{"id":2643,"date":"2020-11-04T12:28:08","date_gmt":"2020-11-04T11:28:08","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=2643"},"modified":"2020-11-04T12:34:38","modified_gmt":"2020-11-04T11:34:38","slug":"saint-jean-chrysostome-aux-chretiens-de-france-aux-fideles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/11\/04\/saint-jean-chrysostome-aux-chretiens-de-france-aux-fideles\/","title":{"rendered":"Saint Jean Chrysostome, aux chr\u00e9tiens de France &#8211; Aux fid\u00e8les"},"content":{"rendered":"<div class='__iawmlf-post-loop-links' style='display:none;' data-iawmlf-post-links='[{&quot;id&quot;:694,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/www.bibliotheque-monastique.ch\\\/bibliotheque\\\/bibliotheque\\\/saints\\\/chrysostome\\\/tome4\\\/lettres\\\/olympiade\\\/olympiade002.htm&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20260212063048\\\/https:\\\/\\\/www.bibliotheque-monastique.ch\\\/bibliotheque\\\/bibliotheque\\\/saints\\\/chrysostome\\\/tome4\\\/lettres\\\/olympiade\\\/olympiade002.htm&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[{&quot;date&quot;:&quot;2026-03-28 01:03:26&quot;,&quot;http_code&quot;:206}],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:{&quot;date&quot;:&quot;2026-03-28 01:03:26&quot;,&quot;http_code&quot;:206},&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]'><\/div>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Deuxi\u00e8me lettre \u00e0 Olympiade<\/h3>\n<h4 style=\"text-align: center;\">\u00c9crite \u00e0 Cucuse, en 404.<\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2646\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.400px-1.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"503\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.400px-1.jpg 400w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.400px-1-239x300.jpg 239w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em><strong>Il est<\/strong> dangereux<strong> de se laisser abattre par le chagrin<\/strong><\/em><\/h4>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Sans doute la lettre que je vous ai \u00e9crite, suffirait pour calmer la vivacit\u00e9 de votre douleur. Toutefois vous \u00e9tiez si abattue, si afflig\u00e9e que j\u2019ai cru n\u00e9cessaire de vous \u00e9crire `encore pour r\u00e9pandre dans votre c\u0153ur les plus abondantes consolations et raffermir votre sant\u00e9. Je vais donc secouer de nouveau cette poussi\u00e8re de la tristesse qui recouvre votre \u00e2me. Cet ulc\u00e8re, cette tumeur, se sont, je crois, chang\u00e9s en poussi\u00e8re. Ce n\u2019est pas une raison pour mettre de c\u00f4t\u00e9 les pr\u00e9cautions : La poussi\u00e8re, en effet, si l\u2019on n\u2019a pas soin de la secouer, met en p\u00e9ril le plus pr\u00e9cieux de nos organes\u2009; elle s\u2019attache \u00e0 la prunelle de l\u2019\u0153il, dont elle trouble la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, et qu\u2019elle couvre comme d\u2019un voile. C\u2019est un malheur que nous devons \u00e9viter\u2009; et ce reste de maladie, il ne faut rien \u00e9pargner pour le faire dispara\u00eetre. Mais levez-vous vous-m\u00eame, et tendez-nous la main. Voyez ce qui se passe chez les malades. Le m\u00e9decin a beau pr\u00eater le secours de son art\u2009; si le malade se montre n\u00e9gligent, il ne recouvre point la sant\u00e9 : Ainsi en est-il de ceux qui souffrent dans leur \u00e2me. Faites qu\u2019il en arrive autrement, secondez nos efforts avec toute la prudence dont vous \u00eates capable, afin que de part et d\u2019autre vous receviez du secours. Mais direz-vous, c\u2019est ce que je d\u00e9sire, seulement je ne puis rien, je fais tout ce que je puis, sans r\u00e9ussir \u00e0 dissiper ce nuage \u00e9pais et noir de la tristesse. Vaines excuses, vains pr\u00e9textes. Je connais la noblesse de votre \u00e2me, l\u2019\u00e9nergie de votre pi\u00e9t\u00e9, l\u2019\u00e9tendue de votre prudence et de votre sagesse, et je sais qu\u2019il vous suffit de vouloir commander aux flots de la tristesse, pour qu\u2019aussit\u00f4t ils s\u2019apaisent. Mais vous arriverez plus vite encore \u00e0 ce r\u00e9sultat, si nous vous apportons nous-m\u00eame quelque secours. Comment donc bannirez-vous cette tristesse de votre c\u0153ur\u2009? C\u2019est en m\u00e9ditant tout ce que nous vous avons dit dans notre premi\u00e8re lettre, car elle renferme bien des motifs de consolation\u2009; c\u2019est ensuite en faisant ce que j\u2019exige de vous. Qu\u2019est-ce donc\u2009? Quand vous entendrez dire : Une \u00c9glise a p\u00e9ri, une autre est agit\u00e9e par la temp\u00eate, une autre est ab\u00eem\u00e9e dans les flots, une autre est en proie \u00e0 toutes les calamit\u00e9s, une autre encore est d\u00e9vor\u00e9e par un loup ravisseur, au lieu d\u2019\u00eatre r\u00e9gie par un pasteur\u2009; celle-ci est au pouvoir d\u2019un pirate au lieu d\u2019\u00eatre conduite par un habile pilote, celle-l\u00e0 est aux mains d\u2019un bourreau au lieu d\u2019\u00eatre trait\u00e9e par un m\u00e9decin, il y a certes lieu pour vous de vous affliger. Qui pourrait alors ne pas \u00e9prouver une vive douleur\u2009? Oui, affligez-vous, mais cependant mettez des bornes \u00e0 votre chagrin. Si, lorsque nous avons commis nous-m\u00eames des fautes dont il nous faudra rendre compte, il n\u2019est ni n\u00e9cessaire, ni prudent, mais il est au contraire funeste et pernicieux de s\u2019affliger outre mesure, \u00e0 plus forte raison, quand il s\u2019agit des crimes d\u2019autrui, est-il inutile et superflu, satanique et dangereux pour l\u2019\u00e2me de se laisser tomber dans la mollesse et le d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2650\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/02.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"228\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/02.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/02.940px-300x73.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/02.940px-768x186.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Exemple : Saint Paul, apr\u00e8s avoir excommuni\u00e9 le Corinthien incestueux, le r\u00e9concilie ensuite avec l\u2019\u00c9glise, pour l&#8217;emp\u00eacher de tomber dans le d\u00e9sespoir.<\/em><\/h4>\n<p>Pour vous montrer qu\u2019il en doit \u00eatre ainsi, je veux vous raconter une vieille histoire. Un corinthien, qui avait re\u00e7u le saint bapt\u00eame, qui avait \u00e9t\u00e9 admis \u00e0 la table sacr\u00e9e, qui en un mot avait particip\u00e9 \u00e0 tous les myst\u00e8res de notre religion, qui de plus, \u00e0 ce que beaucoup disent, avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 d\u2019instruire les autres, apr\u00e8s avoir re\u00e7u de si grands bienfaits, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 aux plus liantes dignit\u00e9s dans l\u2019\u00c9glise, tomba dans une faute tr\u00e8s-grave il porta des regards criminels sur l\u2019\u00e9pouse de son p\u00e8re\u2009; il ne s\u2019en tint pas \u00e0 ces d\u00e9sirs impudiques\u2009; mais il r\u00e9alisa son inf\u00e2me intention. Ce n\u2019\u00e9tait pas seulement une impudicit\u00e9, c\u2019\u00e9tait un adult\u00e8re et le plus affreux de tous les adult\u00e8res. Aussi, quand saint Paul en e\u00fbt \u00e9t\u00e9 inform\u00e9, ne trou va-t-il pas de nom qui p\u00fbt convenir \u00e0 ce crime, et pour en faire concevoir toute l\u2019\u00e9normit\u00e9, il employa ces paroles : <em>On dit que chez vous se commettent des impudicit\u00e9s, et de telles impudicit\u00e9s, qu\u2019il n\u2019y a pas de nom pour les exprimer m\u00eame chez les gentils.<\/em> [I Cor. V, 1] 11 ne dit point : telles qu\u2019il, ne s\u2019en commet point de pareilles, mais telles qu\u2019il n\u2019y a pas de nom polir les exprimer, voulant ainsi d\u00e9signer une faute d\u2019une incroyable gravit\u00e9.