{"id":2229,"date":"2020-10-21T15:50:47","date_gmt":"2020-10-21T13:50:47","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=2229"},"modified":"2020-10-21T15:50:47","modified_gmt":"2020-10-21T13:50:47","slug":"martyrs-de-nicomedie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/10\/21\/martyrs-de-nicomedie\/","title":{"rendered":"Le martyre de saint Ind\u00e8s et de sainte Domna  [28 d\u00e9cembre]"},"content":{"rendered":"<p>Maximien \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 depuis deux ans empereur des Romains, et l&rsquo;on pouvait pr\u00e9sager la temp\u00eate terrible que son impi\u00e9t\u00e9 devait bient\u00f4t faire \u00e9clater. Cependant les affaires des chr\u00e9tiens \u00e9taient dans l&rsquo;\u00e9tat le plus florissant, et, gr\u00e2ce \u00e0 leur pi\u00e9t\u00e9, elles prosp\u00e9raient comme aux plus beaux jours. Ces beaux jours \u00e9taient l&rsquo;\u0153uvre des orthodoxes, qui, tels que les cigales, chantaient hautement les v\u00e9rit\u00e9s de la foi; mais avant tous les autres il faut citer l&rsquo;hirondelle chanteuse de notre \u00c9glise,<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/doxologia.ro\/sfantul-iustin-popovici\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2233\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/01.650px-1-219x300.jpg\" alt=\"\" width=\"350\" height=\"480\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/01.650px-1-219x300.jpg 219w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/01.650px-1.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/a><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>Cyrille<\/strong>, c\u00e9l\u00e8bre pour la rectitude de sa foi, et pour la libert\u00e9 qu&rsquo;il mettait \u00e0 l&rsquo;annoncer. Il faisait l&rsquo;ornement de Nicom\u00e9die, plus encore par ses vertus que par son si\u00e8ge \u00e9piscopal; il menait une vie conforme \u00e0 ses discours, \u00e9tablissait des monast\u00e8res, qu&rsquo;il dirigeait, soutenant ceux qui existaient d\u00e9j\u00e0, en m\u00eame temps qu&rsquo;il en fondait de nouveaux. Il \u00e9tait donc allum\u00e9, oui, il \u00e9tait allum\u00e9, ce feu de la pi\u00e9t\u00e9 dont une voix a dit : \u00ab <em>Je suis venu apporter le feu en terre; et qu&rsquo;est-ce que je veux, sinon qu&rsquo;il br\u00fble ?<\/em> \u00bb Il fut si bien entretenu, et prit tant de force, qu\u2019il gagna le palais m\u00eame, et y persuada plusieurs de ceux qui y demeuraient, de laisser aux pauvres l\u2019or et les richesses qui pourraient \u00e9teindre ce feu, afin de ne plus suivre que le Christ et son parti.<\/p>\n<p>En apprenant ces choses, Maximien trouva qu\u2019une telle situation n\u2019\u00e9tait plus tol\u00e9rable\u2009; mais comme c\u2019\u00e9taient deux guerres \u00e0 la fois, l\u2019une qu\u2019il voulait faire \u00e0 la religion, et l\u2019autre que des nations qu\u2019il avait vaincues suscitaient de nouveau, son esprit resta quelque temps partag\u00e9. Enfin, consid\u00e9rant qu\u2019il fallait en finir d\u2019abord avec la guerre des barbares, comme la plus redoutable, il se dit qu\u2019\u00e0 son retour il viendrait \u00e0 bout plus s\u00fbrement de la religion : \u00ab\u2009<em>Aid\u00e9 par les dieux de mes p\u00e8res, dit-il, j\u2019apprendrai \u00e0 ceux qui les outragent qu\u2019on ne les insulte pas impun\u00e9ment avec cette violence.<\/em>\u2009\u00bb Apr\u00e8s avoir manifest\u00e9 des intentions aussi hostiles, et tenu un langage aussi superbe, il partit contre les barbares. Le flambeau de la pi\u00e9t\u00e9 grandissait toujours en lumi\u00e8re, et les soldats du Christ se pr\u00e9paraient au combat. Parmi les fid\u00e8les, ou vit fleurir alors une plante admirable de pi\u00e9t\u00e9, une vierge \u00e9clatante de beaut\u00e9, nomm\u00e9e <em><strong>Domna<\/strong><\/em>, d\u2019une naissance glorieuse, qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e dans le palais, et consacr\u00e9e \u00e0 ceux qu\u2019on appelait faussement des dieux, qui y \u00e9taient plac\u00e9s. La premi\u00e8re des pr\u00eatresses, elle pr\u00e9sidait aux sacrifices et \u00e0 tous les myst\u00e8res de ces vains dieux. Mais ce bon arbre cherchait une bonne terre\u2009; cet olivier fertile voulait s\u2019\u00e9lever dans la maison de Dieu et donner de bons fruits. Aussi, lorsque la doctrine de la foi venant \u00e0 s\u2019\u00e9tendre, elle ou\u00eft les divines \u00c9critures, son \u00e2me fut habile \u00e0 saisir l\u2019\u00e9tincelle de la pi\u00e9t\u00e9, et se remplit bient\u00f4t de l\u2019amour spirituel. Le livre de Paul, dont l\u2019univers a \u00e9t\u00e9 rempli, les Actes des autres Ap\u00f4tres, qu\u2019elle re\u00e7ut, furent lus par elle avec empressement et jusqu\u2019au bout\u2009; elle en reconnut la v\u00e9rit\u00e9, le charme, et surtout le fruit qu\u2019elle sut go\u00fbter. La joie, l\u2019admiration, la douleur, se partageaient son \u00e2me : la joie, de ce qu\u2019elle \u00e9tait tomb\u00e9e sur un pareil tr\u00e9sor\u2009; l\u2019admiration, quand elle consid\u00e9rait la foi des chr\u00e9tiens, et saisissait l\u2019union qui r\u00e8gne entre cette \u00e9tude de la v\u00e9rit\u00e9 et la vertu\u2009; enfin la douleur, par la r\u00e9flexion qu\u2019elle faisait sur le malheureux \u00e9tat et sur la nuit profonde o\u00f9 elle jugeait qu\u2019elle avait v\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 ce moment.<\/p>\n<p>D\u00e9sireuse d\u2019obtenir cette sainte foi, sans plus tarder, elle fit venir la fille d\u2019un s\u00e9nateur qu\u2019on tenait pour chr\u00e9tienne, et qui \u00e9tait une vierge parfaite, voulant apprendre le culte de v\u00e9rit\u00e9 et se servir d\u2019elle pour la guider vers la religion. Instruite par elle des myst\u00e8res, elle court au bapt\u00eame, et au milieu de la nuit, \u00e0 l\u2019insu de tous, elle vient trouver Cyrille le pontife. Celui-ci, apr\u00e8s avoir r\u00e9cit\u00e9 sur elle quelques paroles des divines \u00c9critures, la signa de l\u2019auguste croix du Christ, et l\u2019admit comme cat\u00e9chum\u00e8ne. Il ordonna ensuite \u00e0 un pieux diacre, nomm\u00e9 <em><strong>Agapit<\/strong><\/em>, de lui faire accomplir les exercices pr\u00e9liminaires. Tandis qu\u2019elle y \u00e9tait appliqu\u00e9e, aussi bien qu\u2019au je\u00fbne et \u00e0 l\u2019oraison, elle ne s\u2019\u00e9tudia pas moins \u00e0 se cacher qu\u2019\u00e0 acquitter ses nouveaux devoirs. Personne n\u2019avait connaissance de son secret, hors un eunuque de la cour qui lui ressemblait par ses sentiments. On l\u2019appelait <em><strong>Ind\u00e8s<\/strong><\/em>, barbare de naissance, bien qu\u2019il ne le f\u00fbt pas de m\u0153urs\u2009; car il \u00e9tait d\u2019un caract\u00e8re doux et bon, qui d\u00e9notait une grande tranquillit\u00e9 et un grand calme int\u00e9rieur. Il vint donc \u00e0 la foi comme elle, et m\u00eame, par suite des circonstances, il la pr\u00e9c\u00e9da au martyre. Ainsi tous deux, au temps fix\u00e9, s\u2019approchent du bapt\u00eame, et la jeune fille, peu apr\u00e8s sa premi\u00e8re naissance, en re\u00e7oit une seconde\u2009; car elle n\u2019avait pas alors plus de quatorze ans.<\/p>\n<p>Le fondement une fois jet\u00e9, enracin\u00e9e dans la pierre ferme, c\u2019est-\u00e0-dire le Christ, elle se mit \u00e0 \u00e9difier par-dessus. Peu soucieuse du pain et du breuvage mat\u00e9riel, elle s\u2019attacha au pain que per\u00e7oit l\u2019intelligence et aux paroles divines\u2009; et non contente de chercher \u00e0 se remplir l\u2019esprit de ce qui avait \u00e9t\u00e9 dit, elle s\u2019appliquait \u00e0 le rendre dans ses \u0153uvres\u2009; en quoi elle n\u2019eut pas besoin d\u2019un long temps\u2009; car aussit\u00f4t qu\u2019elle avait ou\u00ef la divine <em>\u00c9criture<\/em>, elle mettait en pratique ce qu\u2019elle avait entendu. Comme elle lisait les <em>Actes des Ap\u00f4tres<\/em>, \u00e9tant arriv\u00e9e \u00e0 cet endroit o\u00f9 il est dit que ceux qui vendaient leurs biens en apportaient le prix aux pieds des ap\u00f4tres, elle r\u00e9solut d\u2019en faire autant. R\u00e9unissant donc tout ce qu\u2019elle avait d\u2019or, d\u2019argent et d\u2019effets pr\u00e9cieux, elle en chargea ses serviteurs, et s\u2019en alla la nuit prier <strong>Cyrille<\/strong> de les accepter, attendu qu\u2019elle le v\u00e9n\u00e9rait comme un ap\u00f4tre, et de les distribuer aux pauvres. Apr\u00e8s en avoir ainsi dispos\u00e9 selon sa volont\u00e9, elle s\u2019en retourna, continuant \u00e0 occuper le m\u00eame logement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/doxologia.ro\/sfantul-iustin-popovici\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2231 size-large\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/s1570003-518x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"518\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/s1570003-518x1024.jpg 518w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/s1570003-152x300.jpg 152w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/s1570003.jpg 607w\" sizes=\"auto, (max-width: 518px) 100vw, 518px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Cyrille<\/strong>, son p\u00e8re selon l\u2019esprit, peu de temps apr\u00e8s s\u2019en alla \u00e0 Dieu, le P\u00e8re de tous. La bienheureuse jeune fille n\u2019avait pas \u00e9cout\u00e9 avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ses avertissements\u2009; elle les avait, au contraire, cach\u00e9s dans le fond de son c\u0153ur. Durant tout le jour, de concert avec <strong>Ind\u00e8s<\/strong>, son \u00e9mule dans la vertu, purifiant son \u00e2me par le je\u00fbne, elle vaquait avec lui \u00e0 l\u2019oraison et aux saints entretiens, ne prenant de nourriture qu\u2019\u00e0 la nuit. Ils ne mangeaient que du pain sec, et ne buvaient que de l\u2019eau. Quant \u00e0 ce qui leur \u00e9tait assign\u00e9 par l\u2019empereur, les pauvres seuls en profitaient\u2009; en sorte qu\u2019ils pratiquaient la charit\u00e9 en m\u00eame temps que l\u2019abstinence. Tout en agissant ainsi, ils cherchaient le secret\u2009; mais il ne pouvait se faire que la montagne rest\u00e2t cach\u00e9e, ou la lampe sous le boisseau, ou le tr\u00e9sor enfoui dans la terre. La fa\u00e7on en laquelle ils apparurent et que je dirai, les rendit d\u2019un exemple salutaire aux orthodoxes, tandis que les impies et les m\u00e9chants y trouv\u00e8rent seulement de quoi \u00eatre confondus. Ils \u00e9taient si \u00e9loign\u00e9s du bien, qu\u2019au lieu de prendre dans la vertu de ces saints un fruit de salut, ils voulurent les punir et leur faire un crime de leur abstinence\u2009; car ils ignoraient leur religion et n\u2019avaient pas encore d\u00e9couvert leur secret.