{"id":3341,"date":"2020-12-27T15:04:54","date_gmt":"2020-12-27T14:04:54","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=3341"},"modified":"2020-12-27T20:58:00","modified_gmt":"2020-12-27T19:58:00","slug":"la-vie-de-symeon-le-nouveau-theologien-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/12\/27\/la-vie-de-symeon-le-nouveau-theologien-i\/","title":{"rendered":"La vie de Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien &#8211; I"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Dans le monde<\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3262 size-full\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/stsymeon.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"372\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/stsymeon.jpg 250w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/stsymeon-202x300.jpg 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><br \/>\n<strong>1.<\/strong> C\u2019est chose br\u00fblante que la vertu, capable d\u2019animer de son souffle les charbons du d\u00e9sir, et l\u2019\u00e2me n&rsquo;est plus qu\u2019un feu; capable aussi de donner des ailes \u00e0 l&rsquo;intelligence pour l\u2019enlever loin de la terre au ciel, et l&rsquo;homme tout entier devient Dieu.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Puis donc que ce Sym\u00e9on le Grand, objet du pr\u00e9sent ouvrage, fut un amant enflamm\u00e9 de cette vertu, dont il a atteint, autant que personne au monde, les cimes les plus glorieuses, disons \u00e0 tous nos auditeurs ses m\u00e9rites, la sup\u00e9riorit\u00e9 qu\u2019il tenait de sa race et de sa patrie, et la perfection qu\u2019il s&rsquo;est acquise lui-m\u00eame par ses sueurs et ses fatigues asc\u00e9tiques, par ses luttes et ses combats pour la vertu.<\/p>\n<p><strong>2.<\/strong> Sym\u00e9on, fameux pour sa vertu, naquit en Paphlagonie; telle une plante verdoyante et f\u00e9conde, ployant d\u00e8s son \u00e2ge le plus tendre sous les fruits de l&rsquo;Esprit. Il eut pour patrie un bourg qui porte l\u00e0-bas le nom de Galat\u00e9; pour parents des gens nobles et riches, Basile et Th\u00e9ophano, surnomm\u00e9s d\u2019apr\u00e8s leur pays Galatons. Dans un \u00e2ge encore tendre il fut transport\u00e9 par ses parents, comme un objet de haut prix, \u00e0 Constantinople, re\u00e7u par ses grands-parents alors tr\u00e8s en vue au palais imp\u00e9rial, et confi\u00e9 \u00e0 un grammairien qui lui enseigna les premiers \u00e9l\u00e9ments. R\u00e9fl\u00e9chi et plein de sagesse d\u00e8s son jeune \u00e2ge, il s\u2019appliqua s\u00e9rieusement aux \u00e9tudes; sa promptitude naturelle eut vite fait, gr\u00e2ce \u00e0 ses heureuses dispositions d\u2019intelligence, d\u2019en recueillir de l\u2019utilit\u00e9 ; mais quand il voyait les enfants commettre quelque enfantillage ou inconvenance, il se r\u00e9servait, tant sa pens\u00e9e \u00e9tait m\u00fbre d\u00e9j\u00e0, et, l&rsquo;esprit tout occup\u00e9 aux \u00e9tudes, il se tenait loin de ces folies. Comme il touchait bient\u00f4t \u00e0 un \u00e2ge plus parfait, il toucha aussi avec plus d\u2019ardeur \u00e0 des sciences plus parfaites: il r\u00e9ussit \u00e0 la perfection en peu de temps dans la tachygraphie, et apprit cette belle \u00e9criture dont t\u00e9moignent bien les livres \u00e9crits de sa main. Il lui restait \u00e0 perfectionner l\u2019hell\u00e9nisme de sa langue par la culture profane et \u00e0 se munir de rh\u00e9torique; mais ces choses-l\u00e0, homme de grand sens d\u00e8s sa jeunesse, pour \u00e9chapper \u00e0 tout reproche, je ne dis pas qu\u2019il les abandonna compl\u00e8tement, mais du bout des doigts il en prit ce qui lui pouvait servir et n\u2019apprit que ce qu\u2019on appelle la grammaire; le reste, et l&rsquo;on pourrait dire tout le reste de la culture profane, il s\u2019en d\u00e9barrassa, \u00e9vitant les dangers que lui auraient fait courir ses compagnons de classe.