{"id":6762,"date":"2023-09-13T11:17:40","date_gmt":"2023-09-13T09:17:40","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=6762"},"modified":"2023-09-13T11:29:44","modified_gmt":"2023-09-13T09:29:44","slug":"martyrs_lyon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2023\/09\/13\/martyrs_lyon\/","title":{"rendered":"Les martyrs de Lyon [l\u2019an 177]"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p> <em>Lettre des \u00c9glises de Lyon et de Vienne aux \u00c9glises d\u2019Asie et de Phrygie.<\/em> <em>Les serviteurs du Christ qui habitent \u00e0 Vienne et \u00e0 Lyon, en Gaule, aux fr\u00e8res d\u2019Asie et de Phrygie qui partagent notre foi et notre esp\u00e9rance dans la r\u00e9demption\u00a0: paix, gr\u00e2ce et honneur au nom de Dieu, le P\u00e8re, et de J\u00e9sus-Christ, notre Seigneur.<\/em> <\/p><\/blockquote><\/div>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6761\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/920px.-chapelles_de_Lyon_1908_tome_I_0365a.jpg\" alt=\"\" width=\"920\" height=\"321\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/920px.-chapelles_de_Lyon_1908_tome_I_0365a.jpg 920w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/920px.-chapelles_de_Lyon_1908_tome_I_0365a-300x105.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/920px.-chapelles_de_Lyon_1908_tome_I_0365a-768x268.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 920px) 100vw, 920px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><!--more-->La violence de la pers\u00e9cution a \u00e9t\u00e9 telle, la fureur des pa\u00efens contre les saints et les souffrances endur\u00e9es par les bienheureux martyrs ont \u00e9t\u00e9 si v\u00e9h\u00e9mentes que nous ne saurions les d\u00e9crire exactement et qu\u2019il est impossible d\u2019en faire un r\u00e9cit complet.<\/p>\n<p>\u00c0 la v\u00e9rit\u00e9, l\u2019Ennemi a frapp\u00e9 de toutes ses forces\u2009; il pr\u00e9ludait d\u00e9j\u00e0 aux violences de son r\u00e8gne futur. Il<br \/>\nutilisa tous les moyens pour entra\u00eener et exercer ses supp\u00f4ts aux attaques contre les serviteurs de Dieu\u00a0:<br \/>\nnon seulement les lieux publics, les thermes et l\u2019agora nous \u00e9taient interdits, mais de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, il nous \u00e9tait d\u00e9fendu de nous montrer en public.<\/p>\n<p>La gr\u00e2ce de Dieu luttait cependant avec nous\u2009; elle soutenait les faibles, elle opposait au M\u00e9chant les plus vaillants, in\u00e9branlables comme des colonnes, afin de concentrer sur eux tout l\u2019effort du Maudit. Ceux-l\u00e0 marchaient \u00e0 l\u2019Ennemi, subissant outrages et tourments\u2009; peu leur importait\u00a0: ils allaient rejoindre le Christ. Par leur exemple ils montraient <em>que les souffrances du temps pr\u00e9sent ne sont rien compar\u00e9es \u00e0 la gloire qui doit se manifester en nous.<\/em><\/p>\n<p>Et d\u2019abord, ils support\u00e8rent noblement tous les outra\u00adges que la foule enti\u00e8re leur infligeait \u00e0 tous\u00a0: clameurs, coups, arrestations, pillages, lapidation, d\u00e9tention et tout ce qu\u2019une populace d\u00e9cha\u00een\u00e9e prodigue d\u2019ordi\u00adnaire \u00e0 des ennemis d\u00e9test\u00e9s. Puis, ils furent amen\u00e9s sur la place publique. Interrog\u00e9s devant toute la fouie par le tribun et les magistrats de la ville, ils confess\u00e8rent leur foi. On les enferma tous ensemble dans la prison, jusqu\u2019au retour du gouverneur.<\/p>\n<p>Plus tard, ils comparurent devant le gouverneur, qui usa de toute la cruaut\u00e9 habituelle contre nous. Vettius Epagathus, un des fr\u00e8res, avait atteint toute la perfection de l\u2019amour de Dieu et du prochain\u2009; malgr\u00e9 sa jeunesse, sa saintet\u00e9 m\u00e9ritait l\u2019\u00e9loge d\u00e9parti au vieux Zacharie\u00a0: <em>il suivait tous les commandements et obser\u00advances du Seigneur,<\/em> irr\u00e9prochable, toujours dispos\u00e9 \u00e0 rendre service au prochain, br\u00fblant de z\u00e8le pour Dieu, tout bouillant de l\u2019Esprit-Saint. Avec une telle nature, Vettius ne put se contenir devant le d\u00e9roulement inique du proc\u00e8s qu\u2019on nous faisait. Saisi d\u2019indignation, il demanda de pouvoir prendre la d\u00e9fense des fr\u00e8res et de prouver qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient ni ath\u00e9es ni impies. Les gens qui entouraient le tribunal se mirent \u00e0 vocif\u00e9rer contre lui (car il \u00e9tait de grande famille). Le gouverneur rejeta sa requ\u00eate, pourtant l\u00e9gale, et lui demanda s\u2019il \u00e9tait chr\u00e9tien lui aussi. Vettius, d\u2019une voix \u00e9clatante, confessa sa foi\u2009; il fut arr\u00eat\u00e9 lui aussi et promu au rang des mar\u00adtyrs. Il s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 en paraclet (ou avocat) des chr\u00e9\u00adtiens, car il portait r\u00e9ellement en lui le Paraclet, l\u2019Esprit de Zacharie. Il le prouva par la pl\u00e9nitude de la charit\u00e9 avec laquelle il d\u00e9fendit ses fr\u00e8res, au prix de sa propre vie. Il \u00e9tait et il continue d\u2019\u00eatre un vrai disciple du Christ, il suit l\u2019Agneau partout o\u00f9 il va.