{"id":3521,"date":"2021-01-25T17:59:48","date_gmt":"2021-01-25T16:59:48","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=3521"},"modified":"2022-06-09T09:32:12","modified_gmt":"2022-06-09T07:32:12","slug":"persecution","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2021\/01\/25\/persecution\/","title":{"rendered":"Saint Jean Chrysostome &#8211; la fin d&rsquo;une vie d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Dieu \/ La pers\u00e9cution et l&rsquo;exil II"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Arsace<\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\">La cabale triomphait\u2009; mais, craignant toujours qu\u2019une tardive r\u00e9sipiscence d\u2019Arcadius v\u00eent lui ravir le fruit de tant d\u2019iniquit\u00e9s, elle se h\u00e2ta de donner un \u00e9v\u00eaque \u00e0 Constantinople.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2576\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/05.650px.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"370\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/05.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/05.650px-300x171.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><br \/>\n<!--more--><br \/>\nOn mit les r\u00e8gles de c\u00f4t\u00e9, et, sans se pr\u00e9occuper des canons de Sardique et de l\u2019appel interjet\u00e9, sans \u00e9lection pr\u00e9alable, d\u00e8s le 26\u00a0juin, cinq jours tout au plus apr\u00e8s le d\u00e9part de Jean, Eudoxie fit consacrer et installer sur la chaire \u00e9piscopale, qui ne vaquait pas, l\u2019archipr\u00eatre Arsace, fr\u00e8re de l\u2019ancien patriarche Nectaire. Vieillard plus qu\u2019octog\u00e9naire, l\u2019\u00e2ge avait tout \u00e9nerv\u00e9 chez lui, except\u00e9 l\u2019ambition\u2009; car, pour atteindre \u00e0 celte dignit\u00e9 patriarcale, le r\u00eave et la convoitise de sa vie enti\u00e8re, il ne recula ni devant le crime de l\u2019intrusion, ni devant la prostitution de sa conscience, ni devant ses serments viol\u00e9s sans h\u00e9sitation. Appel\u00e9, en effet, du vivant de son fr\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 de Tarse, la patrie de leur famille, il l\u2019avait refus\u00e9, non par modestie mais par calcul, pour \u00eatre plus \u00e0 port\u00e9e de succ\u00e9der \u00e0 Nectaire, dont il attendait la mort avec impatience. Celui-ci per\u00e7a l\u2019intention, bl\u00e2ma l\u2019ambitieux, et lui fit jurer qu\u2019il renon\u00e7ait pour toujours \u00e0 l\u2019\u00e9piscopat. N\u00e9anmoins l\u2019\u00e9lection de Chrysostome fut un chagrin pour Arsace. Il y vit l\u2019an\u00e9antissement de ses esp\u00e9rances, et ne pardonna jamais au grand orateur d\u2019occuper un poste auquel il avait song\u00e9 pour lui-m\u00eame. Aussi commen\u00e7a-t-il de bonne heure \u00e0 saper son autorit\u00e9, \u00e0 lui cr\u00e9er des embarras et des r\u00e9sistances, \u00e0 se m\u00ealer activement \u00e0 toutes les intrigues ourdies contre lui. Antiochus et S\u00e9verien l\u2019adopt\u00e8rent comme un alli\u00e9 fort utile, Eudoxie et la cour comme un instrument pr\u00e9cieux. Il parut au conciliabule du Ch\u00eane, et non seulement il porta faux t\u00e9moignage contre son \u00e9v\u00eaque, mais il osa presser sa condamnation. Sa m\u00e9diocrit\u00e9 arrogante avait donc un titre puissant aux faveurs de l\u2019imp\u00e9ratrice. Le tr\u00f4ne pontifical fut la r\u00e9mun\u00e9ration de ses hauts services\u2009; et d\u2019ailleurs, son parjure connu le mettait aux pieds de l\u2019alti\u00e8re princesse, heureuse d\u2019avoir devant elle, non plus un pr\u00e9lat redout\u00e9, mais un esclave complaisant et muet de tous ses caprices. Sous les dehors d\u2019une politesse exquise et d\u2019une pi\u00e9t\u00e9 mielleuse, Arsace cachait une \u00e2me hautaine, rong\u00e9e d\u2019envie, pleine de fiel, capable de se porter aux plus grandes violences. Esprit born\u00e9, sans culture, ne sachant pas dire deux mots en public, n\u2019ayant d\u2019autre talent que celui de l\u2019intrigue et du mensonge, frivole malgr\u00e9 son grand \u00e2ge, vieillard sans tenue et sans consistance, type ridicule de la fatuit\u00e9 en cheveux blancs, prenant l\u2019ent\u00eatement et la col\u00e8re pour la fermet\u00e9, d\u2019une r\u00e9putation douteuse, il devait \u00e0 l\u2019indulgence, dont il couvrait chez les autres les impuissances et les vices de sa propre nature, un certain renom de douceur et de bont\u00e9 qu\u2019il ne tarda pas \u00e0 d\u00e9mentir. Chrysostome l\u2019appelle un loup couvert d\u2019une peau de brebis.<\/p>\n<p>La masse des catholiques fid\u00e8les \u00e0 la communion de Jean tint Arsace pour intrus, et avec raison\u2009; car le pasteur l\u00e9gitime, frappe par une sentence inique et violemment arrach\u00e9 de son si\u00e8ge, avait fait appel \u00e0 l\u2019\u00c9glise romaine, avant le jugement de laquelle il \u00e9tait d\u00e9fendu de pourvoir au remplacement d\u2019un \u00e9v\u00eaque, m\u00eame justement condamn\u00e9 dans le concile de sa province. On \u00e9tait encourag\u00e9 dans l\u2019opposition, non seulement par les lettres de Jean o\u00f9 il traite Arsace de ravisseur et d\u2019adult\u00e8re, non seulement par celles du pape <a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2021\/11\/13\/jean_a_innocent\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Innocent<\/a> d\u00e9clarant avec une autorit\u00e9 souveraine que personne n\u2019a le pouvoir d\u2019ordonner un nouvel \u00e9v\u00eaque \u00e0 la place d\u2019un \u00e9v\u00eaque vivant, mais encore par l\u2019exemple des pr\u00e9lats de la Carie, de la Palestine, de la Ph\u00e9nicie, d\u2019une partie de la Lycie, de la Thrace et de l\u2019Asie, celui de Thessalonique, d\u2019une foule d\u2019autres en Orient et de tous ceux de l\u2019Occident sans exception\u2009; ces derniers ne voulurent jamais de la communion d\u2019Arsace. Vainement le parti se mit en qu\u00eate d\u00e9composer \u00e0 l\u2019intrus un troupeau d\u2019adeptes\u2009; il resta seul dans le temple avec les pr\u00eatres de la faction et les valets de la cour. Personne, dit Pallade, ne venait \u00e9couter son silence.