u00e2treries pu\u00e9riles, ni, dans la force de l\u2019\u00e2ge, s\u2019asservir aux passions humaines et aux liens du mariage. C\u2019est dans sa trente-cinqui\u00e8me ann\u00e9e environ qu\u2019attir\u00e9 par les retraites du d\u00e9sert, apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 sa m\u00e8re, sa s\u0153ur et son fr\u00e8re, il p\u00e9n\u00e9tra dans les for\u00eats du Jura proches de son domaine. Parcourant en tous sens ces for\u00eats appropri\u00e9es et favorables \u00e0 son id\u00e9al de vie, il finit par trouver, au-del\u00e0, parmi des vall\u00e9es bord\u00e9es de rochers, un endroit d\u00e9couvert propice \u00e0 la culture : l\u00e0, les escarpements de trois montagnes s\u2019\u00e9cartent un peu l\u2019un de l\u2019autre, laissant entre eux un replat de quelque \u00e9tendue. Comme en ce lieu se rejoignent les lits de deux cours d\u2019eau, le site o\u00f9 se \u00ab constitue \u00bb une rivi\u00e8re unique ne tarda pas \u00e0 \u00eatre appel\u00e9 couramment Condadisco.<\/p>\n<p>Le nouvel h\u00f4te, cherchant une demeure r\u00e9pondant \u00e0 ses v\u0153ux, trouva du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019orient, au pied d\u2019une montagne rocheuse, un sapin tr\u00e8s \u00e9pais, \u00e9cartant en cercle sa ramure et qui, d\u00e9ployant sa large chevelure, couvrit le disciple de Paul comme autrefois le palmier avait couvert Paul lui-m\u00eame. En dehors du p\u00e9rim\u00e8tre couvert par l\u2019arbre, une source s\u2019\u00e9panchait et offrait ses ondes glac\u00e9es: ses eaux vives, aujourd\u2019hui encore, conduites jusqu\u2019au monast\u00e8re par des tuyaux de bois, sont mises \u00e0 la disposi\u00adtion de ses chers enfants comme un signe visible de l\u2019h\u00e9ritage qu\u2019il leur a laiss\u00e9.<\/p>\n<p>Donc le sapin lui procurait, avons-nous dit, contre les ardeurs de la canicule et la froidure des pluies, un toit continuellement verdoyant, comme si, gr\u00e2ce aux m\u00e9rites du saint, il connaissait un printemps perp\u00e9tuel. Il y avait en outre quelques arbustes sauvages qui fournissaient leurs baies, acides sans doute pour les voluptueux, mais douces pour celui dont les sens sont en paix. Au moment o\u00f9 le saint y entra, la r\u00e9gion situ\u00e9e en aval du confluent se trouvait, \u00e9tant donn\u00e9 la raret\u00e9 de ceux qui s\u2019y fixaient, s\u00e9par\u00e9e des lieux habit\u00e9s par de vastes espaces ; car la richesse de la culture, au loin, dans la plaine, n\u2019avait laiss\u00e9 personne traverser une succession de for\u00eats pour venir s\u2019\u00e9tablir au voisinage de Condat. D\u2019autre part, si quelqu\u2019un d\u00e9cidait, avec une t\u00e9m\u00e9raire audace, de couper \u00e0 travers les solitudes sans chemin pour gagner le territoire des \u00c9questres, sans parler de la densit\u00e9 de la for\u00eat et des amas d\u2019arbres tomb\u00e9s, les cr\u00eates tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es o\u00f9 vivent les cerfs et les vall\u00e9es escarp\u00e9es des daims permettraient \u00e0 peine \u00e0 cet homme, m\u00eame robuste et agile, d\u2019effectuer le trajet en une longue journ\u00e9e de solstice. Quant \u00e0 parcourir l\u2019\u00e9tendue de cette cha\u00eene par la droite, sinistre \u00e0 vrai dire, je veux dire en partant de la limite du Rhin, d\u2019o\u00f9 souffle l\u2019Aquilon, et en se dirigeant vers les confins du pays de N\u00eemes, personne ne le pourrait, en raison de la distance et des difficult\u00e9s d\u2019un relief inaccessible.<\/p>\n<p>Ayant donc apport\u00e9 des semences et une pioche, le bienheureux commen\u00e7a, en ce lieu, tout en pratiquant assid\u00fbment la pri\u00e8re et la lecture, \u00e0 satisfaire par le travail manuel, selon l\u2019institution monastique, aux besoins d\u2019une modeste existence; il \u00e9tait largement dans l\u2019abondance, puisqu\u2019il n\u2019avait besoin de rien ; il donnait assez, puisqu\u2019il n\u2019avait pas \u00e0 pr\u00e9lever sur ses ressources la part des pauvres ; il ne portait point ses pas au-del\u00e0 de sa retraite; il ne revenait pas non plus en de\u00e7\u00e0; en ermite, il priait sans cesse; en vrai moine, il travaillait afin de pourvoir lui-m\u00eame \u00e0 sa subsistance.<\/p>\n<p>En effet, avant d\u2019embrasser la vie religieuse, il avait connu le v\u00e9n\u00e9rable Sabin, abb\u00e9 du Confluent lyonnais, sa r\u00e8gle laborieuse et la vie de ses moines; puis, comme une abeille butineuse, apr\u00e8s avoir recueilli en chacun d\u2019eux les fleurs de leurs perfections, il \u00e9tait rentr\u00e9 chez lui. De ce monast\u00e8re aussi, sans rien manifester de ses tr\u00e8s saintes ambitions, il emportait le livre de la <em>Vie des saints P\u00e8res<\/em> et les remarquables <em>Institutions des Abb\u00e9s: <\/em>son habile insistance lui permit de se les faire donner \u00e0 force de pri\u00e8res ou de les acqu\u00e9rir \u00e0 prix d\u2019argent.<\/p>\n<p>En ce lieu dont nous avons parl\u00e9, l\u2019imitateur d\u2019Antoine, l\u2019antique ermite, jouissait depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 d\u2019une vie ang\u00e9lique et, en dehors de la contem\u00adplation divine, ne jouissait que de la vue des b\u00eates sauvages et, rarement, de celle des chasseurs. Or voici que son v\u00e9n\u00e9rable fr\u00e8re Lupicin \u2014 l\u2019Abb\u00e9 dont j\u2019\u00e9crirai bient\u00f4t la vie\u2014, Lupicin son cadet par la naissance, mais bient\u00f4t, par la saintet\u00e9, son \u00e9gal, averti de nuit par son fr\u00e8re dans une vision, quitta pour l\u2019amour du Christ celles que le bienheureux Romain avait d\u00e9j\u00e0 laiss\u00e9es, sa s\u0153ur et sa m\u00e8re, et, avec ardeur, gagna la cabane de son fr\u00e8re et adopta son \u00e9tat de vie. On ne pouvait douter, et l\u2019\u00e9v\u00e9ne\u00adment le prouva, que dans cet humble nid, dans ce coin retir\u00e9 du d\u00e9sert, tous deux, semblables \u00e0 une paire de tourterelles ou \u00e0 deux jeunes colombes, concevraient, par l\u2019inspiration du Verbe divin, une descendance spiri\u00adtuelle, et distribueraient un peu partout, aux monast\u00e8res et aux \u00e9glises du Christ, le fruit de leur chaste enfantement.<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, deux jeunes clercs du municipe de Nyon, ayant eu connaissance de la renomm\u00e9e et du genre de vie des saints \u2014 le risque encouru \u00e9tait grand, mais leur foi plus grande encore \u2014 s\u2019en viennent \u00e0 travers cette r\u00e9gion impraticable, en errant \u00e7a et l\u00e0 dans le d\u00e9sert, ignorants qu\u2019ils \u00e9taient du s\u00e9jour des pieux solitaires. On dit que, la veille, le saint abb\u00e9 Romain pr\u00e9dit \u00e0 son fr\u00e8re leur arriv\u00e9e imminente : \u00ab <em>Deux jeunes hommes, dit-il, attir\u00e9s par le d\u00e9sir de nous imiter, viendront vers nous demain : l\u2019a\u00een\u00e9, ayant perdu son \u00e9pouse, observe la continence ; l&rsquo;autre poss\u00e8de, intact, le privil\u00e8ge de la virginit\u00e9.