{"id":6611,"date":"2023-08-08T17:18:45","date_gmt":"2023-08-08T15:18:45","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=6611"},"modified":"2023-08-08T17:28:55","modified_gmt":"2023-08-08T15:28:55","slug":"saint-gregoire-v-patriarche-de-constantinople-iii-iii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2023\/08\/08\/saint-gregoire-v-patriarche-de-constantinople-iii-iii\/","title":{"rendered":"Saint Gr\u00e9goire V Patriarche de Constantinople III \/ III"},"content":{"rendered":"<p>Jean Pharmak\u00e8s apporta \u00e0 Gr\u00e9goire des nouvelles de l\u2019H\u00e9tairie. Le Patriarche manifesta tout l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il portait \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, et souhaita de toute son \u00e2me et de tout son c\u0153ur la r\u00e9alisation de tous ses projets. Cependant, il refusa de pr\u00eater le serment de soci\u00e9taire, et recommanda \u00e0 Pharmak\u00e8s la prudence, afin de ne pas nuire au lieu de servir, car \u00e0 ses yeux, l\u2019insurrection \u00e9tait pr\u00e9matur\u00e9e et pas au point.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 1818, Cyrille\u00a0VI d\u00e9missionna et Gr\u00e9goire fut \u00e9lu pour la troisi\u00e8me fois. Rappel\u00e9 de la Sainte Montagne, le 14\u00a0janvier 1819, il reprit sa charge et toutes les activit\u00e9s qu\u2019elle impliquait.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6599\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/650px.-Martyr.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"505\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/650px.-Martyr.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/650px.-Martyr-300x233.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 des Phanariotes qui exer\u00e7aient des fonctions de tout premier plan dans l\u2019\u00c9tat Ottoman, les Grecs obtinrent la faveur d\u2019ouvrir des \u00e9coles. Le saint Patriarche en profita, et une fois encore, exhorta ses concitoyens \u00e0 ouvrir des \u00e9coles pour enseigner la langue grecque. \u00c0 cette \u00e9poque, les jeunes gens lisaient plus volontiers les modernes et \u00e9tudiaient les id\u00e9es nouvelles et d\u00e9laissaient l\u2019\u00e9tude approfondie de la langue de leurs p\u00e8res. Pour venir en aide aux \u00e9l\u00e8ves pauvres et aux n\u00e9cessiteux, le divin Gr\u00e9goire cr\u00e9a le \u00ab\u2009Tronc de la Mis\u00e9ricorde\u2009\u00bb, que les \u00e9v\u00eaques, les notables et les riches alimentaient.<\/p>\n<p>Mais sa d\u00e9bordante et bienfaisante activit\u00e9 sociale allait prendre fin. Les \u00e9v\u00e8nements, \u00e9crit encore Brunet, que nous venons de rapporter plus haut, avaient \u00e0 Constantinople un terrible contrecoup. Nous avons vu combien la surveillance de la police musulmane avait \u00e9t\u00e9 endormie. Le gouvernement turc n\u2019avait eu que des soup\u00e7ons sur les projets de l\u2019H\u00e9tairie, jusqu\u2019au jour o\u00f9 il d\u00e9couvrit un complot pour le bouleversement de Constantinople. C\u2019est alors, dans le courant de mars, qu\u2019on ordonna \u00e0 tous les Grecs qui n\u2019y \u00e9taient pas domicili\u00e9s de quitter la ville. Des visites domiciliaires furent faites pour d\u00e9couvrir les armes et les munitions qu\u2019on supposait cach\u00e9es. Le 13\u00a0mars, on re\u00e7ut la nouvelle des affaires des principaut\u00e9s. Le 15, le grand-interpr\u00e8te Mourousi communiqua au Synode un firman pour l\u2019inviter \u00e0 faire rentrer par ses exhortations pastorales les r\u00e9volt\u00e9s dans le devoir. Le Synode r\u00e9pandit aussit\u00f4t une lettre encyclique qui excommuniait nomm\u00e9ment Hypsilantis et Soutzo, exhortait les Moldaves et les Valaques \u00e0 la soumission, et relevait les Amis du serment pr\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00e9tairie.<\/p>\n<p>La Porte s\u2019engageait, \u00e0 son tour, \u00e0 amnistier tous les soci\u00e9taires de l\u2019H\u00e9tairie.<\/p>\n<p>L\u2019excommunication fut sign\u00e9e sur le saint Autel par Gr\u00e9goire, Polycarpe de\u00a0J\u00e9rusalem et les \u00e9v\u00eaques pr\u00e9sents, et lue dans toutes les \u00e9glises le 23\u00a0mars. Le Patriarche Gr\u00e9goire a \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement critiqu\u00e9 pour cet acte. En v\u00e9rit\u00e9, il n\u2019a pas excommuni\u00e9 les insurg\u00e9s et leurs id\u00e9es. Il a fait cela 1\u00b0 pour \u00e9viter un massacre\u2009; 2\u00b0 parce qu\u2019il \u00e9tait oppos\u00e9 au d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019empire Ottoman qui aurait \u00e9t\u00e9 celui de la Romanit\u00e9. L\u2019id\u00e9e d\u2019un Empire Ottoman, civilis\u00e9 sous l\u2019influence des Grecs dont les services lui \u00e9taient indispensables, et qui ne garderait plus que le nom d\u2019Ottoman, fut longtemps caress\u00e9e par les Phanariotes.