{"id":2182,"date":"2020-10-18T15:40:32","date_gmt":"2020-10-18T13:40:32","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=2182"},"modified":"2020-10-18T17:10:16","modified_gmt":"2020-10-18T15:10:16","slug":"la-vie-du-bienheureux-augustin-eveque-dhippone-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/10\/18\/la-vie-du-bienheureux-augustin-eveque-dhippone-ii\/","title":{"rendered":"La vie du Bienheureux Augustin, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Hippone &#8211; II"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\">F\u00eat\u00e9 le 28 ao\u00fbt<\/h3>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Verbo Dei dum obedit,<\/em><br \/>\n<em>Credit errans, et accedit<\/em><br \/>\n<em>Ad baptismi gratian.<\/em><\/h4>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Firmans fidem, formans mores,<\/em><br \/>\n<em>Legis sacrae perversores<\/em><br \/>\n<em>Verbi necat gladio.<\/em><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1016\" style=\"width: 660px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1016\" class=\"size-full wp-image-1016\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.017.650px.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"577\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.017.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.017.650px-300x266.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><p id=\"caption-attachment-1016\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Touch\u00e9 par la parole de Dieu, il ram\u00e8ne son esprit<\/em><br \/>\n<em>Dans les sentiers de la foi, et s\u2019offre de lui-m\u00eame \u00e0 la gr\u00e2ce du bapt\u00eame.<\/em><br \/>\n<em>Il affermit la foi, il forme les m\u0153urs, et arm\u00e9 du glaive de la parole, il extermine les corrupteurs de la loi de Dieu.<\/em><\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\">Prose de saint Augustin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">II<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En lisant les livres de Platon, Augustin avait entrevu la nature toute spirituelle de Dieu et l\u2019existence de son Verbe\u2009; il n\u2019avait vu ni l\u2019amour ni les abaissements du Verbe incarn\u00e9. Il s\u2019\u00e9tait \u00e9lev\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un Dieu invisible, glorieux, s\u00e9par\u00e9 de toute cr\u00e9ature\u2009; il avait m\u00eame entrevu, \u00e0 travers les \u00e9blouissements de la nature divine, quelque chose de cette nature divine elle-m\u00eame une lumi\u00e8re sortant d\u2019une lumi\u00e8re et \u00e9gale \u00e0 elle\u2009; grandes intuitions sans doute si grandes m\u00eame, qu\u2019on se demande si le g\u00e9nie humain a pu arriver jusque-l\u00e0, et si ce n\u2019est pas plut\u00f4t travers la belle \u00e2me de Platon, un \u00e9cho fid\u00e8lement ressaisi des traditions antiques. Mais un Dieu pauvre, un Dieu humili\u00e9, un Dieu abaiss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019homme et pour l\u2019homme\u2009; un Dieu aimant l\u2019homme jusqu\u2019\u00e0 la passion, jusqu\u2019\u00e0 la folie, jusqu\u2019\u00e0 souffrir, jusqu\u2019\u00e0 mourir pour l\u2019homme\u2009; voil\u00e0 ce que ni Platon, ni Socrate, ni Cic\u00e9ron, ni Virgile n\u2019ont jamais soup\u00e7onn\u00e9. De telles choses n\u2019ont pu \u00eatre con\u00e7ues que dans le c\u0153ur qui a \u00e9t\u00e9 capable de les r\u00e9aliser. Il fallait donc qu\u2019un plus grand que Platon v\u00eent au secours d\u2019Augustin, un plus grand en m\u00eame temps qu\u2019un plus saint, afin d\u2019\u00e9lever son esprit et surtout son c\u0153ur \u00e0 de si \u00e9tonnants myst\u00e8res.<\/p>\n<p>Guid\u00e9 invisiblement par la main mis\u00e9ricordieuse qui le ramenait de si loin, Augustin ouvrit alors les <em>\u00c9p\u00eetres de saint Paul<\/em>\u2009; mais il ne le fit qu\u2019en tremblant, apr\u00e8s des agitations et des r\u00e9sistances singuli\u00e8res, comme s\u2019il e\u00fbt eu le pressentiment des sacrifices que cette lecture allait enfin lui arracher.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Je me sentais vivement press\u00e9\u2009\u00bb, dit-il, \u00ab\u2009de tourner les yeux vers cette religion sainte qui avait \u00e9t\u00e9 si profond\u00e9ment imprim\u00e9e dans mon c\u0153ur quand j\u2019\u00e9tais enfant. Mais j\u2019h\u00e9sitais\u2009; je ne pouvais m\u2019y d\u00e9cider\u2009; cependant elle m\u2019attifait malgr\u00e9 moi. Enfin, cruellement incertain, voulant, ne voulant pas, je saisis avec une sorte d\u2019agitation et d\u2019inqui\u00e9tude f\u00e9brile le livre des \u00c9p\u00eetres de saint Paul\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res lignes, Augustin fut saisi d\u2019admiration. Lui qui venait d\u2019\u00eatre si \u00e9mu \u00e0 la lecture de Platon, \u00e9prouva ici une commotion dont il n\u2019avait pas l\u2019id\u00e9e, \u00ab\u2009<em>Oh\u2009! si tu savais\u2009<\/em>\u00bb, \u00e9crivait-il \u00e0 Romanien, \u00ab\u2009<em>quelle lumi\u00e8re m\u2019apparut tout \u00e0 coup. J\u2019aurais voulu, non seulement te la montrer, \u00e0 toi qui d\u00e9sirais depuis si longtemps voir cette inconnue, mais \u00e0 ton ennemi m\u00eame, \u00e0 cet ennemi acharn\u00e9 qui te poursuit devant les tribunaux pour avoir ton bien. Et certainement, s\u2019il la voyait comme je la vois, il quitterait tout jardins, maisons, banquets, tout ce qui le s\u00e9duit, et, pieux et doux amant, il volerait, ravi, vers cette beaut\u00e9<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Ce ne fut l\u00e0, du reste, que le premier coup d\u2019\u0153il