{"id":8152,"date":"2025-04-17T13:04:22","date_gmt":"2025-04-17T11:04:22","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=8152"},"modified":"2025-04-17T18:13:31","modified_gmt":"2025-04-17T16:13:31","slug":"crucifixion_01","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2025\/04\/17\/crucifixion_01\/","title":{"rendered":"Vendredi Saint ou le jour quand les hommes ont tu\u00e9 Dieu &#8211; Deuxi\u00e8me partie: la crucifixion I\/II"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Histoire de la crucifixion<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il semble bien que les Grecs, qui avaient la crucifixion en horreur, n\u2019en aient pas us\u00e9 chez eux. Il faut, en effet, arriver aux conqu\u00eates d\u2019Alexandre, qui l\u2019emprunta aux Perses, pour la voir entrer dans l\u2019histoire hell\u00e9nique. Elle continue \u00e0 y \u00eatre inflig\u00e9e sous les Diadoques, en Syrie sous les S\u00e9leucides, comme Antiochus Epiphane, en \u00c9gypte sous les Ptol\u00e9m\u00e9es. \u00c0 Syracuse, ville grecque, Denis le Tyran l\u2019avait peut-\u00eatre emprunt\u00e9e aux Carthaginois.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8121\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Hans_Memling_Passione.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"402\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Hans_Memling_Passione.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Hans_Memling_Passione-300x186.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Les Romains paraissent aussi l\u2019avoir adopt\u00e9e \u00e0 l\u2019exemple de Carthage, qui en faisait un fr\u00e9quent usage. Nous verrons cependant, en \u00e9tudiant l\u2019Instrument, que ce fut chez eux le terme d\u2019une \u00e9volution, dont le d\u00e9part \u00e9tait une simple punition relativement b\u00e9nigne, primitivement inflig\u00e9e aux esclaves. \u00c0 Rome, on mit d\u2019abord en croix, pendant les guerres, les d\u00e9serteurs et les voleurs, mais surtout les rebelles vaincus. Nulle part ce dernier motif ne fut plus largement invoqu\u00e9 qu\u2019en pays isra\u00e9lite\u00a0: depuis les 2\u2009000\u00a0Juifs s\u00e9ditieux crucifi\u00e9s par le l\u00e9gat de Syrie, Quintilius Varus, apr\u00e8s la mort d\u2019H\u00e9rode le Grand, jusqu\u2019aux h\u00e9catombes du si\u00e8ge de J\u00e9rusalem, o\u00f9 les Romains crucifiaient jusqu\u2019\u00e0 500\u00a0Juifs par jour, au t\u00e9moignage de Jos\u00e8phe, historien juif, mais favorable aux ma\u00eetres du monde.<\/p>\n<p>En temps de paix, c\u2019\u00e9tait avant tout le supplice des esclaves. Nombre d\u2019auteurs en font foi (Tite-Live, Cic\u00e9ron, Tacite). Les com\u00e9dies de Plaute, qui fourmillent d\u2019esclaves, sont pleines d\u2019allusions tr\u00e8s directes \u00e0 ce qu\u2019ils consid\u00e8rent sans illusion comme leur fin naturelle\u00a0: \u00ab\u2009<em>Mon p\u00e8re, mon grand-p\u00e8re, mon bisa\u00efeul, mon trisa\u00efeul, ont ainsi fini leur carri\u00e8re<\/em>\u2009\u00bb [<em>Miles gloriosus<\/em>].<\/p>\n<p>La croix avait \u00e9t\u00e9 d\u2019abord r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 leurs r\u00e9voltes en groupe comme celle de Spartacus\u2009; apr\u00e8s sa r\u00e9pression, 6\u2009000\u00a0croix jalonn\u00e8rent la route, depuis Capoue jusqu\u2019\u00e0 Rome. Plus tard, les propri\u00e9taires re\u00e7urent le droit de vie et de mort sans appel sur leurs esclaves consid\u00e9r\u00e9s comme un b\u00e9tail. L\u2019ordre de mort \u00e9tait\u00a0: \u00ab\u2009<em>Pone crucem servo<\/em>\u2014Impose la croix \u00e0 l\u2019esclave\u2009\u00bb et non pas\u00a0: mets l\u2019esclave en croix. Nous reviendrons sur cette importante question du <em>patibulum<\/em>, en \u00e9tudiant la croix. [\u2026]\n<h3 style=\"text-align: center;\">Instruments de la crucifixion<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8105\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Clous-Sainte-Croix.-reliquaire.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"474\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Clous-Sainte-Croix.-reliquaire.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Clous-Sainte-Croix.-reliquaire-300x219.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><br \/>\nLa croix, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, la croix r\u00e9glementaire, si l\u2019on peut dire, \u00e9tait form\u00e9e de deux pi\u00e8ces distinctes. D\u00e9j\u00e0 les Septante l\u2019appellent \u00ab\u2009<em>xulon\u00a0 didumon<\/em>\u00a0 \u2014\u00a0 le bois double\u2009\u00bb (Jos\u00a08,29). L\u2019une, verticale, plant\u00e9e \u00e0 poste fixe, \u00e9tait le \u00ab\u2009<em>stipes crucis<\/em>\u2009\u00bb\u2009; l\u2019autre, mobile et qu\u2019on fixait horizontalement sur la premi\u00e8re, s\u2019appelait le \u00ab\u2009<em>patibulum<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>1\u00b0 <em>Stipes crucis. <\/em>\u2014\u00a0Parlons fran\u00e7ais\u00a0: le tronc de la croix\u2009; car stipes veut dire tronc (d\u2019arbre), pieu et m\u00eame pal. C\u2019est lui que primitivement on d\u00e9signait par le mot croix. \u00ab\u2009<em>Crux<\/em>\u2009\u00bb, comme \u00ab\u2009<em>stauros<\/em>\u2009\u00bb en grec, n\u2019est qu\u2019un pieu fich\u00e9 verticalement en terre, de m\u00eame que \u00ab\u2009<em>skolops<\/em>\u2009\u00bb, qui veut dire pal. \u00c0 telle enseigne que <em>stauros<\/em> et <em>skolops<\/em> ont pu \u00eatre interchang\u00e9s et que certains auteurs ont pu employer le verbe \u00ab\u2009<em>anaskolopizein<\/em>\u2009\u00bb (empaler) pour le crucifiement de Saint-Pierre et celui de J\u00e9sus.