{"id":764,"date":"2019-12-23T12:25:39","date_gmt":"2019-12-23T11:25:39","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=764"},"modified":"2019-12-23T12:29:18","modified_gmt":"2019-12-23T11:29:18","slug":"la-confession-d-un-saint","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2019\/12\/23\/la-confession-d-un-saint\/","title":{"rendered":"La confession d\u2019un Saint"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\">LA VOIE DU ROYAUME<\/h3>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>p\u00e8re Arsenie Boca (\u20201989)<\/em><\/h4>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><em>C\u0103rarea \u00eemp\u0103r\u0103\u021biei<\/em>, Editura Sfintei Episcopii Ortodoxe Rom\u00e2ne a Aradului, Deva, 2006<\/h5>\n<p>Saint \u00c9phrem le Syrien, avec un grand talent litt\u00e9raire, racontait aux moines comment il est arriv\u00e9 \u00e0 la connaissance de Dieu \u00e0 travers un grand danger :<br \/>\n<!--more--><\/p>\n<div id=\"attachment_750\" style=\"width: 660px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-750\" class=\"wp-image-750 size-full\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/web.timis_15.jpg\" alt=\"L\u2019\u00e9glise en bois saint Jean Baptiste, village de Rom\u00e2ne\u0219ti\" width=\"650\" height=\"668\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/web.timis_15.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/web.timis_15-292x300.jpg 292w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><p id=\"caption-attachment-750\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019\u00e9glise en bois saint Jean Baptiste, village de Rom\u00e2ne\u0219ti, d\u00e9partement de Timi\u0219<\/p><\/div>\n<blockquote><p>Tant que je me suis trouv\u00e9 m\u00eal\u00e9 aux hommes du si\u00e8cle, l&rsquo;ennemi, abusant de ma jeunesse, \u00e9tait presque parvenu \u00e0 me persuader que tout dans la vie \u00e9tait livr\u00e9 aux caprices du hasard; je me trouvai alors \u00e0 peu pr\u00e8s semblable au navire priv\u00e9 de son gouvernail, de son pilote, et qui, dans cet \u00e9tat d&rsquo;abandon, recule, n&rsquo;avance pas, est sur le point de s&rsquo;engloutir, \u00e0 moins qu&rsquo;un ange ou un homme ne l&rsquo;arrache \u00e0 ce p\u00e9ril. Ce bonheur a \u00e9t\u00e9 le mien, lorsque, ballott\u00e9 au milieu d&rsquo;un monde orageux, je ne soup\u00e7onnais m\u00eame pas les nombreux \u00e9cueils dont j&rsquo;\u00e9tais environn\u00e9. Voici ce qu&rsquo;op\u00e9ra en ma faveur la divine Bont\u00e9.<br \/>\nTandis que je parcourais les r\u00e9gions centrales de la M\u00e9sopotamie, elle me fit rencontrer un berger qui me demanda de quel c\u00f4t\u00e9 je me dirigeais; lorsque j&rsquo;eus satisfait \u00e0 sa question, il repartit : \u00abSi vous voulez me croire, jeune homme, demeurez ici avec nous; voyez, le jour touche d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son d\u00e9clin.\u00bb Je me rendis \u00e0 une invitation si bienveillante. Au milieu de la nuit, des loups attaquent le troupeau et dispersent les brebis, tandis que le berger \u00e9tait enseveli dans le sommeil o\u00f9 l&rsquo;ivresse l&rsquo;avait plong\u00e9. Les ma\u00eetres surviennent, me saisissent comme si j&rsquo;\u00e9tais aussi coupable et me tra\u00eenent avec eux pour me faire condamner. Arriv\u00e9 devant le juge, je pr\u00e9sente ma justification, et je raconte exactement comment les faits s&rsquo;\u00e9taient pass\u00e9s. En m\u00eame temps on am\u00e8ne un homme qu&rsquo;on disait avoir \u00e9t\u00e9 surpris en adult\u00e8re; la femme \u00e9tait parvenue \u00e0 s&rsquo;\u00e9vader. Le juge diff\u00e9ra la d\u00e9cision et ordonna que cet homme f\u00fbt conduit dans la m\u00eame prison que moi; l\u00e0, nous trouv\u00e2mes un paysan qui avait \u00e9t\u00e9 incarc\u00e9r\u00e9 sous la pr\u00e9vention d&rsquo;homicide. Cependant mon compagnon n&rsquo;\u00e9tait pas un adult\u00e8re, le paysan n&rsquo;\u00e9tait pas un meurtrier, ni moi un voleur de troupeaux. A c\u00f4t\u00e9, dans une prison voisine, \u00e9taient gard\u00e9s le cadavre de l&rsquo;homme que le paysan \u00e9tait accus\u00e9 d&rsquo;avoir frapp\u00e9 de mort, le berger qui s&rsquo;\u00e9tait port\u00e9 mon accusateur, et l&rsquo;\u00e9poux qui se pr\u00e9tendait outrag\u00e9.