<\/p>\n<p>Les <em>Joannites<\/em> c\u00e9l\u00e9braient leurs synaxes tant\u00f4t dans une maison, tant\u00f4t dans une autre, quelquefois dans les champs, dans les bois. Tous les lieux leur semblaient bons pour prier en commun le Dieu de leur c\u0153ur, except\u00e9 les temples que souillait l\u2019intrusion. L\u2019orgueil du vieux Arsace n\u2019y tint plus\u00a0: il implora l\u2019aide de la cour, et le pouvoir s\u00e9culier fit avec bonheur une nouvelle irruption dans le sanctuaire. Une cohorte marcha, officiers en t\u00eate, sabre en main, contre une paisible r\u00e9union de femmes pieuses et d\u2019hommes sans armes, occup\u00e9s \u00e0 chanter des hymnes sous la pr\u00e9sidence d\u2019un pr\u00eatre. Les enfants furent foul\u00e9s aux pieds, les hommes chass\u00e9s \u00e0 coup de b\u00e2ton, les femmes insult\u00e9es et d\u00e9pouill\u00e9es de leurs manteaux, de leurs voiles, de leurs riches ceintures, de leurs bracelets d\u2019or. De nouveaux prisonniers furent entass\u00e9s dans les prisons d\u00e9j\u00e0 pleines, o\u00f9 plusieurs trouv\u00e8rent dans un air m\u00e9phitique une prompte mort. Ces hideuses brutalit\u00e9s \u00e9taient applaudies \u00e0 la cour et glorifi\u00e9es comme des exploits\u2009; mais les violences des oppresseurs profitaient \u00e0 la cause des opprim\u00e9s, et l\u2019on s\u2019attachait davantage au pontife absent en raison des efforts pour le rendre odieux. Et toutefois, la prudence commandait aux pr\u00eatres de Jean de ne plus exposer les fid\u00e8les \u00e0 de si cruelles avanies. On supprima les grandes r\u00e9unions qui attiraient l\u2019attention de l\u2019ennemi, et il n\u2019y eut plus de synaxe g\u00e9n\u00e9rale que de loin en loin dans quelques endroits recul\u00e9s de la ville ou de la campagne. On se contenta de se r\u00e9unir par groupes furtifs dans de petits oratoires improvis\u00e9s pour la circonstance, et l\u2019on s\u2019abstint plus que jamais de para\u00eetre aux assembl\u00e9es schismatiques, en sorte que les \u00e9glises vides semblaient porter le deuil du pasteur et pleurer leur veuvage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Arrestations et supplices<\/h3>\n<p>La cour crut se venger en faisant revivre avec \u00e9clat l\u2019affaire \u00e9teinte de l\u2019incendie. Le pr\u00e9fet de la ville eut ordre de pousser la proc\u00e9dure avec la plus grande vigueur\u2009; et certes il n\u2019avait pas besoin d\u2019y \u00eatre excit\u00e9, car, en sa qualit\u00e9 de pa\u00efen, toute occasion d\u2019humilier les adorateurs du Christ lui semblait une bonne fortune. Il se mit donc \u00e0 l\u2019\u0153uvre et mena l\u2019instruction avec un raffinement d\u2019arbitraire et de violence qui rappelait les anciens proconsuls du polyth\u00e9isme. Des vierges consacr\u00e9es au service des pauvres et des autels, de pieux solitaires, des pr\u00eatres v\u00e9n\u00e9r\u00e9s, des jeunes diacres, des dames de haut rang, des hommes consid\u00e9rables, mand\u00e9s \u00e0 son tribunal sans qu\u2019il y e\u00fbt contre eux ni charge ni soup\u00e7on, \u00e9taient soumis \u00e0 un interrogatoire outrageant, attach\u00e9s au chevalet, fouett\u00e9s, d\u00e9chir\u00e9s avec les lani\u00e8res et les crocs de fer, comme de vils malfaiteurs. Les riches s\u2019en tiraient avec de grosses amendes, car l\u2019avarice de la cour \u00e9tait sa piti\u00e9. Les Joannites, ne pouvant se montrer nulle part sans \u00eatre insult\u00e9s, fuyaient les thermes et l\u2019agora et ne sortaient presque plus. Quelques-uns se retir\u00e8rent dans les montagnes, au milieu des asc\u00e8tes, pour y attendre en paix des temps meilleurs\u2009; plusieurs prirent le parti de quitter \u00e0 jamais Constantinople et s\u2019exil\u00e8rent volontairement dans de lointaines cit\u00e9s\u2009; beaucoup vinrent chercher leur refuge \u00e0 Rome, aupr\u00e8s du Pasteur des pasteurs, qui de son c\u00f4t\u00e9 recueillait de leur bouche avec douleur les navrantes nouvelles qu\u2019ils apportaient de l\u2019Orient. La rage des <em>Arsaciens<\/em> d\u00e9passait tout ce qu\u2019on pouvait attendre d\u2019ennemis sans loyaut\u00e9 et sans c\u0153ur. Ni larmes ni sang ne pouvaient l\u2019assouvir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Eutrope et Tigrius<\/h3>\n<p>Au premier rang, parmi les nobles martyrs du devoir et de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9glise nous devons citer Tigrius et Eutrope. Ce dernier \u00e9tait un jeune lecteur de Sainte-Sophie, d\u2019une naissance patricienne, d\u2019un esprit \u00e9l\u00e9gant et orn\u00e9, d\u2019une \u00e2me grande et forte dans un corps d\u00e9licat, d\u2019une douceur et d\u2019une modestie d\u00e9licieuses. Chaste comme un ange, sa pi\u00e9t\u00e9 souriante r\u00e9pandait sur son visage une fleur de beaut\u00e9 c\u00e9leste. Les dissidents eux-m\u00eames louaient ses vertus, et le rigide \u00e9v\u00eaque des Novatiens, Sisinnius, le tenait pour le plus homme de bien qu\u2019il y e\u00fbt dans la cit\u00e9. L\u2019aur\u00e9ole des saints se mariait sur son front \u00e0 l\u2019aur\u00e9ole de la jeunesse. Jean l\u2019avait distingu\u00e9, et ce fut, avec le culte pieux qu\u2019il professait pour son \u00e9v\u00eaque, le crime qui le conduisit \u00e0 la mort. Amen\u00e9 devant le pr\u00e9fet pour dire ce qu\u2019il savait de l\u2019incendie, il d\u00e9clara ne rien savoir\u2009; sur quoi, le bourreau s\u2019empara de lui. II fut battu de verges, d\u00e9chir\u00e9 avec des griffes de fer\u2009; on promena des torches enflamm\u00e9es sur les parties les plus sensibles de son corps. Il mourut en b\u00e9nissant le nom de Jean. Les pr\u00eatres d\u2019Arsace, apr\u00e8s avoir joui de son supplice, l\u2019enterr\u00e8rent secr\u00e8tement au milieu de la nuit, comme s\u2019ils eussent pu ensevelir avec la victime le souvenir du forfait. Mais Dieu, dit Pallade, glorifia la mort de son serviteur\u2009; car, au moment o\u00f9 il rendait le dernier soupir, on entendit les anges qui chantaient dans les airs, heureux d\u2019accueillir dans leurs phalanges une \u00e2me si belle.<\/p>\n<p>Plus rudement encore fut trait\u00e9 Tigrius. Il \u00e9tait Barbare d\u2019Origine\u2009; mais la guerre l\u2019avait fait tomber, encore enfant, au pouvoir des Romains, et, vendu comme esclave, il \u00e9tait devenu la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un riche seigneur de Byzance. Son instruction et ses vertus lui valurent la libert\u00e9, qu\u2019il s\u2019empressa de consacrer \u00e0 Dieu dans le sanctuaire. Ministre de l\u2019Evangile, il en poss\u00e9da surtout la mansu\u00e9tude et la charit\u00e9. Nul plus que lui n\u2019aimait les pauvres. Le souvenir des abaissements et des souffrances de sa jeunesse le p\u00e9n\u00e9trait d\u2019un plus tendre int\u00e9r\u00eat pour les esclaves. Cultiver leur intelligence, les pr\u00e9parer au bienfait du bapt\u00eame, les rendre dignes de l\u2019affranchissement qu\u2019il implorait de leurs ma\u00eetres, et achetait quelquefois, ce fut son \u0153uvre de pr\u00e9dilection\u2009; elle absorbait toute son existence. Esprit sage, homme de bon conseil, pr\u00eatre s\u00e9raphique, d\u2019une humilit\u00e9 \u00e9gale \u00e0 son m\u00e9rite, il \u00e9tait v\u00e9n\u00e9r\u00e9 du peuple, aim\u00e9 du clerg\u00e9. Jean l\u2019appr\u00e9cia et l\u2019admit dans son intimit\u00e9. Cette grande amiti\u00e9 lui co\u00fbta la vie. Le pr\u00e9fet, n\u2019obtenant de lui ni r\u00e9v\u00e9lation ni aveu, le lit d\u00e9pouiller de ses v\u00ealements et fouetter en public de la main du bourreau. Tigrius ne dit pas un mot, ne fit pas entendre un soupir. Ecartel\u00e9 sur le chevalet, disloque et bris\u00e9, il surv\u00e9cut aux tortures et fut jet\u00e9 tout sanglant au fond d\u2019un cachot. Refusant toujours la communion d\u2019Arsace, il se vit condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019exil, tra\u00een\u00e9 en M\u00e9sopotamie, et mourut en y arrivant. \u00c0 l\u2019esclave martyr l\u2019\u00c9glise a donn\u00e9, sur sa tombe, des lettres de haute noblesse, et son nom inscrit aux fastes des Saints figure avec celui d\u2019Eutrope \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des plus grands noms.