{"id":2071,"date":"2020-10-14T19:00:45","date_gmt":"2020-10-14T17:00:45","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=2071"},"modified":"2020-10-14T19:00:45","modified_gmt":"2020-10-14T17:00:45","slug":"lantichrist-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/10\/14\/lantichrist-i\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Antichrist &#8211; I"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\">(\u041a\u0440\u0430\u0442\u043a\u0430\u044f \u043f\u043e\u0432\u0435\u0441\u0442\u044c \u043e\u0431 \u0430\u043d\u0442\u0438\u0445\u0440\u0438\u0441\u0442\u0435)<br \/>\npar <em>Vladimir Soloviev<\/em> (\u0421\u043e\u043b\u043e\u0432\u044c\u0451\u0432 \u0412\u043b\u0430\u0434\u0438\u043c\u0438\u0440 \u0421\u0435\u0440\u0433\u0435\u0435\u0432\u0438\u0447) \/ 1853 \u2013 1900<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Dans une villa situ\u00e9e au bord de la M\u00e9diterran\u00e9e, cinq Russes se sont rencontr\u00e9s par hasard : un vieux g\u00e9n\u00e9ral, un homme politique, un jeune prince, une dame, et un inconnu (Monsieur Z). Soloviev nous rapporte trois de leurs conversations. C\u2019est \u00e0 la derni\u00e8re qu\u2019est emprunt\u00e9 le fragment ci-dessous.<\/em><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2081\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.04.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"158\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.04.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.04.940px-300x50.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.04.940px-768x129.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>L\u2019HOMME POLITIQUE. \u2014 Puisqu\u2019il est bien clair maintenant que ni les ath\u00e9es, ni les \u00ab vrais chr\u00e9tiens \u00bb de l\u2019esp\u00e8ce du prince ne repr\u00e9sentent l\u2019Antichrist, il serait temps que vous nous fissiez son portrait.<br \/>\nMONSIEUR Z. \u2014 C\u2019est cela que vous voulez ! Mais \u00eates-vous satisfait par l\u2019une quelconque des nombreuses repr\u00e9sentations du Christ, sans en exclure celles qui sont dues \u00e0 des peintres de g\u00e9nie ? Pour ma part, aucune ne me satisfait. Je suppose que cela vient de ce que le Christ est l\u2019incarnation, unique en son genre et par suite ne ressemblant \u00e0 aucune autre, de son essence, le bien. Pour le repr\u00e9senter, le g\u00e9nie artistique est insuffisant. Il faut dire la m\u00eame chose de l\u2019Antichrist, qui est une in-carnation, unique dans sa perfection, du mal. Il est impossible de faire son portrait. Dans la litt\u00e9rature religieuse nous trouvons seulement son passeport et les grands traits de son signalement.<br \/>\nLA DAME. \u2014 Dieu nous garde d\u2019avoir son portrait\u2009! Expliquez-nous plut\u00f4t pourquoi vous le tenez pour n\u00e9cessaire, en quoi consistera son \u0153uvre, et dites-nous s\u2019il viendra bient\u00f4t.<br \/>\nMONSIEUR Z. \u2014 Je puis vous satisfaire mieux que vous ne pensez. Il y a quelques ann\u00e9es, un de mes camarades d\u2019\u00e9tudes, qui s\u2019\u00e9tait fait moine, me laissa en mourant un manuscrit auquel il te-nait beaucoup, mais qu\u2019il n\u2019avait ni voulu, ni pu imprimer. Il a pour titre : \u00ab\u2009Courte nouvelle sur l\u2019Antichrist\u2009\u00bb. Dans le cadre d\u2019un tableau historique pr\u00e9con\u00e7u, cette composition donne, \u00e0 mon sens, tout ce qu\u2019on peut dire de plus vraisemblable sur ce sujet, conform\u00e9ment aux Saintes \u00c9critures, \u00e0 la tradition de l\u2019\u00c9glise et au bon sens.<br \/>\nL\u2019HOMME POLITIQUE. \u2014 L\u2019auteur ne serait-il pas notre ami Varsonophii\u2009?<br \/>\nMONSIEUR Z. \u2014 Non, on lui donnait un nom plus recherch\u00e9 : Pansophii.<br \/>\nL\u2019HOMME POLITIQUE. \u2014 Pan Sophii\u2009? Un polonais\u2009?