{"id":5726,"date":"2022-10-20T12:38:39","date_gmt":"2022-10-20T10:38:39","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=5726"},"modified":"2022-10-20T13:06:05","modified_gmt":"2022-10-20T11:06:05","slug":"saint_sava","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2022\/10\/20\/saint_sava\/","title":{"rendered":"Vies de saint SAVA (Sabas), premier archev\u00eaque de Serbie et du v\u00e9n\u00e9rable SYM\u00c9ON (N\u00e9mania) le MYROBLITE, fondateurs du monast\u00e8re de Chilandar [14 janvier] I\/IV"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\">R\u00e9dig\u00e9es par Dom\u00e9tian, moine-pr\u00eatre de Khilandar, au Mont-Athos et disciple de Saint Sabba premier archev\u00eaque de Serbie<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">PR\u00c9FACE DU TRADUCTEUR<\/h3>\n<p>Le souvenir des saints personnages dont on lira ici les biographies est encore tr\u00e8s populaire au-del\u00e0 du Danube, bien qu\u2019ils appartiennent \u00e0 l\u2019\u00e9poque des croisades et de la dissolution de l\u2019empire d\u2019Orient. Un publiciste de Belgrade remarque que \u00ab<em>\u2009la Serbie naquit dans le berceau d\u2019Etienne N\u00e9mania (saint Sym\u00e9on).\u2009<\/em>\u00bb En effet, ce fut lui qui, en 1159, la proclama royaume ind\u00e9pendant, et, apr\u00e8s lui avoir annex\u00e9 la Bosnie, l\u2019Herz\u00e9govine et le Mont\u00e9n\u00e9gro, en forma un \u00c9tat puissant et autonome. Parvenu au faite des grandeurs humaines, N\u00e9mania eut le courage d\u2019y renoncer volontairement\u00a0: le 25\u00a0mars 1195, il transmit les r\u00eanes du gouvernement \u00e0 l\u2019a\u00een\u00e9 de ses fils, \u00c9tienne\u00a0II, et alla s\u2019enfermer dans un couvent, o\u00f9 il v\u00e9cut sous l\u2019humble nom de Sym\u00e9on le Moine, et mourut le 15\u00a0f\u00e9vrier 1200.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5724\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/940px.-Sveti_Sava_Kraljeva_Crkva.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/940px.-Sveti_Sava_Kraljeva_Crkva.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/940px.-Sveti_Sava_Kraljeva_Crkva-300x120.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/940px.-Sveti_Sava_Kraljeva_Crkva-768x306.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Le fils cadet de N\u00e9mania, Rastko, mieux connu sous le nom de saint Sabba, couronna l\u2019\u0153uvre si glorieusement inaugur\u00e9e des libert\u00e9s politiques et religieuses de Serbie, en l\u2019affranchissant de la supr\u00e9matie du patriarcat de Byzance. Saint Sabba naquit en 1169. Il quitta la maison paternelle l\u2019an 1186, pour le mont Athos, o\u00f9 il re\u00e7ut la tonsure, et d\u2019o\u00f9 il ne revint en Serbie que vingt-deux ann\u00e9es plus tard, avec les d\u00e9pouilles mortelles de son p\u00e8re. Depuis 1208 jusqu\u2019\u00e0 1215, saint Sabba resta en Serbie comme prieur (higoum\u00e8ne) du monast\u00e8re de Stoud\u00e9nitza, s\u2019occupant principalement de l\u2019organisation d\u00e9finitive du clerg\u00e9 national, se trouvant \u00e0 Constantinople en 1221, il y fut sacr\u00e9 archev\u00eaque de Serbie. Dans le courant de l\u2019ann\u00e9e\u00a01231, il quitta l\u2019Europe pour aller visiter les lieux saints, et les \u00e9glises asiatiques et africaines, de J\u00e9rusalem, du mont Sina\u00ef, de l\u2019\u00c9gypte, de Babylone et de l\u2019Arm\u00e9nie. Il mourut le 14\u00a0d\u00e9cembre 1237 dans la ville de Ternov, alors chef-lieu de la Bulgarie. L\u2019\u00e9glise de Rome le re\u00e7ut au nombre des saints, et, environ trois si\u00e8cles plus tard, en 1595, les Turcs firent br\u00fbler ses reliques \u00e0 Belgrade.<\/p>\n<p>Toutes ces dates manquent au texte de notre traduction. Le doyen des slavistes modernes, M. Safarizk, dans son pr\u00e9cieux recueil des Monuments de l\u2019ancienne litt\u00e9rature des Slaves m\u00e9ridionaux, publia deux biographies de saint Sym\u00e9on, \u00e9crites par ses deux fils, saint Sabba et le roi \u00c9tienne II. Une copie de cette derni\u00e8re fait partie des manuscrits slaves de la Biblioth\u00e8que imp\u00e9riale de Paris, manuscrits dont un excellent compte rendu vient d\u2019\u00eatre publi\u00e9 par le savant P\u00e8re Martinof, <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k6535622f.texteImage#\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">avec une traduction de l\u2019\u0153uvre d\u2019\u00c9tienne<\/a> .<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la vie de saint Sabba, \u00e9crite par son disciple Dom\u00e9tian (c\u00e9l\u00e8bre en 1264), elle ne fut \u00e9dit\u00e9e, que je sache, qu\u2019une seule fois, par l\u2019\u00e9v\u00eaque orthodoxe Givkovich, \u00e0 Vienne, 1794. Malheureusement l\u2019\u00e9diteur cherche \u00e0 satisfaire ses rancunes religieuses plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 nous donner la reproduction fid\u00e8le du texte, qu\u2019il avoue lui-m\u00eame avoir abr\u00e9g\u00e9 et \u00e9pur\u00e9. Les philologues slaves qui jouissent de l\u2019avantage de pouvoir consulter le manuscrit de Dom\u00e9tian n\u2019ont pas rempli ces lacunes. L\u2019intol\u00e9rance orthodoxe de l\u2019\u00e9v\u00eaque lui aura conseill\u00e9 de supprimer les passages qui constatent l\u2019action que l\u2019\u00c9glise latine exer\u00e7ait alors dans les pays professant aujourd\u2019hui le rite gr\u00e9co-slave. Ainsi, par exemple, M.\u00a0Safarik et l\u2019auteur d\u2019une esquisse biographique sur saint Sabba (publi\u00e9e dans le VIIIe\u00a0cahier de la Revue serbe <em>Glasnik<\/em>, 1856 \u00e0 Belgrad), citent un passage de Dom\u00e9tian, d\u2019apr\u00e8s lequel \u00c9tienne\u00a0II, le jour de son sacre, en 1222, porta une couronne envoy\u00e9e, sur sa demande, par le pape Honorius\u00a0III. Le texte de l\u2019\u00e9dition de Givkovich n\u2019en dit rien, mais en revanche il conserve les passages relatifs \u00e0 la conversion du roi catholique de Hongrie au schisme grec. Nous n\u2019avons pas \u00e0 nous prononcer pour ni contre aucun des partis hostiles, mais il nous semble que ces contradictions, loin d\u2019invalider l\u2019exactitude de la narration de Dom\u00e9tian, prouvent au contraire l\u2019impartialit\u00e9 avec laquelle il consignait les faits contemporains. Les crois\u00e9s, alors ma\u00eetres de J\u00e9rusalem, \u00e9taient tout-puissants en Orient et les princes de la dynastie de N\u00e9mania, pr\u00e9occup\u00e9s du soin de consolider les int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels de leur royaume naissant, cherchaient un appui tant\u00f4t \u00e0 Rome, tant\u00f4t \u00e0 la cour des empereurs grecs.<\/p>\n<p>Comme style, la biographie de saint Sabba par Dom\u00e9tian est contemporaine de celles que nous venons de d\u00e9signer dans le recueil de M.\u00a0Safarik, et, par cons\u00e9quent, elle compte au nombre des chefs-d\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e2ge d\u2019or de la litt\u00e9rature sacr\u00e9e chez les Slaves m\u00e9ridionaux. Elle appartient \u00e0 ce que les slavistes appellent, la cat\u00e9gorie de la r\u00e9daction serbe\u00a0: ce n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9ment la langue des premi\u00e8res versions des \u00c9critures Saintes, mais elle sert de cha\u00eenon pour les rattacher aux dialectes modernes, et en m\u00eame temps facilite l\u2019\u00e9tude des unes et des autres. J\u2019ignore si je dois avertir les lecteurs fran\u00e7ais que ma traduction, oblig\u00e9e de suivre servilement le texte en regard, prend souvent des allures embarrass\u00e9es et sacrifie l\u2019\u00e9l\u00e9gance \u00e0 l\u2019exactitude. Il y a beaucoup de redites et parfois des locutions qui ne sont plus du go\u00fbt de notre si\u00e8cle, mais o\u00f9 se refl\u00e8tent mieux la pens\u00e9e et l\u2019expression indig\u00e8nes\u2009; aussi ai-je cru devoir les conserver.