<br \/>\nLorsque leur vie d\u2019abstinence fut arriv\u00e9e \u00e0 la connaissance de celui qui \u00e9tait charg\u00e9 de l\u2019entretien de la table imp\u00e9riale plut\u00f4t que d\u2019admirer leur charit\u00e9 et de s\u2019\u00e9tonner d\u2019une telle temp\u00e9rance, il en vint tout de suite aux coups, et les battit longtemps, pour les contraindre \u00e0 dire o\u00f9 passaient les aliments qui leur \u00e9taient servis. Eux qui avaient appris \u00e0 cacher le bien qu\u2019ils faisaient, support\u00e8rent ce traitement avec courage, pr\u00e9f\u00e9rant mourir plut\u00f4t que de parler, pour ne pas tarir la source des bienfaits qu\u2019ils \u00e9coulaient sur les indigents. Alors un eunuque, Perse de naissance et aussi quant \u00e0 l\u2019impi\u00e9t\u00e9, vint au pr\u00e9fet, et se mit le premier \u00e0 leur faire un crime de leur vertu.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Ils vivent, dit-il, dans la chastet\u00e9, s\u2019abstiennent d\u2019aliments, et donnent aux chr\u00e9tiens pauvres ce qu\u2019ils re\u00e7oivent\u2009; ainsi ce qui leur vient de l\u2019empereur est donn\u00e9 en aliment \u00e0 ceux qui sont les adversaires de l\u2019empereur. Si vous voulez, ajouta-t-il, conna\u00eetre plus clairement cette affaire, vous n\u2019avez qu\u2019\u00e0 faire ouvrir leurs meubles\u2009; par-l\u00e0 vous pourrez vous \u00e9claircir sur ce qui reste encore obscur.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9fet l\u2019entendit, et saisissant avec joie cette occasion de s\u2019assurer de la v\u00e9rit\u00e9, il leur prend les clefs, et fait aussit\u00f4t l\u2019ouverture\u2009; mais il trouve tout autre chose que ce qu\u2019il esp\u00e9rait. Il d\u00e9couvre les objets les plus dignes de respect, savoir la figure de la divine croix, puis un livre v\u00e9n\u00e9rable, savoir les <em>Actes des Ap\u00f4tres<\/em> si chers \u00e0 Dieu. Tout, dans ce meuble, annon\u00e7ait la richesse de ceux qui ont cach\u00e9 leur tr\u00e9sor dans les cieux. Deux nattes \u00e9tendues sur le sol m\u00eame, c\u2019\u00e9tait l\u00e0 le magnifique ameublement de <strong>Domna<\/strong> et d\u2019<strong>Ind\u00e8s<\/strong>, ces nobles personnages\u2009; sauf encore un encensoir d\u2019argile, une lampe, et un coffret de bois, o\u00f9 ils avaient d\u00e9pos\u00e9 l\u2019oblation sainte dont ils \u00e9taient devenus participants. L\u2019impie eunuque, s\u2019\u00e9tant empar\u00e9 de ce livre et du coffret, leur demanda o\u00f9 \u00e9taient l\u2019or, les habits de prix, et le reste de leur \u00e9l\u00e9gant et magnifique ameublement. Comme ils ne tenaient encore aucun compte de ces questions et pers\u00e9v\u00e9raient dans leur silence, il les fit mettre \u00e0 la torture\u2009; mais il trouva qu\u2019il frappait en vain comme sur le diamant, car il ne put rien savoir. Il laissa donc dans le meuble le saint livre ainsi que le coffret lui-m\u00eame, comme objets pour lui de nulle valeur, toutefois il fit mettre ailleurs en prison nos saints, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il en e\u00fbt r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019empereur. Mais la jeune fille, en quittant la salle, prit adroitement sans qu\u2019on s\u2019en aper\u00e7\u00fbt le livre, qui \u00e9tait petit et pouvait facilement se cacher, et le mit sous ses habits. <strong>Ind\u00e8s<\/strong> de la m\u00eame mani\u00e8re enleva le coffret de bois, et c\u2019est ainsi qu\u2019on les emmena en prison. Pendant le temps assez long qu\u2019ils y furent renferm\u00e9s, ils n\u2019eurent que le pain sacr\u00e9 pour nourriture, et pour boisson les eaux de la gr\u00e2ce divine. Quant \u00e0 la nourriture que le corps r\u00e9clamait, ils en furent priv\u00e9s au point qu\u2019ils ne pouvaient m\u00eame obtenir de l\u2019eau. Tel \u00e9tait l\u2019ordre du cruel pr\u00e9fet, qui voulait les faire p\u00e9rir par le supplice de cette faim qu\u2019ils avaient rassasi\u00e9e chez les indigents, et ch\u00e2tier leur charit\u00e9 par sa cruaut\u00e9.<\/p>\n<p>Le besoin devint si grand, et le supplice si intol\u00e9rable que la vierge en tomba malade, sa jeune constitution ne pouvant r\u00e9sister \u00e0 une telle \u00e9preuve. Mais il ne pouvait se faire qu\u2019ils fussent abandonn\u00e9s de Celui qui prend soin des oiseaux et des b\u00eates, qui ouvre sa main et remplit de b\u00e9n\u00e9diction tout ce qui respire. Il \u00e9tait nuit : des anges c\u00e9lestes du ch\u0153ur des Vertus s\u2019approchent d\u2019eux\u2009; ils les entourent d\u2019une \u00e9clatante lumi\u00e8re, leur apportent une table charg\u00e9e de mets, et s\u2019en retournent au ciel. <strong>Ind\u00e8s<\/strong> et <strong>Domna<\/strong> prirent aussit\u00f4t ce qui leur \u00e9tait servi, et oubli\u00e8rent les maux pass\u00e9s. Tout r\u00e9jouis de la splendeur de ces esprits qu\u2019ils avaient vus, et de la douceur qu\u2019ils go\u00fbt\u00e8rent dans les mets qui leur avaient \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s, ils chant\u00e8rent avec un grand \u00e0-propos ce verset de David : \u00ab\u2009<em>Mon \u00e2me est comme rassasi\u00e9e, et ma bouche prof\u00e9rera des louanges avec des l\u00e8vres tressaillant d\u2019all\u00e9gresse.<\/em>\u2009\u00bb Le jour \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 venu, quand le pr\u00e9fet voulut savoir si la faim avait triomph\u00e9 d\u2019eux, et les avait rendus plus dociles. Mais lorsqu\u2019il vit qu\u2019ils \u00e9taient tout joyeux, le visage all\u00e8gre, et l\u2019\u00e2me encore davantage, aussit\u00f4t cessant d\u2019employer la violence qui ne lui avait pas r\u00e9ussi, il entreprit les voies de la persuasion. Simulant la douceur, il ordonna qu\u2019on ne leur f\u00eet plus rien souffrir, et qu\u2019on leur fournit abondamment ce dont ils auraient besoin, aliments, argent, habits, comme auparavant. Mais la jeune fille n\u2019avait que faire d\u2019argent et d\u2019habits, ou si elle en avait besoin, ce n\u2019\u00e9tait pas pour elle, mais pour les pauvres, auxquels elle distribuait des pi\u00e8ces m\u00eames de ses v\u00eatements\u2009; et elle pensait que faire l\u2019aum\u00f4ne \u00e9tait aussi n\u00e9cessaire \u00e0 son \u00e2me que les aliments le sont au corps. C\u2019est pourquoi elle passait plusieurs jours sans manger, afin d\u2019avoir de quoi sustenter les autres avec abondance. Comme une foule de pauvres venaient \u00e0 elle la supplier, ainsi qu\u2019une tendre nourrice, de les d\u00e9livrer de la faim, ne sachant plus que d\u00e9penser pour subvenir \u00e0 tant de besoins, elle jeta les yeux sur ses parures. Elle attacha ensemble sa ceinture orn\u00e9e de pierreries et de perles, avec d\u2019autres objets en or et en argent, les descendit par la fen\u00eatre et les fit passer \u00e0 un pieux diacre nomm\u00e9 Alpius, le priant de les vendre et de distribuer aux pauvres l\u2019argent qu\u2019il en pourrait tirer. On ne saurait dire \u00e0 combien de mis\u00e9rables ces objets procur\u00e8rent de quoi vivre, et combien de riches elle provoqua par cet exemple \u00e0 venir au secours des indigents. Mais comme il ne fallait pas qu\u2019une personne aussi chaste, qui pratiquait tant d\u2019autres vertus, et se sentait emport\u00e9e par un si fort courant vers la bienfaisance, demeur\u00e2t plus longtemps dans les tabernacles des p\u00e9cheurs et \u00e0 la cour, il y fut pourvu par la volont\u00e9 d\u2019en haut\u2009; nous allons voir avec quelle sagesse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1372\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1372\" class=\"wp-image-1372 size-full\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/la-Transfiguration.940px.p182.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"384\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/la-Transfiguration.940px.p182.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/la-Transfiguration.940px.p182-300x123.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/la-Transfiguration.940px.p182-768x314.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><p id=\"caption-attachment-1372\" class=\"wp-caption-text\">La Transfiguration, Moscou, milieu du XVIe si\u00e8cle<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La vierge se rappela <strong>David<\/strong>, l\u2019anc\u00eatre de Dieu, et la dissimulation dont il avait us\u00e9 lorsque, fuyant de la face de <strong>Sa\u00fcl<\/strong>, il changea de visage, et feignit d\u2019avoir l\u2019esprit \u00e9gar\u00e9\u2009; en sorte qu\u2019il \u00e9chappa \u00e0 des gens vraiment insens\u00e9s, et \u00e9rigea sur eux un troph\u00e9e de victoire. Elle imagina et feignit quelque chose<br \/>\nde pareil, tournant les yeux, laissant \u00e9chapper sa salive, battant des mains et prof\u00e9rant des paroles sans suite, quelquefois elle pleurait, d\u2019autres fois elle riait hors de propos et sans raison. \u00c0 ce spectacle, ceux qui demeuraient dans le palais, les uns la plaignaient, d\u2019autres restaient \u00e9tonn\u00e9s, et quelques-uns la plaignaient et m\u00eame temps qu\u2019ils s\u2019\u00e9tonnaient. Le cruel pr\u00e9fet, inform\u00e9 de ce qui se passait par quelqu\u2019un de son entourage, et avant vu par lui-m\u00eame ce qu\u2019il en \u00e9tait, en fut chagrin\u00e9 et vivement contrari\u00e9. Car la jeune fille simula plus que jamais ses acc\u00e8s, dans le temps o\u00f9 le pr\u00e9fet avait les yeux sur elle. Il en fut m\u00eame effray\u00e9, et lui donna plusieurs gardes, de crainte qu\u2019en l\u2019absence de l\u2019empereur il ne lui arriv\u00e2t quelque accident, et qu\u2019en se pr\u00e9cipitant elle ne m\u00eet sa vie en danger. Les gardes la surveill\u00e8rent assez longtemps, sans qu\u2019elle se d\u00e9parte du personnage qu\u2019elle avait entrepris de jouer, simulant toujours la folie avec une grande intelligence. Elle \u00e9tait m\u00eame fort \u00e0 charge \u00e0 ceux qui la gardaient, dont elle rompait les oreilles par des cris d\u00e9sordonn\u00e9s, et fatiguait les yeux par des actions niaises et impertinentes\u2009; d\u2019autres fois elle troublait leur sommeil par ses clameurs\u2009; en un mot, elle leur \u00e9tait devenue tout \u00e0 fait insupportable. Enfin, malgr\u00e9 eux, ils jug\u00e8rent qu\u2019il fallait en finir en la renvoyant aux chr\u00e9tiens\u2009; c\u2019\u00e9tait tout ce qu\u2019elle demandait. Ils all\u00e8rent donc demander \u00e0 l\u2019eunuque de remettre cette jeune fille aux chr\u00e9tiens, pr\u00e9tendant qu\u2019ils seraient ainsi d\u00e9barrass\u00e9s d\u2019une charge insupportable, en m\u00eame temps qu\u2019ils lui m\u00e9nageraient une prompte gu\u00e9rison. \u00ab\u2009<em>Car, disaient-ils, il y en a parmi nous qui lui ressemblaient dans sa folie et l\u2019on dit qu\u2019ils les gu\u00e9rissent, nous ne savons comment, et qu\u2019ils leur rendent la raison.\u2009<\/em>\u00bb Voil\u00e0 donc ce qu\u2019ils demandaient pour se d\u00e9livrer de toute importunit\u00e9\u2009; mais Dieu fit en sorte, ainsi que la vierge en avait le plus ardent d\u00e9sir, que tout r\u00e9uss\u00eet au gr\u00e9 de ses v\u0153ux. Ils ne savaient pas, comme dit le proverbe, qu\u2019ils mettaient un cheval aux champs, et un dauphin dans l\u2019eau.