{"id":4306,"date":"2021-06-22T12:56:46","date_gmt":"2021-06-22T10:56:46","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=4306"},"modified":"2021-06-22T14:17:15","modified_gmt":"2021-06-22T12:17:15","slug":"pere-virgil-gheorghiu-une-rhapsodie-roumaine-par-thierry-gillyboeuf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2021\/06\/22\/pere-virgil-gheorghiu-une-rhapsodie-roumaine-par-thierry-gillyboeuf\/","title":{"rendered":"P\u00e8re Virgil Gheorghiu &#8211; Une \u00ab rhapsodie roumaine \u00bb, par Thierry Gillyb\u0153uf"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019immense succ\u00e8s rencontr\u00e9 par <em>La 25<sup>e<\/sup> Heure<\/em>, roman qui se range parmi les dystopies majeures du vingti\u00e8me si\u00e8cle, aux c\u00f4t\u00e9s du <em>Meilleur des mondes<\/em> d\u2019Aldous Huxley, du <em>Proc\u00e8s<\/em> de Franz Kafka ou de <em>1984<\/em> de George Orwell, dont on mesure mal l\u2019ampleur, quelque soixante ans apr\u00e8s sa publication, en ferait presque oublier le reste de l\u2019\u0153uvre de C. Virgil Gheorghiu (1916-1992) et, en parti\u00adculier, ce qu\u2019il conviendrait d\u2019appeler sa profonde \u00ab roumanitude \u00bb.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4312\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/V.-Gheorghiu.650px.04.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"425\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/V.-Gheorghiu.650px.04.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/V.-Gheorghiu.650px.04-300x196.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Certes, lohann Moritz, le personnage central du livre qui rendit mondialement c\u00e9l\u00e8bre ce jeune exil\u00e9 roumain d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 peine arriv\u00e9 clandes\u00adtinement en France, est un simple paysan moldave, avatar vraisemblable de l\u2019un des paroissiens de son p\u00e8re, Constantin Gheorghiu, pr\u00eatre de Rasboeni puis de Petricani, sur le rebord occidental de la Moldavie, dans le district de Piatra Neam\u021b adoss\u00e9 aux Carpates. Certes, Gheorghiu se pr\u00e9sentait lui-m\u00eame, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em>, comme le \u00ab Po\u00e8te du Christ et de la Roumanie \u00bb. Certes enfin, pour r\u00e9pondre \u00e0 un \u00e9diteur de Heidelberg alors qu\u2019il suivait des \u00e9tudes de th\u00e9ologie dans la grande ville universitaire juste apr\u00e8s sa lib\u00e9ration des camps am\u00e9\u00adricains en 1947, il compila et r\u00e9digea un recueil de <em>Contes roumains<\/em>. Mais jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, la Roumanie ne constituait qu\u2019une sorte de d\u00e9cor, d\u2019arri\u00e8re-fond \u00e0 des intrigues politico-polici\u00e8res eschatologiques qui placent Gheorghiu \u00e0 mi-chemin entre Vladimir Volkoff et Graham Greene.<\/p>\n<p>Le \u00ab mal du pays \u00bb va se faire sentir de fa\u00e7on poignante dans la p\u00e9riode la plus douloureuse de son exil en France. Tout aur\u00e9ol\u00e9 du succ\u00e8s foudroyant de <em>La 25<sup>e<\/sup> Heure<\/em> dont Camus fut l\u2019un des premiers \u00e0 mesurer la port\u00e9e, Gheor\u00adghiu publie en 1952 <em>La Seconde Chance<\/em>, roman dont la force \u00e9vocatrice n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 <em>La 25<sup>e<\/sup> Heure<\/em> et qui e\u00fbt d\u00fb, s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 selon des crit\u00e8res strictement litt\u00e9\u00adraires, consacrer les qualit\u00e9s d\u2019\u00e9crivain