<br \/>\nIl le livre au d\u00e9mon, et le retranche de l\u2019\u00c9glise\u2009; il ne permet \u00e0 personne de l\u2019admettre \u00e0 sa table. Avec cet homme on ne doit prendre aucune nourriture. Il s\u2019emporte contre lui, il le condamne au dernier supplice, et le bourreau qui doit l\u2019ex\u00e9cuter, qui doit d\u00e9chirer sa chair, c\u2019est Satan lui-m\u00eame. Et cependant cet ap\u00f4tre qui l\u2019avait excommuni\u00e9, qui d\u00e9fendait \u00e0 tous les chr\u00e9tiens de l\u2019admettre \u00e0 leurs repas, qui faisait prendre \u00e0 tous le deuil \u00e0 son sujet : <em>Vous \u00eates tous enfl\u00e9s d\u2019orgueil, leur disait-il , et vous n\u2019\u00eates point plong\u00e9s dans la douleur, et vous n\u2019avez point retranch\u00e9 du milieu de vous celui qui a commis ce crime<\/em> [I Cor. V, 2], cet ap\u00f4tre, dis-je, qui le bannissait de toute r\u00e9union, comme un pestif\u00e9r\u00e9, qui le chassait de toutes les maisons, qui le livrait \u00e0 Satan, qui le condamnait au dernier supplice, ne l\u2019eut pas plus t\u00f4t vu plong\u00e9 dans la douleur, regrettant am\u00e8rement son crime, revenant \u00e0 la pratique des bonnes couvres, qu\u2019il enjoignit aux Corinthiens tout le contraire de ce qu\u2019il leur avait nagu\u00e8re prescrit. Il leur avait dit Retranchez-le, chassez-le, pleurez, que le d\u00e9mon s\u2019empare de lui : Et maintenant, que leur dit-il\u2009? <em>Ayez \u00e0 son \u00e9gard une ardente charit\u00e9, de peur qu\u2019il ne soit comme absorb\u00e9 par une trop grande tristesse, et que Satan ne triomphe de nous : car nous n\u2019ignorons pas ses artifices<\/em>. [II Cor. II, 7.] Ne voyez-vous pas que Satan cherche lui-m\u00eame \u00e0 nous plonger dans l\u2019exc\u00e8s de la douleur, que cette tristesse exag\u00e9r\u00e9e est un pi\u00e8ge qu\u2019il nous tend, afin de changer en poison ce qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pour nous un rem\u00e8de salutaire. Oui, la tristesse d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en poison, quand elle est excessive, et elle livre l\u2019homme \u00e0 Satan. C\u2019est pourquoi saint Paul disait : De peur que Satan ne nous dresse des emb\u00fbches. C\u2019est comme s\u2019il e\u00fbt dit : cette brebis \u00e9tait atteinte d\u2019un mal contagieux, on l\u2019a s\u00e9par\u00e9e du troupeau, chass\u00e9e loin de l\u2019\u00c9glise\u2009; mais voici que le mal est gu\u00e9ri, la brebis est redevenue ce qu\u2019elle \u00e9tait auparavant. Telle a \u00e9t\u00e9 la vertu de la p\u00e9nitence. Elle est donc rentr\u00e9e dans le troupeau. Attirons-la vers nous, tendons-lui les bras, embrassons-la, couvrons-la de nos baisers, t\u00e9moignons-lui en un mot toute notre affection. Si nous ne sommes r\u00e9solus \u00e0 le faire, Satan triomphe de nous\u2009; il prend, non pas ce qui lui appartient, mais celui qui est devenu notre propri\u00e9t\u00e9\u2009; il s\u2019en empare, gr\u00e2ce \u00e0 notre l\u00e2chet\u00e9\u2009; il le plonge dans l\u2019ab\u00eeme de la tristesse, et d\u00e9sormais ne l\u2019abandonne plus. C\u2019est pourquoi l\u2019Ap\u00f4tre ajoute ces paroles : <em>Car nous n\u2019ignorons pas ses artifices<\/em> [II Cor. II, 11], c\u2019est-\u00e0-dire, les choses m\u00eames qui nous seraient utiles, du moment o\u00f9 elles se font autrement qu\u2019il ne faudrait, le d\u00e9mon sait en profiter pour renverser celui qui manque de prudence.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2648\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.940px-1.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"443\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.940px-1.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.940px-1-300x141.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.940px-1-768x362.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>C&rsquo;est la pens\u00e9e des peines de l&rsquo;enfer, on plut\u00f4t du bonheur c\u00e9leste qui doit occuper l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;Olympiade<\/em><\/h4>\n<p>Ainsi donc pour un tel crime, pour un crime si \u00e9norme, l\u2019ap\u00f4tre saint Paul ne veut point que ce corinthien se laisse abattre par la tristesse\u2009; au contraire il s\u2019empresse, il se h\u00e2te, il s\u2019efforce de pr\u00e9venir le d\u00e9couragement, et assure que toute tristesse excessive est une victoire remport\u00e9e par Satan, l\u2019\u0153uvre de sa m\u00e9chancet\u00e9 et de ses perfides desseins. N\u2019est-ce donc pas une folie que de s\u2019affliger si vivement, que de se tourmenter ainsi pour des fautes commises par d\u2019autres, fautes dont leurs auteurs rendront un compte rigoureux Faut-il, pour cette raison, jeter son \u00e2me dans ces \u00e9paisses t\u00e9n\u00e8bres de la tristesse, dans ce trouble, dans cette agitation, dans cette violente temp\u00eate de la douleur\u2009? Si vous dites encore une fois, je voudrais, mais je&rsquo; ne puis\u2009; je vous r\u00e9pondrai de nouveau, ce sont de vaines excuses et de purs pr\u00e9textes. Je connais en effet toute la sagesse, toute la force de votre \u00e2me. Mais voici encore un autre moyen qui pourra vous aider \u00e0 combattre et \u00e0 vaincre ce funeste, ce mortel chagrin. Suivez le conseil que je vais vous donner. Si vous entendez parler de ces calamit\u00e9s, \u00e9cartez de votre esprit les souvenirs que ce r\u00e9cit vous rappelle, et transportez-vous par la pens\u00e9e au jour terrible du&rsquo; jugement, songez \u00e0 ce redoutable tribunal, \u00e0 ce juge incorruptible, \u00e0 ces fleuves de feu qui coulent devant le tribunal et o\u00f9 bouillonne une flamme pleine d\u2019ardeur, \u00e0 ces glaives ac\u00e9r\u00e9s, \u00e0 ces supplices affreux, \u00e0 ces tourments \u00e9ternels, aux t\u00e9n\u00e8bres ext\u00e9rieures, \u00e0 ce ver plein de venin, \u00e0 ces cha\u00eenes qu\u2019on ne peut briser, \u00e0 ces grincements de dents, \u00e0 ces pleurs intarissables, \u00e0 ces innombrables spectateurs, venus du ciel et de la terre. <em>Les Vertus du ciel seront \u00e9mues<\/em> [Matth. XXIV, 29], dit le Christ. Sans doute elles n\u2019ont rien \u00e0 se reprocher, et ce n\u2019est pas elles que l\u2019on jugera\u2009; toutefois \u00e0 la vue du genre humain rassembl\u00e9 et de tant de nations cit\u00e9es \u00e0 ce tribunal, elles ne pourront se d\u00e9fendre d\u2019un sentiment de crainte, tant ce spectacle inspirera d\u2019effroi. Oui, songez \u00e0 ce jour terrible, \u00e0 cette sentence \u00e0 laquelle il est impossible d\u2019\u00e9chapper. Le souverain Juge n\u2019aura pas besoin d\u2019entendre les accusateurs et les t\u00e9moins\u2009; il n\u2019aura pas besoin de preuves ni de d\u00e9monstrations, mais il produira devant toute cette multitude et mettra sous les yeux des coupables leurs fautes et les circonstances qui les ont accompagn\u00e9es. Personne ne se pr\u00e9sentera pour arracher au supplice, ni le p\u00e8re, ni le fils, ni la fille, ni la m\u00e8re, ni un proche, ni un voisin, ni un ami, ni un avocat. Personne ne pourra compter ni sur les pr\u00e9sents, ni sur ses richesses, ni sur son cr\u00e9dit, ni sur sa puissance. Tout cela aura disparu, comme la poussi\u00e8re que les pieds ont secou\u00e9e\u2009; et il ne restera que l\u2019accus\u00e9 et ses \u0153uvres qui le feront absoudre ou condamner. Personne ne sera jug\u00e9 pour les fautes d\u2019autrui, mais bien pour les siennes propres. Voil\u00e0 les pens\u00e9es qu\u2019il vous faut entretenir dans votre \u00e2me, la terreur qu\u2019elle doit ressentir, qu\u2019elle doit opposer \u00e0 cette tristesse inspir\u00e9e par Satan et toujours si nuisible : armez-vous ainsi contre lui, et vous n\u2019aurez qu\u2019\u00e0 vous montrer pour dissiper, pour faire dispara\u00eetre tousses artifices. Cette tristesse, non-seulement elle est vaine et superflue, mais elle est dangereuse, elle est pernicieuse. Cette crainte du jugement, au contraire, n\u2019est-elle pas n\u00e9cessaire et utile, n\u2019offre-t-elle pas les plus grands avantages\u2009? Mais je me suis laiss\u00e9 entra\u00eener trop loin, et tout ce que je viens de vous dire, ne semble point vous regarder. C\u2019est \u00e0 moi-m\u00eame et \u00e0 ceux qui comme moi sont plong\u00e9s dans toute sorte de p\u00e9ch\u00e9s, qu\u2019il faudrait tenir ce langage, bien capable \u00e0 la fois d\u2019effrayer et d\u2019exciter au bien. Mais vous qui \u00eates orn\u00e9e de tant de vertus, qui d\u00e9j\u00e0 touchez \u00e0 la porte des cieux, vous ne pouvez en \u00e9prouver le moindre mouvement de crainte. Je vais donc chercher un autre instrument, et toucher une autre corde, puisque la pens\u00e9e du jugement ne peut produire en vous plus d\u2019effroi que dans les anges. Tournons-nous donc d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9. Suivez-nous et songez maintenant \u00e0 vos bonnes actions, aux brillantes r\u00e9compenses qui leur sont r\u00e9serv\u00e9es, \u00e0 ces splendides couronnes, aux ch\u0153urs des vierges, \u00e0 ces portiques sacr\u00e9s, \u00e0 cette chambre nuptiale, \u00e0 la compagnie des anges, \u00e0 ces entretiens si doux avec l\u2019\u00c9poux c\u00e9leste, \u00e0 ces splendeurs merveilleuses, \u00e0 tous ces bl\u00e9, en un mot, qui surpassent tout ce que l\u2019on peut exprimer et concevoir.