{"id":449,"date":"2019-05-18T19:37:02","date_gmt":"2019-05-18T17:37:02","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=449"},"modified":"2019-05-18T19:37:02","modified_gmt":"2019-05-18T17:37:02","slug":"nul-ne-peut-nuire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2019\/05\/18\/nul-ne-peut-nuire\/","title":{"rendered":"A QUI NE SE NUIT PAS A LUI-M\u00caME NUL NE PEUT NUIRE &#8211; I"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: center;\"><em><a href=\"http:\/\/www.abbaye-saint-benoit.ch\/saints\/chrysostome\/tome4\/discours\/disours001.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">par saint Jean Chrysostome<\/a><\/em><\/h4>\n<p><em>Ce magnifique discours, dont le titre seul est comme l&rsquo;abr\u00e9g\u00e9 de la philosophie chr\u00e9tienne, a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 Cucuse, l&rsquo;an 406. Nous voyons, par la quatri\u00e8me lettre de saint Chrysostome, qu&rsquo;il l&rsquo;envoya \u00e0 sainte Olympiade pour la consoler dans ses maux; pour l&rsquo;engager \u00e0 se mettre au-dessus de toutes ses disgr\u00e2ces.<\/em> <!--more--><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_448\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.stavropoleos.ro\/noi-icoane-in-colectia-manastirii\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-448\" class=\"wp-image-448\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Annonciation.hesychia.01.jpg\" alt=\"Annonciation\" width=\"500\" height=\"632\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Annonciation.hesychia.01.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Annonciation.hesychia.01-238x300.jpg 238w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-448\" class=\"wp-caption-text\">Ic\u00f4ne de l&rsquo;Annonciation \/\/ Transylvanie \/\/ XVIIIe si\u00e8cle<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<blockquote><p><em>L&rsquo;orateur, dans un magnifique exorde, annonce qu&rsquo;un pr\u00e9jug\u00e9 presque universel pourra faire regarder sa proposition comme invraisemblable; mais il demande qu&rsquo;on l&rsquo;\u00e9coute sans pr\u00e9vention, et il esp\u00e8re qu&rsquo;alors on ne pourra disconvenir de la v\u00e9rit\u00e9 de ce qu&rsquo;il avance. Avant d&rsquo;entrer en mati\u00e8re, il examine en quoi consiste le dommage, ce qui constitue le vrai m\u00e9rite de l\u2019homme, ce qui lui fait r\u00e9ellement tort. Il rapporte, pour rendre la chose plus claire, plusieurs exemples tir\u00e9s des \u00eatres anim\u00e9s, et inanim\u00e9s; et apr\u00e8s avoir bien \u00e9tabli que ce ne sont ni les richesses, ni la sant\u00e9, ni la r\u00e9putation, ni la libert\u00e9, ni m\u00eame la. vie, qui constituent le vrai m\u00e9rite de l&rsquo;homme, il prouve victorieusement, par les exemples de Job, d&rsquo;Abel, de Joseph, de Lazare, de saint Paul, que les pers\u00e9cutions et les maux, loin de leur faire aucun tort, ont fortifi\u00e9 leur vertu, relev\u00e9 leur gloire, et que si Adam a succomb\u00e9 sous les attaques du d\u00e9mon, c&rsquo;est \u00e0 sa propre faiblesse, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la malice de cet esprit impur, qu&rsquo;il devait imputer sa d\u00e9faite. Saint Jean Chrysostome interrompt son sujet par une excursion \u00e9loquente sur les richesses. Il peint, des couleurs les plus vives, et perce des traits les plus forts, cette cupidit\u00e9 fatale r\u00e9pandue sur toute la terre, et qui embrase tons les coeurs. Afin d&rsquo;en \u00e9teindre les feux, s&rsquo;il est possible, il d\u00e9montre que les richesses ne sont \u00e0 d\u00e9sirer ni pour les plaisirs de la table qu&rsquo;elles procurent, ni pour les honneurs qui les accompagnent , ni pour la troupe d&rsquo;adulateurs qu&rsquo;elles attirent, ni pour la facilit\u00e9 qu&rsquo;elles donnent de se venger de ses ennemis. Apr\u00e8s cette excursion, il revient \u00e0 son sujet, et le prouve par un grand nombre d&rsquo;exemples, qu&rsquo;il tire de l&rsquo;Ecriture sainte, et qu&rsquo;il d\u00e9veloppe avec cette abondance qui lui \u00e9tait si naturelle, il prouve en m\u00eame temps ces deux v\u00e9rit\u00e9s : que les pers\u00e9cutions, quelles qu&rsquo;elles soient, et les afflictions, ne font que fortifier et illustrer davantage les \u00e2mes fortes; au lieu que les plus grandes faveurs et les plus signal\u00e9s bienfaits ne servent de rien aux \u00e2mes faibles, ne les emp\u00eachent pas de succomber et de commettre une infinit\u00e9 de fautes.<\/em><\/p><\/blockquote>\n<hr \/>\n<p style=\"padding-left: 80px;\"><strong>1. Je sais bien que les esprits \u00e9pais, attach\u00e9s au pr\u00e9sent, clou\u00e9s \u00e0 la terre, esclaves des plaisirs sensibles , indiff\u00e9rents aux choses de la pens\u00e9e, vont trouver ce discours \u00e9trange, incroyable; ils ne se feront pas faute d&rsquo;en rire, et ils prononceront contre nous, que l&rsquo;invraisemblance se montre d\u00e8s les premiers mots de notre proposition.<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\"><strong>Ce n&rsquo;est pas une raison pour nous d&rsquo;y renoncer; au contraire, pour cette raison m\u00eame, nous ferons les plus grands efforts afin de la d\u00e9montrer, ce que nous entreprenons avec une vive ardeur.<\/strong><\/p>\n<p>Que ceux qui ne pensent pas comme nous, veuillent bien, sans trouble, sans tumulte, attendre jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ce discours; je suis persuad\u00e9 qu&rsquo;ils se rangeront de notre c\u00f4t\u00e9, que c&rsquo;est contre eux-m\u00eames qu&rsquo;ils prononceront; qu&rsquo;ils reconna\u00eetront avoir \u00e9t\u00e9 dans l&rsquo;erreur; qu&rsquo;on les entendra chanter la palinodie, s&rsquo;excuser, demander pardon pour leurs faux jugements, nous t\u00e9moigner toute leur reconnaissance, comme font les malades aux m\u00e9decins qui les ont gu\u00e9ris des maux qui assi\u00e9geaient leur corps.