{"id":2729,"date":"2020-11-09T12:10:49","date_gmt":"2020-11-09T11:10:49","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=2729"},"modified":"2020-11-09T12:10:49","modified_gmt":"2020-11-09T11:10:49","slug":"bienheureux-augustin-iv","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/11\/09\/bienheureux-augustin-iv\/","title":{"rendered":"La vie du Bienheureux Augustin, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Hippone &#8211; IV"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\">F\u00eat\u00e9 le 28 ao\u00fbt<\/h3>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Verbo Dei dum obedit,<\/em><br \/>\n<em>Credit errans, et accedit<\/em><br \/>\n<em>Ad baptismi gratian.<\/em><\/h4>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Firmans fidem, formans mores,<\/em><br \/>\n<em>Legis sacrae perversores<\/em><br \/>\n<em>Verbi necat gladio.<\/em><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1000\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1000\" class=\"wp-image-1000 size-full\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.b.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"543\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.b.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.b.940px-300x173.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.b.940px-768x444.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><p id=\"caption-attachment-1000\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Touch\u00e9 par la parole de Dieu, il ram\u00e8ne son esprit<\/em><br \/>\n<em>Dans les sentiers de la foi, et s\u2019offre de lui-m\u00eame \u00e0 la gr\u00e2ce du bapt\u00eame.<\/em><br \/>\n<em>Il affermit la foi, il forme les m\u0153urs, et arm\u00e9 du glaive de la parole, il extermine les corrupteurs de la loi de Dieu.<\/em><\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\">Prose de saint Augustin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">IV<\/h3>\n<p>Outre les Manich\u00e9ens et les Donatistes, il fit encore la guerre aux P\u00e9lagiens. P\u00e9lage, anglais de nation, d\u2019un esprit inquiet et remuant, mais tr\u00e8s artificieux, avait r\u00e9pandu partout sa pernicieuse doctrine, niant que la gr\u00e2ce f\u00fbt n\u00e9cessaire pour vouloir le bien et pour pratiquer la vertu, et soutenant que le libre arbitre seul, avec les dons et les qualit\u00e9s naturelles, \u00e9tait suffisant pour l\u2019un et pour l\u2019autre. Il avait si bien d\u00e9guis\u00e9 ses faux dogmes, qu\u2019au Synode de Diospolis il passa pour orthodoxe mais Augustin, ayant d\u00e9couvert le venin qui \u00e9tait cach\u00e9 dessous, \u00e9crivit fortement contre lui, et prouva divinement la n\u00e9cessit\u00e9 de la gr\u00e2ce int\u00e9rieure pour porter notre volont\u00e9 \u00e0 produire les actes surnaturels, par lesquels nous m\u00e9ritons la gloire \u00e9ternelle. Il employa dix ann\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 r\u00e9pondre aux \u00e9crits de cet h\u00e9r\u00e9siarque\u2009; il le fit avec une \u00e9loquence si admirable et dans un style si sublime que, comme dans le reste de ses ouvrages, il surpasse de beaucoup les autres Docteurs, il semble qu\u2019en \u00e9crivant sur cette mati\u00e8re, il se soit surpass\u00e9 lui-m\u00eame. Saint J\u00e9r\u00f4me, ayant lu ce qu\u2019il avait \u00e9crit, ne voulut plus composer sur ce sujet, parce que, le trouvant \u00e9puis\u00e9 par saint Augustin, il avouait qu\u2019il n\u2019y avait rien \u00e0 y ajouter. On peut voir les trait\u00e9s qui nous en sont demeur\u00e9s, o\u00f9 il montre la n\u00e9cessit\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 de la gr\u00e2ce, les ravages du p\u00e9ch\u00e9 originel, la corruption de notre nature par ce p\u00e9ch\u00e9, et la libert\u00e9 dont l\u2019homme jouit toujours dans sa plus grande faiblesse. Il prouve toutes ces v\u00e9rit\u00e9s par des textes si formels de l\u2019\u00c9criture, et les explique avec tant de nettet\u00e9 et de si belles pens\u00e9es, que tous ceux qui ont voulu depuis traiter solidement cette mati\u00e8re, se sont attach\u00e9s \u00e0 ses sentiments et ont suivi ses principes, sans crainte de s\u2019\u00e9garer dans un sujet si \u00e9pineux. Dans le concile de Carthage et de Mil\u00e8ve, il fut charg\u00e9 d\u2019\u00e9crire contre P\u00e9lage, et de faire savoir aux fid\u00e8les ce qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 et depuis, les textes de ses \u00e9crits ont servi \u00e0 composer les d\u00e9finitions et les Canons que les Conciles g\u00e9n\u00e9raux et provinciaux ont faits sur la m\u00eame mati\u00e8re, et les souverains Pontifes ont renvoy\u00e9 \u00e0 sa doctrine ceux qui voudraient savoir quel est le sentiment de l\u2019\u00c9glise touchant la gr\u00e2ce divine.