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2651\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/03.650px-2.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"604\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/03.650px-2.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/03.650px-2-224x300.jpg 224w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Que de consolations elle puisera dans le souvenir de ses actions vertueuses, et dans l&rsquo;espoir des r\u00e9compenses \u00e9ternelles!<\/em><\/h4>\n<p>Ne vous \u00e9tonnez pas de m\u2019entendre vous introduire parmi les ch\u0153urs des vierges. Vous \u00eates veuve, il est vrai. Mais ne m\u2019avez-vous point souvent entendu dire, soit dans des entretiens particuliers, soit dans des discours publics, o\u00f9 je traitais de la virginit\u00e9\u2009; me m\u2019avez-vous pas entendu pr\u00e9tendre, dis-je, que rien ne s\u2019opposait \u00e0 ce que l\u2019on adm\u00eet dans le ch\u0153ur des vierges, celle qui dans les autres vertus avait fait preuve d\u2019une grande sagesse\u2009; qu\u2019elle surpassait m\u00eame de beaucoup les vierges en m\u00e9rite. L\u2019ap\u00f4tre saint Paul, parlant de la virginit\u00e9, n\u2019a-t-il pas donn\u00e9 le nom de vierges, non-seulement \u00e0 celles qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 mari\u00e9es, mais \u00e0 celles m\u00eame qui ont servi le Seigneur avec z\u00e8le. La charit\u00e9 envers les pauvres, cette vertu qui vous est si ch\u00e8re, dans la pratique de laquelle vous n\u2019avez point d\u2019\u00e9gale, J\u00e9sus-Christ ne l\u2019\u00e9l\u00e8ve-t-il pas bien au-dessus de la virginit\u00e9\u2009? N\u2019a-t-il pas chass\u00e9 du ch\u0153ur des vierges celles qui y \u00e9taient entr\u00e9es sans poss\u00e9der cette vertu, ou plut\u00f4t parce qu\u2019elles ne la poss\u00e9daient pas assez pleinement\u2009? [car elles avaient de l\u2019huile, mais en trop petite quantit\u00e9.] Au contraire ceux qui n\u2019avaient plus la virginit\u00e9 en partage, mais dont les c\u0153urs \u00e9taient orn\u00e9s par la charit\u00e9, ne tes re\u00e7oit-il pas avec honneur, ne les appelle-t-il pas les b\u00e9nis de son P\u00e8re, ne les fait-il pas approcher de sa personne, ne les met-il pas en possession de son h\u00e9ritage, et ne publie-t-il pas leurs vertus en face de l\u2019univers entier\u2009? Oui, en pr\u00e9sence des anges et de tout le genre humain rassembl\u00e9, il les proclame ses nourriciers et ses h\u00f4tes. Voil\u00e0 les paroles que vous entendrez \u00e0 votre tour. Voil\u00e0 la r\u00e9compense que vous recevrez. Oui, votre seule charit\u00e9 envers les pauvres vous vaudra cette r\u00e9compense, cette couronne, cet \u00e9clat merveilleux, cette gloire immense. Que serait-ce donc, si je passais en revue toutes vos autres vertus\u2009? D\u00e8s maintenant donc vous devriez couler vos jours dans une f\u00eate continuelle, tressaillir d\u2019all\u00e9gresse, former des ch\u0153urs et couronner votre t\u00eate. Peut-on vous pardonner de vous consumer de chagrin, parce que celui-ci s\u2019est laiss\u00e9 \u00e9garer par la fureur, parce que cet autre s\u2019est lanc\u00e9 dans le pr\u00e9cipice\u2009? Peut-on vous excuser de donner au d\u00e9mon cet acc\u00e8s dans votre \u00e2me, quand jusqu\u2019ici vous n\u2019avez cess\u00e9 de lui porter des coups toujours victorieux\u2009? Rappellerai-je cette patience dont nous avons eu tant de preuves\u2009? Un discours, un volume ne suffirait pas \u00e0 redire les souffrances que vous avez support\u00e9es depuis votre enfance. Vos amis et vos ennemis, vos proches et les \u00e9trangers, les puissants et les faibles, les magistrats et les simples particuliers, les clercs eux-m\u00eames, ne vous ont-ils pas souvent offert l\u2019occasion de souffrir\u2009? Une seule de leurs injustices composerait un long r\u00e9cit, pour peu qu\u2019on veuille la d\u00e9velopper. Mais si l\u2019on se rappelle en outre ces afflictions, que vous vous \u00eates m\u00e9nag\u00e9es vous-m\u00eame, si l\u2019on veut les examiner par le d\u00e9tail, on verra que vous avez toujours triomph\u00e9\u2009; ni la pierre, ni le fer, ni le diamant n\u2019ont pu r\u00e9sister \u00e0 votre \u00e9nergie. Vous aviez une nature tendre et d\u00e9licate, habitu\u00e9e \u00e0 toutes les d\u00e9lices\u2009; vous l\u2019avez accabl\u00e9e sous les coups de la douleur, et aujourd\u2019hui elle se trouve, pour ainsi dire, en un \u00e9tat de mort. Vous avez appel\u00e9 tout l\u2019essaim des maladies, et d\u00e9sormais l\u2019art des m\u00e9decins, la force des rem\u00e8des, les traitements de toute esp\u00e8ce seraient impuissants \u00e0 les gu\u00e9rir\u2009; vous vivez dans de continuelles souffrances.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2647\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.650px-1.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"681\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.650px-1.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/01.650px-1-198x300.jpg 198w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Bel \u00e9loge de la sobri\u00e9t\u00e9, de la patience, de la modestie et des autres vertus d&rsquo;Olympiade<\/em><\/h4>\n<p>Comment redire encore votre sobri\u00e9t\u00e9, votre patience dans les veilles\u2009? Ou plut\u00f4t n\u2019appelons plus des noms de sobri\u00e9t\u00e9 et de patience des vertus dignes de noms plus relev\u00e9s. Nous appelons patient et courageux l\u2019homme qui, tourment\u00e9 de quelque passion, finit par la vaincre. Pour vous, quelle passion n\u2019avez-vous point vaincue\u2009? D\u00e8s le principe vous vous \u00eates lanc\u00e9e contre votre chair avec une telle ardeur, que vous en avez \u00e9teint tous les app\u00e9tits. Ce n\u2019est pas seulement un frein que vous avez mis au coursier, ce sont des entraves, vous l\u2019avez terrass\u00e9, vous l\u2019avez rendu immobile. Alors vous aviez la force en partage, maintenant c\u2019est le calme le plus parfait qui r\u00e8gne dans votre \u00e2me. Vous n\u2019avez plus \u00e0 lutter contre la soif des d\u00e9lices, vous n\u2019avez plus d\u2019efforts \u00e0 faire pour en triompher. Vous l\u2019avez d\u00e9truite, vous lui avez ferm\u00e9 tout acc\u00e8s, vous avez appris \u00e0 votre estomac \u00e0 ne recevoir de nourriture que ce qu\u2019il faut pour ne pas mourir et pour continuer \u00e0 faire p\u00e9nitence. Et c\u2019est pourquoi je ne puis appeler cela du nom de je\u00fbne ou d\u2019abstinence\u2009; il faut un nom plus relev\u00e9. Vos veilles ne sont pas moins dignes d\u2019admiration\u2009; cette soif des jouissances une fois \u00e9teinte, le d\u00e9sir du sommeil a cess\u00e9 lui-m\u00eame de se faire sentir. N\u2019est-ce pas, en effet, la nourriture qui entretient le sommeil\u2009? Mais ce second besoin, vous en avez triomph\u00e9 d\u2019une autre mani\u00e8re encore\u2009; d\u00e8s le principe vous avez surmont\u00e9 la nature, en passant des nuits enti\u00e8res sans dormir\u2009; et l\u2019habitude maintenant est pour vous une seconde nature. Si chez les autres le sommeil est un besoin, chez vous c\u2019est le contraire : la veille vous est devenue indispensable. Toutes ces vertus, consid\u00e9r\u00e9es en elles-m\u00eames, ont de quoi ravir d\u2019admiration et frapper d\u2019\u00e9tonnement. Mais si l\u2019on songe que vous vous imposiez toutes ces privations dans un \u00e2ge encore tendre, sans \u00eatre dirig\u00e9e par aucun ma\u00eetre, n\u2019ayant autour de vous que des scandales\u2009; si l\u2019on songe que vous \u00eates sortie d\u2019une maison impie pour embrasser la v\u00e9rit\u00e9, que la faiblesse naturelle \u00e0 votre sexe \u00e9tait accrue encore par les d\u00e9licatesses d\u2019une demeure opulente, quel oc\u00e9an de merveilles s\u2019offre alors aux regards\u2009! A quoi bon parler de votre humilit\u00e9, de votre charit\u00e9 et de tant d\u2019autres vertus\u2009? A leur souvenir, mon \u00e2me ouvre devant moi mille autres sources, et me force \u00e0 ne mentionner que les esp\u00e8ces, que les titres, pour ainsi dire : autrement il faudrait un discours infini. Mais je ne veux pas m\u2019\u00e9carter de mon dessein ni me laisser entra\u00eener dans cet oc\u00e9an sans rivage. Si je ne me proposais d\u2019arracher de votre c\u0153ur cette tristesse qui le ronge, je m\u2019arr\u00eaterais volontiers \u00e0 ce r\u00e9cit, et je m\u2019embarquerais sur cet oc\u00e9an, ou plut\u00f4t sur ces oc\u00e9ans immenses. Oui, chacune de vos vertus serait comme une route qui ouvrirait devant moi comme un nouvel oc\u00e9an, qu\u2019il s\u2019agisse de votre patience\u2009;, ou de votre humilit\u00e9, ou de votre mis\u00e9ricorde in\u00e9puisable, qui se r\u00e9pand jusqu\u2019aux extr\u00e9mit\u00e9s du monde, ou de cette charit\u00e9 plus ardente que les flammes d\u2019une fournaise, ou de votre prudence orn\u00e9e de tant de gr\u00e2ces et vraiment au-dessus de la nature. Mais vouloir \u00e9num\u00e9rer les fruits que ces vertus ont produits, c\u2019est vouloir compter les flots de ta mer.