<br \/>\nMONSIEUR Z. \u2014 Pas le moins du monde, c\u2019\u00e9tait le fils d\u2019un pr\u00eatre russe. Si vous me donnez une minute pour monter jusqu\u2019\u00e0 ma chambre, je vous apporterai ce manuscrit et vous le lirai\u2009; il n\u2019est pas long.<br \/>\nLA DAME. \u2014 Allez\u2009! Allez\u2009! Et revenez vite.<br \/>\nPendant que Monsieur Z. va prendre le manuscrit, la compagnie se l\u00e8ve et se prom\u00e8ne dans le jardin.<br \/>\nL\u2019HOMME POLITIQUE. \u2014 Je ne sais ce que c\u2019est, est-ce ma vue qui est brouill\u00e9e par l\u2019\u00e2ge, ou est-ce la nature qui est chang\u00e9e\u2009? Mais je remarque qu\u2019en aucune saison et en aucun lieu je ne vois plus maintenant les claires et transparentes journ\u00e9es d\u2019autrefois. Voyez donc aujourd\u2019hui : pas un nuage\u2009; nous sommes assez loin de la mer et pourtant tout semble tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement ombr\u00e9\u2009; ce n\u2019est pas la clart\u00e9 parfaite. Le remarquez-vous, g\u00e9n\u00e9ral\u2009?<br \/>\nLE GENERAL. \u2014 Voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 bien des ann\u00e9es que je le remarque.<br \/>\nLA DAME. \u2014 Je le remarque aussi depuis un an, mais dans mon \u00e2me comme dans l\u2019atmosph\u00e8re\u2009; je ne vois pas non plus ici cette \u00ab\u2009clart\u00e9 parfaite\u2009\u00bb dont vous parlez. Partout semble r\u00e9gner comme une inqui\u00e9tude, comme le pressentiment d\u2019une catastrophe. Je suis convaincue, prince, que vous aussi sentez cela.<br \/>\nLE PRINCE. \u2014 Non, je ne remarque rien de particulier : l\u2019atmosph\u00e8re me semble \u00eatre ce qu\u2019elle a toujours \u00e9t\u00e9.<br \/>\nLE GENERAL. \u2014 Vous \u00eates trop jeune pour voir la diff\u00e9rence : vous n\u2019avez pas de terme de com-paraison. Quand je me reporte \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 j\u2019avais cinquante ans, comme la diff\u00e9rence est sensible\u2009!<br \/>\nLE PRINCE. \u2014 Je crois que votre premi\u00e8re supposition est la vraie\u2009; votre vue s\u2019est affaiblie.<br \/>\nL\u2019HOMME POLITIQUE. \u2014 Nous nous faisons vieux, c\u2019est certain\u2009; mais la terre non plus ne rajeunit pas\u2009; et l\u2019on sent comme une double lassitude.<br \/>\nLE GENERAL. \u2014 Le plus probable, c\u2019est que le diable avec sa queue met un brouillard dans la clart\u00e9 divine.<br \/>\nLA DAME, montrant Monsieur Z. qui descend de la terrasse. \u2014 Nous allons \u00eatre bient\u00f4t renseign\u00e9s.<br \/>\nTous reprennent leurs places ant\u00e9rieures et Monsieur Z. commence la lecture du manuscrit.<br \/>\nMONSIEUR Z. \u2014 \u00ab\u2009Courte nouvelle sur l\u2019Antichrist.\u2009\u00bb<br \/>\nPanmongolisme\u2009! Le mot est sauvage<br \/>\nMais ses syllabes me caressent<br \/>\nComme si elles contenaient une grande pr\u00e9vision<br \/>\nDes destins que Dieu nous r\u00e9serve.<br \/>\nLA DAME. \u2014 D\u2019o\u00f9 est tir\u00e9e cette \u00e9pigraphe\u2009?<br \/>\nMONSIEUR Z. \u2014 Je pense que l\u2019auteur de la nouvelle l\u2019a lui-m\u00eame compos\u00e9e.<br \/>\nLA DAME. \u2014 Continuez donc.<br \/>\nMONSIEUR Z. lit :<\/p>\n<p>Le vingti\u00e8me si\u00e8cle de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne fut l\u2019\u00e9poque des derni\u00e8res grandes guerres, discordes intestines et r\u00e9volutions. La guerre la plus importante avait pour cause lointaine le mouvement d\u2019id\u00e9es n\u00e9 au Japon \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et appel\u00e9 <em>panmongolisme<\/em>. Les Japonais imitateurs s\u2019\u00e9taient assimil\u00e9s avec une rapidit\u00e9 et un succ\u00e8s \u00e9tonnants le c\u00f4t\u00e9 mat\u00e9riel de la civilisation europ\u00e9enne et m\u00eame quelques id\u00e9es europ\u00e9ennes d\u2019esp\u00e8ce inf\u00e9rieure. Ayant appris dans