<\/p>\n<p>Dans son livre\u00a0: \u00ab\u2009La Romanit\u00e9 afflig\u00e9e\u2009\u00bb, <a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/12\/01\/appendice-3\/\">Photios Kondoglou<\/a> cite le po\u00e8te cypriote Basile Micha\u00eflid\u00e8s. Dans son po\u00e8me sur la mort, survenue en 1821, de l\u2019archev\u00eaque Cyprien de Chypre, Micha\u00eflid\u00e8s met dans la bouche du martyr ces paroles qu\u2019il adresse au juge turc qui allait le livrer \u00e0 la mort\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p> \u00ab\u2009La Romanit\u00e9 est une race<\/p>\n<p>\u00ab\u2009contemporaine du monde.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Personne n\u2019a pu l\u2019exterminer,<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Personne, parce que Dieu la couvre<\/p>\n<p>\u00ab\u2009du haut des cieux. <\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>\u00ab\u2009Quel grand po\u00e8te, ajoute Kondoglou, de ces nations riches et heureuses, qui ont domin\u00e9 le monde, a prononc\u00e9 de telles paroles pour sa nation, comme l\u2019a fait ce pauvre et insignifiant \u2039\u2009roumi\u2009\u203a\u2009? Sa voix est faite de myriades de voix, celles de cette race des Hell\u00e8nes maltrait\u00e9e qui parle et dont la voix est comme la foudre qui frappe de son feu les puissants de la terre&#8230; Cette Romanit\u00e9 maltrait\u00e9e est cependant par\u00e9e de la tunique ensanglant\u00e9e et incorruptible&#8230;\u2009\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6493\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0089.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"455\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0089.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0089-300x210.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p>Mais les avertissements patriarcaux command\u00e9s par le gouvernement turc eurent peu d\u2019effet contre l\u2019exaltation des esprits et les r\u00e9solutions prises. Les Phanariotes commenc\u00e8rent \u00e0 quitter la ville et \u00e0 se r\u00e9fugier \u00e0 Odessa. Le 20 fut publi\u00e9 le firman qui ordonnait \u00e0 tous les sujets fid\u00e8les de veiller \u00e0 leur d\u00e9fense, de pr\u00e9parer leurs armes, d\u2019en acheter s\u2019ils n\u2019en poss\u00e9daient pas, en vendant, s\u2019il le fallait, leurs \u00e9dredons. Ce firman fut lu dans les mosqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Sept archev\u00eaques furent demand\u00e9s par un autre firman au Patriarche et gard\u00e9s en otages. Des milices asiatiques furent appel\u00e9es, et le 26 tous les Ottomans de Constantinople re\u00e7urent l\u2019ordre de se mettre sous les armes. C\u2019\u00e9tait donner le signal des massacres. \u00ab\u2009Aussit\u00f4t, dit M.\u00a0Triko\u00fapis, que le gouvernement eut \u00e9tabli partout des postes, il appesantit sa main meurtri\u00e8re sur tous les Grecs sans choix et sans distinction. Leurs maisons et les appartements de leurs femmes furent envahis\u2009; les prisons regorg\u00e8rent de suspects\u2009; les sanguinaires Asiatiques, fr\u00e9missant et brandissant leurs \u00e9p\u00e9es nues, parcouraient en foule les routes et les places publiques, immolant ou rel\u00e2chant \u00e0 leur gr\u00e9 tous ceux qu\u2019ils rencontraient, sans l\u2019aveu du gouvernement, mais aussi sans en \u00eatre emp\u00each\u00e9s. La rage politique conspirait avec le fanatisme religieux contre des hommes que l\u2019on regardait en m\u00eame temps comme des rebelles et des infid\u00e8les. Sans preuves ou m\u00eame sans indices, sur simple soup\u00e7on et sur l\u2019ordre de l\u2019autorit\u00e9, les Turcs livraient ceux que l\u2019on connaissait pour \u00eatre chr\u00e9tiens \u00e0 l\u2019\u00e9p\u00e9e ou \u00e0 la corde. Les uns, ils les \u00e9gorgeaient sur les routes, les autres, ils les pendaient \u00e0 la porte des particuliers. C\u2019\u00e9tait une loi des Turcs que les Grecs devaient payer en outre une redevance toutes les fois qu\u2019une ex\u00e9cution semblable avait \u00e9t\u00e9 faite, pour effacer la souillure et avoir le droit d\u2019enlever le cadavre.