<\/p>\n<p>Il est vrai que Cassien, auteur des Conf\u00e9rences, et Fauste, \u00e9v\u00eaque de Riez en Provence (Semi-P\u00e9lagiens), trouv\u00e8rent \u00e0 redire \u00e0 ce qu\u2019il avait \u00e9crit touchant la n\u00e9cessit\u00e9 de la gr\u00e2ce pour toutes sortes d\u2019actions salutaires, et compos\u00e8rent contre lui quelques ouvrages, o\u00f9 ils tach\u00e8rent de donner quelques adoucissements \u00e0 sa doctrine\u2009; saint Hilaire m\u00eame et saint Prosper, ses plus z\u00e9l\u00e9s disciples, le pri\u00e8rent de s\u2019expliquer, parce que plusieurs, interpr\u00e9tant mal ses sentiments, prenaient de l\u00e0 occasion de s\u2019abandonner \u00e0 l\u2019oisivet\u00e9 ou au d\u00e9sespoir. Mais il fit encore triompher la v\u00e9rit\u00e9 contre ces restes du P\u00e9lagianisme, par les livres <em>De la Pr\u00e9destination des Saints<\/em>, et du <em>Bien de la Pers\u00e9v\u00e9rance<\/em> apr\u00e8s avoir justifi\u00e9 ses sentiments par des raisonnements tir\u00e9s de l\u2019\u00c9criture sainte et des ouvrages de saint Cyprien, de saint Ambroise et de saint Gr\u00e9goire de Nazianze, il dit : \u00ab<em>\u2009Je sais certainement que nul ne peut, sans errer, disputer contre cette doctrine que nous enseignons et que nous d\u00e9fendons par l\u2019autorit\u00e9 des saintes \u00c9critures<\/em>\u2009\u00bb. Puis il ajoute : \u00ab\u2009<em>Que celui qui entendra ces v\u00e9rit\u00e9s en rende gr\u00e2ces \u00e0 Dieu, mais que celui qui ne les comprendra pas, prie le Docteur int\u00e9rieur des \u00e2mes de lui tirer le rideau qui lui cache ces myst\u00e8res, et de lui lever la taie des yeux, qui l\u2019emp\u00eache de les voir, afin qu\u2019il ne demeure pas plus longtemps dans l\u2019erreur<\/em>\u2009\u00bb. Ces paroles font voir, vu la grande modestie de notre saint Docteur, qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s persuad\u00e9 qu\u2019il d\u00e9fendait le parti de la v\u00e9rit\u00e9. En effet, apr\u00e8s sa mort, le pape saint C\u00e9lestin, \u00e9crivant aux \u00e9v\u00eaques de France, rend de lui cet illustre t\u00e9moignage : \u00ab\u2009<em>Nous avons toujours tenu dans notre communion le bienheureux Augustin, pour sa vie et pour ses m\u00e9rites, on n\u2019a jamais eu le moindre soup\u00e7on, ni de la puret\u00e9 de sa foi, ni de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de ses m\u0153urs au contraire, nous savons que tous nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs l\u2019ont aim\u00e9 et honor\u00e9 comme un tr\u00e8s excellent Docteur de l\u2019\u00c9glise<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>La d\u00e9faite de Jovinien augmenta encore le nombre des victoires de saint Augustin. C\u2019\u00e9tait un pr\u00eatre de V\u00e9nus plut\u00f4t que de J\u00e9sus Christ, tenant \u00e9cole ouverte \u00e0 Rome\u2009; il y enseignait, au pr\u00e9judice de la chastet\u00e9 religieuse, que le mariage devait \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 la continence\u2009; notre saint Pr\u00e9lat combattit cette erreur. Il \u00e9crivit et pr\u00eacha contre elle, et, par la force de sa doctrine, il renversa les maximes de ce faux pr\u00eatre et excita les fid\u00e8les \u00e0 l\u2019amour de la puret\u00e9. Nous ne nous \u00e9tendrons pas sur Maximin et F\u00e9licien, Ariens\u2009; sur Parm\u00e9nien, Cresconius, Gaudence et P\u00e9tilien, Donatistes\u2009; sur C\u00e9lestius, Julien, \u00e9v\u00eaque de Capoue, P\u00e9lagiens, et enfin sur plusieurs autres qu\u2019il terrassa. Pour ne pas grossir excessivement cette histoire, il suffit de dire que tous leurs artifices n\u2019ont servi qu\u2019\u00e0 \u00e9riger de nouveaux troph\u00e9es \u00e0 la gloire d\u2019Augustin mais nous ne pouvons omettre ce qu\u2019il a fait pour achever de confondre et de d\u00e9truire l\u2019idol\u00e2trie.<br \/>\nLorsque Alaric, roi des Goths et arien de religion, s\u2019empara de la ville de Rome, qu\u2019il mit au pillage et saccagea enti\u00e8rement, except\u00e9 les habitants qui s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s dans l\u2019\u00e9glise de Saint-Pierre, les pa\u00efens rejet\u00e8rent ces malheurs sur les chr\u00e9tiens, publiant que, depuis qu\u2019on avait cess\u00e9 d\u2019adorer les dieux de l\u2019empire, ils avaient \u00e9t\u00e9 accabl\u00e9s de toutes sortes de calamit\u00e9s. Mais notre incomparable Docteur, ne pouvant souffrir que l\u2019on f\u00eet cet injuste reproche \u00e0 l\u2019\u00c9glise de J\u00e9sus Christ, entreprit aussit\u00f4t sa d\u00e9fense pour la justifier de cette calomnie. Il composa pour cet effet les vingt-deux livres de la Cit\u00e9 de Dieu, qu\u2019il d\u00e9dia au tribun Marcellin\u2009; il y montre, avec autant d\u2019\u00e9loquence que de solidit\u00e9, que ces grandes calamit\u00e9s n\u2019\u00e9taient arriv\u00e9es qu\u2019\u00e0 cause du culte des faux dieux, que le temple de Saint-Pierre a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 par les barbares, que la religion chr\u00e9tienne a pu les adoucir un peu.