<br \/>\nJe passai sept jours dans ces lieux; et le huiti\u00e8me, j&rsquo;aper\u00e7us pendant mon sommeil un jeune homme majestueux qui m&rsquo;adressa ces paroles : \u00abDonne-toi \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9, et tu reconna\u00eetras qu&rsquo;il existe une Providence. Repasse en ton esprit ce que tu as pens\u00e9 et ce que tu as fait, et tu comprendras par toi-m\u00eame que ceux qui agissent comme toi ne souffrent rien d&rsquo;injuste; et que les auteurs des crimes dont ils sont accus\u00e9s ne sauraient se d\u00e9rober aux ch\u00e2timents\u00bb. Je me r\u00e9veillai alors, et je t\u00e2chai de me rappeler ce que je venais de voir et d&rsquo;entendre dans cette vision.<br \/>\nApr\u00e8s un long examen de mes fautes et de mes erreurs pass\u00e9es, je me souvins parfaitement que dans ces m\u00eames parages o\u00f9 j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, il m&rsquo;\u00e9tait arriv\u00e9, je ne sais dans quelle intention perverse, de faire sortir au milieu de la nuit, de l&rsquo;endroit o\u00f9 elle \u00e9tait enferm\u00e9e, une vache appartenant \u00e0 un pauvre \u00e9tranger. Et que cette b\u00eate, pleine de son fruit et saisie de froid, avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9vor\u00e9e par quelque loup survenu \u00e0 cette heure.<br \/>\nJe fis part de mon songe et de la cause qui l&rsquo;avait fait na\u00eetre \u00e0 mes malheureux compagnons; touch\u00e9s \u00e0 la fois et avertis par mon exemple, ils se mirent \u00e0 raconter \u00e0 leur tour ce qui leur \u00e9tait arriv\u00e9. Le paysan fut le premier \u00e0 prendre la parole : \u00abQuant \u00e0 moi, dit-il, j&rsquo;aper\u00e7us un jour un homme qui se noyait, il ne d\u00e9pendait que de moi de le sauver, je ne voulus point aller \u00e0 son secours. Le second avoua qu&rsquo;il avait rendu un faux t\u00e9moignage contre une femme qui \u00e9tait poursuivie par la calomnie : Elle \u00e9tait veuve, ajouta-t-il, et ses fr\u00e8res, en la faisant condamner, ont r\u00e9ussi \u00e0 la d\u00e9pouiller de la part qui lui revenait de la succession de son p\u00e8re, et j&rsquo;ai re\u00e7u la somme dont nous \u00e9tions convenus pour prix de mon imposture\u00bb. En entendant ces aveux, je me sentis touch\u00e9 de componction et de repentir; je compris que nous ne souffrions, les uns et les autres, que ce que nous avions m\u00e9rit\u00e9. Si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 seul, j&rsquo;aurais pu croire que l&rsquo;accident qui m&rsquo;\u00e9tait arriv\u00e9 \u00e9tait l&rsquo;effet d&rsquo;un malheureux hasard. Mais nous \u00e9tions trois d\u00e9tenus plac\u00e9s dans les m\u00eames circonstances.<br \/>\nAvec nous s&rsquo;en trouvait un quatri\u00e8me qui se pr\u00e9sentait comme vengeur de ceux qu&rsquo;on accusait \u00e0 tort; il n&rsquo;en \u00e9tait ni le parent, ni l&rsquo;ami, ni le complice; aucun de nous ne se rappelait l&rsquo;avoir jamais vu; et cependant, il reproduisait \u00e0 nos yeux la tournure et les traits de celui qui m&rsquo;\u00e9tait apparu.<br \/>\nJe m&rsquo;endormis de nouveau; le m\u00eame personnage se pr\u00e9sente \u00e0 mes regards et me dit: \u00abVous verrez demain ceux dont vous avez fait le malheur et vous recevrez le prix du mensonge et de la calomnie\u00bbJe fus r\u00e9veill\u00e9 en sursaut et je demeurai tout pensif. Mes compagnons s&rsquo;adressant \u00e0 moi : Pourquoi, me dirent-ils, \u00eates-vous si triste ? je leur en fis conna\u00eetre le sujet, et je commen\u00e7ai \u00e0 redouter s\u00e9rieusement l&rsquo;issue de cette affaire; toutes mes id\u00e9es sur le hasard et son empire avaient d\u00e9j\u00e0 disparu. Mes compagnons partageaient ma vive anxi\u00e9t\u00e9. Le lendemain nous \u00e9tions \u00e0 peine en pr\u00e9sence du juge, que nous voyons arriver cinq nouveaux prisonniers que l&rsquo;on