<\/p>\n<p><strong>3.<\/strong> Son oncle paternel voyait qu\u2019il se distinguait par une beaut\u00e9 et une \u00e9l\u00e9gance peu communes; et comme il jouissait d\u2019un grand cr\u00e9dit aupr\u00e8s de ceux qui portaient alors le sceptre imp\u00e9rial (c\u2019\u00e9taient Basile et Constantin les deux fr\u00e8res porphyrog\u00e9n\u00e8tes) en sa qualit\u00e9 de (chef des?) c\u00e9tonites, il m\u00e9dita de pr\u00e9senter son neveu \u00e0 l\u2019autocrator et de le faire entrer dans son intimit\u00e9. Mais les larmes de Sym\u00e9on repouss\u00e8rent le plan de son oncle: il ne voulait pas entrer en relation avec les hommes alors au pouvoir, pour ne pas perdre Dieu en gagnant des choses de nul prix. A grand\u2019peine consent-il sur ses instances \u00e0 la dignit\u00e9 de spatharocubiculaire et \u00e0 devenir membre du s\u00e9nat. Voyez la v\u00e9ritable noblesse: elle n\u2019est pas encha\u00een\u00e9e par les liens et les servitudes du si\u00e8cle, elle ne fut jamais vaincue par le clinquant tant ambitionn\u00e9 de cette vie. Tandis que l\u2019un avait h\u00e2te de le faire briller dans le monde par une gloire passag\u00e8re, l\u2019autre, avec sagesse, repoussa en partie ces propositions, et en partie les admit par un accommodement qui r\u00e9servait l\u2019avenir. Soudain cet homme illustre est arrach\u00e9 \u00e0 la vie pr\u00e9sente par une mort extraordinaire. Sym\u00e9on saisit l\u2019occasion, abandonne tout, s\u2019enfuit aussit\u00f4t du monde et des choses du monde, et se r\u00e9fugie en Dieu. Ainsi toute \u00e2me bless\u00e9e d\u2019amour pour les beaut\u00e9s c\u00e9lestes et prise du d\u00e9sir de la gloire de l\u2019au-del\u00e0, m\u00e9prise ais\u00e9ment l\u2019\u00e9clat des vanit\u00e9s visibles et se donne toute enti\u00e8re aux esp\u00e9rances et aux jouissances de l\u2019au-del\u00e0, p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e qu\u2019elle est chaque jour dans tous ses sens spirituels de la douceur des biens de la pens\u00e9e, et appliqu\u00e9e \u00e0 trouver de plus en plus parfaitement l\u2019objet de ses d\u00e9sirs.<\/p>\n<p><strong>4.<\/strong> Il se rend donc au fameux monast\u00e8re de Stoudion. Il cherche celui qui depuis son enfance lui avait servi de p\u00e8re spirituel et de ma\u00eetre: c\u2019\u00e9tait Sym\u00e9on, cet homme si grand par la vertu, arriv\u00e9, si jamais quelqu\u2019un y est arriv\u00e9, au sommet de l\u2019apatheia, celui \u00e0 qui sa pi\u00e9t\u00e9 envers Dieu et la modestie de ses mani\u00e8res avait valu un surnom significatif de r\u00e9serve et de modestie. Il se pr\u00e9sente \u00e0 lui, l\u2019informe de son dessein, demande \u00e0 \u00eatre re\u00e7u, \u00e0 changer de vie sur le champ, et \u00e0 prendre rang parmi les moines. Mais le P\u00e8re, en bon connaisseur de la vie monastique et des impostures du Malin, n\u2019y consent pas pour le moment; il bride au contraire l\u2019\u00e9lan de cet enfant qui n\u2019avait pas encore achev\u00e9 sa quatorzi\u00e8me ann\u00e9e, et lui sugg\u00e8re d\u2019attendre l\u2019\u00e9poque d\u2019un d\u00e9veloppement plus avanc\u00e9. Mais, d\u00e8s son enfance, dans la maison de son oncle, Sym\u00e9on couvait int\u00e9rieurement la flamme de l\u2019amour divin; et d\u00e8s lors, sans compter le reste, il s\u2019adonnait avec un z\u00e8le extr\u00eame \u00e0 l\u2019oraison et \u00e0 la lecture. Un jour, il re\u00e7oit des mains de son ma\u00eetre un livre contenant les \u00e9crits de Marc et de Diadoque, ces deux hommes merveilleux; il l\u2019ouvre, et trouve aussit\u00f4t un passage ainsi con\u00e7u: \u00ab <em>Si tu cherches un profit, occupe-toi de ta conscience, fais tout ce qu\u2019elle te dit, et tu trouveras ce profit<\/em> \u00bb. Il \u00e9coute cette parole comme si elle sortait de la bouche de Dieu et se met \u00e0 s\u2019occuper de sa