<\/p>\n<p>Lorsque leurs tribunaux condamnaient un Grec \u00e0 la peine capitale, ils n\u2019avaient pas de lieu fixe pour l\u2019ex\u00e9cution. Elle se faisait dans le premier endroit favorable. Eh bien, quand un malheureux a la t\u00eate tranch\u00e9e, tous les Grecs du voisinage doivent contribuer \u00e0 la formation d\u2019une somme qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve quelquefois \u00e0 plusieurs milliers de francs pour qu\u2019on les d\u00e9barrasse au bout de trois jours de l\u2019affreux spectacle d\u2019un cadavre. On va m\u00eame plus loin\u00a0: un coupable condamn\u00e9 \u00e0 la corde est supplici\u00e9 \u00e0 la porte d\u2019une boutique quelconque. On choisit de pr\u00e9f\u00e9rence celle des bakals (\u00e9piciers), parce qu\u2019elles sont plus fr\u00e9quent\u00e9es. Ainsi, le malheureux propri\u00e9taire est d\u2019abord r\u00e9duit \u00e0 l\u2019horreur de passer trois jours sous les pieds d\u2019un cadavre livide, et ensuite il doit payer ceux qui lui ont fait un si horrible pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Les Turcs souillaient et d\u00e9pouillaient les \u00e9glises, d\u00e9molissaient les maisons, confisquaient les biens, ravissaient les femmes et les jeunes filles, visitaient les navires portant pavillon europ\u00e9en, et en faisaient descendre \u00e0 terre, sous les yeux m\u00eames des ambassadeurs, les Grecs qui s\u2019y \u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s. En un mot, le sultan consid\u00e9rait tous les Grecs, clercs ou la\u00efcs, comme conjur\u00e9s et comme \u00e9galement dignes de la mort.<\/p>\n<p>Les ex\u00e9cutions juridiques commenc\u00e8rent le 3\u00a0avril, et tomb\u00e8rent sur les Phanariotes alli\u00e9s aux princes moldaves. Elles se continu\u00e8rent les jours suivants, et redoubl\u00e8rent le 15\u00a0avril, \u00e0 la nouvelle apport\u00e9e d\u2019Ath\u00e8nes par un courrier, du soul\u00e8vement de Calavryta et du P\u00e9loponn\u00e8se. Alors fut d\u00e9capit\u00e9 le grand-interpr\u00e8te Mourousi, qui ayant re\u00e7u, contre toute attente de sa part, une lettre d\u2019Hypsilantis, o\u00f9 celui-ci lui d\u00e9voilait ses projets, l\u2019avait remise au re\u00efss-effendi et se croyait \u00e0 l\u2019abri de tout soup\u00e7on. M. Al. Soutzo raconte que le sultan le fit amener dans son palais pour assister \u00e0 son supplice, et qu\u2019il donna lui-m\u00eame le signal aux janissaires. Le m\u00eame jour commen\u00e7aient les massacres qui ensanglant\u00e8rent Bou\u00efouk-D\u00e9r\u00e9, village populeux et paisible, situ\u00e9 \u00e0 trois lieues de Constantinople. Les jours suivants, \u00e0 Constantinople, furent ex\u00e9cut\u00e9s coup sur coup des Grecs attach\u00e9s pour la plupart \u00e0 d\u2019anciens hospodars, parmi lesquels Dimitri Paparrigopoulo et Georges Mavrocordato. On eut soin que tous les condamn\u00e9s fussent soient d\u00e9capit\u00e9s, soit pendus, devant la porte de leur maison.<\/p>\n<p>Une condamnation inique qui a exasp\u00e9r\u00e9 toute la nation grecque et r\u00e9volt\u00e9 l\u2019Europe couronna toutes les pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p>Le Samedi Saint, il fut ordonn\u00e9 au Patriarche de conseiller aux chr\u00e9tiens d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9glise pour la P\u00e2que, puis de revenir chez eux, sans se saluer ni se visiter selon la coutume. Cette interdiction pr\u00e9venait d\u2019\u00e9ventuels complots. Le divin Gr\u00e9goire, qui pressentait tout le drame, dit alors aux \u00e9v\u00eaques pr\u00e9sents\u00a0: \u00ab\u2009Maintenant s\u2019accomplit pour nous aussi la parole du proph\u00e8te\u00a0: je changerai vos f\u00eates en deuil\u2009\u00bb (Amos\u00a0<strong>8<\/strong> 10). Le d\u00e9nouement \u00e9tait imminent. Calme et tranquille, il dit encore \u00e0 son entourage\u00a0: \u00ab\u2009Quelle mort pr\u00e9f\u00e9rer, l\u2019\u00e9p\u00e9e ou la corde\u2009?\u2009\u00bb L\u2019ambassadeur de Russie, des amis s\u00fbrs et influents, suppliaient Gr\u00e9goire de se sauver, de fuir. \u00ab\u2009Ne me poussez pas \u00e0 la fuite. Comment abandonnerais-je mon troupeau\u2009? &#8230; Je suis Patriarche pour sauver mon peuple et non pour le livrer au glaive des janissaires. Ma mort sera plus utile que ma vie. Les princes chr\u00e9tiens ne verront pas, indiff\u00e9rents, l\u2019insulte qui leur est faite dans ma personne. Les Hell\u00e8nes arm\u00e9s lutteront avec le d\u00e9sespoir qui souvent apporte la victoire. Non, je ne veux pas \u00eatre ridiculis\u00e9 par le monde, ni \u00eatre montr\u00e9 du doigt, dans les rues d\u2019Odessa, de Corfou ou d\u2019Anc\u00f4ne\u2009; ni entendre dire\u00a0: voici le patriarche l\u00e2che et meurtrier. J\u2019irai l\u00e0 o\u00f9 me conduit le sort de ma nation et le Dieu Bon qui juge les choses divines et humaines\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Tout ce que Gr\u00e9goire avait pressenti s\u2019accomplissait maintenant, avec une sauvagerie, une cruaut\u00e9 inconnues jusqu\u2019ici.