am\u00e8ne charg\u00e9s de fers. Mes compagnons furent cruellement battus de verges, et puis reconduits en prison; quant \u00e0 moi, je restai attendant ma sentence. Je vis compara\u00eetre deux hommes; c&rsquo;\u00e9taient les fr\u00e8res de cette veuve qui, victime d&rsquo;inf\u00e2mes calomnies, avait \u00e9t\u00e9 frustr\u00e9e de l&rsquo;h\u00e9ritage paternel; ils avaient \u00e9t\u00e9 saisis en flagrant d\u00e9lit, tandis que l&rsquo;un commettait un meurtre et l&rsquo;autre un adult\u00e8re. Ils avou\u00e8rent les crimes dont ils \u00e9taient accus\u00e9s. Mais la force des tortures les contraignit bient\u00f4t \u00e0 d\u00e9couvrir ceux-l\u00e0 m\u00eame qui les avaient aid\u00e9s \u00e0 les commettre. Le meurtrier d\u00e9clara qu&rsquo;\u00e0 une certaine \u00e9poque o\u00f9 il s&rsquo;occupait de commerce dans la ville, il avait entretenu des relations criminelles avec une femme. Et cette femme \u00e9tait celle pour qui \u00e9tait d\u00e9tenu un de mes compagnons de mis\u00e8re. On lui demanda comment il avait pu se sauver : \u00abTandis que nous \u00e9tions gard\u00e9s dans la maison, dit-il, un voisin arriva jusqu&rsquo;\u00e0 nous par une porte secr\u00e8te, il venait pour emprunter je ne sais quel objet; lorsqu&rsquo;il l&rsquo;eut re\u00e7u, la femme, qui m&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 fait descendre par une crois\u00e9e, le pria de la faire sortir de la m\u00eame mani\u00e8re, parce que, disait-elle, elle craignait l&rsquo;arriv\u00e9e de cr\u00e9anciers qui devaient venir la prendre. Pendant qu&rsquo;il se pr\u00eatait \u00e0 cet office, le mari survint en ce moment et le saisit; la femme et moi, nous pr\u00eemes la fuite.\u00bb O\u00f9 est maintenant cette femme ? demanda le juge. Le prisonnier ayant d\u00e9sign\u00e9 le lieu de sa retraite, le juge ordonna qu&rsquo;il f\u00fbt gard\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on e\u00fbt amen\u00e9 la femme devant lui.<br \/>\nL&rsquo;autre fr\u00e8re, qui avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 comme coupable d&rsquo;un commerce ill\u00e9gitime, avoua qu&rsquo;il avait aussi commis un meurtre; il \u00e9tait l&rsquo;assassin de l&rsquo;infortun\u00e9 que le paysan d\u00e9tenu avec moi \u00e9tait accus\u00e9 d&rsquo;avoir mis \u00e0 mort. Il d\u00e9clara donc que l&rsquo;\u00e9poux de la femme qui lui avait inspir\u00e9 une passion violente n&rsquo;existait plus. Un jour qu&rsquo;il se promenait dans son jardin vers le soir, je m&rsquo;approchai de lui comme pour le saluer; aussit\u00f4t je lui portai un coup mortel, et je pris la fuite. Les voisins accourus \u00e0 ses cris ne virent qu&rsquo;un pauvre laboureur que l&rsquo;exc\u00e8s de la fatigue avait profond\u00e9ment endormi, et qui ne savait rien de ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9; ils se saisirent n\u00e9anmoins de lui comme s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 coupable, et le firent mettre dans les fers. \u00abQui vous a donn\u00e9 ces d\u00e9tails ?\u00bb &#8211; demanda le juge. \u00abLa femme elle-m\u00eame\u00bb, r\u00e9pondit l&rsquo;accus\u00e9. \u00abO\u00f9 est-elle maintenant ?\u00bb Le prisonnier fit conna\u00eetre son nom et sa demeure, situ\u00e9e dans les alentours d&rsquo;une contr\u00e9e voisine. Il fut sur-le-champ ramen\u00e9 en prison.<br \/>\nLes trois autres prisonniers comparurent \u00e0 leur tour; l&rsquo;un \u00e9tait accus\u00e9 d&rsquo;avoir mis le feu \u00e0 des moissons; les deux autres d&rsquo;avoir commis de complicit\u00e9 un assassinat. Mais comme ils niaient tout, ils furent reconduits en prison, apr\u00e8s avoir re\u00e7u quelques coups de verges. Le juge venait de recevoir la nouvelle de la prochaine arriv\u00e9e de son successeur; il ne fut pas question de mon affaire dans cette audience, et on me donna l&rsquo;ordre de me retirer avec les autres. Nous \u00e9tions tous renferm\u00e9s dans le m\u00eame cachot. Le nouveau juge qui venait de s&rsquo;installer, \u00e9tait mon compatriote; mais longtemps j&rsquo;ignorai