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9fet les \u00e9coute, et voulant lui-m\u00eame \u00eatre quitte de tout souci, il fait mander le bienheureux <em>Anthime<\/em>, qui avait succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 <strong>Cyrille<\/strong> comme \u00e9v\u00eaque de Nicom\u00e9die. Lorsqu\u2019il fut arriv\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la connaissance que Dieu lui avait donn\u00e9e des choses qui restaient au fond des c\u0153urs, il sut aussit\u00f4t en esprit ce qu\u2019il en \u00e9tait de la jeune fille. Comprenant tout ce qu\u2019il y avait de sagesse sous cette apparence de folie, il garda un profond silence. La vierge de son c\u00f4t\u00e9, en pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9v\u00eaque, ne montrait plus ni fureur ni folie\u2009; mais comme si d\u00e9j\u00e0 il lui e\u00fbt impos\u00e9, elle se tenait calme et paisible, au point que les assistants en \u00e9taient dans l\u2019admiration, consid\u00e9rant combien de puissance il y avait dans le seul regard d\u2019un saint. Le pr\u00e9fet pria donc l\u2019\u00e9v\u00eaque de prendre avec lui la jeune fille, et m\u00eame <strong>Ind\u00e8s<\/strong> avec elle, et de les faire garder honorablement dans quelque lieu sacr\u00e9. En m\u00eame temps il lui donna de l\u2019argent pour leur entretien et pour tous leurs besoins. L\u2019\u00e9v\u00eaque les re\u00e7ut volontiers, mais non l\u2019argent. Il les envoya dans un monast\u00e8re, joyeux plus qu\u2019on ne saurait dire de voir que tout avait r\u00e9ussi.<br \/>\nCependant Maximien avait remport\u00e9 la victoire sur les ennemis. Dieu lui ouvrait la voie qui pouvait le conduire au salut s\u2019il avait voulu seulement rechercher Celui par la main de qui tout s\u2019\u00e9tait fait, et reconna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9. Mais, aveugl\u00e9 en cette rencontre, il attribuait la victoire au secours de ses faux dieux.<\/p>\n<p>Bien loin de songer \u00e0 en rendre gr\u00e2ces au vrai Dieu, il se h\u00e2tait de venir faire la guerre \u00e0 Dieu m\u00eame. Laissant donc tout autre soin de c\u00f4t\u00e9, il redoublait d\u2019aigreur contre les chr\u00e9tiens, offrait des sacrifices et c\u00e9l\u00e9brait des f\u00eates aux d\u00e9mons\u2009; se couvrant m\u00eame de la peau du renard. Il s\u2019insinuait en dessous dans la faveur du peuple par des dons et des honneurs, et cherchait \u00e0 cacher sa perversit\u00e9. Il r\u00e9solut d\u2019abord de donner une grande f\u00eate. On ne voyait pas qu\u2019il pr\u00e9parait tout cela pour faire la guerre aux chr\u00e9tiens, mais l\u2019affaire se montait dans les t\u00e9n\u00e8bres, la ruse et la malice. Ces idoles que les impies honoraient en les faisant fabriquer d\u2019or et d\u2019argent, leur creusaient en retour la fosse du tr\u00e9pas. Elles furent expos\u00e9es solennellement par ordre de cet impie, plac\u00e9es sur un tr\u00f4ne, et couronn\u00e9es de ses mains. Puis il leur fit sacrifier de taureaux, et commanda aux abominables sacrificateurs d\u2019asperger le peuple\u2009; en quoi il profitait des circonstances. Car alors les spectateurs \u00e9taient bouche b\u00e9ante, \u00e9coutant les choses qui se disaient sur le th\u00e9\u00e2tre. Ceux donc qui \u00e9taient fermes et solides dans la foi, et dont le christianisme ne s\u2019\u00e9tait pas seulement arr\u00eat\u00e9 au nom, mais avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 jusqu\u2019au fond du c\u0153ur, s\u2019apercevant de ce qui avait lieu, et dont la vue seule leur faisait horreur, quitt\u00e8rent aussit\u00f4t le th\u00e9\u00e2tre, pr\u00e9f\u00e9rant noblement r\u00e9pandre leur propre sang, plut\u00f4t que de se souiller d\u2019un sang aussi impie. Mais ceux qui faisaient plus d\u2019estime des plaisirs et des amusements souill\u00e8rent leur corps et leur \u00e2me, se pr\u00e9parant, h\u00e9las, pour une jouissance passag\u00e8re, des supplices \u00e9pouvantables.<\/p>\n<p>Alors Maximien, emport\u00e9 toujours davantage dans son impi\u00e9t\u00e9, voulant non seulement la pratiquer dans sa vie priv\u00e9e, mais en faire publiquement profession, adressa au peuple assembl\u00e9 ces discours o\u00f9 respirait le plus grossier m\u00e9pris de Dieu :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009O\u00f9 vous en allez-vous, en pr\u00e9f\u00e9rant ainsi les t\u00e9n\u00e8bres \u00e0 la lumi\u00e8re, en ne consid\u00e9rant pas comme des dieux ceux de qui d\u00e9pend le monde\u2009? Ne voyez-vous pas ces victoires et ces troph\u00e9es\u2009? Ne voyez-vous pas tant de biens ajout\u00e9s \u00e0 d\u2019autres biens\u2009? Comment ceux que nous poss\u00e9dions d\u2019abord sont en bon \u00e9tat, et comment il s\u2019y en ajoute chaque jour de nouveaux, en sorte que nous \u00e9tendons notre puissance en des lieux o\u00f9 elle n\u2019\u00e9tait pas reconnue\u2009? et cet accroissement de gloire, et cet empire qui va toujours s\u2019agrandissant\u2009? ces villes qui nous sont tributaires, ou qui le seront bient\u00f4t\u2009? qui sont prises, ou sur le point de l\u2019\u00eatre\u2009? les rois de tant de peuples qui sont r\u00e9duits comme en esclavage\u2009? enfin, tout qui nous r\u00e9ussit \u00e0 souhait\u2009? \u00c0 la providence de qui en sommes-nous redevables\u2009? Croyez-en cette heureuse disposition des saisons, ces pluies mod\u00e9r\u00e9es, ces r\u00e9coltes de fruits qui viennent m\u00eame en tout temps de l\u2019ann\u00e9e, et promettent l\u2019abondance.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Il continuait \u00e0 s\u2019\u00e9tendre sur ce sujet, attribuant faussement ce qui existe \u00e0 ceux qui n\u2019existent pas\u2009; il se disposait m\u00eame \u00e0 poursuivre encore\u2009; mais Celui dont les jugements sont toujours justifi\u00e9s ne permit pas, du haut des cieux, que le mensonge se glorifi\u00e2t davantage \u00e0 l\u2019encontre de la v\u00e9rit\u00e9, et dev\u00eent ainsi pour ceux qui seraient faciles \u00e0 pervertir une cause de ruine. En effet, tandis qu\u2019il continuait \u00e0 p\u00e9rorer, comme le temps \u00e9tait serein et le soleil dans tout son \u00e9clat, il se fit tout \u00e0 coup un grand fracas de tonnerre, les \u00e9clairs partiront des unes, ou se trouva dans les t\u00e9n\u00e8bres, et il tomba une gr\u00eale \u00e9paisse que poussaient les vents. Un si horrible fl\u00e9au disait assez haut qu\u2019il proc\u00e9dait du courroux de Dieu gri\u00e8vement offens\u00e9. Aussi les uns, pour avoir seulement entendu le tonnerre, en furent \u00e9tourdis aussi bien qu\u2019\u00e9pouvant\u00e9s, et tomb\u00e8rent par terre demi-morts\u2009; les autres se mirent \u00e0 fuir, et se firent plus de mal encore, s\u2019\u00e9crasant les uns les autres, et trouvant ainsi une mort violente. L\u2019impie empereur lui-m\u00eame faillit p\u00e9rir\u2009; ce qui n\u2019e\u00fbt pas manqu\u00e9, si le ciel n\u2019avait jug\u00e9 que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 un ch\u00e2timent au-dessous de ce qu\u2019il m\u00e9ritait. Mais Dieu ne s\u2019en tint pas \u00e0 ce qu\u2019on vient de dire, pour les terrifier : les rivi\u00e8res d\u00e9bordant entra\u00een\u00e8rent les moissons, et emport\u00e8rent \u00e0 la mer les travaux des laboureurs, et tout cela en plein \u00e9t\u00e9, lorsqu\u2019on ne s\u2019attendait plus \u00e0 voir tomber la pluie. N\u00e9anmoins tout ce qui arriva \u00e9tait peu de chose pour p\u00e9n\u00e9trer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2me de Maximien, et l\u2019engager \u00e0 se d\u00e9sister de son impi\u00e9t\u00e9. En effet, comme il cherchait ensuite sur le tableau o\u00f9 \u00e9taient inscrits ceux qui servaient les douze premiers faux dieux, n\u2019y trouvant plus <strong>Domna<\/strong> ni <strong>Ind\u00e8s<\/strong>, il en fut rempli de chagrin et de col\u00e8re, et s\u2019informa de ce qu\u2019ils \u00e9taient devenus.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il eut appris du chef des eunuques que <strong>Domna<\/strong> avait perdu l\u2019esprit, et qu\u2019elle se trouvait en ce moment chez ceux qui pouvaient la gu\u00e9rir\u2009; qu\u2019<strong>Ind\u00e8s<\/strong> \u00e9tait avec elle pour la garder et la servir, enflamme de col\u00e8re, il se mit \u00e0 crier.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Mis\u00e9rable\u2009! si Domna \u00e9tait tourment\u00e9e par un d\u00e9mon, peut-\u00eatre n\u2019as-tu pas eu tort de la retirer du service des dieux\u2009; mais pourquoi Ind\u00e8s, cet adorateur des dieux\u2009! Pourquoi de telles mesures, et, autant qu\u2019il d\u00e9pendait de toi, priver ces grands dieux de leurs adorations\u2009? Mais j\u2019en jure par eux, tu n\u2019\u00e9chapperas pas au ch\u00e2timent que tu m\u00e9rites\u2009!\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Il dit, et n\u2019oublia pas ce qu\u2019il avait dit : car il l\u2019envoya soigner les chameaux qui \u00e9taient dans le territoire de Claudiopolis, lui enlevant la dignit\u00e9 de pr\u00e9fet, et le r\u00e9duisant \u00e0 la plus vile condition. Ensuite il fit appeler <strong>Ind\u00e8s<\/strong>, et lui ordonna de reprendre son premier service aupr\u00e8s des dieux. Celui-ci, de retour, reprit en effet son service, c\u2019est-\u00e0-dire que, souhaitant le bonsoir ou plut\u00f4t la m\u00e2le nuit aux dieux et aux d\u00e9esses ainsi qu\u2019\u00e0 leurs pr\u00eatres, il vaquait au seul Dieu, dans la pri\u00e8re et le je\u00fbne. Non seulement il ne se laissa pas aller \u00e0 l\u2019impi\u00e9t\u00e9 des pa\u00efens\u2009; mais il amena un grand nombre d\u2019entre eux \u00e0 la communion de la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est qu\u2019en effet rien ne persuade autant qu\u2019un discours, lorsque le reste de la vie y r\u00e9pond\u2009; et pour cette raison <strong>Ind\u00e8s<\/strong> gagna beaucoup de gens \u00e0 Dieu. Il \u00e9tait v\u00e9ritablement un sel divin, capable de se conserver lui-m\u00eame et de conserver les autres. Telle \u00e9tait donc sa condition\u2009; mais il devenait de plus en plus intol\u00e9rable \u00e0 Maximien, qu\u2019apr\u00e8s avoir vaincu les barbares et terrifi\u00e9 des milliers d\u2019ennemis par sa seule pr\u00e9sence, il f\u00fbt vaincu chez lui par les siens encore jeunes et non encore arriv\u00e9s \u00e0 la maturit\u00e9 de l\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<p>Se d\u00e9pouillant peu \u00e0 peu des apparences qu\u2019il pouvait avoir d\u2019humanit\u00e9, il combattait ouvertement contre le Christ, renversant les temples sacr\u00e9s, \u00e9levant des \u00e9difices aux d\u00e9mons. Il envoyait partout des pr\u00e9fets s\u00e9v\u00e8res en paroles, et cruels dans les ch\u00e2timents, et dont la f\u00e9rocit\u00e9 envers les chr\u00e9tiens trouvait dans les dispositions de l\u2019empereur un suppl\u00e9ment \u00e0 ce qui pouvait lui manquer. Il leur enjoignait, en effet, de ne rien rel\u00e2cher aux chr\u00e9tiens qui n\u2019ob\u00e9iraient pas, et de les punir comme s\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 l\u00e0 lui-m\u00eame pour examiner de ses yeux avec quel soin ils proc\u00e9daient aux interrogatoires, quel g\u00e9nie et quelle rigueur ils d\u00e9ployaient dans les supplices, disant qu\u2019ils lui seraient d\u2019autant plus agr\u00e9ables, qu\u2019ils auraient inflig\u00e9 plus de