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Olympiade devant le pr\u00e9fet<\/h3>\n<p>Stimul\u00e9 par l\u2019imp\u00e9ratrice et l\u2019intrus, heureux d\u2019assouvir ses vieilles haines de pa\u00efen contre les disciples de l\u2019Evangile, le brutal pr\u00e9fet ne fit pas plus de gr\u00e2ce aux femmes qu\u2019aux hommes. Nous n\u2019h\u00e9sitons pas \u00e0 le dire\u00a0: dans cette cruelle \u00e9preuve, les femmes se montr\u00e8rent aussi grandes, plus grandes peut-\u00eatre que les hommes. Un \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre a remarqu\u00e9 qu\u2019en th\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale, les femmes ont un sentiment plus profond et plus vif du Christianisme, et qu\u2019\u00e0 toutes les \u00e9poques, quand l\u2019orage de la pers\u00e9cution a grond\u00e9 sur l\u2019\u00c9glise, si l\u2019on a compt\u00e9 des faibles, si l\u2019on a d\u00e9plor\u00e9 des d\u00e9sertions m\u00eame parmi les \u00e9lus du sanctuaire, m\u00eame parmi les pontifes du Christ et les guides sacr\u00e9s des consciences, presque jamais on n\u2019en vit parmi les femmes\u00a0: elles n\u2019ont pas eu d\u2019apostats, dit-il, elles n\u2019ont eu que des martyrs. Ce que nous rapportons ici pr\u00eate \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de cette observation une force nouvelle. Il est certain que, dans cette courte mais furieuse temp\u00eate suscit\u00e9e aux \u00e9glises de Constantinople et de l\u2019Orient par les ennemis d\u2019un Saint, Dieu fil \u00e9choir aux femmes la plus belle part de la lutte et d\u2019illustres palmes. Olympiade ne pouvait \u00eatre oubli\u00e9e dans ce partage providentiel\u2009; car, plus que personne, elle avait droit, par son d\u00e9vouement et ses vertus, \u00e0 souffrir pour la v\u00e9rit\u00e9. Devenue depuis le d\u00e9part de Jean le point de mire des haines fanatiques du schisme, poursuivie par Antiochus et S\u00e9verien, nagu\u00e8re prostern\u00e9s \u00e0 ses pieds pour implorer ses largesses, avec un acharnement \u00e9gal \u00e0 sa bont\u00e9 pour eux, elle eut \u00e0 compara\u00eetre, elle aussi, devant le pr\u00e9fet sous la pr\u00e9vention de complicit\u00e9 dans l\u2019incendie de la grande \u00e9glise. La calomnie croyait frapper plus s\u00fbr en visant plus haut et d\u00e9shonorer le parti tout entier dans un de ses plus illustres repr\u00e9sentants\u2009; elle se trompait.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Dans quel but<\/em>, dit le pr\u00e9fet, <em>as-tu mis le feu \u00e0 l\u2019un des plus beaux monuments de la ville<\/em>\u2009?<\/p>\n<p>Olympiade r\u00e9pondit\u00a0: <em>Je n\u2019ai pas v\u00e9cu de fa\u00e7on \u00e0 \u00eatre class\u00e9e parmi les incendiaires. Apr\u00e8s avoir d\u00e9pens\u00e9 ma fortune \u00e0 b\u00e2tir des \u00e9glises, je ne les br\u00fble pas. <\/em><\/p>\n<p>\u2014 <em>Je connais ta conduite<\/em>, reprit le magistrat avec une ironie insolente.<\/p>\n<p>\u2014 <em>Alors<\/em>, dit la noble femme, <em>descends de ton si\u00e8ge et de juge deviens accusateur<\/em>.<\/p>\n<p>Rappel\u00e9 par ces mots \u00e0 la pudeur de son devoir, le pr\u00e9fet s\u2019effor\u00e7a de persuader \u00e0 la sainte accus\u00e9e que c\u2019\u00e9tait folie \u00e0 elle de s\u2019exposer \u00e0 tant d\u2019inimiti\u00e9s et d\u2019ennuis, quand, pour les \u00e9viter, elle n\u2019avait qu\u2019\u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 Arsace. <em>D\u2019autres<\/em>, ajouta-t-il, <em>ont compris cela et n\u2019ont eu qu\u2019\u00e0 s\u2019en f\u00e9liciter<\/em>.<\/p>\n<p>Olympiade r\u00e9pliqua\u00a0:<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-top\" style=\"border-color:#FFB236 !important;font-size:22px !important;\"><blockquote><p style=\"font-size:22px !important;\">\n<p>Je suis devant ton tribunal pour subir ta sentence et non tes conseils. Tu m\u2019as fait arr\u00eater et conduire ici au milieu de tout un peuple sous le poids d\u2019une calomnie inf\u00e2me, et maintenant que tu n\u2019as \u00e0 articuler contre moi aucune esp\u00e8ce de preuve, tu te places sur un autre terrain. Je demande \u00e0 \u00eatre jug\u00e9e sur le fait de l\u2019incendie et que mes avocats soient entendus. Mais sache bien que, si lu veux m\u2019obliger, sans en avoir le droit, \u00e0 communiquer avec Arsace, je ne ferai jamais une chose si contraire \u00e0 ma conscience.<br \/>\n<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>Le pr\u00e9fet feignant la mod\u00e9ration la renvoya comme pour lui donner le temps de pr\u00e9parer sa d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Olympiade se retira dans la modeste demeure qu\u2019elle avait adopt\u00e9e pr\u00e8s de Sainte-Sophie, au sein d\u2019une pieuse communaut\u00e9 fond\u00e9e et dirig\u00e9e par elle\u2009; et l\u00e0, bien qu\u2019en proie \u00e0 la maladie et \u00e0 toute sorte de vexations, elle \u00e9crivait \u00e0 l\u2019exil\u00e9 des lettres pleines d\u2019une v\u00e9n\u00e9ration affectueuse, o\u00f9, parlant de ses propres souffrances et des pers\u00e9cutions dont elle est l\u2019objet, elle traite tout cela de bagatelle. Jean, de son c\u00f4t\u00e9, la f\u00e9licite de son courage qui, dans un corps d\u00e9licat et malade, a fait d\u2019elle le soutien et la force d\u2019une grande cit\u00e9, o\u00f9, sans sortir de sa chambre, sans para\u00eetre en public, elle enflamme de son propre h\u00e9ro\u00efsme les d\u00e9fenseurs de la v\u00e9rit\u00e9. Mais bient\u00f4t elle quitta, non pas volontairement sans doute, mais par ordre de la cour, sa maison, ses saintes filles, ses nombreux amis, et se r\u00e9fugia \u00e0 Cyzique. Ramen\u00e9e \u00e0 Constantinople, elle eut \u00e0 repara\u00eetre devant le pr\u00e9fet, refusa de reconna\u00eetre Arsace, fut condamn\u00e9e \u00e0 payer au fisc deux cents livres d\u2019or, vit ses biens confisqu\u00e9s et vendus \u00e0 l\u2019encan, sa ch\u00e8re communaut\u00e9 dispers\u00e9e et bannie, et