<\/p>\n<p>Le sens de \u00ab\u2009<em>crux<\/em>\u2009\u00bb s\u2019est \u00e9tendu ensuite \u00e0 l\u2019ensemble ajust\u00e9 des deux bois, tel que nous l\u2019entendons aujourd\u2019hui. Mais nous verrons, chose plus \u00e9trange encore, que <em>crux<\/em> et <em>stauros<\/em> ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s, par synecdoque, pour d\u00e9signer isol\u00e9ment le <em>patibulum<\/em> amovible\u00a0: <em>Crucem portare<\/em> \u2014 <em>Stauron bastazein<\/em> \u2014 Porter sa croix.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la croix de saint Andr\u00e9, en X, elle est ignor\u00e9e des anciens auteurs. La premi\u00e8re mention en est faite au X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et la premi\u00e8re image est du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Quelle \u00e9tait la hauteur de ce <em>stipes<\/em>\u2009? Le P\u00e8re Holzmeister distingue la \u00ab\u2009<em>crux humilis<\/em>\u2009\u00bb, qui est courte et la \u00ab\u2009<em>crux sublimis<\/em>\u2009\u00bb, qui est longue. Mais toutes les citations qu\u2019il donne montrent clairement que la <em>crux sublimis<\/em> \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux personnages qu\u2019on voulait mettre en \u00e9vidence, qu\u2019il s\u2019ag\u00eet d\u2019un haut personnage, comme Regulus ou Bomilcar, \u00e0 Carthage, ou de l\u2019assassin espagnol \u00e0 qui C\u00e6sar Galba l\u2019accorda ironiquement, parce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait pr\u00e9tendu citoyen romain.<\/p>\n<p>Au contraire, la masse des croix \u00e9tait basse, <em>humilis<\/em>. Ceci permettait aux b\u00eates f\u00e9roces lanc\u00e9es dans l\u2019ar\u00e8ne de d\u00e9chirer les crucifi\u00e9s \u00e0 leur aise, et aux loups de l\u2019Esquilin (Horace) d\u2019en d\u00e9vorer les cadavres (il y avait sur les pentes de l\u2019Esquilin \u00e0 Rome une for\u00eat de <em>stipites<\/em> \u00e0 demeure). Su\u00e9tone rapporte de son c\u00f4t\u00e9 un ignoble trait de N\u00e9ron, qui se d\u00e9guisait en b\u00eate fauve dans l\u2019ar\u00e8ne, pour satisfaire son sadisme.<\/p>\n<p>Notons d\u2019ailleurs que la crucifixion devait \u00eatre singuli\u00e8rement simplifi\u00e9e, pour les bourreaux, par les croix basses, surtout quand le travail pressait et que les condamn\u00e9s \u00e9taient nombreux. Il ne faut jamais, dans toutes ces recherches sur un supplice qui \u00e9tait quotidien, oublier cette notion de commodit\u00e9 perfectionn\u00e9e par un long usage. Il faut toujours se mettre dans la peau d\u2019un bourreau.<\/p>\n<p>2\u00b0 <em>Patibulum-Furca. <\/em>\u2014\u00a0Le bois horizontal pr\u00e9sente, \u00e0 Rome du moins, une origine assez curieuse; ce fut d\u2019abord une \u00ab\u2009<em>furca<\/em>\u2009\u00bb. La <em>furca<\/em> \u00e9tait une pi\u00e8ce de bois en forme de V renvers\u00e9, sur laquelle, dans les remises, on faisait reposer le timon des chars \u00e0 deux roues. Quand on voulait punir un esclave, on lui mettait la <em>furca<\/em> \u00e0 cheval sur la nuque, on liait les mains aux deux branches et on le promenait dans le quartier, en lui faisant proclamer sa faute. D\u2019o\u00f9 l\u2019injure courante, dans Plaute, de \u00ab\u2009<em>furcifer<\/em> \u2014 porteur de furca\u2009\u00bb. On y trouve aussi\u00a0: \u00ab\u2009<em>Ita te forabunt patibulatum per vias stimulis<\/em> \u2014\u00a0 Car ils te m\u00e8neront \u00e0 coups d\u2019aiguillon par les rues, portant le <em>patibulum<\/em>\u2009\u00bb [Mostellaria, v. 56]\n<p>Bient\u00f4t cette promenade expiatoire s\u2019accompagna, apr\u00e8s d\u00e9nudation du condamn\u00e9, d\u2019une flagellation en r\u00e8gle pendant tout le trajet. Puis, pour plus de commodit\u00e9, on accrocha la <em>furca<\/em> \u00e0 un pieu vertical, ce qui permettait de le fouetter \u00e0 mort. C\u2019est ce qu\u2019on appelait encore du temps de N\u00e9ron [v. Su\u00e9tone, <em>La mort de N\u00e9ron<\/em>], punir \u00ab\u2009<em>more majorum<\/em>\u2009\u00bb, selon la coutume des anc\u00eatres. \u2014\u00a0\u00ab\u2009<em>Nulla causa est,<\/em> \u00e9crit Plaute, <em>quin pendentem me virgis verberes<\/em> \u2014 Je te donne le droit de me faire battre de verges, pendu \u00e0 la croix\u2009\u00bb [Casina, v. 1003] \u2014\u00a0\u00ab\u2009<em>Verberibus c\u00e6dere pendens<\/em> \u2014 Tu seras rou\u00e9 de coups sur la croix\u2009\u00bb [Mostellaria, v. 1167].