tourments aux disciples du Christ. C\u2019est apr\u00e8s les avoir excit\u00e9s de la sorte qu\u2019il envoyait ses pr\u00e9fets, sans compter qu\u2019il se montrait lui-m\u00eame le type de la barbarie\u2009; car tout le premier il tuait, punissait, faisait dispara\u00eetre, bannissait, n\u2019\u00e9pargnant aucune violence ni aucune tyrannie. Il allait m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 unir aux voies de rigueur des moyens plus doux, qu\u2019il pr\u00e9sentait comme on ferait des aliments : mais ce n\u2019\u00e9tait que pour en devenir plus cruel, et se donner des pr\u00e9textes de punir les fid\u00e8les pour n\u2019avoir pas c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la simple parole. Il chercha souvent le bienheureux <strong>Anthime<\/strong>, et voyant qu\u2019il ne pouvait le trouver, il entra dans l\u2019\u00e9glise comme une b\u00eate f\u00e9roce qui cherche partout, apr\u00e8s l\u2019avoir fait entourer d\u2019une troupe nombreuse de satellites et de soldats. Il joua d\u2019abord la douceur, cherchant \u00e0 imposer aux uns par le d\u00e9ploiement de sa puissance, et \u00e0 entra\u00eener les autres par la persuasion, en leur montrant une bienveillance dont il les mettait \u00e0 m\u00eame de profiter. Avec deux moyens si puissants, la terreur et la persuasion, il se serait assur\u00e9 des fid\u00e8les : et une fois pris, il les aurait conduits \u00e0 l\u2019impi\u00e9t\u00e9. Dans cette pens\u00e9e, il fit au peuple ce discours :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Quand j\u2019ai \u00e0 traiter avec les barbares qui refusent de se soumettre \u00e0 mon empire, et n\u2019ob\u00e9issent point aux lois romaines, je n\u2019en viens pas tout d\u2019abord aux armes\u2009; je retiens mes traits, et je ne prom\u00e8ne pas aussit\u00f4t l\u2019\u00e9p\u00e9e du carnage\u2009; mais, \u00e0 l\u2019exemple des bons m\u00e9decins, j\u2019essaie avec des paroles de douceur et de bont\u00e9, comme avec l\u2019huile, de faire dispara\u00eetre la tumeur. Quand je trouve que les m\u00e9dicaments ne font rien, j\u2019emploie alors le feu, et je taille en m\u00eame temps si rudement dans le vif, que si d\u2019abord je me suis montr\u00e9 plus humain que personne, on n\u2019en trouve pas de plus rigoureux que moi lorsqu\u2019on a laiss\u00e9 passer le moment de la cl\u00e9mence et de la douceur. Qu\u2019il ne vous arrive donc jamais d\u2019\u00e9prouver mon m\u00e9contentement et ma col\u00e8re : pour cela, vous n\u2019avez qu\u2019\u00e0 venir faire des libations aux dieux, et les prier de vous regarder d\u2019un \u0153il favorable\u2009; alors vous recevrez de nous des bonheurs, des emplois et de l\u2019argent\u2009; alors vous serez re\u00e7us dans nos bonnes gr\u00e2ces et notre intimit\u00e9. N\u2019est-ce pas chose absurde que des barbares qui parlent un autre langage, s\u2019accommodent si ais\u00e9ment de ce qui vient de notre part, tandis que vous, \u00e9lev\u00e9s dans les lois des Romains, instruits dans les sciences des Grecs, vous mes sujets, ne professeriez pas une soumission absolue \u00e0 mon \u00e9gard\u2009? On vous verrait d\u00e9sob\u00e9ir aux princes, faire ouvertement la guerre \u00e0 votre empereur, et vous priver de sa faveur et de ses bienfaits\u2009! Quittez, quittez cette fausse religion, sinon le ch\u00e2timent ne se fera pas attendre. Regardez cet \u00e9difice qui vous inspire tant de confiance. J\u2019y ferai mettre le feu, et vous y p\u00e9rirez tous dans un moment. Alors vous conna\u00eetrez par vous-m\u00eames le grand danger qu\u2019il y a dans une audace \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la saine raison.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Ainsi le cruel Maximien joignait la bienveillance \u00e0 l\u2019inhumanit\u00e9, et m\u00ealait dans son discours le bien et le mal, les promesses et les menaces, donnant \u00e0 ses paroles la douceur du miel. Mais le sage <strong>Glyc\u00e9rius<\/strong>, qui \u00e9tait r\u00e9ellement un divin sacrificateur et un pr\u00eatre, et s\u2019\u00e9tudiait \u00e0 offrir l\u2019hommage de ses paroles au Christ auquel il sacrifiait, dans une r\u00e9ponse faite en peu de mots dits \u00e0 propos, encha\u00eena la langue de Maximien, troubla et consterna son c\u0153ur et ne l\u2019\u00e9tonna pas moins qu\u2019il n\u2019excita sa col\u00e8re. Car il dit :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Tes dons ni tes promesses ne nous flattent point, et tes menaces ne nous inqui\u00e8tent en rien. Comment aurions-nous quelque envie, ou comment notre \u00e2me serait-elle \u00e9prise de tous ces biens, lorsque tout ce qui vient du monde n\u2019est pour nous qu\u2019un songe\u2009? Et de quels maux peux-tu menacer des gens \u00e0 qui c\u2019est un supplice de ne pas souffrir les derni\u00e8res rigueurs pour le Christ\u2009? Quant \u00e0 ces troph\u00e9es dont tu te fais gloire et que tu as \u00e9lev\u00e9s sur tant de nations, ils tournent \u00e0 notre avantage, ils viennent \u00e0 l\u2019appui de mes paroles. Ainsi donc, apr\u00e8s avoir triomph\u00e9 de tant d\u2019ennemis, on te voit aussit\u00f4t vaincu par des femmes et des enfants, par tous ceux, dis-je, qui pratiquent la religion chr\u00e9tienne\u2009; et combien sup\u00e9rieure n\u2019appara\u00eetra pas la vertu de mon Christ\u2009? De plus, qui donc est si stupide et si insens\u00e9 qu\u2019il ait oubli\u00e9 ces tonnerres et ces foudres qu\u2019on a entendues il y a quelque temps, et ces signes \u00e9pouvantables envoy\u00e9s par Dieu, ces morts violentes, et l\u2019inondation et la perte des biens de la terre qui s\u2019ensuivit\u2009; parce que tu as os\u00e9 attribuer \u00e0 tes faux dieux, \u00f4 empereur, ce qui appartient \u00e0 Dieu seul, \u00e0 Dieu qui exerce sa col\u00e8re sur ceux qui les honorent\u2009? Cesse donc de nous faire ainsi la guerre : nous avons des armes d\u2019en haut, que le roi de l\u2019univers a remises entre nos mains, de m\u00eame que tu en as donn\u00e9 aujourd\u2019hui \u00e0 tes satellites\u2009; avec ces armes nous accepterons la bataille, et nous remporterons la victoire. Si l\u2019on nous frappe, nous tuons\u2009; et si nous tombons, c\u2019est sur toi que nous \u00e9levons un troph\u00e9e.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00c0 ce discours si vif, l\u2019empereur, bless\u00e9 au fond du c\u0153ur, cacha n\u00e9anmoins ce qu\u2019il \u00e9prouvait dans son \u00e2me, et sans rien dire de plus, il sortit du temple. Cependant le peuple fid\u00e8le rendait gloire \u00e0 Dieu, et remerciait le sage <strong>Glyc\u00e9rius<\/strong>. Mais il \u00e9tait impossible que Maximien cont\u00eent longtemps sa col\u00e8re. Emport\u00e9 par sa fureur, il fait arr\u00eater <strong>Glyc\u00e9rius<\/strong> comme il se rendait \u00e0 l\u2019\u00e9glise, et ordonne qu\u2019on le lui am\u00e8ne. Aussit\u00f4t qu\u2019il fut arriv\u00e9, sans l\u2019interroger auparavant, il le fait battre tout d\u2019abord avec des nerfs de b\u0153uf, et avec tant de violence, que les forces manqu\u00e8rent aux bourreaux et la voix \u00e0 leur victime. Pendant qu\u2019on le frappait, il ordonna au h\u00e9raut de lui dire : \u00ab\u2009<em>Retiens ta langue, Glyc\u00e9rius\u2009; ne sois pas arrogant, s\u00e9ditieux, ni insolent. Respecte les coutumes des romains\u2009; r\u00e9v\u00e8re les empereurs.\u2009<\/em>\u00bb Tels \u00e9taient les ordres de Maximien\u2009; mais le bourreau ne gagna rien sur le martyr, et le h\u00e9raut ne put lui inspirer la honte. S\u2019\u00e9levant au-dessus des coups des licteurs et des proclamations du h\u00e9raut, il ne cherchait que son roi dont il implorait le secours, disant : \u00ab\u2009<em>Seigneur J\u00e9sus Christ, vous m\u2019avez donn\u00e9 la force de parler accordez-moi de m\u00eame, celle de souffrir pour vous. Si j\u2019endure en ce moment des rigueurs que j\u2019entrevoie une plus grande r\u00e9compense.\u2009<\/em>\u00bb C\u2019\u00e9tait jeter de l\u2019huile sur le feu. Maximien sentit redoubler sa fureur, et excita ceux qui frappaient \u00e0 continuer leur besogne, jusqu\u2019\u00e0 ce que le corps du martyr \u00e9tant renvers\u00e9 \u00e0 terre, ne par\u00fbt diff\u00e9rer en rien d\u2019un cadavre. \u00c9puis\u00e9 de sang, la peau boursoufl\u00e9e, les chairs m\u00eames \u00e9taient enlev\u00e9es, et l\u2019on voyait les os \u00e0 nu. Ce spectacle \u00e9mut non seulement les \u00e2mes pieuses et charitables, mais celles des infid\u00e8les\u2009; quant \u00e0 Maximien, il n\u2019en fut pas touch\u00e9\u2009; il avait le c\u0153ur plus dur qu\u2019une pierre.<\/p>\n<p><strong>Glyc\u00e9rius<\/strong> \u00e9tait donc dans cet \u00e9tat, ne diff\u00e9rant en rien d\u2019un mort, sinon qu\u2019il avait encore la langue libre et l\u2019esprit plein de force. \u00ab<em>\u2009Je suis chr\u00e9tien, disait-il, je suis serviteur du Christ, qui seul est vrai Dieu. Je n\u2019ai qu\u2019un Seigneur, qu\u2019un roi.\u2009<\/em>\u00bb Le tyran, ne pouvant souffrir cette libert\u00e9, ordonne qu\u2019on le d\u00e9lit, et qu\u2019on le conduise hors de la ville pour le br\u00fbler. Arriv\u00e9 au lieu d\u00e9sign\u00e9, le g\u00e9n\u00e9reux martyr, se tournant vers l\u2019Orient, rendit gr\u00e2ces au Christ de l\u2019avoir d\u00e9livr\u00e9 de nombreux p\u00e9rils, et pria aussi pour lui-m\u00eame et pour les fid\u00e8les de tous pays. Il fit ensuite sur son corps le signe du Christ, et l\u2019on attacha ensuite au poteau cette sainte victime, ce b\u00e9lier sans d\u00e9faut, pour celui qui \u00e0 cause de nous fut attach\u00e9 aussi au bois. Le feu ayant \u00e9t\u00e9 allum\u00e9, <strong>Glyc\u00e9rius<\/strong> fut offert \u00e0 J\u00e9sus comme un sacrifice d\u2019holocauste acceptable, comme une hostie sainte qui pouvait convenir \u00e0 l\u2019autel d\u2019en haut. Cet exemple fit-il comprendre \u00e0 Maximien que les fid\u00e8les \u00e9taient immuables dans leurs sentiments. Loin de l\u00e0, il faisait amener d\u2019abominables victimes au temple des douze dieux qui \u00e9tait dans le palais\u2009; des sacrificateurs impies s\u2019y montraient rev\u00eatus d\u2019habits blancs d\u2019une grande magnificence\u2009; mais <strong>Ind\u00e8s<\/strong>, seul, couvert de v\u00eatements noirs pendant cette c\u00e9r\u00e9monie, se livrait \u00e0 la douleur dans la retraite o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait renferm\u00e9, d\u00e9plorant la perte de ces impies.<\/p>\n<p>On le d\u00e9nonce \u00e0 l\u2019empereur, qui le fait aussit\u00f4t saisir et traduire devant le m\u00eame magistrat. Celui-ci, avant m\u00eame qu\u2019<strong>Ind\u00e8s<\/strong> e\u00fbt parl\u00e9, jugeant \u00e0 son costume que ce qui se passait n\u2019\u00e9tait pour lui qu\u2019un sujet d\u2019affliction et de deuil, lui fit mettre les fers aux pieds et aux mains, un carcan au cou, et le retint ainsi en prison. Maximien cherchait encore <strong>Domna<\/strong> et comme si la fureur lui e\u00fbt enlev\u00e9 la raison, oubliant ce qu\u2019on lui en avait dit, il r\u00e9p\u00e9tait sans cesse : \u00ab\u2009<em>O\u00f9 est Domna\u2009; la pr\u00eatresse de Diane et de Minerve\u2009?