d\u2019Augustin\u2009; le second fut autrement profond. Il vit se d\u00e9voiler devant lui un grand myst\u00e8re qu\u2019il ne connaissait pas encore que Platon ignorait, et c\u2019est pourquoi il n\u2019avait pas pu lui apprendre le chemin de la vertu que les Manich\u00e9ens avaient essay\u00e9 de r\u00e9soudre par la doctrine des deux principes, mais en vain et que saint Paul seul lui montrait dans une lumi\u00e8re \u00e9blouissante. Il vit que l\u2019homme n\u2019est plus dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 Dieu l\u2019avait forme\u2009; qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 saint, innocent, rempli de lumi\u00e8re et d\u2019intelligence, fait pour voir la majest\u00e9 de Dieu et la voyant d\u00e9j\u00e0\u2009; mais que l\u2019homme n\u2019a pu soutenir tant de gloire sans tomber dans la pr\u00e9somption\u2009; qu\u2019il a voulu se rendre centre de tout et ind\u00e9pendant de Dieu qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9, aveugl\u00e9, chass\u00e9 loin de Dieu, et dans un tel \u00e9tat de corruption, que le p\u00e9ch\u00e9 habite en lui\u2009; qu\u2019il y a en lui une cr\u00e9ature mis\u00e9rable, odieuse, ennemie de la v\u00e9rit\u00e9, incapable de vertu, ayant le go\u00fbt du mal \u00ab\u2009l\u2019homme de p\u00e9ch\u00e9\u2009\u00bb, comme dit saint Paul, \u00ab\u2009le vieil homme\u2009\u00bb, comme il dit encore\u2009; expressions bizarres, d\u2019une tristesse profonde, mais d\u2019une esp\u00e9rance sublime car elle s\u2019indiquent que ce n\u2019est pas l\u00e0 tout l\u2019homme, et qu\u2019il y en a un nouveau. Et c\u2019est ce qu\u2019Augustin apprit bient\u00f4t en continuant sa lecture. Il vit, aux m\u00eames pages, que pour vaincre cet homme, ce m\u00e9lange odieux d\u2019orgueil, de concupiscence et de r\u00e9volte, le Verbe s\u2019est fait chair\u2009; qu\u2019il a v\u00e9cu dans l\u2019humilit\u00e9, dans l\u2019ob\u00e9issance et dans le sacrifice, qu\u2019il s\u2019est an\u00e9anti jusqu\u2019\u00e0 l\u2019homme, afin de gu\u00e9rir l\u2019homme qui veut s\u2019exalter jusqu\u2019\u00e0 Dieu. Tout le myst\u00e8re de l\u2019Incarnation et de la R\u00e9demption se d\u00e9voila \u00e0 ses yeux, et le plongea dans l\u2019admiration. Il sentit qu\u2019il avait franchi tous les espaces\u2009; qu\u2019il n\u2019\u00e9tait plus dans la r\u00e9gion des conceptions humaines\u2009; qu\u2019il touchait \u00e0 ce point sublime o\u00f9 l\u2019homme s\u2019\u00e9vanouit et o\u00f9 Dieu appara\u00eet\u2009; et il s\u2019agenouilla, \u00e9bloui et \u00e9mu.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Ah\u2009!\u2009\u00bb disait-il avec un \u00e9tonnement attendri, \u00ab\u2009quelle diff\u00e9rence il y a entre les livres des philosophes et ceux des envoy\u00e9s de Dieu. Ce qu\u2019on trouve de bon en ceux-l\u00e0, on le trouve en ceux-ci, et l\u2019on y trouve de plus la connaissance de votre gr\u00e2ce, \u00f4 mon Dieu, afin que celui qui vous conna\u00eet, non seulement ne se glorifie pas, mais se gu\u00e9risse, et se fortifie, et arrive enfin jusqu\u2019\u00e0 vous. Que savent-ils, d\u2019ailleurs, ces grands philosophes, de cette loi de p\u00e9ch\u00e9 incarn\u00e9e dans nos membres, qui combat contre la loi de l\u2019esprit et nous tra\u00eene captifs dans le mal\u2009? que savent-ils surtout de la gr\u00e2ce de J\u00e9sus Christ, victime innocente, dont le sang a effac\u00e9 l\u2019arr\u00eat de notre condamnation\u2009? Sur tout cela leurs livres sont muets. L\u00e0, on n\u2019apprend ni le secret de la pi\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne, ni les larmes de la confession, ni le sacrifice d\u2019un c\u0153ur contrit et humili\u00e9, et encore moins la gr\u00e2ce de ce calice pr\u00e9cieux qui enferme le prix de notre r\u00e9demption. On n\u2019y entend point ces cantiques \u00f4 mon \u00e2me, soumets-toi \u00e0 Dieu, car il est ton Dieu, ton Sauveur, ton d\u00e9fenseur. Appuy\u00e9 sur lui, que craindrais-tu\u2009? L\u00e0 ne retentit pas ce doux appel : Venez \u00e0 moi, vous tous qui \u00eates charg\u00e9s, et je vous soulagerai. Ils ignorent, ces savants, que le Verbe, descendu sur la terre, est doux et humble de c\u0153ur. Myst\u00e8res divins, que vous avez cach\u00e9s, \u00f4 mon Dieu, aux savants et aux sages, mais que vous avez r\u00e9v\u00e9l\u00e9s aux petits et aux humbles\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 les v\u00e9rit\u00e9s qui p\u00e9n\u00e9traient dans l\u2019\u00e2me d\u2019Augustin pendant qu\u2019il lisait celui qui s\u2019appelle \u00ab\u2009<em>le moindre des Ap\u00f4tres\u2009<\/em>\u00bb, et la vue de tant de merveilles le jetait dans l\u2019admiration.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Oh\u2009!\u2009\u00bb disait-il en fermant le livre, \u00ab\u2009que c\u2019est bien autre chose, d\u2019apercevoir de loin, du haut d\u2019un roc sauvage, la Cit\u00e9 de la paix, sans pouvoir, quelque effort que l\u2019on fasse, trouver un chemin pour y arriver ou bien de trouver ce chemin, et sur ce chemin un guide qui vous dirige et vous d\u00e9fende contre le brigandage de ceux qui voudraient vous arr\u00eater\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 donc Augustin en possession de cette bienheureuse lumi\u00e8re apr\u00e8s laquelle il soupirait depuis si longtemps, et que sa m\u00e8re avait sollicit\u00e9e pour lui avec tant de larmes. Il avait perc\u00e9 tous les voiles, et maintenant qu\u2019il \u00e9tait arriv\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 Dieu et \u00e0 notre Seigneur J\u00e9sus Christ son divin Fils, mort par amour pour nous, il semble qu\u2019il n\u2019y avait plus qu\u2019une chose \u00e0 faire se lever, courir \u00e0 sa m\u00e8re, et lui dire : Ne pleurez pas, je suis chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Mais Augustin n\u2019en \u00e9tait pas encore l\u00e0. Ce vif coup de lumi\u00e8re avait plut\u00f4t perc\u00e9 les nuages qu\u2019il ne les avait dissip\u00e9s. Il restait \u00e0 Augustin une foule d\u2019id\u00e9es fausses, inexactes, incompl\u00e8tes, qu\u2019il avait puis\u00e9es dans les livres des Manich\u00e9ens, et dont il avait peine \u00e0 se d\u00e9barrasser : derni\u00e8res ombres qui s\u2019en allaient lentement.