<\/p>\n<p>Paris, 15\u00a0d\u00e9cembre 1858<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5722\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/940px._by_Anastas_Jovanovic.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"286\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/940px._by_Anastas_Jovanovic.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/940px._by_Anastas_Jovanovic-300x91.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/940px._by_Anastas_Jovanovic-768x234.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">DOMETIAN \u2014 VIE DE SAINT SAVA<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Saint Sabba, premier archev\u00eaque de Serbie, \u00e9claireur de l\u2019arm\u00e9e du Christ, et grand thaumaturge, \u00e9tait fils du Grand-Kniaze N\u00e9mania, souverain autocrate de Diocl\u00e9tie, de Dalmatie, de Travonie, de Bosnie, de Racie et de tous les peuples d\u2019origine serbe, et ceux qui habitent l\u2019Illyrie, convertis autrefois au christianisme et baptis\u00e9s par l\u2019ap\u00f4tre saint Paul. N\u00e9 et \u00e9lev\u00e9 sous les auspices de cette religion, le tr\u00e8s pieux prince N\u00e9mania, dou\u00e9 des dons de la sagesse et de la connaissance du vrai et du bien, pratiquait plusieurs vertus \u00e9minentes, mais surtout l\u2019humilit\u00e9, la mis\u00e9ricorde et la charit\u00e9. Il avait \u00e9pous\u00e9 une princesse, qui lui ressemblait en toutes ces augustes qualit\u00e9s, Anne fille de Romanus, empereur grec. De cette union naquirent des fils et des filles qui, purifi\u00e9s par le saint bapt\u00eame, \u00e9clair\u00e9s par le feu sacr\u00e9 de la foi, et fortifi\u00e9s par l\u2019instruction, faisaient la joie de leur p\u00e8re\u00a0: tous ensemble jouissaient en paix des bienfaits de la Providence. Cependant, plusieurs ann\u00e9es s\u2019\u00e9tant \u00e9coul\u00e9es sans que la tzarine Anne e\u00fbt enfant\u00e9, son mari et elle en \u00e9taient fort chagrins, vu qu\u2019ils d\u00e9siraient beaucoup avoir encore un enfant m\u00e2le. \u00c0 cet effet, ils priaient nuit et jour, et les larmes aux yeux ils suppliaient Dieu en ces termes\u00a0: \u00ab\u2009<em>Ma\u00eetre supr\u00eame, Dieu tout puissant\u2009! Toi qui jadis exau\u00e7as Abraham et Sarah, et les autres Justes qui te demandaient de leur accorder des descendants\u2009; dans ta cl\u00e9mence, Seigneur, daigne nous envoyer aussi un enfant\u2009! Fais qu\u2019apr\u00e8s avoir impos\u00e9 nos mains sur lui, et avoir invoqu\u00e9 ta divine b\u00e9n\u00e9diction, nous puissions avoir en lui notre h\u00e9ritier, l\u2019h\u00e9ritier des royaumes dont tu nous as gratifi\u00e9s\u2009! Donne-nous-le, et \u00e0 compter du moment de la conception de l\u2019enfant, jusqu\u2019\u00e0 la fin de notre vie, nous te promettons, \u00f4 notre Dieu, de vivre s\u00e9par\u00e9ment et dans une chastet\u00e9 parfaite\u2009!\u2009<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le Seigneur, qui est toujours pr\u00e8s de ceux qui l\u2019invoquent, agr\u00e9a le v\u0153u en leur accordant le fruit de nature\u00a0: la tzarine accoucha heureusement d\u2019un gar\u00e7on (en 1169). Ils s\u2019en r\u00e9jouirent beaucoup, et, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de reconnaissance, ils glorifiaient Dieu pour avoir daign\u00e9 exaucer leurs pri\u00e8res. Cet enfant tant d\u00e9sir\u00e9, au moment d\u2019\u00eatre r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par le saint bapt\u00eame, re\u00e7ut le nom de Rastko, [du verbe <em>rasti<\/em>, cro\u00eetre, grandir] afin qu\u2019il p\u00fbt grandir dans le bien du Seigneur. Lorsqu\u2019il fut sevr\u00e9, ses parents le confi\u00e8rent aux soins des savants pour lui apprendre \u00e0 lire dans les livres sacr\u00e9s. Il y r\u00e9ussit \u00e0 merveille, car c\u2019\u00e9tait un enfant d\u2019une perception rapide, naturellement gai, d\u2019une figure charmante, aim\u00e9 de tout le monde et ador\u00e9 de ses parents. Rien qu\u2019\u00e0 le voir, on se sentait l\u2019\u00e2me r\u00e9jouie, et l\u2019on se disait l\u2019un \u00e0 l\u2019autre\u00a0: certes, ce sera l\u2019homme le plus \u00e9minent de son pays. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de quatorze ans, son p\u00e8re lui donna \u00e0 gouverner une province de l\u2019empire, et attacha \u00e0 son service des hommes capables non seulement de lui faire apprendre les choses indispensables \u00e0 tout homme qui doit r\u00e9gner un jour, mais aussi la morale, l\u2019amour du vrai et la mis\u00e9ricorde. Gr\u00e2ce \u00e0 ces ma\u00eetres habiles, Rastko, \u00e9clair\u00e9 par le Saint-Esprit, reconnut que le commencement de la vraie sagesse, c\u2019est la crainte de Dieu. Il \u00e9vitait tous ces divertissements d\u00e9sordonn\u00e9s qui \u00e9nervent l\u2019\u00e2me et le corps, ne recherchant que Dieu, son but unique\u2009; il y faisait converger toutes ses pens\u00e9es, soit qu\u2019il assist\u00e2t aux pri\u00e8res dans des sanctuaires, avec tous les sentiments de d\u00e9votion, de crainte de Dieu et d\u2019humilit\u00e9, soit qu\u2019il m\u00e9dit\u00e2t les merveilles de la commis\u00e9ration du Fils de Dieu envers les hommes, soit enfin qu\u2019il voul\u00fbt y conformer sa vie, absorb\u00e9e dans la contemplation de la mort, du jugement dernier, de l\u2019enfer et du royaume c\u00e9leste, Rastko m\u00e9prisait toutes les jouissances de ce monde. Lorsqu\u2019il eut atteint sa dix-huiti\u00e8me ann\u00e9e, ses parents se propos\u00e8rent de le marier. Par hasard, on plut\u00f4t par un effet de la Providence divine, cela co\u00efncida avec l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une mission de v\u00e9n\u00e9rables moines du mont Athos, envoy\u00e9s \u00e0 la cour de son p\u00e8re, pour y rechercher l\u2019aum\u00f4ne. Le jeune prince s\u2019en r\u00e9jouit vivement, car il affectionnait le saint \u00e9tat monastique. Il ne tarda pas \u00e0 apprendre que parmi les envoy\u00e9s il y avait un pr\u00eatre, russien d\u2019origine et tr\u00e8s vers\u00e9 dans les mati\u00e8res de la vocation religieuse et de la vie de privations. Rastko, se m\u00e9nage une entrevue avec lui, et l\u00e0, sans t\u00e9moins, il lui demande des renseignements sur les anachor\u00e8tes du saint mont Athos et le mode de vivre des d\u00e9vots qui l\u2019habitent. Puis, il lui d\u00e9voile ses pens\u00e9es les plus intimes ainsi que son projet de s\u2019enfuir avec eux, en priant le pr\u00eatre de ne point en parler \u00e0 qui que ce f\u00fbt et de garder soigneusement le secret. Au r\u00e9cit que le pr\u00eatre lui fit de toutes les particularit\u00e9s de la r\u00e8gle, comme quoi les saints p\u00e8res y vivaient d\u00e9votement, ou enferm\u00e9s dans des monast\u00e8res, en commun avec d\u2019autres fr\u00e8res, ou isol\u00e9s un \u00e0 un, ou bien deux \u00e0 deux et trois \u00e0 trois, et comme quoi ils s\u2019exaltaient \u00e0 force de pri\u00e8res et de je\u00fbnes\u2009; Rastko, \u00e9merveill\u00e9 et attendri, fondit en larmes, en s\u2019adressant ainsi \u00e0 son interlocuteur\u00a0: \u00ab\u2009<em>P\u00e8re, je m\u2019aper\u00e7ois, pauvre p\u00e9cheur que je suis, que Dieu, qui sait tout, vous envoya ici pour calmer les angoisses de mon c\u0153ur. Oui, ce n\u2019est que maintenant, l\u2019\u00e2me ravie de joie, que je commence \u00e0 me comprendre moi-m\u00eame et \u00e0 m\u2019expliquer ce que je