<\/p>\n<p>Enfin, saint Augustin ne s\u2019est pas content\u00e9 de combattre les ennemis de la foi et de d\u00e9sarmer les infid\u00e8les, les h\u00e9r\u00e9tiques, les libertins et les schismatiques, mais il a voulu travailler encore pour l\u2019\u00c9glise universelle car, outre les ouvrages pol\u00e9miques qu\u2019il a compos\u00e9s, il a fait des trait\u00e9s pour tous les \u00e9tats de la vie civile et chr\u00e9tienne. Les gens mari\u00e9s, les veuves, les vierges, les r\u00e9guliers, les eccl\u00e9siastiques et les la\u00efques trouvent dans ses livres les plus solides maximes pour leur conduite. Sa doctrine est comme un fleuve dont la source ne tarit jamais, qui se r\u00e9pand universellement sur toutes les branches de l\u2019\u00c9glise pour les rendre florissantes et fertiles en toutes sortes de bonnes \u0153uvres et de fruits dignes de J\u00e9sus Christ. Il a dress\u00e9 les pr\u00e9ceptes de la grammaire pour les enfants, il a compos\u00e9 une rh\u00e9torique pour les orateurs, il a expliqu\u00e9 les cat\u00e9gories pour les philosophes, il a recherch\u00e9 avec beaucoup de travail et d\u2019exactitude ce qu\u2019il y avait de plus rare dans l\u2019antiquit\u00e9 pour les curieux, il a \u00e9crit des volumes entiers de th\u00e9ologie positive pour les pr\u00e9dicateurs, il a trait\u00e9 avec une p\u00e9n\u00e9tration merveilleuse les myst\u00e8res de la religion la Trinit\u00e9, les processions divines, l\u2019Incarnation, la pr\u00e9destination et la gr\u00e2ce pour les th\u00e9ologiens, il a laiss\u00e9 des m\u00e9ditations toutes de feu et de sublimes contemplations pour les mystiques\u2009; il a fourni quantit\u00e9 de belles lois pour les jurisconsultes\u2009; en un mot, il a enrichi l\u2019\u00c9glise d\u2019innombrables \u00e9crits, armes redoutables et invincibles pour renverser ceux qui osent l\u2019attaquer.<\/p>\n<p>Le pape Martin V, dans le sermon qu\u2019il a fait \u00e0 la translation des reliques de sainte Monique, proclame qu\u2019aucun Saint n\u2019a rendu de si grands services \u00e0 l\u2019\u00c9glise qu\u2019Augustin. Saint Paulin, \u00e9v\u00eaque de Noie, son intime ami, dit, dans une lettre qu\u2019il lui \u00e9crit, qu\u2019il est le sel de la terre, dont on assaisonne les c\u0153urs pour les rendre incorruptibles, une Fournaise de charit\u00e9 et un S\u00e9raphin br\u00fblant du feu de l\u2019amour de Dieu, un Flambeau pos\u00e9 sur le chandelier qui dissipe les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019erreur, et, par sa br\u00fblante lumi\u00e8re, met toutes les v\u00e9rit\u00e9s catholiques dans leur plus beau jour. Sulpice S\u00e9v\u00e8re le nomme l\u2019Abeille industrieuse qui nourrit les fid\u00e8les de son miel, et tue les h\u00e9r\u00e9tiques de son aiguillon. Saint Remi d\u2019Auxerre dit qu\u2019il surpasse autant les autres Docteurs dans l\u2019exposition des \u00c9critures, que le soleil surpasse les petits flambeaux qui s\u2019allument la nuit dans le ciel. Saint J\u00e9r\u00f4me, dans une de ses lettres, lui parle en ces termes : \u00ab\u2009<em>Votre vertu se pr\u00eache partout o\u00f9 il y a des langues qui savent parler\u2009; les catholiques vous honorent et vous reconnaissent pour le restaurateur de leur ancienne loi et ce qui augmente votre gloire, c\u2019est que les h\u00e9r\u00e9tiques vous appr\u00e9hendent comme leur plus redoutable ennemi<\/em>\u2009\u00bb. S\u00e9rapion, dans un trait\u00e9 qu\u2019il adresse \u00e0 Arnobe le Jeune, et qui se trouve parmi les \u0153uvres de saint Ir\u00e9n\u00e9e, dit : \u00ab<em>\u2009Sa science est si irr\u00e9prochable, qu\u2019on ne peut la censurer sans se convaincre d\u2019h\u00e9r\u00e9sie par sa propre bouche<\/em>\u2009\u00bb. Et Arnobe, dans sa r\u00e9ponse, lui avoue qu\u2019il est dans le m\u00eame sentiment et qu\u2019il soutient sa doctrine avec autant de fermet\u00e9 que si les Ap\u00f4tres la lui avaient dict\u00e9e. Saint Gr\u00e9goire, pape, conseille de lire ses ouvrages, pour engraisser son \u00e2me d\u2019une viande d\u00e9licieuse. Enfin, les \u00e9crivains eccl\u00e9siastiques l\u2019appellent le Miroir des pr\u00e9lats, le Ma\u00eetre de la th\u00e9ologie, l\u2019Ornement des \u00e9v\u00eaques, l\u2019Eclat de tout l\u2019Ordre sacerdotal, la Lumi\u00e8re des Docteurs, le Soleil de l\u2019Afrique, le Bouclier de la foi, le Fl\u00e9au des h\u00e9r\u00e9tiques, le Temple de la religion, le Firmament de l\u2019Eglise, et la Colonne in\u00e9branlable de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais ce qu\u2019il y a de plus admirable en lui, c\u2019est d\u2019avoir su parfaitement unir, avec sa profonde \u00e9rudition, une grande tendresse de c\u0153ur pour Dieu et des sentiments extatiques de d\u00e9votion dans ses pri\u00e8res. Souvent la science ne donne que de brillantes lumi\u00e8res \u00e0 l\u2019esprit, sans exciter le feu de l\u2019amour divin. Augustin n\u2019a pas s\u00e9par\u00e9 la pratique de la th\u00e9orie\u2009; son c\u0153ur a re\u00e7u les m\u00eames