<\/p>\n<p>Ne m&rsquo;opposez pas la pens\u00e9e qui maintenant vous poss\u00e8de; attendez jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des combats que vont livrer nos paroles, et c&rsquo;est alors qu&rsquo;il vous sera possible de porter un juste jugement, sans que l&rsquo;ignorance vous emp\u00eache de discerner la v\u00e9rit\u00e9. Que font les juges assis pour d\u00e9cider des affaires du si\u00e8cle? Ils ont beau voir celui qui parle le premier, dans le mouvement imp\u00e9tueux qui l&#8217;emporte, inonder tout des flots de son \u00e9loquence, ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 patiemment la r\u00e9ponse de l&rsquo;adversaire, qu&rsquo;ils osent porter leur jugement; le premier aurait beau para\u00eetre avoir mille fois pour lui la justice, ils conservent \u00e0 son contradicteur toute l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de leur attention. Telle est en effet la vertu qu&rsquo;on exige des juges, \u00e9couter avec une rigoureuse attention les deus parties, et n&rsquo;introduire qu&rsquo;apr\u00e8s le jugement qui leur est propre.<\/p>\n<p>Eh bien donc! nous avons aujourd&rsquo;hui, comme une mani\u00e8re d&rsquo;orateur parlant le premier, ce pr\u00e9jug\u00e9 vulgaire, et depuis longtemps enracin\u00e9 dans une foule d&rsquo;esprits, qui adresse son discours \u00e0 la terre enti\u00e8re : Tout, s&rsquo;\u00e9crie-t-il, n&rsquo;est que bouleversement, confusion partout dans le genre humain, chaque jour, en nombre prodigieux, les injustices, les outrages, les violences, les faibles \u00e9cras\u00e9s par les forts; les pauvres par les riches; et pas plus que les flots de la mer, l&rsquo;on ne peut compter les trames perfides, les injustices, les douleurs de l&rsquo;humanit\u00e9 ; les lois ne corrigent rien ; la crainte des jugements n&rsquo;arr\u00eate rien, rien ne triomphe de cette maladie, de cette peste; de jour en jour, au contraire, le fl\u00e9au s&rsquo;\u00e9tend ; partout les lamentations, les g\u00e9missements, les larmes des opprim\u00e9s; et ceux qui ont pour mission de rem\u00e9dier au d\u00e9sordre , irritent la temp\u00eat\u00e9 , et font durer la maladie. Cons\u00e9quences d&rsquo;un tel spectacle , nombre d&rsquo;insens\u00e9s, d&rsquo;infortun\u00e9s se laissent prendre d&rsquo;un nouveau d\u00e9lire; ils accusent la providence de Dieu, parce qu&rsquo;ils voient, \u00e0 chaque instant, l&rsquo;homme sage et vertueux, bless\u00e9, d\u00e9chir\u00e9, \u00e9touff\u00e9, tandis que le sc\u00e9l\u00e9rat qui ne craint rien, l&rsquo;inf\u00e2me issu de parents inf\u00e2mes, s&rsquo;enrichit, se rev\u00eat du pouvoir, devient redoutable en grand nombre, cause \u00e0 ceux qui valent bien mieux que lui, mille affreuses douleurs, soumettant \u00e0 son audace, et les villes, et les provinces, et les d\u00e9serts, et les continents, et la mer. De l\u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de ce discours pour r\u00e9futer ce que vous venez d&rsquo;entendre, pour livrer un combat \u00e9trange, comme je l&rsquo;ai dit en commen\u00e7ant, \u00e9trange, incroyable, mais utile, fond\u00e9 sur la v\u00e9rit\u00e9, profitable \u00e0 l&rsquo;auditeur attentif et docile; ce discours se propose de d\u00e9montrer (\u00e9coutez sans trouble), que personne, parmi les victimes de l&rsquo;injustice, n&rsquo;est victime de l&rsquo;injustice d&rsquo;autrui, mais de sa propre injustice.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\"><strong>2. Pour plus de clart\u00e9, voyons d&rsquo;abord qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;injustice, quels en sont les \u00e9l\u00e9ments? Qu\u2019est-ce enfin que la vertu de l&rsquo;homme? le nuisible \u00e0 la vertu qu&rsquo;est-ce? et encore qu&rsquo;est-ce qui semble lui \u00eatre nuisible, mais ne lui est pas nuisible en r\u00e9alit\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>Par exemple (des exemples sont n\u00e9cessaires pour que notre discours ait tout son d\u00e9veloppement), chaque chose a ce qui lui est nuisible: pour le fer, la rouille; les vers, pour la laine; pour les troupeaux de brebis, les loups. Le vin \u00e9prouve un dommage par la d\u00e9composition qui l&rsquo;aigrit; ce qui est nuisible au miel, c&rsquo;est de perdre sa naturelle douceur, et de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en une liqueur am\u00e8re. Pour les bl\u00e9s, pour les moissons, ce qui leur nuit, c&rsquo;est la nielle, c&rsquo;est la s\u00e9cheresse; le raisin, les pampres et les sarments sont d\u00e9vast\u00e9s par les ann\u00e9es de sauterelles; d&rsquo;autres v\u00e9g\u00e9taux, par les chenilles; les corps, qui n&rsquo;ont pas la raison en partage, par la diversit\u00e9 des maladies; nous ne ferons pas une revue compl\u00e8te qui allongerait ce discours, mais voyez, pour notre chair, le nuisible, ce sont les fi\u00e8vres, les paralysies, l&rsquo;essaim des autres maladies. Eh bien! De m\u00eame que chacun de ces objets a ce qui ruine sa vertu particuli\u00e8re, voyons, examinons ce qui est nuisible \u00e0 notre esp\u00e8ce, \u00e0 l&rsquo;homme; qu&rsquo;est-ce enfin qui ruine la vertu de l&rsquo;homme? Le grand nombre s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 des causes que nous n&rsquo;admettons pas. Il en faut bien parler, exposer les opinions fausses, les \u00e9carter; <strong>c&rsquo;est ainsi que nous mettrons en lumi\u00e8re le mal r\u00e9el qui nuit \u00e0 la vertu en nous<\/strong>; que nous d\u00e9montrerons jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, que <strong>personne ne peut nous faire \u00e9prouver de dommage, ni causer notre ruine, si nous ne nous trahissons pas nous-m\u00eames.<\/strong><\/p>\n<p>Ainsi donc le grand nombre, dans l&rsquo;\u00e9garement de ses pens\u00e9es, attribue \u00e0 des causes \u00e9trang\u00e8res la ruine de la vertu dans l&rsquo;homme; les uns disent, pauvret\u00e9; les autres maladie; d&rsquo;outres perte d&rsquo;argent; d&rsquo;autres calomnie; il en est,, qui disent, la mort, et ce sont des g\u00e9missements, des lamentations sans fin: et l&rsquo;on s&rsquo;apitoie, et l&rsquo;on pleure sur les victimes, et l&rsquo;on est frapp\u00e9 d&rsquo;\u00e9tonnement, et l&rsquo;on se dit, les uns aux autres : Quel d\u00e9sastre a \u00e9prouv\u00e9 un tel ! tout \u00e0 coup, il a perdu toute sa fortune. Notre discours maintenant d&rsquo;un autre au sujet d&rsquo;un autre: un tel atteint d&rsquo;une maladie dangereuse a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, par les m\u00e9decins qui l&rsquo;ont vu. Celui-ci plaint les prisonniers, celui-l\u00e0 les expatri\u00e9s, les exil\u00e9s, cet