<\/p>\n<p>Cette \u00e9preuve fit la discrimination des autres chr\u00e9\u00adtiens. Les uns se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent enti\u00e8rement pr\u00eats pour le martyre\u2009; avec empressement, ils confess\u00e8rent leur foi\u2009; d\u2019autres, par contre, se trouv\u00e8rent n\u2019\u00eatre ni pr\u00e9par\u00e9s, ni entra\u00een\u00e9s, ni suffisamment aguerris pour soutenir un combat violent. Ils faiblirent au nombre de dix environ. Ils nous caus\u00e8rent une grande tristesse, une cruelle douleur\u2009; ils brisaient l\u2019ardeur des autres qui n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, mais parvenaient au prix de mille dan\u00adgers \u00e0 soutenir les martyrs au lieu de se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart.<\/p>\n<p>Nous tous alors, nous \u00e9tions angoiss\u00e9s, parce que leur confession de la foi demeurait incertaine\u2009; non que nous redoutions les tortures inflig\u00e9es, mais nos yeux \u00e9taient fix\u00e9s sur la fin\u2009; nous avions peur que quelqu\u2019un vienne \u00e0 tomber.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, on arr\u00eatait tous les jours les chr\u00e9\u00adtiens dignes de ce nom\u2009; ils comblaient les vides laiss\u00e9s<\/p>\n<p>par les d\u00e9fections. On r\u00e9unit ainsi en prison les \u00e9l\u00e9\u00adments les plus actifs des deux \u00e9glises (de Lyon et de Vienne), ceux qui en \u00e9taient les piliers. On arr\u00eata aussi quelques pa\u00efens qui \u00e9taient au service des n\u00f4tres\u2009; car le gouverneur, au nom de l\u2019\u00c9tat, avait ordonn\u00e9 de nous rechercher tous. Ces serviteurs tomb\u00e8rent dans le pi\u00e8ge du d\u00e9mon. \u00c9pouvant\u00e9s par les tortures qu\u2019ils voyaient infliger aux saints, excit\u00e9s par-dessus le march\u00e9 par les soldats, ils nous calomni\u00e8rent, nous accusant faussement de festins de Thyeste<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, d\u2019incestes \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019\u0152dipe, et d\u2019autres crimes tels qu\u2019il nous est interdit d\u2019en parler ou d\u2019y songer, ou m\u00eame de croire que pareille chose soit possible chez les hommes. Ces calomnies rendirent les gens f\u00e9roces comme des fauves contre nous. Ceux qui pour des raisons de parent\u00e9 s\u2019\u00e9taient montr\u00e9s mod\u00e9r\u00e9s jusque-l\u00e0 s\u2019indignaient \u00e0 pr\u00e9sent contre nous et grin\u00e7aient des dents. La parole de notre Seigneur s\u2019accomplissait\u00a0: <em>L\u2019heure viendra o\u00f9 quiconque vous fera mourir se figurera rendre un culte \u00e0 Dieu.<\/em><\/p>\n<p>D\u00e8s lors les saints martyrs eurent \u00e0 subir des tortures indescriptibles\u2009; Satan s\u2019acharnait sur eux, afin de leur arracher une parole blasph\u00e9matoire. La fureur du peu\u00adple, du gouvernement, des soldats s\u2019exer\u00e7a avec une violence particuli\u00e8re contre Sanctus, le diacre de Vienne\u2009; contre Maturus, r\u00e9cemment baptis\u00e9, mais g\u00e9n\u00e9reux athl\u00e8te\u2009; contre Attale, originaire de Pergame, qui avait toujours \u00e9t\u00e9 la colonne et l\u2019appui des chr\u00e9tiens d\u2019ici\u2009; enfin contre Blandine.<\/p>\n<p>En Blandine, le Christ donna cet enseignement\u00a0: ce qui aux yeux des hommes est m\u00e9prisable, vil et laid, Dieu peut le juger digne d\u2019une grande gloire, \u00e0 cause de l\u2019amour qu\u2019on lui porte, l\u2019amour qui s\u2019exprime dans les actes et ne se satisfait pas de vaines apparences.<\/p>\n<p>Nous avions tous peur pour Blandine. Sa ma\u00eetresse selon la chair, qui faisait partie du groupe des martyrs, une athl\u00e8te de la foi, redoutait que la jeune fille ne p\u00fbt m\u00eame pas affirmer franchement sa profession de chr\u00e9tienne, tellement elle \u00e9tait ch\u00e9tive. Mais Blandine se trouva remplie d\u2019une telle force qu\u2019elle finit par \u00e9pui\u00adser et lasser les bourreaux. Ceux-ci se relayaient du matin jusqu\u2019au soir pour la torturer par tous les moyens\u00a0: ils durent s\u2019avouer vaincus et \u00e0 bout de ressources. Ils s\u2019\u00e9tonnaient qu\u2019elle respirait encore, avec le corps d\u00e9chir\u00e9 et meurtri. Ils avouaient qu\u2019une seule de leurs tortures suffisait pour enlever la vie\u2009; \u00e0 plus forte raison ces tortures-l\u00e0, et en si grand nombre. Au contraire, la bienheureuse rajeunissait comme un vaillant athl\u00e8te, au cours de la confession de sa foi. Il lui suffisait de r\u00e9p\u00e9ter\u00a0: \u00ab\u2009Je suis chr\u00e9tienne et chez nous il ne se fait point de mal,\u2009\u00bb et elle reprenait des forces, se reposait et devenait insensible aux tortures.