<\/p>\n<p>Ne nous lan\u00e7ons donc point dans de si vastes espaces, et contentons-nous de montrer, comme on dit, le lion par ses griffes. C\u2019est de votre v\u00eatement, de ces habits dont vous recouvrez si n\u00e9gligemment votre corps, que je veux dire quelques mots. Cette vertu, sans doute, semble le c\u00e9der aux autres, toutefois, en bien examinant, on lui trouvera beaucoup de grandeur, on la jugera digne d\u2019une \u00e2me vraiment sage, d\u2019une \u00e2me qui foule aux pieds toutes les choses de ce monde et prend son essor vers les cieux. Aussi n\u2019est-ce point seulement dans le Nouveau Testament, mais dans l\u2019Ancien lui-m\u00eame que le Seigneur d\u00e9fend avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 toute recherche dans les v\u00eatements. Et cependant Dieu instruisait alors le genre humain par des ombres et des figures\u2009; la vie \u00e9tait r\u00e9gl\u00e9e par des lois moins parfaites\u2009; il n\u2019y \u00e9tait jamais question des choses c\u00e9lestes, des biens \u00e0 venir, la sagesse que nous professons y \u00e9tait \u00e0 peine indiqu\u00e9e, et les lois donn\u00e9es aux H\u00e9breux \u00e9taient bien plus grossi\u00e8res, bien plus charnelles que les n\u00f4tres.<\/p>\n<blockquote><p>Voici donc ce que dit le Seigneur par la bouche du Proph\u00e8te : Voici ce que dit le Seigneur au sujet des princesses de Sion : Parce qu\u2019elles se sont enfl\u00e9es d\u2019orgueil, parce qu\u2019elles ont march\u00e9 la t\u00eate haute, en faisant signe des yeux, parce qu\u2019elles se sont avanc\u00e9es tra\u00eenant des tuniques flottantes et \u00e9tudiant leurs d\u00e9marches\u2009; le Seigneur abaissera les princesses de Sion, il les d\u00e9pouillera de leur magnificence, leur enl\u00e8vera ces v\u00eatements superbes. Leurs parfums seront chang\u00e9s en poussi\u00e8re, leur ceinture en une corde\u2009; ces t\u00eates, charg\u00e9es d\u2019ornements, il les rendra chauves, \u00e0 cause de leurs \u0153uvres\u2009; et au lieu des tuniques de pourpre, il les rev\u00eatira de sacs. Tels seront d\u00e9sormais leurs ornements. [Isa\u00efe, III, 16, 18, 24.]<\/blockquote>\n<p>Peut-on parler un langage plus indign\u00e9\u2009? quel ch\u00e2timent\u2009! quel supplice\u2009! quelle affreuse captivit\u00e9\u2009! Vous pouvez par l\u00e0 m\u00eame appr\u00e9cier la gravit\u00e9 de la faute. Un Dieu si mis\u00e9ricordieux n\u2019e\u00fbt certes pas inflig\u00e9 des peines si graves, si le p\u00e9ch\u00e9 n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 bien plus grave encore. Si le luxe des v\u00eatements est un crime, quel ne sera pas le m\u00e9rite de la vertu contraire\u2009? Aussi l\u2019ap\u00f4tre saint Paul, s\u2019adressant \u00e0 ces femmes qui ont embrass\u00e9 la vie du monde, non-seulement leur conseille de ne point porter d\u2019ornements d\u2019or, mais il ne leur permet pas m\u00eame de se v\u00eatir d\u2019habits somptueux. [I Tim. II, 9.] Ah\u2009! il savait bien, il savait bien que le go\u00fbt de la parure est une maladie grave et difficile \u00e0 gu\u00e9rir, que c\u2019est le signe manifeste d\u2019une \u00e2me corrompue, et qu\u2019il lui faut un m\u00e9decin plein de prudence et d\u2019habilet\u00e9. Et n\u2019en sont-elles pas la preuve, ces femmes du monde, ces femmes mari\u00e9es, qui ne peuvent suivre aucun conseil sur ce point\u2009? N\u2019en sont-elles pas la preuve, celles m\u00eame qui paraissent sages et qui font partie du ch\u0153ur d\u00e9s vierges\u2009? Combien d\u2019entre elles font violence \u00e0 la nature, fournissent leur course sans jamais porter la moindre atteinte \u00e0, leur vertu, m\u00e8nent d\u00e8s ici-bas la vie des anges, et dans un corps mortel pr\u00e9ludent \u00e0 cette vie qui suivra la r\u00e9surrection\u2009! [dans le si\u00e8cle futur, nous dit J\u00e9sus-Christ , <em>ni on n\u2019\u00e9pousera, ni on ne sera \u00e9pous\u00e9.<\/em> [Luc, XX, 35.] Combien rivalisent de puret\u00e9 avec les esprits c\u00e9lestes, et rev\u00eatues d\u2019un corps p\u00e9rissable engagent la lutte avec ces esprits immortels\u2009! Combien accomplissent des conseils que beaucoup ne peuvent m\u00eame entendre, repoussent la volupt\u00e9 comme un chien furieux qui sans cesse revient les attaquer, apaisent les flots de cette mer irrit\u00e9e et y naviguent tranquillement port\u00e9es sur ces vagues furieuses vers le terme de leurs d\u00e9sirs\u2009! Combien demeurent debout dans cette fournaise des passions, \u2014 ans \u00e9prouver aucun dommage, et foulent aux pieds ces charbons ardents, comme ils fouleraient de la boue\u2009! Et cependant elles se laissent prendre honteusement \u00e0 cet amour de la parure, et, apr\u00e8s avoir surmont\u00e9 tant d\u2019obstacles plus difficiles, elles succombent devant celui-ci.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>\u00c9loge de la virginit\u00e9<\/em><\/h4>\n<p>Voyez la grandeur de la virginit\u00e9, l\u2019\u00e9nergie qu\u2019elle suppose\u2009! Le Christ, descendu des cieux pour faire de nous des anges, pour nous initier \u00e0 une vie toute c\u00e9leste, n\u2019a pas os\u00e9 nous ordonner la virginit\u00e9, ni faire une loi de cette vertu. Il a fait une loi de mourir [qu\u2019y a-t-il de plus rude cependant\u2009?], il a fait une loi de porter constamment sa croix, de faire du bien \u00e0 ses ennemis\u2009; il n\u2019a pas fait une loi de la virginit\u00e9. Sur ce point, il a laiss\u00e9 libres ceux auxquels il s\u2019adressait, et leur a dit :<em> Celui qui peut suivre ce conseil, qu\u2019il le suive.<\/em> [Matth. XIX, 12.] Oui, grande est la difficult\u00e9, rude est le combat\u2009! que de sueurs \u00e0 r\u00e9pandre\u2009! que le chemin est escarp\u00e9\u2009! et ne le voyons-nous point par ces hommes qui, dans l\u2019ancienne loi, pratiqu\u00e8rent tant de vertus\u2009? Ce Mo\u00efse, si grand, ce chef des proph\u00e8tes, cet ami si cher \u00e0 Dieu, qui poss\u00e9dait toute sa confiance, qui avait assez de cr\u00e9dit aupr\u00e8s de lui pour arracher six cent mille coupables au ch\u00e2timent venu du ciel, cet homme si puissant, qui commandait \u00e0 la mer, qui en divisait les flots, qui brisait les rochers, qui changeait la nature de l\u2019air, [lui changeait en sang les eaux du Nil, qui opposait \u00e0 Pharaon une arm\u00e9e de grenouilles et de sauterelles, qui transformait tous les \u00e9l\u00e9ments, qui op\u00e9ra tarit de miracles et pratiqua tant de vertus, cet homme, dis-je, ne put m\u00eame envisager ce combat. Mais il se maria, il rechercha la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019une \u00e9pouse, comme s\u2019il n\u2019e\u00fbt pu s\u2019en passer, et il n\u2019osa se confier \u00e0 cet oc\u00e9an de la virginit\u00e9, dont il redoutait les flots. Cet autre patriarche qui fut sur le point d\u2019immoler son fils, put bien fouler aux pieds les sentiments les plus vifs de la nature, il put bien vouer \u00e0 la mort cet Isaac, qui \u00e9tait \u00e0 la fleur de son \u00e2ge et dans toute la vigueur de la jeunesse, cet Isaac, son fils unique, son fils bien-aim\u00e9, qui lui avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 contre toute esp\u00e9rance, seul appui de son extr\u00eame vieillesse, orn\u00e9 de toutes les vertus\u2009; il put gravir avec lui cette montagne o\u00f9 devait s\u2019accomplir le sacrifice, \u00e9lever l\u2019autel, disposer le b\u00fbcher, \u00e9tendre la victime, saisir le glaive et l\u2019approcher de la gorge d\u2019Isaac. Oui, il en vint jusque-l\u00e0, et il fut sur le point de teindre ce glaive du sang de son fils, cet homme plus dur que l\u2019airain. Car il est dans la nature de l\u2019airain d\u2019\u00eatre dur, mais c\u2019est par l\u2019\u00e9nergie de sa volont\u00e9 qu\u2019Abraham put acqu\u00e9rir cette invincible fermet\u00e9, et d\u00e9ployer ce calme, cette tranquillit\u00e9 digne des anges. Eh bien\u2009! cet homme qui put soutenir un pareil combat, cet homme qui franchit les bornes de la nature, n\u2019osa se risquer aux luttes de la virginit\u00e9. Lui aussi, il craignit de descendre dans la lice, et rechercha les consolations du mariage.