<\/p>\n<p>Mais comme on n\u2019avait pas toujours sous la main une \u00ab\u2009<em>furca<\/em>\u2009\u00bb, on en vint \u00e0 utiliser une longue pi\u00e8ce de bois, qui servait \u00e0 barrer les portes et s\u2019appelait \u00ab\u2009<em>patibulum<\/em>\u2009\u00bb (de <em>patere<\/em> \u2014 \u00eatre ouvert). C\u2019est ainsi que la pi\u00e8ce horizontale de la croix, qui n\u2019\u00e9tait plus, bien entendu, prise \u00e0 une porte, devint une poutre rectiligne, port\u00e9e par le condamn\u00e9, du tribunal au camp des <em>stipites<\/em>. Il la portait g\u00e9n\u00e9ralement sur la nuque, les deux membres sup\u00e9rieurs \u00e9tendus et li\u00e9s sur elle, de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019il f\u00fbt d\u00e9sarm\u00e9. On comprend maintenant pourquoi la sentence de mort \u00e9tait\u00a0: \u00ab\u2009<em>Pose la croix sur l\u2019esclave<\/em>\u2009\u00bb. C\u2019est ce <em>patibulum<\/em>, que Tertullien compare \u00e0 la grande vergue unique du m\u00e2t des navires romains. [\u2026]\n<p>3\u00b0 <em>Connexion des deux bois <\/em>\u2014\u00a0Les deux bois \u00e9taient donc s\u00e9par\u00e9s\u2009; nous en verrons d\u2019autres preuves au portement de croix. Comment fixait-on le <em>patibulum<\/em> sur le <em>stipes<\/em>\u2009? \u00c0 priori on pouvait le faire de deux fa\u00e7ons, soit en l\u2019ins\u00e9rant sur une face du pieu, soit en le mettant en bout\u2009; on r\u00e9alisait soit une \u2020, soit un T, le <em>Tau<\/em> majuscule de l\u2019alphabet grec. Il ne semble pas y avoir un seul texte ancien pour \u00e9clairer ce probl\u00e8me de fa\u00e7on d\u00e9finitive et il faut en arriver \u00e0 Juste Lipse (XVI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle) pour voir baptiser, <em>par lui, <\/em>la \u2020 \u00ab\u2009<em>crux immissa<\/em>\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009<em>capitata<\/em>\u2009\u00bb et le T \u00ab\u2009<em>crux commissa<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Presque tous les arch\u00e9ologues modernes pensent que la croix romaine \u00e9tait en T (Voir Dom Leclerc, <em>Dict.\u00a0 D\u2019Arch\u00e9ologie<\/em>). Dans l\u2019art chr\u00e9tien, on peut voir \u00e0 toutes les \u00e9poques, les deux formes, bien que le Tau semble plus antique\u2009; nous y reviendrons \u00e0 propos de la croix de J\u00e9sus. Il est certain, si l\u2019on se met encore ici \u00e0 la place des bourreaux, que le T \u00e9tait beaucoup plus facile \u00e0 r\u00e9aliser, pour un charpentier. Il suffisait de creuser une mortaise au milieu du <em>patibulum<\/em> et d\u2019amincir le bout du <em>stipes<\/em> en un tenon. Avec une croix moyenne, de deux m\u00e8tres au maximum, l\u2019accrochage pouvait se faire ais\u00e9ment \u00e0 bout de bras. Oserai-je ajouter que le <em>patibulum<\/em> qu\u2019on montre \u00e0 Santa Croce de Rome, dans l\u2019escalier qui monte \u00e0 la chapelle des reliques, comme \u00e9tant celui du bon larron, porte pr\u00e9cis\u00e9ment cette mortaise\u2009?<\/p>\n<p>4\u00b0 <em>Sedile. <\/em>\u2014\u00a0Il est possible que, <em>dans certains cas, <\/em>on fixait \u00e0 la face ant\u00e9rieure du <em>stipes<\/em>, dans sa partie moyenne, une esp\u00e8ce de croc horizontal en bois, qui passait entre les cuisses et soutenait le p\u00e9rin\u00e9e. Ce qui le fait supposer, ce sont trois phrases de S\u00e9n\u00e8que (<em>Epistol\u00e6 morales<\/em>), o\u00f9 il est question de \u00ab\u2009<em>sedere cruce<\/em> \u2014 s\u2019asseoir sur la croix\u2009\u00bb et m\u00eame de \u00ab<em>\u2009acuta sedere cruce<\/em>\u2009\u00bb, comme si ce croc \u00e9tait \u00e0 bord aigu comme les chevalets des tortionnaires m\u00e9di\u00e9vaux. Le troisi\u00e8me texte parle de \u00ab\u2009<em>patibulo pendere, extendi et sustineri<\/em> \u2014 pendre au <em>patibulum<\/em>, y \u00eatre distendu et soutenu\u2009\u00bb. Saint Justin parle aussi du \u00ab\u2009<em>crucis lignum, quod medium est infixum, sicut cornu eminet, in quo insident crucifixi<\/em> \u2014 ce bois de la croix qui est fix\u00e9 au milieu, fait saillie comme une corne, sur lequel sont assis les crucifi\u00e9s\u2009\u00bb. Saint Ir\u00e9n\u00e9e dit que la croix \u00e0 cinq extr\u00e9mit\u00e9s\u2009; sur la cinqui\u00e8me se repose le crucifi\u00e9. Tertullien parle aussi [<em>Adv. Marcionem<\/em>] du \u00ab\u2009<em>sedilis excessus<\/em>\u2009\u00bb, qui rappelle la corne de la licorne. \u00ab\u2009<em>Sedile<\/em>\u2009\u00bb veut simplement dire un si\u00e8ge quelconque et c\u2019est probablement d\u2019apr\u00e8s ce passage que les auteurs modernes appellent le croc p\u00e9rin\u00e9al un \u00ab\u2009<em>sedile<\/em>\u2009\u00bb, qu\u2019on ne voit d\u00e9nommer nulle part ailleurs, que je sache.