ses propres serviteurs, ceux qu\u2019elle avait combl\u00e9s de bienfaits, se tourner contre elle et payer d\u2019outrages sa charit\u00e9. Apr\u00e8s de nombreuses et cruelles vicissitudes, apr\u00e8s avoir err\u00e9 de divers c\u00f4t\u00e9s sans savoir o\u00f9 poser sa t\u00eate, exil\u00e9e enfin \u00e0 Nicom\u00e9die, elle y mourut couronn\u00e9e des glorieux opprobres qu\u2019elle avait endur\u00e9s pour l\u2019amour de J\u00e9sus-Christ et de son \u00c9glise, \u00ab\u2009<em>Une seule de vos afflictions<\/em>, lui \u00e9crivait Jean, <em>e\u00fbt suffi pour combler votre \u00e2me de richesses spirituelles<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Pentadie<\/h3>\n<p>La pers\u00e9cution s\u2019appesantissait de pr\u00e9f\u00e9rence sur les femmes d\u2019une position plus haute et d\u2019un plus grand nom. Pentadie, la noble veuve du consul Timase, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre vu arracher par un double crime son fils et son mari, n\u2019ayant \u00e9chapp\u00e9 elle-m\u00eame aux fureurs d\u2019Eutrope qu\u2019en se r\u00e9fugiant aux pieds des autels, se reposait des douloureuses \u00e9preuves de sa vie dans les travaux de la charit\u00e9, sous la protection de Jean. Sa cellule, la demeure des pauvres et l\u2019\u00e9glise, elle ne connaissait que cela depuis longtemps. L\u2019ex\u00e9cuteur forcen\u00e9 des vengeances d\u2019Eudoxie, l\u2019inf\u00e2me pr\u00e9fet la fit saisir par ses sbires et tra\u00eener charg\u00e9e de cha\u00eenes \u00e0 son tribunal. Trait\u00e9e d\u2019incendiaire, elle aussi, un sourire de piti\u00e9 fut sa seule r\u00e9ponse aux accusateurs. On se donna l\u2019affreux plaisir de mettre \u00e0 la question, de tourmenter sous ses yeux plusieurs amis du proscrit\u2009; leur sang jaillit suc les v\u00ealements de la sainte femme. Rien n\u2019\u00e9branla ce m\u00e2le courage. En quelques mots elle ferma la bouche aux calomniateurs, et d\u00e9montra jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9vidence que le crime imput\u00e9 aux Catholiques n\u2019\u00e9tait qu\u2019une invention atrocement ridicule de la haine. On continua n\u00e9anmoins \u00e0 la menacer et \u00e0 la pers\u00e9cuter\u2009; mais forte de sa confiance en Celui qui l\u2019avait d\u00e9livr\u00e9e tant de fois des plus grands p\u00e9rils, elle ne cessa de s\u2019immoler pour la v\u00e9rit\u00e9. Son invincible constance ranimait l\u2019\u00e9nergie des fid\u00e8les d\u00e9courag\u00e9s. Jean, que ces \u00e9clatants t\u00e9moignages d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 toutes les \u00e9preuves consolaient des tristesses de son exil, f\u00e9licita par ces nobles paroles la g\u00e9n\u00e9reuse diaconesse\u00a0:<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-top\" style=\"border-color:#FFB236 !important;font-size:22px !important;\"><blockquote><p style=\"font-size:22px !important;\">\nJe vous loue, je vous admire. Mes amertumes sont bien adoucies par ce que j\u2019apprends de vous, de votre force, de votre in\u00e9branlable pers\u00e9v\u00e9rance, de la sagesse et de la libert\u00e9 de votre langage, de celte fermet\u00e9 sublime par laquelle vous avez confondu et couvert de honte nos ennemis, port\u00e9 au d\u00e9mon un coup mortel, et relev\u00e9 le courage de ceux qui combattent et souffrent pour la cause juste&#8230; Telle est la force de la v\u00e9rit\u00e9, que peu de mots lui suffisent pour mettre \u00e0 n\u00e9ant les sycophantes. Le mensonge, au contraire, a beau s\u2019envelopper d\u2019artifices, il est plus faible qu\u2019une toile d\u2019araign\u00e9e. Livrez-vous donc \u00e0 une joie sainte\u2009; continuez d\u2019agir avec cette virilit\u00e9 de c\u0153ur, et, toujours plus ferme, riez de tous les pi\u00e8ges o\u00f9 ils essaient de vous faire tomber. Leur fureur, qui ne peut vous atteindre, se retourne tout enti\u00e8re contre eux\u00a0: ainsi le flot soulev\u00e9 par la temp\u00eate, loin de briser le rocher, se brise contre lui et retombe en \u00e9cume. Que les menaces de nos ennemis ne vous \u00e9pouvantent jamais\u2026 Eh\u2009! que n\u2019ont-ils pas fait pour vous \u00e9pouvanter\u2009? \u2026 Ils ont employ\u00e9 la calomnie, le faux t\u00e9moignage, le meurtre. Le fer et le feu ont d\u00e9truit de nobles et jeunes vies, des torrents de sang ont \u00e9t\u00e9 vers\u00e9s, des hommes consid\u00e9rables ont subi la torture. Vous, comme un aigle au vol audacieux, vous avez rompu les filets des m\u00e9chants et gagn\u00e9, par l\u2019essor de votre vertu, le fa\u00eete de la libert\u00e9.<br \/>\n<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Nicar\u00e8te, Procula et les autres<\/h3>\n<p>Procula, Amprucla, Asyncritie, c\u00e9l\u00e8bres alors par leur charit\u00e9, devenues immortelles depuis par leur courage\u2009; Nicar\u00e8te, la vierge admirable qui s\u2019effor\u00e7ait vainement de cacher des vertus que tout le monde b\u00e9nissait, se virent insult\u00e9es, emprisonn\u00e9es, d\u00e9pouill\u00e9es de leurs biens, chass\u00e9es de Constantinople. Quelques-unes devanc\u00e8rent la sentence des juges et les ordres de la cour en s\u2019expatriant elles-m\u00eames d\u2019une ville souill\u00e9e par tant d\u2019hypocrisies et de sacril\u00e8ges. Pentadie eut la pens\u00e9e de les imiter\u2009; mais une lettre de Jean la retint au-chef-lieu de la pers\u00e9cution pour y \u00eatre l\u2019appui des pers\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Proc\u00e9dure de l\u2019incendie abandonn\u00e9e<\/h3>\n<p>La fureur de l\u2019intrus ne respecta rien. L\u2019inviolabilit\u00e9 des saints autels fut m\u00e9connue, l\u2019asile des vierges saccag\u00e9\u2009; les vierges elles-m\u00eames, les pieux asc\u00e8tes chass\u00e9s, dispers\u00e9s, jet\u00e9s au fond des plus affreux cachots pour y mourir de faim. Cependant la proc\u00e9dure de l\u2019incendie dut \u00eatre abandonn\u00e9e. De tant de perquisitions, d\u2019interrogations, de tortures, il ne sortit pas une charge, pas un indice contre les fid\u00e8les. Un rescrit imp\u00e9rial constate que les auteurs du d\u00e9sastre sont rest\u00e9s inconnus, et ordonne que les clercs emprisonn\u00e9s seront rendus \u00e0 la libert\u00e9. Mais, du reste, punir le crime n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pr\u00e9texte\u2009; on n\u2019en chercha jamais les auteurs dans les rangs o\u00f9 ils pouvaient \u00eatre, o\u00f9 la rumeur publique les signalait. Le vrai but poursuivi par la cour et par la faction, tant\u00f4t sous un masque transparent, tant\u00f4t \u00e0 front d\u00e9couvert, toujours avec un acharnement implacable, \u00e9tait de terrifier, de ruiner ce qu\u2019on appelait le parti Joannite, d\u2019\u00e9tablir l\u2019autorit\u00e9 d\u2019Arsace en effa\u00e7ant