<\/p>\n<p>Sanctus, lui aussi, supportait avec une vigueur sur\u00adhumaine tous les supplices que les bourreaux pouvaient imaginer. Les impies ne d\u00e9sesp\u00e9raient pas de lui arra\u00adcher par la longueur et l\u2019horreur des tourments une parole coupable\u2009; mais il leur opposa une \u00e9nergie indomptable. On ne put lui faire dire ni son nom, ni sa nation et sa ville d\u2019origine, ni s\u2019il \u00e9tait esclave ou libre. \u00c0 toutes les questions, il r\u00e9pondait en latin\u00a0: \u00ab\u2009Je suis chr\u00e9tien\u2009\u00bb. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 son nom, sa cit\u00e9, sa race, son tout\u2009; les pa\u00efens ne purent lui arracher d\u2019autre r\u00e9ponse. Cela suffit pour \u00e9chauffer gouverneur et bourreaux contre lui. \u00c0 bout de tortures, on finit par lui appliquer des lamelles d\u2019airain chauff\u00e9es \u00e0 blanc sur les parties les plus sen\u00adsibles du corps. Tandis que ses membres br\u00fblaient, Sanctus tenait bon, sans fl\u00e9chir ni plier, il pers\u00e9v\u00e9rait \u00e0 confesser sa foi, baign\u00e9 et fortifi\u00e9 par la source c\u00e9leste d\u2019eau vive qui jaillit du sein de J\u00e9sus. Le corps du martyr t\u00e9moignait des tortures endur\u00e9es\u2009; il n\u2019\u00e9tait plus que plaie et meurtrissure\u2009; il \u00e9tait tout disloqu\u00e9 et n\u2019avait plus forme humaine. Le Christ souffrait en lui et le glorifiait grandement, en mettant le Diable en \u00e9chec\u2009; il manifestait pour l\u2019exemple des autres, qu\u2019il n\u2019est plus de crainte o\u00f9 r\u00e8gne l\u2019amour du P\u00e8re, qu\u2019il n\u2019est plus de souffrance o\u00f9 rayonne la gloire du Christ.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, les bourreaux tortur\u00e8rent de nouveau le martyr\u2009; toutes les parties de son corps \u00e9taient \u00e0 nouveau tum\u00e9fi\u00e9es et enflamm\u00e9es\u2009; ils pensaient le r\u00e9duire en lui appliquant les m\u00eames tortures, puis\u00adqu\u2019il ne pouvait m\u00eame pas supporter le simple contact des mains. Au pis aller, il mourrait dans les tourments et son exemple remplirait les autres d\u2019\u00e9pouvante. Il n\u2019en fut rien\u2009; bien plus, contre toute attente, le corps du martyr se remit, se redressa dans les nouvelles tortures et recouvra, avec sa forme premi\u00e8re, l\u2019usage de ses membres. Loin d\u2019\u00eatre une peine, le nouveau supplice fut pour Sanctus une gu\u00e9rison, par la gr\u00e2ce du Christ.<\/p>\n<p>Une femme, nomm\u00e9e Biblis, \u00e9tait du nombre de ceux qui avaient apostasie\u2009; le D\u00e9mon croyait d\u00e9j\u00e0 la tenir\u2009; mais il voulut assurer mieux encore sa condamnation, en la poussant au blasph\u00e8me. Il la fit donc conduire \u00e0 la question, pour la forcer de confirmer les impi\u00e9t\u00e9s qu\u2019on nous imputait. Jusque-l\u00e0, elle s\u2019\u00e9tait montr\u00e9e faible et l\u00e2che. Mais une fois \u00e0 la torture, elle revint \u00e0 elle, et sortit comme d\u2019un profond sommeil. Le supplice qu\u2019elle endurait lui rappela le ch\u00e2timent \u00e9ternel de l\u2019enfer. Elle osa contredire en face les blasph\u00e9mateurs, en r\u00e9pondant\u00a0: \u00ab\u2009Comment voulez-vous qu\u2019ils mangent des enfants, ces gens qui se refusent le sang des b\u00eates sans raison<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u2009\u00bb\u2009? \u00c0 partir de ce moment, elle s\u2019avoua chr\u00e9tienne et partagea le sort des martyrs.<\/p>\n<p>De la sorte les supplices des tyrans n\u2019eurent pas rai\u00adson de la r\u00e9sistance des bienheureux, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019inter\u00advention du Christ. Le Diable imagina donc de nouvelles machinations\u00a0: l\u2019entassement des confesseurs dans des cachots obscurs et malsains, l\u2019\u00e9cart\u00e8lement des pieds dans des ceps jusqu\u2019au cinqui\u00e8me trou, et les autres cruaut\u00e9s que les ge\u00f4liers, poss\u00e9d\u00e9s du d\u00e9mon, imaginent pour faire souffrir leurs prisonniers\u2009; au point que la plupart des chr\u00e9tiens moururent \u00e9touff\u00e9s, ceux du moins que le Seigneur voulut faire partir ainsi, pour manifester sa gloire. D\u2019autres avaient \u00e9t\u00e9 si cruellement tortur\u00e9s qu\u2019ils semblaient ne pouvoir survivre en d\u00e9pit de tous les soins\u2009; ils r\u00e9sist\u00e8rent pourtant dans la prison\u00a0: priv\u00e9s de tout secours humain, mais r\u00e9confort\u00e9s par Dieu, ils recouvraient la force du corps et de l\u2019\u00e2me, encourageaient et soutenaient leurs compagnons. Enfin, les derniers arr\u00eat\u00e9s, dont le corps n\u2019\u00e9tait pas encore entra\u00een\u00e9 \u00e0 la torture, ne support\u00e8rent pas l\u2019horrible entassement de la prison\u2009; ils y moururent.