\u2009<\/em>\u00bb On lui refait l\u2019histoire de tout ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 la jeune vierge, et on lui repr\u00e9sente o\u00f9 en sont les choses, apr\u00e8s les mesures prises par le chef des eunuques. Maximien prof\u00e9ra toute sorte d\u2019invectives contre cet officier, et irrit\u00e9 qu\u2019on lui e\u00fbt laiss\u00e9 la vie, il lui fit trancher la t\u00eate\u2009; puis il fit chercher <strong>Domna<\/strong> dans les monast\u00e8res pour la replacer aupr\u00e8s de ses dieux. La sup\u00e9rieure du monast\u00e8re o\u00f9 la sainte habitait en ayant \u00e9t\u00e9 avertie fit prendre \u00e0 la jeune fille un habit d\u2019homme, et lui coupa les cheveux\u2009; puis l\u2019accompagnant de ses larmes et de ses pri\u00e8res, elle la confia \u00e0 des guides, la faisant sortir de sa retraite virginale.<\/p>\n<p>Le monstre ne cessait de la faire chercher\u2009; et comme il ne la trouvait pas, il fouillait partout dans les monast\u00e8res, qui \u00e9taient ainsi cruellement ruin\u00e9s, tandis qu\u2019on insultait les vierges, ces vierges que les yeux d\u2019un homme ne devaient pas m\u00eame regarder. On e\u00fbt dit une ville prise d\u2019assaut. Celles des religieuses qui en avaient la force, et n\u2019\u00e9taient pas emp\u00each\u00e9es par l\u2019\u00e2ge ou la maladie, s\u2019enfuyaient vers les montagnes et les cavernes, dans des solitudes ignor\u00e9es, pr\u00e9f\u00e9rant vivre avec les b\u00eates sauvages, moins f\u00e9roces que des hommes, qui ne trouvaient aucun mal \u00e0 outrager des corps consacr\u00e9s par la virginit\u00e9. Mais les machinations de l\u2019ennemi tourn\u00e8rent \u00e0 sa honte\u2009; le Dieu qui naquit d\u2019une vierge n\u2019abandonna pas ces vierges au milieu m\u00eame des licteurs, et ne permit pas qu\u2019elles trahissent leur chastet\u00e9 non plus que leur foi. Comme la lune parmi les \u00e9toiles, on en distinguait une remarquable entre toutes par sa beaut\u00e9, sa naissance et sa vertu. On l\u2019appelait <strong>Th\u00e9ophila<\/strong>. Le r\u00e9cit suivant montrera combien elle m\u00e9ritait un tel nom.<\/p>\n<p>Frapp\u00e9s des charmes de sa personne, les licteurs l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 emmen\u00e9e, et la faisaient entrer de force dans un lieu inf\u00e2me. Alors \u00e9levant les mains et les yeux vers le ciel :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Mon J\u00e9sus, s\u2019\u00e9cria-t-elle avec un regard suppliant, mon amour, ma lumi\u00e8re, mon esprit, le gardien de ma chastet\u00e9 et de ma vie, voyez celle qui vous est fianc\u00e9e. Voyez, \u00f4, mon fianc\u00e9, vous qui \u00eates au-dessus de tout reproche, et h\u00e2tez-vous\u2009; je n\u2019ai pas m\u00eame le temps de prier\u2009; que je ne manque pas \u00e0 mes engagements\u2009; et ne m\u2019abandonnez pas aux b\u00eates\u2009; que les loups ne d\u00e9chirent pas votre brebis. \u00d4 mon fianc\u00e9, sauvez votre fianc\u00e9e : conservez ma puret\u00e9, \u00f4 vous qui \u00eates la fontaine de toute puret\u00e9\u2009! Que votre nom soit glorifi\u00e9 ici, comme il est glorifi\u00e9 par les intelligences ang\u00e9liques.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019elle pria en r\u00e9pandant des larmes\u2009; et Dieu fit voir qu\u2019il l\u2019avait exauc\u00e9e. Suivons notre r\u00e9cit. On introduit la vierge dans le lieu inf\u00e2me\u2009; \u00e0 peine entr\u00e9e, sans tenir compte du lieu ni des circonstances, elle se met \u00e0 l\u2019accomplissement de ses devoirs. Elle tire aussit\u00f4t de son sein le livre sacr\u00e9 des \u00c9vangiles\u2009; elle l\u2019ouvre, et commence sa lecture. Cependant l\u2019un des d\u00e9bauch\u00e9s entre apr\u00e8s elle, et pendant quelque temps, il \u00e9coute la lecture. S\u2019\u00e9tant enfin approch\u00e9 d\u2019elle, il est tout \u00e0 coup saisi d\u2019une si grande terreur, et d\u2019un tel tremblement, qu\u2019il tombe \u00e0 terre comme mort, et reste ainsi aux pieds de <strong>Th\u00e9ophila<\/strong> sans respiration. Il se passa ainsi des heures, si bien qu\u2019un autre, impatient\u00e9 de ne le pas voir sortir, entra lui-m\u00eame\u2009; mais il ne fut pas plut\u00f4t aupr\u00e8s de la jeune fille, qu\u2019une lumi\u00e8re extraordinaire vint subitement l\u2019\u00e9blouir pour le laisser ensuite dans des t\u00e9n\u00e8bres si profondes, qu\u2019il ne cherchait plus la vierge, mais s\u2019effor\u00e7ait de sortir sans se heurter quelque part.<\/p>\n<p>La m\u00eame aventure, avec quelques circonstances de plus, \u00e9tant arriv\u00e9e \u00e0 plusieurs autres, il n\u2019y en eut pas un seul d\u00e9sormais qui os\u00e2t entrer\u2009; ou du moins, ce n\u2019\u00e9tait plus la passion, mais la curiosit\u00e9 qu\u2019ils ressentaient. Le spectacle qui s\u2019offrait \u00e0 leurs yeux pr\u00e9sentait quelque chose de terrible pour ceux qui les avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, et de merveilleux \u00e0 raconter. La jeune fille \u00e9tait assise modestement, et lisait\u2009; pr\u00e8s d\u2019elle se tenait debout un jeune homme d\u2019une admirable beaut\u00e9, tout \u00e9clatant de lumi\u00e8re, et lan\u00e7ant de ses yeux comme des \u00e9clairs. \u00c0 cette vue, transis d\u2019effroi, ils ne purent que s\u2019\u00e9crier : \u00ab\u2009<em>Qui est comme le Dieu des chr\u00e9tiens\u2009?<\/em>\u2009\u00bb Et ne pouvant plus y tenir, ils jug\u00e8rent qu\u2019ils feraient bien de fuir. Ils sortaient donc en grande h\u00e2te de la maison, sans que pas un songe\u00e2t au plaisir, et plusieurs m\u00eame adjurant leur impi\u00e9t\u00e9. Maximien ne laissa pas que d\u2019en \u00eatre instruit. Voyant qu\u2019aucun des soldats qui gardaient la jeune vierge n\u2019avait pu en triompher, et que plusieurs, au contraire, s\u2019\u00e9taient d\u00e9clar\u00e9s vaincus, et avaient appris \u00e0 honorer le Dieu des chr\u00e9tiens, il appela sortil\u00e8ge ce qui n\u2019\u00e9tait que la gr\u00e2ce de Dieu, disant que les chr\u00e9tiens usaient d\u2019artifices pour en imposer au vulgaire\u2009; mais il ne parlait ainsi que pour se faire illusion \u00e0 lui-m\u00eame, et \u00e0 tous ceux qui s\u2019appliquent \u00e0 de pareilles futilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Cependant le personnage \u00e9clatant de lumi\u00e8re qui semblait d\u00e9fendre la jeune vierge, la fit sortir de la maison, et la conduisit en la guidant par sa lumi\u00e8re. Lorsqu\u2019il l\u2019eut amen\u00e9e \u00e0 la sainte \u00c9glise, et qu\u2019il l\u2019eut rendue dans le vestibule, il lui dit : \u00ab\u2009<em>La paix soit avec toi\u2009!<\/em>\u2009\u00bb et il se retira. Pour elle, elle \u00e9tait remplie \u00e0 la fois de crainte et de joie\u2009; de crainte en voyant qu\u2019il l\u2019avait quitt\u00e9e\u2009; de joie, pour avoir \u00e9chapp\u00e9e, sans essuyer d\u2019outrage, aux mains des d\u00e9bauch\u00e9s. Elle va donc frapper \u00e0 la porte de l\u2019\u00e9glise, o\u00f9 le peuple \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 assembl\u00e9, et chantait l\u2019office de la nuit selon l\u2019usage. Un diacre entendant du bruit \u00e0 la porte, et ayant appris qui, elle \u00e9tait, en avertit ceux qui \u00e9taient dans l\u2019\u00e9glise. Tous aussit\u00f4t se pr\u00e9cipitent vers elle\u2009; car, ind\u00e9pendamment de sa naissance, qui \u00e9tait distingu\u00e9e, comme nous l\u2019avons dit, elle \u00e9tait encore plus illustre par sa vertu. Lorsqu\u2019ils la virent, et qu\u2019ils surent \u00e0 quelles gens et \u00e0 quel traitement elle avait \u00e9chapp\u00e9, ainsi que les prodiges op\u00e9r\u00e9s \u00e0 son \u00e9gard, ils se mirent \u00e0 r\u00e9pandre des torrents de larmes, et \u00e0 adresser \u00e0 Dieu de ferventes actions de gr\u00e2ces. D\u2019abord ils l\u2019avaient plainte de ce qu\u2019on l\u2019avait emmen\u00e9e\u2009; mais maintenant ils d\u00e9ploraient le sort m\u00eame des impies, et ne savaient quelles b\u00e9n\u00e9dictions lui donner. Elle-m\u00eame, prostern\u00e9e \u00e0 terre, attach\u00e9e \u00e0 la balustrade de l\u2019autel, pleurait avec tant de violence qu\u2019elle provoquait tout le monde \u00e0 verser de m\u00eame des torrents de larmes. Enfin, tous rendaient des actions de gr\u00e2ces \u00e0 Dieu de tout leur c\u0153ur. Voil\u00e0 ce qu\u2019il en fut de cette vierge.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 un homme m\u00e9chant comme Maximien, il fallait des supp\u00f4ts aussi m\u00e9chants. Ces mis\u00e9rables \u00e9taient donc, comme des chiens de chasse, \u00e0 la piste de tous ceux qui, \u00e0 l\u2019insu de l\u2019empereur, rendaient \u00e0 Dieu un culte pieux. Ils dirig\u00e8rent leurs calomnies contre Doroth\u00e9e, personnage distingu\u00e9, que dans la langue latine on appelait un pr\u00e9fet, mais que sa pi\u00e9t\u00e9 rendait encore plus recommandable\u2009; on attaqua de m\u00eame Mardonius et Mygdonius, et aussi notre Ind\u00e8s, ainsi que quelques autres, tr\u00e8s attach\u00e9s au Christ, et que l\u2019empereur honorait fort. Ces d\u00e9nonciateurs dont les dents \u00e9taient des armes et des fl\u00e8ches, comme parle l\u2019\u00c9criture, et un glaive tranchant, disaient \u00e0 l\u2019empereur :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Si vous ne pouvez venir \u00e0 bout de vos serviteurs, de ceux m\u00eame qui habitent votre palais, et d\u00e9pendent de vous, pourquoi, \u00f4 empereur, essayer de gagner les autres, prenant une peine inutile, et vous tourmentant en pure perte\u2009? On pourra difficilement faire changer d\u2019opinion aux autres, qui les voient se moquer de vous, et ne pas tenir compte de la gravit\u00e9 de votre tribunal. Voyez, en effet, jusqu\u2019o\u00f9 va leur audace. Non contents de m\u00e9priser ceux qui pensent autrement qu\u2019eux, ils portent des aliments \u00e0 ceux de leur opinion qui se tiennent cach\u00e9s, les pr\u00e9parent et les instruisent pour la r\u00e9sistance. Ils envoient des lettres \u00e0 ceux qui sont au loin, pour les confirmer dans leurs sentiments et les encourager \u00e0 la constance. Vous ne faites rien contre eux ou contre leur religion, qu\u2019ils ne leur en donnent aussit\u00f4t connaissance.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Ces paroles allum\u00e8rent la col\u00e8re de Maximien, et plus vite qu\u2019on ne le saurait raconter, il se fait amener nos saints. Ils se pr\u00e9sentent sans manifester le moindre signe de crainte. Mais lui, d\u2019un air farouche : \u00ab\u2009<em>Mis\u00e9rables, dit-il, les plus ingrats des hommes\u2009! comment, apr\u00e8s avoir re\u00e7u de moi tant d\u2019honneurs et partag\u00e9, presque mon autorit\u00e9 imp\u00e9riale, vous montrez-vous si pervers envers votre bienfaiteur\u2009? Pour remerciement de ses bienfaits, vous dites partout qu\u2019un certain J\u00e9sus est votre roi et celui des autres\u2009; vous cachez les chefs de cette nouvelle religion, vous les sustentez, vous nourrissez des gens dont la mort et l\u2019an\u00e9antissement \u00e9taient pour moi le plus beau, le premier de mes troph\u00e9es\u2009! Tout cela n\u2019est-il pas vrai, attest\u00e9 par les faits plus encore que par les paroles\u2009?