la m\u00e9moire de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, et surtout d\u2019assouvir l\u2019auguste et insatiable vengeance d\u2019Eudoxie. \u00c0 ce dernier point de vue, le succ\u00e8s obtenu pouvait para\u00eetre suffisant\u2009; car l\u2019imp\u00e9ratrice avait joui, \u00e0 son aise, des tortures et de l\u2019agonie de ses sujets\u2009; elle avait pu savourer les affronts et le sang des amis les plus d\u00e9vou\u00e9s, des plus saintes filles du pontife. Ravir \u00e0 Jean sa popularit\u00e9, le faire oublier \u00e0 Constantinople \u00e9tait un r\u00e9sultat vivement ambitionn\u00e9 sans doute, mais dont on \u00e9tait encore tr\u00e8s-loin. Il y eut bien \u00e7a et l\u00e0 quelques \u00e2mes qui faiblirent\u2009; Arsace recruta de temps \u00e0 autre quelques poltrons, quelques pauvres disciples d\u00e9courag\u00e9s qui reniaient le ma\u00eetre\u2009; mais, chose \u00e9tonnante, \u00e0 une \u00e9poque d\u2019asservissement o\u00f9 le niveau des courages \u00e9tait si fort descendu, et qui prouve combien Chrysostome avait pris d\u2019empire sur son peuple, combien il en avait retremp\u00e9 le caract\u00e8re aux sources de l\u2019esprit chr\u00e9tien, la masse des catholiques pers\u00e9v\u00e9ra dans la communion du vrai pasteur, et lui garda jusqu\u2019\u00e0 la fin, malgr\u00e9 l\u2019absence et l\u2019\u00e9loignement, ce culte touchant et p\u00e9rilleux de reconnaissance et d\u2019amour en face de la pers\u00e9cution. Et certes, ce ne fut pas une temp\u00eate de quelques jours, une de ces rapides \u00e9preuves dont le souffle allume un enthousiasme d\u2019autant plus vif qu\u2019il est plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Le d\u00e9cret, qui cl\u00f4ture le proc\u00e8s avort\u00e9 de l\u2019incendie, est charg\u00e9 de mesures impitoyables contre les partisans de l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u00e9chu.<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-top\" style=\"border-color:#FFB236 !important;font-size:22px !important;\"><blockquote><p style=\"font-size:22px !important;\">\nNous voulons, y est-il dit, fermer \u00e0 la s\u00e9dition tontes les portes, en chassant de cette ville sacr\u00e9e tous les clercs et tous les pr\u00e9lats qui ne sont point transcrits sur le r\u00f4le des citoyens. S\u2019il est des maisons qui continuent \u00e0 leur donner asile apr\u00e8s la publication de ces \u00e9dits et l\u2019ordre de notre s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, elles seront confisqu\u00e9es\u2009; il en sera de m\u00eame de celles o\u00f9 les pr\u00eatres de la ville auront tenu des r\u00e9unions hors de l\u2019\u00e9glise <\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s, un nouveau rescrit de l\u2019empereur porte que les ma\u00eetres dont les esclaves assisteront aux conventicules \u2014 c\u2019est ainsi qu\u2019on d\u00e9signait les assembl\u00e9es de fid\u00e8les, \u2014 auront \u00e0 payer trois livres d\u2019or pour chaque esclave surpris en faute\u2009; les coll\u00e8ges des artisans devaient r\u00e9pondre, au m\u00eame point de vue, de leurs membres, sous peine d\u2019une amende vraiment \u00e9norme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">L&rsquo;agitation de Constantinople gagne tout l\u2019Orient<\/h3>\n<p>II semble que de telles mesures allaient courber tout le monde sous la houlette d\u2019Arsace. Il n\u2019en fut rien\u2009; l\u2019opinion qui le r\u00e9prouvait, presque unanime \u00e0 Constantinople, le devenait de plus en plus dans les provinces, et la pers\u00e9cution dut s\u2019\u00e9tendre de la capitale \u00e0 tout l\u2019Orient. \u00ab\u2009Que les gouverneurs des provinces soient avertis, \u00e9crit Arcadius le 1er\u00a0novembre\u00a0404, qu\u2019ils doivent regarder comme illicites et emp\u00eacher toutes les synaxes d\u2019orthodoxes qui d\u00e9daignent les saintes \u00e9glises pour s\u2019assembler ailleurs\u2009; et que tous ceux-l\u00e0 soient chass\u00e9s de leurs si\u00e8ges qui sont s\u00e9par\u00e9s de la communion des v\u00e9n\u00e9rables pontifes de la loi sacr\u00e9e, Arsace, Th\u00e9ophile et Porphyre. S\u2019ils poss\u00e8dent des biens, ces biens doivent \u00eatre confisqu\u00e9s\u2009\u00bb. Ces d\u00e9crets \u00e9taient appliqu\u00e9s avec une rigueur extr\u00eame\u2009; aussi la plupart des \u00e9glises \u00e9taient veuves ou occup\u00e9es par des intrus. Les vrais \u00e9v\u00eaques, ceux qui portaient, avec un titre l\u00e9gitime, un nom honor\u00e9 dans l\u2019\u00e9piscopat, avaient \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s de leurs chaires. Les uns, nous l\u2019avons dit, s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 Rome, les autres g\u00e9missaient dans les fers ou erraient d\u2019asile en asile. S\u00e9rapion, l\u2019intr\u00e9pide diacre de Jean, plus redout\u00e9 que lui des pr\u00eatres impurs et de la cabale, et depuis peu \u00e9v\u00eaque d\u2019H\u00e9racl\u00e9e dans la Thrace, avait trouv\u00e9 une retraite qu\u2019il croyait s\u00fbre dans un monast\u00e8re de Goths catholiques appel\u00e9s Marses\u2009; mais, d\u00e9couvert, il fut tra\u00een\u00e9 comme un criminel devant un tribunal o\u00f9 il ne trouva que des ennemis pour juges, et condamn\u00e9 \u00e0 expier dans les tortures l\u2019amiti\u00e9 du grand pontife qui avait distingu\u00e9 son courage et ses vertus. Sous un empereur chr\u00e9tien, fils de Th\u00e9odose, un \u00e9v\u00eaque du Christ est livr\u00e9 au bourreau, fouett\u00e9 jusqu\u2019au sang, jusqu\u2019\u00e0 ce que ses dents bris\u00e9es tombent sous les coups, puis banni de Constantinople et plac\u00e9 en \u00c9gypte sous la surveillance et \u00e0 la discr\u00e9tion de Th\u00e9ophile. Un m\u00e9chant pr\u00eatre, Eug\u00e8ne, re\u00e7ut l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 d\u2019H\u00e9racl\u00e9e pour prix de sa coop\u00e9ration ardente aux intrigues de la faction. H\u00e9raclide, homme \u00e9minent par le savoir et la vertu, cher \u00e0 Chrysostome dont il avait \u00e9t\u00e9 le diacre, dont il restait le disciple et l\u2019ami, accus\u00e9 comme lui devant l\u2019assembl\u00e9e du Ch\u00eane, fut d\u00e9pos\u00e9, charg\u00e9 de fers, jet\u00e9 dans un cachot o\u00f9 il languit quatre ans. On lui donna pour successeur un mis\u00e9rable sans m\u0153urs, sans dignit\u00e9, perdu de r\u00e9putation, us\u00e9 de d\u00e9bauches, conspu\u00e9 du peuple, ridicule s\u2019il n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 inf\u00e2me. Partout la d\u00e9pouille des proscrits devenait la r\u00e9compense des Judas qui vendaient leurs fr\u00e8res. Les six pr\u00e9lats simoniaques justement d\u00e9grad\u00e9s \u00e0 \u00c9ph\u00e8se remont\u00e8rent effront\u00e9ment sur ces chaires dont ils \u00e9taient le d\u00e9shonneur. La cour mettait une esp\u00e8ce d\u2019orgueil cynique \u00e0 fouler aux pieds les lois et les convenances dans les \u00e9lections \u00e9piscopales. \u00c0 d\u00e9faut des fid\u00e8les ct du clerg\u00e9 qui s\u2019abstenaient, on faisait voter les com\u00e9diens et les juifs\u2009; on achetait les voix\u2009; on gorgeait de vin les \u00e9lecteurs\u2009; le candidat et l\u2019\u00e9lection tout \u00e9tait scandale. Jean, dont la charit\u00e9 p\u00e8se et mesure d\u2019ordinaire toutes les paroles, ne peut contenir son indignation et d\u00e9plore le sort des \u00c9glises livr\u00e9es \u00e0 des brigands, \u00e0 des bourreaux sous le nom de pasteurs. C\u2019est sur la t\u00eate de telles gens, s\u2019\u00e9crie Pallade, qu\u2019on n\u2019eut pas horreur de poser l\u2019Evangile\u2009!