{"id":6742,"date":"2023-09-02T08:32:03","date_gmt":"2023-09-02T06:32:03","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=6742"},"modified":"2023-09-02T08:44:20","modified_gmt":"2023-09-02T06:44:20","slug":"fedor-dostoievski-le-grand-inquisiteur-ii-iii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2023\/09\/02\/fedor-dostoievski-le-grand-inquisiteur-ii-iii\/","title":{"rendered":"F\u00e9dor Dosto\u00efevski \u2013 Le grand inquisiteur II\/ III"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u2009D\u00e9cide donc toi-m\u00eame qui avait raison\u00a0: toi, ou celui qui t\u2019interrogeait\u2009? Rappelle-toi la premi\u00e8re question, le sens sinon la teneur\u00a0: tu veux aller au monde les mains vides, en pr\u00eachant aux hommes une libert\u00e9 que leur sottise et leur ignominie naturelles les emp\u00eachent de comprendre, une libert\u00e9 qui leur fait peur, car il n\u2019y a et il n\u2019y a jamais rien eu de plus intol\u00e9rable pour l\u2019homme et la soci\u00e9t\u00e9\u2009! Tu vois ces pierres dans ce d\u00e9sert aride\u2009? Change-les en pains, et l\u2019humanit\u00e9 accourra sur tes pas, tel qu\u2019un troupeau docile et reconnaissant, tremblant pourtant que ta main se retire et qu\u2019ils n\u2019aient plus de pain.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3132\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/hermitage.650px.10.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"486\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/hermitage.650px.10.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/hermitage.650px.10-300x224.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\u00ab\u2009Mais tu n\u2019as pas voulu priver l\u2019homme de la libert\u00e9, et tu as refus\u00e9, estimant qu\u2019elle \u00e9tait incompatible avec l\u2019ob\u00e9issance achet\u00e9e par des pains. Tu as r\u00e9pliqu\u00e9 que l\u2019homme ne vit pas seulement de pain, mais sais-tu qu\u2019au nom de ce pain terrestre, l\u2019Esprit de la terre s\u2019insurgera contre toi, luttera et te vaincra, que tous le suivront en s\u2019\u00e9criant. \u00ab\u2009Qui est semblable \u00e0 cette b\u00eate, elle nous a donn\u00e9 le feu du ciel\u2009?\u2009\u00bb Des si\u00e8cles passeront et l\u2019humanit\u00e9 proclamera par la bouche de ses savants et de ses sages qu\u2019il n\u2019y a pas de crimes, et, par cons\u00e9quent, pas de p\u00e9ch\u00e9\u2009; qu\u2019il n\u2019y a que des affam\u00e9s. \u00ab\u2009Nourris-les, et alors exige d\u2019eux qu\u2019ils soient \u00ab\u2009vertueux\u2009\u00bb\u2009! Voil\u00e0 ce qu\u2019on inscrira sur l\u2019\u00e9tendard de la r\u00e9volte qui abattra ton temple. \u00c0 sa place un nouvel \u00e9difice s\u2019\u00e9l\u00e8vera, une seconde tour de Babel, qui restera sans doute inachev\u00e9e, comme la premi\u00e8re\u2009; mais tu aurais pu \u00e9pargner aux hommes cette nouvelle tentative et mille ans de souffrance. Car ils viendront nous trouver, apr\u00e8s avoir pein\u00e9 mille ans \u00e0 b\u00e2tir leur tour\u2009! Ils nous chercheront sous terre comme jadis, dans les catacombes o\u00f9 nous serons cach\u00e9s (on nous pers\u00e9cutera de nouveau) et ils clameront\u00a0: \u00ab\u2009Donnez-nous \u00e0 manger, car ceux qui nous avaient promis le feu du ciel ne nous l\u2019ont pas donn\u00e9.\u2009\u00bb Alors, nous ach\u00e8verons leur tour, car il ne faut pour cela que la nourriture, et nous les nourrirons, soi-disant en ton nom, nous le ferons accroire. Sans nous, ils seront toujours affam\u00e9s. Aucune science ne leur donnera du pain, tant qu\u2019ils demeureront libres, mais ils finiront par la d\u00e9poser \u00e0 nos pieds, cette libert\u00e9, en disant\u00a0: \u00ab\u2009R\u00e9duisez-nous plut\u00f4t en servitude, mais nourrissez-nous.