<\/p>\n<p>Nous verrons, en \u00e9tudiant les causes de la mort dans la crucifixion, que ce croc \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 prolonger consid\u00e9rablement l\u2019agonie, en diminuant la traction sur les mains, cause de t\u00e9tanie et d\u2019asphyxie. Il est plus que probable que toutes les croix ne le portaient pas, et qu\u2019on l\u2019ajoutait quand on avait dessein de prolonger le supplice. On s\u2019imagine sans peine que, lorsqu\u2019il fallait fabriquer des centaines de croix les charpentiers ne se souciaient point de compliquer les bois de justice, par un travail suppl\u00e9mentaire, qu\u2019ils savaient parfaitement inutile.<\/p>\n<p>Nous verrons d\u2019autre part, en \u00e9tudiant les plaies des mains, pour quelles raisons je suis convaincu de l\u2019absence de ce support dans la croix de J\u00e9sus. Cela explique d\u2019ailleurs en partie la bri\u00e8vet\u00e9 relative de son agonie.<\/p>\n<p>Le <em>sedile<\/em> n\u2019a presque jamais \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par les artistes, peintres ou sculpteurs. Ce fait n\u2019est d\u2019ailleurs pas un argument contre son existence historique, m\u00eame dans la Passion du Sauveur. Il signifie simplement, la chose est \u00e9vidente, que ce croc p\u00e9rin\u00e9al est essentiellement inesth\u00e9tique, pour ne pas dire ind\u00e9cent. C\u2019est pour de tout autres raisons que je l\u2019\u00e9limine en pleine conscience scientifique.<\/p>\n<p>5\u00b0 <em>Suppedaneum <\/em>\u2014\u00a0 Par contre, les artistes ont tr\u00e8s souvent repr\u00e9sent\u00e9, et les modernes repr\u00e9sentent presque toujours, les pieds de J\u00e9sus reposant sur une console horizontale ou oblique, sur laquelle ils sont clou\u00e9s. Je reviendrai sur ce \u00ab\u2009<em>suppedaneum<\/em>\u2009\u00bb, <em>qu\u2019aucun auteur ancien ne conna\u00eet, <\/em>affirme le P\u00e8re Holzmeister. La premi\u00e8re mention en est faite par Gr\u00e9goire de Tours [VI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle \u2014 <em>De gloria martyrii<\/em>]. Nous verrons, en \u00e9tudiant le clouage des pieds comment est n\u00e9e et s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e cette pure imagination d\u2019artiste.<\/p>\n<p>6\u00b0 <em>Instruments de fixation. <\/em>\u2014\u00a0Il faut bien se r\u00e9soudre \u00e0 admettre que l\u2019enclouage des mains et des pieds \u00e9tait le mode essentiel, habituel, de fixation \u00e0 la croix, quels que fussent le motif de condamnation et la situation sociale du condamn\u00e9. On clouait des esclaves comme des hommes\u00a0libres, des Juifs comme des Romains.<\/p>\n<p>L\u2019erreur initiale, qui attribue \u00e0 J\u00e9sus le monopole des clous, est attribuable \u00e0 Tertullien, qui \u00e9crivait [<em>Adv.\u00a0 Marcionem<\/em>] que \u00ab\u2009<em>Seul Il fut crucifi\u00e9 de fa\u00e7on si remarquable<\/em>\u2009\u00bb. L\u2019erreur a \u00e9t\u00e9 contresign\u00e9e de notre temps par Th.\u00a0 Mommsen, \u00e9minent historien certes, mais dont bien des th\u00e8ses ont \u00e9t\u00e9 depuis fort discut\u00e9es. Ce n\u2019est pas la seule fois que l\u2019\u00e9volution des sciences a inflig\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9tendue infaillibilit\u00e9 germanique de cruels d\u00e9mentis. C\u2019est \u00e0 cause de Tertullien que l\u2019iconographie chr\u00e9tienne repr\u00e9sente tr\u00e8s souvent J\u00e9sus entre deux larrons encord\u00e9s.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9 les deux modes de fixation (clous et cordes) ont \u00e9t\u00e9 en usage d\u00e8s le d\u00e9but chez les Romains. Mais ils \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s. Aucun texte, il faut y insister, n\u2019insinue ni ne permet de croire que les deux m\u00e9thodes aient \u00e9t\u00e9 jamais employ\u00e9es en m\u00eame temps, sur le m\u00eame crucifi\u00e9. Les experts savaient fort bien que trois clous, quatre au plus, \u00e9taient largement suffisants pour r\u00e9aliser une crucifixion rapide et solide. Tout le reste est pure imagination.<\/p>\n<p>Je pense m\u00eame que l\u2019enclouage \u00e9tait employ\u00e9 de beaucoup le plus souvent. Dans de tr\u00e8s nombreux textes, non seulement les clous sont formellement cit\u00e9s, mais aussi les coul\u00e9es de sang qui se r\u00e9pandaient des blessures sur la croix. Voyez ainsi, dans l\u2019<em>\u00c2ne d\u2019or<\/em> d\u2019Apul\u00e9e, \u00ab\u2009<em>ces sorci\u00e8res qui vont recueillir le sang des assassins adh\u00e9rent \u00e0 la croix, pour en exercer leur honteuse magie<\/em>\u2009\u00bb. Bien mieux, le terme technique qui en grec d\u00e9signe le plus souvent la crucifixion est \u00ab\u2009<em>prosh\u00e8loun<\/em>\u2009\u00bb ou son synonyme \u00ab\u2009<em>kath\u00e8loun<\/em>\u2009\u00bb, enclouer\u00a0: tous deux ont pour racine le substantif \u00ab\u2009<em>h\u00e8los<\/em>\u2009\u00bb, qui veut dire clou. \u2014\u00a0Et quand X\u00e9nophon d\u2019\u00c9ph\u00e8se rapporte qu\u2019en \u00c9gypte les crucifi\u00e9s \u00e9taient encord\u00e9s par les mains et par les pieds sur la croix, il note express\u00e9ment que c\u2019\u00e9tait un usage local; preuve qu\u2019ailleurs on enclouait plus g\u00e9n\u00e9ralement.