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Porphyre d\u2019Antioche<\/h3>\n<p>Mais, sans contredit, le plus funeste, le plus honteux de tous les choix fut celui de Porphyre pour la chaire d\u2019Antioche. Flavien venait de mourir, au moment o\u00f9 son fils dans le sacerdoce, le grand orateur dont il avait dirig\u00e9 et b\u00e9ni les premiers travaux, succombait aux coups de l\u2019intrigue et partait pour l\u2019exil. Mieux que personne il connaissait le fils d\u2019Anthusa, ses vertus plus belles encore que son g\u00e9nie, et ce qu\u2019il apprit, avant de fermer les yeux, des haines auxquelles cet homme sup\u00e9rieur \u00e9tait en butte et du triomphe de la calomnie, attrista beaucoup les derniers moments du vieillard. Il protesta vainement contre la condamnation de son v\u00e9ritable ami\u00a0: sa voix ne parvint pas \u00e0 se faire entendre. Flavien descendit dans la tombe apr\u00e8s avoir gouvern\u00e9 l\u2019\u00c9glise d\u2019Antioche vingt-trois ans. Jaloux de lui donner un digne successeur, le peuple jeta les yeux sur Constantius. Homme de bien, la loyaut\u00e9 de son caract\u00e8re, la puret\u00e9 de ses m\u0153urs, sa pi\u00e9t\u00e9 aimable, lui avaient concili\u00e9 de bonne heure l\u2019estime et l\u2019affection de ses concitoyens. Indulgent pour les autres, s\u00e9v\u00e8re \u00e0 lui-m\u00eame, il menait au milieu du monde la vie des asc\u00e8tes. Esprit s\u00e9rieux, r\u00e9serv\u00e9 dans ses jugements, condamnant peu, excusant beaucoup, oubliant volontiers les injures, d\u00e9daigneux des int\u00e9r\u00eats d\u2019ici-bas, mod\u00e8le de douceur et de modestie, naturellement \u00e9loquent et persuasif, d\u2019une charit\u00e9 aussi d\u00e9licate que f\u00e9conde, s\u2019imposant de fr\u00e9quentes et rudes p\u00e9nitences \u00e0 l\u2019intention des afflig\u00e9s et dans le but d\u2019attirer sur eux, \u00e0 force d\u2019immolations, quelques gouttes au moins de ros\u00e9e c\u00e9leste\u2009; pr\u00eatre admirable, br\u00fblant d\u2019amour pour la v\u00e9rit\u00e9 et pour l\u2019\u00c9glise, son \u00e2me se refl\u00e9tait dans son regard ouvert, dans sa physionomie imposante, dans la noble beaut\u00e9 de son visage grave et recueilli, mais toujours affable an milieu m\u00eame des souffrances. Ajoutons qu\u2019il avait m\u00e9rit\u00e9 et qu\u2019il cultivait pieusement l\u2019affection de Chrysostome, et que ses lettres, ses visites, son d\u00e9vouement courageux et empress\u00e9, furent pour l\u2019illustre exil\u00e9 une source de consolations auxquelles il attachait un grand prix.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette vertu si pure, vivait alors \u00e0 Antioche un pr\u00eatre appel\u00e9 Porphyre, originaire de Constantinople, mais attach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Flavien, sur laquelle il pesait depuis longtemps par sa mauvaise renomm\u00e9e et sa d\u00e9plorable conduite. Son nom avait tristement retenti dans le proc\u00e8s du <em>Ch\u00eane<\/em>. Pr\u00eatre sans foi, homme sans conscience, redout\u00e9 du clerg\u00e9, odieux au peuple, il passait sa vie loin du sanctuaire \u00e0 cabaler contre ses coll\u00e8gues, \u00e0 manger avec les histrions, les cochers du cirque, les danseuses du th\u00e9\u00e2tre, sa soci\u00e9t\u00e9 habituelle. Protecteur ardent de tout ce qui \u00e9tait vil, accus\u00e9 d\u2019abominables d\u00e9bauches, ses relations, ses allures, son langage, n\u2019autorisaient que trop \u00e0 croire tout ce qu\u2019on disait de lui. La chastet\u00e9, s\u2019\u00e9crie Pallade, lui est aussi odieuse que les parfums aux vautours. Plus tard, il fut gravement soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir vendu les vases sacr\u00e9s pour acheter l\u2019appui des magistrats et leur coop\u00e9ration \u00e0 ses haines. Dans le moment, toutes ses pens\u00e9es \u00e9taient tourn\u00e9es vers la succession de Flavien\u2009; il voulait, \u00e0 tout prix, devenir \u00e9v\u00eaque d\u2019Antioche\u2009; et, connaissant l\u2019inclination du peuple pour Constantius, il commen\u00e7a, pour s\u2019en d\u00e9barrasser, \u00e0 le repr\u00e9senter \u00e0 la cour, \u00e0 l\u2019aide des ennemis de Jean qui \u00e9taient ses amis, comme un esprit inquiet et hostile, comme un s\u00e9ditieux. Il obtint, en effet, un ordre de l\u2019empereur qui exilait dans l\u2019oasis de Libye ce concurrent redout\u00e9\u2009; mais, averti \u00e0 temps, Constantius s\u2019\u00e9tait mis par la fuite hors de toute atteinte, et le haineux Porphyre avait pris sa revanche en faisant arr\u00eater deux pr\u00eatres d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 Chrysostome, Diophante et Cyriaque. En m\u00eame temps il avait appel\u00e9 aux bords de l\u2019Oronte et tenait cach\u00e9s, pour ses desseins, Acace, S\u00e9verien, Antiochus, les mis\u00e9rables pr\u00e9lats que nous sommes s\u00fbrs de rencontrer dans toutes les mauvaises choses d\u2019alors. Il prit son temps, et un jour que le peuple d\u2019Antioche s\u2019\u00e9tait port\u00e9 en masse au faubourg de Daphn\u00e9, pour assister aux jeux publics qu\u2019on y c\u00e9l\u00e9brait tous les quatre ans \u00e0 l\u2019imitation des jeux olympiques, il entra dans l\u2019\u00e9glise suivi de ses trois complices et de quelques clercs vendus \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats et fut ordonn\u00e9 \u00e0 huis-clos, avec tant de h\u00e2te qu\u2019on n\u2019acheva pas les pri\u00e8res de l\u2019ordination\u2009; apr\u00e8s quoi, les dignes cons\u00e9crateurs se sauv\u00e8rent au plus vile dans les montagnes. La nouvelle de cet escamotage impie \u00e9mut la cit\u00e9\u2009; le peuple se jeta sur la maison de Porphyre pour la br\u00fbler, et il ne fallut rien moins qu\u2019une arm\u00e9e enti\u00e8re, celle qu\u2019on avait r\u00e9unie en Orient contre les Isaures, pour disperser la foule et sauver de la justice populaire ce cynique voleur de l\u2019\u00e9piscopat. Les soldats furent charg\u00e9s