\u2009\u00bb Ils comprendront enfin que la libert\u00e9 est inconciliable avec le pain de la terre \u00e0 discr\u00e9tion, parce que jamais ils ne sauront le r\u00e9partir entre eux\u2009! Ils se convaincront aussi de leur impuissance \u00e0 se faire libres, \u00e9tant faibles, d\u00e9prav\u00e9s, nuls et r\u00e9volt\u00e9s. Tu leur promettais le pain du ciel\u2009; encore un coup, est-il comparable \u00e0 celui de la terre aux yeux de la faible race humaine, \u00e9ternellement ingrate et d\u00e9prav\u00e9e\u2009? Des milliers et des dizaines de milliers d\u2019\u00e2mes te suivront \u00e0 cause de ce pain, mais que deviendront les millions et les milliards qui n\u2019auront pas le courage de pr\u00e9f\u00e9rer le pain du ciel \u00e0 celui de la terre\u2009? Ne ch\u00e9rirais-tu que les grands et les forts, \u00e0 qui les autres, la multitude innombrable, qui est faible mais qui t\u2019aime, ne servirait que de mati\u00e8re exploitable\u2009? Ils nous sont chers aussi, les \u00eatres faibles. Quoique d\u00e9prav\u00e9s et r\u00e9volt\u00e9s, ils deviendront finalement dociles. Ils s\u2019\u00e9tonneront et nous croiront des dieux pour avoir consenti, en nous mettant \u00e0 leur t\u00eate, \u00e0 assurer la libert\u00e9 qui les effrayait et \u00e0 r\u00e9gner sur eux, tellement \u00e0 la fin ils auront peur d\u2019\u00eatre libres. Mais nous leur dirons que nous sommes tes disciples, que nous r\u00e9gnons en ton nom. Nous les tromperons de nouveau, car alors nous ne te laisserons pas approcher de nous. Et c\u2019est cette imposture qui constituera notre souffrance, car il nous faudra mentir. Tel est le sens de la premi\u00e8re question qui t\u2019a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e dans le d\u00e9sert, et voil\u00e0 ce que tu as repouss\u00e9 au nom de la libert\u00e9, que tu mettais au-dessus de tout. Pourtant elle recelait le secret du monde. En consentant au miracle des pains, tu aurais calm\u00e9 l\u2019\u00e9ternelle inqui\u00e9tude de l\u2019humanit\u00e9 \u2014 individus et collectivit\u00e9 \u2014, savoir\u00a0: \u00ab\u2009devant qui s\u2019incliner\u2009?\u2009\u00bb Car il n\u2019y a pas pour l\u2019homme, demeur\u00e9 libre, de souci plus constant, plus cuisant que de chercher un \u00eatre devant qui s\u2019incliner. Mais il ne veut s\u2019incliner que devant une force incontest\u00e9e, que tous les humains respectent par un consentement universel. Ces pauvres cr\u00e9atures se tourmentent \u00e0 chercher un culte qui r\u00e9unisse non seulement quelques fid\u00e8les, mais dans lequel <em>tous ensemble<\/em> communient, unis par la m\u00eame foi. Ce besoin de la <em>communaut\u00e9<\/em> dans l\u2019adoration est le principal tourment de chaque individu et de l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re, depuis le commencement des si\u00e8cles. C\u2019est pour r\u00e9aliser ce r\u00eave qu\u2019on s\u2019est extermin\u00e9 par le glaive. Les peuples ont forg\u00e9 des dieux et se sont d\u00e9fi\u00e9s les uns les autres\u00a0: \u00ab\u2009Quittez vos dieux, adorez les n\u00f4tres\u2009; sinon, malheur \u00e0 vous et \u00e0 vos dieux\u2009!\u2009\u00bb Et il en sera ainsi jusqu\u2019\u00e0 la fin du monde, m\u00eame lorsque les dieux auront disparu\u2009; on se prosternera devant les idoles. Tu n\u2019ignorais pas, tu ne pouvais pas ignorer ce secret fondamental de la nature humaine, et pourtant tu as repouss\u00e9 l\u2019unique drapeau infaillible qu\u2019on t\u2019offrait et qui aurait courb\u00e9 sans conteste tous les hommes devant toi, le drapeau du pain terrestre\u2009; tu l\u2019as repouss\u00e9 au nom du pain c\u00e9leste et de la libert\u00e9\u2009! Vois ce que tu fis ensuite, toujours au nom de la libert\u00e9\u2009! Il n\u2019y a pas, je te le r\u00e9p\u00e8te, de souci plus cuisant pour l\u2019homme que de trouver au plus t\u00f4t un \u00eatre \u00e0 qui d\u00e9l\u00e9guer ce don de la libert\u00e9 que le malheureux apporte en naissant. Mais pour disposer de la libert\u00e9 des hommes, il faut leur donner la paix de la conscience. Le pain te garantissait le succ\u00e8s\u2009; l\u2019homme s\u2019incline devant qui le donne, car c\u2019est une chose