les journaux et les manuels d\u2019histoire qu\u2019il existait en Occident un panhell\u00e9nisme, un pangermanisme, un panslavisme, un panislamisme, ils avaient proclam\u00e9 la grande id\u00e9e du <em>panmongolisme<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire, de l\u2019union, sous leur autorit\u00e9, de tous les peuples de l\u2019Asie orientale, en vue d\u2019une lutte d\u00e9cisive contre les \u00e9trangers, c\u2019est-\u00e0-dire, les Europ\u00e9ens. Ils avaient profit\u00e9 de ce que l\u2019Europe, au commencement du XXe si\u00e8cle, \u00e9tait occup\u00e9e \u00e0 en finir avec le monde <em>musulman<\/em>, pour entreprendre l\u2019ex\u00e9cution de leur grand dessein, en s\u2019emparant d\u2019abord de la Cor\u00e9e, ensuite de P\u00e9kin, o\u00f9, avec l\u2019aide du parti progressiste chinois, ils avaient jet\u00e9 bas la vieille dynastie mandchoue et mis \u00e0 sa place une dynastie japonaise. Les conservateurs chinois s\u2019\u00e9taient vite accommod\u00e9s de la chose. Ils avaient compris que, de deux maux, il vaut mieux choisir le moindre. La vieille Chine ne pouvait plus d\u2019aucune fa\u00e7on conserver son ind\u00e9pendance et devait n\u00e9cessairement se soumettre soit aux Europ\u00e9ens, soit aux Japonais. Il \u00e9tait clair que la domination japonaise en d\u00e9truisant les formes ext\u00e9rieures, et d\u2019ailleurs bonnes \u00e0 rien, de l\u2019administration chinoise, ne touchait pas aux principes int\u00e9rieurs de la vie nationale, tandis que la domination des puissances europ\u00e9ennes, qui soutenaient pour des raisons poli-tiques les missionnaires chr\u00e9tiens, aurait menac\u00e9 les fondements spirituels de la Chine. La haine, qui divisait auparavant les Chinois et les Japonais, \u00e9tait n\u00e9e quand ni ceux-ci, ni ceux-l\u00e0 ne connaissaient les Europ\u00e9ens, \u00e0 la face desquels l\u2019inimiti\u00e9 de deux nations parentes devenait une vraie dis-corde intestine et perdait tout sens. Les Europ\u00e9ens \u00e9taient compl\u00e8tement des \u00e9trangers, uniquement des ennemis et leur domination ne pouvait en rien flatter l\u2019amour-propre national des Chinois\u2009; tandis qu\u2019entre les mains des Japonais, la Chine se laissait prendre \u00e0 l\u2019app\u00e2t du <em>panmongolisme<\/em>, qui justifiait en outre la triste n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019europ\u00e9aniser ext\u00e9rieurement : \u00ab\u2009Sachez bien, fr\u00e8res ent\u00eat\u00e9s, avaient dit les Japonais, que nous prenons leurs armes aux chiens d\u2019Europe, non par go\u00fbt pour elles, mais afin de les battre avec. Si vous vous unissez \u00e0 nous et acceptez notre direction, non seulement nous chasserons bient\u00f4t de notre Asie les diables blancs, mais encore nous conquerrons leurs territoires et \u00e9tablirons sur l\u2019univers l\u2019Empire du Milieu. Vous avez raison de garder votre fiert\u00e9 nationale et de m\u00e9priser les Europ\u00e9ens, mais vous avez tort de nourrir ces sentiments de r\u00eaveries et non d\u2019activit\u00e9 raisonnable. Nous vous avons devanc\u00e9 sur ce point et nous devons vous montrer la route des int\u00e9r\u00eats communs. Sinon, voyez vous-m\u00eames, ce que vous a donn\u00e9 votre politique de con-fiance en soi et de m\u00e9fiance pour nous, vos amis et vos d\u00e9fenseurs naturels : c\u2019est \u00e0 peine si la Russie et l\u2019Angleterre, l\u2019Allemagne et la France ne se sont pas enti\u00e8rement partag\u00e9 la Chine et toutes vos fantaisies de tigres n\u2019ont abouti qu\u2019\u00e0 montrer une d\u00e9bile queue de serpent.