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Comme le berceau des saints, si je puis dire, ne pouvait plus qu\u2019avec peine contenir leur nombre accru, ils s\u2019\u00e9ta\u00adblirent non loin de l\u2019arbre, sur une sorte de petite colline en pente douce o\u00f9 se trouve maintenant, en souvenir, l\u2019oratoire r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la pri\u00e8re priv\u00e9e ; apr\u00e8s avoir d\u00e9grossi \u00e0 la doloire et poli avec le plus grand soin des pi\u00e8ces de bois, ils se construisirent des huttes et en pr\u00e9par\u00e8rent d\u2019autres pour ceux qui arriveraient.<\/p>\n<p>Entre-temps, la renomm\u00e9e des saints s\u2019\u00e9tait r\u00e9pandue si loin, de tous c\u00f4t\u00e9s, que la suave odeur de leurs m\u00e9rites faisait maudire les horreurs et la puanteur du si\u00e8cle \u00e0 des foules de croyants, et les d\u00e9terminait \u00e0 fuir le monde afin de suivre, pour le Seigneur, la vocation du renoncement et de la perfection. Quelques-uns venaient l\u00e0 pour con\u00adtempler les merveilles de la nouvelle institution et pour rapporter chez eux le beau pr\u00e9sent de son exemple. D\u2019autres y amenaient des hommes tourment\u00e9s par les d\u00e9mons ou par les autres fant\u00f4mes diaboliques, afin que la pri\u00e8re des saints, jointe \u00e0 leur propre foi, les gu\u00e9r\u00eet ; on amenait des fous et des paralytiques. La plupart de ces malades, apr\u00e8s avoir recouvr\u00e9 la sant\u00e9, retourn\u00e8rent chez eux ; mais d\u2019autres rest\u00e8rent au monast\u00e8re, observant je\u00fbnes et veilles avec tant de componction que, par un admirable retour des choses, ils chassaient d\u00e9sormais des poss\u00e9d\u00e9s, en moins de temps qu\u2019il ne faut pour le dire, le diable avec ses satellites et ses ministres, et que ceux qui voyaient cela s\u2019\u00e9criaient : \u00ab <em>C\u2019est vraiment l\u00e0 un change\u00adment d\u00fb \u00e0 la droite du Tr\u00e8s-Haut.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Issue de deux fondateurs, la sainte communaut\u00e9, comme une moisson tr\u00e8s abondante, destin\u00e9e \u00e0 coup s\u00fbr \u00e0 remplir les greniers du Seigneur, et encore \u00e9pargn\u00e9e par l\u2019ivraie malfaisante, se d\u00e9veloppait dans l\u2019unit\u00e9 de la foi et de la charit\u00e9, au point que l\u2019on voyait ces loges suffire \u00e0 peine au logement de ceux qui y \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 log\u00e9s. Alors les essaims v\u00e9n\u00e9rables des P\u00e8res se dispers\u00e8rent de tous c\u00f4t\u00e9s, comme d\u2019une ruche pleine, projet\u00e9s au loin par le Saint-Esprit, si bien que non seulement les r\u00e9gions recul\u00e9es de la province de S\u00e9quanie, mais beaucoup de contr\u00e9es \u00e9loign\u00e9es, un peu partout, se remplissaient, par la sainte propagation de cette race divine, de monast\u00e8res et d\u2019\u00e9glises. Mais c\u2019est dans sa source, d\u2019o\u00f9 ces institutions d\u00e9riv\u00e8rent comme autant de ruisseaux, que l\u2019institution des Ma\u00eetres, pourtant ancienne, montra toujours le plus de puret\u00e9 et de fra\u00eecheur.<\/p>\n<p>C\u2019est que les deux P\u00e8res se surpassaient mutuelle\u00adment par des qualit\u00e9s compl\u00e9mentaires et indispensables dans l\u2019art de diriger et de gouverner. Car si le bienheureux Romain \u00e9tait tr\u00e8s mis\u00e9ricordieux envers tous, d\u2019un calme parfait, son fr\u00e8re \u00e9tait plus s\u00e9v\u00e8re, et pour corriger et diriger les autres, et d\u2019abord envers lui-m\u00eame. Romain, tout espoir de pardon f\u00fbt-il perdu, usait spontan\u00e9ment d\u2019indulgence envers les coupables ; l\u2019autre, craignant que des peccadilles r\u00e9p\u00e9t\u00e9es n\u2019aboutissent \u00e0 la faute, bl\u00e2mait avec beaucoup de vigueur. Romain n\u2019imposait pas aux fr\u00e8res plus de privations que leur propre volont\u00e9 ne pouvait en accepter ; Lupicin, lui, offrant son exemple \u00e0 tous, ne permettait \u00e0 personne de se soustraire \u00e0 ce que l\u2019aide de Dieu rend possible.<\/p>\n<p>Leur renomm\u00e9e \u00e9tant parvenue jusqu\u2019\u00e0 saint Hilaire, \u00e9v\u00eaque d\u2019Arles, celui-ci convoqua le bienheureux Romain, non loin de la ville de Besan\u00e7on, par des clercs envoy\u00e9s \u00e0 cet effet ; exaltant, dans un magnifique \u00e9loge, son initiative et son genre de vie, il lui conf\u00e9ra l\u2019honneur de la pr\u00eatrise et le laissa rentrer, combl\u00e9 d\u2019honneur, au monast\u00e8re. Il faut savoir qu\u2019Hilaire, fort de l\u2019appui du patrice et du pr\u00e9fet, et revendiquant ind\u00fbment pour lui-m\u00eame un pouvoir monarchique sur les Gaules, avait, sans aucune raison, d\u00e9pos\u00e9 de son si\u00e8ge \u00e9piscopal le v\u00e9n\u00e9rable C\u00e9lidoine, patriarche de ladite m\u00e9tropole. Aussi fut-il, au tribunal du bienheureux pape L\u00e9on, \u00e0 Rome, convaincu d\u2019avoir mal agi, et bl\u00e2m\u00e9 officiellement par l\u2019autorit\u00e9 apostolique pour abus de pouvoir, tandis que C\u00e9lidoine \u00e9tait r\u00e9tabli dans ses fonctions \u00e9piscopales. Ajoutons que nous poss\u00e9dons, ins\u00e9r\u00e9e parmi les canons avec le compte rendu du jugement, la d\u00e9cr\u00e9tale adress\u00e9e \u00e0 cette occasion par ce v\u00e9n\u00e9rable pape aux \u00e9v\u00eaques de Gaule, dans laquelle, rabattant les vaines pr\u00e9tentions d\u2019Hilaire, il r\u00e9tablit dans les Gaules l\u2019antique privil\u00e8ge des m\u00e9tro\u00adpolitains.<\/p>\n<p>Donc, le bienheureux Romain, rev\u00eatu du sacerdoce, comme nous l\u2019avons dit, rentra au monast\u00e8re ; mais se souvenant de son premier engagement, il faisait si peu de cas, dans son humilit\u00e9 monastique, du prestige attach\u00e9 au minist\u00e8re eccl\u00e9siastique, que, lors des solennit\u00e9s, les fr\u00e8res pouvaient tout juste l\u2019obliger \u00e0 se tenir plus haut qu\u2019eux pour le sacrifice. Les autres jours, moine parmi les moines, il ne laissait para\u00eetre en sa personne aucun signe de l\u2019\u00e9minente dignit\u00e9 sacerdotale. Mais, tandis que je rapporte ce trait d\u2019un homme aussi saint, mon imagination \u00e9voque ces gens qui, vou\u00e9s d\u2019abord \u00e0 la vie monastique, parviennent, \u00e0 force d\u2019ambition enrag\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 la cl\u00e9ricature : alors, aussit\u00f4t, ils se pavanent sur les cothurnes de leur pr\u00e9tention et veulent surpasser, ces jouvenceaux parfum\u00e9s et d\u00e9licats, non seulement leurs \u00e9gaux en \u00e2ge, plus m\u00e9ritants qu\u2019eux, mais les moines \u00e2g\u00e9s et les anciens ; et sans m\u00eame poss\u00e9der au moins les premiers rudiments du savoir, ils s\u2019efforcent de tr\u00f4ner, du haut de leur chaire et de leur sacerdoce, eux qui auraient encore besoin, \u00e0 cause de leur vanit\u00e9 et de leur l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 juv\u00e9niles, d\u2019\u00eatre remis en place \u00e0 coups de verges.