<\/p>\n<p>Le 21\u00a0avril, le soir du Samedi Saint, on remarquait autour du palais patriarcal, au-dedans et au-dehors du Phanar, une affluence inusit\u00e9e de janissaires arm\u00e9s. \u00c0 minuit, quand selon l\u2019usage le crieur de l\u2019\u00e9glise appela \u00e0 la pri\u00e8re, les chr\u00e9tiens se pr\u00e9cipit\u00e8rent en foule dans l\u2019\u00e9glise patriarcale. Le Patriarche lui-m\u00eame officiait, assist\u00e9 de douze \u00e9v\u00eaques. Il \u00e9tait calme et serein. Seules l\u2019\u00e9motion et les larmes interrompaient sa pri\u00e8re. Pour la derni\u00e8re fois il donnait le baiser de paix aux douze \u00e9v\u00eaques qui conc\u00e9l\u00e9braient avec lui.<\/p>\n<p>Le jour se levait quand il rentra chez lui\u2009; et, \u00e0 peine \u00e9tait-il rentr\u00e9 qu\u2019il fut appel\u00e9 dans la salle du Synode, o\u00f9 l\u2019attendait le grand interpr\u00e8te, successeur du malheureux Mourousi, et un Ottoman, secr\u00e9taire du re\u00efss-effendi. Le premier d\u00e9clara qu\u2019il avait \u00e0 communiquer un firman qui devait \u00eatre lu en pr\u00e9sence des \u00e9v\u00eaques et des autres dignitaires du Synode. On les r\u00e9unit, et devant eux fut lu le firman suivant\u00a0: \u00ab\u2009Attendu que le Patriarche Gr\u00e9goire s\u2019est rendu indigne du tr\u00f4ne patriarcal en se montrant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la Porte ingrat, d\u00e9loyal et tra\u00eetre, il est d\u00e9chu de sa dignit\u00e9, et il lui est assign\u00e9 pour r\u00e9sidence Kaddi-Kij jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre\u2009\u00bb\u2009; Aussit\u00f4t Gr\u00e9goire, accompagn\u00e9 de son fid\u00e8le diacre Nic\u00e9phore, sortit, et sans doute par un ordre secret fut conduit dans la prison du Bostandji-Pacha, o\u00f9 d\u2019autres \u00e9v\u00eaques \u00e9taient enferm\u00e9s. \u00c0 peine \u00e9tait-il sorti qu\u2019on donna lecture d\u2019un autre firman, qui prescrivait le choix d\u2019un autre patriarche\u00a0: \u00ab\u2009La Sublime Porte ne voulant pas priver ses fid\u00e8les sujets de la sollicitude spirituelle de leur P\u00e8re commun, leur ordonne d\u2019\u00e9lire un patriarche selon la coutume\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s d\u00e9lib\u00e9ration, les \u00e9v\u00eaques d\u00e9cid\u00e8rent de rappeler au tr\u00f4ne patriarcal l\u2019ex-patriarche Cyrille qui se trouvait \u00e0 Andrinople. Re\u00efss-effendi n\u2019approuva pas ce choix. Il \u00e9tait urgent dans les circonstances pr\u00e9sentes de ne pas laisser vacant le tr\u00f4ne patriarcal. Il fallut choisir un des membres pr\u00e9sents, et les suffrages s\u2019arr\u00eat\u00e8rent sur Eug\u00e8ne de\u00a0Pisidie, qui fut imm\u00e9diatement pr\u00e9sent\u00e9, selon l\u2019usage, au divan, \u2014 qui le re\u00e7ut avec de grands honneurs \u2014 et quelques heures plus tard ramen\u00e9 dans le Synode rev\u00eatu des insignes de sa nouvelle dignit\u00e9.<\/p>\n<p>On \u00e9tait habitu\u00e9 \u00e0 Constantinople aux installations et aux destitutions des patriarches qui \u00e9taient choses courantes, et on croyait Gr\u00e9goire en prison en attendant un nouvel exil.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6485\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0042.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"881\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0042.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0042-221x300.jpg 221w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p>Dans les sous-sols de la prison de Bostandji-Pacha, il y avait une salle de torture o\u00f9 les Turcs torturaient les malheureux condamn\u00e9s. Les portes s\u2019ouvraient avec fracas, et celui qui entrait pouvait voir, \u00e0 la lueur des torches, les instruments de torture les plus vari\u00e9s\u00a0: des carcans, des cha\u00eenes, des anneaux que l\u2019on passait au cou, aux mains, aux pieds des condamn\u00e9s, des ceps, des verges de fer, des marteaux, des tenailles, des pinces, des ongles de fer, etc&#8230; Les condamn\u00e9s \u00e9taient suivis d\u2019hommes f\u00e9roces, cruels, terribles \u00e0 voir, qui s\u2019asseyaient pr\u00e8s d\u2019eux, sans rien dire. Un oulema, docteur de la loi coranique s\u2019adressait aux condamn\u00e9s et leur conseillait d\u2019abjurer leur foi, s\u2019ils voulaient \u00e9chapper aux tortures et \u00e0 la mort. Il