de son auteur. Mais c\u2019est dans ce contexte, pourtant des plus propices, qu\u2019\u00e9clate, avec une rare virulence, ce qu\u2019on appelle \u00ab l\u2019affaire Gheorghiu \u00bb. Acteurs partisans et arguments controuv\u00e9s sont les m\u00eames que ceux, quelques ann\u00e9es plus tard, de l\u2019affaire Kravchenko &#8211; dont Nina Berberova, alors chroniqueuse judiciaire, a fait sous ce titre un compte rendu d\u2019autant plus accablant qu\u2019il est factuel et impartial &#8211; qui n\u2019h\u00e9sit\u00e8rent pas \u00e0 remettre en cause l\u2019int\u00e9grit\u00e9 morale et intellectuelle de Margarete Buber-Neumann.<\/p>\n<p>En lui apportant la gloire, <em>La 25<sup>e<\/sup> Heure<\/em> lui a valu aussi de solides et durables amiti\u00e9s. Ses adversaires l\u2019accusent d\u2019avoir travesti une autobiographie qu\u2019ils s\u2019emploient d\u00e8s lors \u00e0 mettre en pi\u00e8ces et une v\u00e9ritable cabale est lanc\u00e9e contre lui. On s\u2019avise qu\u2019il a \u00e9crit <em>Ard Malurile Nistrului<\/em>, r\u00e9cit de guerre dans lequel il fait l\u2019apologie des soldats allemands qu\u2019il a rencontr\u00e9s et d\u00e9nonce avec violence les atrocit\u00e9s commises par les bolcheviks, dont certains sont d\u2019origine juive et qui, par leur appartenance au parti communiste, se sont \u00e9loign\u00e9s des vraies aspirations du peuple \u00e9lu. On monte en \u00e9pingle certaines citations de ce reportage. On l\u2019accuse d\u2019antis\u00e9mitisme, bien que sa propre femme soit d\u2019origine juive. Plusieurs autorit\u00e9s juives signent le 30 d\u00e9cembre 1953 une lettre au nom de l\u2019Alliance des journalistes et publicistes roumains en exil et affirment que \u00ab les calomniateurs de M. Gheorghiu ne sont pas des gens qui veulent d\u00e9fendre un id\u00e9al d\u00e9mocra\u00adtique et humanitaire, mais qui, au contraire, se trouvent dans les rangs de ceux qui ont toujours milit\u00e9 contre cet id\u00e9al et contre le peuple juif \u00bb. Mais rien n\u2019y fait. Le tort para\u00eet irr\u00e9parable et malgr\u00e9 la mauvaise foi \u00e9vidente de ses accusateurs, Virgil Gheorghiu devient un \u00e9crivain au pass\u00e9 tr\u00e8s controvers\u00e9. Gabriel Marcel retire avec fracas sa pr\u00e9face \u00e0 <em>La 25<sup>e<\/sup> Heure<\/em>, accusant l\u2019auteur d\u2019imposture.<\/p>\n<p>Las ! L\u2019anath\u00e8me est jet\u00e9 sur Gheorghiu et cet opprobre aura la vie dure et tenace puisque la plupart des articles n\u00e9crologiques le relaieront sans curiosit\u00e9 ni imagination, pr\u00e9sentant Gheorghiu au mieux comme un personnage ambigu, au pire sulfureux.<\/p>\n<p>Pour Gheorghiu, cette \u00e9preuve &#8211; qui est celle de la libert\u00e9, pour paraphraser le titre du second volume de ses m\u00e9moires, paru trois ans apr\u00e8s sa mort &#8211; est une v\u00e9ritable descente aux enfers, qu\u2019il d\u00e9crira dans l\u2019un de ses romans les plus bouleversants, <em>L\u2019homme qui voyagea seul<\/em> (1954). La robuste amiti\u00e9 d\u2019un compatriote, un m\u00e9decin install\u00e9 \u00e0 Paris qui a pour patients Cioran ou Ionesco, va l\u2019en tirer. Ses exhortations produisent un effet cathartique. En quinze ans, Gheorghiu va publier pas moins de dix-sept ouvrages !