autre, ceux qui ont perdu la libert\u00e9 ; un autre encore, ceux qui ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s par les ennemis et qui sont devenus captifs ; en voici un qui se lamente sur un noy\u00e9 ou sur un br\u00fbl\u00e9, ou sur un tel enseveli sous les ruines de sa maison; force g\u00e9missements sur tous ceux-l\u00e0, mais sur ceux qui vivent dans l&rsquo;iniquit\u00e9, aucune lamentation; et, ce qu&rsquo;il y a de plus triste, loin de les plaindre, souvent on c\u00e9l\u00e8bre leur bonheur, et voil\u00e0 justement la cause de tous les maux. Eh bien donc! (mais, comme je vous y ai exhort\u00e9s en commen\u00e7ant, \u00e9coutez sans interrompre), il faut vous d\u00e9montrer que rien de ce que nous avons dit, n&rsquo;est nuisible pour l&rsquo;homme qui vit clans la temp\u00e9rance, ni ne peut ruiner sa vertu. Dites, r\u00e9pondez-moi: un homme a tout perdu, victime, soit des calomniateurs, soit des brigands, soit de ses propres serviteurs, mis\u00e9rables qui l&rsquo;ont enti\u00e8rement d\u00e9pouill\u00e9; eh bien! cette perte, quel dommage a-t-elle caus\u00e9 \u00e0 sa vertu?<br \/>\nFaisons mieux, si vous permettez ; commen\u00e7ons par d\u00e9finir la vertu de l&rsquo;homme, apr\u00e8s nous \u00eatre exerc\u00e9s \u00e0 d\u00e9finir la vertu d&rsquo;autres \u00eatres, afin de rendre plus facile \u00e0 comprendre et plus \u00e9vident, ce que nous voulons expliquer.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">3. Quelle est la vertu du cheval? un frein d&rsquo;or, un capara\u00e7on d&rsquo;or, des attaches de soie, des couvertures d&rsquo;un tissu vari\u00e9, parsem\u00e9es d&rsquo;or, un harnais constell\u00e9 de pierreries, une crini\u00e8re aux tresses entrelac\u00e9es d&rsquo;or? ou la rapidit\u00e9 de la course, la fermet\u00e9 des jarrets, l&rsquo;allure \u00e9l\u00e9gante, le pied digne d&rsquo;un coursier g\u00e9n\u00e9reux, le courage dans les longues routes, le courage des combats; l&rsquo;\u00e9nergie vaillante dans la bataille, qui, dans la fuite, sauve son cavalier? N&rsquo;est-il pas \u00e9vident que la vertu du cheval \u00e9clate dans les derniers traits, non dans les autres?<\/p>\n<p>Et maintenant, quelle est dans les \u00e2nes, dans les mulets, la vertu? N&rsquo;est-ce pas de porter commod\u00e9ment des fardeaux, de franchir facilement les distances, d&rsquo;avoir le pied aussi solide que la pierre? Dirons-nous que l&rsquo;ext\u00e9rieur, que ce qui sert \u00e0 leur \u00e9quipement, contribue en quoi que ce soit \u00e0 la vertu qui leur est propre? Nullement. Quelle vigne admirerons-nous? la vigne au feuillage \u00e9pais, riche de pampres, ou la vigne charg\u00e9e de fruits? Quelle est la vertu de l&rsquo;olivier? d&rsquo;avoir de grands rameaux, une abondante chevelure de feuillage, ou de montrer partout la richesse de son fruit? Appliquons \u00e0 l&rsquo;homme cette mani\u00e8re de juger; <strong>sachons discerner la vertu de l&rsquo;homme<\/strong>, et n&rsquo;appelons dommage que ce qui peut-lui nuire. Quelle est donc la vertu de l&rsquo;homme?<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas la richesse! ni la sant\u00e9 du corps, ni la r\u00e9putation, ni simplement la vie, ni la libert\u00e9, en sorte que nous devions appr\u00e9hender et fuir la pauvret\u00e9, la maladie, la mauvaise renomm\u00e9e, la mort ou la servitude; c&rsquo;est, l&rsquo;application \u00e0 la doctrine de la v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est dans la conduite, l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9. Or, voil\u00e0 le bien que le d\u00e9mon m\u00eame ne saurait ravir, si le possesseur est vigilant; et c&rsquo;est ce que sait bien ce perfide, ce farouche d\u00e9mon.<\/p>\n<p>Car, s&rsquo;il a d\u00e9pouill\u00e9 Job, ce n&rsquo;\u00e9tait pas, pour l&rsquo;appauvrir, mais pour le forcer \u00e0 prof\u00e9rer quelque blasph\u00e8me; et s&rsquo;il lui a fait des blessures dans le corps, ce n&rsquo;\u00e9tait pas pour le rendre malade; mais pour \u00e9branler la vertu de son \u00e2me. Eh bien! il a eu beau faire jouer tous ses ressorts, le rendre pauvre, de riche qu&rsquo;il \u00e9tait, (ce qui, de tous les malheurs nous para\u00eet le plus \u00e9pouvantable); faire, de ce p\u00e8re de nombreux enfants, un p\u00e8re qui n&rsquo;a plus d&rsquo;enfants; il a eu beau lui d\u00e9chirer tout le corps , avec plus de cruaut\u00e9 que des bourreaux de pr\u00eateur (car leurs ongles creusent moins profond\u00e9ment les flancs de leurs victimes, que les vers enfonc\u00e9s dans la chair de<strong> Job<\/strong> pour la ronger; il a eu beau l&rsquo;envelopper de r\u00e9probation (car ses amis venaient lui dire, qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas encore flagell\u00e9 en raison de ses fautes, et le chargeaient d&rsquo;accusations) ; il a eu beau, non pas le chasser de sa cit\u00e9, non pas le faire sortir de sa maison, pour le transporter dans une autre ville, mais lui donner pour maison et pour ville, un fumier, non-seulement il ne lui a fait aucun mal, mais par ses coups perfides il l&rsquo;a rendu plus glorieux. Non-seulement il ne lui a enlev\u00e9 r\u00e9ellement aucun bien, quoiqu&rsquo;il lui ait tant ravi, mais il a grossi son tr\u00e9sor de vertus. Car, apr\u00e8s ces \u00e9preuves, Job sentait avec bonheur en lui cet accroissement de confiance qu&rsquo;il devait aux combats vaillamment soutenus. Si tant de souffrances ne lui ont caus\u00e9 aucun mal, quoiqu&rsquo;elles lui vinssent, non d&rsquo;un homme mais du monstre qui surpasse les plus m\u00e9chants de tous les hommes par sa perversit\u00e9, quoiqu&rsquo;il e\u00fbt contre lui le d\u00e9mon, quelle sera d\u00e9sormais l&rsquo;excuse pour qui dira, un tel m&rsquo;a fait du mal, un tel m&rsquo;a caus\u00e9 un pr\u00e9judice? Car si le d\u00e9mon, ce monstre de perversit\u00e9, apr\u00e8s avoir fait jouer toutes ses machines, lanc\u00e9 tous ses traits, entass\u00e9 toute l&rsquo;horreur des mis\u00e8res humaines, et sur la maison de l&rsquo;homme juste, et sur sa, personne, non-seulement ne lui a fait aucun mal; mais, je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit, au contraire, lui a \u00e9t\u00e9 utile, comment pourra-t-on encore imputer son mal \u00e0 tel on tel, comme si le mal venait des autres, comme si le mal ne venait pas du dedans ?