d\u00e9sirais si ardemment\u2009! Heureux en v\u00e9rit\u00e9, trois fois heureux ceux qui se sont assur\u00e9 une existence si tranquille. Dites-moi, v\u00e9n\u00e9rable p\u00e8re, que dois-je faire pour briser \u00e0 tout jamais avec cette vie mondaine et orageuse, pour vivre \u00e0 l\u2019instar de vos saints p\u00e8res\u2009? Maintenant si mes parents me contraignent de me marier, il me sera plus difficile encore de rompre tous ces liens de la terre qui me retiennent ici o\u00f9 je ne voudrais pas rester un jour de plus, de crainte que l\u2019esprit du mal ne me fasse changer d\u2019id\u00e9e et de r\u00e9solution. Je partirais tout seul pour Athos, mais je ne connais pas la route qui y conduit. Ah\u2009! si je m\u2019\u00e9gare et si les \u00e9missaires de mon p\u00e8re m\u2019atteignent\u2009! Il est tout-puissant. Il me ferait revenir sur mes pas, et alors plus d\u2019esp\u00e9rance\u2009! Je lui aurais caus\u00e9 inutilement du chagrin, et moi-m\u00eame je me serais couvert de honte avant d\u2019avoir r\u00e9ussi dans l\u2019\u0153uvre de Dieu\u2009<\/em>\u00bb. Le vieillard, qui \u00e9coutait attentivement, r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u2009<em>Enfant ch\u00e9ri de Dieu, l\u2019amour des parents est certes une chose d\u00e9sirable et les liens de la nature doivent \u00eatre respect\u00e9s. Cependant Notre-Seigneur J\u00e9sus-Christ recommande de les abandonner pour le suivre dans le royaume du ciel.<\/em>\u2009\u00bb Rastko, semblable \u00e0 un sol fertile, recevait dans son c\u0153ur chacune des paroles du vieillard, en les arrosant avec des larmes de joie. Le pr\u00eatre \u00e9tonn\u00e9 admirait la puissance de l\u2019amour dont le jeune prince br\u00fblait pour la cause de Dieu, et il dit\u00a0: \u00ab\u2009<em>Mon fils, je vois ton \u00e2me plong\u00e9e dans les profondeurs de l\u2019amour divin\u2009; h\u00e2te-toi de r\u00e9aliser tes projets, qui ne manqueront pas de te profiter aussi bien qu\u2019aux tiens. Pendant le voyage, je t\u2019accompagnerai moi-m\u00eame pour te soigner et te conduire jusqu\u2019au mont Athos. Esp\u00e9rons en Dieu\u2009; seulement, pourvois-toi d\u2019un bon cheval de course, et partons d\u2019ici au plus t\u00f4t<\/em>\u2009\u00bb. \u00c0 ces paroles, le jeune homme, plein de joie, ayant adress\u00e9 une pri\u00e8re de reconnaissance au ciel, remercia aussi le vieillard\u00a0: \u00ab\u2009<em>Dieu te b\u00e9nisse, \u00f4 saint p\u00e8re, dit-il, de m\u2019avoir fortifi\u00e9 l\u2019\u00e2me\u2009!<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il va trouver ses parents, et les prie de le b\u00e9nir, sous le pr\u00e9texte de vouloir prendre part \u00e0 une chasse aux b\u00eates fauves, dont on organisait la battue dans les montagnes voisines du ch\u00e2teau. Que Dieu et sa b\u00e9n\u00e9diction, disent-ils, soient avec toi, cher fils\u2009; qu\u2019il te d\u00e9fende et qu\u2019il aplanisse le chemin sous tes pas. Pour mieux rassurer ses parents, Rastko fait aussit\u00f4t envoyer dans la montagne son \u00e9quipage de v\u00e9nerie, avec l\u2019ordre d\u2019y pr\u00e9parer la battue. Il sort du ch\u00e2teau avec ses gentilshommes, en d\u00e9clarant que le lieu du rendez-vous g\u00e9n\u00e9ral est au pied de telle et telle montagne. En effet ils y arrivent, et apr\u00e8s s\u2019\u00eatre divertis en sa compagnie jusqu\u2019au soir, ils s\u2019endorment d\u2019un sommeil profond. Alors Rastko court rejoindre son moine affid\u00e9 et ils partent secr\u00e8tement. Les voyageurs poursuivaient leur course, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e pendant toute la nuit, et ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 bien loin au moment o\u00f9 les premi\u00e8res lueurs de la matin\u00e9e commenc\u00e8rent \u00e0 poindre. Lorsque le jour eut \u00e9clair\u00e9 l\u2019horizon, les nobles seigneurs se rendirent au camp du tzar\u00e9vitch [Titre honorifique qui signifie \u00ab\u2009<em>fils du tzar<\/em>,\u2009\u00bb et en m\u00eame temps, \u00ab\u2009<em>h\u00e9ritier de sa couronne<\/em>.\u2009\u00bb] pour saluer leur ma\u00eetre, et ne l\u2019ayant pas trouv\u00e9, ils disent\u00a0: voil\u00e0 le vilain tour qu\u2019il nous a jou\u00e9, parce que nous avons dormi plus longtemps que lui\u2009! D\u00e8s le grand matin, il sera retourn\u00e9 \u00e0 la maison de son p\u00e8re. Cependant attrist\u00e9s et ne sachant pas comment agir, ils firent beaucoup de recherches dans la montagne sans pouvoir le trouver. Alors, abandonnant la chasse, ils se rendent chez ses parents, et ils d\u00e9clarent ignorer ce qu\u2019est devenu leur fils. Ceux-ci \u00e0 la r\u00e9ception de cette triste nouvelle concernant Rastko, frapp\u00e9s de consternation et d\u2019une immense douleur, tombent instantan\u00e9ment par terre, semblables \u00e0 des corps inanim\u00e9s. C\u2019est \u00e0 grand-peine qu\u2019\u00e9tant asperg\u00e9s d\u2019eau froide, on put les faire revenir \u00e0 la vie. La nouvelle de ce fait \u00e9trange s\u2019\u00e9tant r\u00e9pandue parmi les seigneurs et les nobles de l\u2019empire, ils accouraient de tous c\u00f4t\u00e9s et il y eut beaucoup de larmes et de g\u00e9missements. Apr\u00e8s l\u2019explosion des premi\u00e8res impressions d\u2019affliction et de douleur, l\u2019autocrate revenu \u00e0 lui-m\u00eame intima \u00e0 tous l\u2019ordre de cesser de pleurer. Il commen\u00e7a par rendre des actions de gr\u00e2ces \u00e0 Dieu, et ensuite il dit \u00e0 tous ceux qui l\u2019entouraient, de m\u00eame qu\u2019\u00e0 son \u00e9pouse ch\u00e9rie, la m\u00e8re du jeune prince\u00a0: \u00ab\u2009<em>Du courage, amis, nous n\u2019avons pas de motifs pour continuer \u00e0 nous affliger trop. Mon fils ne p\u00e9rira point. Dieu qui nous l\u2019avait donn\u00e9 quand nous n\u2019avions plus d\u2019espoir, daignera encore une fois me permettre de le voir et de me repa\u00eetre de la vue de ses traits ch\u00e9ris\u2009<\/em>\u00bb. Aussit\u00f4t il fait venir un de ses chefs en lui disant\u00a0: \u00ab\u2009<em>Ami, tu connais la douleur d\u2019un p\u00e8re et l\u2019ardeur qui consume les entrailles des parents, et le feu inextinguible qui br\u00fble dans leur c\u0153ur\u2009; saisis donc, mon cher, cette occasion de nous prouver ta fid\u00e9lit\u00e9 et ton amour. Si tu atteins et ram\u00e8nes mon fils, tu auras arrach\u00e9 la m\u00e8re \u00e0 une mort certaine et soulag\u00e9 mon c\u0153ur paternel\u2009; en m\u00eame temps tu auras m\u00e9rit\u00e9 de notre part toutes esp\u00e8ces de distinctions et de faveurs.<\/em>\u2009\u00bb Apr\u00e8s quoi, il appelle aupr\u00e8s de lui plusieurs jeunes seigneurs, et les ayant excit\u00e9s par de semblables promesses, il les fait monter sur des chevaux vigoureux et leur ordonne de se rendre jusque dans les r\u00e9duits les plus recul\u00e9s du mont Athos. Pour autoriser leur d\u00e9marche, il leur remet une lettre confidentielle adress\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9parque de Salone en lui enjoignant d\u2019user de la force dans le cas o\u00f9 le prince ne voudrait pas ob\u00e9ir, et de le livrer au vo\u00efvode les poings li\u00e9s. Il ajoute aussi cette menace que\u00a0: \u00ab\u2009<em>si l\u2019\u00e9parque se refuse \u00e0 l\u2019accomplissement de mes ordres, qu\u2019il sache qu\u2019il s\u2019attirera la haine et les ch\u00e2timents au lieu de l\u2019affection dont l\u2019autocrate l\u2019honorait jusqu\u2019alors.