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est une autre histoire. Nous qui courons au port par le droit chemin, d\u00e9tournons notre discours de cette voie scabreuse. D\u00e9cid\u00e9s \u00e0 nous taire sur ce point, t\u00e2chons maintenant d\u2019expliquer par suite de quelles circonstances le site de la communaut\u00e9 de Condat, peupl\u00e9 d\u2019un nombre \u00e9tonnant et inou\u00ef de moines, avait d\u00e9sormais de la peine \u00e0 fournir leur subsistance, non seulement aux foules qui s\u2019y rendaient, mais m\u00eame aux fr\u00e8res. C\u2019est qu\u2019en ce lieu la culture languissait maintenant : accroch\u00e9e aux collines ou adoss\u00e9e aux pentes, au milieu des saillies rocheuses et des bosses, ruin\u00e9e par le ruissellement fr\u00e9quent sur un sol rocailleux, elle \u00e9tait r\u00e9duite et difficile, tant par l\u2019exigu\u00eft\u00e9 des champs que par la m\u00e9diocrit\u00e9 des r\u00e9coltes et le rendement incertain. Si en effet les rigueurs de l\u2019hiver, non seulement recouvrent, mais ensevelissent le pays sous les neiges, au printemps en revanche, en \u00e9t\u00e9, en automne, ou bien le sol, surchauff\u00e9 par la r\u00e9verb\u00e9ration de la chaleur sur les rochers voisins, est en feu, ou bien des pluies d\u00e9sesp\u00e9rantes emportent dans les torrents, non seulement la terre ameublie pour les cultures, mais souvent aussi les terrains incultes et durs eux-m\u00eames, avec l\u2019herbe, les arbres et les arbustes ; le roc est mis \u00e0 nu : la gl\u00e8be elle-m\u00eame est enlev\u00e9e aux moines, aux eaux elle est apport\u00e9e.<\/p>\n<p>Or, dans leur d\u00e9sir d\u2019\u00e9viter jusqu\u2019\u00e0 un certain point, ce fl\u00e9au, les tr\u00e8s saints P\u00e8res, dans les for\u00eats voisines, nullement d\u00e9pourvues d\u2019endroits moins en pente et plus fertiles, coup\u00e8rent les sapins, arrach\u00e8rent les souches ; avec la serpe, ils d\u00e9frich\u00e8rent et firent des pr\u00e9s unis ; avec la charrue, ils \u00e9galis\u00e8rent le sol et firent des champs, de sorte que ces terrains propices aux cultures adoucirent l\u2019indigence des habitants de Condat. Pourtant, chacun des deux monast\u00e8res \u00e9tait soumis \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 des deux Abb\u00e9s. Toutefois, le P\u00e8re Lupicin vivait plus particuli\u00e8rement, et plus librement, \u00e0 Laucone \u2014 c\u2019est le nom que porte ce lieu \u2014, \u00e0 tel point que, \u00e0 la mort du bienheureux Romain, il n\u2019y laissa pas moins de cent cinquante fr\u00e8res, qu\u2019il avait form\u00e9s suivant sa propre discipline.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8274\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.01.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"372\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.01.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.01-300x248.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEn outre, non loin de l\u00e0, sur une falaise \u00e9lev\u00e9e, domin\u00e9e par un rocher naturel et bord\u00e9e par un arc rocheux recelant dans ses flancs de vastes cavernes, les saints, d\u2019apr\u00e8s la tradition, \u00e9tablirent, guid\u00e9s dans leur choix par l&rsquo;affection familiale, une M\u00e8re pour une communaut\u00e9 de vierges, et assum\u00e8rent en ce lieu le gouvernement de cent cinq moniales. La plate-forme, surmontant des escarpe\u00adments inaccessibles, et taill\u00e9e par la nature au pied des parois \u00e9lev\u00e9es de l\u2019arc rocheux, ne comportait, de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, aucune issue ; vers l\u2019orient, en revanche, apr\u00e8s un petit d\u00e9fil\u00e9, on d\u00e9bouchait soudain sur des terres et sur des sols unis. C\u2019est l\u00e0, pour ainsi dire dans ce d\u00e9fil\u00e9 m\u00eame, que les bienheureux P\u00e8res construisirent une basilique, qui non seulement re\u00e7ut la d\u00e9pouille mortelle des vierges, mais eut l\u2019honneur aussi de contenir le tombeau du h\u00e9ros m\u00eame du Christ, Romain. Si grande \u00e9tait alors la rigueur des observances dans ce monast\u00e8re, que toute vierge entr\u00e9e l\u00e0 pour le renoncement n\u2019\u00e9tait plus jamais vue au dehors, sinon lorsqu\u2019on la portait dans sa tombe, lors de son dernier voyage. Et lorsqu\u2019une m\u00e8re avait par hasard son fils \u00e0 Laucone, le monast\u00e8re voisin, ou qu\u2019une s\u0153ur y avait son fr\u00e8re, aucun des deux ne savait, par la vue ou par ou\u00ef-dire, si l\u2019autre \u00e9tait encore vivant, si bien que chacun d\u2019eux consid\u00e9rait l\u2019autre comme d\u00e9j\u00e0 enseveli : on craignait que la douceur des souvenirs familiaux ne bris\u00e2t peu \u00e0 peu, par une sorte d\u2019amollissement, les liens de la profession religieuse. Mais il me faut maintenant revenir au bien\u00adheureux Romain et au monast\u00e8re de Condat.<\/p>\n<p>Tandis que s\u2019accomplissaient ces \u0153uvres, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019admirable vie des moines, l\u2019Ennemi du nom chr\u00e9tien, le diable, indign\u00e9 de voir l\u2019\u00e9tendue du renoncement faire surgir quotidiennement tant de vocations, osa diriger sur le bienheureux Romain, sous pr\u00e9texte de lui donner un conseil salutaire, les traits de son antique envie. Agissant sur l\u2019un des anciens, qui br\u00fblait de jalousie, il le persuade de tenir ce langage : \u00ab <em>Il y a longtemps, saint Abb\u00e9, que je m\u00e9dite de sugg\u00e9rer \u00e0 ta Charit\u00e9 certains amendements int\u00e9ressant ton salut et ta mani\u00e8re de gouverner ; et puisque l\u2019occasion d\u00e9sir\u00e9e nous m\u00e9nage une entrevue particuli\u00e8re, permets-moi, je te prie, de m\u2019ouvrir \u00e0 toi de pens\u00e9es salutaires que, depuis longtemps, je renferme en mon c\u0153ur.<\/em> \u00bb Comme c\u2019\u00e9tait un ancien \u2014 moins par la saintet\u00e9 de sa vie que simplement par son grand \u00e2ge, qui lui inspirait de vaines pr\u00e9tentions \u2014, 1\u2019abb\u00e9 lui donna permission de le conseiller.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p>\u00ab<em> Je suis pein\u00e9, cher P\u00e8re, dit-il alors, de voir que tu te r\u00e9jouisses chaque jour, sans raison, du nombre \u00e9norme des conversions, et que tu admettes en masse \u00e0 la vie c\u00e9nobitique indiff\u00e9remment jeunes et vieux, gens malhonn\u00eates et honn\u00eates gens, au lieu de trier et de s\u00e9parer avec art une \u00e9lite de moines \u00e9prouv\u00e9s, et d\u2019\u00e9liminer, d\u2019expulser de notre bercail, comme des \u00eatres d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s et indignes, tout le reste. Vois donc ! Si tu examines bien, au cours d\u2019une inspection vigilante, nos cellules ou le quartier de la pri\u00e8re et de l\u2019h\u00f4tellerie, la foule m\u00eal\u00e9e des moines, comme je te l\u2019ai rappel\u00e9, n\u2019y laisse presque plus aucune place pour un nouvel arrivant. <\/em>\u00bb<\/p><\/blockquote><\/div>\n&nbsp;<br \/>\nInspir\u00e9 par Celui qui dans les \u00c9vangiles a promis : \u00ab <em>Je vous donnerai moi-m\u00eame une bouche et une sagesse, auxquelles vos adversaires ne pourront r\u00e9sister<\/em> \u00bb, le saint P\u00e8re s\u2019arma si promptement, contre l\u2019esprit de l\u2019antique pers\u00e9cuteur, du glaive de l\u2019Ap\u00f4tre, que la t\u00eate de l\u2019Ennemi aux aspects de serpent, prestement tranch\u00e9e par les paroles salutaires, tomba.