conscience. Celle-ci, \u00e9l\u00e9ment divin en l\u2019homme, lui sugg\u00e9rait chaque jour dans sa ferveur spirituelle des choses plus parfaites et lui donnait de nouveaux accroissements de bien. D\u00e8s lors il prolongeait son oraison et sa m\u00e9ditation jusqu\u2019au chant du coq. Son r\u00e9gime, r\u00e9duit au strict n\u00e9cessaire, favorisait aussi la dur\u00e9e de son oraison et de ses lectures; avant m\u00eame de renoncer au monde, il embrassait dans son corps, tout d\u00e9licat et jeunet, la vie des \u00eatres sans corps. Aussi n\u2019eut-il pas besoin de longues ann\u00e9es pour s\u2019\u00e9chapper enti\u00e8rement des choses visibles et entrer clans les contemplations invisibles de Dieu. Peu de temps se passa, et la gr\u00e2ce de l&rsquo;Esprit, trouvant son \u00e2me d\u00e9gag\u00e9e de la mati\u00e8re et embras\u00e9e de l\u2019amour de son Cr\u00e9ateur, la ravit de terre sur les ailes du d\u00e9sir des choses intelligibles, et l\u2019\u00e9leva \u00e0 la vision et aux r\u00e9v\u00e9lations du Seigneur.<\/p>\n<p><strong>5.<\/strong> Or, une nuit, comme il \u00e9tait en pri\u00e8re, et que son intelligence purifi\u00e9e \u00e9tait unie \u00e0 l\u2019intelligence premi\u00e8re, il vit une lumi\u00e8re d\u2019en haut, jetant tout \u00e0 coup du haut des cieux ses clart\u00e9s sur lui, lumi\u00e8re pure et immense, \u00e9clairant tout et produisant une splendeur pareille au jour. Illumin\u00e9 lui aussi par elle, il lui semblait que la maison toute enti\u00e8re, avec, la cellule o\u00f9 il se tenait, s\u2019\u00e9tait \u00e9vanouie et avait pass\u00e9 en un clin d\u2019\u0153il au n\u00e9ant, que lui-m\u00eame se trouvait ravi en l\u2019air et avait oubli\u00e9 enti\u00e8rement son corps. Dans cet \u00e9tat, comme il disait et \u00e9crivait \u00e0 ses confidents, il fut alors rempli d\u2019une grande joie et inond\u00e9 de chaudes larmes ; stup\u00e9fait devant l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de ce merveilleux \u00e9v\u00e9nement, car il n\u2019\u00e9tait pas encore initi\u00e9 \u00e0 de pareilles r\u00e9v\u00e9lations, il criait \u00e0 haute voix, sans se lasser: \u00ab <em>Seigneur, ayez piti\u00e9 de moi<\/em> \u00bb comme il s\u2019en rendit compte une fois revenu \u00e0 lui; car au moment m\u00eame il ignorait tout \u00e0 fait que sa voix parlait ou que ses paroles \u00e9taient entendues au-dehors. Dans cette lumi\u00e8re donc, il re\u00e7ut la force de voir, et voici que lui appara\u00eet vers les hauteurs du ciel une sorte de nu\u00e9e tr\u00e8s lumineuse, sans forme ni contours, et pleine de l\u2019ineffable gloire de Dieu, Et \u00e0 la droite de cette nu\u00e9e il aper\u00e7ut, debout, son p\u00e8re Sym\u00e9on le Studite dans le v\u00eatement qu\u2019il avait coutume de porter de son vivant, regardant fixement cette lumi\u00e8re divine et lui adressant sans aucune distraction ses pri\u00e8res. Ayant pass\u00e9 ainsi en extase un temps consid\u00e9rable, il ne sentait pas s\u2019il \u00e9tait alors dans son corps ou hors de son corps, comme il le dit et l&rsquo;affirma depuis. Tr\u00e8s tard enfin, cette lumi\u00e8re s\u2019\u00e9tant peu \u00e0 peu retir\u00e9e, il se revit dans son corps et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sa cellule, et il trouva son c\u0153ur rempli d\u2019une joie ineffable et sa bouche criant \u00e0 haute voix, comme il a \u00e9t\u00e9 dit, \u00ab <em>Seigneur, ayez piti\u00e9<\/em> \u00bb, et sa personne tout enti\u00e8re inond\u00e9e de larmes plus douces que le miel et le rayon de miel. A partir de ce moment, il sentit son corps devenu subtil et l\u00e9ger et comme spirituel, et ce sentiment persista longtemps. Tel est l\u2019effet de la puret\u00e9, et si grande l\u2019action de l\u2019amour divin dans les \u00e2mes vertueuses.<\/p>\n<p><strong>6.