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">4. Eh quoi donc, me dira-t-on? <strong>N&rsquo;est-ce pas le d\u00e9mon qui a fait du mal \u00e0 Adam, qui l&rsquo;a supplant\u00e9, qui l&rsquo;a chass\u00e9 du paradis? Non, ce n&rsquo;est pas le d\u00e9mon, mais la nonchalance de celui qui a souffert le mal;<\/strong> c&rsquo;est le d\u00e9faut d&rsquo;attention et de. vigilance; car si le d\u00e9mon, avec tant et de si grands ressorts, d\u00e9ploy\u00e9s contre Job, ne l&rsquo;a pas abattu, comment a-t-il pu, avec de plus faibles armes, triompher d\u2019<strong>Adam<\/strong>, si celui-ci, par sa propre indolence, ne s&rsquo;est pas trahi lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Quoi donc? La victime des calomnies, le malheureux \u00e0 qui on confisque ses biens, ne re\u00e7oit aucun mal? Celui qui perd son patrimoine, qui lutte contre toutes les horreurs de la mis\u00e8re? Non, celui-l\u00e0 n&rsquo;a subi aucun mal; au contraire, il s&rsquo;est enrichi, s&rsquo;il a la modestie en partage: car en quoi, r\u00e9pondez-moi, la pauvret\u00e9 a-t-elle nui aux ap\u00f4tres? Ne soutenaient-ils pas contre la faim, contre la soif, contre toutes les privations qui les mettaient \u00e0 nu, une lutte continuelle, et n&rsquo;est-ce pas par cela m\u00eame qu&rsquo;ils sont devenus illustres, glorieux; qu&rsquo;ils ont forc\u00e9 Dieu \u00e0 leur accorder son \u00e9clatant secours? et Lazare, en quoi maladies, blessures, pauvret\u00e9, absence de toute assistance, lui ont-elles \u00e9t\u00e9 nuisibles? N&rsquo;est-ce pas par cela m\u00eame qu&rsquo;il a conquis de plus -nobles couronnes? Et quel mal pour Joseph d&rsquo;avoir subi la r\u00e9probation dans son propre pays et sur la terre \u00e9trang\u00e8re? car on disait de lui: C&rsquo;est un adult\u00e8re, c&rsquo;est un impudique. Quel mal lui a fait la servitude? Quel mal lui a fait l&rsquo;exil ? N&rsquo;est-ce pas, pour ces \u00e9preuves surtout, que nous le contemplons avec admiration? Et \u00e0 quoi bon vous parler d&rsquo;exil, de pauvret\u00e9, de r\u00e9probation parmi les hommes et de servitude? La mort m\u00eame, quel mal a-t-elle fait \u00e0 <strong>Abel<\/strong>, quoi qu&rsquo;elle f\u00fbt violente, quoiqu&rsquo;elle f\u00fbt pr\u00e9matur\u00e9e, le crime d&rsquo;un fr\u00e8re? N&rsquo;est-ce pas pour cela m\u00eame qu&rsquo;il est c\u00e9l\u00e8bre par toute la terre ?<\/p>\n<p>Voyez-vous comme mon discours a d\u00e9pass\u00e9 mes promesses? Car non-seulement il a d\u00e9montr\u00e9 que <strong>personne ne peut recevoir de mal de personne; mais, de plus , que le mal est un profit pour ceux qui font attention \u00e0 eux-m\u00eames.<\/strong> Mais pourquoi, me dira-t-on, les peines, les supplices? pourquoi l&rsquo;enfer, pourquoi tant de menaces, et si effrayantes, si personne, ni ne subit l&rsquo;injustice, ni ne commet l&rsquo;injustice? Que dites-vous? Pourquoi cette confusion dans le discours? Je n&rsquo;ai pas dit que nul ne commet l&rsquo;injustice, mais j&rsquo;ai dit que nul ne souffre de l&rsquo;injustice. Mais comment est-il possible,-me dira-t-on, lorsque tant d&rsquo;hommes commettent l\u2019injustice, que personne ne souffre de l&rsquo;injustice? Je viens de vous en donner la raison; les fr\u00e8res de <strong>Joseph<\/strong> furent injustes envers lui, mais lui n&rsquo;a pas souffert de l&rsquo;injustice. <strong>Ca\u00efn<\/strong> a attent\u00e9 \u00e0 la vie d&rsquo;<strong>Abel<\/strong>, mais <strong>Abel<\/strong> n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 victime. De l\u00e0, ch\u00e2timents et supplices. C&rsquo;est que la vertu de ceux qui souffrent, ne fait pas que Dieu supprime les punitions : la perversit\u00e9 des m\u00e9chants fait que Dieu les inflige. Si ceux qui souffrent le mal, deviennent plus glorieux par le fait de leurs ennemis, cette gloire, ils ne la doivent pas \u00e0 la volont\u00e9 de l&rsquo;ennemi perfide, mais \u00e0 la force virile, qu&rsquo;ils ont montr\u00e9e. Ainsi, aux uns sont d\u00e9cern\u00e9es les r\u00e9compenses de leur sagesse; pour les autres sont \u00e9tablis les supplices, pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 la perversit\u00e9. On vous a d\u00e9pouill\u00e9 de vos biens? Dites: Nu, je suis sorti du ventre de ma m\u00e8re, nu je m&rsquo;en retournerai.<strong> (Job, I, 21)<\/strong> Ajoutez-y la parole de l&rsquo;Ap\u00f4tre: <em>Nous n&rsquo;avons rien apport\u00e9 en ce monde, et il est sans doute que nous n&rsquo;en pouvons rien emporter.<\/em> <strong>(I Tim. VI, 7)<\/strong> On a mal parl\u00e9 de vous, on vous a charg\u00e9 de mille outrages? Rappelez-vous cette parole : Malheur \u00e0 vous lorsque les hommes diront du bien de vous! <strong>(Luc, VI, 26)<\/strong> Et <em>r\u00e9jouissez-vous, et tressaillez d&rsquo;all\u00e9gresse, lorsque les hommes prononceront contre vous une parole mauvaise.<\/em> <strong>(Matth. V, 11)<\/strong> Vous avez \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 en exil; consid\u00e9rez que votre patrie n&rsquo;est pas en ce monde. Voulez-vous suivre la sagesse? Il vous a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 de regarder la terre enti\u00e8re comme une terre \u00e9trang\u00e8re. Mais vous \u00eates tomb\u00e9 dans une maladie grave? dites cette parole d\u00e9 l&rsquo;Ap\u00f4tre :<em> Encore que dans nous l&rsquo;homme ext\u00e9rieur se d\u00e9truise, n\u00e9anmoins l&rsquo;homme int\u00e9rieur se renouvelle de jour en jour.<\/em> <strong>(II Cor. IV, 16)<\/strong> Mais voici qu&rsquo;un tel. a subi une mort -violente: consid\u00e9rez <strong>Jean<\/strong>, sa t\u00eate tranch\u00e9e dans la prison, apport\u00e9e sur un plat, servant de salaire \u00e0 une courtisane qui danse. Consid\u00e9rez les r\u00e9compenses \u00e0 venir. Toutes ces souffrances caus\u00e9es par l&rsquo;injustice d&rsquo;autrui, expient les p\u00e9ch\u00e9s, op\u00e8rent la sanctification. Telle en est l&rsquo;utilit\u00e9 incomparable, pour ceux qui savent noblement les supporter.