impressions que son esprit\u2009; et, comme il a eu d\u2019admirables connaissances de la Divinit\u00e9, il a senti de merveilleuses ardeurs d\u2019amour pour elle. Il ne faut que jeter les yeux sur ses <em>Confessions<\/em> et ses <em>Soliloques<\/em>, son <em>Manuel<\/em> et ses <em>M\u00e9ditations<\/em>, qui sont extraits de ses \u00e9crits, non seulement pour \u00eatre persuad\u00e9 qu\u2019il a beaucoup aim\u00e9, mais encore pour \u00eatre touch\u00e9 des m\u00eames flammes dont il \u00e9tait embras\u00e9 : \u00ab\u2009<em>Recevez ce c\u0153ur, \u00f4 mon cher ma\u00eetre<\/em>\u2009\u00bb, dit-il dans une m\u00e9ditation, \u00ab\u2009<em>d\u00e9cochez contre lui toutes les fl\u00e8ches de votre divin amour. Oh que ces blessures me seront douces et aimables\u2009; oh\u2009! que je serai glorieux, si mon \u00e2me peut dire un jour : J\u2019ai \u00e9t\u00e9 allait\u00e9e de votre amour<\/em>\u2009\u00bb et, comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9, il dit dans ses <em>Confessions<\/em> : \u00ab\u2009<em>Vous aviez dard\u00e9 dans mon c\u0153ur une fl\u00e8che d\u2019amour qui l\u2019avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 si avant, que le fer en est demeur\u00e9 dans la plaie<\/em>\u2009\u00bb. Quelques auteurs, appuy\u00e9s sur ces paroles, ont dit que son c\u0153ur avait effectivement re\u00e7u l\u2019impression des plaies du Seigneur\u2009; mais, quoi qu\u2019il en soit, il suffit de dire qu\u2019il \u00e9tait tellement p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de ce feu divin, qu\u2019il ne respirait que la charit\u00e9. Tout ce qu\u2019il y avait de plus \u00e9clatant dans les honneurs, de plus doux dans les d\u00e9lices de la vie, de plus avantageux dans les faveurs de la fortune, de plus charmant dans la conversation des hommes tout cela, disons-nous, lui paraissait indigne du moindre d\u00e9sir de son c\u0153ur, et il proteste que cette profonde science, qui lui avait attir\u00e9 tant d\u2019admirateurs, lui aurait \u00e9t\u00e9 insupportable, si elle ne l\u2019e\u00fbt conduit \u00e0 une union intime avec son Bien-Aim\u00e9. \u00ab\u2009<em>\u00d4 mon Dieu\u2009!\u2009<\/em>\u00bb disait-il, \u00ab\u2009<em>que celui-l\u00e0 est malheureux, qui sait beaucoup et qui ne sait pas ce que vous \u00eates\u2009; mais heureux mille fois celui qui vous conna\u00eet, quoiqu\u2019il ignore toutes les autres choses du monde.\u2009<\/em>\u00bb Quelques doctes croient que J\u00e9sus Christ, pour fonder l\u2019amour que saint Augustin lui portait, lui fit trois diverses fois la m\u00eame demande qu\u2019\u00e0 saint Pierre :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Augustin, m\u2019aimes-tu\u2009?\u2009\u00bb<br \/>\n\u00ab\u2009Vous savez\u2009\u00bb, r\u00e9pondit-il, \u00ab\u2009Seigneur, que je vous aime, quoique mon amour soit indigne de vous mais, comme vous m\u00e9ritez d\u2019\u00eatre aim\u00e9, faites que mon amour soit digne de vous\u2009!\u2009\u00bb<br \/>\n\u2014 \u00ab\u2009Mais que ferais-tu pour moi\u2009?\u2009\u00bb repartit J\u00e9sus Christ.<br \/>\n\u2014 \u00ab\u2009Je consentirais volontiers\u2009\u00bb, r\u00e9pliqua Augustin, \u00ab\u2009\u00e0 ce que le feu du ciel descend\u00eet sur moi et me d\u00e9vor\u00e2t enti\u00e8rement sur vos autels, afin d\u2019\u00eatre un holocauste agr\u00e9able \u00e0 votre divine Majest\u00e9\u2009!\u2009\u00bb<br \/>\n\u2013 \u00ab\u2009Que ferais-tu encore pour moi\u2009?\u2009\u00bb continua J\u00e9sus Christ. \u00ab\u2009Ah\u2009!\u2009\u00bb poursuivit Augustin par un amoureux transport, \u00ab\u2009s\u2019il se pouvait faire que je fusse Dieu, et que vous fussiez Augustin, je choisirais de tout mon c\u0153ur d\u2019\u00eatre Augustin, afin que vous fussiez Dieu\u2009\u00bb. \u2026<\/p><\/blockquote>\n<p>Toutes les belles et exquises qualit\u00e9s d\u2019Augustin et ces faveurs extraordinaires du ciel, ne lui servirent qu\u2019\u00e0 s\u2019humilier plus profond\u00e9ment\u2009; il \u00e9tait si persuad\u00e9 de son n\u00e9ant et si confus des d\u00e9sordres de sa jeunesse, qu\u2019il s\u2019estimait indigne de recevoir la moindre caresse de J\u00e9sus Christ\u2009; apr\u00e8s avoir employ\u00e9 plus de quarante ans \u00e0 l\u2019\u00e9tude des saintes Lettres, il confesse qu\u2019il ne les con\u00e7oit pas et qu\u2019il les trouve aussi difficiles qu\u2019au commencement. Il ne pouvait souffrir qu\u2019on lui donn\u00e2t aucune louange, ni qu\u2019on lui accord\u00e2t aucune pr\u00e9rogative sur les autres. Dans une lettre qu\u2019il \u00e9crivit aux Donatistes, il dit que leurs \u00e9v\u00eaques n\u2019avaient pas voulu conf\u00e9rer avec lui, parce qu\u2019ils ne voulaient pas parler \u00e0 un p\u00e9cheur tel qu\u2019il \u00e9tait. Il pria saint J\u00e9r\u00f4me d\u2019examiner ses \u00e9crits et de les censurer et corriger en ma\u00eetre. Les savants n\u2019ignorent pas la dispute que ces deux saints docteurs eurent