incontest\u00e9e, mais qu\u2019un autre se rende ma\u00eetre de la conscience humaine, il laissera l\u00e0 m\u00eame ton pain pour suivre celui qui captive sa conscience. En cela tu avais raison, car le secret de l\u2019existence humaine consiste, non pas seulement \u00e0 vivre, mais encore \u00e0 trouver un motif de vivre. Sans une id\u00e9e nette du but de l\u2019existence, l\u2019homme pr\u00e9f\u00e8re y renoncer et f\u00fbt-il entour\u00e9 de monceaux de pain, il se d\u00e9truira plut\u00f4t que de demeurer sur terre. Mais qu\u2019est-il advenu\u2009? Au lieu de t\u2019emparer de la libert\u00e9 humaine, tu l\u2019as encore \u00e9tendue\u2009? As-tu donc oubli\u00e9 que l\u2019homme pr\u00e9f\u00e8re la paix et m\u00eame la mort \u00e0 la libert\u00e9 de discerner le bien et le mal\u2009? Il n\u2019y a rien de plus s\u00e9duisant pour l\u2019homme que le libre arbitre, mais aussi rien de plus douloureux. Et au lieu de principes solides qui eussent tranquillis\u00e9 pour toujours la conscience humaine, tu as choisi des notions vagues, \u00e9tranges, \u00e9nigmatiques, tout ce qui d\u00e9passe la force des hommes, et par l\u00e0 tu as agi comme si tu ne les aimais pas, toi, qui \u00e9tais venu donner ta vie pour eux\u2009! Tu as accru la libert\u00e9 humaine au lieu de la confisquer et tu as ainsi impos\u00e9 pour toujours \u00e0 l\u2019\u00eatre moral les affres de cette libert\u00e9. Tu voulais \u00eatre librement aim\u00e9, volontairement suivi par les hommes charm\u00e9s. Au lieu de la dure loi ancienne, l\u2019homme devait d\u00e9sormais, d\u2019un c\u0153ur libre, discerner le bien et le mal, n\u2019ayant pour se guider que ton image, mais ne pr\u00e9voyais-tu pas qu\u2019il repousserait enfin et contesterait m\u00eame ton image et ta v\u00e9rit\u00e9, \u00e9tant accabl\u00e9 sous ce fardeau terrible\u00a0: la libert\u00e9 de choisir\u2009? Ils s\u2019\u00e9crieront enfin que la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas en toi, autrement tu ne les aurais pas laiss\u00e9s dans une incertitude aussi angoissante avec tant de soucis et de probl\u00e8mes insolubles. Tu as ainsi pr\u00e9par\u00e9 la ruine de ton royaume\u2009; n\u2019accuse donc personne de cette ruine. Cependant, \u00e9tait-ce l\u00e0 ce qu\u2019on te proposait\u2009? Il y a trois forces, les seules qui puissent subjuguer \u00e0 jamais la conscience de ces faibles r\u00e9volt\u00e9s, ce sont\u00a0: le miracle, le myst\u00e8re, l\u2019autorit\u00e9\u2009! Tu les as repouss\u00e9es toutes trois, donnant ainsi un exemple. L\u2019Esprit terrible et profond t\u2019avait transport\u00e9 sur le pinacle du Temple et t\u2019avait dit\u00a0: \u00ab\u2009Veux-tu savoir si tu es le fils de Dieu\u2009? Jette-toi en bas, car il est \u00e9crit que les anges le soutiendront et le porteront, il ne se fera aucune blessure, tu sauras alors si tu es le Fils de Dieu et tu prouveras ainsi ta foi en ton P\u00e8re.\u2009\u00bb Mais tu as repouss\u00e9 cette proposition, tu ne t\u2019es pas pr\u00e9cipit\u00e9. Tu montras alors une fiert\u00e9 sublime, divine, mais les hommes, race faible et r\u00e9volt\u00e9e, ne sont pas des dieux\u2009! Tu savais qu\u2019en faisant un pas, un geste pour te pr\u00e9cipiter, tu aurais tent\u00e9 le Seigneur et perdu la foi en lui. Tu te serais bris\u00e9 sur cette terre que tu venais sauver, \u00e0 la grande joie du tentateur. Mais y en a-t-il beaucoup comme toi\u2009? Peux-tu admettre un instant que les hommes auraient la force d\u2019endurer une semblable tentation\u2009? Est-ce le propre de la nature humaine de repousser le miracle, et dans les moments graves de la vie, devant les questions capitales et douloureuses, de s\u2019en tenir \u00e0 la libre d\u00e9cision du c\u0153ur\u2009? Oh\u2009! tu savais que ta fermet\u00e9 serait relat\u00e9e dans les \u00c9critures, traverserait les \u00e2ges, atteindrait les r\u00e9gions les plus lointaines, et tu esp\u00e9rais que, suivant ton exemple, l\u2019homme se