\u2009\u00bb Les Chinois avaient trouv\u00e9 ces remarques fond\u00e9es et la dynastie japonaise s\u2019\u00e9tait solidement \u00e9tablie. Son premier souci avait \u00e9t\u00e9, cela va de soi, de constituer une arm\u00e9e et une flotte puissantes. La plus grande partie des forces militaires du Japon avait \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s en Chine o\u00f9 elle avait servi de cadre \u00e0 une nouvelle et \u00e9norme arm\u00e9e. Les officiers japonais, connaissant la langue chinoise, avaient \u00e9t\u00e9 des instructeurs bien plus efficaces que les officiers europ\u00e9ens et l\u2019innombrable population de la Chine avec la Mandchourie, la Mongolie et le Tibet, avait fourni un contingent suffisant. Le premier empereur de la dynastie japonaise put faire un heureux essai de ses armes en chassant les Fran\u00e7ais du Tonkin et du Siam, les Anglais de la Birmanie et en incorporant \u00e0 l\u2019Empire du Milieu toute l\u2019Indo-Chine. Son successeur, dont la m\u00e8re \u00e9tait chinoise, et en qui s\u2019unissaient la ruse et l\u2019ent\u00eatement chinois avec l\u2019\u00e9nergie, la mobilit\u00e9 et la force d\u2019assimilation japonaises, mobilisa dans le Turkestan chinois une arm\u00e9e de quatre millions d\u2019hommes. Pendant que Tsun-Li-Iamyn d\u00e9clare confidentiellement \u00e0 l\u2019ambassadeur russe que cette arm\u00e9e est destin\u00e9e \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019Inde, l\u2019Empereur p\u00e9n\u00e8tre dans l\u2019Asie centrale russe, y soul\u00e8ve toute la population, traverse l\u2019Oural et inonde de son arm\u00e9e toute la Russie centrale et orientale, tandis que les arm\u00e9es russes mobilis\u00e9es se h\u00e2tent de se concentrer, venant de Pologne et de Livonie, de Kiew et de Volhynie, de P\u00e9tersbourg et de la Finlande. Dans l\u2019absence d\u2019un plan de guerre et devant l\u2019\u00e9norme sup\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique de l\u2019ennemi, les qualit\u00e9s militaires de l\u2019arm\u00e9e russe ne lui servent qu\u2019\u00e0 p\u00e9rir avec honneur. La rapidit\u00e9 de l\u2019envahisseur ne laisse pas le temps d\u2019une bonne concentration et les corps d\u2019arm\u00e9e sont d\u00e9truits les uns apr\u00e8s les autres dans des combats cruels et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s. Certes, la victoire co\u00fbte cher aux Mongols, mais ils r\u00e9-parent facilement leurs pertes en s\u2019emparant de tous les chemins de fer d\u2019Asie, tandis que deux cent mille Russes concentr\u00e9s depuis longtemps aux fronti\u00e8res de la Mandchourie font un essai malheureux de p\u00e9n\u00e9tration dans la Chine bien d\u00e9fendue. L\u2019envahisseur laisse une partie de ses forces en Russie, afin d\u2019emp\u00eacher la formation de nouveaux corps et p\u00e9n\u00e8tre avec trois arm\u00e9es en Allemagne. Les Allemands ont eu le temps de se pr\u00e9parer et une des arm\u00e9es mongoles est \u00e9cras\u00e9e. Mais \u00e0 ce moment le parti de la revanche l\u2019emporte en France et bient\u00f4t un million de ba\u00efonnettes fran\u00e7aises tombent sur le dos des Allemands. Pris entre l\u2019enclume et le marteau, les Allemands sont forc\u00e9s d\u2019accepter les conditions pos\u00e9es par le chef mongol et d\u00e9sarment. Les Fran\u00e7ais sont dans la joie\u2009; ils fraternisent avec les Jaunes, se r\u00e9pandent en Allemagne et perdent bient\u00f4t la moindre notion de la discipline militaire. Le chef mongol ordonne alors \u00e0 ses arm\u00e9es d\u2019\u00e9gorger des alli\u00e9s d\u00e9sormais inutiles, ce qui est fait avec une ponctualit\u00e9 toute chinoise. Les ouvriers \u00ab\u2009sans patrie\u2009\u00bb se soul\u00e8vent \u00e0 Pa-ris et la capitale de la culture occidentale ouvre joyeusement ses portes au ma\u00eetre de l\u2019Orient. Celui-ci, une fois sa curiosit\u00e9 satisfaite, se dirige vers Boulogne o\u00f9, sous la protection d\u2019une flotte venue du Pacifique, se pr\u00e9parent des transports destin\u00e9s \u00e0 faire aborder son arm\u00e9e en Grande-Bretagne. Mais il a besoin