<\/p>\n<p>Et qu\u2019on ne r\u00e9p\u00e8te plus que l\u2019encordage \u00e9tait l\u2019apanage des esclaves\u2009! Plaute, \u00e0 qui il faut toujours revenir pour les coutumes serviles, parle de <em>\u00ab\u2009adfigere\u2009<\/em>\u00bb, \u00ab\u2009<em>offigere\u2009<\/em>\u00bb. \u00ab\u2009<em>Te cruci ipsum propediem adfigent alii <\/em>\u2014 D\u2019autres te cloueront avant peu \u00e0 la croix\u2009\u00bb [Persa, v.\u00a0 295].\u00a0 \u2014\u00a0 \u00ab <em>Qui se fera crucifier \u00e0 ma place\u2009?<\/em> dit l\u2019esclave Tranion\u2009; <em>ego dabo ei talentum, primus qui in crucem excucurrerit, sed ea lege ut offigantur bis pedes, bis bracchia <\/em>\u2014 <em>Je donnerai un talent au premier qui aura couru \u00e0 la croix, mais \u00e0 la condition qu\u2019on lui cloue deux fois les pieds, deux fois les bras<\/em>\u00bb [Mostellaria, v. 359, 360]. Ce bis, d\u2019apr\u00e8s le contexte, signifie simplement qu\u2019il demande ironiquement deux clous pour chacun des quatre membres, pour \u00eatre plus certain que son rempla\u00e7ant ne s\u2019\u00e9chappera pas. Cela ne dit pas un clou pour chaque pied. Le dernier mot \u00ab\u2009<em>les bras<\/em>\u2009\u00bb \u00e9voque d\u00e9j\u00e0 (en l\u2019exag\u00e9rant) ce que nous d\u00e9montrerons exp\u00e9rimentalement\u00a0: la crucifixion, non dans les paumes, mais dans les carpes.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Modalit\u00e9s de la crucifixion<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8129\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Mathis_Gothart_Grunewald_062.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"962\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Mathis_Gothart_Grunewald_062.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Mathis_Gothart_Grunewald_062-203x300.jpg 203w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Portement de croix<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Donc, le condamn\u00e9, d\u00fbment flagell\u00e9 au pr\u00e9alable, faisait \u00e0 pied et sans v\u00eatement, en portant son <em>patibulum<\/em>, le trajet du tribunal au champ du supplice, o\u00f9 l\u2019attendait son <em>stipes<\/em>, au milieu d\u2019une for\u00eat de ses pareils.<\/p>\n<p>Disons tout de suite que l\u2019expression \u00ab\u2009<em>crucem portare<\/em> \u2014 en grec, <em>stauron bastazein<\/em> \u2014 porter sa croix\u2009\u00bb ne se trouve que dans des textes grecs ou rabbiniques (Plutarque, Art\u00e9midore, Chariton, <em>Commentaires juifs de la Gen\u00e8se<\/em>, <em>Nouveau Testament<\/em>). On ne la rencontre en latin que dans les versions latines de la Bible\u00a0: <em>crucem portare<\/em>, (Lc\u00a023,26)\u2009; <em>ferre<\/em> (<em>tollere<\/em>\u00a0 Mc\u00a0 8,34;\u00a0 15,21;\u00a0 Lc\u00a0 9,23) <em>bajulare<\/em> (Jn\u00a019,17\u2009; Lc\u00a014,27). C\u2019est par synecdoque, nous l\u2019avons vu, que la croix d\u00e9signe la partie horizontale de celle-ci.<\/p>\n<p>Chez les Latins, on ne trouve jamais cette locution \u00ab<em>\u2009crucem ferre<\/em>\u2009\u00bb, bien que nous ayons vu la formule de sentence \u00ab<em>\u2009pone crucem servo<\/em>\u2009\u00bb. Mais on dit \u00ab\u2009<em>patibulum ferre<\/em>\u2009\u00bb, porter son <em>patibulum<\/em>. Le d\u00e9tail de la man\u0153uvre est d\u00e9crit par Denis d\u2019\u00a0Halicarnasse [<em>Hist. Romaine<\/em>]. Le <em>patibulum<\/em> \u00e9tait plac\u00e9 sur les \u00e9paules et les deux membres sup\u00e9rieurs \u00e9tendus transversalement, puis cord\u00e9 sur la poitrine, les bras et les mains. C\u2019est donc uniquement le <em>patibulum<\/em> que portait le condamn\u00e9.<\/p>\n<p>Plaute, toujours lui, parmi d\u2019autres textes qu\u2019on pourrait citer, r\u00e9sume tout ceci en une formule lapidaire\u00a0: \u00ab\u2009<em>Patibulum ferat per urbem, deinde affigatur cruci<\/em>\u2014<em>Qu\u2019il porte son patibulum \u00e0 travers la ville, puis qu\u2019il soit clou\u00e9 \u00e0 la croix<\/em>\u2009\u00bb (Carbonaria). Le \u00ab\u2009<em>patibulatus<\/em>\u2009\u00bb \u00e9tait le condamn\u00e9 portant sa croix (Plaute, passim).<\/p>\n<p>Le<em> stipes crucis<\/em>, tout au contraire, attendait le condamn\u00e9 au lieu du supplice. Cic\u00e9ron [<em>Pro Rabinio<\/em>] invective contre Labienus, qui \u00ab\u2009<em>in Campo Martio \u2026 crucem ad civium supplicium defigi\u00a0 et\u00a0 constitui\u00a0 jussit<\/em>\u2014<em>a fait dans le Champ de Mars planter \u00e0 demeure la croix pour le supplice des citoyens<\/em>\u2009\u00bb. On retrouve ce \u00ab\u2009<em>planter \u00e0 demeure<\/em>\u2009\u00bb dans les Verrines et dans Jos\u00e8phe. Polybe cite m\u00eame, \u00e0 Carthage, un crucifi\u00e9 accroch\u00e9 \u00e0 une croix qui portait d\u00e9j\u00e0 un autre corps. [\u2026]\n<p>Un dernier argument vient appuyer cette coutume bien \u00e9tablie. C\u2019est que le <em>patibulum<\/em> pesait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 peu pr\u00e8s 50\u00a0kilos. La croix enti\u00e8re aurait d\u00e9pass\u00e9 100\u00a0kilos. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une rude \u00e9preuve que de porter le <em>patibulum<\/em>, pour un homme qui avait subi une s\u00e9v\u00e8re flagellation et par suite perdu une partie de son sang et de ses forces. Comment aurait-il pu porter une croix enti\u00e8re de plus de 100\u00a0kilos\u2009? Car il n\u2019est pas question de la tra\u00eener. On trouve dans tous les textes \u00ab<em>\u2009portare,\u00a0 bajulare,\u00a0 pherein,\u00a0 bastazein,\u00a0 <\/em>porter<em>\u2009\u00bb, <\/em>mais jamais \u00ab\u2009<em>trahere, surein, <\/em>tra\u00eener<em>\u2009\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Disons enfin que le porteur de croix \u00e9tait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un \u00e9criteau en bois, le \u00ab\u2009<em>titulus<\/em>\u2009\u00bb, sur lequel \u00e9tait \u00e9crit son nom et le crime pour lequel il \u00e9tait condamn\u00e9. Le <em>titulus<\/em> \u00e9tait ensuite fix\u00e9 sur la croix.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Mode de crucifixion<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8147\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Vangeli_di_Rabbula_Biblioteca_Medicea_Laurenziana_Cod._Plut._I_56_fol.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"763\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Vangeli_di_Rabbula_Biblioteca_Medicea_Laurenziana_Cod._Plut._I_56_fol.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Vangeli_di_Rabbula_Biblioteca_Medicea_Laurenziana_Cod._Plut._I_56_fol-256x300.jpg 256w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p>Tout ce que nous venons de dire sur le portement du seul patibulum et de la fixation sur place du <em>stipes crucis<\/em>, sous-entend ce mode de crucifixion, que mat\u00e9rialise la formule de Firmicus Maternus [Mathem.]\u00a0: \u00ab\u2009<em>Patibulo suffixus in crucem tollitur \u2014\u00a0 Le condamn\u00e9, clou\u00e9 au patibulum, est hiss\u00e9 sur la croix<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Si la crucifixion se fait par encordage, il suffit d\u2019accrocher le <em>patibulum<\/em>, sur lequel le patient est d\u00e9j\u00e0 encord\u00e9 puis de lui lier les pieds au stipes avec quelques tours de corde. \u2014\u00a0Si c\u2019est l\u2019enclouage, le condamn\u00e9 est d\u00e9cord\u00e9, puis couch\u00e9 \u00e0 terre, les \u00e9paules sur le <em>patibulum<\/em>. En tirant sur les mains, on les cloue aux deux bouts du <em>patibulum<\/em>. Puis on rel\u00e8ve l\u2019homme avec le <em>patibulum<\/em>, qu\u2019on accroche en haut du <em>stipes<\/em>. Apr\u00e8s quoi, on cloue les pieds \u00e0 plat sur celui-ci.<\/p>\n<p>Cette \u00e9l\u00e9vation devait se faire assez ais\u00e9ment, surtout si la croix n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s haute, ne d\u00e9passant pas deux m\u00e8tres. Quatre hommes pouvaient soulever, \u00e0 bout de bras, <em>patibulum<\/em> et condamn\u00e9, qui faisaient au plus une masse de 130\u00a0kilos. Ils pouvaient \u00e0 la rigueur faire monter \u00e0 reculons le patient, sur une petite \u00e9chelle appliqu\u00e9e au stipes. Si la croix \u00e9tait haute, ils devaient, s\u2019aider, soit de fourches pour soulever le <em>patibulum<\/em>, soit de deux \u00e9chelles plus grandes appliqu\u00e9es lat\u00e9ralement sur le <em>stipes<\/em>. De toute fa\u00e7on il n\u2019y avait gu\u00e8re de difficult\u00e9 \u00e0 vaincre.<\/p>\n<p>Cette technique est d\u2019autre part sugg\u00e9r\u00e9e par les expressions employ\u00e9es pour d\u00e9signer la crucifixion elle-m\u00eame. Toutes comportent une action d\u2019\u00e9l\u00e9vation\u00a0: en grec \u00ab\u2009<em>epibainein\u00a0 ton\u00a0 stauron,\u00a0 anabainein\u00a0 eis\u00a0 ton\u00a0 stauron<\/em>\u2009\u00bb \u2014 <em>monter en croix\u2009; <\/em>en latin \u00ab\u2009<em>in crucem ascendere<\/em>\u2009\u00bb, m\u00eame sens \u2014 <em>in crucem agi, tolli, elevari <\/em>\u2014 <em>\u00eatre hiss\u00e9 sur la croix <\/em>et m\u00eame \u00ab\u2009<em>in crucem salire<\/em>\u2009\u00bb que suppose un jeu de mot intraduisible de Plaute\u2009; l\u2019histrion Chrysale dit\u00a0: \u00ab\u2009<em>Facietque me Crucisalum ex Chrysalo<\/em> \u2014 <em>De Chrysale je deviendrai Monte-en-croix<\/em>\u2009\u00bb. \u2014\u00a0Il faut donc \u00e9liminer compl\u00e8tement la crucifixion sur la croix enti\u00e8re, couch\u00e9e \u00e0 terre et la crucifixion verticale sur la croix enti\u00e8re debout.<\/p>\n<p>Il semble que J\u00e9sus lui-m\u00eame ait d\u00e9crit cette technique, quand il pr\u00e9disait \u00e0 saint Pierre\u00a0: \u00ab\u2009<em>Extendes manus tuas et alius te cinget et ducet quo tu non vis \u2014 Tu \u00e9tendras les mains et un autre te ceindra et te conduira l\u00e0 o\u00f9 tu ne veux pas <\/em>(Jn\u00a021,18). L\u2019extension des mains \u00e9tait l\u2019application du <em>patibulum<\/em> au tribunal sur les \u00e9paules et les membres sup\u00e9rieurs du condamn\u00e9. On le ceignait d\u2019une corde pour le conduire au supplice. [\u2026]\n<h4 style=\"text-align: center;\">Portement de croix<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8138\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-raspyattretyakov12eeuw.