feignait la piti\u00e9 et exhortait ceux qui allaient mourir \u00e0 avoir piti\u00e9 d\u2019eux-m\u00eames. Les condamn\u00e9s qui restaient in\u00e9branlables, courageux, et se d\u00e9claraient pr\u00eats \u00e0 mourir pour leur foi, \u00e9taient couverts de crachats et battus. C\u2019est dans cette salle obscure de torture que les \u00e9v\u00eaques avaient \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s. Dans cette prison les chr\u00e9tiens \u00e9taient entass\u00e9s comme des b\u00eates. Dans la prison le divin Gr\u00e9goire fut press\u00e9 d\u2019abjurer, mais, comme un roc, il resta ferme et in\u00e9branlable. \u00ab\u2009Ne vous fatiguez pas, dit-il \u00e0 ses bourreaux. <strong>Le patriarche des chr\u00e9tiens est n\u00e9 chr\u00e9tien et meurt chr\u00e9tien<\/strong>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Quelques heures apr\u00e8s, tir\u00e9 de sa prison, le divin Gr\u00e9goire fut plac\u00e9 sur une barque et conduit sur le rivage du Phanar. L\u00e0, attendant la mort, il se mit \u00e0 genoux, pronon\u00e7a une pri\u00e8re, et tendit au bourreau sa t\u00eate d\u00e9pouill\u00e9e. Celui-ci lui r\u00e9pondit que ce n\u2019\u00e9tait pas encore la place de son ex\u00e9cution. On le conduisit jusqu\u2019au palais patriarcal, et, \u00e0 l\u2019heure de midi de la f\u00eate de la P\u00e2que, pendant que les chr\u00e9tiens remplissaient les \u00e9glises de leurs chants, cet inoffensif et charitable vieillard qui s\u2019\u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 son Dieu et \u00e0 son peuple, fut pendu \u00e0 la porte de la maison qu\u2019il laissait toute pleine du souvenir de ses vertus. Avant sa pendaison, le bienheureux Patriarche leva la main, b\u00e9nit sa ville et ses fid\u00e8les, et pronon\u00e7a une ultime pri\u00e8re\u00a0: \u00ab\u2009Seigneur J\u00e9sus-Christ, re\u00e7ois mon esprit\u2009\u00bb. Depuis sa pendaison, la porte du palais patriarcal qui servit de potence est rest\u00e9e ferm\u00e9e.<\/p>\n<p>Ceux qui venaient d\u2019installer son successeur, et croyaient Gr\u00e9goire en route pour l\u2019exil, aper\u00e7urent, en sortant du palais, son cadavre. La Porte fit afficher l\u2019arr\u00eat de sa condamnation. Il portait en substance que le Patriarche \u00e9tait coupable de n\u2019avoir pas fait usage de ses armes spirituelles contre la r\u00e9volte et d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 complice des r\u00e9volt\u00e9s. Rien n\u2019\u00e9tait plus inique, \u00e9crit encore M.\u00a0Brunet, que cette condamnation, et plus faux que ces griefs. Pour ce qui concerne le premier, nous avons pu voir avec quelle docilit\u00e9, d\u00e8s l\u2019\u00e9poque de la mort de Rhigas, et plus r\u00e9cemment \u00e0 la premi\u00e8re nouvelle des \u00e9v\u00e8nements de Moldavie, le malheureux Gr\u00e9goire avait mis ses armes spirituelles au service de la Porte. Quant au second, quelles d\u00e9plorables raisons que celles qu\u2019\u00e9non\u00e7ait l\u2019arr\u00eat de la Porte, que \u00ab\u2009par tout ce qui paraissait\u2009\u00bb il s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 le complice de la r\u00e9bellion, que le gouvernement \u00ab\u2009avait \u00e9t\u00e9 plus d\u2019une fois averti\u2009\u00bb de sa culpabilit\u00e9, qu\u2019enfin \u00ab\u2009il \u00e9tait n\u00e9 dans le P\u00e9loponn\u00e8se o\u00f9 avait \u00e9clat\u00e9 le soul\u00e8vement\u2009\u00bb\u2009! Quel argument que ces apparences\u2009! Quelle preuve de complicit\u00e9 que le hasard de la naissance, et quel nouveau moyen d\u2019\u00e9tablir la communaut\u00e9 du crime que de rappeler la communaut\u00e9 d\u2019origine\u2009! Enfin, si le divan avait re\u00e7u plus d\u2019une fois des t\u00e9moignages de sa culpabilit\u00e9, pourquoi ne les communiquait-il pas, et pourquoi ne put-il jamais les produire\u2009? Non, le Patriarche n\u2019avait jamais tremp\u00e9 dans la conspiration des h\u00e9tairistes. Il en avait eu connaissance\u00a0: qui pouvait l\u2019ignorer alors\u2009? Mais il l\u2019avait toujours condamn\u00e9e. Il n\u2019avait pas voulu r\u00e9v\u00e9ler au gouvernement ce qu\u2019il n\u2019avait appris que par son minist\u00e8re spirituel\u00a0: sa conscience le lui d\u00e9fendait imp\u00e9rieusement. Mais il n\u2019avait cess\u00e9 de r\u00e9prouver l\u2019entreprise, comme funeste et t\u00e9m\u00e9raire. D\u2019affreuses circonstances achevaient l\u2019odieux de cette condamnation.