d\u2019argent et les Anglais \u00e9vitent l\u2019invasion en lui versant 25 milliards de livres sterlings. Au bout d\u2019un an, tous les \u00c9tats de l\u2019Europe reconnaissent sa suzerainet\u00e9\u2009; il laisse alors en Europe une suffisante arm\u00e9e d\u2019occupation, retourne en Orient et projette de d\u00e9barquer en Am\u00e9rique et en Australie. Ce nouveau joug mongol p\u00e8se un demi-si\u00e8cle sur l\u2019Europe. Au point de vue moral, cette \u00e9poque est marqu\u00e9e par le m\u00e9lange sur tous les points et la p\u00e9n\u00e9tration r\u00e9ciproque et profonde des id\u00e9es europ\u00e9ennes et des id\u00e9es orientales, par la r\u00e9p\u00e9tition en grand de l\u2019antique syncr\u00e9tisme d\u2019Alexandrie\u2009; au point de vue mat\u00e9riel, trois grands ph\u00e9nom\u00e8nes sont particuli\u00e8rement caract\u00e9ristiques de cette \u00e9poque : les ouvriers japonais et chinois inondent l\u2019Europe et rendent plus aigu\u00eb la question sociale et \u00e9conomique\u2009; les classes dirigeantes continuent d\u2019essayer de r\u00e9soudre cette question par une s\u00e9rie de palliatifs\u2009; on assiste enfin \u00e0 l\u2019activit\u00e9 d\u2019organisations internationales secr\u00e8tes qui pr\u00e9parent un grand complot europ\u00e9en pour chasser les Mongols et r\u00e9tablir l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Europe. Ce colossal complot auquel prennent part les gouvernements nationaux, autant que le permet le contr\u00f4le des vice-rois mongols, est pr\u00e9par\u00e9 de main de ma\u00eetre et r\u00e9ussit brillamment. Au moment convenu, les soldats mongols sont \u00e9gorg\u00e9s, les ouvriers asiatiques sont assomm\u00e9s et ex-puls\u00e9s. En tous lieux se font jour les cadres secrets des arm\u00e9es europ\u00e9ennes et une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale a lieu sur des plans pr\u00e9par\u00e9s longtemps d\u2019avance et tout \u00e0 fait opportuns. Le nouvel Empereur mongol, petit-fils du grand conqu\u00e9rant, accourt de Chine en Russie, mais ses troupes innombrables sont \u00e9cras\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e europ\u00e9enne. Leurs restes dispers\u00e9s retournent au c\u0153ur de l\u2019Asie et l\u2019Europe reste libre. Tandis que la soumission de l\u2019Europe aux barbares d\u2019Asie pendant un demi-si\u00e8cle, avait eu pour cause la d\u00e9sunion des \u00c9tats Europ\u00e9ens, la grande et glorieuse lib\u00e9ration de l\u2019Europe \u00e9tait due au contraire \u00e0 l\u2019organisation des forces unies de toute la population europ\u00e9enne. La cons\u00e9quence naturelle de ce fait patent est que le vieux r\u00e9gime traditionnel des nations distinctes perd partout sa signification et que presque partout disparaissent les derniers restes des vieilles institutions monarchiques. L\u2019Europe au XXIe si\u00e8cle est une union d\u2019\u00c9tats plus ou moins d\u00e9mocratiques, les \u00c9tats-Unis d\u2019Europe. Les progr\u00e8s de la civilisation mat\u00e9rielle, un peu retard\u00e9s par l\u2019invasion mongole et la guerre d\u2019\u00e9mancipation, reprennent une marche acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Mais les objets de la conscience interne, les probl\u00e8mes de la vie et de la mort, de la destination du monde et de l\u2019homme, compliqu\u00e9s et obscurcis par une grande quantit\u00e9 de nouvelles \u00e9tudes et de recherches physiologiques et psychologiques, restent sans r\u00e9ponse comme avant. Un seul r\u00e9sultat n\u00e9gatif important est atteint : l\u2019abandon d\u00e9cid\u00e9 du mat\u00e9rialisme th\u00e9orique. Aucun esprit sens\u00e9 ne se satisfait plus de la conception qui fait du monde un syst\u00e8me d\u2019atomes en mouvement et, de la vie, le r\u00e9sultat de l\u2019accumulation m\u00e9canique des transformations de la