et son nom et son pays. Dans l&rsquo;intervalle comme on nous laissa en repos, nous li\u00e2mes amiti\u00e9 entre nous, par l&rsquo;habitude de vivre ensemble. Les premiers, un peu remis de leurs souffrances, racont\u00e8rent aux autres ce qu&rsquo;ils avaient endur\u00e9; tous avaient les yeux fix\u00e9s sur moi, me consid\u00e9rant comme un homme livr\u00e9 \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la religion. Les fr\u00e8res de la veuve furent fort \u00e9tonn\u00e9s en reconnaissant l&rsquo;homme qui avait port\u00e9 un faux t\u00e9moignage contre elle. Tous me conjuraient de leur annoncer, si je pouvais, quelques nouvelles d&rsquo;un heureux augure.<br \/>\nJe passai plusieurs jours enferm\u00e9 dans cette prison; mais je ne revis plus le jeune homme qui m&rsquo;\u00e9tait apparu en songe. Vers les derniers temps, je l&rsquo;aper\u00e7us de nouveau, et il me dit : \u00abCes trois hommes, qui se sont rendus coupables de bien d&rsquo;autres crimes, vont subir le ch\u00e2timent qu&rsquo;ils ont m\u00e9rit\u00e9.\u00bb Je leur rapportai ces paroles; deux d&rsquo;entre eux convinrent qu&rsquo;effectivement ils avaient tremp\u00e9 dans le crime d&rsquo;un voleur, qui avait tu\u00e9 un homme pour s&#8217;emparer d&rsquo;une vigne qui touchait \u00e0 ses terres : \u00abNous avons d\u00e9pos\u00e9, ajout\u00e8rent-ils, que cette vigne n&rsquo;avait jamais appartenu au mort, et que ce dernier, loin d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;un assassinat, s&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9 du haut d&rsquo;un rocher.\u00bb Le troisi\u00e8me d\u00e9clara que, dans un mouvement de col\u00e8re, il avait involontairement fait tomber un homme du toit de sa maison, et que la violence de la chute avait imm\u00e9diatement d\u00e9termin\u00e9 la mort.<br \/>\nJe vis encore une fois le m\u00eame visage pendant mon sommeil; il me dit : \u00abDemain tu seras rendu \u00e0 la libert\u00e9; mais les autres subiront la condamnation qu&rsquo;ils ont m\u00e9rit\u00e9e. Sois donc fid\u00e8le et proclame en tous lieux la Providence divine.\u00bb Le lendemain le juge, assis sur son tribunal, examina les affaires de nous tous, il prit connaissance de tout ce qui s&rsquo;\u00e9tait fait jusque l\u00e0; il interrogea les femmes qui avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es, et, apr\u00e8s avoir entendu des t\u00e9moins digne de foi, il acquitta les innocents, je veux dire, le paysan et celui qui avait \u00e9t\u00e9 faussement accus\u00e9 d&rsquo;adult\u00e8re. Il fit subir la question aux femmes, afin de s&rsquo;assurer si elles ne s&rsquo;\u00e9taient pas rendues coupables de quelque autre crime. Il apprit ainsi que l&rsquo;une d&rsquo;elles, pouss\u00e9e par la vengeance, avait incendi\u00e9 le bien de l&rsquo;homme qui avait fait conna\u00eetre son adult\u00e8re \u00e0 la justice, et qu&rsquo;un homme qui avait pris la fuite \u00e0 l&rsquo;approche des flammes, et qui s&rsquo;\u00e9loignait pr\u00e9cipitamment du th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;incendie, avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 comme l&rsquo;auteur du crime.<br \/>\nCet homme se trouvait parmi nous; le juge, l&rsquo;ayant interrog\u00e9, reconnut son innocence et le renvoya absous. La seconde femme, accus\u00e9e d&rsquo;adult\u00e8re, et qui habitait le m\u00eame village que les deux hommes arr\u00eat\u00e9s sous la pr\u00e9vention de meurtre commis de complicit\u00e9, raconta sans d\u00e9tour comment le forfait s&rsquo;\u00e9tait consomm\u00e9. \u00abCelui qui a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9, dit-elle, fut surpris dans ma couche par l&rsquo;un des fr\u00e8res de cette veuve, qui le frappa mortellement, et jeta son cadavre dans un endroit o\u00f9 deux chemins viennent se croiser. L\u00e0 se forma bient\u00f4t un grand attroupement; \u00e0 cette heure m\u00eame, deux hommes poursuivaient un voleur qui leur avait enlev\u00e9 un bouc, ils furent soup\u00e7onn\u00e9s d&rsquo;\u00eatre les auteurs du crime; on