<\/em>\u2009\u00bb Comme si c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9, un chien qui aboyait, ils ne donn\u00e8rent aucune attention \u00e0 ses paroles, et ne les jugeant pas dignes d\u2019une r\u00e9ponse, ils gard\u00e8rent le silence. Maximien \u00e9tait toujours plus irrit\u00e9 de ce silence : \u00ab\u2009<em>Par les dieux immortels\u2009! s\u2019\u00e9cria-t-il, je ne vous \u00e9pargnerai pas\u2009; je vous accablerai de supplices\u2009; je consumerai vos chairs, je briserai vos os, je vous ferai p\u00e9rir dans les flammes, et je jetterai vos restes \u00e0 la voirie pour y devenir la p\u00e2ture des chiens et des oiseaux. Vous serez ainsi trait\u00e9s selon vos m\u00e9rites, et j\u2019emp\u00eacherai par-l\u00e0 les autres d\u2019imiter votre exemple.<\/em>\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Ces menaces n\u2019\u00e9branl\u00e8rent pas encore nos saints\u2009; ils d\u00e9tach\u00e8rent aussit\u00f4t leurs ceintures, et quittant leurs v\u00eatements, ils se tinrent pr\u00eats pour le martyre, se d\u00e9clarant, d\u2019un seul c\u0153ur et d\u2019une seule \u00e2me, chr\u00e9tiens et serviteurs du Christ. Puis s\u2019adressant \u00e0 Maximien : \u00ab\u2009<em>Tyran, lui dirent-ils, ces honneurs et toutes ces vaines dignit\u00e9s ne nous ont jamais \u00e9t\u00e9 de rien. \u00c0 quoi bon tant honneur qui, vous s\u00e9parant de Dieu, vous r\u00e9duit sous la servitude des d\u00e9mons\u2009? Telles sont, en effet, vos faveurs, \u00e0 vous autres impies\u2009; nous les fuyons, bien loin de les rechercher. Ici nous avouons notre inf\u00e9riorit\u00e9, ainsi que dans ce qui tient \u00e0 notre corps et \u00e0 notre vie, dont tu peux disposer.<\/em>\u2009\u00bb Voyant qu\u2019ils \u00e9taient tout pr\u00e9par\u00e9s, et anim\u00e9s de tels sentiments, Maximien ordonna qu\u2019on les \u00e9tend\u00eet par les pieds et par les mains, et qu\u2019on les frapp\u00e2t cruellement avec des nerfs de b\u0153uf. Aussit\u00f4t six licteurs, s\u2019emparant de chacun d\u2019eux, les battirent une grande partie du jour sans la moindre compassion, encore qu\u2019ils pussent voir la terre tout impr\u00e9gn\u00e9e du sang des martyrs. Pour eux, ils supportaient ce supplice avec une parfaite constance, ne disant pas un mot, et glorifiant int\u00e9rieurement celui pour lequel ils enduraient ces souffrances. Apr\u00e8s les avoir ainsi battus, ou les mit en prison, avec un carcan au cou, et des fers aux pieds et aux mains. De l\u00e0 Maximien, comme un torrent furieux, se pr\u00e9cipita sur tous les fid\u00e8les\u2009; en quoi il ordonnait de le seconder aux pr\u00e9sidents et aux gouverneurs les plus connus pour leur impi\u00e9t\u00e9. Tous ses sujets qui confessaient que le Christ \u00e9tait Dieu, \u00e9taient aussit\u00f4t livr\u00e9s aux bourreaux et d\u00e9chir\u00e9s mis\u00e9rablement par toute esp\u00e8ce de tortures. De cette mani\u00e8re, chaque jour celui qui s\u2019est sacrifi\u00e9 pour nous recevait l\u2019offrande de victimes raisonnables, dont le martyre faisait un pieux holocauste.<\/p>\n<p>Il convenait qu\u2019au jour de la naissance du Christ, qui est une des plus grandes f\u00eates, il y e\u00fbt plus de sacrifices qui lui fussent offerts. On c\u00e9l\u00e9brait donc le jour o\u00f9 naquit le Sauveur, et tout ce qu\u2019il y avait de saint se trouvait r\u00e9uni pour rendre gloire. Les profanes serviteurs du profane Maximien all\u00e8rent lui dire :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Les chr\u00e9tiens c\u00e9l\u00e8brent aujourd\u2019hui un de leurs plus grands jours de f\u00eate\u2009; car c\u2019est aujourd\u2019hui que, d\u2019apr\u00e8s leurs histoires, leur Dieu serait n\u00e9\u2009; tandis qu\u2019ils sont r\u00e9unis \u00e0 cette occasion en tr\u00e8s grand nombre, il nous faudrait aviser \u00e0 ne pas manquer un si beau coup de filet. Faites occuper par des soldats les sorties du temple\u2009; placez un autel devant la porte. et que des h\u00e9rauts annoncent \u00e0 tous ceux qui sont dans le temple qu\u2019ils aient \u00e0 sortir, et \u00e0 sacrifier sur l\u2019autel sans retard. S\u2019ils n\u2019ob\u00e9issent pas, ce sera \u00e0 vous d\u2019en d\u00e9cider, selon votre pouvoir et votre jugement. Mais si vous nous permettez de le dire, les soldats pourraient mettre le feu autour du temple, et faire p\u00e9rir tous ceux qui n\u2019auraient pas ob\u00e9i. De la sorte, vous serez d\u00e9barrass\u00e9 de gens qui apportent un notable pr\u00e9judice \u00e0 vos sujets, et qui vous donnent de grands soucis, comme nous l\u2019avons remarqu\u00e9.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce discours n\u2019\u00e9tait pas achev\u00e9, que Maximien y donnant les mains, s\u2019\u00e9cria : \u00ab<em>\u2009J\u2019en jure par les grands dieux, c\u2019\u00e9tait depuis longtemps mon dessein. Je ne sais ce qui m\u2019a emp\u00each\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce jour de l\u2019ex\u00e9cuter\u2009; mais je vous rends gr\u00e2ces, dieux, d\u2019avoir inspir\u00e9 \u00e0 ceux-ci la m\u00eame pens\u00e9e, dans un moment o\u00f9 il me sera si facile de lui donner suite.<\/em>\u2009\u00bb Il ordonne aussit\u00f4t aux pr\u00e9fets de faire envelopper le temple par des troupes, d\u2019entasser alentour des sarments et d\u2019autres mati\u00e8res combustibles, et d\u2019\u00e9riger un autel \u00e0 la porte du temple. Il fait ensuite proclamer par des h\u00e9rauts que tous eussent \u00e0 sortir du temple, et \u00e0 sacrifier sur l\u2019autel\u2009; que s\u2019ils n\u2019ob\u00e9issaient pas, on ferm\u00e2t soigneusement les portes, qu\u2019on interd\u00eet toute autre issue, et qu\u2019on mit le feu, ainsi tous p\u00e9riraient avec le temple, et seraient consum\u00e9s dans les flammes, comme ils le m\u00e9ritaient. Tels furent les ordres de Maximien.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/doxologia.ro\/sfantul-iustin-popovici\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2232 size-medium\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/sfintii-20.000-de-martiri-din-nicomidia-300x204.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"204\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/sfintii-20.000-de-martiri-din-nicomidia-300x204.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/sfintii-20.000-de-martiri-din-nicomidia-768x523.jpg 768w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/sfintii-20.000-de-martiri-din-nicomidia-650x440.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/sfintii-20.000-de-martiri-din-nicomidia.jpg 900w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un h\u00e9raut vient donc aussit\u00f4t dans le temple pour intimer les volont\u00e9s de l\u2019empereur. Il s\u2019avance, et d\u2019une voix \u00e9lev\u00e9e : \u00ab\u2009<em>Vous tous qui m\u2019entendez, dit-il, Maximien, le seigneur de l\u2019univers, m\u2019envoie vers vous pour vous donner le choix entre deux propositions. Ou bien vous sacrifierez aux dieux, et l\u2019autel est tout pr\u00e9par\u00e9\u2009; ou si vous n\u2019ob\u00e9issez pas, vous p\u00e9rirez tous, et le feu est pr\u00eat. Choisissez donc tout de suite ce que vous voulez.\u2009<\/em>\u00bb Il n\u2019en dit pas davantage. Alors l\u2019archidiacre de l\u2019\u00e9glise, le c\u0153ur tout embras\u00e9 du feu de la gr\u00e2ce divine, se tenant au coin de l\u2019autel :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Mes fr\u00e8res, dit-il, vous tous qui n\u2019avez qu\u2019une \u00e2me, lorsque tout \u00e0 l\u2019heure nous lisions ce qu\u2019ont fait les trois enfants (pourrions-nous n\u2019en pas parler\u2009?), nous admirions leur courage, leur pi\u00e9t\u00e9 in\u00e9branlable\u2009; nous admirions comment, au sein m\u00eame des flammes, comme s\u2019ils eussent \u00e9t\u00e9 au milieu d\u2019une prairie verdoyante de gazon, ils chantaient un hymne et invitaient toute la cr\u00e9ation \u00e0 s\u2019unir avec eux pour louer le Dieu de l\u2019univers. Non seulement nous les jugions bienheureux, mais nous d\u00e9sirions encore partager leurs couronn\u00e9s, Nous voici dans des circonstances et avec des princes tout semblables\u2009; quand le nom serait chang\u00e9, c\u2019est toujours la m\u00eame impi\u00e9t\u00e9, la m\u00eame cruaut\u00e9. Montrons-nous pieux comme font \u00e9t\u00e9 ces jeunes athl\u00e8tes. Ne serait-il pas absurde que ces enfants dans un \u00e2ge encore tendre, seulement trois en nombre, et n\u2019ayant pas eu d\u2019exemple de la grandeur d\u2019\u00e2me pour la d\u00e9fense de la religion eussent combattu si glorieusement, tandis que nous autres, presque innombrables, la plupart dans la pl\u00e9nitude de l\u2019\u00e2ge, instruits par tant de beaux exemples, nous para\u00eetrions attach\u00e9s \u00e0 la vie, l\u00e2ches et abjects de c\u0153ur\u2009? Une occasion se rencontre, et nous n\u2019en profiterions pas\u2009? nous ne m\u00e9priserions pas cette vie qui n\u2019est que pour un temps, quand il s\u2019agit de Dieu qui nous a cr\u00e9\u00e9s, et a donn\u00e9 sa vie jusqu\u2019\u00e0 mourir pour nous\u2009? Et comme gage de la fermet\u00e9 et de l\u2019inviolabilit\u00e9 de notre foi, nous ne lui offririons pas notre mort\u2009? Et je dis ceci, lors m\u00eame que nous ne devrions compter sur aucune r\u00e9compense. Mais qu\u2019est-ce donc que les souffrances du temps, si on les compare avec les r\u00e9compenses du ciel\u2009? L\u00e0 nous trouvons une vie exempte de mis\u00e8res et de troubles, une vie \u00e9ternelle, au lieu de celle-ci qui est si courte et, si p\u00e9nible\u2009; une gloire incessante, au lieu d\u2019une gloire inconstante et caduque\u2009; des richesses qui ne se peuvent d\u00e9rober, une volupt\u00e9 qui ne devient jamais \u00e0 charge. Voudrions-nous encore demeurer en ce monde, et ne pas plut\u00f4t passer sur-le-champ \u00e0 cette gloire, en souffrant pour le Christ, lorsque nous en trouvons l\u2019occasion\u2009? Si nous agissions autrement, ceux qui ont du sens ne trouveraient-ils pas qu\u2019il y aurait de quoi pleurer sur nous\u2009? Rappelez-vous, ou plut\u00f4t cet autel. L\u00e0 celui qui est notre Seigneur a \u00e9t\u00e9 immol\u00e9 pour nous. Et nous, dans ce m\u00eame lieu sacr\u00e9, nous ne lui sacrifierions pas notre vie, dont les flammes vont faire \u00e0 sa gloire un holocauste\u2009!\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Par ce discours l\u2019archidiacre anima tellement les fid\u00e8les, qu\u2019ils n\u2019avaient plus que le d\u00e9sir de mourir. Tous ensemble avec lui s\u2019\u00e9cri\u00e8rent : \u00ab\u2009<em>Nous sommes chr\u00e9tiens, \u00f4 empereur\u2009! nous sommes, chr\u00e9tiens, et nous n\u2019adorons pas tes dieux.