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2649\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/02.650px-2.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"692\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/02.650px-2.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/02.650px-2-195x300.jpg 195w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Digression sur Job et ses malheurs. Retour au sujet<\/em><\/h4>\n<p>Voyez Job lui-m\u00eame, cet homme juste, cet homme ami de la v\u00e9rit\u00e9, cet homme si pieux, qui s\u2019abstenait de toute action coupable. Il fit au d\u00e9mon de terribles blessures\u2009; sans cesse attaqu\u00e9, n\u2019attaquant jamais lui-m\u00eame, il vida le carquois de son ennemi. Que de fl\u00e8ches lanc\u00e9es sur lui\u2009! Il soutint tous ces assauts avec une force merveilleuse. Que semble-t-il y avoir, qu\u2019y a-t-il en effet de plus p\u00e9nible dans la vie\u2009? N\u2019est-ce pas la pauvret\u00e9, la maladie, la mort des enfants, les attaques des ennemis, l\u2019ingratitude des amis, la faim, les douleurs corporelles, les insultes, les calomnies, la mauvaise r\u00e9putation\u2009? Or, tous ces maux vinrent fondre sur Job, sur son corps, sur son \u00e2me\u2009; et, pour surcro\u00eet de peine, au moment o\u00f9 il s\u2019y attendait le moins. Comprenez bien ma pens\u00e9e. Un homme, n\u00e9 de parents pauvres, \u00e9lev\u00e9 dans leur maison, supporte ais\u00e9ment une pauvret\u00e9 \u00e0 laquelle il est habitu\u00e9 depuis longtemps. Mais celui qui est plong\u00e9 dans les richesses, qui poss\u00e8de de nombreux tr\u00e9sors, et qui soudain s\u2019en voit d\u00e9pouill\u00e9, pourra-t-il facilement souffrir un tel changement de fortune\u2009? Moins il s\u2019y attend, plus ce changement lui semblera cruel. Ou bien encore : l\u2019homme obscur et n\u00e9 de parents obscurs, l\u2019homme qui vit entour\u00e9 de m\u00e9pris, les outrages, les injures ne le troublent gu\u00e8re. Mais celui qui, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 dans une position brillante, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre vu entour\u00e9 des hommages de tous, s\u2019\u00eatre entendu c\u00e9l\u00e9brer par toutes les bouches, tombe ensuite dans le m\u00e9pris et dans l\u2019infamie, ne ressent-il pas le m\u00eame chagrin que celui qui, riche tout \u00e0 l\u2019heure, se voit maintenant ab\u00eem\u00e9 dans la mis\u00e8re\u2009? De m\u00eame encore celui qui se voit priv\u00e9 de ses enfants, qui les perd tous, il est vrai, mais \u00e0 des \u00e9poques diff\u00e9rentes, trouve dans ceux qui survivent quelque consolation \u00e0 sa douleur, son chagrin s\u2019apaise, et si, quelque temps apr\u00e8s, un autre vient \u00e0 mourir, ce malheur lui para\u00eet, moins cruel : car la premi\u00e8re blessure a eu le temps de se fermer et de se gu\u00e9rir, et la seconde est moins cuisante. Pour Job, en un instant il vit mourir ses nombreux fils, et de la mort la plus cruelle. Ils mouraient de mort violente et dans la force de l\u2019\u00e2ge, et le temps et le lieu rendaient encore ce malheur plus \u00e9pouvantable. C\u2019\u00e9tait pendant un festin, dans une maison ouverte aux h\u00f4tes, et cette maison leur servait de tombeau. Quelle est apr\u00e8s cela cette faim d\u2019un nouveau genre, et que nulle parole ne peut exprimer\u2009? Non, je ne sais quel mot employer, quel nom donner \u00e0 une calamit\u00e9 si \u00e9trange\u2009! En vain lui offrait-on de la nourriture, il ne touchait pas aux mets servis devant lui. L\u2019horrible odeur qui s\u2019exhalait de ses blessures lui \u00f4tait tout app\u00e9tit, et toute nourriture lui devenait insupportable. Ce qu\u2019il faisait bien comprendre en disant :<em> La puanteur est devenue ma nourriture.<\/em> [Job, VI, 7.]\n<p>La violence de la faim le contraignait, sans doute, \u00e0 go\u00fbter les mets qu\u2019on lui servait. Mais la puanteur qu\u2019exhalaient ses ulc\u00e8res l\u2019emportait bient\u00f4t sur la faim qui le tourmentait. Aussi, vous l\u2019ai-je dit, cette faim, je ne sais de quel nom l\u2019appeler. Dirai-je qu\u2019elle \u00e9tait volontaire\u2009? Mais il d\u00e9sirait prendre de la nourriture. Dirai-je qu\u2019elle \u00e9tait involontaire\u2009? Mais les mets \u00e9taient devant lui, et personne ne lui d\u00e9fendait d\u2019en user. Comment rappeler maintenant ses horribles souffrances, ces vers qui pullulaient sur sa chair, ce pus qui en d\u00e9coulait, ces outrages dont ses amis l\u2019accablaient, ce m\u00e9pris qu\u2019avait pour lui ses serviteurs\u2009? <em>Mes serviteurs eux-m\u00eames ne m\u2019ont pas \u00e9pargn\u00e9, dit-il\u2009; ils m\u2019ont crach\u00e9 au visage.<\/em> [Job, XXX, 10.] D\u2019autres l\u2019insult\u00e8rent dans son malheur, et le poursuivirent de leurs sarcasmes. <em>Ceux que je ne daignais pas mettre au rang des chiens qui gardaient mes troupeaux se sont \u00e9lanc\u00e9s contre moi, et ces hommes si m\u00e9prisables viennent me donner des conseils.<\/em> [Job, XXX, 4.] Tout cela ne vous semble-t-il pas bien cruel\u2009? Oui, sans doute. Et cependant voici qui l\u2019est encore davantage\u2009; voici qui met le comble \u00e0 ses souffrances, ce qui domine tout le reste. Il \u00e9tait comme suffoqu\u00e9 par cette temp\u00eate qui agitait son \u00e2me : la puret\u00e9 de sa conscience soulevait ses flots tumultueux, enveloppait sa raison de t\u00e9n\u00e8bres \u00e9paisses, et y r\u00e9pandait le trouble. Ceux qui se sentent coupables de crimes nombreux trouvent au moins dans leurs p\u00e9ch\u00e9s la cause des maux qui leur arrivent, et ils n\u2019\u00e9prouvent point ce trouble, cons\u00e9quence de l\u2019incertitude. Mais ceux qui n\u2019ont conscience d\u2019aucun crime, dont les \u00e2mes, orn\u00e9es de toutes les vertus, trouvent dans le dogme de la r\u00e9surrection, dans l\u2019esp\u00e9rance des biens futurs un soulagement aux souffrances qu\u2019ils endurent, et ces combats qu\u2019ils soutiennent, ils les envisagent comme l\u2019occasion de couronnes sans nombre. Mais Job, cet homme de bien, ne savait rien du dogme de la r\u00e9surrection, et ce qui le tourmentait surtout, c\u2019\u00e9tait d\u2019ignorer la cause de ses maux\u2009; le doute, cette anxi\u00e9t\u00e9, \u00e9taient plus cruels pour lui que les vers et les douleurs du corps. C\u2019est l\u2019exacte v\u00e9rit\u00e9. Quand le Dieu mis\u00e9ricordieux eut daign\u00e9 lui faire conna\u00eetre la cause de tant de combats, et que Job eut appris que tout cela avait \u00e9t\u00e9 permis afin de manifester sa justice, ne commen\u00e7a-t-il pas d\u00e8s lors \u00e0 respirer, comme s\u2019il n\u2019avait rien souffert, et ses paroles ne nous le disent-elles pas assez\u2009? Cependant s\u2019il souffrait cruellement avant de conna\u00eetre la cause de ses douleurs, il ne perdit pas un instant courage, et pronon\u00e7a ces admirables paroles : <em>Le Seigneur m\u2019a donn\u00e9, le Seigneur m\u2019a \u00f4t\u00e9. Tout a \u00e9t\u00e9 fait selon le bon plaisir de Dieu : que le nom du Seigneur soit b\u00e9ni clans tous les si\u00e8cles\u2009!<\/em> [Job. I, 21.]\n<p>Le d\u00e9sir de parler de Job m\u2019a \u00e9cart\u00e9 de mon sujet. Encore quelques mots, et j\u2019y reviens. Ce grand homme, cet homme si vertueux, qui foula aux pieds toutes les jouissances de la nature, n\u2019osa point non plus soutenir ces combats de la virginit\u00e9\u2009; il eut une \u00e9pouse qui lui donna de nombreux enfants. Elle est donc bien p\u00e9nible cette vertu\u2009! ses combats sont donc bien m\u00e9ritoires et bien sublimes\u2009! Que de sueurs elle exige, et quelle fermet\u00e9 d\u2019\u00e2me elle suppose\u2009! Et cependant combien de femmes, apr\u00e8s avoir engag\u00e9 cette lutte g\u00e9n\u00e9reuse, n\u2019ont pu triompher de leur amour pour le luxe des v\u00eatements, mais au contraire s\u2019y sont livr\u00e9es avec plus d\u2019ardeur m\u00eame que les femmes du monde\u2009! Ne venez pas me dire qu\u2019elles ne portent point d\u2019ornements d\u2019or, ni de v\u00eatements de soie, brod\u00e9s d\u2019or, ni de colliers de pierres pr\u00e9cieuses. Elles font pis encore, elles r\u00e9v\u00e8lent mieux encore le mal qui les ronge, la passion qui les tyrannise\u2009; elles s\u2019\u00e9tudient, elles s\u2019appliquent de tout leur pouvoir \u00e0 l\u2019emporter par la simplicit\u00e9 m\u00eame de leurs v\u00eatements, sur celles qui emploient l\u2019or et les soieries, et \u00e0 para\u00eetre plus aimables qu\u2019elles. Il n\u2019y a, ce leur semble, aucun mal \u00e0 cela\u2009; et cependant, \u00e0 bien examiner, quoi de plus pernicieux, d\u00e9 plus dangereux, de plus pr\u00e8s de l\u2019ab\u00eeme\u2009? Ne faudrait-il donc pas avoir mille langues pour c\u00e9l\u00e9brer les louanges que vous m\u00e9ritez \u00e0 ce sujet\u2009? Voil\u00e0 un vice dont peuvent \u00e0 peine triompher les vierges\u2009; et vous qui \u00eates veuve, vous le surmontez avec facilit\u00e9, avec promptitude, comme le montre votre conduite. Ce que j\u2019admire, ce n\u2019est pas seulement la simplicit\u00e9 de vos v\u00eatements, plus pauvres que ceux des mendiants\u2009; c\u2019est encore cette absence de tout appr\u00eat, de toute recherche dans vos habits, dans vos chaussures, dans votre d\u00e9marche. Ce sont l\u00e0 comme autant de couleurs qui peignent aux regards les vertus cach\u00e9es dans votre \u00e2me. <em>Les v\u00eatements, <\/em>dit le Sage<em>, le rire, la d\u00e9marche de l\u2019homme manifestent son \u00e2me.