\u2009<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le chef de l\u2019exp\u00e9dition ayant re\u00e7u ces ordres et cette lettre, comme un d\u00e9p\u00f4t du plus grand prix confi\u00e9 \u00e0 ses soins, se met en route avec les jeunes seigneurs, et chevauchant nuit et jour, ils arrivent en toute h\u00e2te sans encombre dans la ville de Salone. Re\u00e7us avec honneur par l\u2019\u00e9parque du lieu, ils lui remettent leur lettre, et lui racontent combien est grande l\u2019affliction de leur souverain \u00e0 cause de l\u2019absence de son fils. L\u2019\u00e9parque, qui aimait beaucoup le grand kniaze Etienne N\u00e9mania, se fit rendre un compte exact de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et en fut p\u00e9niblement affect\u00e9. Avec des t\u00e9moignages de respect et d\u2019amiti\u00e9 envers le vo\u00efvode et ses jeunes et nobles conseillers, il leur accorda d\u2019honorables gardes pour les conduire directement chez le Prote, c\u2019est-\u00e0-dire le chef sup\u00e9rieur de tous les couvents du mont Athos, auquel il avait \u00e9crit un message ainsi con\u00e7u\u00a0: \u00ab\u2009<em>Consid\u00e9rant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une affaire importante, relative au fils du grand kniaze Etienne N\u00e9mania, je prie ardemment Votre \u00c9minence, de ne point d\u00e9daigner notre demande. Au contraire, si le fils de ce souverain de Serbie vient chez vous, faites-en sorte qu\u2019il retourne aussit\u00f4t chez ses parents. N\u2019encouragez pas ceux d\u2019entre les moines qui croiraient devoir favoriser sa retraite, car en agissant ainsi nous pourrions irriter non seulement les ambassadeurs de Serbie, mais encore beaucoup d\u2019autres. Tous sont pr\u00eats \u00e0 verser leur sang pour leur tzar et \u00e0 lui sacrifier leurs t\u00eates. Gare \u00e0 vous, car cette nation valeureuse ne nous laisserait pas en paix en Thessalie ni vous au mont Athos.\u2009<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019ambassade, pendant son voyage dans l\u2019int\u00e9rieur de la montagne sainte, et apr\u00e8s avoir franchi la barri\u00e8re, s\u2019enqu\u00e9rait pr\u00e8s de tous ceux qu\u2019elle rencontrait, leur d\u00e9crivant la taille \u00e9lanc\u00e9e du jeune prince, sa belle figure et autres particularit\u00e9s de son ext\u00e9rieur. On r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u2009<em>Peu de temps avant votre arriv\u00e9e, celui que vous cherchez s\u2019est renferm\u00e9 dans le monast\u00e8re russien de saint Pantal\u00e9on, et y demeure depuis.<\/em>\u2009\u00bb \u00c0 cette nouvelle, les officiers de l\u2019ambassade quittent le chemin qui les conduisait chez le Prote, et se rendent au plus vite dans le monast\u00e8re d\u00e9sign\u00e9. Ils y entrent inopin\u00e9ment et y trouvent celui qu\u2019ils recherchent, ce qui les r\u00e9jouit au point que, dans l\u2019enivrement de leur joie, ils oubli\u00e8rent le malaise et les fatigues d\u2019un si lointain et si rapide voyage. Apr\u00e8s avoir pris du repos, ils se demand\u00e8rent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre comment ils devraient s\u2019y prendre pour le ramener \u00e0 la maison paternelle. Ils furent d\u2019abord d\u2019avis de lui mettre les menottes, mais le c\u0153ur leur manqua, et ils eurent honte de porter la main sur leur ma\u00eetre\u2009! Ils us\u00e8rent donc le moins possible de violence, se contentant de disposer des sentinelles, de mani\u00e8re qu\u2019il f\u00fbt s\u00e9v\u00e8rement gard\u00e9 \u00e0 vue. En m\u00eame temps ils firent reposer hommes et chevaux, pour pouvoir regagner leurs foyers au premier signal.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le jeune prince observait tout cela\u00a0: il \u00e9tait frapp\u00e9 de preuves de l\u2019amour ardent que ses parents avaient pour lui et du z\u00e8le qui leur inspira l\u2019id\u00e9e d\u2019envoyer dans un pays \u00e9tranger le plus haut magistrat, choisi parmi les vo\u00efvodes de la Serbie. Il en \u00e9tait si humili\u00e9 qu\u2019il n\u2019osait lever les yeux vers le vo\u00efvode. Enfin il le prend en t\u00eate \u00e0 t\u00eate et le conjure avec instances de le laisser continuer l\u2019\u0153uvre qu\u2019il s\u2019est propos\u00e9e et pour laquelle il avait d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 ses parents, m\u00e9pris\u00e9 tout, ne voulant plaire qu\u2019\u00e0 Dieu. Le vo\u00efvode lui r\u00e9pondit en peu de mots\u00a0: \u00ab\u2009<em>Si, lorsque nous t\u2019avons d\u00e9couvert, toi notre Seigneur, nous t\u2019eussions trouv\u00e9 ayant d\u00e9j\u00e0 embrass\u00e9 l\u2019\u00e9tat monastique, nous eussions eu tous deux un pr\u00e9texte pour ne pas agir et diff\u00e9rer l\u2019ex\u00e9cution de mes instructions\u2009; mais puisque, par la volont\u00e9 de Dieu, nous te voyons tel encore que tes parents le d\u00e9sirent, comment pourrais-je \u00e9luder leurs ordres\u2009? C\u2019est pourquoi je t\u2019en supplie, mon Seigneur, de n\u2019y plus penser. Viens avec nous, tes esclaves, content et heureux de pouvoir calmer la douleur de tes parents. Il n\u2019y a que ton retour chez eux qui, comme un baume salutaire, pourra cicatriser les blessures de leurs c\u0153urs. Je dois pourtant d\u00e9clarer que, dans le cas o\u00f9 tu serais d\u2019un avis contraire, et ne voudrais retourner de bon gr\u00e9 avec nous, j\u2019ai re\u00e7u l\u2019ordre de te charger de cha\u00eenes et de t\u2019y conduire par force.\u2009<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le tzar\u00e9vitch ayant entendu cette menace et voyant le vo\u00efvode in\u00e9branlable dans sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son souverain, fait rayonner sa figure des sentiments de joie qu\u2019il \u00e9prouve. Il serre dans ses bras le vo\u00efvode, en ami, et lui prodiguant des caresses et des baisers, il s\u2019\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u2009<em>R\u00e9jouis-toi, mon ami\u2009! l\u2019esprit et la raison de la jeunesse changent souvent. Dans leurs r\u00eaves creux, ils pr\u00e9sument qu\u2019ayant une fois pos\u00e9 le pied sur le premier degr\u00e9 de l\u2019\u00e9chelle de la vraie pi\u00e9t\u00e9, ils ont d\u00e9j\u00e0 atteint le ciel. C\u2019est ainsi que moi-m\u00eame, je m\u2019imaginais pouvoir tout d\u2019embl\u00e9e quitter les festins royaux et les douceurs de l\u2019\u00e9ducation princi\u00e8re, pour hanter le palais des cieux et y jouir de la paix des bienheureux. Maintenant, mieux avis\u00e9, je sais ce que c\u2019est que la vie monacale\u2009; de combien et de quels je\u00fbnes n\u2019a-t-elle pas besoin pour \u00eatre parfaite\u2009! J\u2019h\u00e9sitais entre le d\u00e9sir de revenir sur mes pas et la honte de ne pouvoir pat m\u2019y r\u00e9soudre\u2009; eh bien, je te remercie plus encore que mon p\u00e8re, d\u2019avoir pris la peine de me contraindre au retour et, par ce moyen, me d\u00e9livrer de la honte de repara\u00eetre dans la maison paternelle\u2009!\u2009<\/em>\u00bb Tandis que ses l\u00e8vres prof\u00e9raient ces paroles en pr\u00e9sence du vo\u00efvode, sa pens\u00e9e se portait secr\u00e8tement ailleurs. Soupirant vers Dieu qu\u2019il invoquait, il le priait de lui venir en aide dans l\u2019accomplissement de ses d\u00e9sirs\u00a0: car il combine une \u0153uvre de pieuse ruse, inspir\u00e9e par la sagesse de son c\u0153ur\u2009; et \u00e9clair\u00e9 par les lumi\u00e8res du Saint-Esprit, il se propose de surpasser le vo\u00efvode en adresse. \u00c0 cet effet, il supplie l\u2019higoum\u00e8ne de leur faire pr\u00e9parer un festin somptueux, comme s\u2019il voulait se r\u00e9jouir avec le vo\u00efvode et ses nobles et ne les laisser retourner chez eux que le lendemain. Le jeune prince communique son projet \u00e0 l\u2019higoum\u00e8ne, et il le prie d\u2019ordonner aux moines du monast\u00e8re de commencer le soir m\u00eame \u00e0 chanter les matines.