mati\u00e8re. L\u2019humanit\u00e9 a d\u00e9pass\u00e9 pour toujours ce stade de jeunesse philosophique. Mais il est clair d\u2019autre part qu\u2019elle n\u2019est plus capable de foi na\u00efve et non raisonn\u00e9e. Des notions comme celle d\u2019un Dieu faisant le monde de rien, ne s\u2019enseignent m\u00eame plus dans les \u00e9coles primaires. Les repr\u00e9sentations des objets de cet ordre ont atteint un ni-veau g\u00e9n\u00e9ral \u00e9lev\u00e9, au-dessous duquel aucun dogmatisme ne peut descendre. Et si la grande majorit\u00e9 des gens qui pensent reste tout \u00e0 fait sans foi, les rares croyants sont tous n\u00e9cessairement des penseurs qui ob\u00e9issent aux prescriptions de l\u2019ap\u00f4tre : soyez jeunes par le c\u0153ur et non par l\u2019intelligence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2079\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.03.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"214\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.03.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.03.940px-300x68.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.03.940px-768x175.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En ce temps-l\u00e0, parmi ces rares croyants spiritualistes, vivait un homme remarquable. Beaucoup l\u2019appelaient Sur-homme. Il \u00e9tait \u00e9galement loin de la jeunesse de l\u2019intelligence et de la jeunesse du c\u0153ur. Il \u00e9tait encore jeune, mais, gr\u00e2ce \u00e0 son g\u00e9nie, il jouissait \u00e0 trente-trois ans du renom de grand penseur, de grand \u00e9crivain et de grand homme d\u2019action. Sentant en lui-m\u00eame la grande puissance de l\u2019esprit, il avait toujours \u00e9t\u00e9 un spiritualiste convaincu et sa claire intelligence lui avait toujours montr\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 des notions auxquelles il faut croire : le bien, Dieu et le Messie. Il croyait en ces v\u00e9rit\u00e9s, mais il n\u2019aimait que soi. Il croyait en Dieu, mais au fond de son \u00e2me il se pr\u00e9f\u00e9rait in-volontairement \u00e0 Dieu. Il croyait au Bien, mais l\u2019\u0152il \u00c9ternel qui voit tout savait qu\u2019il s\u2019inclinerait devant la force du mal pourvu qu\u2019elle l\u2019ach\u00e8te, non qu\u2019il f\u00fbt \u00e9gar\u00e9 par ses sentiments, par de basses passions ou par l\u2019attrait du pouvoir, mais parce qu\u2019il avait un amour-propre d\u00e9mesur\u00e9. Cet amour-propre, d\u2019ailleurs, n\u2019\u00e9tait ni un instinct irraisonn\u00e9, ni une pr\u00e9tention folle. En plus de son exceptionnel g\u00e9nie, de sa beaut\u00e9 et de sa noblesse, les hautes preuves qu\u2019il avait donn\u00e9es de sa temp\u00e9rance, de son d\u00e9sint\u00e9ressement et de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, semblaient justifier assez l\u2019immense amour-propre de ce grand asc\u00e8te et de ce grand philanthrope spiritualiste. Si on lui faisait un grief d\u2019\u00eatre si abondamment pourvu de dons divins, il voyait en ces dons la marque de l\u2019exceptionnelle bienveillance de Dieu \u00e0 son endroit, il se mettait au premier rang apr\u00e8s Dieu et se consid\u00e9rait comme l\u2019unique Fils de Dieu. En un mot, il croyait \u00eatre ce que le Christ fut r\u00e9ellement. Mais cette conscience de sa haute dignit\u00e9 ne faisait pas na\u00eetre en lui le sentiment d\u2019une obligation morale \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Dieu et du monde, mais le sentiment de son droit \u00e0 l\u2019emporter sur les autres et, avant tout, sur le Christ. Dans le principe, il n\u2019avait pas de haine pour J\u00e9sus. Il reconnaissait le Messianisme et la dignit\u00e9 du Christ, mais il voyait sinc\u00e8rement en Lui son grand pr\u00e9d\u00e9cesseur. L\u2019action morale du Christ et Son absolue originalit\u00e9 \u00e9chappaient \u00e0 son intelligence obscurcie par l\u2019amour-propre. \u00ab\u2009Le Christ, pensait-il, est venu avant moi\u2009; je viens le second\u2009; mais ce qui suit dans le temps, pr\u00e9c\u00e8de dans l\u2019\u00eatre. Je viens le dernier, \u00e0 la fin de l\u2019histoire, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que je suis le sauveur d\u00e9finitif et parfait. Le Christ fut mon annonciateur. Il eut pour mission de pr\u00e9parer mon apparition.