<\/strong> Apr\u00e8s cette vision l\u2019admirable Sym\u00e9on \u00e9tait encore plus enflamm\u00e9 du feu divin; il demanda avec insistance \u00e0 son p\u00e8re de lui conf\u00e9rer la tonsure. D\u2019un regard proph\u00e9tique celui-ci pr\u00e9voyait le moment favorable; mais jugeant la d\u00e9licatesse: de ce jeune homme trop peu ferme pour supporter les rigueurs de l\u2019asc\u00e8se, il ne crut pas bon de le faire alors. Apr\u00e8s une p\u00e9riode de six ann\u00e9es \u00e0 partir de cette formidable vision, Sym\u00e9on, pour je ne sais quelle raison, se pr\u00e9parait \u00e0 un voyage dans son pays natal. Il s\u2019en va revoir son p\u00e8re spirituel dans le c\u00e9l\u00e8bre monast\u00e8re de Stoudion. D\u00e8s qu\u2019il le vit, cet homme admirable lui dit: \u00ab <em>C\u2019est le moment, mon fils, de changer, si tu veux, de costume et de vie<\/em> \u00bb. Cette parole fut un charbon ardent au c\u0153ur du jeune homme: \u00ab <em>Et pourquoi, p\u00e8re, lui dit-il, ne me l\u2019avez-vous pas dit plus t\u00f4t, \u00e0 moi, votre enfant ? Mais d\u00e8s maintenant j\u2019abandonne le monde et tout ce qui s\u2019y trouve, et puisque la mission que m\u2019a confi\u00e9e le service de l\u2019empereur me force \u00e0 partir pour mon pays natal, j\u2019y recueille tout ce qui m\u2019appartient, reviens, et remets tout, et moi-m\u00eame, entre les mains de votre saintet\u00e9<\/em> \u00bb. Il dit, se met en route, et arrive en h\u00e2te chez lui. Comme c\u2019\u00e9tait alors l\u2019\u00e9poque du jeune, il se donna tout entier aux combats pour la vertu. En faisant des recherches dans la biblioth\u00e8que de sa famille, il y prend le livre de l\u2019\u00c9chelle du bienheureux Jean. Il se le rendit familier, et comme une bonne terre il recevait dans son c\u0153ur la semence de la parole et se pr\u00e9parait \u00e0 cro\u00eetre de jour en jour et \u00e0 porter des fruits. Il y avait l\u00e0 une cellule fort \u00e9troite pr\u00e8s de l\u2019entr\u00e9e d\u2019un oratoire\u2009; il y entrait seul et y demeurait\u2009; la nuit, il fermait les portes de l\u2019oratoire sur lui, et priait trois heures durant\u2009; le jour, tant\u00f4t il priait en secret le P\u00e8re c\u00e9leste, tant\u00f4t il fr\u00e9quentait les Saintes \u00c9critures. Les prouesses surhumaines de ceux qui se sont distingu\u00e9s dans l\u2019ob\u00e9issance et les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s par ceux qui la pratiqu\u00e8rent avec ferveur, lui inspiraient le d\u00e9sir d\u2019engager lui aussi le m\u00eame combat. Ainsi, en fr\u00e9quentant ce livre que nous avons dit, il trouva ces lignes textuelles\u00a0: \u00ab\u2009<em>L\u2019insensibilit\u00e9 est la mort de l\u2019\u00e2me et la mort de l\u2019intelligence avant la mort du corps<\/em>\u2009\u00bb. A la lecture de cette sentence, Sym\u00e9on avait trouv\u00e9 dans ce livre le salut qu\u2019il cherchait\u2009; il se mit \u00e0 prier et \u00e0 veiller dans des tombeaux, \u00e0 peindre dans son c\u0153ur l\u2019image des cadavres\u2009; il entreprit une guerre int\u00e9rieure sans restriction, intensifiant ses je\u00fbnes et ses veilles et s\u2019entretenant du souvenir de la mort et du jugement.<\/p>\n<p><strong>7.<\/strong> Ainsi faisait-il. Une nuit qu\u2019il priait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019oratoire o\u00f9 se trouvait un cercueil avec des cadavres, les portes \u00e9tant ferm\u00e9es comme d\u2019habitude, voici qu\u2019une troupe de d\u00e9mons mena\u00e7ants d\u00e9vale, et se jette sur l\u2019oratoire\u2009; tous ensemble poussent les portes, les ouvrent pour l\u2019enlever, et font un tel vacarme qu\u2019il crut que les portes se brisaient, projet\u00e9es contre les parois de part et d\u2019autre. \u00c9pouvant\u00e9, il \u00e9leva les mains vers le ciel pour implorer le secours divin. Quand les esprits mauvais le virent ainsi immobile, debout pendant des heures, vaincus, ils s\u2019enfuirent. Mais les mains