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p> \u00ab <em>Dis-moi,<\/em> r\u00e9pliqua Romain<em>, \u00f4 toi qui d\u00e9sires pour nous une si petite commu\u00adnaut\u00e9, et \u00e0 qui, sans nul doute, si tu es r\u00e9ellement de pieux conseil, a \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9 un salutaire discernement : es-tu capable, parmi tous ces fr\u00e8res que tu vois alentour dans notre communaut\u00e9, d\u2019effectuer le tri et le partage, pour former les deux groupes dont tu parles, comme si, en les examinant l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, tu pouvais s\u00e9parer parfaite\u00adment, avant leur mort, les saints \u00e9prouv\u00e9s des insouciants et ceux qui vont \u00e0 leur perte de ceux qui sont parfaits ?, Peux-tu, imitant l\u2019Examinateur divin qui, seul, voit dans les c\u0153urs les secrets pass\u00e9s et futurs des hommes, faire des \u00e9lus et des damn\u00e9s sans dommage et p\u00e9ril pour ton propre salut ? Consid\u00e8re que le Dieu de majest\u00e9, dans son infatigable bont\u00e9 pour l\u2019humaine faiblesse, n\u2019use en aucun cas de sa prescience pour \u00e9lever quelqu\u2019un, avant la fin, au bonheur de sa droite \u2014 si l\u2019on excepte l\u2019assomption des bienheureux \u00c9noch et \u00c9lie \u2014 ou pour l\u2019enfermer tout de suite, en raison de ses fautes, dans l\u2019ab\u00eeme de la g\u00e9henne, dans la prison du gouffre. Et toi, aveugl\u00e9 par une erreur diabolique, c\u2019est d\u00e8s maintenant que tu oses \u00e9lire ou damner des hommes s\u00fbrement meilleurs que toi par le sentiment humble et juste de ce qu\u2019ils valent ! Ne lis-tu pas que Sa\u00fcl et Salomon, pour ne rien dire des autres, avaient \u00e9t\u00e9 choisis par le Seigneur pour \u00eatre rois d\u2019Isra\u00ebl, avant de sombrer dans leurs propres p\u00e9ch\u00e9s ? Que Judas aussi et Nicolas, appel\u00e9s parmi tous les autres aux plus hautes fonctions du minist\u00e8re sacr\u00e9, se perdirent, celui-ci au lacet de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie, celui-l\u00e0 au lacet d\u2019une corde ? Ne te souvient-il pas d\u2019Ananie et de Saffire ? Dans la primitive et tr\u00e8s pure moisson sem\u00e9e par les ap\u00f4tres, ils d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent, \u00e9touff\u00e9s par l\u2019ivraie, et, tombant du fa\u00eete de leur \u00e9lection, furent frapp\u00e9s par la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 divine d\u2019un ch\u00e2timent encore sans exemple. Et inversement, n\u2019est-ce pas pour toi un sujet d\u2019\u00e9tonnement, de v\u00e9n\u00e9ration, d\u2019admiration, que Saul, le pers\u00e9cuteur, soit devenu soudain Paul, le pr\u00e9dicateur; que Matthieu, le publicain, soit devenu tout \u00e0 coup le disciple du Christ ; l\u2019enfant prodigue, un fils g\u00e9n\u00e9reux ? Que Zach\u00e9e, enrichi par la fraude, soit maintenant \u00ab le fils du Patriarche \u00bb ? Ne voyons-nous pas aussi un crucifi\u00e9, un brigand condamn\u00e9 pour son crime, soudain gratifi\u00e9 des douceurs du Paradis avec le Seigneur ? Oh ! Combien d\u2019hommes \u00e0 citer, si je poursuivais cette revue, qui se sont \u00e9croul\u00e9s d\u2019une place \u00e9lev\u00e9e jusqu\u2019au fond de l\u2019ab\u00eeme, alors que plus d\u2019un aussi, de la place la plus humble et la plus basse, est mont\u00e9 \u00e0 des hauteurs sublimes ! Combien de moines enfin, tomb\u00e9s dans la d\u00e9bauche, pleurons-nous ! Et que de courtisanes, en revanche, que de bourreaux, touch\u00e9s par une soudaine inspiration, se sont, d\u2019apr\u00e8s les r\u00e9cits que nous lisons, \u00e9lanc\u00e9s m\u00eame au martyre.<\/em> <em>Et pour ne plus rien dire du pass\u00e9, n\u2019as-tu pas vu, ici m\u00eame, dans notre communaut\u00e9, quelques moines s\u2019attacher avec ardeur \u00e0 une r\u00e8gle de vie que, par la suite, apr\u00e8s un lent d\u00e9clin de ti\u00e9deur en ti\u00e9deur, ils foul\u00e8rent aux pieds ? Que de fois aussi des fr\u00e8res s\u2019\u00e9loign\u00e8rent-ils de la communaut\u00e9 sous le coup d\u2019une impulsion contraire ! Et parmi ces derniers, que de fois avons-nous vu l\u2019un ou l\u2019autre quitter \u00e0 nouveau le si\u00e8cle, revenir \u00e0 nous, une fois, deux fois, trois fois, et, malgr\u00e9 cela, retrouvant son courage, pers\u00e9v\u00e9rer jusqu\u2019\u00e0 la palme de la victoire dans la profession qu\u2019il avait depuis si longtemps abandonn\u00e9e ! Quelques-uns aussi, sans qu\u2019on puisse leur en faire un reproche, retourn\u00e8rent, non \u00e0 leurs vices, mais \u00e0 leur pays d\u2019origine, et l\u00e0 observ\u00e8rent notre r\u00e8gle avec tant d\u2019amour et de z\u00e8le, qu\u2019\u00e9lev\u00e9s au sacerdoce par l\u2019affection et le choix des fid\u00e8les, ils dirig\u00e8rent tr\u00e8s dignement monast\u00e8res et \u00e9glises du Christ. Et pour achever de t\u2019instruire sur ce sujet par un exemple encore tout frais dans ta m\u00e9moire, si tu veux bien te le rappeler, on dirait que tu n\u2019as pas vu, hier encore, dans notre propre monast\u00e8re, ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Maxence : apr\u00e8s s\u2019\u00eatre impos\u00e9 un d\u00e9pouille\u00adment et des privations inou\u00efs en Gaule, des veilles conti\u00adnuelles, apr\u00e8s avoir montr\u00e9 une application infatigable \u00e0 la lecture, \u2014 enj\u00f4l\u00e9 par le vice de l\u2019orgueil, il devint la proie du d\u00e9mon le plus immonde, et sa folie, sa rage d\u00e9pass\u00e8rent de beaucoup celles des gens qu\u2019il avait soign\u00e9s nagu\u00e8re, quand il \u00e9tait puissant du fruit de ses m\u00e9rites ; li\u00e9 de courroies et de cordes par ceux-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019il avait depuis longtemps gu\u00e9ris par la vertu du Seigneur, il fut enfin d\u00e9livr\u00e9 de l\u2019esprit funeste par une onction d\u2019huile sainte. Reconnais-le donc : c\u2019est le m\u00eame orgueil, inspir\u00e9 par le diable, qui secr\u00e8tement te pousse, et ton cas ne diff\u00e8re pas beaucoup de celui de Maxence : semblable \u00e0 lui par l\u2019envie m\u00e9chante et la jalousie qui t\u2019emportent, tu m\u00e9riterais aussi un ch\u00e2timent \u00e9gal au sien.<\/em> \u00bb <\/p><\/blockquote><\/div>\n&nbsp;<br \/>\nAtterr\u00e9 par ces paroles, le fr\u00e8re faillit s\u2019effondrer ; mais bient\u00f4t, gr\u00e2ce \u00e0 la pri\u00e8re du bienheureux, abandonnant sa pr\u00e9somption, il montra plus de componction et s\u2019amenda : ainsi l\u2019on voit souvent des poss\u00e9d\u00e9s, en proie au d\u00e9lire, se retrouver avec une \u00e2me plus pure et plus claire, une fois que les serviteurs du Christ ont chass\u00e9 d\u2019eux les d\u00e9mons.