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sur ces entrefaites, les dispositions n\u00e9cessaires ayant \u00e9t\u00e9 prises, les convives s\u2019assoient \u00e0 une table somptueuse, pourvue de tout ce que le faste avait de plus digne d\u2019\u00eatre offert \u00e0 ces hauts dignitaires. Le jeune prince les sert de ses propres mains et, leur versant du vin, il \u00e9gaie ses illustres h\u00f4tes par des joyeuset\u00e9s. Le souper s\u2019\u00e9tant prolong\u00e9 bien avant dans la nuit, l\u2019higoum\u00e8ne ordonna de faire r\u00e9sonner le maillet du monast\u00e8re, car c\u2019\u00e9tait un jour f\u00e9ri\u00e9\u2009; puis, s\u2019\u00e9tant lev\u00e9, il se rendit avec le jeune prince \u00e0 l\u2019\u00e9glise, pour assister aux pri\u00e8res. Ils furent suivis par le vo\u00efvode ainsi que par tous ceux qui se trouvaient pr\u00e9sents. Les chants et les lectures se prolongeant plus que de coutume, les assistants, y compris les nobles pr\u00e9pos\u00e9s \u00e0 la garde du prince et le vo\u00efvode, par suite soit des fatigues du voyage, soit des amples libations du festin, succomb\u00e8rent au poids du sommeil et s\u2019endormirent.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5709\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/400px.-ag_symeon_k_savvas_servoi_2010.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"630\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/400px.-ag_symeon_k_savvas_servoi_2010.jpg 400w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/400px.-ag_symeon_k_savvas_servoi_2010-190x300.jpg 190w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<p>Le jeune prince avec son regard p\u00e9n\u00e9trant s\u2019aper\u00e7ut aussit\u00f4t de l\u2019\u00e9tat o\u00f9 se trouvaient ses gardiens, qui ronflaient \u00e0 qui mieux mieux. Il se l\u00e8ve, et, apr\u00e8s avoir salu\u00e9 le saint autel, d\u00e9clara qu\u2019il voulait accomplir les v\u0153ux faits au Seigneur. Aussit\u00f4t qu\u2019il eut re\u00e7u la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019higoum\u00e8ne, il choisit un moine dans le nombre des p\u00e8res rev\u00eatus du sacerdoce. Tous deux \u00e9tant mont\u00e9s sur une colonne qui se trouvait dans l\u2019enceinte du monast\u00e8re, et o\u00f9 il y avait une chapelle sous l\u2019invocation du proph\u00e8te saint Jean, pr\u00e9curseur du Christ, le tr\u00e8s orthodoxe tzar\u00e9vitch s\u2019y enferma et s\u2019\u00e9cria d\u2019une voix ravie de bonheur\u00a0: \u00ab\u2009<em>Maintenant je te remercie, \u00f4 Dieu., in\u00e9puisable dans tes lib\u00e9ralit\u00e9s\u2009! D\u00e9sormais je t\u2019exalterai, \u00f4 bont\u00e9 supr\u00eame, comme tu m\u2019as \u00e9lev\u00e9\u2009! \u2026\u2009<\/em>\u00bb De son c\u00f4t\u00e9 le moine, ayant pri\u00e9, lui coupa les cheveux\u2009; il le rev\u00eatit de la dalmatique si ardemment d\u00e9sir\u00e9e, et changea son nom de Rastko en celui de Sabba. Le jeune homme, heureux de son nouvel \u00e9tat, remerciait beaucoup le Cr\u00e9ateur du bienfait qu\u2019il avait daign\u00e9 lui accorder en accomplissant le d\u00e9sir de son c\u0153ur pacifique. Le vieillard admirait l\u2019\u00e9motion et l\u2019attendrissement du n\u00e9ophyte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pendant ce temps, les lectures se termin\u00e8rent, tous les fid\u00e8les se retir\u00e8rent. Alors les guerriers qui gardaient le prince s\u2019\u00e9veillent en sursaut et le cherchent, sans pouvoir le trouver ni \u00e0 l\u2019\u00e9glise ni dans le monast\u00e8re, gr\u00e2ce \u00e0 sa m\u00e9tamorphose\u2009; d\u00e9pit\u00e9s et furieux, ils se mutinent. Le sang des soldats bout dans leurs veines. Ils commencent par s\u2019en prendre \u00e0 l\u2019higoum\u00e8ne. Celui-ci ne pouvant donner aucune r\u00e9ponse satisfaisante, ils se ruent sur les pr\u00eatres et les accablent de coups. Ce ne fut qu\u2019avec la plus grande peine que le vo\u00efvode parvint \u00e0 apaiser l\u2019\u00e9meute\u2009; apr\u00e8s quoi, il dit \u00e0 l\u2019higoum\u00e8ne\u00a0:<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p>\u00ab\u2009Quelle est cette perfidie que vous venez de commettre, \u00f4 p\u00e8res r\u00e9v\u00e9rends\u2009? Quel m\u00ealait nous a valu une pareille insulte\u2009? Comment avons-nous m\u00e9rit\u00e9 le tour indigne que vous venez de nous jouer\u2009? Tout en respectant l\u2019ange dont vous \u00eates l\u2019image, nous m\u00e9prisons votre malice diabolique. Nous avons \u00e9t\u00e9 respectueux et bienveillants envers vous, nous vous avons trait\u00e9s avec autant de magnanimit\u00e9 que de cordialit\u00e9. N\u2019est-ce pas de votre part qu\u2019est venu en Serbie ce fripon digne de mort (en montrant au doigt un des moines)\u2009? Il commen\u00e7a par nous demander l\u2019aum\u00f4ne, et ensuite il outragea le tzar qui vous a combl\u00e9s de dons. Il suborna le fils dans les bras de son p\u00e8re et s\u2019enfuit avec lui. Par cet instrument de votre insatiable perfidie, vous avez fl\u00e9tri ses parents, vous les avez abreuv\u00e9s de mortelles larmes, et en m\u00eame temps vous nous avez expos\u00e9s \u00e0 des peines affreuses inutilement endur\u00e9es. Ici m\u00eame et sous nos mains, apr\u00e8s avoir perfidement soustrait notre ma\u00eetre, vous proposez-vous de le retenir plus longtemps encore dans les filets de vos inf\u00e2mes intrigues\u2009? Dans votre \u00e9go\u00efsme pr\u00e9somptueux et votre saintet\u00e9 suppos\u00e9e, pr\u00e9sumez-vous \u00eatre au-dessus de toutes les lois et en dehors de l\u2019accomplissement des devoirs humains\u2009? N\u2019est-ce pas vous qui, vous abritant derri\u00e8re la saintet\u00e9 et l\u2019innocence inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019\u00e9tat sacerdotal, pensez pouvoir impun\u00e9ment commettre toutes les abominations\u2009? Qu\u2019y a-t-il donc de sacr\u00e9 pour vous, si vous osez m\u00eame tromper votre propre tzar si impudemment\u2009? O\u00f9 pensez-vous aboutir par toutes ces machinations effront\u00e9es\u2009? Est-ce une insulte ou un d\u00e9fi jet\u00e9 \u00e0 la face de votre souverain\u2009? Ou bien pr\u00e9tendez-vous que nous nous r\u00e9signerons \u00e0 subir tant de fatigues en pure perte, et que nous frapperons l\u2019air, sans trouver notre ma\u00eetre pour l\u2019emmener avec nous\u2009? Non, nous vous l\u2019arracherons lors m\u00eame que vous persisteriez \u00e0 nous cacher o\u00f9 il languit. Sachez que votre vie \u00e0 tous est en notre pouvoir\u2009! Voici ce qui vous donnera la mort\u2009! Avec le tranchant de ce glaive, je faucherai vos t\u00eates\u2009! Ce fer saura bien affranchir le prince de votre violence arbitraire, et r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant votre hypocrisie\u2009!\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5721\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/650px.-Sveti_Sava_Kraljeva_Crkva.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"845\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/650px.-Sveti_Sava_Kraljeva_Crkva.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/650px.