ensemble\u2009; il s\u2019agissait de savoir si la repr\u00e9sentation que saint Paul fit \u00e0 saint Pierre, \u00e0 Antioche, touchant les c\u00e9r\u00e9monies l\u00e9gales, et dont il est parl\u00e9 dans l\u2019Ep\u00eetre aux Galates, avait \u00e9t\u00e9 simul\u00e9e et seulement en apparence, ou v\u00e9ritable. Saint J\u00e9r\u00f4me soutenait qu\u2019elle n\u2019avait \u00e9t\u00e9 que simul\u00e9e, et qu\u2019on ne pouvait combattre cette interpr\u00e9tation sans alt\u00e9rer la v\u00e9rit\u00e9 du texte de saint Paul. Saint Augustin \u00e9tait d\u2019un sentiment contraire. Saint J\u00e9r\u00f4me s\u2019en offensa, et lui \u00e9crivit une lettre forte, pour ne pas dire aigre et ardente, o\u00f9 il le traite de jeune \u00e9v\u00eaque, peu vers\u00e9 dans l\u2019Ecriture, et qui cherchait, par des opinions nouvelles, \u00e0 se mettre en cr\u00e9dit au pr\u00e9judice des anciens Docteurs, qui avaient vieilli dans l\u2019\u00e9tude des Lettres sacr\u00e9es. Quoique le sentiment de saint Augustin, f\u00fbt plus conforme \u00e0 celui de l\u2019Eglise, il le soutint n\u00e9anmoins par sa r\u00e9ponse, avec beaucoup d\u2019humilit\u00e9, de douceur et de respect pour ce grand homme, auquel il se reconnaissait inf\u00e9rieur en doctrine et cette conduite chr\u00e9tienne fut cause que saint J\u00e9r\u00f4me changea de sentiment dans ses <em>Dialogues<\/em> contre les P\u00e9lagiens.<\/p>\n<p>Mais les plus belles et les plus \u00e9clatantes productions de son humilit\u00e9, sont les livres intitul\u00e9s <em>R\u00e9tractations<\/em> et ses <em>Confessions<\/em> o\u00f9 il fait lui-m\u00eame le tableau de son esprit et de son c\u0153ur. Dans ses <em>R\u00e9tractations<\/em>, il repasse tous les trait\u00e9s qu\u2019il avait faits jusqu\u2019alors avant et apr\u00e8s son bapt\u00eame, durant son sacerdoce et depuis qu\u2019il \u00e9tait \u00e9v\u00eaque, et les corrige avec beaucoup de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et tant d\u2019exactitude qu\u2019il n\u2019omet ni sentence, ni parole, ni syllabe. Dans ses <em>Confessions<\/em>, il d\u00e9couvre ses plaies avec tant de sinc\u00e9rit\u00e9, et il repr\u00e9sente les d\u00e9sordres de sa jeunesse, qu\u2019il va m\u00eame rechercher dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de son enfance, avec tant de clart\u00e9, qu\u2019il n\u2019en oublie pas la moindre circonstance\u2009; il n\u2019a pas honte d\u2019y avouer les mauvaises inclinations qui le portaient au vice, et les folies de son imagination qui avaient caus\u00e9 en lui de si grands \u00e9garements\u2009; il y d\u00e9clare ing\u00e9nument tous les d\u00e9r\u00e8glements de sa vie et les exc\u00e8s o\u00f9 les mauvaises compagnies l\u2019avaient pr\u00e9cipit\u00e9\u2009; il les p\u00e8se au poids du sanctuaire, sans se flatter ni d\u00e9guiser\u2009; il veut bien que tout le monde connaisse sa mis\u00e8re, afin que l\u2019on admire davantage la mis\u00e9ricorde de Dieu sur lui\u2009; enfin, il veut que la post\u00e9rit\u00e9 sache qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 h\u00e9r\u00e9tique, libertin, p\u00e9cheur, pour nous apprendre, par cette humilit\u00e9, que la p\u00e9nitence est glorieuse \u00e0 Dieu et avantageuse \u00e0 celui qui la pratique.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 quelle fut la vie du grand Augustin jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de soixante-douze ans\u2009; se voyant alors plus \u00e9puis\u00e9 encore par les fatigues qu\u2019il avait souffertes, qu\u2019accabl\u00e9 de vieillesse, il ne pensa plus qu\u2019\u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 la mort par la contemplation des choses c\u00e9lestes, auxquelles son \u00e2me aspirait avec des ardeurs inconcevables. Pour en avoir plus de loisir, il pria le clerg\u00e9 et le peuple d\u2019agr\u00e9er, pour son coadjuteur et successeur, le pr\u00eatre Erade, dont la pi\u00e9t\u00e9 et la science leur \u00e9taient connues aussi bien qu\u2019\u00e0 lui. Il passa ensuite les quatre ann\u00e9es qu\u2019il v\u00e9cut encore dans des transports continuels d\u2019un tr\u00e8s pur amour pour Dieu, sans n\u00e9anmoins cesser de pr\u00eacher \u00e0 son peuple, et de r\u00e9pondre aux personnes qui le consultaient.