d\u2019installer le nouveau pontife, et pendant longtemps, au lieu de courir aux fronti\u00e8res menac\u00e9es, ils n\u2019eurent d\u2019autre emploi que d\u00e9faire la guerre aux fid\u00e8les qui refusaient la communion de l\u2019intrus. Mais ces violences, au milieu desquelles l\u2019image v\u00e9n\u00e9r\u00e9e de la Croix fut profan\u00e9e et foul\u00e9e aux pieds, n\u2019attir\u00e8rent pas \u00e0 Porphyre un adepte de plus. Le clerg\u00e9 d\u2019Antioche c\u00e9l\u00e9brait les synaxes dans les champs ou ailleurs, avec la partie la plus qualifi\u00e9e et la plus riche des catholiques de la cit\u00e9. Ce qui d\u00e9sesp\u00e9rait te cupide pr\u00e9lat, dit Pallade, c\u2019est que par la d\u00e9sertion des femmes pieuses les ressources p\u00e9cuniaires \u00e9taient amoindries\u2009; et il lui fallait beaucoup d\u2019argent tant pour assouvir ses passions que pour acheter les instruments de ses haines. Tels \u00e9taient les pasteurs en faveur desquels le gouvernement d\u2019Arcadius faisait des lois de proscription, l\u2019emplissait l\u2019Orient de troubles et de terreur, et s\u2019affaiblissait, se perdait lui-m\u00eame en croyant se fortifier aux d\u00e9pens du pouvoir spirituel et de l\u2019\u00c9glise de J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Mort d\u2019Eudoxie<\/h3>\n<p>Cependant le Ciel semblait se charger, aux yeux des peuples, de la vengeance des Saints\u2009; du moins il donnait aux schismatiques de solennels et terribles avertissements. Le 6\u00a0octobre\u00a0404, Eudoxie comparaissait tout \u00e0 coup au tribunal de Dieu. On e\u00fbt dit que la joie de son triomphe l\u2019avait tu\u00e9e. \u00c0 peine, en effet, y avait-il trois mois que sa main sacril\u00e8ge avait arrach\u00e9 \u00e0 son \u00c9glise un pontife du Christ, que, frapp\u00e9e elle-m\u00eame au milieu de son bonheur et dans tout l\u2019\u00e9clat de sa beaut\u00e9, elle mourait subitement en mettant au monde un enfant mort. Apr\u00e8s elle vint Cyrinus, le promoteur ardent de la conjuration, l\u2019un des quatre qui avaient demand\u00e9 \u00e0 prendre sur leur t\u00eate la mort de Jean\u2009; il p\u00e9rit mis\u00e9rablement d\u2019une blessure que lui avait faite involontairement l\u2019\u00e9v\u00eaque Maruthas en lui marchant par m\u00e9garde sur le pied, le jour de cette conf\u00e9rence pr\u00e9paratoire du Ch\u00eane o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait si violemment emport\u00e9 contre son noble coll\u00e8gue\u00a0: il fallut lui amputer une jambe, puis l\u2019autre\u2009; et, le mal montant toujours, il expira dans des tortures atroces. Presque tous les chefs de la faction p\u00e9rirent de mort funeste\u00a0: l\u2019un se brisa le cr\u00e2ne en tombant du haut d\u2019un escalier\u2009; un autre jet\u00e9 \u00e0 terre par son cheval mourut sur le coup\u2009; un autre perdit la parole et resta perclus au point de ne pouvoir porter la main \u00e0 ses l\u00e8vres\u2009; un autre, ayant la langue si enfl\u00e9e qu\u2019elle remplissait la bouche, fut oblig\u00e9 de recourir \u00e0 ses tablettes pour \u00e9crire sa confession\u2009; un autre fut paralys\u00e9 des quatre doigts dont il avait souscrit la condamnation du Saint\u2009; un autre mourut d\u2019une mort plus honteuse encore que cruelle, rong\u00e9 par les vers avant de mourir\u2009; d\u2019autres se croyaient poursuivis la nuit par des chiens enrag\u00e9s ou des fant\u00f4mes mena\u00e7ants, et s\u2019\u00e9veillaient avec des cris lamentables. D\u2019autre part, d\u2019affreux d\u00e9sastres accablaient l\u2019Orient et consternaient les imaginations. Tant\u00f4t une gr\u00eale d\u2019une grosseur prodigieuse d\u00e9truisait en un clin d\u2019\u0153il arbres et moissons\u2009; tant\u00f4t les tremblements de terre se r\u00e9p\u00e9taient avec les circonstances les plus sinistres. La nuit du 1er\u00a0avril\u00a0406, la moiti\u00e9 de la ville imp\u00e9riale s\u2019\u00e9croula, les vaisseaux furent bris\u00e9s dans le port, et le lendemain, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Hebdomon, le rivage se trouva couvert de cadavres. Ici, le Nil refusait le tribut n\u00e9cessaire de ses eaux\u2009; l\u00e0, d\u2019\u00e9paisses nu\u00e9es de sauterelles obscurcissaient l\u2019air et d\u00e9voraient les r\u00e9coltes\u2009; les Isaures, et de nouveaux Barbares plus f\u00e9roces que tous les autres s\u2019avan\u00e7aient, les pieds dans le sang, la torche \u00e0 la main, jusqu\u2019au c\u0153ur de l\u2019empire. \u00c0 plusieurs reprises le feu du ciel tomba sur Byzance\u2009; la peste vint en aide \u00e0 la famine\u00a0: tous les fl\u00e9aux \u00e9taient d\u00e9cha\u00een\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Lettre de saint Nil \u00e0 l\u2019empereur<\/h3>\n<p>Le peuple voyait la main de Dieu dans ces lugubres \u00e9v\u00e9nements, et maudissait un pouvoir dont les fautes accumul\u00e9es attiraient sur tout le monde les terribles repr\u00e9sailles du Ciel. Arcadius lui-m\u00eame en \u00e9tait troubl\u00e9 et consultait saint Nil, le solitaire illustre qui avait tout quitt\u00e9, fortune, dignit\u00e9s, bonheur domestique, pour aller chercher an d\u00e9sert la paix de Dieu et la libert\u00e9 de ses enfants. \u00c0 l\u2019empereur qui lui demandait ses pri\u00e8res, Nil r\u00e9pondait avec cette fermet\u00e9 propre aux hommes g\u00e9n\u00e9reux qui n\u2019esp\u00e8rent et ne craignent rien d\u2019ici-bas.<br \/>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-top\" style=\"border-color:#FFB236 !important;font-size:22px !important;\"><blockquote><p style=\"font-size:22px !important;\">\nDe quel droit pr\u00e9tends-tu que la ville imp\u00e9riale soit d\u00e9livr\u00e9e des tremblements de terre qui la d\u00e9solent, tandis qu\u2019il s\u2019y commet tant de crimes, que l\u2019iniquit\u00e9, avec une audace inou\u00efe, y est \u00e9rig\u00e9e en loi, et que l\u2019on a banni la colonne de l\u2019\u00c9glise, la lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9, la trompette de J\u00e9sus-Christ, le bienheureux \u00e9v\u00eaque Jean\u2009? Comment veux-tu que j\u2019accorde mes pri\u00e8res \u00e0 cette malheureuse cit\u00e9 \u00e9branl\u00e9e par la col\u00e8re du Ciel dont la foudre menace de tout d\u00e9truire, moi qui suis consum\u00e9 de tristesse, qui me sens l\u2019esprit agit\u00e9, le c\u0153ur d\u00e9chir\u00e9 par l\u2019exc\u00e8s des forfaits accomplis maintenant sous tes yeux contre toutes les lois\u2009?