<\/p>\n<p>Il les e\u00fbt fait \u00e9vanouir, s\u2019il avait eu le courage de s\u2019agenouiller, de frapper sa poitrine, de confesser ses fautes, et de se pr\u00e9parer \u00e0 recevoir les sacrements de la purification et de la sainte Eucharistie car il vient un moment, dans ces grandes recherches de la v\u00e9rit\u00e9, o\u00f9 l\u2019\u00e2me ne peut m\u00e9riter de voir pleinement que par un acte d\u2019humilit\u00e9 et d\u2019abandon \u00e0 Dieu. Il faut risquer pour lui jusqu\u2019au sacrifice, si on veut que les derni\u00e8res ombres s\u2019\u00e9vanouissent. Dieu met ses faveurs \u00e0 ce prix.<\/p>\n<p>Augustin le sentait vaguement\u2009; mais il avait peur. Il voulait voir plus clair avant de s\u2019agenouiller, tandis qu\u2019il faut s\u2019agenouiller pour voir plus clair\u2009; et, en attendant, il multipliait les \u00e9tudes, les lectures, les efforts d\u2019esprit, pour accro\u00eetre en lui la lumi\u00e8re dont il avait re\u00e7u les pr\u00e9mices.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1006\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1006\" class=\"size-full wp-image-1006\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.009.940x.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"287\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.009.940x.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.009.940x-300x92.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.009.940x-768x234.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><p id=\"caption-attachment-1006\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cependant les cris de la conscience d\u2019Augustin avaient grandi. Elle le pressait plus vivement que jamais. Elle commen\u00e7ait \u00e0 murmurer \u00e0 ses oreilles ces mots, qui ne devaient plus cesser de retentir au fond de son c\u0153ur, et qui bient\u00f4t allaient y retentir comme un tonnerre :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Tu pr\u00e9tendais jusqu\u2019ici que l\u2019incertitude du vrai \u00e9tait la seule raison qui t\u2019emp\u00eachait d\u2019accomplir ton devoir. Eh bien tout est certain maintenant. La v\u00e9rit\u00e9 brille \u00e0 tes yeux. Pourquoi ne te rends-tu pas\u2009?\u2009\u00bb \u2014 \u00ab\u2009J\u2019entendais\u2009\u00bb, dit saint Augustin, \u00ab\u2009mais je faisais le sourd. Je refusais d\u2019avancer, mais sans chercher maintenant d\u2019excuse. Toutes les raisons que j\u2019aurais pu apporter \u00e9taient r\u00e9fut\u00e9es d\u2019avance. Il ne me restait qu\u2019une peur muette la peur de voir arr\u00eater le cours de ces longues et tristes habitudes qui cependant m\u2019avaient conduit \u00e0 un \u00e9tat si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Longtemps, en effet, Augustin n\u2019avait pas eu le courage de croire\u2009; maintenant il croyait, mais il n\u2019avait pas le courage de pratiquer. Les obscurit\u00e9s de la foi l\u2019avaient d\u2019abord arr\u00eat\u00e9 c\u2019\u00e9taient maintenant les n\u00e9cessit\u00e9s de la vertu qui lui faisaient peur.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Ainsi, flottant toujours et ne voulant pas \u00eatre fix\u00e9, consultant sans cesse, et craignant d\u2019\u00eatre \u00e9clair\u00e9 sans cesse disciple et admirateur de saint Ambroise, et toujours agit\u00e9 par les incertitudes d\u2019un c\u0153ur qui fuyait la v\u00e9rit\u00e9, il tra\u00eenait sa cha\u00eene, craignant d\u2019en \u00eatre d\u00e9livr\u00e9\u2009; il proposait encore des doutes pour prolonger ses passions\u2009; il voulait encore \u00eatre \u00e9clair\u00e9, parce qu\u2019il craignait de l\u2019\u00eatre trop, et, plus esclave de sa passion que de ses erreurs, il ne rejetait la v\u00e9rit\u00e9 qui se montrait \u00e0 lui que parce qu\u2019il la regardait comme une main victorieuse qui venait enfin rompre les liens qu\u2019il aimait encore\u2009\u00bb. \u2014 \u00ab\u2009J\u2019avais trouv\u00e9 une perle\u2009\u00bb, s\u2019\u00e9crie-t-il \u00e9loquemment, \u00ab\u2009et maintenant qu\u2019il fallait vendre mes biens, c\u2019est-\u00e0-dire faire des sacrifices pour l\u2019acheter, je n\u2019en avais pas le courage\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Agit\u00e9, ind\u00e9cis, press\u00e9 par sa m\u00e8re, harcel\u00e9 par sa conscience, Augustin se r\u00e9solut enfin \u00e0 aller consulter un saint pr\u00eatre, nomm\u00e9 Simplicien, dont la belle vie l\u2019avait depuis longtemps frapp\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un de ces vieillards v\u00e9n\u00e9rables comme on en rencontre sans cesse dans le sein de l\u2019Eglise, qui, pass\u00e9s d\u2019une jeunesse chaste \u00e0 un \u00e2ge m\u00fbr plus chaste encore, et b\u00e9nis par Dieu d\u2019une verte vieillesse, pr\u00e9sentent aux hommes, qui s\u2019inclinent en les rencontrant, une image v\u00e9n\u00e9rable de la paix et de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 dans la vertu. Les jeunes gens troubl\u00e9s par les orages des passions aiment \u00e0 s\u2019approcher de ces neiges tranquilles et \u00e0 se calmer aupr\u00e8s d\u2019elles.