<\/p>\n<p>Quelque temps avant la mort de notre Saint, le comte Boniface, qui gouvernait l\u2019Afrique au nom de Rome, brouill\u00e9 par A\u00e9tius avec l\u2019imp\u00e9ratrice Placidie, s\u2019en vengea en appelant les Vandales d\u2019Espagne. Saint Augustin lui \u00e9crivit pour le d\u00e9tourner de cette trahison. Le comte ne d\u00e9f\u00e9ra point \u00e0 ses avis salutaires. Quatre-vingt mille barbares se pr\u00e9cipit\u00e8rent sur l\u2019Afrique, et par les sacril\u00e8ges, les incendies, les larcins et les pillages, sans \u00e9pargner les choses sacr\u00e9es non plus que les profanes, ruin\u00e8rent en peu de temps tout le pays\u2009; ce qu\u2019il y eut de plus d\u00e9plorable, c\u2019est qu\u2019apr\u00e8s avoir massacr\u00e9 les \u00e9v\u00eaques, les pr\u00eatres et les religieux, ils y ramen\u00e8rent l\u2019h\u00e9r\u00e9sie des Ariens, que notre Saint en avait bannie. Le c\u0153ur d\u00e9chir\u00e9 de douleur, \u00e0 la vue des malheurs de sa patrie, notre Saint resta au milieu de son peuple, qu\u2019il t\u00e2cha de soulager, de consoler. Quand le troupeau souffre, le bon pasteur ne doit pas s\u2019\u00e9loigner. Bient\u00f4t les Vandales assi\u00e9g\u00e8rent la ville d\u2019Hippone. Ce fut en cette circonstance que saint Augustin composa la belle oraison, qui commence par ces paroles : <em>Ante oculos tuos, Domine, culpas nostras ferimus<\/em>, que l\u2019on trouve \u00e0 la fin des <em>Diurnaux<\/em>, et que le cardinal S\u00e9ripand, qui l\u2019avait tir\u00e9e d\u2019un ancien manuscrit, distribua au Concile de Trente, o\u00f9 il \u00e9tait l\u00e9gat du Pape.<\/p>\n<p>A la fin, consum\u00e9 de tristesse, n\u2019en pouvant plus, il dit aux \u00e9v\u00eaques : \u00ab\u2009<em>Mes fr\u00e8res et mes p\u00e8res, prions ensemble afin que ces malheurs cessent, ou que Dieu me retire de ce monde<\/em>\u2009\u00bb. Quelque temps apr\u00e8s, il se mit au lit, pris d\u2019une fi\u00e8vre violente, caus\u00e9e par la douleur qui inondait son \u00e2me, et bient\u00f4t on vit avec effroi qu\u2019il allait mourir. Ce c\u0153ur si tendre et si fort prit alors ce je ne sais quoi de plus affectueux et de plus tendre encore. Il employa ses derni\u00e8res forces \u00e0 dicter, pour les \u00e9v\u00eaques d\u2019Afrique, une lettre admirable, o\u00f9 il les engageait \u00e0 ne pas abandonner leurs peuples, \u00e0 leur donner l\u2019exemple de la r\u00e9signation et de la patience, \u00e0 souffrir et \u00e0 mourir avec eux et pour eux. Ce fut son dernier \u00e9crit, et comme le chant du cygne\u2009; et il \u00e9tait digne de ce grand c\u0153ur d\u2019avoir, sur le bord de sa tombe, un tel cri d\u2019amour.<\/p>\n<p>Cependant le peuple d\u2019Hippone apprend qu\u2019Augustin va mourir. Aussit\u00f4t sa maison est pi\u00e9g\u00e9e. Les fid\u00e8les veulent voir une derni\u00e8re fois leur \u00e9v\u00eaque. Les malades se pressent autour de son lit. Les m\u00e8res apportent leurs enfants pour qu\u2019il les b\u00e9nisse. Emu de ces t\u00e9moignages d\u2019affection, le mourant offrait \u00e0 Dieu ses pri\u00e8res avec ses larmes. Un p\u00e8re lui ayant demand\u00e9 d\u2019imposer les mains sur la t\u00eate de son enfant et de le gu\u00e9rir. \u00ab\u2009<em>Si j\u2019avais le pouvoir de gu\u00e9rir,<\/em>\u2009\u00bb dit en souriant le doux vieillard, \u00ab\u2009<em>je commencerais par moi-m\u00eame<\/em>.\u2009\u00bb N\u00e9anmoins, le p\u00e8re insistant, il mit sa main sur la t\u00eate de l\u2019enfant, qui fut gu\u00e9ri.<\/p>\n<p>Mais d\u00e9j\u00e0 Augustin ne tenait plus \u00e0 la terre. Il \u00e9chappait aux embrassements de son peuple. Emport\u00e9 par l\u2019amour de Dieu qui le consumait, et tout \u00e0 la fois retenu par le souvenir de ses p\u00e9ch\u00e9s, que quarante ann\u00e9es d\u2019expiation n\u2019avaient pu lui faire oublier, il employait ses derni\u00e8res heures \u00e0 achever la purification de son \u00e2me. Il avait fait \u00e9crire sur de grandes bandes d\u2019\u00e9toffe et placer contre la muraille les Psaumes de la p\u00e9nitence, et de son lit, dans les derniers jours de ses souffrances, il lisait ces versets avec d\u2019abondantes et continuelles larmes.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Et afin\u2009\u00bb, dit Possidius, \u00ab\u2009que nul ne l\u2019interromp\u00eet dans cette supr\u00eame m\u00e9ditation, dix jours environ avant sa mort, il nous conjura de ne plus laisser entrer personne dans sa chambre, sinon \u00e0 l\u2019heure de la visite des m\u00e9decins. On lui ob\u00e9it religieusement, et ces dix derniers jours, ce grand homme les passa dans un silence absolu, seul avec Dieu, et dans un m\u00e9lange singulier de repentir et d\u2019amour\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Enfin, l\u2019heure derni\u00e8re approchant, tous les \u00e9v\u00eaques se r\u00e9unirent une derni\u00e8re fois autour de son lit et, parmi leurs embrassements et leurs soupirs, l\u2019\u00e2me du saint vieillard s\u2019envola dans le sein de Dieu, le 28 ao\u00fbt 430. Il y avait soixante-seize ans que Monique l\u2019avait mis au monde, quarante-trois ans qu\u2019elle l\u2019avait converti par ses larmes, et quarante-deux qu\u2019elle l\u2019attendait dans le ciel.