contenterait de Dieu, sans recourir au miracle. Mais tu ignorais que l\u2019homme repousse Dieu en m\u00eame temps que le miracle, car c\u2019est surtout le miracle qu\u2019il cherche. Et comme il ne saurait s\u2019en passer, il s\u2019en forge de nouveaux, les siens propres, il s\u2019inclinera devant les prodiges d\u2019un magicien, les sortil\u00e8ges d\u2019une sorci\u00e8re, f\u00fbt-il m\u00eame un r\u00e9volt\u00e9, un h\u00e9r\u00e9tique, un impie av\u00e9r\u00e9. Tu n\u2019es pas descendu de la croix, quand on se moquait de toi et qu\u2019on te criait, par d\u00e9rision\u00a0: \u00ab\u2009Descends de la croix, et nous croirons en toi.\u2009\u00bb Tu ne l\u2019as pas fait, car de nouveau tu n\u2019as pas voulu asservir l\u2019homme par un miracle\u2009; tu d\u00e9sirais une foi qui f\u00fbt libre et non point inspir\u00e9e par le merveilleux. Il te fallait un libre amour, et non les serviles transports d\u2019un esclave terrifi\u00e9. L\u00e0 encore, tu te faisais une trop haute id\u00e9e des hommes, car ce sont des esclaves, bien qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s rebelles. Vois et juge, apr\u00e8s quinze si\u00e8cles r\u00e9volus\u2009; qui as-tu \u00e9lev\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 toi\u2009? Je le jure, l\u2019homme est plus faible et plus vil que tu ne pensais. Peut-il, peut-il accomplir la m\u00eame chose que toi\u2009? La grande estime que tu avais pour lui a fait tort \u00e0 la piti\u00e9. Tu as trop exig\u00e9 de lui, toi pourtant qui l\u2019aimais plus que toi-m\u00eame\u2009! En l\u2019estimant moins, tu lui aurais impos\u00e9 un fardeau plus l\u00e9ger, plus en rapport avec ton amour. Il est faible et l\u00e2che. Qu\u2019importe qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent il s\u2019insurge partout contre notre autorit\u00e9 et soit fier de sa r\u00e9volte\u2009? C\u2019est la fiert\u00e9 de jeunes \u00e9coliers mutin\u00e9s qui ont chass\u00e9 leur ma\u00eetre. Mais l\u2019all\u00e9gresse des gamins prendra fin et leur co\u00fbtera cher. Ils renverseront les temples et inonderont la terre de sang\u2009; mais ils s\u2019apercevront enfin, ces enfants stupides, qu\u2019ils ne sont que de faibles mutins, incapables de se r\u00e9volter longtemps. Ils verseront de sottes larmes et comprendront que le cr\u00e9ateur, en les faisant rebelles, a voulu se moquer d\u2019eux, assur\u00e9ment. Ils le crieront avec d\u00e9sespoir et ce blasph\u00e8me les rendra encore plus malheureux, car la nature humaine ne supporte pas le blasph\u00e8me et finit toujours par en tirer vengeance. Ainsi, l\u2019inqui\u00e9tude, le trouble, le malheur, tel est le partage des hommes, apr\u00e8s les souffrances que tu as endur\u00e9es pour leur libert\u00e9\u2009! Ton \u00e9minent proph\u00e8te dit, dans sa vision symbolique, qu\u2019il a vu tous les participants \u00e0 la premi\u00e8re r\u00e9surrection et qu\u2019il y en avait douze mille pour chaque tribu. Pour \u00eatre si nombreux, ce devait \u00eatre plus que des hommes, presque des dieux. Ils ont support\u00e9 ta croix et l\u2019existence dans le d\u00e9sert, se nourrissant de sauterelles et de racines\u2009; certes, tu peux \u00eatre fier de ces enfants de la libert\u00e9, du libre amour, de leur sublime sacrifice en ton nom. Mais rappelle-toi, ils n\u2019\u00e9taient que quelques milliers, et presque des dieux\u2009; mais le reste\u2009? Est-ce leur faute, aux autres, aux faibles humains, s\u2019ils n\u2019ont pu supporter ce qu\u2019endurent les forts\u2009? L\u2019\u00e2me faible est-elle coupable de ne pouvoir contenir des dons si terribles\u2009? N\u2019es-tu vraiment venu que pour les \u00e9lus\u2009? Alors, c\u2019est un myst\u00e8re, incompr\u00e9hensible pour nous, et nous aurions le droit de le pr\u00eacher aux hommes, d\u2019enseigner que ce n\u2019est pas la libre d\u00e9cision des c\u0153urs ni l\u2019amour qui importent, mais le myst\u00e8re, auquel ils doivent se soumettre aveugl\u00e9ment, m\u00eame