<\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>Dans une autre lettre au fils de Th\u00e9odose, l\u2019intr\u00e9pide c\u00e9nobite parle avec la m\u00eame \u00e9nergie\u00a0: \u00ab\u2009<em>Tu as commis une injustice en bannissant la grande lumi\u00e8re du monde, le saint \u00e9v\u00eaque de Constantinople\u2009; tu as cru trop facilement \u00e0 des pr\u00e9lats d\u2019une extr\u00eame l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et d\u2019une mauvaise conscience. Apr\u00e8s avoir priv\u00e9 l\u2019\u00c9glise d\u2019un enseignement irr\u00e9prochable et pur, garde-toi de passer ta vie sans regrets<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Mais rien n\u2019\u00e9galait la faiblesse et l\u2019ignorance d\u2019Arcadius, si ce n\u2019est son ent\u00eatement. Il garda ses remords et pers\u00e9v\u00e9ra dans sa faute. Jean, d\u2019ailleurs, n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9 seulement aux rancunes d\u2019une femme, aux mauvaises passions de quelques pr\u00eatres, mais \u00e0 la politique jalouse d\u2019un gouvernement appliqu\u00e9 de bonne heure \u00e0 saisir toutes les occasions de mettre la main sur le sacerdoce, et, par un travail sourd mais incessant, \u00e0 subjuguer l\u2019\u00c9glise en la faisant passer dans l\u2019\u00c9tat. Politique mal avis\u00e9e qui, pensant agrandir le pouvoir par une supr\u00e9matie sans contr\u00f4le, pr\u00e9pare les renversements dont il sera la victime, et les malheureux exc\u00e8s o\u00f9 s\u2019emportent les peuples quand, n\u2019apercevant plus cette digue spirituelle qui les prot\u00e9geait contre le despotisme, ils ne demandent qu\u2019\u00e0 leurs passions d\u00e9cha\u00een\u00e9es et \u00e0 la violence le soin de leur dignit\u00e9\u2009! \u00c9trange pr\u00e9tention de ces mi\u00ads\u00e9rables C\u00e9sars de Byzance, impuissants \u00e0 gou\u00adverner l\u2019empire et voulant gouverner les \u00e2mes, voulant porter dans leurs d\u00e9biles mains la terre et les cieux\u2009! \u00c9tabli sur les ruines de la foi et de la vertu par l\u2019amoindrissement et l\u2019abais\u00adsement du principe religieux n\u00e9cessaire au monde, un pouvoir pareil, sans r\u00e8gle et sans frein, mais sans force r\u00e9elle, s\u2019affaisse dans son impuissance sous le faix qui l\u2019\u00e9crase, ou s\u2019\u00e9\u00adcroule honteusement au premier choc qui lui vient du dehors. Le pouvoir le plus illimit\u00e9 est aussi le plus fragile. Non moins dangereux \u00e0 manier qu\u2019\u00e0 subir, il participe \u00e0 l\u2019avilissement des \u00e2mes par lequel seul il se maintient. Le plus bel \u00e9difice, s\u2019il n\u2019est fond\u00e9 que sur la boue, fond et dispara\u00eet dans la boue. Mais, quel que soit le gouvernement qui r\u00e9git une soci\u00e9t\u00e9, f\u00fbt-elle, par malheur, priv\u00e9e d\u2019institutions et de garanties et livr\u00e9e au hasard des pens\u00e9es d\u2019un ma\u00eetre, elle porte en elle-m\u00eame un contre\u00adpoids \u00e0 son abaissement, une force contre la\u00adquelle se brisera le despotisme, si sa cons\u00adcience chr\u00e9tienne lui reste, si cette conscience s\u2019appuie au roc in\u00e9branlable de l\u2019\u00c9glise, \u00e0 ce pouvoir, si doux et si fort, auquel la V\u00e9rit\u00e9 divine a dit\u00a0: <em>Je suis avec vous jusqu\u2019\u00e0 la consommation des si\u00e8cles,<\/em> et qui, de son tr\u00f4ne tremblant et vermoulu, voit passer les empires et les peuples, les rois et les dynasties, les r\u00e9volutions et les si\u00e8cles, invincible dans sa faiblesse, jeune dans sa caducit\u00e9, et ne r\u00e9pon\u00addant aux efforts conjur\u00e9s du monde pour le d\u00e9\u00adtruire que par de paternelles et saintes b\u00e9n\u00e9\u00addictions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-2579\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/08.650px-585x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"585\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/08.650px-585x1024.jpg 585w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/08.650px-171x300.jpg 171w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/08.650px.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 585px) 100vw, 585px\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Saint Jean Chrysostome<\/h5>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><em>\u0152uvres compl\u00e8tes traduites pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais sous la Direction de M. Jeannin<\/em><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Tome Premier, pp. 435-443 \u2013 <strong>Histoire de Saint Jean Chrysostome<\/strong><\/h5>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Sueur-Charruey, Imprimeur-Libraire-Editeur, Arras, 1887<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/exil-persecutions\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Saint Jean Chrysostome - la fin d&#039;une vie d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Dieu\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"181\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/07.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/07.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/07.650px-249x300.jpg 249w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Saint Jean Chrysostome - la fin d'une vie d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Dieu<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/div><\/div><\/div>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/chretiens-de-france\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Saint Jean Chrysostome, aux chr\u00e9tiens de France\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"181\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/07.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/07.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/07.650px-249x300.jpg 249w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Saint Jean Chrysostome, aux chr\u00e9tiens de France<\/div><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Arsace La cabale triomphait\u2009; mais, craignant toujours qu\u2019une tardive r\u00e9sipiscence d\u2019Arcadius v\u00eent lui ravir le fruit de tant&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2572,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[27,2],"tags":[30,271],"class_list":["post-3521","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chrysostome","category-orthodoxie","tag-chrysostome","tag-persecution"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3521","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3521"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3521\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4676,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3521\/revisions\/4676"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2572"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3521"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3521"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3521"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}