<\/p>\n<p>Augustin vint donc confier \u00e0 Simplicien les troubles de sa vie et les secr\u00e8tes faiblesses qui l\u2019arr\u00eataient maintenant, non plus en pr\u00e9sence de la lumi\u00e8re, mais en pr\u00e9sence de la vertu.<\/p>\n<p>Le bon vieillard le re\u00e7ut avec un doux sourire, \u00e9couta sans \u00e9tonnement le r\u00e9cit de ses \u00e9garements, et le f\u00e9licita de ce qu\u2019au lieu d\u2019ouvrir ces livres ath\u00e9es et mat\u00e9rialistes qui d\u00e9gradent l\u2019\u00e2me, il s\u2019\u00e9tait attach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude de Platon et de Socrate, qui \u00e9l\u00e8vent l\u2019esprit et le c\u0153ur. Simplicien, comme tous les vieux pr\u00eatres, avait beaucoup connu les hommes. Il \u00e9tait intimement li\u00e9, non seulement avec saint Ambroise, qu\u2019il avait dirig\u00e9 dans sa jeunesse et auquel m\u00eame il avait donn\u00e9 le saint bapt\u00eame, mais avec un grand nombre de philosophes, de po\u00e8tes, de rh\u00e9teurs romains, et en particulier avec Victorin, celui-l\u00e0 m\u00eame qui avait traduit les \u0153uvres de Platon, qu\u2019\u00e9tudiait en ce moment Augustin. Comme tous les vieillards, aussi, Simplicien aimait \u00e0 conter, et, habile \u00e0 manier les esprits, il savait cacher adroitement une le\u00e7on dans une histoire.<\/p>\n<p>Voyant donc aupr\u00e8s de lui ce jeune homme d\u2019un si grand esprit, d\u2019un si noble caract\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 illumin\u00e9 de la gr\u00e2ce, mais qui h\u00e9sitait encore \u00e0 s\u2019y livrer, il profita avec finesse du nom de Victorin, que celui-ci venait de prononcer\u2009; et apr\u00e8s avoir dit qu\u2019il avait connu autrefois \u00e0 Rome cet homme \u00e9loquent, voulant montrer indirectement \u00e0 Augustin le chemin du courage et de l\u2019honneur chr\u00e9tien, il lui en conta l\u2019histoire \u00e0 peu pr\u00e8s en ces termes :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Victorin s\u2019\u00e9tait illustr\u00e9 dans la m\u00eame carri\u00e8re que suivait Augustin. Professeur d\u2019\u00e9loquence, il avait vu au pied de sa chaire non seulement toute la jeunesse romaine, mais une foule de s\u00e9nateurs\u2009; il avait traduit, expliqu\u00e9, enrichi de lumineux commentaires, les plus beaux livres de la philosophie antique, et \u00e0 force d\u2019\u00e9loquence il avait obtenu, honneur rare en tout temps, une statue sur le Forum. Quand il eut \u00e9puis\u00e9 ainsi l\u2019\u00e9tude de tous les chefs \u2014 d\u2019\u0153uvre de l\u2019esprit humain, il lui vint l\u2019id\u00e9e d\u2019ouvrir les saintes Ecritures\u2009; il les lisait avec attention, puis il disait \u00e0 Simplicien, mais en secret et dans l\u2019intimit\u00e9, comme \u00e0 un ami : \u201cSais-tu que me voil\u00e0 chr\u00e9tien\u2009?\u201d \u2014 \u201cJe ne le croirai\u201d, r\u00e9pondait Simplicien, \u201cque quand je te verrai dans l\u2019\u00e9glise du Christ\u201d. Et Victorin disait en riant et avec ironie : \u201cSont-ce donc les murailles qui font le chr\u00e9tien\u2009?\u201d Au fond, il avait peur de d\u00e9plaire \u00e0 ses amis, et il craignait que de ces sommets de grandeur humaine et toute-puissante, de ces c\u00e8dres du Liban que Dieu n\u2019avait pas encore bris\u00e9s, ne roulassent sur lui d\u2019accablantes inimiti\u00e9s.<br \/>\nEn attendant, il continuait \u00e0 lire\u2009; il priait beaucoup, et, puisant plus profond\u00e9ment dans les saintes Ecritures, il sentit na\u00eetre en lui le courage et la force. Vint un jour o\u00f9 il eut plus peur d\u2019\u00eatre d\u00e9savou\u00e9 par J\u00e9sus Christ que moqu\u00e9 et m\u00e9pris\u00e9 par ses amis, et, tremblant de trahir la v\u00e9rit\u00e9, il se rendit chez Simplicien et lui dit : \u201cAllons \u00e0 l\u2019\u00e9glise, car je veux \u00eatre chr\u00e9tien\u201d. Rome fut remplie d\u2019\u00e9tonnement, et l\u2019Eglise tressaillit de joie. Quand le moment fut arriv\u00e9 de faire sa profession de foi en pr\u00e9sence de tous les fid\u00e8les, on proposa \u00e0 Victorin de la r\u00e9citer en particulier, comme on en use vis-\u00e0-vis des personnes qu\u2019une solennit\u00e9 publique intimide. Mais il refusa \u00e9nergiquement, et il monta courageusement sur l\u2019ambon. D\u00e8s qu\u2019il y apparut, son nom, r\u00e9pandu de rang en rang par ceux qui le connaissaient, \u00e9leva dans l\u2019assembl\u00e9e un murmure de joie. Et la voix contenue de l\u2019all\u00e9gresse g\u00e9n\u00e9rale disait tout bas : \u201cVictorin Victorin\u2009!\u201d Le d\u00e9sir de l\u2019entendre ayant promptement r\u00e9tabli le silence, il pronon\u00e7a le Symbole avec une admirable foi, et tous les fid\u00e8les qui \u00e9taient l\u00e0, consol\u00e9s par un tel courage, eussent voulu le mettre dans leur c\u0153ur. Leur joie et leur amour \u00e9taient comme deux mains avec lesquelles ils l\u2019y pla\u00e7aient en effet.