<\/p>\n<p>Cependant, ses projets d\u00e9jou\u00e9s par le serviteur du Christ, l\u2019antique Ennemi orienta sa rouerie coutumi\u00e8re vers des m\u00e9thodes plus souples : de la prosp\u00e9rit\u00e9, il fit na\u00eetre l\u2019adversit\u00e9, et incita les fr\u00e8res \u00e0 se dresser, non seulement contre la r\u00e8gle, mais presque contre le P\u00e8re lui-m\u00eame. De riches et amples r\u00e9coltes furent le point de d\u00e9part de cette nouvelle tactique ; puis, comme ils \u00e9taient combl\u00e9s par l\u2019abondance, il les amena, par un rel\u00e2chement quotidien, \u00e0 s\u2019enfler de vanit\u00e9 ; ensuite, les haussant pour ainsi dire sur les cothurnes de leur savoir, il leur inspira l\u2019orgueil. Je vais raconter cette affaire, que le fr\u00e8re de Romain, Lupicin, d\u00e9noua avec une finesse admirable, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un rem\u00e8de in\u00e9dit.<\/p>\n<p>Il arriva donc, une certaine ann\u00e9e, que ce monast\u00e8re \u2014 vu qu\u2019il \u00e9tait encore en la nouveaut\u00e9 de ses modestes cultures \u2014 fut favoris\u00e9, comme nous l\u2019avons dit, par une abondance inaccoutum\u00e9e de r\u00e9coltes ; enhardis par cette fertilit\u00e9, par cette f\u00e9condit\u00e9, certains fr\u00e8res, jugeant et m\u00e9prisant leur Abb\u00e9, s\u2019appliqu\u00e8rent avec trop de soin \u00e0 mettre dans leur ventre et leur gosier, non ce qui e\u00fbt suffi d\u2019apr\u00e8s la r\u00e8gle et la mesure fix\u00e9e, mais ce que permettait la surabondance. Comme le bienheureux Romain, avec l\u2019extr\u00eame b\u00e9nignit\u00e9 dont il \u00e9tait coutumier, les en avait bl\u00e2m\u00e9s \u00e0 plusieurs reprises, et qu\u2019ils avaient montr\u00e9 alors, non seulement plus d\u2019audace, mais, par suite de leur laisser-aller excessif, plus d\u2019impertinence, il fallut que cet Abb\u00e9 indulgent, dont la baguette \u00e9tait bien douce, requ\u00eet la verge s\u00e9v\u00e8re de son fr\u00e8re. Allant donc trouver Lupicin, il lui d\u00e9clare que ces viveurs vont maintenant jusqu\u2019\u00e0 se dresser contre son humble personne : de fait, livr\u00e9s au plaisir et \u00e0 l\u2019intemp\u00e9rance, ils refusaient d\u2019ob\u00e9ir et d\u2019observer la r\u00e8gle ! Alors l\u2019Abb\u00e9 Lupicin invite son fr\u00e8re \u00e0 rentrer en grand secret et lui fait savoir que, dans six jours exactement, il arrivera, comme \u00e0 l\u2019improviste, dans ce monast\u00e8re. Lupicin, dou\u00e9 d\u2019un esprit p\u00e9n\u00e9trant, ayant reconnu, d\u00e8s qu\u2019il fut l\u00e0, que toute cette insolence \u00e9tait nourrie par les incitations de la gourmandise, ne dit rien tout d\u2019abord, durant deux jours ; mais, le troisi\u00e8me, pr\u00e9textant la sati\u00e9t\u00e9 et le d\u00e9go\u00fbt des mets servis depuis son arriv\u00e9e, il demande \u00e0 prendre, pour l\u2019instant, des herbes am\u00e8res, qui lui redonneront, dit-il, de l\u2019app\u00e9tit. Et comme les fr\u00e8res en question d\u00eenent en m\u00eame temps que lui, il adresse, d\u2019un air gai, cette demande \u00e0 l\u2019Abb\u00e9 Romain : \u00ab <em>Comme nourriture, seigneur mon fr\u00e8re, fais-nous pr\u00e9parer demain, pour une l\u00e9g\u00e8re collation, une simple bouillie de farine d\u2019orge non tamis\u00e9e ; et m\u00eame, parce que je l\u2019aime beaucoup ainsi, que votre Bont\u00e9, je l\u2019en supplie, ordonne de la servir sans sel ni huile<\/em>\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Personne n\u2019osant dire non ou murmurer, on sert le lendemain, aussi bien aux viveurs qu\u2019aux asc\u00e8tes, l\u2019ancien menu modifi\u00e9 ; comme Lupicin et son fr\u00e8re avaient pris sur eux cette innovation, sans demander, comme on dit, son avis \u00e0 l\u2019estomac, nos gourmets quittent la table totale\u00adment \u00e0 jeun. Alors, l\u2019Abb\u00e9 Lupicin, les raillant sans en avoir l\u2019air :<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p>\u00ab <em>Si tu veux bien, dit-il, tr\u00e8s aimable fr\u00e8re, m\u2019accorder quelque satisfaction, je te supplie de nous faire rassasier chaque jour, jusqu\u2019\u00e0 ce que je quitte ton monast\u00e8re pour rentrer \u00e0 Laucone, avec de semblables friandises. Mais, je l\u2019avoue \u00e0 ta Charit\u00e9, voici la requ\u00eate, presque la supplique que je m\u00e9dite : que tu quittes ces lieux pour aller vivre \u00e0 Laucone, tandis que moi je resterai continuellement ici pour profiter, avec messeigneurs et fr\u00e8res, d\u2019aussi d\u00e9licieux festins.<\/em> \u00bb<\/p><\/blockquote><\/div>\n&nbsp;<br \/>\nQuand la m\u00e9diocre bouillie, la bouillie de l\u2019\u00e9preuve, eut \u00e9t\u00e9 servie pour la troisi\u00e8me fois, toute la Boursoufflure, avec ses promoteurs, \u00e0 la faveur de la nuit, disparut : aucun de ces hommes ne resta au monast\u00e8re, sinon ceux que n\u2019avait pas encore corrompus la Voracit\u00e9 goulue et gav\u00e9e.<\/p>\n<p>Au matin, le bienheureux Lupicin, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 la dispersion de ces bouff\u00e9es de fum\u00e9e :<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p>\u00ab <em>Eh bien ! maintenant, Romain mon fr\u00e8re, dit-il, fais r\u00e9tablir le r\u00e9gime normal, conforme aux usages ; car les gens de cette esp\u00e8ce avaient r\u00e9solu, je le vois bien, de servir non le Christ, mais leur ventre : maintenant que la paille a \u00e9t\u00e9 dispers\u00e9e au vent, garde le bon grain ; les choucas et les corbeaux se sont envol\u00e9s : nourris d\u00e9sormais dans la paix les tr\u00e8s douces colombes du Christ.<\/em> \u00bb<\/p><\/blockquote><\/div>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8277\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.04.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"261\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.04.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.04-300x174.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQuant aux miracles que l\u2019on rapporte de lui et qu\u2019il op\u00e9ra, ceint de la gr\u00e2ce divine, pour chasser les esprits impurs, j\u2019en raconterais tant bien que mal quelques-uns, mais beaucoup plus remarquables, probablement, furent ceux qu\u2019il voulut accomplir sous le seul regard de Dieu, afin de ne pas sortir de l\u2019obscurit\u00e9. Aussi, comme les gr\u00e2ces accord\u00e9es au m\u00e9rite et sans cesse renouvel\u00e9es sont un feu inextinguible, c\u2019est autour de son tombeau plus particuli\u00e8\u00adrement que le lecteur attentif et pieux ira chercher ces manifestations de l\u2019Esprit-Saint ; l\u00e0, chaque p\u00e8lerin, suivant sa foi et ses m\u00e9rites, trouvera plus \u00e0 croire que dans un r\u00e9cit, qui lui offrirait peut-\u00eatre des raisons de douter.