<\/p>\n<hr \/>\n<div id=\"attachment_454\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.stavropoleos.ro\/noi-icoane-in-colectia-manastirii\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-454\" class=\"wp-image-454\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/La-Trinite.hesychia.01-237x300.jpg\" alt=\"Trinit\u00e9\" width=\"400\" height=\"506\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/La-Trinite.hesychia.01-237x300.jpg 237w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/La-Trinite.hesychia.01.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-454\" class=\"wp-caption-text\">Ic\u00f4ne de la Trinit\u00e9. Transylvanie. XVIIIe si\u00e8cle<\/p><\/div>\n<hr \/>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">5. Eh bien donc! puisque, ni les pertes d&rsquo;argent, ni les calomnies et les outrages, ni l&rsquo;exil, ni les maladies, ni les tourments, ni m\u00eame ce grand \u00e9pouvantail: la mort, ne causent aucun dommage \u00e0 ceux qui en sont frapp\u00e9s; puisqu&rsquo;au contraire, il y a l\u00e0 utilit\u00e9 et profit, <strong>comment vous est-il possible de me montrer qu&rsquo;on souffre du mal, puisque, de ces causes que je viens de dire, ne r\u00e9sulte aucun mal?<\/strong> Je veux entreprendre une d\u00e9monstration toule contraire.<\/p>\n<p>Ceux qui souffrent les plus grands maux, des pertes incalculables, qui subissent des souffrances qu&rsquo;on ne peut gu\u00e9rir, ce sont ceux qui les causent. Car quoi de <strong>plus mis\u00e9rable que Ca\u00efn<\/strong> se conduisant envers son fr\u00e8re comme vous savez? Qui m\u00e9rite <strong>plus de piti\u00e9 que l&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;H\u00e9rode<\/strong>, qui a tranch\u00e9 la t\u00eate de Jean? Que les fr\u00e8res de <strong>Joseph<\/strong>, qui l&rsquo;ont vendu et jet\u00e9 en exil? Que le d\u00e9mon, qui a d\u00e9chir\u00e9 <strong>Job<\/strong> de tant de blessures? Car il ne sera pas puni seulement des crimes qu&rsquo;il fait commettre; mais, pour ses vains efforts, il subira le ch\u00e2timent terrible de sa malice infernale. Ne voyez-vous pas encore ici comment mon discours a d\u00e9pass\u00e9 mes promesses? Non-seulement les victimes que les m\u00e9chants se proposent de frapper ne souffrent aucun mal, mais encore tout le mal retombe sur la t\u00eate de ces m\u00e9chants.<\/p>\n<p>Evidemment, puisque ni la richesse, ni la libert\u00e9, ni le s\u00e9jour dans la patrie, ni les autres biens que j&rsquo;ai dits, ne constituent la vertu de l&rsquo;homme; puisqu&rsquo;elle consiste dans l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, dans l&rsquo;\u00e2me, il s&rsquo;en suit que, par la perte de ces biens, la vertu de l&rsquo;homme, en r\u00e9alit\u00e9, n&rsquo;a rien perdu.<\/p>\n<p>Eh quoi ! si quelqu&rsquo;un vient \u00e0 perdre la sagesse m\u00eame? Eh bien ! m\u00eame dans ce cas, la perte n&rsquo;est pas le fait d&rsquo;autrui, <strong>la perte vient du dedans; on ne doit l&rsquo;attribuer qu&rsquo;\u00e0 soi-m\u00eame.<\/strong> Comment, me dit-on, elle vient du dedans? on ne doit l&rsquo;attribuer qu&rsquo;\u00e0 soi-m\u00eame? Quand un homme, frapp\u00e9 par un autre, ou d\u00e9pouill\u00e9 de ses biens, ou subissant quelque grave injure, prof\u00e8re un blasph\u00e8me, alors il est atteint d&rsquo;un mal, d&rsquo;un mal affreux. Toutefois ce mal ne lui vient pas de celui qui lui fait injure, mais il lui vient de sa propre l\u00e2chet\u00e9. Ce que j&rsquo;ai dit, je veux le redire. Nul homme, supposez le plus pervers, ne peut faire plus que le d\u00e9mon, acharn\u00e9, implacable ennemi, ni le d\u00e9passer en perversit\u00e9, en rage funeste. Ce monstre pourtant n&rsquo;a pas pu, en s&rsquo;attaquant \u00e0 un homme qui vivait avant la loi , avant la gr\u00e2ce , malgr\u00e9 tant de traits , tant de coups terribles, lanc\u00e9s contr\u00e9 lui de toutes parts, le supplanter, le renverser, tant est grande l&rsquo;\u00e9nergie d&rsquo;une \u00e2me g\u00e9n\u00e9reuse. Faut-il vous montrer <strong>Paul<\/strong>? N&rsquo;a-t-il pas endur\u00e9 tant de souffrances qu&rsquo;il est difficile de les \u00e9num\u00e9rer? Habitant les prisons, charg\u00e9 de cha\u00een\u00e9s, tra\u00een\u00e9 en tous lieux, battu de verges par les Juifs, lapid\u00e9, les \u00e9paules d\u00e9chir\u00e9es par les lani\u00e8res, meurtries par les b\u00e2tons, plong\u00e9 dans la mer, souvent tomb\u00e9 entre les mains des voleurs, souffrant d&rsquo;une guerre intestine, continuellement tourment\u00e9 par ses ennemis, par ses amis m\u00eames , en butte \u00e0 mille trames insidieuses, luttant contre la faim, la nudit\u00e9, victime de toutes les autres afflictions, sans rel\u00e2che entass\u00e9es sur lui, bref, mourant chaque jour; eh bien! au milieu de tant de souffrances, si cruelles, non-seulement, il ne fit jamais entendre une parole de blasph\u00e8me, mais il se r\u00e9jouissait, il se glorifiait; ici :<em> Je me r\u00e9jouis, dit-il, de mes souffrances<\/em> <strong>(Col. I, 24)<\/strong> ; ailleurs :<em> Et non-seulement dans cette esp\u00e9rance, mais nous nous glorifions encore dans les afflictions.<\/em> <strong>(Rom. V, 3)<\/strong> S&rsquo;il se r\u00e9jouissait, s&rsquo;il se glorifiait, dans de pareilles \u00e9preuves , quelle sera votre excuse, \u00e0 vous qui n&rsquo;en subissez pas la moindre partie, et qui blasph\u00e9mez?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>6. Mais il est, m&rsquo;objecte-t-on, un autre mal que je subis, m\u00eame sans que je blasph\u00e8me; priv\u00e9 de ce que je poss\u00e9dais, je n&rsquo;ai plus rien pour faire l&rsquo;aum\u00f4ne, me dit-on.<\/strong> Pure all\u00e9gation et simple pr\u00e9texte ! Si c&rsquo;est l\u00e0 ce qui vous afflige; apprenez et comprenez que la pauvret\u00e9 n&#8217;emp\u00eache pas de faire l\u2019aum\u00f4ne. Seriez-vous r\u00e9duit \u00e0 la derni\u00e8re indigence, vous n&rsquo;\u00eates pas cependant plus pauvre que cette <em>femme qui n&rsquo;avait qu&rsquo;une poign\u00e9e de farine pour tout bien<\/em> <strong>(Rois, XVII, 12 )<\/strong> ; que cette<em> femme qui poss\u00e9dait en tout deux oboles<\/em> <strong>(Luc, XXl, 2)<\/strong>; et l&rsquo;une et l&rsquo;autre, pour avoir donn\u00e9 aux indigents tout ce qu&rsquo;elles poss\u00e9daient, ont excit\u00e9 les transports de l&rsquo;admiration.