<\/p>\n<p>\u00c0 commencer par un r\u00e9cit, <em>Le peuple des immortels<\/em> (1955), dans lequel il rompt avec la veine romanesque et, surtout, avec l\u2019histoire contemporaine, pour remonter aux racines de ses origines. Car ces immortels sont les Daces, les anc\u00eatres des Roumains dont Hom\u00e8re affirmait qu\u2019ils \u00e9taient les hommes les plus justes du monde et dont H\u00e9rodote disait : \u00ab Ils se croient immortels et pensent que ni eux ni leurs plus lointains descendants ne mourront. \u00bb Gheorghiu y c\u00e9l\u00e8bre Zamolxis, figure mystique mi-histo\u00adrique mi-mythique de ces Daces qui \u00ab luttaient pendant toute leur existence terrestre [&#8230;] pour ne pas perdre l\u2019\u00e9ter\u00adnit\u00e9 \u00bb <span id='easy-footnote-1-4306' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2021\/06\/22\/pere-virgil-gheorghiu-une-rhapsodie-roumaine-par-thierry-gillyboeuf\/#easy-footnote-bottom-1-4306' title=' C. Virgil Gheorghiu, Le peuple des immortels, traduit par Livia Lamoure, Plon, Paris, 1955, p. 7'><sup>1<\/sup><\/a><\/span>, auquel le grand historien des religions, Mircea Eliade, compatriote de Gheorghiu exil\u00e9 comme lui, consacrera un ouvrage. C\u2019est aussi en Dacie que sera exil\u00e9 Ovide, qui y composera ses <em>Tristia<\/em>, \u00e9pisode qui inspirera un autre chef-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature roumaine en exil, <em>Dieu est n\u00e9 en exil<\/em> de Vintil\u0103 Horia. Trait\u00e9 par un autre auteur, ce livre e\u00fbt sans doute paru aust\u00e8re &#8211; Cioran avait d\u2019ailleurs d\u00e9conseill\u00e9 \u00e0 Gheorghiu de s\u2019atteler \u00e0 un tel sujet &#8211; mais sous la plume de ce dernier, comme l\u2019\u00e9crit son biographe, Amaury d\u2019Esneval, \u00ab cette recherche \u00e9rudite est anim\u00e9e par un souffle litt\u00e9raire \u00bb <span id='easy-footnote-2-4306' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2021\/06\/22\/pere-virgil-gheorghiu-une-rhapsodie-roumaine-par-thierry-gillyboeuf\/#easy-footnote-bottom-2-4306' title=' Amaury d\u2019Esneval, &lt;em&gt;Gheorghiu&lt;\/em&gt;, Pard\u00e8s, Puiseaux, 2003, p. 82'><sup>2<\/sup><\/a><\/span>.<\/p>\n<p>Surtout, <em>Le peuple des immortels<\/em> se pr\u00e9sente comme les pr\u00e9mices d\u2019un cycle romanesque, une t\u00e9tralogie rou\u00admaine, constitu\u00e9e par <em>La maison de Petrodava<\/em> (1961), <em>Les immortels d\u2019Agapia<\/em> (1964), <em>Le meurtre de Kyralessa<\/em> (1966) et <em>La Condottiera<\/em> (1967). Chacun de ces livres a pour <em>topo\u00ef<\/em> le village roumain et, que celui-ci s\u2019appelle Petrodava, Agapia, Kyralessa ou Vracian, il est toujours un avatar du village natal de l\u2019auteur. Toutefois, le premier volume \u00e9crit en roumain &#8211; alors qu\u2019apr\u00e8s son ordination comme pr\u00eatre en l\u2019\u00e9glise orthodoxe roumaine de Paris en mai 1963, Gheorghiu r\u00e9digera d\u00e9sormais ses livres directement en fran\u00e7ais &#8211; se diff\u00e9rencie des trois autres en ce que sa trame ne s\u2019articule pas autour d\u2019un meurtre myst\u00e9rieux.<\/p>\n<p>C\u2019est ind\u00e9niablement le roman le plus roumain de Gheorghiu, qui s\u2019inscrit l\u00e0 dans la lign\u00e9e de <em>Ion le Roumain<\/em> de Liviu Rebreanu, de <em>L&rsquo;auberge d\u2019Ancoutza<\/em> de Mihail Sadoveanu et des <em>R\u00e9cits d\u2019Adrien Zograffi<\/em> de Pana\u00eft Istrati. Paru initialement en France sous le titre de <em>La maison de Petrodava<\/em> en 1961, depuis longtemps introuvable, il est aujourd\u2019hui r\u00e9\u00e9dit\u00e9 sous le titre <em>Les noirs chevaux des Carpates<\/em>. Cette rhapsodie roumaine puise autant dans la mythologie locale que dans des faits r\u00e9els pour former, selon les propres termes de l\u2019au\u00adteur, \u00ab une chronique du monde d\u2019o\u00f9 je viens \u00bb.