<\/p>\n<p>Je me souviens pourtant que mon seigneur le bien\u00adheureux Oyend avait coutume de rapporter ce fait : parmi ceux qu\u2019il avait vus l\u00e0-bas, dans son enfance, tourment\u00e9s de fa\u00e7ons diverses, mais toujours par la m\u00eame Puissance, il avait vu un de ces infortun\u00e9s allong\u00e9, la face vers le bas, au-dessus du tombeau du bienheureux Romain, dans la posture habituelle des criminels et des sc\u00e9l\u00e9rats qui, par sentence des juges, sont fouett\u00e9s, les membres \u00e9cart\u00e9s et tendus par des cordes ; et l\u00e0, suspendu en l\u2019air \u00e0 une hauteur de deux coud\u00e9es, durant une demi-heure environ, l\u2019homme publiait, en criant et en se lamentant, les sc\u00e9l\u00e9ratesses et les crimes du d\u00e9mon qui le poss\u00e9dait. Mais, nous l\u2019avons dit, le bienheureux P\u00e8re mit tant d\u2019application \u00e0 se cacher, dans l\u2019accomplissement de ses miracles, que, s\u00fbrement, nous ne conna\u00eetrions m\u00eame pas celui qu\u2019il fit dans la paroisse de Poncin \u2014 o\u00f9, au cours d\u2019un voyage, il rendit la sant\u00e9 de la jeunesse \u00e0 une para\u00adlytique tomb\u00e9e en l\u00e9thargie \u2014, s\u2019il ne lui avait pas \u00e9t\u00e9 absolument impossible de tenir cach\u00e9e cette gu\u00e9rison, puisque le saint fr\u00e8re Pallade l\u2019accompagnait.<\/p>\n<p>Et puisque j\u2019ai mentionn\u00e9 Pallade, un homme si saint, fid\u00e8le soutien du bienheureux Romain, au monast\u00e8re comme en voyage, et qui fut son v\u00e9ritable compagnon en charit\u00e9, je raconterai encore le miracle auquel assista le m\u00eame fr\u00e8re et que Romain ne put cacher, parce que la nouvelle s\u2019en \u00e9tait r\u00e9pandue dans la population de toute une ville. Dans l\u2019ardeur de sa foi, il avait r\u00e9solu de se rendre \u00e0 Augaune \u00e0 la basilique des saints, je devrais plut\u00f4t dire au camp des martyrs, conform\u00e9ment au t\u00e9moignage fourni par le r\u00e9cit de leur passion \u2014 une passion qui, bien loin d\u2019avoir pu faire tenir six mille six cents hommes dans un b\u00e2timent, n\u2019a m\u00eame pas pu, je suppose, les enclore tous dans cette plaine.<\/p>\n<p>Comme il \u00e9tait parti pour Gen\u00e8ve, et que personne n\u2019avait \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 de l\u2019approche de ce pauvre \u2014 et lui-m\u00eame, certes, ne d\u00e9sirait nullement \u00eatre signal\u00e9 ou reconnu \u2014, il lui arriva, sur le soir, d\u2019entrer dans une grotte o\u00f9 demeuraient, sur le bord de la route, deux l\u00e9preux, un p\u00e8re et son fils. Les malheureux, heureux d\u00e9sormais, puisque la mis\u00e9ricorde entrait chez eux, \u00e9taient sortis et s\u2019\u00e9taient un peu \u00e9loign\u00e9s, afin de ramasser du bois pour leurs besoins ; le bienheureux Romain, apr\u00e8s avoir frapp\u00e9 \u00e0 l\u2019humble porte, l\u2019ouvre et p\u00e9n\u00e8tre dans la grotte. Comme ils venaient d\u2019achever la pri\u00e8re conform\u00e9ment aux devoirs de leur \u00e9tat, voici que les travailleurs, apportant leur bois, arrivent ; ils jettent leur fagot sur le seuil et, non sans embarras, d\u00e9couvrent ces h\u00f4tes inconnus et impr\u00e9vus. Mais saint Romain, avec cette gentillesse particuli\u00e8re que l\u2019on admirait en lui, les salue de fa\u00e7on tr\u00e8s aimable, les embrasse comme l\u2019e\u00fbt fait Martin, et, dans un tr\u00e8s saint \u00e9lan de foi et de charit\u00e9, leur donne \u00e0 chacun un baiser. Apr\u00e8s l\u2019oraison et les autres rites, tous mangent ensemble, en m\u00eame temps se reposent, de concert se l\u00e8vent ; au petit jour, rendant gr\u00e2ces \u00e0 Dieu et \u00e0 ses h\u00f4tes, il se remet en route.<\/p>\n<p>O merveille de la foi ! peu apr\u00e8s son d\u00e9part, la r\u00e9alisation du miracle rendit \u00e9clatante la ressemblance de Romain avec celui dont il n\u2019avait fait encore qu\u2019imiter la force d\u2019\u00e2me. En effet, comme les l\u00e9preux, tout en conver\u00adsant et en \u00e9voquant l\u2019image de leurs nobles h\u00f4tes, s\u2019\u00e9taient regard\u00e9s et consid\u00e9r\u00e9s mutuellement, ils poussent un cri de joie, se f\u00e9licitent l\u2019un l\u2019autre de leur commune gu\u00e9rison ; vite, ils courent \u00e0 la ville o\u00f9, pour leur avoir donn\u00e9 l\u2019aum\u00f4ne, beaucoup de gens les connaissaient. L\u00e0, devant le pontife et le clerg\u00e9, devant le peuple et les grands, ils proclament, par le t\u00e9moignage \u00e9vident de leur propre gu\u00e9rison, les bienfaits de la sant\u00e9 et les joies que procure le miracle. C\u2019est alors une \u00e9tonnante ru\u00e9e de la foule autour de chacun d\u2019eux : l\u2019auteur du miracle doit \u00eatre quelque part ; on \u00e9carquille les yeux, on le recherche activement. Lorsqu\u2019on eut appris qu\u2019il \u00e9tait parti en grande h\u00e2te d\u00e8s le point du jour, le pr\u00e9fet de la ville d\u00e9signe des hommes d\u2019\u00e9glise, auxquels il ordonne de se mettre en campagne pour cette sainte recherche et d\u2019aller garder les d\u00e9fil\u00e9s rocheux du mont Bret : on craignait que, s\u2019il venait \u00e0 se d\u00e9gager, \u00e0 son retour, de ce passage \u00e9troit et encaiss\u00e9, le conqu\u00e9rant du royaume c\u00e9leste ne p\u00fbt \u00eatre conquis par les Genevois.<\/p>\n<p>Donc, par des questions pos\u00e9es avec la plus grande pr\u00e9caution, les envoy\u00e9s le rep\u00e8rent ; puis, feignant une heureuse rencontre qui va leur permettre de l\u2019accompagner, ils le capturent dans le filet de l\u2019amiti\u00e9 ; soudain, l\u2019un d\u2019eux prend les devants et court porter la nouvelle \u00e0 la ville ; les autres l\u2019enveloppent si bien dans une pieuse conver\u00adsation qu\u2019il reste sans soup\u00e7ons, jusqu\u2019au moment o\u00f9 il tombe entre les mains de l\u2019\u00e9v\u00eaque et de la foule venus \u00e0 sa rencontre hors des remparts. Quant aux l\u00e9preux qu\u2019il avait gu\u00e9ris, comme nous l\u2019avons racont\u00e9, ils vont et viennent, tout en larmes, autour de lui, se jettent \u00e0 ses pieds, se prosternent devant lui. Devant leurs transports de joie, toute la cit\u00e9 en pleurs s\u2019est, elle aussi, purifi\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur par la foi, rejetant les p\u00e9ch\u00e9s accumul\u00e9s en elle par une contagion malsaine, tout comme les l\u00e9preux avaient quitt\u00e9 la d\u00e9froque d\u2019une affreuse maladie. Le serviteur du Christ est d\u2019abord emmen\u00e9, ou plut\u00f4t entra\u00een\u00e9, par le saint pontife ; puis c\u2019est l\u2019ensemble du clerg\u00e9 et des citoyens, ainsi que le peuple, hommes et femmes, une foule \u00e9norme et m\u00e9lang\u00e9e, qui, pour obtenir les rem\u00e8des du salut, l\u2019enveloppe et se presse autour de lui. Pourtant, comme serviteur du Christ, il les b\u00e9nit absolument tous, de fa\u00e7on tr\u00e8s adapt\u00e9e : il encourage ceux qui font les premiers pas dans la pratique religieuse ; il avertit les temporisateurs de ne pas attendre trop tard, \u00e0 cause de l\u2019incertitude de la vie, pour s\u2019amender ; ceux qui sont dans la peine, il les console avec une paternelle bont\u00e9 ; aux malades, selon leur foi, il rend la sant\u00e9 de jadis. Et il regagne au plus vite la communaut\u00e9, comme \u00e0 l\u2019ordinaire, craignant, \u00e9tant donn\u00e9 les s\u00e9ductions du si\u00e8cle enj\u00f4leur, d\u2019\u00eatre amolli par une conversation humaine, et de contracter peut-\u00eatre, par l\u2019ou\u00efe ou par la vue, quelque souillure.