<\/em> [Eccl. XIX, 27.] Il faut en effet que vous ayez terrass\u00e9, que vous ayez foul\u00e9 aux pieds toutes les vanit\u00e9s de ce inonde, pour les m\u00e9priser comme vous le faites, pour avoir banni de votre \u00e2me ce vice si coupable, apr\u00e8s en avoir auparavant courageusement triomph\u00e9. Que personne ne me taxe d\u2019exag\u00e9ration, quand j\u2019appelle ce vice un vice tr\u00e8s-coupable. Voyez en effet quels ch\u00e2timents il valut \u00e0 ces femmes du inonde, chez les H\u00e9breux, sous la loi ancienne\u2009! Eh bien\u2009! celles dont la conversation doit \u00eatre dans le ciel, qui doivent mener la vie des anges, qui vivent sous la loi de gr\u00e2ce, pensez-vous que Dieu puisse leur pardonner, quand elles tombent dans ce d\u00e9sordre\u2009? cette vierge, qu\u2019enveloppent d\u2019amples v\u00eatements, qui porte une tunique flottante, dont la d\u00e9marche respire la mollesse, dont la voix, les yeux, tout l\u2019ext\u00e9rieur est un poison pour les c\u0153urs impudiques, qui creuse chaque jour un pr\u00e9cipice sous les pieds des passants, qui ne cesse de tendre des pi\u00e8ges, pouvez-vous l\u2019appeler encore du nom de vierge, et ne la rangerez-vous point parmi les courtisanes\u2009? mais les courtisanes ont moins d\u2019app\u00e2ts, et secouent moins les ailes de la volupt\u00e9\u2009! Oui, nous vous f\u00e9licitons, nous vous admirons, nous vous louons d\u2019avoir rejet\u00e9 loin de vous ces charmes funestes, de vous \u00eatre mortifi\u00e9e encore sur ce point, non pour orner votre sacrifice, mais pour faire preuve de courage, non pour y trouver plus de beaut\u00e9, mais pour vous en faire une arme puissante.<\/p>\n<p>Je viens de montrer, pour ainsi dire, les griffes du lion, et encore je ne les ai montr\u00e9es qu\u2019en partie. Comment en effet c\u00e9l\u00e9brer tant de vertu\u2009? Je le disais tout \u00e0 l\u2019heure\u2009; je tremble de m\u2019embarquer sur l\u2019oc\u00e9an de vos m\u00e9rites. Au surplus, ce que je me suis propos\u00e9, ce n\u2019est pas de faire l\u2019\u00e9loge de votre saintet\u00e9, mais de verser dans votre \u00e2me le baume de la consolation. Je reviens donc \u00e0 ce que je disais plus haut. Que disais-je donc\u2009? Je vous disais de ne plus vous pr\u00e9occuper des p\u00e9ch\u00e9s de celui-ci, ou des crimes de celui-l\u00e0, mais de songer \u00e0 votre patience, \u00e0 votre constance, \u00e0 vos je\u00fbnes, \u00e0 vos veilles, \u00e0 votre temp\u00e9rance, \u00e0 votre mis\u00e9ricorde, \u00e0 votre charit\u00e9, \u00e0 toutes ces vertus o\u00f9 il faut soutenir des luttes si multipli\u00e9es, si vari\u00e9es, si terribles. Rappelez-vous que depuis votre jeunesse, vous n\u2019avez cess\u00e9 d\u2019apaiser la faim de J\u00e9sus-Christ, d\u2019apaiser sa soif, de lui donner des v\u00eatements, de le recevoir dans votre maison, de le soigner dans ses maladies, de le visiter dans les prisons. Rappelez-vous l\u2019oc\u00e9an de votre charit\u00e9, cet oc\u00e9an si vaste, cet oc\u00e9an qui a roul\u00e9 ses flots imp\u00e9tueux jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du monde. Non-seulement votre maison est ouverte \u00e0 tous ceux qui veulent y entrer\u2009; mais partout, sur terre et sur mer, que d\u2019\u00e9trangers ont joui de vos g\u00e9n\u00e9reuses lib\u00e9ralit\u00e9s\u2009! Rassemblez toutes ces vertus, r\u00e9jouissez-vous, tressaillez d\u2019all\u00e9gresse \u00e0 la vue de ces couronnes et de ces palmes qu\u2019elles vous assurent. Si vous voulez voir punir ces hommes criminels, sanguinaires, charg\u00e9s des crimes les plus affreux, vous serez satisfaite aussi en ce jour du jugement. Lazare ne vit-il pas le mauvais riche plong\u00e9 dans les flammes\u2009? La diff\u00e9rence de leur vie leur avait m\u00e9rit\u00e9 des places \u00e9loign\u00e9es l\u2019une de l\u2019autre\u2009; un ab\u00eeme les s\u00e9parait, puisque l\u2019un se trouvait dans le sein d\u2019Abraham, et l\u2019autre dans une horrible fournaise. N\u00e9anmoins Lazare vit le mauvais riche, il entendit sa voix et lui r\u00e9pondit. Il en sera de m\u00eame pour vous. Si pour avoir m\u00e9pris\u00e9 un seul homme, le mauvais riche est ainsi tourment\u00e9\u2009; si, pour avoir scandalis\u00e9 un seul de ses semblables, il vaudrait mieux \u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9 dans la mer, une meule au cou\u2009; quel sera le sort de ceux qui ont scandalis\u00e9 le monde entier, qui ont renvers\u00e9 tant d\u2019\u00e9glises, qui ont r\u00e9pandu partout le d\u00e9sordre et le trouble, dont la barbarie, dont la cruaut\u00e9 surpasse celle des pirates et des barbares, auxquels le diable, leur chef, et les d\u00e9mons leurs alli\u00e9s, ont inspir\u00e9 assez de fureur pour exposer \u00e0 la ris\u00e9e des juifs et des gentils une doctrine si v\u00e9n\u00e9rable, si sainte, vraiment digne de son auteur\u2009? quel sera le sort de ces hommes qui ont submerg\u00e9 tant d\u2019\u00e2mes, caus\u00e9 tant de naufrages par tout l\u2019univers, allum\u00e9 un si effroyable incendie, d\u00e9chir\u00e9 le corps du Christ et dispers\u00e9 ses membres\u2009? <em>Vous \u00eates<\/em>, nous dit l\u2019Ap\u00f4tre, <em>le corps du Christ, et vous en \u00eates tes membres.<\/em> [I Cor. XII, 27.] Mais pourquoi vouloir essayer de peindre une fureur que rien ne peut exprimer\u2009? Oui, quels ch\u00e2timents sont r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 ces hommes cruels et sanguinaires\u2009? si, pour avoir refus\u00e9 de la nourriture au Sauveur, on est jet\u00e9 dans les flammes \u00e9ternelles pour y br\u00fbler avec le d\u00e9mon, quels supplices ne m\u00e9ritent point, croyez-vous, ces hommes qui ont fait mourir de faim, tant de moines, tant de vierges, qui les ont d\u00e9pouill\u00e9s de leurs v\u00eatements, qui, loin de recueillir les \u00e9trangers, les ont chass\u00e9s, qui\u2009; loin de soigner les malades, ont redoubl\u00e9 leurs souffrances, qui, au lieu de se rendre aupr\u00e8s des captifs, ont fait jeter en prison ceux qui \u00e9taient libres\u2009? quels supplices ne m\u00e9ritent-ils point\u2009? Ah\u2009! vous les verrez d\u00e9vor\u00e9s par les flammes, charg\u00e9s de cha\u00eenes, grin\u00e7ant les dents, poussant de vaines lamentations, se consumant dans une douleur inutile, et, comme le mauvais riche, \u00e9prouvant un repentir sans effet. Eux aussi, ils vous verront au sein du bonheur et du repos, une couronne sur la t\u00eate, formant des ch\u0153urs avec les anges, r\u00e9gnant avec le Christ\u2009; ils pousseront de grands cris et de grands g\u00e9missements, ils se repentiront des outrages dont ils vous accablaient, ils vous adresseront leurs pri\u00e8res, ils se rappelleront votre mis\u00e9ricorde et votre charit\u00e9. Mais que leur en reviendra-t-il\u2009?<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2579\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/08.650px-585x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"788\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/08.650px-585x1024.jpg 585w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/08.650px-171x300.jpg 171w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/08.650px.