dess\u00e9ch\u00e9es par ce long effort de tension ne se repliaient plus\u2009; douloureusement et \u00e0 grand-peine, il parvint \u00e0 les contracter\u2009; puis il vit avec stupeur les portes ferm\u00e9es. D\u00e8s lors il eut plus de courage contre les d\u00e9mons\u2009; dans son assurance, il ne comptait plus pour rien leurs attaques, et se persuada qu\u2019ils n\u2019ont aucune force contre nous, \u00e0 moins que nous ne soyons abandonn\u00e9s de Dieu. Dans ces dispositions et avec cette conduite, il se d\u00e9tachait de tout souci temporel, et ne s\u2019occupait que de l\u2019oraison et de la lecture. Si parfois l\u2019ennui venait le tourmenter, il s\u2019en allait vers les lieux o\u00f9 se trouvaient les tombeaux, et assis sur l\u2019un d\u2019eux, il interrogeait en esprit les morts enterr\u00e9s l\u00e0\u2009; tant\u00f4t il se livrait \u00e0 la componction, tant\u00f4t il poussait des cris lamentables entrem\u00eal\u00e9s de larmes. Par toutes ces pratiques et d\u2019autres semblables il s\u2019ing\u00e9niait \u00e0 arracher de son c\u0153ur le voile de l\u2019insensibilit\u00e9. Tel fut, d\u00e8s les d\u00e9buts, le combat de l\u2019admirable Sym\u00e9on, telle fut son occupation quand il \u00e9tait encore la\u00efque. La gr\u00e2ce de Dieu agissait tellement en lui, que la contemplation des cadavres s\u2019imprimait dans son intelligence comme une image que l\u2019on trace sur un mur. Plus encore\u00a0: tous ses sens se transform\u00e8rent, si bien que d\u00e8s lors le visage de tout homme, l\u2019\u00e9clat de toute beaut\u00e9, tout ce qui vit et se meut lui apparaissait en r\u00e9alit\u00e9 comme mort.<\/p>\n<p><strong>8.<\/strong> Comme l\u2019\u00e9poque de son d\u00e9part pour la capitale \u00e9tait imminente, et que son p\u00e8re le voyait h\u00e2ter les pr\u00e9paratifs du voyage, impuissant \u00e0 le faire d\u00e9vier de son but fix\u00e9 en Dieu, bien qu\u2019il m\u00eet tout en \u0153uvre pour cela, il le prit en particulier et commen\u00e7a \u00e0 le supplier en pleurant\u00a0:<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-top\" style=\"border-color:#FFB236 !important;font-size:22px !important;\"><blockquote><p style=\"font-size:22px !important;\">\u2009Ne m\u2019abandonne pas en ma vieillesse, mon enfant, je t\u2019en supplie\u2009; tu vois bien en effet que la fin de mes jours approche, et que le temps n\u2019est pas loin de ma dissolution. Quand tu auras mis mon corps au tombeau, alors va o\u00f9 tu veux et suis la route qui te plaira, mais maintenant ne songe pas \u00e0 m\u2019imposer le grand chagrin de la s\u00e9paration. Tu sais que je n\u2019ai que toi pour b\u00e2ton de ma vieillesse et consolation de mon \u00e2me\u2009; \u00eatre priv\u00e9 de toi, je pense que c\u2019est la mort. <\/p><\/blockquote><\/div>\n<p>Ainsi parla le p\u00e8re, et plus longuement encore, en versant des flots de larmes. Mais le fils, sup\u00e9rieur d\u00e9j\u00e0 aux lois pos\u00e9es par la nature, pr\u00e9f\u00e9rait le P\u00e8re c\u00e9leste au p\u00e8re de la terre\u00a0:<\/p>\n<div class=\"perfect-pullquote vcard pullquote-align-full pullquote-border-placement-top\" style=\"border-color:#FFB236 !important;font-size:22px !important;\"><blockquote><p style=\"font-size:22px !important;\">\u2009Il m\u2019est impossible, dit-il, de rester plus longtemps dans le si\u00e8cle, mon p\u00e8re, ne f\u00fbt-ce que pour peu de temps\u2009; car nous ne savons ce que nous apportera demain, et pr\u00e9f\u00e9rer quelque chose au service du Seigneur serait, pour moi du moins, un risque et un danger. <\/p><\/blockquote><\/div>\n<p><strong>9.