<\/p>\n<p>Mais le bienheureux Romain ne brillait pas seul au monast\u00e8re par ces dons miraculeux : gr\u00e2ce \u00e0 ce mod\u00e8le de perfection et de charit\u00e9, tous les fr\u00e8res, dans les merveilles qu\u2019ils accomplissaient, suivaient l\u2019exemple qu\u2019il offrait \u00e0 chacun. Ainsi, souvent, on voyait l\u00e0 beaucoup de personnes d\u00e9livr\u00e9es du venin des serpents ou d\u00e9barrass\u00e9es des troupes de d\u00e9mons. C\u2019est pourquoi aussi l\u2019antique Ennemi y tendait tant de pi\u00e8ges au troupeau du Seigneur et, sous l\u2019aiguillon de l\u2019envie, r\u00f4dait autour du bercail du troupeau du Seigneur avec une rage si effr\u00e9n\u00e9e, que, renon\u00e7ant m\u00eame \u00e0 la s\u00e9rie des tentations, c\u2019\u00e9tait par la pression physique de phantasmes hostiles et monstrueux qu\u2019il s\u2019effor\u00e7ait de faire fuir les moines hors de la communaut\u00e9. Je raconterai donc comment l\u2019Ennemi engagea la lutte, en ce lieu, avec l\u2019un des fr\u00e8res : cet exemple montrera plus facilement, \u00e0 qui d\u00e9sire le savoir, ce que fut, en ce temps-l\u00e0, la constance de tous les autres.<\/p>\n<p>Il y avait au monast\u00e8re, parmi ces hommes \u00e0 miracles dont nous avons parl\u00e9, un diacre, nomm\u00e9 Sabinien, qui, par la saintet\u00e9 de son \u00e2me et de son corps, imita le premier homme charg\u00e9 de ce minist\u00e8re, \u00c9tienne : par sa puret\u00e9, il s\u2019attacha \u00e0 suivre son coll\u00e8gue, et il manifesta par sa vertu qu\u2019il \u00e9tait son disciple. Jouant un r\u00f4le utile, il gouvernait activement, pour les besoins de la communaut\u00e9, les moulins et les pilons \u00e9tablis sur la rivi\u00e8re voisine, sous le monast\u00e8re m\u00eame de Condat. Du fond de la vall\u00e9e, non seulement de jour, mais de nuit, il grimpait \u00e0 la h\u00e2te aux r\u00e9unions conventuelles et devan\u00e7ait presque tous les moines \u00e0 la synaxe.<\/p>\n<p>Le diable s\u2019en prit \u00e0 lui : toutes les nuits, \u00e0 tous moments, il le tourmentait avec un tel d\u00e9cha\u00eenement de fureur qu\u2019il ne lui accordait m\u00eame pas un court moment de repos. Car, outre des chocs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s contre les murs, il crevait \u00e0 grand fracas de pierres son pauvre toit, \u00e0 tel point que le fr\u00e8re avait bien de la peine \u00e0 r\u00e9parer chaque jour les d\u00e9g\u00e2ts de la nuit. Mais comme le Malin constatait l\u2019inutilit\u00e9 de sa malice, tant qu\u2019elle s\u2019exer\u00e7ait au dehors, entrant une nuit dans la logette, en pr\u00e9sence du diacre, il tira du foyer un tison, puis, courant \u00e7\u00e0 et l\u00e0, vif et all\u00e8gre, il s\u2019effor\u00e7ait de mettre le feu \u00e0 la cellule : il y r\u00e9ussissait assur\u00e9ment, si le saint diacre, sur ses gardes, et stimul\u00e9 par son amour du Seigneur, n\u2019avait pas veill\u00e9.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019il l\u2019avait chass\u00e9 en invoquant le nom du Christ, voici que, la nuit suivante, le diable quitte son apparence masculine, et c\u2019est sous l\u2019aspect de deux jeunes filles qu\u2019il se pr\u00e9sente, pour le faire tomber, au tr\u00e8s chaste serviteur de Dieu. Tandis que celui-ci veille, pr\u00e8s du foyer, la porte est forc\u00e9e et, avec des mots tr\u00e8s tendres, le dur tentateur entre dans la cabane. Mais, provoqu\u00e9 d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre par toutes sortes d\u2019\u00e9clats de rire, le diacre ne daignait pas jeter les yeux sur ces apparitions abominables : alors l\u2019adversaire plein de m\u00e9chancet\u00e9 imagine, ou plut\u00f4t ajoute \u00e0 ses premiers actes, des choses plus d\u00e9testables encore. Retroussant le tissu vaporeux de ses v\u00eatements, il porte devant la face du serviteur du Christ, partout o\u00f9 celui-ci tourne son pudique regard, la nudit\u00e9 f\u00e9minine : puisqu\u2019il n\u2019a pu ma\u00eetriser son \u00e2me d\u2019homme, il veut du moins, encore plus habilement, souiller ses regards et ses yeux si chastes. Mais lui, recon\u00adnaissant, dans la double vision, un monstre unique.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p>\u00ab<em> Quoi que tu fasses, Ennemi, <\/em>dit-il<em>, gr\u00e2ce au nom du Christ, tu ne seras pas assez fort pour me faire abandonner la place : car mon c\u0153ur, arm\u00e9 de l\u2019\u00e9tendard de la Passion du Seigneur, ne se laissera en rien corrompre par tes s\u00e9ductions ni abattre par la terreur. Pourquoi m\u2019assaillir tant de fois sous des aspects divers ? Tu rougis, n\u2019est-ce pas, insens\u00e9 que tu es : car moi, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide divine, je reste un seul et m\u00eame personnage, et tu ne me vois jamais autre que tu ne m\u2019as vu auparavant.<\/em> \u00bb<\/p><\/blockquote><\/div>\n&nbsp;<br \/>\nAlors, enflamm\u00e9 de fureur, le diable \u00e9loigne la vision de ces filles de rien et, d\u2019une brusque d\u00e9tente de son bras, frappe le diacre d\u2019un si violent soufflet que sa m\u00e2choire, non seulement enfla sous le coup, mais devint f\u00e9tide, se d\u00e9chira et se tordit. Puis, comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, il se volatise et dispara\u00eet dans les airs. Le matin, comme la communaut\u00e9, frapp\u00e9e de stupeur, demandait au saint comment lui \u00e9taient arriv\u00e9es ces ecchymoses et cette blessure, il raconta les actions de l\u2019infatigable Dresseur d\u2019emb\u00fbches ; puis, oignant aussit\u00f4t sa m\u00e2choire d\u2019huile sainte, il retourna \u00e0 sa cabane. Et d\u00e9sormais le Tentateur, m\u00e9pris\u00e9, ne risqua plus de vaines tentatives pour l\u2019abattre.<\/p>\n<p>Par la suite, saint Sabinien, un jour, aid\u00e9 par des fr\u00e8res, s\u2019appliquait \u00e0 grand soin \u00e0 exhausser la berge du canal amenant l\u2019eau du moulin, afin d\u2019activer le mouvement de la roue : on plantait une double rang\u00e9e de pieux, on tressait entre ceux-ci, selon la coutume, des tiges de saule, et l\u2019on remplissait l\u2019intervalle avec un m\u00e9lange de paille et de pierres. Or, tandis que les moines comprimaient avec force entre les claies les couches de mat\u00e9riaux, voici que soudain se faufile hors de la paille un \u00e9norme serpent, qui, aussit\u00f4t apr\u00e8s s\u2019\u00eatre montr\u00e9, dispara\u00eet. Cependant les fr\u00e8res, redoutant le venin de la vip\u00e8re, cherchent vainement, dans les eaux glaciales, la b\u00eate qui s\u2019y cache, et perdent \u00e0 cette t\u00e2che les heures de la journ\u00e9e sans accomplir aucun travail effectif.<\/p>\n<p>Alors le saint diacre, s\u2019adressant aux fr\u00e8res : \u00ab <em>Pourquoi, dit-il, restons-nous si longtemps dans l\u2019incer\u00adtitude et l\u2019appr\u00e9hension, redoutant l\u2019enveloppe de l\u2019antique Dresseur d\u2019emb\u00fbches ? \u2014 Viens, dit-il \u00e0 l\u2019un des fr\u00e8res, arme mes mains et mes pieds du signe de la Croix du Seigneur.