<\/p>\n<p>Une si grande pauvret\u00e9 n&rsquo;a pas fait obstacle \u00e0 une charit\u00e9 si grande; assez magnifique, assez splendide a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;aum\u00f4ne de ces deux femmes ch\u00e9tives, pour l&#8217;emporter sur tout ce qu&rsquo;il y a de richesses, de somptueuses offrandes; l&rsquo;opulence de leurs coeurs; la richesse de leur z\u00e8le g\u00e9n\u00e9reux a tout surpass\u00e9. Ainsi, m\u00eame \u00e0 cet \u00e9gard, vous n&rsquo;\u00e9prouvez aucun tort ; au contraire, vous avez gagn\u00e9 de conqu\u00e9rir, \u00e0 peu de prix, de plus belles couronnes que les riches avec tous leurs dons. Mais nous aurions beau le redire \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 : les \u00e2mes, attach\u00e9es \u00e0 la chair, qui se plaisent dans le tourbillon du monde, qui s&rsquo;enivrent des choses pr\u00e9sentes, ne consentiront pas \u00e0 perdre ces fleurs si vite fl\u00e9tries (telles sont les joies de la vie sur cette terre) ; les hommes ne renoncent pas \u00e0 ces ombres; au contraire, les plus honn\u00eates s&rsquo;attachent, de toutes leurs forces, et aux biens v\u00e9ritables et aux pr\u00e9tendus biens; les malheureux, les infortun\u00e9s, poss\u00e8dent la meilleure part du bonheur r\u00e9el, la plus faible du bonheur mensonger.<\/p>\n<p><strong>Arrachons donc les masques brillants, \u00e9clatants, et faisons voir la honteuse et hideuse r\u00e9alit\u00e9.<\/strong> Montrons l&rsquo;infamie de la courtisane. J&rsquo;appelle de ce nom la vie qui se livre aux d\u00e9lices, aux richesses, aux s\u00e9ductions de la puissance ; honteuse, hideuse, inf\u00e2me ; pleine de d\u00e9go\u00fbts, de peines et d&rsquo;amertumes. Voici, en effet, ce qui \u00f4te toute excuse \u00e0 ceux qui se laissent prendre aux attraits, de cette vie; c&rsquo;est que, malgr\u00e9 ces d\u00e9go\u00fbts , malgr\u00e9 son amertume, elle. leur para\u00eet d\u00e9sirable , et qu&rsquo;ils la ch\u00e9rissent, quels qu&rsquo;en soient les maux infinis, les dangers, les flots de sang qui la rougissent; les pr\u00e9cipices, les \u00e9cueils, les meurtres, les angoisses et les terreurs, et la haine, et l&rsquo;envie qui l&rsquo;escorte, et les perfidies, et les soucis, et les inqui\u00e9tudes sans fin; quoiqu&rsquo;elle ne pr\u00e9sente aucun gain; quoiqu&rsquo;elle ne produise aucun fruit de tant de douleurs, si ce n&rsquo;est les ch\u00e2timents, les supplices, les tourments \u00e9ternels. Oui, cette vie, telle qu&rsquo;elle est, para\u00eet enviable au grand nombre, d\u00e9sirable au prix de tous les combats, ce qui r\u00e9sulte de la d\u00e9mence de l&rsquo;\u00e2me ainsi captive, et non de la r\u00e9alit\u00e9 du bonheur., Voyez les petits enfants, attach\u00e9s \u00e0 leurs jeux qu&rsquo;ils ch\u00e9rissent et qu&rsquo;ils admirent; ils ne peuvent pas comprendre les affaires qui conviennent \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr; mais on peut au moins pardonner aux enfants; leurs erreurs sont de leur \u00e2ge. Au contraire, les insens\u00e9s dont je parle, sont d\u00e9pourvus de toute excuse possible. Parvenus \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr, ils ont des pens\u00e9es pu\u00e9riles, \u00e9t la simplicit\u00e9 des enfants n&rsquo;\u00e9gale pas leur d\u00e9mence.<br \/>\nCar enfin pourquoi faut-il rechercher la richesse r\u00e9pondez-moi? Telle doit \u00eatre en effet notre premi\u00e8re \u00e9tude, puisque la sant\u00e9, la vie, la consid\u00e9ration aupr\u00e8s du peuple, une bonne r\u00e9putation; patrie, amis, parents, tout semble moins pr\u00e9cieux que les richesses \u00e0 la plupart de ceux que tient <strong>cette grave maladie : l&rsquo;avarice.<\/strong><\/p>\n<p>Voyez ce b\u00fbcher qui monte jusqu&rsquo;aux nues, cette fournaise qui enferme et embrase et la terre et la mer. Pour \u00e9teindre cette flamme, personne. Pour activer le feu, tous les hommes; tant ceux que la flamme a d\u00e9j\u00e0 pris, que ceux qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas pris encore, et qui veulent se faire prendre. Et vous pouvez voir les hommes et les femmes, les serviteurs, les personnes libres, les pauvres, les riches, chacun dans la mesure de ses forces, apportant sa charge, alimenter jour et nuit cette flamme immense: charge, non de bois ni de fascines (cette flamme n&rsquo;est pas. de nature \u00e0 s&rsquo;alimenter ainsi ); mais d&rsquo;\u00e2mes et de corps, d&rsquo;injustices et d&rsquo;infractions aux lois. Voil\u00e0 ce qui allume cette flamme. Les riches ne mettent jamais un terme \u00e0 leur folle cupidit\u00e9, eussent-ils envelopp\u00e9 dans leur domaine toute l&rsquo;\u00e9tendue de la terre. Les pauvres s&#8217;empressent d&rsquo;aller plus loin que les riches; et cette rage incurable, cette fureur effr\u00e9n\u00e9e, cette maladie qui d\u00e9fie les rem\u00e8des, a saisi toutes les \u00e2mes. Et cet amour, victorieux de tout autre amour, chasse de l&rsquo;\u00e2me tout autre d\u00e9sir. Et il n&rsquo;y a plus ni amiti\u00e9 ni parent\u00e9; et \u00e0 quoi bon parler d&rsquo;amiti\u00e9 et de parent\u00e9? Il n&rsquo;y a plus ni \u00e9pouse, ni enfants. Quel bien pourtant est plus d\u00e9sirable l Tout a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 par terre, foul\u00e9 aux pieds par la cruelle et sauvage souveraine qui domine en tyran dans toutes les \u00e2mes captives. En effet, comme une reine qui n&rsquo;a plus rien de l&rsquo;\u00e2me humaine, comme un tyran f\u00e9roce, comme un barbare cruel, comme une courtisane banale et magnifique, elle d\u00e9shonore, elle \u00e9puise, elle expose \u00e0 mille dangers, \u00e0 mille tortures les insens\u00e9s qui ont pris le parti de s&rsquo;assujettir \u00e0 son service.