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"687\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-raspyattretyakov12eeuw.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-raspyattretyakov12eeuw-284x300.jpg 284w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p>Il faut tout d\u2019abord admettre avec le P\u00e8re Lagrange et le P\u00e8re Huby, que J\u00e9sus, condamn\u00e9 par un Romain au supplice de la croix, \u00ab\u2009<em>more romano<\/em>\u2009\u00bb, n\u2019a port\u00e9 suivant la coutume romaine, que le <em>patibulum<\/em> et non la croix enti\u00e8re comme le repr\u00e9sentent la plupart des artistes. Nous avons vu que l\u2019expression \u00ab\u2009<em>porter sa croix<\/em>\u2009\u00bb, qu\u2019on ne trouve que dans des textes grecs ou traduits du grec en latin, \u00e9tait exactement synonyme du romain \u00ab\u2009<em>porter son patibulum<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Ce <em>patibulum<\/em> fut-il fix\u00e9 par des cordes sur les deux bras \u00e9tendus, comme c\u2019\u00e9tait l\u2019usage \u00e0 Rome\u2009? Ou le porta-t-il librement sur une \u00e9paule\u2009? Les \u00c9vangiles ne le disant pas formellement, il est difficile, de prime abord, de prendre un parti cat\u00e9gorique.<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019expression de saint Jean\u00a0: \u00ab\u2009<em>bastaz\u00f4n aut\u00f4 ton stauron \u2014 bajulans sibi crucem<\/em>\u2009\u00bb (se chargeant de sa croix) semble bien supposer le geste actif d\u2019empoigner lui-m\u00eame sa croix (Jn\u00a019,17).<\/p>\n<p>D\u2019autre part, le fait de Simon de\u00a0Cyr\u00e8ne para\u00eet aussi incliner la balance du c\u00f4t\u00e9 du port libre, sans cordes. D\u2019apr\u00e8s les quatre \u00c9vang\u00e9listes, J\u00e9sus a, tout au moins au sortir du pr\u00e9toire, port\u00e9 lui-m\u00eame sa croix (Jn\u00a019,16). (Jean ne parle pas de Simon). Puis, les soldats, voyant qu\u2019il n\u2019arriverait pas ainsi au Calvaire, ont forc\u00e9, d\u2019apr\u00e8s les Synoptiques, le Cyr\u00e9n\u00e9en \u00e0 porter la poutre (Lc\u00a023,26\u2009; Mc\u00a015,20\u2009; Mt\u00a027,32). Cela semble indiquer, sans certitude d\u2019ailleurs, qu\u2019elle \u00e9tait libre sur son \u00e9paule\u2009; quant \u00e0 Simon, il n\u2019y avait aucune raison valable pour lier un homme libre simplement r\u00e9quisitionn\u00e9. Luc seul ajoute qu\u2019il la portait derri\u00e8re (<em>opisthen<\/em>) J\u00e9sus (Lc\u00a023,26). Cela veut dire que J\u00e9sus marchait en avant, men\u00e9 par les soldats. Simon le suivait portant seul le <em>patibulum<\/em>. Nous sommes loin de l\u2019iconographie si fr\u00e9quente, o\u00f9 J\u00e9sus porte une immense croix, donc imagination d\u2019artiste\u2009; elle n\u2019est pas sans beaut\u00e9, ni sans intention mystique.<\/p>\n<p>Nous verrons d\u2019ailleurs que les plaies constat\u00e9es sur le Linceul et les taches de la Tunique d\u2019Argenteuil ne s\u2019expliquent (\u00e0 moins d\u2019admettre le portement de la croix enti\u00e8re, ce qui est certainement inexact) que par le raclement de la poutre glissant sur le dos qu\u2019elle \u00e9corche, au moment des chutes, o\u00f9 J\u00e9sus s\u2019\u00e9croule sous elle.<\/p>\n<p>Enfin les \u00c9vangiles attestent que J\u00e9sus ne fut pas soumis \u00e0 la coutume romaine, suivant laquelle les condamn\u00e9s marchaient au supplice compl\u00e8tement nus. \u00ab\u2009<em>Ils le d\u00e9pouill\u00e8rent de la chlamyde de pourpre et lui remirent ses v\u00eatements pour le mener crucifier<\/em>\u2009\u00bb (Mt\u00a027,40). Cette d\u00e9rogation s\u2019explique facilement par l\u2019habitude qu\u2019avaient les Romains de respecter les coutumes indig\u00e8nes. Jos\u00e8phe \u00e9crit [C. Appionem]\u00a0: \u00ab\u2009<em>Romani subjectos non cogunt patria jura transcendere \u2014 Les Romains ne forcent pas leurs sujets \u00e0 enfreindre les lois de leur patrie<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Ajoutons enfin que la fixation du <em>patibulum<\/em> sur les deux bras avait surtout pour but d\u2019\u00e9viter toute r\u00e9action violente du condamn\u00e9. Les soldats avaient bien d\u00fb se rendre compte que J\u00e9sus \u00e9tait parfaitement inoffensif. Le seul probl\u00e8me pour eux \u00e9tait de le mener vivant jusqu\u2019au Calvaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-8077 size-full\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/200px.-plates_3.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"308\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/200px.-plates_3.jpg 200w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/200px.