<\/p>\n<p>\u00ab<em>\u2009Saint Augustin ne fit point de testament\u2009<\/em>\u00bb, dit Possidius, \u00ab\u2009<em>parce que, s\u2019\u00e9tant fait pauvre pour J\u00e9sus Christ, il n\u2019avait plus rien \u00e0 donner\u2009;<\/em>\u2009\u00bb il laissa pourtant deux grands tr\u00e9sors \u00e0 l\u2019Eglise, les \u0153uvres qu\u2019il avait compos\u00e9es et les Ordres qu\u2019il avait institu\u00e9s. Dieu fit voir, par une protection singuli\u00e8re, combien ses livres lui devaient \u00eatre chers car les Vandales ariens ayant, environ un an apr\u00e8s sa mort, pris et saccag\u00e9 la ville d\u2019Hippone, ne purent jamais mettre le feu \u00e0 sa biblioth\u00e8que, quoique, n\u2019ignorant pas combien il leur avait \u00e9t\u00e9 contraire, ils fissent leurs efforts pour cela, parce que les anges, comme le rapporte Baronius, les emp\u00each\u00e8rent de causer \u00e0 l\u2019Eglise cette perte qui aurait \u00e9t\u00e9 irr\u00e9parable. Pour les Ordres religieux qu\u2019il a fond\u00e9s, et qui se partagent en plus de soixante Congr\u00e9gations diff\u00e9rentes de l\u2019un et l\u2019autre sexe, on peut dire qu\u2019ils sont des tr\u00e9sors immenses d\u2019o\u00f9 l\u2019Eglise a de tous temps tir\u00e9 de puissants secours.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1750\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"195\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.940px-300x62.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.940px-768x159.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">CULTE ET RELIQUES<\/h4>\n<p>Son corps fut enterr\u00e9 \u00e0 Hippone, dans l\u2019\u00e9glise Saint-Etienne, qu\u2019il avait fait b\u00e2tir. En 498, les Vandales mena\u00e7ant sa tombe, ses saintes reliques furent pieusement emport\u00e9es en Sardaigne par des \u00e9v\u00eaques d\u2019Afrique exil\u00e9s, et d\u00e9pos\u00e9es \u00e0 Cagliari, dans la basilique de Saint \u2014 Saturnin, et dans une urne ou s\u00e9pulcre de marbre blanc encore subsistant. Deux si\u00e8cles plus tard, ce pr\u00e9cieux tr\u00e9sor tomba au pouvoir des Sarrasins avec l\u2019\u00eele de Sardaigne. Luitprand, roi des Lombards, le racheta et le fit transporter \u00e0 Pavie le 5 des ides d\u2019octobre 722\u2009; on le d\u00e9posa dans le triple souterrain de la basilique de Saint-Pierre-du-Ciel-d\u2019Or. La garde en fut confi\u00e9e, jusqu\u2019au pape Innocent III, aux disciples de Saint-Beno\u00eet. A cette \u00e9poque ils furent remplac\u00e9s par les Chanoines r\u00e9guliers, auxquels furent adjoints, en 1326, les Ermites de Saint-Augustin. On visite avec admiration, dans cette \u00e9glise, l\u2019Arche, monument en marbre, \u00e9lev\u00e9 par les Ermites de Saint-Augustin vers le milieu du 14 e si\u00e8cle. Les restes d\u2019Augustin demeur\u00e8rent ensevelis avec les plus insignes honneurs dans la basilique de Saint-Pierre-du-Ciel-d\u2019Or, \u00e0 Pavie, jusqu\u2019en 1695, \u00e9poque \u00e0 laquelle ils furent d\u00e9couverts et de nouveau expos\u00e9s \u00e0 la v\u00e9n\u00e9ration des fid\u00e8les. L\u2019\u00e9glise de cette abbaye ayant \u00e9t\u00e9 chang\u00e9e en h\u00f4pital, on transporta dans la cath\u00e9drale la ch\u00e2sse pr\u00e9cieuse qui renfermait ses ossements. L\u2019authenticit\u00e9 de ces reliques fut confirm\u00e9e par Beno\u00eet XIII en 1728. Les reliques et le monument de saint Augustin, gard\u00e9s jadis par les Chanoines r\u00e9guliers que l\u2019empereur Joseph II supprima en 1781, et par les Augustins que les r\u00e9volutionnaires d\u2019Italie abolirent en 1799, furent transport\u00e9s de l\u2019\u00e9glise Saint-Pierre, dans la cath\u00e9drale, ou on les v\u00e9n\u00e8re encore. Ce monument est plac\u00e9 dans une chapelle lat\u00e9rale, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9p\u00eetre. Le devant est en forme d\u2019autel, et l\u2019on y c\u00e9l\u00e8bre la liturgie.<\/p>\n<p>Le pape Gr\u00e9goire XVI ayant, en 1837, \u00e9rig\u00e9 un si\u00e8ge \u00e9piscopal \u00e0 Alger, le premier \u00e9v\u00eaque, Mgr Dupuch, voulut obtenir pour son dioc\u00e8se des reliques de saint Augustin. Il adressa \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Pavie une demande qui fut favorablement accueillie. Une portion notable des ossements du saint Docteur fut remise \u00e0 Mgr Dupuch, qui, charg\u00e9 de ce pr\u00e9cieux d\u00e9p\u00f4t, se rendit \u00e0 Toulon pour retourner en Alg\u00e9rie. L\u00e0, il s\u2019embarqua avec Mgr Donnet, archev\u00eaque de Bordeaux, et NN. SS. les \u00e9v\u00eaques de Ch\u00e2lons, de Marseille, de Digne, de Valence et de Nevers, le 25 octobre 1842, et les saintes reliques furent port\u00e9es solennellement de l\u2019ancienne cath\u00e9drale de Toulon au vaisseau. Apr\u00e8s une heureuse navigation qui dura trois jours, le vaisseau entra dans la rade de Boue, o\u00f9 il y eut un Office solennel. Le dimanche 30 octobre, les m\u00eames pr\u00e9lats transf\u00e9r\u00e8rent les reliques dans le lieu o\u00f9 fut jadis Hippone, et les d\u00e9pos\u00e8rent dans un monument \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire du saint Docteur et orn\u00e9 de sa statue.