<\/p>\n<p>Elle est redoutable; elle n&rsquo;a aucune douceur ; elle est farouche et f\u00e9roce; son visage marque la cruaut\u00e9; c&rsquo;est le visage d&rsquo;une b\u00eate fauve, plus cruelle qu&rsquo;un loup, qu&rsquo;un lion; et cependant elle para\u00eet affable, d\u00e9sirable, plus douce que le miel \u00e0 ses captifs. Ce n&rsquo;est pas tout, elle forge contre eux chaque jour, des \u00e9p\u00e9es, toute esp\u00e8ce d&rsquo;armes; elle creuse des pr\u00e9cipices; elle les pousse contre les \u00e9cueils, dans les ab\u00eemes ; elle tisse les mille filets des tortures; et elle para\u00eet enviable \u00e0 ceux qu&rsquo;elle a pris, \u00e0 ceux qui d\u00e9sirent d&rsquo;\u00eatre pris par elle. Et comme on voit, dans un cloaque, dans la boue , le porc se vautrer avec une volupt\u00e9 d\u00e9licieuse; ou comme on voit les scarab\u00e9es s\u00e9journer sur le fumier qu&rsquo;ils ne quittent jamais, ainsi ceux que l&rsquo;avarice poss\u00e8de, sont plus mis\u00e9rables que ces animaux; leur fange est plus d\u00e9go\u00fbtante, leur bourbier plus infect. Tant qu&rsquo;ils restent enfonc\u00e9s dans ce vice, ils s\u2019imaginent y trouver un vif plaisir ; ce qu&rsquo;il ne faut pas attribuer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, mais \u00e0 la disposition d&rsquo;une \u00e2me malade : et par l\u00e0. les avares sont plus d\u00e9grad\u00e9s que les \u00eatres sans raison. De m\u00eame donc que dans le bourbier, dans le fumier l&rsquo;infamie n&rsquo;est pas le propre du bourbier on du fumier, mais des animaux sans raison qui s&rsquo;y ensevelissent; de m\u00eame, pour l&rsquo;homme, raisonnez par analogie.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>7. Avons-nous un moyen de gu\u00e9rir ceux qui sont ainsi affect\u00e9s? S&rsquo;ils voulaient nous ouvrir leurs oreilles, nous d\u00e9couvrir le fond de leur coeur, accueillir nos paroles ! Pour les \u00eatres sans raison, nous ne pouvons pas les faire sortir de leur fange, du bourbier o\u00f9 ils se vautrent ; ils n&rsquo;ont pas la raison en partage.<\/strong><\/p>\n<p>Mais cette cr\u00e9ature dou\u00e9e de douceur, d&rsquo;intelligence et de raison, l\u2019homme, c&rsquo;est de l&rsquo;homme que je parle, il n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 le vouloir; c&rsquo;est chose facile; rien de plus ais\u00e9, que de le faire sortir du bourbier, de l&rsquo;infection, de ce fumier, de cette boue. Car enfin, pourquoi la richesse, \u00f4 homme ! te semble-t-elle digne d&rsquo;\u00eatre recherch\u00e9e avec tant d&rsquo;ardeur? \u00e0 cause du plaisir, et c&rsquo;est tout, que procure la table? \u00e0 cause de la consid\u00e9ration? du cort\u00e9ge que te font les gens qui t\u2019honorent pour ta richesse? \u00e0 caus\u00e9 du pouvoir de te venger de ceux. qui t&rsquo;ont offens\u00e9? Est-ce parce qu&rsquo;elle te rend redoutable \u00e0 tous? Impossible, en effet, d&rsquo;all\u00e9guer d&rsquo;autre cause que le plaisir, ou la certitude de trouver des flatteries, ou la terreur qu&rsquo;on inspire ou le pouvoir de se venger. <strong>En effet, ni la sagesse, ni la temp\u00e9rance, ni la mod\u00e9ration, ni l\u2019intelligence ne sont les fruits ordinaires de la richesse ; elle ne rend l&rsquo;homme ni meilleur, ni plus humain, ni ma\u00eetre de sa col\u00e8re, ni ma\u00eetre de son ventre, ni sup\u00e9rieur aux plaisirs; elle n&rsquo;enseigne pas la mod\u00e9ration; elle n&rsquo;apprend pas l&rsquo;humilit\u00e9 ; elle n&rsquo;introduit ni n&rsquo;implante dans l&rsquo;\u00e2me aucune vertu.<\/strong> Impossible de dire que ce soit pour aucune de ces raisons que la richesse est recherch\u00e9e avec tant d&rsquo;ardeur, avec tant d&rsquo;amour. Non-seulement elle ne sait, ni planter, ni cultiver aucun des biens de l&rsquo;\u00e2me; mais les germes cach\u00e9s qu&rsquo;elle y trouve, elle les corrompt, elle en pr\u00e9vient le d\u00e9veloppement, elle les fl\u00e9trit, elle les dess\u00e8che : il en est qu&rsquo;elle arrache pour introduire les semences contraires : un luxe immod\u00e9r\u00e9, une fureur intempestive, une col\u00e8re injuste, l&rsquo;arrogance, l&rsquo;orgueil, le d\u00e9lire. Mais je n&rsquo;en dirai rien: Ceux que poss\u00e8de cette maladie, ne soutiendraient pas un discours sur la vertu et sur le vice, livr\u00e9s qu&rsquo;ils sont tout entiers aux plaisirs, et, pour cette raison, esclaves des volupt\u00e9s; on aurait beau tout ensemble les accuser et les convaincre.<\/p>\n<p>N\u00e9gligeons donc un moment ces r\u00e9flexions. Arrivons \u00e0 ce qui nous reste \u00e0 dire, et voyons si la richesse a pour elle quelque plaisir, quelque consid\u00e9ration qui lui soit propre ; c&rsquo;est tout le contraire que je vois. Si vous voulez, examinons d&rsquo;abord les tables des riches et celles des pauvres; demandons-leur, au moment du repas, lesquels jouissent du plaisir le plus pur, go\u00fbtent le vrai plaisir. Ceux qui , jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du jour, couch\u00e9s dans la salle \u00e0 manger, joignent les soupers aux d\u00eeners, cr\u00e8vent leur ventre, d\u00e9pravent leurs sens; sous la charge excessive des mets, font sombrer le navire; inondent la sentine ; produisent comme un naufrage du corps appesanti, envahi ; ceux qui en roulent sur leurs pieds, leurs mains, leur langue, tout leur corps; les liens de l&rsquo;ivresse et de la luxure, plus lourds qu&rsquo;une cha\u00eene de fer; ceux qui renoncent au sommeil calme et pur ; qui ne peuvent plus s&rsquo;affranchir de l&rsquo;effroi des songes, ceux qui se rendent plus mis\u00e9rables que les fous furieux; qui introduisent volontairement le d\u00e9mon dans leur \u00e2me; qui s&rsquo;exposent en spectacle \u00e0 la ris\u00e9e de leurs serviteurs; disons mieux, qui paraissent, aux meilleurs de ces serviteurs, un objet lugubre et digne de larmes? Sont-ce l\u00e0 les plus heureux, ces stupides, incapables de reconna\u00eetre personne aupr\u00e8s d&rsquo;eux, incapables de rien dire, de rien entendre ; qu&rsquo;il faut porter, dans les bras, de la salle \u00e0 manger sur leurs lits? ou les hommes sobres et vigilants , qui mesurent leur nourriture \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, qui naviguent au souffle des vents prosp\u00e8res, pour qui le plus grand plaisir, c&rsquo;est d&rsquo;avoir faim quand ils mangent, d&rsquo;avoir soif quand ils boivent? En effet, rien n&rsquo;importe plus, et aux plaisirs, et \u00e0 la sant\u00e9, que d&rsquo;avoir faim, que d&rsquo;avoir soif, lorsqu&rsquo;on touche aux mets qui viennent d&rsquo;\u00eatre servis; de ce r\u00e9gler sur la n\u00e9cessit\u00e9 pour se rassasier; de ne pas, franchir les limites du n\u00e9cessaire ; de ne pas charger le corps d&rsquo;un fardeau que ses forces ne peuvent supporter.