crut qu&rsquo;ils fuyaient parce qu&rsquo;ils avaient commis l&rsquo;assassinat, on se saisit de leurs personnes, et on les tra\u00eena en prison \u00bb Le juge s&rsquo;\u00e9tant promptement enquis de leur nom, de leur famille, de leur profession, de leurs ant\u00e9c\u00e9dents, regarda l&rsquo;affaire comme suffisamment \u00e9claircie et remit les deux hommes en libert\u00e9. Telle fut l&rsquo;issue du jugement pour les cinq accus\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour le paysan, l&rsquo;homme faussement inculp\u00e9 d&rsquo;adult\u00e8re, et pour les trois dont je viens de faire l&rsquo;acquittement. Quant aux deux fr\u00e8res et \u00e0 ces deux femmes criminelles, le juge les condamna \u00e0 \u00eatre d\u00e9chir\u00e9s par les b\u00eates.<br \/>\nPar son ordre j&rsquo;avan\u00e7ai au milieu de la salle, et quoiqu&rsquo;il f\u00fbt pr\u00e9venu en ma faveur, il voulut savoir de ma bouche comment s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 le fait relatif au troupeau de brebis. Je lui en donnai tous les d\u00e9tails avec la plus grande exactitude; il me reconnut \u00e0 ma voix et \u00e0 mon nom. Il avait exist\u00e9 des liaisons entre mes parents et les gens qui avaient \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s de l&rsquo;\u00e9lever \u00e0 la campagne, nous avions m\u00eame pendant quelque temps habit\u00e9 sous le m\u00eame toit; il interrogea le pasteur \u00e0 son tour et le fit battre de verges; la v\u00e9rit\u00e9 ayant enfin \u00e9t\u00e9 reconnue, apr\u00e8s soixante-dix jours de d\u00e9tention, je fus d\u00e9clar\u00e9 innocent du crime qui m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 imput\u00e9, et je recouvrai la libert\u00e9. La nuit suivante un homme m&rsquo;apparut en songe et me dit : \u00abRetourne \u00e0 ton pays, fais p\u00e9nitence de ton p\u00e9ch\u00e9, et n&rsquo;oublie jamais qu&rsquo;il y a un \u0153il toujours ouvert sur les plus petits \u00e9v\u00e9nements qui arrivent sur la face de la terre.\u00bb Apr\u00e8s m&rsquo;avoir fait de terribles menaces, la vision disparut et depuis cette \u00e9poque elle ne s&rsquo;est pas de nouveau pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 mes yeux.<br \/>\nJe me retirai plein de trouble, tout baign\u00e9 de mes larmes, ne sachant comment j&rsquo;apaiserai la Col\u00e8re de Dieu. C&rsquo;est pour cela que je supplie tous les chr\u00e9tiens de m&rsquo;aider de leurs pri\u00e8res; mon \u00e2me a re\u00e7u une blessure profonde. Je ne m&rsquo;effraie point des visions, mais le souvenir des pens\u00e9es impies auxquelles je me suis livr\u00e9 me tourmente et me jette dans l&rsquo;angoisse.<\/p><\/blockquote>\n<h5 style=\"text-align: right;\">Chefs-d\u2019\u0153uvre des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, ou Choix d\u2019ouvrages complets des docteurs de l\u2019\u00c9glise grecque et latine<br \/>\nTome V\u00e8me, p. 193-203, Paris, 1838<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LA VOIE DU ROYAUME p\u00e8re Arsenie Boca (\u20201989) C\u0103rarea \u00eemp\u0103r\u0103\u021biei, Editura Sfintei Episcopii Ortodoxe Rom\u00e2ne a Aradului, Deva, 2006&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":750,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,7,2],"tags":[12,125],"class_list":["post-764","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-boca","category-royaume","category-orthodoxie","tag-orthodoxie","tag-peres-de-leglise"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/764","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=764"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/764\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":766,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/764\/revisions\/766"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/750"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=764"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=764"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=764"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}