contre le gr\u00e9 de leur conscience. C\u2019est ce que nous avons fait. Nous avons corrig\u00e9 ton \u0153uvre en la fondant sur le <em>miracle<\/em>, le <em>myst\u00e8re<\/em>, l\u2019<em>autorit\u00e9<\/em>. Et les hommes se sont r\u00e9jouis d\u2019\u00eatre de nouveau men\u00e9s comme un troupeau et d\u00e9livr\u00e9s de ce don funeste qui leur causait de tels tourments. Avions-nous raison d\u2019agir ainsi, dis-moi\u2009? N\u2019\u00e9tait-ce pas aimer l\u2019humanit\u00e9 que de comprendre sa faiblesse, d\u2019all\u00e9ger son fardeau avec amour, de tol\u00e9rer m\u00eame le p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 sa faible nature, pourvu que ce f\u00fbt avec notre permission\u2009? Pourquoi donc venir entraver notre \u0153uvre\u2009? Pourquoi gardes-tu le silence en me fixant de ton regard tendre et p\u00e9n\u00e9trant\u2009? F\u00e2che-toi plut\u00f4t, je ne veux pas de ton amour, car moi-m\u00eame je ne t\u2019aime pas. Pourquoi le dissimulerais-je\u2009? Je sais \u00e0 qui je parle, tu connais ce que j\u2019ai \u00e0 te dire, je le vois dans tes yeux. Est-ce \u00e0 moi \u00e0 te cacher notre secret\u2009? Peut-\u00eatre veux-tu l\u2019entendre de ma bouche, le voici. Nous ne sommes pas avec toi, mais avec <em>lui<\/em>, depuis longtemps d\u00e9j\u00e0. Il y a juste huit si\u00e8cles que nous avons re\u00e7u de <em>lui<\/em> ce dernier don que tu repoussas avec indignation, lorsqu\u2019<em>il<\/em> te montrait tous les royaumes de la terre\u2009; nous avons accept\u00e9 Rome et le glaive de C\u00e9sar, et nous nous sommes d\u00e9clar\u00e9s les seuls rois de la terre, bien que jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent nous n\u2019ayons pas encore eu le temps de parachever notre \u0153uvre. Mais \u00e0 qui la faute\u2009? Oh\u2009! l\u2019affaire n\u2019est qu\u2019au d\u00e9but, elle est loin d\u2019\u00eatre termin\u00e9e, et la terre aura encore beaucoup \u00e0 souffrir, mais nous atteindrons notre but, nous serons C\u00e9sar, alors nous songerons au bonheur universel.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3130\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/hermitage.650px.08.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"483\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/hermitage.650px.08.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/hermitage.650px.08-300x223.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>F\u00e9dor Dosto\u00efevski, <\/strong><a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Les_Fr%C3%A8res_Karamazov_(trad._Henri_Mongault)\/V\/05\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Les Fr\u00e8res Karamazov<\/a> (1923), Traduction par Henri Mongault, NRF, 1935 (1, p. 260-279).<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/dostoievski\/\" class=\"vlp-link\" title=\"F. M. Dosto\u00efevski [\u20201881]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"167\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/dosto.portrait.02.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/dosto.portrait.02.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/dosto.portrait.02.650px-270x300.jpg 270w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">F. M. Dosto\u00efevski [\u20201881]<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/div><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p><span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:349,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/fr.wikisource.org\\\/wiki\\\/Les_Fr%C3%A8res_Karamazov_(trad._Henri_Mongault)\\\/V\\\/05&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20260327140303\\\/https:\\\/\\\/fr.wikisource.org\\\/wiki\\\/Les_Fr%C3%A8res_Karamazov_(trad._Henri_Mongault)\\\/V\\\/05&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u2009D\u00e9cide donc toi-m\u00eame qui avait raison\u00a0: toi, ou celui qui t\u2019interrogeait\u2009? 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