<\/p>\n<p>Le bienheureux Pothin, qui gouvernait comme \u00e9v\u00ea\u00adque l\u2019\u00c9glise de Lyon, avait alors plus de quatre-vingt \u2014 dix ans. Sa sant\u00e9 \u00e9tait fort \u00e9branl\u00e9e, il respirait difficile\u00adment, tout son corps \u00e9tait us\u00e9, mais il \u00e9tait r\u00e9confort\u00e9 par le souffle de l\u2019Esprit, parce qu\u2019il aspirait au mar\u00adtyre. \u00c0 son tour, il fut tra\u00een\u00e9 au tribunal. Son corps \u00e9tait min\u00e9 par Page et la maladie, mais P\u00e2me veillait en lui, afin de lui assurer le triomphe du Christ. Les soldats le conduisirent, accompagn\u00e9 des notables de la ville et d\u2019une foule qui hurlait comme s\u2019il \u00e9tait le Christ en personne. Le vieillard rendit un magnifique t\u00e9moignage. Le gouverneur lui demanda quel \u00e9tait le Dieu des chr\u00e9tiens. L\u2019\u00e9v\u00eaque lui r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u2009Tu le sauras quand tu en seras digne.\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Sur quoi on le tra\u00eena brutalement et on le roua de coups. Ceux qui pouvaient l\u2019approcher le frappaient des poings et des pieds, sans \u00e9gard pour son \u00e2ge, les autres lui jet\u00e8rent ce qui leur tombait sous la main. Tous auraient cru commettre une faute grave d\u2019impi\u00e9t\u00e9 en n\u2019outrageant pas le malheureux\u00a0: ils croyaient ainsi d\u00e9fendre leurs dieux. Il respirait \u00e0 peine quand il fut ramen\u00e9 en prison. Deux jours plus tard, il rendit P\u00e2me.<\/p>\n<p>Alors Dieu intervint et J\u00e9sus manifesta son infinie mis\u00e9ricorde\u2009; le fait \u00e9tait rare dans notre communaut\u00e9 de fr\u00e8res, mais il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tranger \u00e0 la sagesse du Christ. Ceux qui avaient reni\u00e9 leur foi d\u00e8s leur arres\u00adtation partageaient les souffrances et le cachot des martyrs. Leur apostasie ne leur avait \u00e9t\u00e9 d\u2019aucune utilit\u00e9. Les confesseurs de la foi \u00e9taient incarc\u00e9r\u00e9s comme chr\u00e9tiens, sans que l\u2019on port\u00e2t contre eux aucune autre accusation. Les autres \u00e9taient retenus sous l\u2019inculpation d\u2019homicide et de monstrueuses forfaitures. Ils \u00e9taient doublement punis par rapport \u00e0 leurs com\u00adpagnons. Les confesseurs trouvaient leur r\u00e9confort dans la joie du martyre, l\u2019esp\u00e9rance des b\u00e9atitudes promises, l\u2019amour pour le Christ, l\u2019Esprit du P\u00e8re. Les apostats, par contre, \u00e9taient tortur\u00e9s dans leur conscience, au point qu\u2019on les reconnaissait, au passage, entre tous les autres, \u00e0 leur visage. Les confesseurs s\u2019avan\u00e7aient pleins d\u2019all\u00e9gresse, le visage illumin\u00e9 de gloire et de gr\u00e2ce. Il n\u2019est pas jusqu\u2019\u00e0 leurs cha\u00eenes qui semblaient une parure magnifique, comme celle d\u2019une fianc\u00e9e dans sa robe aux franges brod\u00e9es d\u2019or. Ils exhalaient au pas\u00adsage la bonne odeur du Christ, si bien que plusieurs se demandaient s\u2019ils n\u2019\u00e9taient point parfum\u00e9s.<\/p>\n<p>Les ren\u00e9gats marchaient la t\u00eate basse, humili\u00e9s, repoussants, avec toutes sortes de difformit\u00e9. Les pa\u00efens eux-m\u00eames les traitaient de mis\u00e9rables et de l\u00e2ches\u2009; ils \u00e9taient accus\u00e9s maintenant d\u2019homicide\u2009; ils avaient perdu le nom souverainement honorable, glo\u00adrieux et vivifiant de chr\u00e9tiens. \u00c0 ce spectacle les autres \u00e9taient affermis. Ceux que l\u2019on arr\u00eatait encore confes\u00adsaient leur foi aussit\u00f4t, n\u2019ayant m\u00eame plus l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9couter les suggestions du d\u00e9mon.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s toutes ces \u00e9preuves, les confesseurs sortirent de ce monde par diverses formes de martyre. Avec des fleurs de toute esp\u00e8ce et de toute couleur, ils tress\u00e8rent une couronne unique qu\u2019ils offrirent au P\u00e8re. Comme il convenait, les valeureux athl\u00e8tes, apr\u00e8s de nombreux combats et des triomphes \u00e9clatants, obtinrent la glorieuse couronne de l\u2019immortalit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6759\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/450px.-BML_02EST00101coste13309.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"755\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/450px.-BML_02EST00101coste13309.jpg 450w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/450px.-BML_02EST00101coste13309-179x300.jpg 179w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maturus, Sanctus, Blandine et Attale furent donc conduits aux fauves dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre pour offrir au peuple et \u00e0 la conf\u00e9d\u00e9ration de cit\u00e9s un spectacle d\u2019inhumanit\u00e9<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Ce jour-l\u00e0, on donna expr\u00e8s, \u00e0 cause des n\u00f4tres, des combats entre fauves.