-Sveti_Sava_Kraljeva_Crkva-231x300.jpg 231w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p>Les guerriers qui, debout autour de leur chef et les yeux fix\u00e9s sur lui, n\u2019attendaient que le signal pour agir, recueillent ces paroles du brave vo\u00efvode. Ils s\u2019enflamment de col\u00e8re, tombent en fureur sur les moines, et recommencent \u00e0 les frapper cruellement, cherchant leur jeune ma\u00eetre\u2026 Au bruit de l\u2019\u00e9meute, qui grondait terrible comme un orage, et aux cris plaintifs des saints P\u00e8res, battus sans piti\u00e9, le tzar\u00e9vitch, cach\u00e9 dans sa colonne, fut \u00e9mu. Il entendit leurs g\u00e9missements qui retentissaient tristement au fond de sa retraite, et il craignit que l\u2019ardeur de la vengeance, embrasant de plus en plus les guerriers avides de sang, n\u2019about\u00eet au meurtre. Aussi se penche-t-il du haut de sa colonne et d\u2019une voix courrouc\u00e9e apostrophe le vo\u00efvode\u00a0: \u00ab\u2009<em>Me voici\u2009! je suis celui que vous cherchez\u2009; mais, toi, qui es soi-disant sage, n\u2019agis-tu pas avec l\u2019irr\u00e9flexion d\u2019un enfant\u2009? \u00c0 la t\u00eate d\u2019une poign\u00e9e d\u2019hommes et dans un pays \u00e9tranger, oses-tu tenir des propos hautains et insens\u00e9s\u2009?\u2009<\/em>\u00bb S\u2019adressant aux nobles il ajouta\u00a0: \u00ab\u2009<em>Tous ne craignez pas Dieu puisque vous ne respectez pas ses sacr\u00e9s repr\u00e9sentants\u2009! Est-ce beau, est-ce glorieux de vous armer ainsi contre les \u00e9lus du Seigneur, de maltraiter les moines inoffensifs et de les faire trembler\u2009? Quel mal vous ont fait ces pauvres du Christ\u2009? N\u2019avez-vous pas honte de d\u00e9gainer et de vous ruer sur eux\u2009? Je reste ici, mais je n\u2019ai pas le loisir de vous entretenir plus longtemps. Vous ne me verrez que demain.<\/em>\u2009\u00bb Le vo\u00efvode et sa suite, ayant entendu ces paroles de la bouche du tzar\u00e9vitch, se sentirent d\u00e9courag\u00e9s et honteux. Ils ne savaient que lui r\u00e9pondre\u00a0: seulement, s\u2019\u00e9tant rapproch\u00e9s de la colonne, ils l\u2019entour\u00e8rent et gard\u00e8rent toute la nuit. Le lendemain, en plein jour, le v\u00e9n\u00e9rable Sabba, se penchant du haut de la galerie, appela le vo\u00efvode et ses nobles compagnons et parut devant eux dans sa mise de moine. Le voyant, dans cet \u00e9tat, frapp\u00e9s d\u2019\u00e9pouvante et comme priv\u00e9s de parole, ils tombent tous le visage contre terre, l\u2019arrosant de larmes am\u00e8res. Ils y demeur\u00e8rent longtemps plong\u00e9s dans les perplexit\u00e9s et le d\u00e9sespoir, tandis que le prince-moine chantait l\u2019hymne du Seigneur, en leur disant\u00a0: \u00ab\u2009<em>\u00d4, mon \u00e2me, glorifie le Seigneur, qui m\u2019a rev\u00eatu du v\u00eatement de sa mis\u00e9ricorde\u2009!<\/em>\u2009\u00bb Les guerriers sanglotants rel\u00e8vent enfin la t\u00eate, et regardent le vo\u00efvode qui, d\u2019une voix forte et accentu\u00e9e, s\u2019\u00e9crie\u00a0:<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p>\u00ab\u2009Enfant, au c\u0153ur d\u2019une cruaut\u00e9 inou\u00efe\u2009! Prince, pourquoi nous pr\u00e9cipitez-vous dans l\u2019ab\u00eeme de perdition et de honte \u00e0 l\u2019\u00e9gard de notre souverain votre p\u00e8re\u2009? Comment pouvez-vous m\u00e9priser une tendresse et une sollicitude semblables \u00e0 celles que vous t\u00e9moignent vos parents, le tzar et la tsarine, qui vous ch\u00e9rissent comme leur fils unique, plus que la prunelle de leurs yeux, et vous pr\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la couronne imp\u00e9riale et m\u00eame \u00e0 leur vie\u2009! Vous, l\u2019espoir et la joie d\u2019un peuple tout entier qui attend votre r\u00e8gne, comment avez-vous pu, s\u00e9duit par un vil moine, ouvrir votre c\u0153ur de prince \u00e0 ces billeves\u00e9es de couvent, que l\u2019on vous a tra\u00eetreusement insinu\u00e9es, et que vous avez pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019amour paternel\u2009? Ce bonheur imaginaire, que procure la solitude, peut-il vous \u00eatre plus cher que le bien-\u00eatre de millions d\u2019hommes qui esp\u00e8rent en vous l\u2019h\u00e9ritier de leur tzar et leur futur souverain\u2009? Ne savez-vous donc pas, Kniaze sans piti\u00e9, qu\u2019\u00e0 la r\u00e9ception de la nouvelle de votre d\u00e9raisonnable erreur, le c\u0153ur de vos parents se brisera de chagrin et la joie de vos sujets sera chang\u00e9e en tristesse et en stup\u00e9faction\u2009? En pr\u00e9sence de toutes ces consid\u00e9rations, comment pouvez-vous jouir de l\u2019accomplissement de vos r\u00eaves, sans ressentir \u00e0 tout moment les angoisses d\u2019une \u00e2me bourrel\u00e9e par de cruels remords\u2009? Ne crains-tu donc pas que ton p\u00e8re, outrag\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re si \u00e9hont\u00e9e, ne vienne ici venger l\u2019insulte, et t\u2019arracher de cette colonne apr\u00e8s avoir \u00e9cras\u00e9 tes suborneurs sous le poids de la toute-puissante main de son peuple, qui br\u00fble du d\u00e9sir de se venger\u2009? Ah\u2009! que ne puis-je voir ici mon souverain, et sur un geste de lui, mon bras saurait bien venger le grand tzar de la sordide avidit\u00e9 de vos intrigants du monast\u00e8re.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-5719\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/650px.-Sveti_Sava_freska_iz_Gracanice_XIV_vek-396x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"396\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/650px.-Sveti_Sava_freska_iz_Gracanice_XIV_vek-396x1024.jpg 396w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/650px.-Sveti_Sava_freska_iz_Gracanice_XIV_vek-116x300.jpg 116w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/650px.-Sveti_Sava_freska_iz_Gracanice_XIV_vek-594x1536.jpg 594w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/650px.-Sveti_Sava_freska_iz_Gracanice_XIV_vek.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 396px) 100vw, 396px\" \/><\/p>\n<p>Le tzar\u00e9vitch frissonna de peur \u00e0 la vue de l\u2019extr\u00eame irritation de tous les guerriers, et redoutant la probabilit\u00e9 d\u2019une nouvelle attaque de leur part, il essaya de les calmer par des paroles affectueuses. Il leur dit, entre autres\u00a0:<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p>\u00ab\u2009\u00d4 mes fr\u00e8res et amis\u2009! je vous conjure de ne pas vous affliger sur mon sort. Remercions plut\u00f4t Dieu de la faveur qu\u2019il vient de m\u2019octroyer. Il m\u2019a sauv\u00e9 \u00e0 deux reprises, d\u2019abord en me permettant d\u2019accomplir mon \u00e9vasion sain et sauf, et puis en m\u2019arrachant ici de vos mains. Vous voulez me faire \u00e9chouer dans la poursuite d\u2019un but m\u00e9ritoire et que je convoite ardemment. Vous d\u00e9sirez vous glorifier devant votre souverain de m\u2019avoir fait revenir sur mes pas. Mais ce Dieu sur lequel j\u2019ai, compt\u00e9, en fuyant la maison paternelle, fut mon aide et mon sauveur. Selon sa volont\u00e9 supr\u00eame et sainte, il continuera de pourvoir \u00e0 mes besoins. Quant au gouvernement et au bien-\u00eatre auxquels la nation, me dites-vous, s\u2019attend de ma part, \u00f4, mes amis, j\u2019aurais beaucoup de choses \u00e0 vous dire l\u00e0-dessus. \u00c9lev\u00e9 \u00e0 la cour et sur le sein de mon p\u00e8re, j\u2019eus maintes occasions d\u2019assister \u00e0 son action gouvernementale. J\u2019ai vu quelles immenses quantit\u00e9s de devoirs doit remplir le souverain \u00e0 chaque heure du jour. Quelles entraves et quels lourds fardeaux ne rencontre-t-il pas sur son chemin\u2009? Les premiers d\u2019entre ses serviteurs n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 lui dissimuler habilement la v\u00e9rit\u00e9. Le bonheur de tant de milliers d\u2019hommes relevant du tzar, que r\u00e9pondra-t-il devant Dieu s\u2019il a n\u00e9glig\u00e9 un seul des devoirs de souverain\u2009? C\u2019est par une sagesse surhumaine, un amour ardent pour le prochain, un travail assidu, et \u00e0 force de