<\/em>\u2009\u00bb On rapporta cette r\u00e9ponse \u00e0 Maximien. Mais, il n\u2019avait pas attendu la fin du discours pour faire mettre le feu, et prendre les mesures afin que tous fussent consum\u00e9s sans mis\u00e9ricorde avec le temple, sans qu\u2019il p\u00fbt s\u2019en \u00e9chapper un seul. Les chr\u00e9tiens r\u00e9unirent bien vite les cat\u00e9chum\u00e8nes, hommes, femmes et enfants, et les partag\u00e8rent en quatre groupes, qui furent baptis\u00e9s et confirm\u00e9s par l\u2019onction sainte\u2009; puis ils leur distribu\u00e8rent les myst\u00e8res sacr\u00e9s. Les ministres de l\u2019empereur \u00e9taient \u00e9galement \u00e0 leur office, el allumaient le feu, qui commen\u00e7a bient\u00f4t \u00e0 s\u2019\u00e9lever\u2009; enveloppant tout l\u2019\u00e9difice, les flammes y joignirent, d\u00e9vorant tout au dedans comme au dehors. Le feu se d\u00e9veloppait avec d\u2019affreux sifflements\u2009; mais nos martyrs louaient Dieu \u00e0 haute voix, et chantaient le cantique des trois enfants, invitant toute la cr\u00e9ation \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer le Seigneur. Ils ne cess\u00e8rent de chanter que lorsque leurs sacrifices eurent \u00e9t\u00e9 accept\u00e9s, chastes victimes immol\u00e9es \u00e0 l\u2019Agneau \u00e9gorg\u00e9 pour le salut du monde.<br \/>\nCinq jours s\u2019\u00e9taient pass\u00e9s, et le feu consumait encore les d\u00e9bris. Lorsqu\u2019il se fut \u00e9teint, il ne s\u2019en exhala aucune odeur d\u00e9sagr\u00e9able, soit des corps, soit de la fum\u00e9e\u2009; c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t une odeur suave et d\u2019un parfum merveilleux. Il s\u2019\u00e9chappait aussi de l\u2019endroit une lumi\u00e8re pareille \u00e0 l\u2019\u00e9clat du soleil levant. Maximien s\u2019imaginant avoir triomph\u00e9 de tout, et se croyant d\u00e9sormais quitte de soucis, se d\u00e9lassait au th\u00e9\u00e2tre, et dans des courses de chevaux et de chars. C\u2019\u00e9tait moins vaincre qu\u2019\u00eatre vaincu. Les fid\u00e8les n\u2019en prirent occasion que de parler avec plus de libert\u00e9, ainsi qu\u2019on le verra par ce qui suit. En face du th\u00e9\u00e2tre s\u2019\u00e9levait le temple de C\u00e9r\u00e8s, que les infid\u00e8les tiennent pour une de leurs grandes d\u00e9esses. Maximien s\u2019y rendait avec ses troupes et le peuple, pour y accomplir ses d\u00e9testables sacrifices. Un soldat nomm\u00e9 Z\u00e9non, indigne qu\u2019on insult\u00e2t ainsi la religion et transport\u00e9 de z\u00e8le, monta sur un lieu \u00e9lev\u00e9, et de l\u00e0 se mit \u00e0 crier :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Tu te trompes, \u00f4 empereur, en sacrifiant \u00e0 des pierres insensibles, \u00e0 un bois muet\u2009; car ces idoles ne sont pas plus qu\u2019elles ne paraissent\u2009; s\u2019il s\u2019y trouve quelque chose de plus, c\u2019est l\u2019\u0153uvre des d\u00e9mons qui entra\u00eenent \u00e0 leur perte leurs malheureux adorateurs. Sois intelligent, \u00f4 Maximien, et levant au ciel les yeux du corps et ceux de l\u2019\u00e2me, cherche dans les choses visibles celui qui les a cr\u00e9\u00e9es. \u00c0 l\u2019\u0153uvre reconnais l\u2019ouvrier, et apprends \u00e0 honorer qu\u2019un culte pieux le Dieu qui ne se compla\u00eet pas dans le sang et la fum\u00e9e de ces animaux d\u00e9pourvus de raison, mais dans les \u00e2mes des hommes purs, et dans un c\u0153ur pur.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Lorsqu\u2019il l\u2019eut entendu, Maximien ordonna qu\u2019on lui bris\u00e2t les m\u00e2choires en les fracassant avec un caillou : il criait, d\u2019une part, aux licteurs de frapper fort, et de l\u2019autre, au saint de ne pas dire de mal des dieux. C\u2019est ainsi que l\u2019on brisa au martyr toutes ses dents et qu\u2019on lui broya les m\u00e2choires\u2009; \u00e0 peine respirait-il encore, lorsqu\u2019on ordonna de le transporter hors de la ville et de lui trancher la t\u00eate, pour avoir parl\u00e9 avec trop de libert\u00e9. Ainsi le g\u00e9n\u00e9reux Z\u00e9non accomplit rapidement sa course, et offrit sa t\u00eate, pour aller se r\u00e9unir au Christ, qui est le chef de nous tous.<\/p>\n<p>Le ch\u0153ur sacr\u00e9 qui \u00e9tait r\u00e9uni autour de saint <strong>Doroth\u00e9e<\/strong>, et \u00e9tait dirig\u00e9 par un ma\u00eetre excellent et tout divin, je veux dire <strong>Anthime<\/strong>, ne pouvait manquer devoir couronn\u00e9es toutes les t\u00eates dont il se composait. La gr\u00e2ce divine y pourvoyait d\u2019en haut avec sagesse et pr\u00e9voyance. <strong>Anthime<\/strong> leur \u00e9crivait du bourg o\u00f9 il se tenait cach\u00e9, les aidant de ses pri\u00e8res dans la lutte qu\u2019ils soutenaient \u00e0 la face du ciel. Ce commerce fut d\u00e9couvert par les satellites du cruel empereur, qui saisirent une lettre, et amen\u00e8rent celui qui la portait devant le tyran. Apr\u00e8s que celui-ci eut vu cet homme, et qu\u2019il eut pris connaissance de la lettre, dont le contenu sans doute lui d\u00e9plut, encore qu\u2019il ne renferm\u00e2t que des choses belles et bonnes, enflamm\u00e9 de col\u00e8re, il se fit amener tout aussit\u00f4t ceux \u00e0 qui elle \u00e9tait adress\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009<em>\u00c9tait-ce une vaine conjecture que je faisais, leur dit l\u2019empereur, lorsque je pr\u00e9disais que vous me deviendriez rebelles. Gens abominables, d\u00e9j\u00e0 vous vous \u00eates soulev\u00e9s contre moi, et vous \u00eates pass\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un ennemi \u00e0 qui je fais une guerre acharn\u00e9e.\u2009<\/em>\u00bb Il leur donna la lettre \u00e0 lire\u2009; puis il fit introduire celui qui en avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9. En le voyant, les martyrs furent tout remplis de joie, et comme il \u00e9tait \u00e0 distance, ils le salu\u00e8rent de l\u2019air et du geste. Alors Maximien se dressant de toute sa hauteur, jeta sur lui un regard terrible, et lui dit : \u00ab\u2009<em>D\u00e9clare-moi, mis\u00e9rable, quel est celui qui t\u2019a remis cette lettre, et en quel lieu il se tient cach\u00e9.<\/em>\u2009\u00bb Le diacre, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre adress\u00e9 mentalement \u00e0 Dieu, et lui avoir demand\u00e9 la gr\u00e2ce de n\u2019ouvrir la bouche que pour exprimer la v\u00e9rit\u00e9, r\u00e9pondit :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Celui qui m\u2019a remis la lettre est un pasteur qui, se trouvant \u00e9loign\u00e9 de son troupeau, lui \u00e9crit pour l\u2019animer \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9, surtout en ce moment qu\u2019il sent l\u2019approche des loups et des b\u00eates f\u00e9roces. Il prend donc la parole pour commander \u00e0 son troupeau ce qu\u2019il doit faire. Et ce qu\u2019il dit n\u2019est pas de lui, mais il le tient du premier pasteur, qui a dit : \u00ab\u2009Ne craignez point ceux qui tirent le corps, mais ne peuvent tuer l\u2019\u00e2me.\u2009\u00bb\u2009\u00bb J\u2019ai d\u00e9clar\u00e9 qui m\u2019avait donn\u00e9 cette lettre\u2009; quant au lieu o\u00f9 il est, je ne le dirai pas. Ce serait certainement de la d\u00e9mence de trahir son pasteur, surtout lorsqu\u2019on en a re\u00e7u tant de faveurs. D\u2019ailleurs il se montrera bien sans nous\u2009; car \u00ab\u2009une ville plac\u00e9e sur une montagne ne peut rester cach\u00e9e,\u2009\u00bb a dit une voix divine \u00e0 qui la v\u00e9rit\u00e9 est ch\u00e8re.\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Sur cette courageuse r\u00e9ponse, Maximien, qui ne pouvait entendre une langue s\u2019exprimer avec libert\u00e9, ordonna que celle-ci f\u00fbt coup\u00e9e, et que le saint f\u00fbt ensuite accabl\u00e9 de pierres. Apr\u00e8s le sacrifice de sa langue, le martyr assailli de pierres de toutes parts semblait d\u2019en pas faire cas\u2009; mais ayant d\u00e9j\u00e0 une partie du corps ensevelie, tandis que l\u2019autre \u00e9tait encore en butte aux coups, son \u00e2me s\u2019\u00e9levait de plus en plus, et montait dans les cieux pour se joindre au Christ, la Pierre angulaire. La col\u00e8re de Maximien ne s\u2019apaisait pas\u2009; Doroth\u00e9e et les siens furent donc soumis \u00e0 toute sorte de supplices, mais la constance ne leur fit jamais d\u00e9faut. Ils invoquaient le Christ, et loin de prendre garde aux tourments qui, sur eux, n\u2019avaient pas prise, ils s\u2019en faisaient des d\u00e9lices, et n\u2019en reprochaient que plus vivement au tyran sa cruaut\u00e9. Celui-ci, \u00e0 la fin fatigu\u00e9, les condamna tous \u00e0 mort\u2009; mais pronon\u00e7a pour chacun une sentence diff\u00e9rente. Il ordonna que <strong>Doroth\u00e9e<\/strong> f\u00fbt d\u00e9capit\u00e9, <strong>Modonius<\/strong> br\u00fbl\u00e9 vif, <strong>Mygdonius<\/strong> enterr\u00e9 tout vivant, <strong>Gorgonius<\/strong>, <strong>Ind\u00e8s<\/strong> et <strong>Pierre<\/strong> pr\u00e9cipit\u00e9s dans la mer avec une meule au cou. C\u2019est ainsi que ces illustres martyrs du Christ, en souffrant divers genres de mort, parvinrent n\u00e9anmoins par un m\u00eame chemin jusqu\u2019au Seigneur.<\/p>\n<p>\u00c0 ces nouvelles, la bienheureuse <strong>Domna<\/strong> se sentit d\u2019une part remplie de joie, particuli\u00e8rement \u00e0 cause d\u2019<strong>Ind\u00e8s<\/strong>, avec qui elle n\u2019avait qu\u2019un c\u0153ur et qu\u2019une \u00e2me\u2009; mais d\u2019autre part elle \u00e9tait excit\u00e9 \u00e0 les suivre, et soupirait apr\u00e8s les m\u00eames combats et les m\u00eames r\u00e9compenses que celles qui leur \u00e9taient \u00e9chues. C\u2019est pourquoi le Seigneur ne d\u00e9daigna pas sa servante. Elle lavait sans cesse, pour la blanchir toujours davantage, sa robe nuptiale d\u00e9j\u00e0 si pure\u2009; elle regrettait qu\u2019elle ne f\u00fbt pas encore empourpr\u00e9e par le sang du martyre, qui lui donnerait tout l\u2019\u00e9clat qui convient au v\u00eatement de la fianc\u00e9e. Toutefois la vie qu\u2019elle menait diff\u00e9rait peu du martyre, tant elle \u00e9tait aust\u00e8re et rigoureuse\u2009; car vivant au fond d\u2019une caverne, comme dans un tombeau, elle n\u2019y buvait que l\u2019eau d\u2019une fontaine qui s\u2019y trouvait, et ne se nourrissait que des herbes qui poussaient autour de l\u2019entr\u00e9e.<\/p>\n<p>Tandis qu\u2019elle menait cette vie, elle descendit un jour de sa montagne, portant encore les habits d\u2019homme que lui avait fait prendre <strong>Agap\u00e9<\/strong>, sa m\u00e8re spirituelle, pour la d\u00e9rober \u00e0 de criminelles tentatives. Elle vint donc ainsi \u00e0 la ville pour y chercher <strong>Agap\u00e9\u2009<\/strong>; mais avant appris qu\u2019elle avait consomme sa course par le martyre, et offert sa vie comme un sacrifice d\u2019holocauste avec les autres qui avaient \u00e9t\u00e9 consum\u00e9s par les flammes dans le temple, elle con\u00e7ut une grande douleur, non de ce qu\u2019<strong>Agap\u00e9<\/strong> avait p\u00e9ri, mais de ce qu\u2019elle-m\u00eame n\u2019avait pu partager son sort. La gr\u00e2ce divine l\u2019appelait enfin \u00e0 la gloire du martyre\u2009; et tout l\u2019y conduisait, quand elle descendit sur le bord de la mer. Elle trouva sur le rivage des p\u00eacheurs qui disposaient leurs filets et pr\u00e9paraient leurs rames. La voyant avec ses habits d\u2019homme, ils l\u2019appel\u00e8rent non d\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019elle \u00e9tait, mais selon ce qu\u2019elle paraissait, et lui dirent : \u00ab\u2009<em>Venez, jeune homme, nous donner un coup de main, et nous vous ferons part de notre p\u00eache.