<\/p>\n<p>Maturus et Sanctus subirent \u00e0 nouveau dans l\u2019amphi\u00adth\u00e9\u00e2tre toute la s\u00e9rie des tortures, comme s\u2019ils n\u2019avaient rien souffert auparavant\u2009; ou plut\u00f4t, comme ils avaient repouss\u00e9 l\u2019Adversaire dans plusieurs engagements partiels, ils allaient maintenant lutter pour la couronne. Ils eurent \u00e0 endurer \u00e0 nouveau les coups de fouet, les morsures des fauves qui les tra\u00eenaient sur le sable et tout ce que le caprice d\u2019une foule d\u00e9cha\u00een\u00e9e pouvait r\u00e9clamer par ses cris. Enfin, ce fut le supplice du si\u00e8ge de fer rougi, o\u00f9 les corps en br\u00fblant d\u00e9gageaient autour d\u2019eux une odeur de graisse. Loin de s\u2019apaiser, la fureur des pa\u00efens ne faisait qu\u2019augmenter\u00a0: ils voulaient vaincre la r\u00e9sistance des martyrs. On ne put rien arracher \u00e0 Sanctus, sinon les mots qu\u2019il r\u00e9p\u00e9tait depuis le d\u00e9but de sa confession (Je suis chr\u00e9tien). Pour en finir avec les deux martyrs dont la vie soutenait depuis tr\u00e8s long\u00adtemps une si haute lutte, on les \u00e9gorgea. Pendant tout ce jour, ils avaient remplac\u00e9 les sc\u00e8nes vari\u00e9es des gla\u00addiateurs et servi de spectacle au monde.<\/p>\n<p>Blandine, pendant ce temps, \u00e9tait suspendue \u00e0 un poteau, pour \u00eatre la proie des fauves lanc\u00e9s contre elle. La vue de la vierge ainsi crucifi\u00e9e, qui ne cessait de prier d\u2019une voix forte, affermissait les fr\u00e8res qui livraient bataille. Au fort du combat, les fr\u00e8res croyaient aper\u00adcevoir des yeux du corps, en leur s\u0153ur, le Christ cruci\u00adfi\u00e9 pour eux, crucifi\u00e9 afin d\u2019assurer les croyants que qui\u00adconque souffrirait pour la gloire du Christ vivrait \u00e9ternellement dans la communion du Dieu vivant.<\/p>\n<p>Aucune des b\u00eates, ce jour-l\u00e0, ne toucha Blandine. On la d\u00e9tacha donc du poteau, et on la ramena en prison. On la r\u00e9servait pour un nouveau combat. La victoire remport\u00e9e dans de nombreuses \u00e9preuves devait rendre d\u00e9finitive et in\u00e9vitable la d\u00e9faite du perfide Serpent et affermir les fr\u00e8res par son exemple. Menue, faible, m\u00e9pris\u00e9e, elle \u00e9tait rev\u00eatue de la force du Christ, le grand et invincible athl\u00e8te\u2009; elle avait \u00e0 de nombreuses reprises repouss\u00e9 l\u2019Adversaire, et remport\u00e9 dans un combat d\u00e9finitif h couronne d\u2019immortalit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 grands cris la foule r\u00e9clama le supplice d\u2019Attale (toute la ville le connaissait). Il entra dans l\u2019ar\u00e8ne, pr\u00eat pour la lutte, fort du t\u00e9moignage de sa conscience\u2009; il s\u2019\u00e9tait entra\u00een\u00e9 par la pratique de la discipline chr\u00e9tienne et n\u2019avait cess\u00e9 d\u2019\u00eatre parmi nous le t\u00e9moin de la v\u00e9rit\u00e9. Il dut faire le tour de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre, avec un \u00e9criteau o\u00f9 on lisait en latin\u00a0: \u00ab\u2009Celui-ci est Attale, le chr\u00e9tien.\u2009\u00bb Le peuple \u00e9cumait de rage contre lui. Mais le gouver\u00adneur, apprenant qu\u2019il \u00e9tait citoyen romain, ordonna de le ramener en prison avec les autres. Il \u00e9crivit l\u00e0 \u2014 dessus au C\u00e9sar et attendit la r\u00e9ponse imp\u00e9riale.<\/p>\n<p>Cet ajournement ne fut pas inutile pour les prison\u00adniers ni m\u00eame sans r\u00e9sultat. Par la patience des con\u00adfesseurs se manifesta la mis\u00e9ricorde infinie du Christ.<\/p>\n<p>Les vivants communiqu\u00e8rent leur vie aux morts, et les confesseurs leur gr\u00e2ce aux non-martyrs. Grande fut la joie de la vierge-m\u00e8re, l\u2019\u00c9glise\u00a0: ceux qu\u2019elle avait rejet\u00e9s comme morts, elle les retrouvait vivants. Gr\u00e2ce aux confesseurs, le plus grand nombre des apostats revinrent\u2009; ils furent con\u00e7us de nouveau, reprirent vie, et s\u2019entra\u00een\u00e8rent \u00e0 confesser leur foi. Ils \u00e9taient bien<\/p>\n<p>vivants et raffermis quand ils se pr\u00e9sent\u00e8rent au tri\u00adbunal. Dieu, qui ne veut pas la mort du p\u00e9cheur, mais sa conversion, les soutenait quand ils s\u2019avanc\u00e8rent pour \u00eatre interrog\u00e9s \u00e0 nouveau par le gouverneur.<\/p>\n<p>C\u00e9sar avait ordonn\u00e9 par rescrit de frapper les obstin\u00e9s, mais de lib\u00e9rer ceux qui reniaient. Le jour de la pan\u00e9gyrie<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> (qui est tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e et attire du monde de partout) venait de commencer. Le gouverneur fit amener les prisonniers \u00e0 son tribunal\u00a0: la mise en sc\u00e8ne th\u00e9\u00e2trale organis\u00e9e pour la circonstance devait servir de spectacle pour les foules. Apr\u00e8s un nouvel interrogatoire, il fit trancher la t\u00eate \u00e0 tous ceux qui \u00e9taient citoyens romains, les autres furent condamn\u00e9s aux fauves.