veilles et de labeurs, de jour et de nuit, qu\u2019on y r\u00e9ussit. Le tzar qui aime ses sujets comme ses enfants et remplit convenablement ses devoirs doit ou \u00eatre partout, voir tout, et tout entendre par lui-m\u00eame, ou avoir plusieurs serviteurs qui, en amis z\u00e9l\u00e9s et d\u00e9vou\u00e9s, n\u2019aient devant les yeux que le bonheur de tous. Or, comme il est tr\u00e8s souvent presque impossible de pourvoir \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre, il ne reste au prince qu\u2019\u00e0 opter entre les deux extr\u00e9mit\u00e9s, ou ne pas s\u2019inqui\u00e9ter de la prosp\u00e9rit\u00e9 de ses peuples, ou se r\u00e9soudre \u00e0 mener cette vie d\u2019au jour le jour, \u00e0 travers d\u2019incessantes sollicitudes, partag\u00e9e entre le d\u00e9sir et la crainte, l\u2019espoir et la s\u00e9duction, la col\u00e8re et l\u2019affaissement. Quant \u00e0 moi, avant de consulter mes penchants naturels, j\u2019avais mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve mes forces et mes moyens. Or, j\u2019avoue, que je ne les ai pas trouv\u00e9s \u00eatre \u00e0 m\u00eame de pouvoir supporter le poids immense de la gestion des affaires publiques\u2026 Ne croyez pas que j\u2019aie pris\u00e9 mes aises personnelles au-dessus du bien-\u00eatre du peuple, ou que d\u2019ignobles sentiments de m\u00e9pris de l\u2019amour filial et de la tendresse due aux parents m\u2019aient pouss\u00e9 \u00e0 fuir le monde, les hommes et ma famille, jusqu\u2019au fond de ce d\u00e9sert. Ah\u2009! s\u2019il m\u2019\u00e9tait donn\u00e9 de pouvoir ouvrir mon c\u0153ur devant vous, je serais certainement excusable aux yeux de tout le monde et en m\u00eame temps justifi\u00e9\u2009!&#8230; Mais, maintenant c\u2019en est fait\u2009! &#8230;. Vos efforts ne sauraient me profiter, non plus que les larmes et les sanglots de mes parents\u2009! Je vous en supplie donc, mes braves amis, cessez vos lamentations. Retournez l\u00e0 o\u00f9 le devoir vous appelle, saluez-y mes chers parents ainsi que mes bien-aim\u00e9s fr\u00e8res\u2009; qu\u2019ils ne s\u2019affligent plus \u00e0 cause de moi, qu\u2019ils ne m\u2019en veuillent pas\u2009; je suis toujours de la famille\u2009! \u2014\u00a0Mais, \u00f4 affreuse et foudroyante pens\u00e9e, qu\u2019ils ne me maudissent pas\u2009! qu\u2019ils viennent plut\u00f4t au mont Athos, eux aussi, glorifier le Tr\u00e8s-Haut qui a daign\u00e9 m\u2019accorder la faveur de louer dans ce sanctuaire sa providentielle bont\u00e9, et d\u2019atteindre enfin l\u2019objet de tous les v\u0153ux de ma plus tendre enfance. Ici j\u2019esp\u00e8re servir d\u2019appui \u00e0 leur vieillesse, et honorer leurs cheveux blancs\u2026\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>En disant cela, il fait quelques pas en avant, la menace au front, le visage inond\u00e9 de larmes\u2009; puis il tombe par terre et reste l\u00e0 sans prof\u00e9rer aucune parole\u2026 Il se rel\u00e8ve enfin. Ses yeux, refl\u00e9tant la rage, la souffrance et la r\u00e9solution, s\u2019arr\u00eatent sur le groupe des guerriers qui se d\u00e9sesp\u00e9raient r\u00e9unis au bas de la colonne. Du fond de son c\u0153ur rempli d\u2019amertume, il pousse un soupir, et, leur jetant ses v\u00eatements princiers et des poign\u00e9es de boucles des cheveux blonds dor\u00e9s qu\u2019on lui a coup\u00e9s, il dit\u00a0: \u00ab\u2009<em>Prenez ces signes et emportez-les comme autant d\u2019incontestables preuves que vous m\u2019avez trouv\u00e9 vivant, moi, Sabba de nom, moine de Dieu.\u2009<\/em>\u00bb Il y joignit un message pr\u00e9par\u00e9 d\u2019avance, adress\u00e9 \u00e0 ses parents et con\u00e7u en ces termes\u00a0:<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p>\u00ab\u2009Mes tr\u00e8s gracieux et tr\u00e8s chers parents, je sais combien vous affligera tout d\u2019abord la nouvelle de ma s\u00e9paration, que l\u2019on suppose \u00e0 tort \u00e9ternelle. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019aussit\u00f4t que vous aurez appris pourquoi j\u2019ai renonc\u00e9 aux biens de ce monde, je vous verrai imm\u00e9diatement venir, Dieu le permettant, visiter la montagne sainte. Ainsi serai-je de nouveau r\u00e9uni \u00e0 vous, et r\u00e9joui du bonheur de vous contempler, d\u2019honorer votre v\u00e9n\u00e9rable et sainte vieillesse, de savourer les d\u00e9lices de la douceur de votre amour paternel, et, j\u2019aime \u00e0 l\u2019esp\u00e9rer, de voir peu \u00e0 peu votre douleur diminuer et enfin dispara\u00eetre. Je vous supplie de ne point vous affliger de mon sort. Ne me croyez pas perdu, mais f\u00e9licitez-vous plut\u00f4t de ce que j\u2019ai \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la perdition, et souvenez-vous de moi dans vos pri\u00e8res, afin que, gr\u00e2ces \u00e0 elles, Dieu daigne me donner la force de parachever ma course\u2009; autrement, vous ne me verrez plus vivant aupr\u00e8s de vous. Chers parents, \u00e0 votre tour, prenez soin du salut de vos \u00e2mes\u2026\u2009\u00bb Il ajouta quelques r\u00e9flexions tir\u00e9es des textes \u00e9vang\u00e9liques, touchant l\u2019humilit\u00e9, l\u2019amour de la paix, la v\u00e9rit\u00e9 et le Jugement, finissant ainsi son message\u00a0: \u00ab\u2009Ne faites pas aux autres ce qui vous est p\u00e9nible et ce qui n\u2019est pas d\u00e9sirable pour vous-m\u00eames.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5709\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/400px.-ag_symeon_k_savvas_servoi_2010.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"630\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/400px.-ag_symeon_k_savvas_servoi_2010.jpg 400w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/400px.-ag_symeon_k_savvas_servoi_2010-190x300.jpg 190w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<p>Le vo\u00efvode et ses nobles compagnons, ayant recueilli les cheveux, les v\u00eatements et re\u00e7u le message du tzar\u00e9vitch, dont la r\u00e9solution fut implacable et in\u00e9branlable, se tourn\u00e8rent vers lui les yeux pleins de trouble, s\u2019\u00e9criant\u00a0:<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\"><blockquote><p>\u00ab\u2009Malheur \u00e0 nous, infortun\u00e9s que nous sommes\u2009! Pourquoi faut-il, \u00f4 notre Seigneur, qu\u2019en te retrouvant nous soyons plus afflig\u00e9s qu\u2019au jour de ta fuite\u2009? Et vous, d\u00e9pouilles ch\u00e9ries, v\u00eatements du bien-aim\u00e9, objet de tant de regrets, comment vous emporter\u2009? Comment vous faire voir aux parents, aux fr\u00e8res qui demanderont leur fils et leur fr\u00e8re\u2009? O cheveux ch\u00e9ris\u2009! vous qui, jadis, d\u00e9lectiez les yeux et le c\u0153ur de la famille, comment nous r\u00e9soudre de vous les offrir, vous sujet de larmes, du trouble et du d\u00e9sespoir des parents\u2009? Comment les porterons-nous, et quelle r\u00e9compense nous en reviendra-t-il\u2009? Notre festin de la derni\u00e8re nuit n\u2019\u00e9tait que d\u00e9rision au lieu d\u2019une r\u00e9jouissance. Tu nous as tromp\u00e9s, comme Jacob trompa \u00c9sa\u00fc pour h\u00e9riter de la b\u00e9n\u00e9diction paternelle. La coupe qu\u2019hier encore, \u00f4, Seigneur, tu remplissais d\u2019un vin g\u00e9n\u00e9reux, \u00e9tait plus douce que le miel et d\u00e9bordait de plaisir\u2009; aujourd\u2019hui elle est remplie de fiel et d\u2019absinthe\u2009! Fatale nuit o\u00f9, enivr\u00e9s de plaisirs empoisonn\u00e9s, nous nous endorm\u00eemes\u2009; puisses-tu \u00eatre \u00e9ternellement sombre et que jamais tu ne sois embellie par les doux rayons de la lune\u2009! Insens\u00e9s que nous sommes, nous laissons dans un instant s\u2019\u00e9chapper de nos mains celui que nous avons poursuivi pendant plusieurs jours\u2009! Pourquoi ne l\u2019avoir pas plut\u00f4t encha\u00een\u00e9 selon les ordres de son p\u00e8re\u2009? Nous ne serions pas en proie \u00e0 toutes ces angoisses mortelles\u2009! Maintenant que ferons-nous\u2009? Comment para\u00eetre devant notre souverain\u2009? Quel roc ou quelle masse de fer ne se briserait pas de douleur et d\u2019\u00e9pouvante au triste r\u00e9cit que nous devrons faire aux parents et aux fr\u00e8res de notre ma\u00eetre\u2009?