<\/em>\u2009\u00bb <strong>Domna<\/strong> se rendit \u00e0 l\u2019invitation. Mais lorsqu\u2019elle fut entr\u00e9e dans la barque, les regards et les esprits de ces p\u00eacheurs furent tout \u00e9tonn\u00e9s de voir qu\u2019elle n\u2019avait que l\u2019apparence virile, tandis que son air, ses mani\u00e8res r\u00e9v\u00e9laient une modestie et une beaut\u00e9 toutes virginales. Ils jet\u00e8rent donc leurs filets\u2009; mais ce ne fut qu\u2019avec de grandes peines qu\u2019ils les r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent, tant ils \u00e9taient appesantis. Parvenus au rivage, ils voient, \u00e0 la faveur des rayons de la lune, une grande quantit\u00e9 de poissons, avec des cadavres retenus dans les filets.<\/p>\n<p>\u00c0 cette vue ils furent troubl\u00e9s, tout \u00e9mus et tremblants, ils d\u00e9barrass\u00e8rent leurs filets de ces cadavres qu\u2019ils d\u00e9pos\u00e8rent sur le rivage\u2009; puis, ramassant leurs filets, ils se dispos\u00e8rent \u00e0 passer sur la rive oppos\u00e9e, et voulaient y emmener avec eux la jeune fille. Comme elle s\u2019y refusait, ils lui remirent pour salaire du pain et des poissons, et s\u2019en all\u00e8rent. Elle avait appris la mort d\u2019<strong>Ind\u00e8s<\/strong> et de ses compagnons, ainsi que le genre de leur martyre que nous avons d\u00e9crit plus haut\u2009; elle s\u2019approcha donc des corps, les examina avec une grande attention, et s\u2019en rendit parfaitement compte. Ayant reconnu aux traits du visage et \u00e0 tous les signes ext\u00e9rieurs que c\u2019\u00e9taient l\u00e0 les corps des saints martyrs, elle les prit dans ses bras, les couvrit de ses baisers, les embrassant plus \u00e9troitement encore de l\u2019\u00e2me que des l\u00e8vres. Dans l\u2019intervalle, elle voit un navire qui s\u2019avan\u00e7ait vers le rivage, et qui, apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 tomber ses voiles, cherchait \u00e0 aborder en ne se servant plus que des rames. La jeune vierge s\u2019en approcha, et cria aux matelots selon l\u2019usage, puis leur montra ses poissons. Le pilote, pensant qu\u2019elle voulait les vendre, lui demanda quel prix elle en faisait. Elle r\u00e9pondit qu\u2019elle les donnait gratis\u2009; et comme le pilote, n\u2019en croyant rien encore, insistait sur le prix, tandis qu\u2019elle continuait sans rien dire \u00e0 les offrir en pur don : \u00ab\u2009<em>Au nom du Christ, s\u2019\u00e9cria le pilote, combien les vendez-vous\u2009?<\/em>\u2009\u00bb \u00c0 cette exclamation, la vierge, comprenant que c\u2019\u00e9tait un fid\u00e8le, ne voulut plus lui rien cacher. Elle l\u2019appela du vaisseau sur le rivage, et lui montrant les corps des saints, elle se l\u2019associa dans le minist\u00e8re le plus beau, lui d\u00e9couvrant de qui \u00e9taient ces corps, et lui racontant comment ils \u00e9taient morts martyrs du Christ.<\/p>\n<div id=\"attachment_983\" style=\"width: 277px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-983\" class=\"size-medium wp-image-983\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/001.005-267x300.jpg\" alt=\"\" width=\"267\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/001.005-267x300.jpg 267w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/001.005.jpg 285w\" sizes=\"auto, (max-width: 267px) 100vw, 267px\" \/><p id=\"caption-attachment-983\" class=\"wp-caption-text\">Mileseva. Les myrrhophores, d\u00e9tail<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 cette nouvelle, le pilote apporta aussit\u00f4t du navire des linceuls tout neufs, des v\u00eatements blancs, des parfums, et des aromates. <strong>Domna<\/strong> lava d\u2019abord les corps avec l\u2019eau qu\u2019elle put se procurer, mais surtout avec ses larmes, et aid\u00e9e du pilote, elle les ensevelit d\u00e9cemment\u2009; puis ils les port\u00e8rent ensemble jusqu\u2019au mur de la cit\u00e9, voisin du torrent, pr\u00e8s d\u2019une des portes, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 Doroth\u00e9e et les siens avaient trouv\u00e9 la fin de leur vie, et l\u00e0 ils les d\u00e9pos\u00e8rent dans une fosse. Alors le pilote, qui croyait, toujours avoir affaire \u00e0 un homme, pria la jeune vierge, puisqu\u2019ils \u00e9taient fr\u00e8res en religion, de rester avec lui pour le reste de sa vie. Mais elle n\u2019y consentit pas et le pria de continuer son chemin\u2009; elle ajouta : \u00ab<em>\u2009Je dois rester ici, parce que je n\u2019ai plus longtemps \u00e0 vivre, et je ne veux pas que mon corps soit s\u00e9par\u00e9 de ces corps ni mon \u00e2me de leurs \u00e2mes.\u2009<\/em>\u00bb Elle resta donc, sans s\u2019\u00e9loigner des saintes reliques, qu\u2019elle honorait de parfums et d\u2019aromates achet\u00e9s avec l\u2019argent que le pilote lui avait laiss\u00e9 en quantit\u00e9 suffisante.<\/p>\n<p>Cette \u0153uvre de lumi\u00e8re ne pouvait rester longtemps cach\u00e9e \u00e0 ceux qui vivaient dans les t\u00e9n\u00e8bres, et le d\u00e9sir que <strong>Domna<\/strong> ressentait pour le martyre devait avoir bient\u00f4t son accomplissement. On instruisit Maximien de ce qui se passait, et en apprenant l\u2019amour qu\u2019elle portait \u00e0 ces morts, il partit d\u2019un grand \u00e9clat de rire qui aurait excit\u00e9 la piti\u00e9, s\u2019il n\u2019avait pas d\u00fb faire couler tant de larmes. \u00ab\u2009<em>Il est juste, dit-il qu\u2019elle subisse une mort pareille, et qu\u2019elle apprenne par elle-m\u00eame qu\u2019elle n\u2019a aucune raison de rendre de si grands honneurs \u00e0 des hommes qui n\u2019ont plus rien apr\u00e8s la mort.\u2009<\/em>\u00bb Il dit, et envoya aussit\u00f4t des gens pour l\u2019immoler. Ils la trouv\u00e8rent occup\u00e9e \u00e0 prier\u2009; ils lui tranch\u00e8rent la t\u00eate, et la jet\u00e8rent dans les flammes. On lui joignit peu apr\u00e8s le sage <strong>Anthime<\/strong>, qui par ses enseignements et ses avis avait offert au Christ nombre de martyrs. Maximien, irrit\u00e9 du z\u00e8le qu\u2019il montrait pour la foi, et rempli de fureur, essaya d\u2019abord par la violence des tourments de le faire apostasier. Le bourreau, fatigu\u00e9 de le torturer, donna la mort \u00e0 l\u2019athl\u00e8te en le frappant de l\u2019\u00e9p\u00e9e.<\/p>\n<p>Comme des astres brillants, ces glorieux saints remplirent Nicom\u00e9die de lustre et de splendeur, et lui furent un plus riche ornement que n\u2019auraient \u00e9t\u00e9 l\u2019or, les perles et les pierres pr\u00e9cieuses. Il y en eut vingt mille, qui se distinguent dans le ch\u0153ur des martyrs par leur nombre et leur beaut\u00e9. On en fait la m\u00e9moire le lendemain de la Nativit\u00e9 du Christ, avant la f\u00eate des enfants qui, par l\u2019\u00e9p\u00e9e, comme ceux-ci par le feu, furent offerts au Dieu qui s\u2019\u00e9tait rev\u00eatu de la chair. En t\u00eate de ceux qui p\u00e9rirent en masse, il faut nommer l\u2019admirable <strong>Glyc\u00e9rius<\/strong>, le tr\u00e8s saint <strong>Z\u00e9non<\/strong> et <strong>Th\u00e9ophile\u2009<\/strong>; en outre, avec <strong>Mardomus<\/strong>, <strong>Doroth\u00e9e<\/strong>, les bienheureux <strong>Ind\u00e8s<\/strong> et <strong>Pierre<\/strong>, ainsi que <strong>Mygdonius\u2009<\/strong>; plus trois vierges : <strong>Agape<\/strong>, <strong>Th\u00e9ophila<\/strong> et <strong>Domna<\/strong>, de beaucoup la plus belle et la plus digne de v\u00e9n\u00e9ration. Tout ceci \u00e0 la gloire du Christ, notre vrai Dieu, \u00e0 qui sont dus gloire, honneur et adoration, maintenant et dans tous les si\u00e8cles des si\u00e8cles. Amen.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Le martyre de saint Ind\u00e8s et de sainte Domna est publi\u00e9 ici avec l&rsquo;aimable autorisation de <a href=\"http:\/\/orthodoxievco.net\/ecrits\/vies\/martyrs\/decembre\/indes.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">l&rsquo;archimandrite Cassien<\/a><\/em><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/a-propos-de-la-position-de-leglise-face-au-pouvoir-seculier\/\" class=\"vlp-link\" title=\"\u00c0 propos de la position de l\u2019\u00c9glise face au pouvoir s\u00e9culier\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"195\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/jugement-dernier.650px.p202.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/jugement-dernier.650px.p202.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/jugement-dernier.650px.p202-230x300.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">\u00c0 propos de la position de l\u2019\u00c9glise face au pouvoir s\u00e9culier<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; P\u00e8re Justin (Popovitch) de Tch\u00e9li\u00e9 &nbsp; \u00ab\u2009Il faut ob\u00e9ir \u00e0 Dieu plut\u00f4t qu\u2019aux hommes\u2009\u00bb [Actes V : 29]&hellip;<\/div><\/div><\/div><span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:717,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/doxologia.ro\\\/sfantul-iustin-popovici&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20260216111814\\\/https:\\\/\\\/doxologia.ro\\\/sfantul-iustin-popovici&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[{&quot;date&quot;:&quot;2026-03-28 01:33:44&quot;,&quot;http_code&quot;:503},{&quot;date&quot;:&quot;2026-04-01 12:33:06&quot;,&quot;http_code&quot;:503},{&quot;date&quot;:&quot;2026-04-23 19:10:42&quot;,&quot;http_code&quot;:200},{&quot;date&quot;:&quot;2026-05-09 08:20:08&quot;,&quot;http_code&quot;:503},{&quot;date&quot;:&quot;2026-05-15 08:00:18&quot;,&quot;http_code&quot;:503}],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:{&quot;date&quot;:&quot;2026-05-15 08:00:18&quot;,&quot;http_code&quot;:503},&quot;process&quot;:&quot;done&quot;},{&quot;id&quot;:718,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/orthodoxievco.net\\\/ecrits\\\/vies\\\/martyrs\\\/decembre\\\/indes.htm&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maximien \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 depuis deux ans empereur des Romains, et l&rsquo;on pouvait pr\u00e9sager la temp\u00eate terrible que son impi\u00e9t\u00e9&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2233,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,2,253],"tags":[270,271,257],"class_list":["post-2229","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-luminaires","category-orthodoxie","category-synaxaire","tag-martyr","tag-persecution","tag-synaxaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2229"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2229\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2239,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2229\/revisions\/2239"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2233"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}