<\/p>\n<p>Ceux qui auparavant avaient reni\u00e9 furent le sujet d\u2019une grande gloire pour le Christ\u2009; maintenant, contre l\u2019attente des pa\u00efens, ils confess\u00e8rent leur foi. On les interrogeait \u00e0 part, en leur promettant la libert\u00e9, mais ils se d\u00e9clar\u00e8rent chr\u00e9tiens\u2009; ils furent joints au groupe des martyrs. Seuls rest\u00e8rent hors de l\u2019\u00c9glise ceux chez qui il n\u2019y eut jamais trace de foi, ni respect de la robe nuptiale, ni sens de la crainte de Dieu. Par leur volte-face, ces fils de la perdition blasph\u00e9maient contre les voies de la v\u00e9rit\u00e9. Tous les autres revinrent \u00e0 l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>A leur interrogatoire assista un certain Alexandre. Il \u00e9tait Phrygien d\u2019origine, m\u00e9decin de profession\u2009; il vivait depuis de longues ann\u00e9es dans les Gaules. Il \u00e9tait connu de presque tout le monde pour son amour de Dieu et la franchise de sa parole (il avait m\u00eame le charisme de l\u2019apostolat). Or donc, il se trouvait, ce jour-l\u00e0, pr\u00e8s du tribunal\u2009; de ses gestes il encourageait les pr\u00e9venus \u00e0 confesser leur foi\u2009; aux gens qui entouraient le tribunal, il donnait l\u2019impression d\u2019enfanter \u00e0 la foi ces apostats de la veille. La foule s\u2019irritait d\u2019entendre les ren\u00e9gats se r\u00e9tracter\u00a0: avec force cris elle en rendait responsable Alexandre. Le gouverneur le fit compara\u00ee\u00adtre, il lui demanda qui il \u00e9tait. Il se d\u00e9clara chr\u00e9tien. Furieux, le gouverneur le condamna aux fauves.<\/p>\n<p>Le lendemain, Alexandre fit son entr\u00e9e dans l\u2019ar\u00e8ne avec Attale. Le gouverneur, pour flatter la foule, livra de nouveau Attale aux fauves. Tous deux subirent toute la s\u00e9rie des tortures, invent\u00e9es pour les supplices de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre\u2009; apr\u00e8s une \u00e2pre lutte, ils furent \u00e9gorg\u00e9s \u00e0 leur tour. Alexandre ne fit entendre ni g\u00e9missement ni parole\u00a0: recueilli en son c\u0153ur, il s\u2019entretenait avec Dieu. Attale fut plac\u00e9 sur le si\u00e8ge de fer rougi. Comme il br\u00fblait tout autour et que son corps exhalait une odeur de graisse, il dit \u00e0 la foule en latin\u00a0: \u00ab\u2009Vraiment, c\u2019est manger de l\u2019homme, ce que vous faites. Nous, nous ne mangeons pas d\u2019hommes, et nous ne faisons rien de mal.\u2009\u00bb Quelqu\u2019un lui demanda le nom de son Dieu. Il r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u2009Dieu n\u2019a pas de nom comme un homme.\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s toutes ces ex\u00e9cutions, le dernier jour des com\u00adbats singuliers, Blandine fut produite de nouveau dans l\u2019ar\u00e8ne avec un jeune gar\u00e7on de quinze ans, appel\u00e9 Ponticus. Chaque jour, on les avait conduits \u00e0 l\u2019amphi\u00adth\u00e9\u00e2tre, afin qu\u2019ils soient t\u00e9moins des supplices de leurs fr\u00e8res. On voulait les contraindre de jurer par les idoles. Comme ils demeuraient in\u00e9branlables et m\u00e9prisaient les faux dieux, la foule finit par se d\u00e9cha\u00eener contre eux, sans compassion pour l\u2019\u00e2ge du gar\u00e7on, sans pudeur \u00e0 l\u2019endroit de la jeune femme. On leur infligea toutes les tortures, on les fit passer par tout le cycle des sup\u00adplices. Et toujours on essaya de les faire jurer, mais ils s\u2019y refusaient. Ponticus \u00e9tait soutenu par sa s\u0153ur chr\u00e9\u00adtienne\u2009; les pa\u00efens le voyaient bien, c\u2019\u00e9tait elle qui le stimulait et lui donnait courage. Quand il eut subi vaillamment toutes les tortures, Ponticus rendit l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>La bienheureuse Blandine resta la derni\u00e8re de tous. Comme cette noble m\u00e8re qui jadis avait exhort\u00e9 ses enfants et les avait envoy\u00e9s victorieux devant le roi<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, elle subit \u00e0 son tour toutes les luttes de ses enfants spirituels, press\u00e9e de les rejoindre. Elle \u00e9tait heureuse et enthou\u00adsiaste de son prochain d\u00e9part, comme une invit\u00e9e qui se rend \u00e0 un festin de noces, plut\u00f4t qu\u2019une victime jet\u00e9e aux fauves.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les fouets, apr\u00e8s les fauves, apr\u00e8s la chaise de feu, on l\u2019enferma dans un filet pour la livrer \u00e0 un taureau. \u00c0 plusieurs reprises, elle fut lanc\u00e9e en l\u2019air par l\u2019animal. Mais elle ne sentait plus rien de ce qui lui arrivait\u00a0: tout enti\u00e8re \u00e0 son esp\u00e9rance, aux biens promis, \u00e0 sa foi, elle continuait le dialogue avec le Christ. On finit par l\u2019\u00e9gorger, elle aussi. Les pa\u00efens eux-m\u00eames durent avouer que jamais femme chez eux n\u2019avait subi de si cruels et de si nombreux tourments.<\/p>\n<p>Mais tout cela ne suffisait pas \u00e0 rassasier la fureur folle et inhumaine contre les saints. Excit\u00e9es par la B\u00eate brutale, ces tribus sauvages et barbares s\u2019apai\u00adsaient difficilement\u00a0: leur rage allait s\u2019assouvir cette fois sur les cadavres des martyrs. La honte de la d\u00e9faite ne les d\u00e9sarma point, tant ils semblaient incapables de sentiments humains\u2009; elle enflammait au contraire leur col\u00e8re, comme chez un fauve. Gouverneur et peuple nous montraient une m\u00eame haine injuste, comme pour accomplir la parole de l\u2019\u00c9criture\u00a0: <em>L\u2019injuste continue d\u2019\u00eatre injuste, et le juste de pratiquer la justice.