\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>S\u2019entretenant par de tels et semblables discours, les uns pleuraient, les autres ne respiraient que vengeance, et, \u00e0 les entendre, les pierres insensibles elles-m\u00eames se seraient \u00e9mues. Enfin, accabl\u00e9s de tant de souffrances et de lassitude, ils lui jettent un regard de reproches m\u00eal\u00e9 de m\u00e9pris, et disent\u00a0: Adieu\u2009! c\u0153ur de roc, adieu\u2009! fuis le monde pour t\u2019ensevelir dans les t\u00e9n\u00e8bres, car tu es indigne de la lumi\u00e8re\u2009! Apr\u00e8s avoir tromp\u00e9 ton p\u00e8re, tu nous as tromp\u00e9s \u00e0 notre tour. Nous ne comprenons pas comment Dieu t\u2019agr\u00e9erait, toi au c\u0153ur dur et astucieux\u2009? Ces paroles, entrecoup\u00e9es de larmes de rage et d\u2019attendrissement, furent les derni\u00e8res qu\u2019ils prononc\u00e8rent. Puis ils partirent pour regagner la Serbie. Tout en chevauchant, ils se retournaient vers la colonne pour l\u2019apercevoir, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle e\u00fbt enti\u00e8rement disparu \u00e0 leurs yeux. Lorsqu\u2019ils furent \u00e9loign\u00e9s, le saint descend du haut de sa colonne, remercie Dieu d\u2019abord, puis court saluer l\u2019higoum\u00e8ne et tous les fr\u00e8res. Il les conjure tous, mais principalement le v\u00e9n\u00e9rable vieillard, l\u2019higoum\u00e8ne, de ne pas lui en vouloir, de la brutalit\u00e9 qu\u2019ils ont soufferte de la part des soldats du vo\u00efvode. Au contraire, dit-il, priez Dieu de pardonner \u00e0 ceux qui vous ont offens\u00e9s et de les laisser en paix et sant\u00e9 regagner leurs foyers. Les fr\u00e8res, bien accabl\u00e9s de coups, pouvant \u00e0 peine remuer, vinrent tous l\u2019embrasser, lui montrant leurs plaies, leurs foulures et les tumeurs dont leur corps \u00e9tait bleui. Le sage et pacifique Sabba leur dit\u00a0: \u00ab\u2009<em>Fr\u00e8res, pardonnez aux soldats, car ils n\u2019ont su ce qu\u2019ils faisaient. Emport\u00e9s par la col\u00e8re, ils vous ont confondus avec leurs ennemis. Souvenez-vous des paroles du Seigneur, qui dit\u00a0: \u2039\u2009Bienheureux si vous \u00eates calomni\u00e9s pour mon nom\u2009; on vous chassera et on vous injuriera \u00e0 cause de moi. Bienheureux ceux qui pleurent et souffrent pour mon nom, car ils seront consol\u00e9s\u2009; r\u00e9jouissez-vous et soyez dans la joie, car votre r\u00e9compense est abondante dans les Cieux.\u2009\u203a\u2009<\/em>\u00bb L\u2019\u00e2me remplie de bonheur, il leur dit encore ceci\u00a0: \u00ab\u2009<em>Dieu est notre refuge et notre force, il nous aide dans les chagrins qui nous accablent. Fid\u00e8les aux ordres du tzar, ces \u00e9missaires voulaient arr\u00eater mon essor vers Dieu et m\u2019arracher d\u2019ici, brisant les liens de cette parent\u00e9 spirituelle par lesquels je vous suis uni dans le Seigneur. Mais gr\u00e2ce \u00e0 vos pri\u00e8res et \u00e0 la lutte que vous avez courageusement soutenue dans vos corps, outrag\u00e9s pour moi, la fureur des assaillants s\u2019est vue impuissante contre vous.\u2009<\/em>\u00bb Les moines, ses fr\u00e8res, si cruellement maltrait\u00e9s et encore g\u00e9missants de la douleur caus\u00e9e par leurs r\u00e9centes blessures, trouvent un soulagement instantan\u00e9 dans ces sages et pacifiques paroles. Heureux d\u2019avoir souffert pour le tzar\u00e9vitch, dont les consolations leur profit\u00e8rent si bien, ils oubli\u00e8rent vite leurs ressentiments et leurs meurtrissures.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-5725\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Couvertue.-940px-739x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"739\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Couvertue.-940px-739x1024.jpg 739w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Couvertue.-940px-216x300.jpg 216w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Couvertue.-940px-768x1065.jpg 768w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Couvertue.-940px.jpg 940w\" sizes=\"auto, (max-width: 739px) 100vw, 739px\" \/><\/h4>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>VIE DES SAINTS AP\u00d4TRES SERBES SYM\u00c9ON &amp; SABBA<\/em>. <em>R\u00c9DIG\u00c9ES PAR DOM\u00c9TIAN MOINE-PR\u00caTRE DE KHILANDAR AU MONT-ATHOS ET DISCIPLE DE SAINT SABBA PREMIER ARCHEV\u00caQUE DE SERBIE<\/em>. ABR\u00c9G\u00c9ES ET \u00c9PUR\u00c9ES PAR CYRILLE GIVKOVICH, \u00c9V\u00caQUE ORTHODOXE DE PAKRATCH ET DE SLAVONIE, CALLET, PARIS, 1858.<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">SOURCES : <a href=\"http:\/\/REMACLE.ORG\/BLOODWOLF\/BALKANS\/DOMETIAN\/SAVA.HTM\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">1<\/a> , <a href=\"https:\/\/BOOKS.GOOGLE.FR\/BOOKS?ID=VYRVAAAACAAJ&amp;HL=FR\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">2<\/a> , <a href=\"https:\/\/FR.WIKISOURCE.ORG\/WIKI\/LIVRE:CHODZKO_-_L%C3%A9GENDES_SLAVES_DU_MOYEN_%C3%A2GE_(1169%E2%80%931237),_1858.DJVU\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">3<\/a><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/pages-de-synaxaire\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Pages de Synaxaire\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"198\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/triomphe-orthodoxie.650px.p189.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/triomphe-orthodoxie.650px.p189.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/triomphe-orthodoxie.650px.p189-227x300.jpg 227w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Pages de Synaxaire<\/div><\/div><\/div>\n&nbsp;<span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:553,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/gallica.bnf.fr\\\/ark:\\\/12148\\\/bpt6k6535622f.texteImage#&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;},{&quot;id&quot;:554,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/REMACLE.ORG\\\/BLOODWOLF\\\/BALKANS\\\/DOMETIAN\\\/SAVA.HTM&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20250902215916\\\/http:\\\/\\\/remacle.org\\\/bloodwolf\\\/balkans\\\/dometian\\\/sava.htm&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[{&quot;date&quot;:&quot;2026-03-27 19:18:17&quot;,&quot;http_code&quot;:404}],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:{&quot;date&quot;:&quot;2026-03-27 19:18:17&quot;,&quot;http_code&quot;:404},&quot;process&quot;:&quot;done&quot;},{&quot;id&quot;:555,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/BOOKS.GOOGLE.FR\\\/BOOKS?ID=VYRVAAAACAAJ\\u0026HL=FR&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;},{&quot;id&quot;:556,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/FR.WIKISOURCE.ORG\\\/WIKI\\\/LIVRE:CHODZKO_-_L%C3%A9GENDES_SLAVES_DU_MOYEN_%C3%A2GE_(1169%E2%80%931237),_1858.DJVU&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9dig\u00e9es par Dom\u00e9tian, moine-pr\u00eatre de Khilandar, au Mont-Athos et disciple de Saint Sabba premier archev\u00eaque de Serbie &nbsp; 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