-plates_3-195x300.jpg 195w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>Pierre Barbet<\/strong>, <em>La Passion de J\u00e9sus Christ selon le chirurgien<\/em>, M\u00e9diaspaul, Paris, 2011<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/la-semaine-sainte\/\" class=\"vlp-link\" title=\"La Semaine Sainte\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"178\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/epoux.650px.01.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/epoux.650px.01.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/epoux.650px.01-253x300.jpg 253w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">La Semaine Sainte<\/div><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2025\/04\/03\/flagellation\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Vendredi Saint ou le jour quand les hommes ont tu\u00e9 Dieu - Premi\u00e8re partie: la flagellation\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"183\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/NicholasOfVerdunKlosterneuburgBiddle.-650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/NicholasOfVerdunKlosterneuburgBiddle.-650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/NicholasOfVerdunKlosterneuburgBiddle.-650px-246x300.jpg 246w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Vendredi Saint ou le jour quand les hommes ont tu\u00e9 Dieu - Premi\u00e8re partie: la flagellation<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; La question est de savoir si cette flagellation fut celle qui l\u00e9galement pr\u00e9c\u00e9dait la mise \u00e0 mort, ou si elle a constitu\u00e9 un supplice \u00e0 part. Matthieu et Marc ne permettent pas de r\u00e9soudre ce probl\u00e8me car ils \u00e9crivent\u00a0: \u00ab\u2009Ayant fait flageller J\u00e9sus, il le livra pour \u00eatre crucifi\u00e9\u2009\u00bb (Mt\u00a027,26\u2009; Mc\u00a015,15). <\/div><\/div><\/div>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2025\/04\/17\/crucifixion_02\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Vendredi Saint ou le jour quand les hommes ont tu\u00e9 Dieu - Deuxi\u00e8me partie: la crucifixion II\/II\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"131\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Rembrandt.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Rembrandt.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-Rembrandt-300x261.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Vendredi Saint ou le jour quand les hommes ont tu\u00e9 Dieu - Deuxi\u00e8me partie: la crucifixion II\/II<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">Hauteur de la Croix &nbsp; &nbsp; Le P\u00e8re Holzmeister pense qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une croix \u00e9lev\u00e9e, \u00ab\u2009sublimis\u2009\u00bb. <\/div><\/div><\/div>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2025\/04\/17\/suplices\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Vendredi Saint ou le jour quand les hommes ont tu\u00e9 Dieu - Troisi\u00e8me partie: les autres suplices\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"180\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-moskoscrucdicedet.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-moskoscrucdicedet.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/650px.-moskoscrucdicedet-250x300.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Vendredi Saint ou le jour quand les hommes ont tu\u00e9 Dieu - Troisi\u00e8me partie: les autres suplices<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">Les\u00a0 s\u00e9vices\u00a0 de la nuit et du pr\u00e9toire &nbsp; Surtout entre les deux interrogatoires, o\u00f9 il fut la proie et la ris\u00e9e d\u2019une tourbe inf\u00e2me de valets du temple, \u00ab\u2009ces chiens sanguinaires\u2009\u00bb, comme dit saint Jean\u00a0Chrysostome. <\/div><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Histoire de la crucifixion &nbsp; Il semble bien que les Grecs, qui avaient la crucifixion en horreur, n\u2019en&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":8123,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[95,2,408,397,19],"tags":[411,565,511],"class_list":["post-8152","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","category-orthodoxie","category-paques","category-semaine-sainte","category-vivre-la-foi","tag-paques","tag-passion","tag-vendredi-saint"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8152","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8152"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8152\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8168,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8152\/revisions\/8168"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8123"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8152"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8152"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8152"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}