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Il console Olympiade qui s&rsquo;affligeait de son absence<\/em><\/h4>\n<p>Occupez donc sans cesse votre \u00e2me de ces pens\u00e9es, et ainsi, vous pourrez secouer cette poussi\u00e8re de la tristesse. Mais il y a, je crois, un autre motif de votre affliction. Je veux y porter rem\u00e8de et par ce que j\u2019ai dit, et par ce que je vais dire encore. Ce qui vous afflige, il me semble, c\u2019est aussi d\u2019\u00eatre loin de nous, qui sommes pourtant si peu de chose. Vous vous en d\u00e9solez, et vous dites \u00e0 tout le monde Nous n\u2019entendons plus sa parole, nous ne recevons plus ses enseignements, la faim nous d\u00e9vore, et ces menaces que Dieu faisait aux H\u00e9breux se r\u00e9alisent \u00e0 notre \u00e9gard\u2009; ce qui nous manque, ce n\u2019est point le pain mat\u00e9riel, ce n\u2019est point l\u2019eau mat\u00e9rielle, c\u2019est le pain de la doctrine sacr\u00e9e. Quelle doit \u00eatre notre r\u00e9ponse\u2009? La voici : m\u00eame en notre absence, vous pouvez lire nos livres. De notre c\u00f4t\u00e9, toutes les fois que nous en trouverons l\u2019occasion, nous nous empresserons de vous adresser de longues lettres. Si vous souhaitez de recevoir de notre bouche les divins enseignements, peut-\u00eatre un jour aurez-vous ce bonheur, et Dieu permettra que vous nous revoyiez\u2009; peut-\u00eatre, c\u2019est trop peu dire\u2009; certainement, vous nous reverrez\u2009; n\u2019en doutez pas. Ne croyez pas que nous parlions l\u00e9g\u00e8rement, sans \u00eatre s\u00fbr de ce que nous disons : Oui, un jour vous nous entendrez vous exposer de vive voix ce qu\u2019aujourd\u2019hui vous apprenez par nos lettres. S\u2019il vous est p\u00e9nible d\u2019attendre, rappelez-vous que ce d\u00e9lai ne sera point sans profit pour vous, que votre patience sera g\u00e9n\u00e9reusement r\u00e9compens\u00e9e, si vous savez ne point murmurer, si vous en prenez occasion de louer Dieu, comme vous le louez en toute circonstance. Ce n\u2019est pas sans lutter vivement, sans d\u00e9ployer beaucoup de sagesse et de courage, que l\u2019on peut supporter d\u2019\u00eatre \u00e9loign\u00e9 d\u2019une \u00e2me que l\u2019on aime. Qui est-ce qui vous tient ce langage\u2009? Quiconque aime sinc\u00e8rement et conna\u00eet la force de la charit\u00e9, comprend ce que je viens de dire.<\/p>\n<p>Sans nous donner la peine de chercher \u00e7\u00e0 et l\u00e0 ces hommes, trop rares, h\u00e9las\u2009! qui ont ressenti une affection sinc\u00e8re, adressons-nous au bienheureux ap\u00f4tre Paul. Il nous dira tout ce qu\u2019il faut d\u2019\u00e9nergie et de courage pour supporter une telle s\u00e9paration. Il s\u2019\u00e9tait d\u00e9pouill\u00e9 de l\u2019homme charnel, il avait comme r\u00e9pudi\u00e9 son corps\u2009; son \u00e2me seule parcourait, pour ainsi dire, le monde\u2009; son c\u0153ur \u00e9tait vide de passion et aussi calme que les esprits c\u00e9lestes\u2009; la terre \u00e9tait pour lui le ciel, il vivait avec les ch\u00e9rubins et assistait \u00e0 leurs myst\u00e9rieux concerts\u2009; loua les maux il les supportait, comme si ce n\u2019e\u00fbt pas \u00e9t\u00e9 lui qui les e\u00fbt soufferts, soit qu\u2019on le jet\u00e2t en prison, qu\u2019on l\u2019encha\u00een\u00e2t, qu\u2019on l\u2019envoy\u00e2t en exil, qu\u2019on l\u2019accabl\u00e2t de menaces, qu\u2019on voul\u00fbt le faire mourir, ou le lapider, ou le jeter \u00e0 la mer, ou lui infliger tout autre supplice. Eh bien\u2009! saint Paul, s\u00e9par\u00e9 d\u2019une \u00e2me qu\u2019il aimait tendrement, fut saisi d\u2019un trouble si violent, qu\u2019il sortit aussit\u00f4t de cette ville o\u00f9 il n\u2019avait point rencontr\u00e9 cet ami qu\u2019il esp\u00e9rait revoir. Troas \u00e9tait cette ville qu\u2019il abandonna sur-le-champ, parce qu\u2019elle ne put lui montrer son cher disciple. <em>Comme j\u2019\u00e9tais venu \u00e0 Troas pour y annoncer l\u2019\u00c9vangile, et comme la porte de cette ville m\u2019avait \u00e9t\u00e9 ouverte par le Seigneur, je sentis aussit\u00f4t mon esprit tout troubl\u00e9, parce que je n\u2019y trouvai point mort fr\u00e8re Tite. Je pris cong\u00e9 des habitants et je partis pour la Mac\u00e9doine.<\/em> [II Cor. II, 12, 13.] Que dites-vous, \u00f4 Paul\u2009? On vous met des entraves, on vous jette dans les fers, les coups s\u2019impriment dans votre chair, le sang ruisselle sur vos membres, vous instruisez, vous baptisez, vous offrez les saints myst\u00e8res, et vous ne d\u00e9daignez pas de vous inqui\u00e9ter du salut d\u2019une \u00e2me. Voici que vous arrivez \u00e0 Troas, le terrain est bien purifi\u00e9, tout pr\u00eat \u00e0 recevoir la semence, l\u2019aire est bien remplie et vous offre toutes les chances de succ\u00e8s : vous le savez et vous laissez \u00e9chapper tous ces avantages. C\u2019est pour cela que vous y \u00eates venu [<em>comme j\u2019\u00e9tais venu \u00e0 Troas<\/em>, dit-il, <em>afin d\u2019y annoncer l\u2019Evangile<\/em>] personne ne songeait a vous r\u00e9sister\u2009; [<em>la porte m\u2019en \u00e9tait ouverte<\/em>, dit-il encore.] Et cependant vous en sortez aussit\u00f4t\u2009! Oui, sans doute, r\u00e9pond-il : car une violente tristesse s\u2019empara de mon \u00e2me, la jeta dans le trouble, en triompha\u2009; l\u2019absence de Tite me for\u00e7a de quitter cette ville. Que la tristesse en ait \u00e9t\u00e9 cause, ce n\u2019est point de notre part une conjecture\u2009; lui-m\u00eame nous le fait assez entendre. Ne nous dit-il pas, en effet : <em>Le trouble s\u2019empara de mon \u00e2me, parce que je ne rencontrai point Tite. Alors, prenant cong\u00e9 des habitants, je sortis de la ville\u2009?<\/em><\/p>\n<p>Voyez-vous comme il est difficile de supporter sans se plaindre l\u2019\u00e9loignement d\u2019un ami\u2009! Combien cette s\u00e9paration est am\u00e8re et douloureuse\u2009! Combien, pour l\u2019endurer, il faut de magnanimit\u00e9 et de courage\u2009! L\u2019\u00e9preuve, pour vous, se prolonge. Mais, plus elle est grande, plus aussi la couronne sera brillante, plus les r\u00e9compenses seront magnifiques\u2009! Que ce soit l\u00e0 votre consolation\u2009; songez, que lors de mon retour, je vous reverrai enrichie de ces r\u00e9compenses, orn\u00e9e de cette couronn\u00e9 et de cet \u00e9clat. Quand on s\u2019aime, ce n\u2019est pas assez que les \u00e2mes soient unies par les liens de l\u2019affection\u2009; la joie n\u2019est pas compl\u00e8te tant qu\u2019on demeure loin l\u2019un de l\u2019autre\u2009; elle est bien diminu\u00e9e par cette s\u00e9paration. Si nous interrogeons encore le disciple de la charit\u00e9, il nous r\u00e9pond qu\u2019il en est ainsi. Ne dit-il pas, en effet, dans sa lettre aux Thessaloniciens :<\/p>\n<blockquote><p>Mes fr\u00e8res, ayant \u00e9t\u00e9 pour un. peu de temps s\u00e9par\u00e9 de vous, de corps, non d\u2019esprit ni de c\u0153ur, nous avons d\u00e9sir\u00e9 avec d\u2019autant plus d\u2019ardeur et d\u2019empressement de vous revoir. C\u2019est pourquoi j\u2019ai eu plus d\u2019une fois le dessein d\u2019aller vous trouver mais Satan y a mis obstacle. Aussi, pour apaiser ma douleur, ai-je mieux aim\u00e9 rester seul \u00e0 Ath\u00e8nes et vous envoyer Timoth\u00e9e\u2009? [I Thess. II, 17, 18\u2009; et III, 1, 2.]<\/blockquote>\n<p>O quelle \u00e9nergie dans chaque expression\u2009! Comme elles r\u00e9v\u00e8lent, toutes, cette flamme qui br\u00fble son c\u0153ur\u2009! Il ne dit pas s\u00e9par\u00e9 de vous, emmen\u00e9 du milieu de vous, \u00e9loign\u00e9 de vous, absent&#8230; mais, priv\u00e9 de vous et comme orphelin. Il lui fallait ce mot pour manifester toute sa douleur. Il \u00e9tait pour eux comme un p\u00e8re, et cependant il emploie l\u2019expression dont se servent les enfants qui, encore en bas-\u00e2ge, ont perdu leur p\u00e8re, afin de faire mieux sentir l\u2019exc\u00e8s de sa tristesse. Qu\u2019y a-t-il de plus cruel que d\u2019\u00eatre orphelin de bonne heure\u2009? L\u2019orphelin ne peut se suffire \u00e0 cause de son \u00e2ge\u2009; personne ne s\u2019empresse de lui venir en aide, et combien, au contraire, sont tout pr\u00eats, ou du moins se pr\u00e9parent \u00e0 lui nuire c\u2019est comme un agneau laiss\u00e9 au milieu des loups, qui le tuent et le d\u00e9vorent. Nulle expression ne peut dire l\u2019\u00e9tendue de ce malheur. Aussi l\u2019Ap\u00f4tre, apr\u00e8s avoir cherch\u00e9 de toute part un mot capable de bien exprimer la solitude et l\u2019abandon, et de montrer combien il souffrait de se voir s\u00e9par\u00e9 de ses chers Thessaloniciens, s\u2019est-il arr\u00eat\u00e9 \u00e0 celui-l\u00e0 et l\u2019a-t-il d\u00e9velopp\u00e9 par ceux qui suivent. <em>Nous sommes comme un orphelin<\/em>, dit-il, non pas depuis longtemps, <em>mais depuis une heure\u2009; non pas d\u2019esprit et de c\u0153ur, mais de corps seulement<\/em>\u2009; et n\u00e9anmoins nous en ressentons une insupportable douleur. Cependant, quoi de plus consolant que de savoir nos \u00e2mes \u00e9troitement unies, que de vous porter tous dans notre c\u0153ur, que de vous avoir vu hier et avant-hier rien de tout cela ne peut calmer noire chagrin. Que voulez-vous donc\u2009! dites-moi, que d\u00e9sirez-vous donc si vivement\u2009? Ah\u2009! ce que je d\u00e9sire, c\u2019est de voir vos visages.