<\/p>\n<p>On ne rapporte point que saint Augustin ait fait d\u2019autres miracles durant sa vie que d\u2019avoir d\u00e9livr\u00e9 des \u00e9nergum\u00e8nes par la force de ses pri\u00e8res et de ses larmes, et d\u2019avoir rendu la sant\u00e9 \u00e0 un malade par l\u2019imposition de ses mains\u2009; mais on en raconte un assez grand nombre qui ont \u00e9t\u00e9 faits \u00e0 son tombeau, et que l\u2019on peut voir dans sa vie, compos\u00e9e par le R. P. Simplicien de Saint-Martin religieux de son Ordre. On y trouvera une chose prodigieuse touchant le c\u0153ur de saint Augustin. Cet auteur, fond\u00e9 sur la foi des autres historiens de son Institut, \u00e9crit que saint Sigisbert, \u00e9v\u00eaque en Allemagne, demandant \u00e0 Dieu avec ferveur qu\u2019il lui pl\u00fbt de lui donner quelque relique de ce grand Docteur, auquel il portait une singuli\u00e8re d\u00e9votion, l\u2019ange gardien du m\u00eame Saint lui apparut et, lui pr\u00e9sentant un vase de cristal, o\u00f9 il y avait un c\u0153ur, il lui dit ces paroles : \u00ab<em>\u2009Apr\u00e8s la mort du bienheureux Augustin, \u00e9v\u00eaque d\u2019Hippone, j\u2019ai pris son c\u0153ur par le commandement de Dieu et l\u2019ai pr\u00e9serv\u00e9 de corruption jusqu\u2019\u00e0 maintenant\u2009; voici que je vous l\u2019apporte, afin que vous lui rendiez la v\u00e9n\u00e9ration qui lui est due<\/em>\u2009\u00bb. Sigisbert, ravi d\u2019avoir re\u00e7u du ciel un si riche tr\u00e9sor, assembla le peuple pour en rendre \u00e0 Dieu des actions de gr\u00e2ces solennelles, et par une merveille aussi surprenante que glorieuse \u00e0 l\u2019amour dont cet homme de feu avait br\u00fbl\u00e9 durant sa vie mortelle, \u00e0 ces paroles du<em> Te Deum : Sanctus, Sanctus, Sanctus<\/em>, son c\u0153ur commen\u00e7a \u00e0 se remuer, comme s\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 encore anim\u00e9 des flammes de la charit\u00e9 et du grand z\u00e8le qu\u2019il avait fait para\u00eetre pour la gloire de la tr\u00e8s sainte Trinit\u00e9. Ce qui est encore plus admirable, c\u2019est que ce m\u00eame prodige se renouvelait tous les ans \u00e0 la vue de tout le monde, au jour de la Sainte-Trinit\u00e9, lorsque ce pr\u00e9cieux c\u0153ur \u00e9tant mis sur l\u2019autel, on y chantait la liturgie\u2009; c\u2019est peut-\u00eatre un des motifs pour lesquels les Papes ont permis aux religieux de son Ordre de chanter, au jour de sa f\u00eate, la pr\u00e9face de la Sainte \u2014 Trinit\u00e9. On dit encore que pas un h\u00e9r\u00e9tique ne pouvait entrer impun\u00e9ment dans l\u2019\u00e9glise pendant que son c\u0153ur y \u00e9tait expos\u00e9. On avait coutume de faire toucher \u00e0 ce saint c\u0153ur, d\u2019autres petits c\u0153urs que l\u2019on gardait comme des reliques\u2009; l\u2019illustre Augustin de J\u00e9sus \u00e0 Castro, primat des Indes, nous en a fourni une preuve authentique, lorsque, par commission de Gr\u00e9goire XIII, visitant le monast\u00e8re de Munich, en Bavi\u00e8re, il trouva, parmi les saintes reliques, une petite chasse d\u2019argent, dans laquelle \u00e9tait un c\u0153ur de fer entour\u00e9 d\u2019un cercle d\u2019or avec cette inscription sur un parchemin : \u00ab<em>\u2009C\u0153ur qui a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 sur le vrai c\u0153ur de saint Augustin\u2009; il est de fer pour montrer sa grande constance il est entour\u00e9 d\u2019or pour signifier les ardeurs de sa charit\u00e9.\u2009<\/em>\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><em>Les Petits Bollandistes. Vies des Saints<\/em>. Septi\u00e8me \u00e9dition, tome dixi\u00e8me, p. 279-314, Bloud et Barral, libraires, Paris, 1876<br \/>\nVersion <a href=\"http:\/\/orthodoxievco.net\/ecrits\/vies\/synaxair\/aout\/augustin.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00e9lectronique<\/a> disponible sur le site des <em>Vrais Chr\u00e9tiens Orthodoxes Francophones<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/bienheureux-augustin\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Bienheureux Augustin [\u2020430]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"184\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.650px-245x300.jpg 245w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Bienheureux Augustin [\u2020430]<\/div><\/div><\/div><span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:686,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/orthodoxievco.net\\\/ecrits\\\/vies\\\/synaxair\\\/aout\\\/augustin.pdf&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20260114194234\\\/http:\\\/\\\/orthodoxievco.net\\\/ecrits\\\/vies\\\/synaxair\\\/aout\\\/augustin.pdf&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[{&quot;date&quot;:&quot;2026-07-29 18:42:15&quot;,&quot;http_code&quot;:206}],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:{&quot;date&quot;:&quot;2026-07-29 18:42:15&quot;,&quot;http_code&quot;:206},&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>F\u00eat\u00e9 le 28 ao\u00fbt Verbo Dei dum obedit, Credit errans, et accedit Ad baptismi gratian. 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