<br \/>\nDepuis lors, continua Simplicien, en donnant \u00e0 chacune de ses paroles un accent plus p\u00e9n\u00e9trant, depuis lors ce vieillard illustre se fit une gloire de devenir enfant \u00e0 l\u2019\u00e9cole de J\u00e9sus Christ. Il se laissa humblement allaiter par la sainte Eglise, et il mit avec joie sous le joug ignominieux de la croix, une t\u00eate qui avait port\u00e9 tant de couronnes. Julien l\u2019apostat ayant peu apr\u00e8s d\u00e9fendu aux chr\u00e9tiens d\u2019enseigner les lettres, il ferma ses l\u00e8vres \u00e9loquentes, et couronna sa vie par le plus beau et le plus douloureux de tous les sacrifices\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cet exemple, si bien choisi, et qui convenait si parfaitement \u00e0 la position d\u2019Augustin, le remua jusque dans les entrailles. Il sortit enthousiasm\u00e9, se reprochant sa faiblesse, s\u2019indignant de sa l\u00e2chet\u00e9, et il rentra dans sa maison, o\u00f9 sa m\u00e8re l\u2019attendait en priant, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 en finir cette fois et \u00e0 imiter Victorin. \u00ab\u2009<em>\u00d4 mon Dieu\u2009<\/em>\u00bb, s\u2019\u00e9cria-t-il dans une sorte de transport, \u00ab\u2009<em>venez \u00e0 mon aide\u2009! Agissez, Seigneur, faites\u2009; r\u00e9veillez-moi, rappelez-moi\u2009; embrasez et ravissez soyez flamme et douceur aimons, courons<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Mais, h\u00e9las\u2009! cette cha\u00eene qu\u2019Augustin tra\u00eenait depuis un si grand nombre d\u2019ann\u00e9es \u00e9tait plus lourde qu\u2019il ne se l\u2019\u00e9tait d\u2019abord imagin\u00e9. D\u00e8s qu\u2019il y porta la main, il se sentit incapable de la briser. Il ne disait pas non. Il n\u2019avait pas le courage de dire oui.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Cette suite de corruptions et de d\u00e9sordres\u2009\u00bb, dit-il, \u00ab\u2009comme autant d\u2019anneaux enlac\u00e9s les uns dans les autres, formait une cha\u00eene qui me rivait dans le plus dur esclavage. J\u2019avais bien une volont\u00e9 de servir Dieu d\u2019un amour \u00e9lev\u00e9 et chaste, et de jouir de lui seul\u2009; mais cette volont\u00e9 nouvelle, qui ne faisait que de na\u00eetre, n\u2019\u00e9tait pas capable de vaincre l\u2019autre, qui s\u2019\u00e9tait fortifi\u00e9e par une longue habitude du mal. Ainsi j\u2019avais deux volont\u00e9s : l\u2019une ancienne, et l\u2019autre nouvelle : l\u2019une charnelle, et l\u2019autre spirituelle et ces deux volont\u00e9s combattaient en moi, et ce combat d\u00e9chirait mon \u00e2me\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>En attendant, il t\u00e2chait de calmer sa conscience, et quand celle-ci lui criait qu\u2019il fallait se d\u00e9cider, il ne savait que lui r\u00e9pondre comme un homme endormi et paresseux. \u00ab<em>\u2009Tout \u00e0 l\u2019heure, laissez-moi un peu encore un petit instant\u2009<\/em>\u00bb. Mais ce tout \u00e0 l\u2019heure ne venait jamais, et ce petit instant durait toujours.<\/p>\n<p>Sur ces entrefaites, un ancien ami d\u2019Augustin, nomm\u00e9 Potitien, vint lui rendre visite. L\u2019un et l\u2019autre \u00e9taient d\u2019Afrique, o\u00f9 ils s\u2019\u00e9taient autrefois intimement connus. Seulement, pendant qu\u2019Augustin avait suivi, dans l\u2019erreur et dans l\u2019oubli de Dieu, la longue et triste route que nous avons essay\u00e9 de d\u00e9crire, Potitien \u00e9tait rest\u00e9 fervent chr\u00e9tien, et il habitait Milan, o\u00f9 il avait, \u00e0 la cour de l\u2019empereur, un des premiers emplois militaires. Sainte Monique avait \u00e9t\u00e9 heureuse de le retrouver en Italie, et d\u2019introduire dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Augustin, d\u2019Alype, de N\u00e9bridius, de tous ces jeunes gens flottants dans la foi, une \u00e2me si bien tremp\u00e9e, que ni la guerre, ni la cour n\u2019avaient pu la faire h\u00e9siter un instant.<\/p>\n<p>Ce jour-l\u00e0, en causant avec Augustin et Alype, Potitien aper\u00e7ut sur une table de jeu un livre. Il l\u2019ouvrit machinalement, comme il arrive quand on est occup\u00e9 \u00e0 causer\u2009; il croyait trouver un Cic\u00e9ron ou un Quintilien. C\u2019\u00e9taient les Ep\u00eetres de saint Paul. Un peu surpris, il regarda Augustin en souriant\u2009; et celui-ci lui ayant avou\u00e9 que depuis quelque temps il lisait la sainte Ecriture avec la plus grande attention et le plus grand charme, la conversation prit d\u2019elle-m\u00eame une tournure tout \u00e0 fait chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_995\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-995\" class=\"size-full wp-image-995\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.001.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"501\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.001.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.001.940px-300x160.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.001.940px-768x409.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><p id=\"caption-attachment-995\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Potitien avait beaucoup voyag\u00e9. Il connaissait les Gaules, l\u2019Espagne, l\u2019Italie, l\u2019Afrique, l\u2019Egypte, et il les connaissait en chr\u00e9tien c\u2019est-\u00e0-dire que partout il avait \u00e9tudi\u00e9 les merveilles qu\u2019op\u00e9rait la vraie foi dans l\u2019Eglise. Il lui raconta la conversion de quelques grands de la cour de Maxime, par la lecture de la vie de saint Antoine, et lui apprit ensuite les merveilleux exercices de p\u00e9nitence de ce grand anachor\u00e8te, et d\u2019une multitude innombrable de moines qui vivaient sous ses R\u00e8gles. Ce r\u00e9cit le toucha si puissamment, qu\u2019il r\u00e9solut d\u2019embrasser le m\u00eame genre de vie et de se retirer tout \u00e0 fait du monde. Mais, comme ses mauvaises habitudes \u00e9taient tr\u00e8s fortes, il se fit en lui un \u00e9trange combat entre l\u2019esprit et la chair\u2009; et le d\u00e9mon, se voyant sur le point de perdre cette grande proie, employa tous ses artifices et toutes ses forces pour se la conserver.