<\/p>\n<p>En effet, Petrodava est le nom ancien, daco-g\u00e8te, de Piatra Neam\u021b, district natal de Gheorghiu. Et il est manifeste que, sous l\u2019apparence d\u2019un roman de ven\u00adgeance, <em>Les noirs chevaux des Carpates<\/em> exprime la nos\u00adtalgie d\u2019un exil\u00e9 pour sa province natale, comme l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 confi\u00e9 Gheorghiu dans <em>Le peuple des immortels<\/em>: \u00ab S\u00e9par\u00e9 de mon peuple par l\u2019exil, je le cherche sans dis\u00adcontinuer. \u00bb Ainsi, quand Stela est invit\u00e9e par sa belle- m\u00e8re \u00e0 vivre aupr\u00e8s d\u2019elle \u00e0 Lausanne, o\u00f9 elle brille par sa beaut\u00e9 et son intelligence dans la grande soci\u00e9t\u00e9, elle ne c\u00e8de pas pour autant \u00e0 ce que Stefan Zweig a appel\u00e9 l\u2019<em>ivresse de la m\u00e9tamorphose<\/em>. Malgr\u00e9 le luxe qui l\u2019en\u00adtoure, elle est malheureuse parce qu\u2019elle se sent d\u00e9raci\u00adn\u00e9e. Il faut lire dans son p\u00e9riple le propre destin de Gheorghiu.<\/p>\n<p>Mais l\u2019originalit\u00e9 du livre est d\u2019\u00eatre port\u00e9 par des h\u00e9\u00adro\u00efnes, dans la plus pure tradition hom\u00e9rique, v\u00e9ritables amazones des Carpates, pour paraphraser le titre de l\u2019un de ses livres. Car d\u2019ordinaire, le personnage privil\u00e9gi\u00e9 du folklore roumain est le <em>ha\u00efdouk<\/em>, bandit justicier d\u2019un peuple pauvre et exploit\u00e9, qui incarne la justice, la v\u00e9rit\u00e9, le courage et l\u2019humanisme. On en trouvera bien un dans l\u2019\u0153uvre de Gheorghiu, sous les traits de Bogomil, le h\u00e9ros du <em>Meurtre de Kyralessa<\/em>. Mais dans le pr\u00e9sent volume, il n\u2019est qu\u2019un personnage secondaire, Pantelimon Ha\u00efdouk, le fid\u00e8le serviteur de Domnitza Roxana et Domnitza Stela Roca. Cette m\u00e8re et sa fille sont des h\u00e9ro\u00efnes passionn\u00e9es, orgueilleuses et inflexibles, habit\u00e9es de la m\u00eame intransi\u00adgeance et gardiennes d\u2019une m\u00eame puret\u00e9 farouchement pr\u00e9serv\u00e9e. Quel homme pourrait \u00eatre digne de ces natures enti\u00e8res et alti\u00e8res, et suffisamment fort pour ne pas d\u00e9m\u00e9riter de cet absolu qui les hante, incarn\u00e9 par leurs chevaux? \u00c0 la diff\u00e9rence de la plupart des romans de Gheorghiu, et bien que la violence commande toujours cet univers, ces deux femmes ne sont plus le jouet de leur destin.<\/p>\n<p>Comme toujours dans les livres de Gheorghiu, les noms des personnes ont un sens. Ce patronyme, Roca, le <em>rocher<\/em>, renvoie \u00e0 une l\u00e9gende locale. Il existe en effet, non loin du village natal de l\u2019auteur, un tr\u00e8s beau rocher qui domine les autres, appel\u00e9 Dacia ou Dokia, au pied duquel, les jeunes gens des deux sexes venaient le dimanche d\u00e9poser des bouquets de fleurs, danser et chanter.<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\" style=\"border-color:#FFB236 !important;font-size:22px !important;\"><blockquote><p style=\"font-size:22px !important;\">\nEntre la pierre foudroy\u00e9e<\/p>\n<p>Et le pied de l\u2019ermite<\/p>\n<p>Il y a un rocher<\/p>\n<p>Qui fut autrefois fille d\u2019un grand roi.