<em> C\u2019est pourquoi, dit-il, nous souhaitons avec tant d\u2019ardeur et d\u2019empressement de vous revoir.<\/em> [I Thess. II, 17.] Que dites-vous, \u00f4 grand, \u00f4 sublime ap\u00f4tre\u2009? Le monde n\u2019est-il pas crucifi\u00e9 pour vous, et n\u2019\u00eates-vous point crucifi\u00e9 au monde, n\u2019avez-vous point renonc\u00e9 \u00e0 toute jouissance charnelle, ne vous \u00eates-vous point, pour ainsi dire, d\u00e9pouill\u00e9 de votre corps\u2009? Et voil\u00e0 que l\u2019affection vous captive au point de vous contraindre \u00e0 rechercher la chair, la boue, ce qui tombe sous les sens, en un mot\u2009! Oui, certes, r\u00e9pond-il, et je ne rougis point de le dire, au contraire, je m\u2019en fais gloire. La charit\u00e9, cette m\u00e8re de tous les biens, ruisselle dans mon \u00e2me, et c\u2019est elle qui m\u2019y porte. Ce qu\u2019il d\u00e9sire, ce n\u2019est point simplement leur pr\u00e9sence, c\u2019est encore de voir leurs visages. <em>Nous avons d\u00e9sir\u00e9 avec d\u2019autant plus d\u2019empressement de voir vos visages,<\/em> dit-il. Vous d\u00e9sirez donc, vous d\u00e9sirez de les voir, de contempler leurs visages\u2009! Oui, r\u00e9pond-il, oui, je le d\u00e9sire, et vivement. Car c\u2019est l\u00e0 que sont rassembl\u00e9s tous les sens. L\u2019\u00e2me toute seule unie \u00e0 une autre \u00e2me ne peut rien dire ni rien entendre mais si je puis jouir de leur pr\u00e9sence, je leur parlerai, je les entendrai. C\u2019est pourquoi je d\u00e9sire contempler votre visage, o\u00f9 se trouve cette langue qui rend des sons et manifeste les sentiments int\u00e9rieurs, o\u00f9 se trouve cette oreille qui les per\u00e7oit, o\u00f9 se trouvent ces yeux qui peignent les mouvements de l\u2019\u00e2me : ce sont autant de moyens de jouir plus pleinement du commerce d\u2019une \u00e2me que l\u2019on aime.<\/p>\n<p>Voyez quelle est l\u2019ardeur de son d\u00e9sir\u2009! Il ne se contente pas de dire : Nous avons souhait\u00e9 avec empressement, il ajoute : avec ardeur. Puis, lass\u00e9 de se confondre avec d\u2019autres, et pour montrer que son amour l\u2019emporte sur celui des autres, apr\u00e8s avoir dit : <em>Nous avons souhait\u00e9 avec empressement, avec ardeur d\u2019aller vous trouver,<\/em> il se s\u00e9pare des autres, il parle maintenant en son nom, et il ajoute : <em>Moi, Paul, j\u2019ai d\u00e9sir\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises.<\/em> Ne veut-il pas faire comprendre que son d\u00e9sir est plus ardent que le leur\u2009? Ensuite, comme il ne peut le r\u00e9aliser, il ne se contente pas d\u2019\u00e9crire aux Thessaloniciens, il leur envoie son disciple Timoth\u00e9e : il tiendra lieu d\u2019une lettre, et il ajoute :<em> Nous \u00e9prouvons la plus vive douleur<\/em>. O noble expression\u2009! \u00f4 parole \u00e9nergique et bien propre \u00e0 manifester cette charit\u00e9, que nul frein ne peut comprimer, que nulle patience ne peut arr\u00eater\u2009! Un homme que le feu d\u00e9vore met tout en mouvement pour soulager sa douleur\u2009; l\u2019Ap\u00f4tre aussi, br\u00fbl\u00e9 int\u00e9rieurement, suffoqu\u00e9, enflamm\u00e9, cherche un moyen de calmer sa douleur : <em>Ne pouvant supporter cette douleur, nous vous envoyons Timoth\u00e9e, ministre de l\u2019Evangile, notre compagnon et notre auxiliaire.<\/em> [I Thess. III, 1.] C\u2019est un membre bien n\u00e9cessaire que nous enlevons \u00e0 notre compagnie, c\u2019est un chagrin qui succ\u00e8de \u00e0 un autre. Oui, l\u2019absence de Timoth\u00e9e lui \u00e9tait bien p\u00e9nible, et cette peine, il se l\u2019imposait pour les chr\u00e9tiens de Thessalonique. C\u2019est ce qu\u2019il nous fait entendre par ces paroles : <em>il nous a plu de rester seul<\/em>. Son \u00e2me ne s\u2019est-elle pas chang\u00e9e tout enti\u00e8re en charit\u00e9\u2009? Il est s\u00e9par\u00e9 d\u2019un seul de ses fr\u00e8res\u2009; et il nous dit qu\u2019il est seul, quand il en a tant d\u2019autres avec lui. Voil\u00e0 ce que sans cesse vous devez m\u00e9diter, et plus la s\u00e9paration vous causera de peine, plus aussi votre patience \u00e0 la supporter vous m\u00e9ritera de r\u00e9compenses. Ce ne sont pas seulement les souffrances du corps, mais aussi celles de l\u2019\u00e2me, qui gagnent ces couronnes, dont nul langage ne peut dire la magnificence : ce sont surtout les souffrances de l\u2019\u00e2me, quand on les accepte avec reconnaissance. Si on d\u00e9chirait, si on flagellait votre corps, vous souffririez g\u00e9n\u00e9reusement, vous en glorifieriez le Seigneur, et vous seriez magnifiquement r\u00e9compens\u00e9e : attendez-vous donc \u00e0 de grandes r\u00e9compenses pour les maux que vous endurez dans votre \u00e2me. Attendez-vous aussi \u00e0 nous revoir, \u00e0 \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e de cette douleur, qui alors, qui d\u00e8s maintenant, sera pour vous si avantageuse. C\u2019en est assez pour vous consoler, non-seulement vous, mais toute autre personne, e\u00fbt-elle un c\u0153ur plus dur que la pierre. Mais, avec votre prudence, votre vive pi\u00e9t\u00e9, votre sagesse si \u00e9lev\u00e9e, avec cette \u00e2me qui foule aux pieds les vanit\u00e9s de ce monde, comment ne seriez-vous point promptement consol\u00e9e\u2009? Montrez-nous que vous nous aimez, en ob\u00e9issant \u00e0 nos lettres, comme vous nous ob\u00e9iriez \u00e0 nous-m\u00eame, si nous \u00e9tions pr\u00e8s de vous. Nous aurons la preuve de votre affection, si nous apprenons que cette lettre a produit quelque effet, ou plut\u00f4t tout l\u2019effet que nous d\u00e9sirons. Or, nous d\u00e9sirons que vous recouvriez cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 que nous remarquions en vous, quand nous \u00e9tions pr\u00e8s de vous. S\u2019il en est ainsi, nous ressentirons une grande joie dans le d\u00e9sert o\u00f9 nous vivons. Voulez-vous que notre \u00e2me go\u00fbte plus de calme\u2009? [Je sais que vous le souhaitez et que vous n\u2019avez rien plus \u00e0 c\u0153ur.] Faites-nous savoir que vous avez secou\u00e9 cette poussi\u00e8re de la tristesse, que votre \u00e2me est sans trouble\u2009; et r\u00e9compensez-nous ainsi de notre affection pour vous. Vous savez bien, oh oui\u2009! vous savez bien quelle joie vous nous causeriez en recouvrant la paix de l\u2019\u00e2me, et en nous informant par une lettre que vous l\u2019avez enfin recouvr\u00e9e.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2577\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/06.650px-629x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"732\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/06.650px-629x1024.jpg 629w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/06.650px-184x300.jpg 184w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/06.650px.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Deuxi\u00e8me lettre \u00e0 Olympiade<\/h4>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><em>Saint Jean Chrysostome &#8211; \u0152uvres compl\u00e8tes traduites pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais<\/em> sous la direction de M. Jeannin \u2013 t. IV, p. 404-14, Sueur-Charruey, Imprimeur-Libraire-Editeur, Arras, 1887<\/h5>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Version \u00e9lectronique disponible sur le site de <a href=\"https:\/\/www.bibliotheque-monastique.ch\/bibliotheque\/bibliotheque\/saints\/chrysostome\/tome4\/lettres\/olympiade\/olympiade002.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">l\u2019Abbaye saint Beno\u00eet<\/a><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/chretiens-de-france\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Saint Jean Chrysostome, aux chr\u00e9tiens de France\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"181\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/07.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/07.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/07.650px-249x300.jpg 249w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Saint Jean Chrysostome, aux chr\u00e9tiens de France<\/div><\/div><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deuxi\u00e8me lettre \u00e0 Olympiade \u00c9crite \u00e0 Cucuse, en 404. 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