<\/p>\n<blockquote><p>Il d\u00e9crit lui-m\u00eame cet \u00e9tat de peine o\u00f9 il \u00e9tait r\u00e9duit : \u00ab\u2009L\u2019ennemi\u2009\u00bb, dit-il, \u00ab\u2009tenait ma volont\u00e9 li\u00e9e avec la corde qu\u2019il avait tiss\u00e9e pour me tra\u00eener car la mauvaise volont\u00e9 avait produit de mauvais d\u00e9sirs, et ces d\u00e9sirs n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9s, le mal \u00e9tait pass\u00e9 en coutume, et la coutume enfin, faute de lui avoir r\u00e9sist\u00e9, \u00e9tait devenue une dure n\u00e9cessit\u00e9. La cha\u00eene de mon malheur \u00e9tait compos\u00e9e de ces anneaux, et me tenait dans une \u00e9troite captivit\u00e9\u2009; cette nouvelle volont\u00e9, que je sentais de vous servir, \u00f4 mon Dieu, et qui commen\u00e7ait \u00e0 se former dans mon c\u0153ur, n\u2019\u00e9tait pas assez forte pour supplanter la premi\u00e8re, qui, par une habitude inv\u00e9t\u00e9r\u00e9e, s\u2019\u00e9tant rendue la plus puissante et la ma\u00eetresse, avait plus de force contre moi et me conduisait o\u00f9 je ne voulais pas. Mais comme j\u2019\u00e9tais toujours attach\u00e9 \u00e0 la terre, je refusais toujours de vous suivre lorsque vous m\u2019appeliez, et je n\u2019avais pas moins d\u2019appr\u00e9hension de me voir d\u00e9li\u00e9 de ces liens, que les personnes fid\u00e8les ont de joie de ne point s\u2019y voir engag\u00e9es. J\u2019allais doucement, charg\u00e9 de ce fardeau du si\u00e8cle, comme si j\u2019eusse \u00e9t\u00e9 en repos, et les pens\u00e9es que j\u2019avais de changer de vie ressemblaient aux assoupissements de ceux qui dorment et qui ont envie de s\u2019\u00e9veiller, mais qui, par la pesanteur du sommeil, retombent sur l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 et continuent de dormir\u2009\u00bb. \u2014 \u00ab\u2009Etant\u2009\u00bb, dit-il ailleurs, \u00ab\u2009en cette maladie, je m\u2019accusais de l\u00e2chet\u00e9, et, me roulant dans la cha\u00eene que je tra\u00eenais, pour t\u00e2cher de rompre le peu qui en restait, et qui \u00e9tait encore assez fort pour me retenir, je me disais \u00e0 moi \u2014 m\u00eame : Allons, faisons-le maintenant, que ce soit tout \u00e0 cette heure. Aussit\u00f4t je m\u2019y portais et je le faisais \u00e0 demi, mais sans pouvoir achever. Je ne retournais plus aux choses pass\u00e9es, mais je m\u2019en tenais bien pr\u00e8s, et je respirais un peu. Je revenais une autre fois, avec de nouvelles forces, j\u2019y arrivais presque et je le touchais\u2009; bien qu\u2019en effet, par ma faiblesse, je ne fisse ni l\u2019un ni l\u2019autre. La coutume du mal avait plus de force sur moi que le d\u00e9sir du bien que je voulais embrasser. Et plus le temps de ma correction approchait, plus je craignais son arriv\u00e9e, parce que les vanit\u00e9s de ma jeunesse, et les d\u00e9lices que j\u2019avais go\u00fbt\u00e9es, me tirant comme par la robe, me disaient d\u2019un air tendre : Quoi, Augustin, nous voulez-vous donc quitter\u2009? Faudra \u2014 t-il que, d\u00e9sormais, nous ne soyons plus avec vous, et tout ce que vous aimiez, avec tant d\u00e9 passion, vous soit interdit pour toujours\u2009? Je les \u00e9coutais de loin, non plus moi, mais la moindre partie de moi-m\u00eame\u2009; car, n\u2019osant plus s\u2019adresser \u00e0 moi, par guerre ouverte, elles ne faisaient que me suivre \u00e0 la piste et murmuraient pour me faire tourner les yeux de leur c\u00f4t\u00e9. Elles ne laissaient pas de me troubler par leurs importunit\u00e9s, parce que j\u2019\u00e9tais paresseux \u00e0 me d\u00e9faire d\u2019elles. Je ne voulais pas aller o\u00f9 elles m\u2019appelaient, parce que, au chemin que je voyais devant moi, et par o\u00f9 je craignais de passer, je d\u00e9couvrais de loin la sainte majest\u00e9 de la continence avec un visage vermeil et une gravit\u00e9 ravissante, qui, me flattant dans ma crainte avec une douceur pleine de modestie, me conviait de venir hardiment \u00e0 elle. Elle me montrait une multitude innombrable de filles, de jeunes hommes, de chastes veuves et de femmes continentes dont la puret\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas st\u00e9rile, mais f\u00e9conde et m\u00e8re des v\u00e9ritables joies\u2009; et, se moquant de moi, elle me disait d\u2019un regard agr\u00e9able : Est-ce que tu ne saurais faire ce que toutes ces personnes ont fait si g\u00e9n\u00e9reusement\u2009? Penses-tu qu\u2019elles l\u2019ont ex\u00e9cut\u00e9 d\u2019elles \u2014 m\u00eames et sans le secours de la gr\u00e2ce de Dieu\u2009? C\u2019est en lui et par lui qu\u2019elles ont pu tout ce qu\u2019elles ont fait et tout ce qu\u2019elles font. Ne t\u2019appuie donc plus sur tes propres forces, mais jette-toi courageusement, et sans d\u00e9lib\u00e9rer davantage, entre les bras de ton Dieu, il te recevra et te sauvera. Je rougissais de honte d\u2019entendre encore la voix de mes folies pass\u00e9es, et, comme je demeurais r\u00eaveur et pensif, elle me disait : Bouche tes oreilles \u00e0 toutes ces pens\u00e9es sales et d\u00e9shonn\u00eates, et mortifie les membres qui les excitent en toi. Les plaisirs qu\u2019elles te repr\u00e9sentent n\u2019approchent pas de ceux que l\u2019on go\u00fbte dans la loi du Seigneur. Voil\u00e0 le combat qui se passait dans mon c\u0153ur, de moi-m\u00eame contre moi-m\u00eame\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce sont les propres termes avec lesquels ce saint Docteur explique les difficult\u00e9s qu\u2019il avait de se donner tout \u00e0 Dieu\u2009; mais enfin, la Providence, qui l\u2019avait destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre un jour la lumi\u00e8re \u00e9clatante de