<br \/>\n<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>Selon une l\u00e9gende, apr\u00e8s la d\u00e9faite et la mort de Dacia, le premier roi des immortels, la princesse, sa fille, se r\u00e9fugia dans les montagnes avec ses suivantes. Sur le point d\u2019\u00eatre captur\u00e9es par les soldats de Trajan lanc\u00e9s \u00e0 leurs trousses, elles se transform\u00e8rent en rochers, \u00e9chap\u00adpant ainsi \u00e0 l\u2019esclavage et pr\u00e9servant leur libert\u00e9.<\/p>\n<p>Pour Roxana et Stela, Gheorghiu n\u2019a pas eu \u00e0 chercher loin pour leur donner corps, puisqu\u2019il leur a pr\u00eat\u00e9 les traits de sa grand-m\u00e9re et d\u2019une tante paternelles. Son a\u00efeule, la Presbytera Elena Gheorghiu de Vale Seca, \u00e9tait, de fait, une femme poss\u00e9dant une grande force de caract\u00e8re. Rest\u00e9e veuve assez jeune, elle vint avec son attelage r\u00e9cup\u00e9rer son fils, Constantin &#8211; le p\u00e8re de l\u2019\u00e9cri\u00advain &#8211; \u00e2g\u00e9 de dix-huit ans, d\u00e8s la fin de ses \u00e9tudes \u00e0 Ia\u0219i, pour le conduire aussit\u00f4t dans la famille d\u2019un de ses col\u00adl\u00e8gues de s\u00e9minaire, afin qu\u2019il se marie avec l\u2019une de ses s\u0153urs, Marie Skobay. Nous \u00e9tions en 1914, et le jeune Constantin \u00e9chappait ainsi \u00e0 un appel sous les drapeaux qui l\u2019e\u00fbt immanquablement conduit sur le front.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019\u00e9pisode de la rencontre des deux jeunes mari\u00e9s, Stela Roca et le prince russe Igor Illiyuskin, avec les soldats bolcheviks dans les tout premiers jours de la r\u00e9volution d\u2019Octobre &#8211; seul t\u00e9lescopage de la grande et de la petite histoire dans l\u2019intrigue -, pour romanesque qu\u2019elle puisse para\u00eetre, elle est pourtant parfaitement authentique. Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s la parution de ce roman, Gheorghiu racontera, avec force d\u00e9tails, dans ses <em>M\u00e9moires<\/em> cette histoire v\u00e9cue par Iliana, la s\u0153ur de son p\u00e8re, qui avait \u00e9pous\u00e9, en mars 1918, dans des conditions toutes similaires, le prince et colonel russe Igor K&#8230; :<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-left\" style=\"border-color:#FFB236 !important;font-size:22px !important;\"><blockquote><p style=\"font-size:22px !important;\">\n\u00ab Le lendemain, vers le soir, un carrosse entour\u00e9 d\u2019une forte escorte militaire arrive \u00e0 Vale Seca. Il s\u2019arr\u00eate devant le presbyt\u00e8re. La princesse Iliana descend du carrosse. Elle dit \u00e0 sa m\u00e8re :<\/p>\n<p>&#8211; \u00c0 Ungheni, au passage de la rivi\u00e8re Pruth, le train du commandement militaire russe en Roumanie a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 par les <em>soviets<\/em>. Les soldats russes qui \u00e9taient dans le train se sont mutin\u00e9s. Le prince Igor a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. La plupart des officiers qui \u00e9taient dans le train ont \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9s comme lui: par-derri\u00e8re. Par leurs propres soldats. Voil\u00e0. Je n\u2019ai pas voulu continuer le voyage. Us ont insist\u00e9 pour que je parte avec eux. Je suis rest\u00e9e \u00e0 Ungheni, jusqu\u2019\u00e0 ce que le train reparte. En emportant mon mari mort. Vers la Russie. On m\u2019a donn\u00e9 la bague de mariage d\u2019Igor. Ensuite, les militaires m\u2019ont ramen\u00e9e \u00e0 la maison. C\u2019est tout. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 princesse et mari\u00e9e pendant quelques heures. \u00bb <span id='easy-footnote-3-4306' class='easy-footnote-margin-adjust'><\/span><span class='easy-footnote'><a href='https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2021\/06\/22\/pere-virgil-gheorghiu-une-rhapsodie-roumaine-par-thierry-gillyboeuf\/#easy-footnote-bottom-3-4306' title=' C. Virgil Gheorghiu, &lt;em&gt;M\u00e9moires, Le t\u00e9moin de la vingt-cinqui\u00e8me heure&lt;\/em&gt;, Plon, Paris, 1986, p. 55'><sup>3<\/sup><\/a><\/span>\n<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>Mais si cette \u00ab anecdote familiale \u00bb qui constitue l\u2019\u00e9l\u00e9\u00adment central du livre et sans doute le point de d\u00e9part de sa composition s\u2019inscrit dans un contexte socio-politique dans les <em>M\u00e9moires<\/em>, ce dernier est absent dans <em>Les noirs chevaux des Carpates<\/em>. C\u2019est que le propos est tout autre. Gheorghiu entend, une fois n\u2019est pas coutume, d\u00e9laisser le terrain de la condition humaine pour offrir au lecteur une <em>trag\u00e9die f\u00e9erique<\/em>. Il faut lire ce livre comme un hymne farouche \u00e0 la libert\u00e9, dont amazones et chevaux sont les symboles intemporels.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\">C. Virgil Gheorghiu, <em>Les noirs chevaux des Carpates<\/em> (<em>La Maison de Petrodava<\/em>), Roman traduit du roumain par Livia Lamoure, Pr\u00e9face de Thierry Gillyb\u0153uf, \u00e9ditions du Rocher, Paris, 2008, pp. 9-16<\/h5>\n<p>&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4310\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/V.-Gheorghiu.650px.02.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"814\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/V.-Gheorghiu.650px.02.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/V.-Gheorghiu.650px.02-240x300.jpg 240w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/c-v-gheorghiu-1916-1992\/\" class=\"vlp-link\" title=\"C. V. Gheorghiu [1916-1992]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"141\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/V.-Gheorghiu.650px.03.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/V.-Gheorghiu.650px.03.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/V.-Gheorghiu.650px.03-300x282.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">C. V. Gheorghiu [1916-1992]<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/div><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019immense succ\u00e8s rencontr\u00e9 par La 25e Heure, roman qui se range parmi les dystopies majeures du vingti\u00e8me si\u00e8cle, aux&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4309,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[204,10,13,211,2],"tags":[417,214,199,12,271],"class_list":["post-4306","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-temoins","category-la-foi-vivante-de-leglise-orthodoxe","category-la-voie-des-ascetes","category-litterature","category-orthodoxie","tag-gheorghiu","tag-litterature","tag-mission","tag-orthodoxie","tag-persecution"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4306","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4306"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4306\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4322,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4306\/revisions\/4322"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4309"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4306"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4306"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4306"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}