<\/strong> II dit\u2009; et tout aussit\u00f4t il renon\u00e7a par \u00e9crit \u00e0 toute la fortune qui lui revenait de ses parents\u2009; n\u2019emportant que ses propres affaires, des serviteurs et ce qui lui appartenait des autres revenus, il monte \u00e0 cheval et s\u2019enfuit en une course effr\u00e9n\u00e9e, comme Lot, sans un regard en arri\u00e8re sur les g\u00e9missements de sa famille et sans plus se pr\u00e9occuper du service officiel qu\u2019on lui avait confi\u00e9. Ainsi est plus violent que toute autre chose et que l\u2019affection m\u00eame de la nature pour les parents, le br\u00fblant amour du P\u00e8re c\u00e9leste. Il ne conna\u00eet la contrainte d\u2019aucune intimit\u00e9 naturelle, aucune menace humaine ne le peut vaincre\u00a0: le meilleur l\u2019emporte sur le moins bon et brise les attaches qui captivaient la pens\u00e9e souveraine dans le sentiment du cr\u00e9\u00e9. Dans ces dispositions l\u2019admirable Sym\u00e9on ordonne \u00e0 ses gens de prendre les devants\u2009; tant\u00f4t lui-m\u00eame restait en arri\u00e8re et suivait plein de componction, tant\u00f4t il les pr\u00e9c\u00e9dait tellement qu\u2019on ne pouvait plus entendre ses lamentations. Aussi bien remplissait-il de ses g\u00e9missements les montagnes, et les vall\u00e9es de ses exclamations plaintives, pour donner quelque soulagement \u00e0 son amour de Dieu. Or, un jour qu\u2019il avan\u00e7ait de la sorte, et qu\u2019il \u00e9tait arriv\u00e9 au milieu des montagnes, il est tout \u00e0 coup entour\u00e9 d\u2019en-haut, comme d\u2019un feu, par les clart\u00e9s de la gr\u00e2ce de l\u2019Esprit tel Paul autrefois, et tout entier rempli d\u2019une joie et d\u2019une douceur ineffables, augmentant son amour de Dieu et sa confiance en son p\u00e8re spirituel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3264\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/symeon.500px.01.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"619\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/symeon.500px.01.jpg 500w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/symeon.500px.01-194x300.jpg 194w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><em>Un grand mystique byzantin. Vie de Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien (949-1022) <\/em>par Nic\u00e9tas St\u00e9thatos.<br \/>\nTexte grec in\u00e9dit publi\u00e9 avec introduction et notes critiques par le p. Ir\u00e9n\u00e9e Hausherr S.J. et traduction fran\u00e7aise en collaboration avec le p. Gabriel Horn S. J., p. 3-19<br \/>\nOrientalia Christiana, Vol. XIII, Num. 45, Iulio et Augusto 1928 &#8211; Pont. Institutum Orientalium Studiorum, Roma<\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/vie-saint-symeon-le-nouveau\/\" class=\"vlp-link\" title=\"La vie de saint Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien par Nic\u00e9tas St\u00e9thatos\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"216\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/symeon.650px.02.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/symeon.650px.02.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/symeon.650px.02-208x300.jpg 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">La vie de saint Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien par Nic\u00e9tas St\u00e9thatos<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/div><\/div><\/div>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/saint-symeon-le-nouveau-theologien\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Saint Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien [12 mars]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"216\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/symeon.650px.02.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/symeon.650px.02.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/symeon.650px.02-208x300.jpg 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Saint Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien [12 mars]<\/div><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Dans le monde 1. 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