l\u2019Eglise, le prit par la main et le tira du bourbier o\u00f9 il \u00e9tait. Ce fut d\u2019une fa\u00e7on extraordinaire qu\u2019il expose en ces termes :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Apr\u00e8s que j\u2019eus condens\u00e9 ainsi, par une profonde m\u00e9ditation, et mis devant mes yeux toute l\u2019\u00e9tendue de ma mis\u00e8re, je sentis s\u2019\u00e9lever dans mon c\u0153ur un affreux orage charg\u00e9 d\u2019une pluie de larmes. Pour le laisser \u00e9clater tout entier, je me levai et m\u2019\u00e9loignai d\u2019Alype. J\u2019avais besoin de solitude pour pleurer plus \u00e0 mon aise je me retirai donc assez loin et \u00e0 l\u2019\u00e9cart, pour n\u2019\u00eatre pas g\u00ean\u00e9, m\u00eame par une si ch\u00e8re pr\u00e9sence. Alype le comprit\u2009; car je ne sais quelle parole m\u2019\u00e9tait \u00e9chapp\u00e9e d\u2019un son de voix gros de larmes. J\u2019allai me jeter \u00e0 terre sous un figuier, et ne pouvant plus retenir mes pleurs, il en sortit de mes yeux comme un torrent. Et je vous parlai, sinon en ces termes, au moins en ce sens. Eh jusques \u00e0 quand, Seigneur, jusques \u00e0 quand serez-vous irrit\u00e9\u2009? Ne gardez pas souvenir de mes iniquit\u00e9s pass\u00e9es. Car je sentais qu\u2019elles me retenaient encore. Et c\u2019est ce qui me faisait ajouter avec des sanglots : Jusques \u00e0 quand\u2009? jusques \u00e0 quand\u2009? Demain\u2009! demain\u2009! Pourquoi pas \u00e0 l\u2019instant\u2009? pourquoi pas sur l\u2019heure en finir avec ma honte\u2009?<br \/>\nEt tout \u00e0 coup, pendant que je parlais de la sorte, et que je pleurais dans toute l\u2019amertume d\u2019un c\u0153ur bris\u00e9, j\u2019entends sortir de la maison voisine comme une voix d\u2019enfant ou de jeune fille, qui chantait et r\u00e9p\u00e9tait ces mots : \u00ab\u2009Prends, lis\u2009! prends, lis\u2009!\u2009\u00bb<br \/>\n\u00ab\u2009Je m\u2019arr\u00eatai soudain, changeant de visage\u2009\u00bb, continue saint Augustin, \u00ab\u2009et je me mis \u00e0 chercher avec la plus grande attention si les enfants, dans quelques-uns de leurs jeux, faisaient usage d\u2019un refrain semblable. Mais je ne me souvins pas de l\u2019avoir jamais entendu. Alors, comprimant le cours de mes larmes, s\u00fbr que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 une voix du ciel qui m\u2019ordonnait d\u2019ouvrir le livre du saint ap\u00f4tre Paul, je courus au lieu o\u00f9 \u00e9tait assis Alype, et o\u00f9 j\u2019avais laiss\u00e9 le livre. Je le prends, je l\u2019ouvre, et mes yeux tombent sur ces paroles, que je lis tout bas Ne vivez pas dans les festins, dans les d\u00e9bauches, dans les plaisirs et les impuret\u00e9s, dans les jalousies et les disputes mais rev\u00eatez-vous de J\u00e9sus-Christ, et ne cherchez plus \u00e0 contenter votre chair, selon les plaisirs de votre sensualit\u00e9. Je n\u2019en voulus pas lire davantage, et aussi qu\u2019\u00e9tait-il besoin\u2009? car ces lignes \u00e9taient \u00e0 peine achev\u00e9es, qu\u2019il se r\u00e9pandit dans mon c\u0153ur comme une lumi\u00e8re calme qui dissipa pour jamais toutes les t\u00e9n\u00e8bres de mon \u00e2me.<br \/>\nAlors, ayant laiss\u00e9 dans le livre la trace de mon doigt ou je ne sais quelle autre marque, je le fermai, et, d\u2019un visage tranquille, je d\u00e9clarai tout \u00e0 Alype. Lui, de son c\u00f4t\u00e9, me d\u00e9couvrit ce qui se passait en son \u00e2me, et que j\u2019ignorais. Il d\u00e9sira voir ce que j\u2019avais lu. Je le lui montrai\u2009; et, lisant plus loin que moi, il recueille ces mots que je n\u2019avais pas remarqu\u00e9s : Assistez le faible dans la foi\u2009; ce qu\u2019il prend pour lui. Et, fortifi\u00e9 par cet avertissement, plus prompt \u00e0 revenir \u00e0 la foi, \u00e0 cause de la puret\u00e9 de ses m\u0153urs, il se joint \u00e0 moi, et nous courons \u00e0 ma m\u00e8re\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>La conversion d\u2019Alype qui, par amiti\u00e9 pour Augustin, s\u2019\u00e9tait \u00e9cart\u00e9 de la foi, sans mener une vie immorale, augmenta de beaucoup son bonheur. Ils all\u00e8rent l\u2019un et l\u2019autre trouver Monique, et lui racont\u00e8rent tout ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9. Quelle ne fut pas la joie de cette pieuse m\u00e8re, lorsqu\u2019elle apprit que non seulement son fils avait r\u00e9solu de vivre selon les pr\u00e9ceptes de l\u2019Evangile, mais encore qu\u2019il voulait en suivre les conseils et en pratiquer les instructions les plus rigoureuses.<\/p>\n<p>Pour se disposer au bapt\u00eame, il r\u00e9solut de s\u2019\u00e9loigner du monde mais, comme il ne restait plus que vingt jours jusqu\u2019aux vacances, il attendit ce temps par prudence et par modestie, pour ne pas quitter avec \u00e9clat sa chaire de rh\u00e9torique. D\u00e8s que ce terme fut \u00e9chu, il se retira \u00e0 Cassiacum, dans une maison des champs, que V\u00e9r\u00e9cundus, citoyen de Milan, lui offrit, et mena avec lui sainte Monique, son fils Ad\u00e9odat ou Dieudonn\u00e9, Navigius et Alype. Ce fut dans cette retraite qu\u2019il composa, quoique cat\u00e9chum\u00e8ne, les livres contre les Acad\u00e9miciens, qui faisaient profession de douter de tout, les livres de <em>l\u2019Ordre<\/em>, <em>de la Vie bienheureuse<\/em>, de <em>l\u2019Immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me<\/em> et les <em>Soliloques<\/em>, deux colloques et amoureux entretiens que son \u00e2me avait avec Dieu, o\u00f9 il go\u00fbtait des d\u00e9lices si purs et recevait des consolations si abondantes, qu\u2019il faudrait les exp\u00e9rimenter soi-m\u00eame