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>8. Si vous refusez de m&rsquo;en croire, \u00e9tudiez dans les uns et dans les autres, l&rsquo;\u00e9tat du corps, l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;\u00e2me.<\/strong> N&rsquo;est-il pas vrai que chez ceux qui suivent un r\u00e9gime ainsi mod\u00e9r\u00e9 (n&rsquo;allez pas m&rsquo;opposer ce qui arrive rarement, des accidents, quelques maladies par suite de telle cause ou de telle autre; observez ce qui arrive toujours et constamment, vous prononcerez ensuite); n&rsquo;est-il pas vrai que, pour ceux qui pratiquent la temp\u00e9rance dans le boire et le manger, le corps est vigoureux, les sens deviennent plus p\u00e9n\u00e9trants, accomplissant avec une enti\u00e8re facilit\u00e9 les fonctions qui leur sont propres? Chez les autres, au contraire, vici\u00e9 par l&rsquo;exc\u00e8s des humeurs, le corps est plus mou que la cire; l&rsquo;essaim des maladies l&rsquo;assi\u00e9ge; vous voyez en effet bient\u00f4t s&rsquo;abattre sur eux et la goutte et un tremblement importun, et une vieillesse pr\u00e9matur\u00e9e; ajoutez \u00e0 cela les douleurs de t\u00eate; les tensions d&rsquo;estomac, les paralysies qui les suivent; plus d&rsquo;app\u00e9tit.<\/p>\n<p><strong>Il faut toujours des m\u00e9decins, toujours des rem\u00e8des, un traitement de tous les instants.<\/strong> Est-ce donc l\u00e0 le plaisir, r\u00e9pondez-moi? Je voudrais entendre la r\u00e9ponse d&rsquo;un de ces hommes qui savent ce que c&rsquo;est que le plaisir; le plaisir se montre lorsque le d\u00e9sir pr\u00e9c\u00e8de, que la jouissance vient apr\u00e8s. Mais si la jouissance manque; si le d\u00e9sir ne para\u00eet pas, le plaisir s&rsquo;\u00e9vanouit. Voil\u00e0 pourquoi les malades, \u00e0 la vue des mets les plus recherch\u00e9s qu&rsquo;on leur sert, n&rsquo;\u00e9prouvent que des d\u00e9go\u00fbts. Ils se r\u00e9crient contre l&rsquo;importun qui les force d&rsquo;en go\u00fbter; c&rsquo;est qu&rsquo;ils ne ressentent pas le d\u00e9sir, qui donne \u00e0 la jouissance tout son agr\u00e9ment. Ce n&rsquo;est pas la nourriture en elle-m\u00eame, ce n&rsquo;est pas le breuvage en lui-m\u00eame, c&rsquo;est l&rsquo;app\u00e9tit de l&rsquo;estomac qui produit le d\u00e9sir, et op\u00e8re le plaisir apr\u00e8s. Voil\u00e0 pourquoi un sage, qui se connaissait bien en plaisirs, et qui savait dire sur ce sujet des paroles sens\u00e9es : <em>L&rsquo;\u00e2me rassasi\u00e9e, dit-il, foulera aux pieds le rayon de miel<\/em> <strong>(Prov. XXVII, 7)<\/strong>, montrant par l\u00e0 que ce n&rsquo;est pas dans la table mais dans la disposition de l&rsquo;estomac que r\u00e9side le plaisir. Voil\u00e0 encore pourquoi le Proph\u00e8te, passant en revue les miracles accomplis dans l&rsquo;\u00c9gypte et dans le d\u00e9sert, dit, entre autres paroles: Il <em>les a rassasi\u00e9s du miel sorti de la pierre<\/em>. <strong>(Psal. LXXX, 17)<\/strong>. Or on ne voit nullement que la pierre leur ait vers\u00e9 du miel : Qu&rsquo;a-t-il donc voulu dire? Accabl\u00e9s de fatigues d&rsquo;un long voyage, en proie \u00e0 une soif violente, les H\u00e9breux trouv\u00e8rent tout \u00e0 coup de l&rsquo;eau fra\u00eeche. Leur grand plaisir fut qu&rsquo;ils \u00e9prouvaient la soif; pour exprimer la sensation d\u00e9licieuse que cette eau leur causa, le Proph\u00e8te la nomme du miel. Ce n&rsquo;est pas que l&rsquo;eau f\u00fbt r\u00e9ellement chang\u00e9e en miel, mais il a voulu montrer que le plaisir, procur\u00e9 par cette eau , avait toute la douceur du miel, parce que la soif tourmentait ceux qui la trouv\u00e8rent et qui en burent. S&rsquo;il en est ainsi, si la contradiction est impossible m\u00eame de la part de celui qui serait enti\u00e8rement d\u00e9pourvu de sens, n&rsquo;est-il pas manifeste que c&rsquo;est \u00e0 la table du pauvre que s&rsquo;assied le plaisir pur, le plaisir sinc\u00e8re et parfaitement vrai; au contraire, \u00e0 la table du riche, ce qui incommode, ce qui d\u00e9go\u00fbte, ce qui souille? N&rsquo;est-il pas vrai, comme l&rsquo;a dit le Sage d&rsquo;autrefois, que la douceur m\u00eame devient importune? (Prov. ibid.)<span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:790,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/www.abbaye-saint-benoit.ch\\\/saints\\\/chrysostome\\\/tome4\\\/discours\\\/disours001.htm&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20060507025640\\\/http:\\\/\\\/www.abbaye-saint-benoit.ch:80\\\/saints\\\/chrysostome\\\/tome4\\\/discours\\\/disours001.htm&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[{&quot;date&quot;:&quot;2026-03-28 04:58:06&quot;,&quot;http_code&quot;:404},{&quot;date&quot;:&quot;2026-04-17 11:06:52&quot;,&quot;http_code&quot;:404},{&quot;date&quot;:&quot;2026-04-26 18:29:10&quot;,&quot;http_code&quot;:404},{&quot;date&quot;:&quot;2026-04-30 14:34:21&quot;,&quot;http_code&quot;:404},{&quot;date&quot;:&quot;2026-05-07 11:30:06&quot;,&quot;http_code&quot;:404}],&quot;broken&quot;:true,&quot;last_checked&quot;:{&quot;date&quot;:&quot;2026-05-07 11:30:06&quot;,&quot;http_code&quot;:404},&quot;process&quot;:&quot;done&quot;},{&quot;id&quot;:791,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/www.stavropoleos.ro\\\/noi-icoane-in-colectia-manastirii&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par saint Jean Chrysostome Ce magnifique discours, dont le titre seul est comme l&rsquo;abr\u00e9g\u00e9 de la philosophie chr\u00e9tienne, a&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":448,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[27,2],"tags":[],"class_list":["post-449","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chrysostome","category-orthodoxie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/449","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=449"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/449\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":460,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/449\/revisions\/460"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/448"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=449"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=449"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=449"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}