<\/p>\n<p>Le soir, le vizir Beterli-Ali Pacha traversa le phanar avec un seul garde, se fit placer une chaise \u00e0 cinq ou six minutes de chemin en face du cadavre, et le contempla quelque temps. Une heure apr\u00e8s, le Sultan lui-m\u00eame passa par l\u00e0, et jeta un coup d\u2019\u0153il sur ces tristes restes. Le corps resta expos\u00e9 trois jours. Le quatri\u00e8me jour, le bourreau vint le d\u00e9tacher pour le jeter dans la mer, seule s\u00e9pulture r\u00e9serv\u00e9e aux condamn\u00e9s. Mais des impies se le firent c\u00e9der, probablement \u00e0 prix d\u2019argent, huit cents piastres turques dit le synaxariste, et, le tirant par les pieds, le tra\u00een\u00e8rent contre terre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la rive du Phanar, puis le jet\u00e8rent dans les flots, en l\u2019insultant. Le bourreau tenait le bout de la corde. Il monta dans un bateau, tra\u00eena derri\u00e8re lui le cadavre jusqu\u2019au milieu du port de la Corne-d\u2019Or, lui attacha au cou plusieurs pierres, et pour le mieux submerger en y faisant p\u00e9n\u00e9trer l\u2019eau, le transper\u00e7a deux ou trois fois, puis l\u2019abandonna. Cependant, le corps, se trouvant encore trop l\u00e9ger, remonta \u00e0 la surface, et vint \u00e9chouer contre les navires qui stationnaient aupr\u00e8s du quartier de Galata pour le passage du port.<\/p>\n<p>Le Christ qui distribue les couronnes, voulant glorifier le saint Patriarche, remplit de gr\u00e2ce son corps, qui flotta \u00e0 la surface des eaux, malgr\u00e9 le poids de la pierre. Les vagues le pouss\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 un navire grec qui naviguait sous pavillon russe. Le capitaine le recueillit pendant la nuit et fut averti, par les chr\u00e9tiens, que cette d\u00e9pouille \u00e9tait celle du Patriarche Gr\u00e9goire. Et Marinos Sclavos \u2014 tel \u00e9tait le nom du capitaine originaire de C\u00e9phalonie \u2014, le transporta \u00e0 Odessa. La sainte d\u00e9pouille y resta expos\u00e9e pendant quarante jours, intacte et embaumant. Aucun signe de d\u00e9composition ne fut constat\u00e9, comme l\u2019affirment les proc\u00e8s-verbaux des autorit\u00e9s russes. Par ordre du gouvernement russe, la d\u00e9pouille du saint Patriarche fut ensevelie avec les plus grands honneurs, comme celle d\u2019un martyr. \u00ab\u2009Ainsi, dit le journal semi-officiel de Saint \u2014 P\u00e9tersbourg, par ordre du pieux autocrate de toutes les Russies Alexandre I<sup>er<\/sup>, furent rendus les honneurs de la foi et de la fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e0 Gr\u00e9goire, le saint Patriarche de l\u2019\u00c9glise d\u2019Orient orthodoxe des Grecs, mort en martyr\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre th\u00e9ologien Constantin Oeconome, lui aussi r\u00e9fugi\u00e9, en ces jours-l\u00e0, \u00e0 Odessa, disait dans son oraison fun\u00e8bre\u00a0: \u00ab\u2009Beaucoup de villes et de pays furent jadis b\u00e9nis d\u2019En-Haut, pour avoir \u00e9t\u00e9 les demeures des reliques de saints \u00e9trangers \u00e0 eux. L\u2019Ap\u00f4tre Bartholom\u00e9e choisit les Lipares, pour demeure provisoire de ses reliques sacr\u00e9es. Saint Spyridon le Th\u00e9ophore prit le chemin de la mer pour aller \u00e0 Corfou. Et toi, Gr\u00e9goire le sacr\u00e9, tu as choisi Odessa&#8230; Sois donc glorifi\u00e9, inoubliable Gr\u00e9goire, sur la terre et dans les cieux. Repose-toi \u00e0 Odessa, dans tes saintes reliques, et dans le Royaume des Cieux avec ton \u00e2me, en compagnie du Patriarche Abraham, des saints hi\u00e9rarques, devant le tr\u00f4ne de l\u2019Agneau, v\u00eatu de la tunique blanche, purifi\u00e9 par le Sang de l\u2019Agneau et celui du martyre. Et maintenant, palmes de la victoire en mains, glorifie le Seigneur de gloire&#8230;\u2009\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6496\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0111.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"890\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0111.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0111-219x300.jpg 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><br \/>\nLe m\u00eame jour de la P\u00e2que furent pendus trois des \u00e9v\u00eaques retenus en otage\u2009; l\u2019un d\u2019eux, qui \u00e9tait de grand \u00e2ge, mourut en marchant au supplice, et fut pendu tout mort qu\u2019il \u00e9tait. Les Turcs continuaient \u00e0 massacrer impun\u00e9ment tous les chr\u00e9tiens qu\u2019ils rencontraient, et se plaisaient \u00e0 prendre pour cibles les corps des pendus et \u00e0 frapper ceux qui gisaient \u00e0 terre. Des employ\u00e9s du gouvernement parcouraient les rues, exigeant une redevance pour enlever ces cadavres. Les Grecs n\u2019osaient plus franchir la