pour en parler. Il y fut tourment\u00e9 pendant quelques jours par une si cruelle douleur de dents, que, voulant implorer les pri\u00e8res de ses amis, et ne pouvant leur parler, il fut contraint d\u2019\u00e9crire son intention sur des tablettes de cire\u2009; ses amis n\u2019eurent pas plus t\u00f4t fl\u00e9chi les genoux pour faire oraison, qu\u2019il se sentit soulag\u00e9, et se vit en peu de temps d\u00e9livr\u00e9 de ce tourment. Il \u00e9crivit \u00e0 saint Ambroise, pour le prier de lui marquer quel livre de l\u2019Ecriture il devait lire pour se disposer \u00e0 la gr\u00e2ce du bapt\u00eame. Le saint \u00e9v\u00eaque lui conseilla de commencer par le proph\u00e8te Isa\u00efe, qui parle plus ouvertement que les autres de la vocation des Gentils et des myst\u00e8res du christianisme. Mais Augustin, en ayant lu le premier chapitre, et ne le comprenant pas \u00e0 son gr\u00e9, remit cette lecture jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il f\u00fbt mieux vers\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude des saintes lettres.<\/p>\n<p>Enfin, cinq mois s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9s, le jour heureux auquel il devait recevoir le saint bapt\u00eame arriva. Il se rendit \u00e0 Milan, accompagn\u00e9 d\u2019Evodius, d\u2019Alype, de Pontitien, de Simplicius, de Faustin, de Val\u00e8re, de Candote, de Juste et de Paulin, tous ses amis ou ses parents, qui devaient \u00eatre baptis\u00e9s avec lui. Saint Ambroise eut une joie indicible de voir cette troupe d\u2019\u00e9lite, dont saint Augustin \u00e9tait le chef, qu\u2019il allait acqu\u00e9rir \u00e0 l\u2019Eglise et dont il devait \u00eatre le p\u00e8re selon l\u2019esprit. Il les baptisa tous de sa propre main, en pr\u00e9sence d\u2019une foule immense et la veille de P\u00e2ques de l\u2019an 387, dans la nuit du 24 au 25 avril. La tradition commune est que saint Ambroise, dans cette c\u00e9r\u00e9monie, ayant chant\u00e9 les premi\u00e8res paroles du c\u00e9l\u00e8bre Cantique (<em>le Te Deum<\/em>) dont l\u2019Eglise se sert pour rendre \u00e0 Dieu les actions de gr\u00e2ces, saint Augustin lui r\u00e9pondit, et qu\u2019ils le continu\u00e8rent alternativement jusqu\u2019\u00e0 la fin, selon que le saint Esprit le leur inspirait. Outre la robe blanche qu\u2019il re\u00e7ut de saint Ambroise, selon la coutume de l\u2019\u00c9glise, en signe de la puret\u00e9 et de l\u2019innocence qui est conf\u00e9r\u00e9e au saint Bapt\u00eame, il re\u00e7ut aussi un habit noir (soit que ce f\u00fbt en m\u00eame temps, ou seulement huit jours apr\u00e8s), pour montrer qu\u2019il embrassait les rigueurs de la vie religieuse, et qu\u2019il voulait expier, par le feu de la p\u00e9nitence, les taches dont il venait d\u2019\u00eatre lav\u00e9 par les eaux salutaire de la gr\u00e2ce. Le bienheureux Simplicien, qui partageait avec saint Ambroise la gloire de la conversion d\u2019Augustin, lui donna une ceinture de cuir pour le distinguer des autres ermites.<\/p>\n<p>On ne peut exprimer la joie que tous les fid\u00e8les eurent de cette conversion. On l\u2019avait regard\u00e9 jusqu\u2019alors comme un autre Saul, pers\u00e9cuteur de l\u2019\u00c9glise\u2009; car son esprit et sa science l\u2019avaient rendu si redoutable, que l\u2019on dit m\u00eame que saint Ambroise fit ajouter aux Litanies publiques, qui se chantaient de son temps et dont quelques auteurs assurent avoir vu des copies <em>A logica Augustini, libera nos, Domine<\/em>\u2009; \u00ab\u2009<em>Seigneur, d\u00e9livrez-nous de la logique d\u2019Augustin<\/em>\u2009\u00bb\u2009; mais, comme on le voyait devenu un autre Paul, d\u00e9fenseur de l\u2019Eglise, on entendait de toutes parts des actions de gr\u00e2ces \u00e0 Dieu, pour avoir d\u2019un si grand p\u00e9cheur fait un docteur si merveilleux. Monique, cette m\u00e8re jadis si d\u00e9sol\u00e9e, voyant enfin ce fils de ses larmes et de sa douleur dans le sein de la religion catholique, humble, d\u00e9vot, chaste, religieux, et de lion furieux devenu doux comme un agneau, Monique donnait mille b\u00e9n\u00e9dictions au ciel, et remerciait de tout son c\u0153ur la mis\u00e9ricorde de Dieu d\u2019avoir enfin exauc\u00e9 ses pri\u00e8res.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><em>Les Petits Bollandistes. Vies des Saints<\/em>. Septi\u00e8me \u00e9dition, tome dixi\u00e8me, p. 279-314, Bloud et Barral, libraires, Paris, 1876<br \/>\nVersion <a href=\"http:\/\/orthodoxievco.net\/ecrits\/vies\/synaxair\/aout\/augustin.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00e9lectronique<\/a> disponible sur le site des <em>Vrais Chr\u00e9tiens Orthodoxes Francophones<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/bienheureux-augustin\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Bienheureux Augustin [\u2020430]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"184\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.650px-245x300.jpg 245w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Bienheureux Augustin [\u2020430]<\/div><\/div><\/div><span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:686,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/orthodoxievco.net\\\/ecrits\\\/vies\\\/synaxair\\\/aout\\\/augustin.pdf&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20260114194234\\\/http:\\\/\\\/orthodoxievco.net\\\/ecrits\\\/vies\\\/synaxair\\\/aout\\\/augustin.pdf&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>F\u00eat\u00e9 le 28 ao\u00fbt Verbo Dei dum obedit, Credit errans, et accedit Ad baptismi gratian. 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