<\/em> \u00bb Son compagnon, apr\u00e8s avoir dit une pri\u00e8re, s\u2019ex\u00e9cute ; le l\u00e9vite, entrant alors entre les claies du canal : \u00ab <em>Allons ! dit-il, \u00f4 toi notre Ennemi, le Dresseur d\u2019emb\u00fbches, nuis donc maintenant, et porte un coup, si tu es le plus fort, \u00e0 celui qui te foule aux pieds !<\/em> \u00bb Debout pr\u00e8s de l\u00e0, les fr\u00e8res se disaient les uns aux autres : \u00ab <em>Vraiment, notre l\u00e9vite que voil\u00e0 est de ceux auxquels le Sauveur a promis, dans l\u2019\u00c9vangile : Voici que je vous ai donn\u00e9 le pouvoir de marcher sur les serpents et sur les scorpions et sur toute puissance ennemie, et rien ne vous nuira. <\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Et maintenant, bien que nous ayons dit si peu de choses sur un sujet de pareille importance, nous allons terminer ce petit livre, car nous pr\u00e9f\u00e9rons voir le lecteur z\u00e9l\u00e9 rester sur sa soif, plut\u00f4t que de l\u2019endormir par notre prolixit\u00e9. Aussi, je vous le demande et je vous en supplie, fr\u00e8res que j\u2019ai nomm\u00e9s dans ma pr\u00e9face, faites \u00e9tat de ma bonne foi plus que de ma prose, et que ma loquacit\u00e9 ne vous choque pas plus que la rusticit\u00e9 des saints P\u00e8res n\u2019a d\u00e9plu au Seigneur. Il me reste pourtant \u00e0 vous pr\u00e9venir d\u2019une chose : puisque je vous ai promis pareillement un expos\u00e9 m\u00e9thodique de la R\u00e8gle de ces P\u00e8res, sachez que je le r\u00e9serve pour mon troisi\u00e8me opuscule. Il est plus normal en effet de vous le donner avec la vie de saint Oyend, puisque c\u2019est lui qui, sous l\u2019inspiration du Seigneur, perfectionna avec un soin particulier les primitives insti\u00adtutions. Pour l\u2019instant, ce premier opuscule achev\u00e9, j\u2019aborderai, dans le second, l\u2019histoire du saint P\u00e8re Lupicin.<\/p>\n<p>Ainsi donc, quand Romain, le h\u00e9ros du Christ, tout pr\u00e8s de sa fin, au terme d\u2019une vieillesse prolong\u00e9e, se sentit accabl\u00e9 par la faiblesse corporelle, il se rendit aupr\u00e8s de leur s\u0153ur, qu\u2019ils avaient mise \u00e0 la t\u00eate du monast\u00e8re de vierges situ\u00e9 dans ce cirque ou cette \u00ab Balme \u00bb \u2014 on l\u2019appelle de ce nom, gaulois je crois \u2014 ; assur\u00e9 d\u00e9sormais de son tr\u00e9pas par une r\u00e9v\u00e9lation du Seigneur, il voulait lui dire adieu. Mais terrass\u00e9 l\u00e0 par un mal violent, il manda les fr\u00e8res aupr\u00e8s de lui, et cette paix du Christ, qu\u2019il avait lui-m\u00eame gard\u00e9e toute sa vie gr\u00e2ce \u00e0 la puret\u00e9 et \u00e0 la douceur de son \u00e2me, il la distribua \u00e0 la foule de ses h\u00e9ritiers, en embrassant chacun d\u2019eux. Il termina par son fr\u00e8re Lupicin, lui donna sa b\u00e9n\u00e9diction, l\u2019embrassa et lui recommanda instamment toute la communaut\u00e9 dont il confia la direction \u00e0 sa charit\u00e9 pastorale. Et pur de toute faute comme exempt de tout reproche, contemplant la mort avec joie, il expira. Ses chers fils des deux monast\u00e8res port\u00e8rent son pauvre corps et l\u2019ensevelirent l\u00e0, dans la basilique, au sommet de la colline \u2014 nous en avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 au cours de notre r\u00e9cit. Ce lieu v\u00e9n\u00e9rable porte t\u00e9moignage des m\u00e9rites du saint : th\u00e9\u00e2tre d\u2019une brillante succession de miracles et de prodiges, il se pare chaque jour, \u00e0 chaque moment, d\u2019une nouvelle splendeur, pour la gloire des enfants de Romain.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8278\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.05.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"613\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.05.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/650px.05-220x300.jpg 220w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Introduction, texte critique, lexique, traduction et notes par Fran\u00e7ois Martine, <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/viedesperesdujur0000unse\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Sources chr\u00e9tiennes no. 142<\/a>, Les \u00e9ditions du Cerf, Paris, 1968, p. 237-307<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/pages-de-synaxaire\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Pages de Synaxaire\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"198\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/triomphe-orthodoxie.650px.p189.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/triomphe-orthodoxie.650px.p189.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/triomphe-orthodoxie.650px.p189-227x300.jpg 227w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Pages de Synaxaire<\/div><\/div><\/div>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2023\/01\/13\/jean_max_saints_occident\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Saint Jean de Changha\u00ef \u2014De la v\u00e9n\u00e9ration des saints d\u2019Occident\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"186\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Bamberger-Apokalypse-98.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Bamberger-Apokalypse-98.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/Bamberger-Apokalypse-98.650px-243x300.jpg 243w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Saint Jean de Changha\u00ef \u2014De la v\u00e9n\u00e9ration des saints d\u2019Occident<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">\u00ab\u2009Fixant les limites des peuples selon le nombre de Tes anges et rassemblant Ton \u00c9glise avec les fils d\u2019Adam dispers\u00e9s, multiplie en elle Tes saints, comme des \u00e9toiles dans les cieux, brillant en Orient et en Occident, au Septentrion et au Midi.\u2009\u00bb &nbsp; &nbsp;<\/div><\/div><\/div>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Vie et r\u00e8gle des saints p\u00e8res Romain, Lupicin et Oyend, abb\u00e9s des monast\u00e8res du Jura Pr\u00e9face &nbsp; L\u2019Ami&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8287,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[127,303,95,2,103],"tags":[130,566],"class_list":["post-8290","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-gaule","category-hagiographie","category-histoire","category-orthodoxie","category-saints-de-loccident","tag-gaule","tag-saint-romain"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8290","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8290"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8290\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8298,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8290\/revisions\/8298"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8287"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8290"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8290"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8290"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}