porte de leurs maisons. On estime que dans la capitale seule, il en p\u00e9rit dix mille\u2009; d\u2019autres furent exil\u00e9s, d\u2019autres, enfin, s\u2019enfuirent, la plupart sans ressources, sur le territoire de la Russie, o\u00f9 ils furent accueillis et prot\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n<p>Le 4\u00a0mai la populace commen\u00e7a \u00e0 piller les \u00e9glises, renversant les objets sacr\u00e9s, se disputant les vases de prix et les v\u00eatements sacerdotaux. La garde turque veillait \u00e0 la porte des \u00e9glises, et laissait faire. D\u00e8s que la foule s\u2019enhardit, le pillage devint g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019\u00e9glise patriarcale \u00e9tait ferm\u00e9e par des portes de fer\u2009; on ne put les enfoncer. Mais on se pr\u00e9cipita sur le palais patriarcal, dont les habitants eurent \u00e0 peine le temps de se sauver par les toits sur les maisons voisines. Le nouveau patriarche fut \u00e9galement oblig\u00e9 de fuir. Menac\u00e9 par les uns, prot\u00e9g\u00e9 par les autres, il finit par \u00eatre mis en s\u00e9curit\u00e9 dans un poste de police. Ces sc\u00e8nes de violence qui avaient commenc\u00e9 d\u00e8s le point du jour ne cess\u00e8rent que vers quatre heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, du fait de l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019aga des janissaires.<\/p>\n<p>La Porte tol\u00e9rait ces exc\u00e8s, et ne punit aucun de ceux qui s\u2019en rendirent coupables. Tandis que l\u2019Europe murmurait d\u2019indignation, la Porte destitua son grand vizir sur ce grief, \u00e9nonc\u00e9 dans son arr\u00eat de d\u00e9position, \u00ab\u2009qu\u2019il \u00e9pargnait le sang des Grecs\u2009\u00bb, et le rempla\u00e7a par Salec-Pacha. Les supplices redoubl\u00e8rent. Le 15\u00a0mai, on d\u00e9capita l\u2019\u00e9v\u00eaque de Myriopouli, plus que centenaire. Ceux qui restaient des \u00e9v\u00eaques gard\u00e9s en otages furent promen\u00e9s en bateau le long des diff\u00e9rents quartiers de la ville, et pendus tous, les uns apr\u00e8s les autres, sur divers points, aux portes des boutiques. Tous moururent en martyrs. D\u2019autres clercs, parmi lesquels le fid\u00e8le archidiacre du Patriarche Gr\u00e9goire, subirent le m\u00eame sort. Les chr\u00e9tiens continuaient de chercher \u00e0 fuir leur sort. Le 20\u00a0mai parut un firman qui rendait le patriarche responsable de leur \u00e9vasion. Ils \u00e9taient responsables les uns des autres, par groupes de cinq, de sorte que si l\u2019un des cinq s\u2019\u00e9chappait, les quatre autres \u00e9taient passibles de la peine capitale. Les malheureux se trouv\u00e8rent ainsi \u00e9galement expos\u00e9s \u00e0 la mort, qu\u2019ils restassent ou qu\u2019ils ne restassent pas.<\/p>\n<p>Dans ces cruelles \u00e9preuves, les pr\u00eatres grecs furent plus d\u2019une fois press\u00e9s de renier le christianisme pour conserver leur vie\u00a0: pas un ne faiblit et n\u2019apostasia sous les tortures&#8230;<\/p>\n<p>La d\u00e9pouille sacr\u00e9e de saint Gr\u00e9goire V a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9e d\u2019Odessa \u00e0 Ath\u00e8nes, et d\u00e9pos\u00e9e dans la cath\u00e9drale de cette ville, lors des f\u00eates du cinquantenaire de la lib\u00e9ration de la Nation Hell\u00e9nique, en 1871. \u00c0 l\u2019occasion du centenaire, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en 1921, le Saint Synode de l\u2019\u00c9glise de Gr\u00e8ce, par un acte officiel, a reconnu la saintet\u00e9 de Gr\u00e9goire V et a inscrit son nom sur la liste des saints. Sa m\u00e9moire est f\u00eat\u00e9e le 10\u00a0avril, jour de son martyre.<\/p>\n<p>Avant de quitter la terre russe, sur la demande du Saint Synode, la sainte relique de Gr\u00e9goire V fut expos\u00e9e dans la cath\u00e9drale d\u2019Odessa et v\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les fid\u00e8les. Dans le rapport adress\u00e9 au Minist\u00e8re de Gr\u00e8ce, l\u2019on pouvait lire\u00a0: \u00ab\u2009&#8230; il faut savoir que d\u00e8s 1821 et surtout depuis 1848, le saint martyr, Gr\u00e9goire le Patriarche, a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9 comme martyr. Des ex-voto \u00e9taient offerts, des cierges, des veilleuses, des pri\u00e8res et des offices c\u00e9l\u00e9br\u00e9s devant son ic\u00f4ne&#8230;\u2009\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 Ath\u00e8nes, la r\u00e9ception de la sainte d\u00e9pouille fut un \u00e9v\u00e9nement historique. C\u2019\u00e9tait le 25\u00a0avril 1871. Tout le peuple d\u2019Ath\u00e8nes, des fid\u00e8les venus des villes et des villages voisins, se trouv\u00e8rent sur la place de la gare d\u2019Ath\u00e8nes. Le roi Georges Ier en t\u00eate, l\u2019archev\u00eaque d\u2019Ath\u00e8nes, le saint synode, tout le clerg\u00e9, des d\u00e9tachements des forces arm\u00e9es pour rendre les honneurs. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e de la d\u00e9pouille sacr\u00e9e, une grande \u00e9motion s\u2019empara de tous. De la gare \u00e0 la Cath\u00e9drale, un immense cort\u00e8ge l\u2019accompagna au chant du canon de la f\u00eate de P\u00e2que. Les c\u00e9r\u00e9monies s\u2019achev\u00e8rent \u00e0 la Cath\u00e9drale, o\u00f9 un m\u00e9tropolite cl\u00f4tura l\u2019office par ces mots\u00a0: \u00ab\u2009R\u00e9jouis-toi, terre du martyr, car maintenant se trouve dans ton sein le plus glorieux des nouveaux martyrs de la foi&#8230;\u2009\u00bb<\/p>\n<p>La vie du saint et grand Patriarche Gr\u00e9goire V de Constantinople est intimement li\u00e9e aux \u00e9v\u00e9nements historiques de la fin du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et du commencement du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, qui ont pr\u00e9par\u00e9 la guerre pour l\u2019ind\u00e9pendance de la nation hell\u00e9nique actuelle et ont contribu\u00e9 \u00e0 la formation des nouveaux \u00e9tats balkaniques. Dieu seul sait pourquoi les provinces orientales de l\u2019Empire Chr\u00e9tien de saint Constantin le Grand \u00e9gal aux Ap\u00f4tres sont rest\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 nos jours, sous le joug de l\u2019empire ottoman.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6500\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0134.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"443\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0134.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0134-300x204.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em><a href=\"http:\/\/presbyteraanna.blogspot.com\/2019\/08\/les-nouveaux-martyrs-par-pere-ambroise.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Les nouveaux martyrs<\/a><\/em>, \u00c9ditions de la fraternit\u00e9 Saint Gr\u00e9goire Palamas, Paris, 1987, p. 36-75<\/h4>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Traduction P\u00e8re Ambroise Fontrier<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"http:\/\/hesychia.eu\/index.php\/saint-nicodeme-lathonite-honorons-les-martyrs-en-les-imitant\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Saint Nicod\u00e8me l&#039;Athonite : \u00ab Honorons les martyrs en les imitant\u2026 \u00bb\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"110\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Nicodim.650px.05.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Nicodim.650px.05.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/04\/Nicodim.650px.05-300x220.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Saint Nicod\u00e8me l'Athonite : \u00ab Honorons les martyrs en les imitant\u2026 \u00bb<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/div><\/div><\/div>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/terre_musulmane\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Chr\u00e9tiens en terre musulmane\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"104\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0122.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0122.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-beautiesofbospho00parduoft_orig_0122-300x209.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Chr\u00e9tiens en terre musulmane<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; &nbsp;<\/div><\/div><\/div><span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:481,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/presbyteraanna.blogspot.com\\\/2019\\\/08\\\/les-nouveaux-martyrs-par-pere-ambroise.html&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20231126214451\\\/https:\\\/\\\/presbyteraanna.blogspot.com\\\/2019\\\/08\\\/les-nouveaux-martyrs-par-pere-ambroise.html&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[{&quot;date&quot;:&quot;2026-03-27 17:14:53&quot;,&quot;http_code&quot;:200},{&quot;date&quot;:&quot;2026-04-18 21:49:38&quot;,&quot;http_code&quot;:200}],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:{&quot;date&quot;:&quot;2026-04-18 21:49:38&quot;,&quot;http_code&quot;:200},&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Pharmak\u00e8s apporta \u00e0 Gr\u00e9goire des nouvelles de l\u2019H\u00e9tairie. 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