<\/em><\/p>\n<p>On jeta \u00e0 la cur\u00e9e les restes des confesseurs, \u00e9touff\u00e9s dans la prison\u2009; nuit et jour on montait la garde pour nous emp\u00eacher de les ensevelir. On exposa de m\u00eame ce que feu et fauves avaient \u00e9pargn\u00e9, des lambeaux de chair, des membres carbonis\u00e9s. De ceux qui furent d\u00e9capit\u00e9s, on laissa sans s\u00e9pulture les t\u00eates et les corps tronqu\u00e9s, sous la garde de soldats, pendant de longs jours.<\/p>\n<p>Parmi les pa\u00efens, les uns fr\u00e9missaient et grin\u00e7aient des dents contre les martyrs\u2009; ils cherchaient \u00e0 leur infliger quelque ch\u00e2timent plus terrible encore. D\u2019autres rail\u00adlaient et ricanaient, ils rendaient gloire \u00e0 leurs idoles en leur attribuant le ch\u00e2timent des confesseurs. D\u2019autres enfin \u00e9taient plus \u00e9quitables\u2009; ils disaient avec piti\u00e9 et ironie\u00a0: \u00ab\u2009O\u00f9 est leur Dieu\u2009? \u00c0 quoi leur a servi cette religion qu\u2019ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 la vie\u2009?\u2009\u00bb Telle \u00e9tait la bigar\u00adrure des propos et des attitudes chez les pa\u00efens.<\/p>\n<p>Nous ressentions cependant une grande peine de ne pouvoir confier leurs corps \u00e0 la terre. Nous ne pouvions pas profiter de la nuit ni s\u00e9duire les gardes \u00e0 prix d\u2019argent ou par nos pri\u00e8res. Ils prenaient toutes leurs pr\u00e9cau\u00adtions, comme s\u2019ils avaient grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 les laisser sans s\u00e9pulture.<\/p>\n<p>Les corps des martyrs subirent tous les outrages et demeur\u00e8rent expos\u00e9s pendant six jours. Ils furent ensuite br\u00fbl\u00e9s et r\u00e9duits en cendres que les sc\u00e9l\u00e9rats jet\u00e8rent dans le Rh\u00f4ne, qui coule pr\u00e8s de l\u00e0, pour effacer jusqu\u2019\u00e0 leur trace sur la terre. Les pa\u00efens croyaient ainsi triompher de Dieu et priver les martyrs de la r\u00e9surrection (des corps). \u00ab\u2009Il faut, disaient-ils, enlever \u00e0 ces hommes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019espoir de la r\u00e9surrection. \u00c0 cause de cette croyance, ils introduisent chez nous une religion nouvelle et \u00e9trang\u00e8re, m\u00e9prisent les tortures et courent joyeusement \u00e0 la mort. Voyons maintenant s\u2019ils ressuscitent, si leur Dieu est \u00e0 m\u00eame de les secou\u00adrir et de les arracher \u00e0 nos mains.\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Tous ces confesseurs s\u2019\u00e9vertuaient \u00e0 imiter le Christ, <em>qui \u00e9tait de condition divine et ne s\u2019est pas pr\u00e9valu de son \u00e9galit\u00e9 avec Dieu.<\/em> Ils rayonnaient d\u2019une grande gloire, eux qui non pas une fois, ni m\u00eame deux, mais bien plus souvent avaient confess\u00e9 leur foi et furent ramass\u00e9s sous les fauves\u2009; ils portaient les stigmates des br\u00fblures, des morsures, des plaies qui couvraient leur corps. Et pourtant ils ne se disaient pas martyrs et n\u2019admettaient pas davantage que d\u2019autres leur attribuassent ce titre. Ils reprenaient vivement ceux qui dans une lettre ou de vive voix osaient les appeler ainsi. Ils r\u00e9servaient volon\u00adtiers ce titre au Christ, le martyr fid\u00e8le et v\u00e9ritable, le premier-n\u00e9 d\u2019entre les morts, qui initie \u00e0 la vie de Dieu. Ils faisaient m\u00e9moire de ceux qui avaient d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 leur sang\u00a0: \u00ab\u2009Ceux-l\u00e0, disaient-ils, sont de vrais martyrs, que le Christ a jug\u00e9s dignes de le confesser\u2009; il a comme scell\u00e9 leur martyre par la mort. Pour nous, nous ne sommes que de modestes et d\u2019indignes confesseurs.\u2009\u00bb Au milieu des larmes, ils conjuraient leurs fr\u00e8res, afin qu\u2019ils prient sans cesse pour leur pers\u00e9v\u00e9rance finale.<\/p>\n<p>Ils prouvaient leur valeur de martyr \u00e0 l\u2019\u0153uvre, en manifestant une grande libert\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tous les pa\u00efens, en t\u00e9moignant de leur noblesse, par leur courage qui excluait la peur et la timidit\u00e9. Ils refusaient le titre de martyr que leurs fr\u00e8res leur attribuaient d\u00e9j\u00e0\u2009; mais \u00e9taient remplis de la crainte de Dieu. Ils s\u2019humiliaient sous la main puissante de Dieu, qui les a maintenant glorifi\u00e9s. Ils excusaient les autres et ne condamnaient personne. Ils d\u00e9liaient chacun et ne liaient aucun. Ils priaient pour leurs bourreaux comme \u00c9tienne, le pre\u00admier martyr\u00a0: <em>Seigneur, ne leur impute pas ce crime.<\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6760\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/650px.-chapelles_de_Lyon_1908_tome_I_0373.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"847\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/650px.-chapelles_de_Lyon_1908_tome_I_0373.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/650px.-chapelles_de_Lyon_1908_tome_I_0373-230x300.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> L\u2019allusion aux festins de Thyeste (o\u00f9 l\u2019on servait de la chair humaine) vise peut-\u00eatre l\u2019Eucharistie. Les autres accusa\u00adtions ont pu provenir de confusions avec des sectes suspectes de m\u0153urs infamantes.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> La prescription des Actes des Ap\u00f4tres (15, 21) \u00e9tait encore en honneur \u00e0 Lyon.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Pour cette traduction, voir P.\u00a0Wuilleumier, <em>Fouilles de Fourvi\u00e8re \u00e0 Lyon,<\/em> Paris, 1951, p.\u00a013.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Grande f\u00eate organis\u00e9e par les Romains, \u00e0 laquelle participaient les tribus gauloises, qui pouvaient y contempler la splendeur de Rome.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Allusion \u00e0 la m\u00e8re des Macchab\u00e9es, II <em>Macch.,<\/em> 7, 20-23. [<em>Cependant la m\u00e8re extraordinairement admirable et digne du souvenir des bons, qui, voyant p\u00e9rir ses sept fils en un m\u00eame jour, le supportait avec courage, \u00e0 cause de l\u2019esp\u00e9rance qu\u2019elle avait en Dieu, exhortait fortement chacun d\u2019eux dans la langue de ses p\u00e8res, remplie de sagesse\u2009; et, alliant un m\u00e2le courage avec la tendresse d\u2019une femme, elle leur dit\u00a0: Je ne sais comment vous \u00eates apparus dans mon sein\u2009; car ce n\u2019est pas moi qui vous ai donn\u00e9 l\u2019esprit, l\u2019\u00e2me et la vie, et ce n\u2019est pas moi qui ai joint les membres de chacun de vous\u2009; mais le Cr\u00e9ateur du monde, qui a r\u00e9gl\u00e9 la naissance de l\u2019homme, et qui a d\u00e9termin\u00e9 l\u2019origine de toutes choses, vous rendra de nouveau l\u2019esprit et la vie dans Sa mis\u00e9ricorde, parce que vous vous m\u00e9prisez maintenant vous-m\u00eames \u00e0 cause de Ses lois.<\/em>]\n&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>La geste du sang, <\/em>Textes choisis et traduits par A.\u00a0Hamman o.f.m., Librairie Arth\u00e8me Fayard, Paris, 1951, p.\u00a046-59<\/h4>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"http:\/\/www.migne.fr\/textes\/peres-eglise\/26-pdf-012-les-martyrs-de-lyon\" class=\"vlp-link\" title=\"Les martyrs de Lyon - Migne.fr\" rel=\"nofollow\" target=\"_blank\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"252\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/450px.-BML_02EST00101coste13309.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/450px.-BML_02EST00101coste13309.jpg 450w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/450px.-BML_02EST00101coste13309-179x300.jpg 179w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Les martyrs de Lyon - Migne.fr<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">Traduction et notes d\u2019A.-G. Hamman<br \/>\nLes martyrs de Lyon<br \/>\nL\u2019an 177 \u00e0 Lyon<br \/>\nUne des plus belles pages de l\u2019histoire de l\u2019Eglise, la perle de da geste des martyrs. Le r\u00e9cit, compos\u00e9 au lendemain des \u00e9v\u00e9nements par des t\u00e9moins oculaires, nous a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 presque en entier par Eus\u00e8be. La lettre ad\u2026<\/div><\/div><\/div>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/la-geste-du-sang\/\" class=\"vlp-link\" title=\"La geste du sang\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"187\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/paques.650px.06.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/paques.650px.06.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/paques.650px.06-241x300.jpg 241w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">La geste du sang<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/div><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5821,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[303,95,202,297,2,253],"tags":[],"class_list":["post-6762","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-hagiographie","category-histoire","category-luminaires","category-martyrs-2","category-orthodoxie","category-synaxaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6762","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6762"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6762\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6765,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6762\/revisions\/6765"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5821"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6762"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6762"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6762"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}