\u2009\u00bb Fort de cette pens\u00e9e, le grand homme du XXIe si\u00e8cle va s\u2019appliquer tout ce que dit l\u2019\u00c9vangile de la seconde venue\u2009; il entendra cette venue non pas comme le retour du premier Christ, mais comme le remplacement du Christ pr\u00e9paratoire, par le Christ d\u00e9finitif, par lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 ce stade, il pr\u00e9sente peu de caract\u00e9ristiques originales. Son attitude vis-\u00e0-vis du Christ est celle de Mahomet, par exemple, homme juste qu\u2019on ne peut accuser d\u2019aucune mauvaise pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Le grand homme du XXIe si\u00e8cle va justifier d\u2019une autre mani\u00e8re encore le fait qu\u2019il se met avant le Christ : \u00ab\u2009Le Christ, dit-il, en enseignant et en r\u00e9alisant dans sa vie le bien moral, a \u00e9t\u00e9 le redresseur de l\u2019humanit\u00e9, moi, je dois \u00eatre le bienfaiteur de cette humanit\u00e9 en partie redress\u00e9e, en partie non redress\u00e9e. Je donnerai aux hommes tout ce dont ils ont besoin. En sa qualit\u00e9 de moraliste, le Christ a divis\u00e9 les hommes par les notions du bien et du mal, moi je les unirai par les bienfaits qui sont \u00e9galement n\u00e9cessaires aux bons et aux m\u00e9chants. Je serai le vrai repr\u00e9sentant du Dieu qui fait briller son soleil sur les m\u00e9chants et sur les bons et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Le Christ a apport\u00e9 un glaive\u2009; moi, j\u2019apporterai la paix. Il a menac\u00e9 la terre du jugement dernier\u2009; mais c\u2019est moi qui serai le juge et mon jugement ne sera pas le jugement de la seule justice, mais celui de la mis\u00e9ricorde. La justice contenue dans mes sentences sera une justice distributive et non r\u00e9mun\u00e9ratrice. Je ferai la part de chacun, et chacun aura ce qu\u2019il lui faut\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2077\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.02.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.02.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.02.940px-300x74.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/malmkog.02.940px-768x190.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans ce magnifique \u00e9tat esprit, le voil\u00e0 qui attend que Dieu le convie d\u2019une fa\u00e7on claire \u00e0 l\u2019\u0153uvre du salut nouveau de l\u2019humanit\u00e9, et t\u00e9moigne par une marque certaine et frappante qu\u2019il est son fils a\u00een\u00e9 et pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Il attend et remplit son attente de la conscience de ses vertus et de ses dons surhumains\u2009; car il est, comme on dit, un homme d\u2019une moralit\u00e9 sans tache et d\u2019un g\u00e9nie extraordinaire.<\/p>\n<p>Notre Juste attend donc fi\u00e8rement les ordres d\u2019en haut pour commencer son \u0153uvre de salut\u2009; mais il se lasse d\u2019attendre. Il a d\u00e9pass\u00e9 trente ans et trois ann\u00e9es se passent encore. Une inqui\u00e9tude lui vient, qui le p\u00e9n\u00e8tre jusqu\u2019\u00e0 la moelle et le fait frissonner de fi\u00e8vre : \u00ab\u2009Si par hasard, pense-t-il, ce n\u2019\u00e9tait pas moi&#8230; mais l\u2019autre, le Galil\u00e9en&#8230; S\u2019il n\u2019\u00e9tait pas mon annonciateur, mais le vrai Christ, le premier et le dernier\u2009!&#8230; Mais, dans ce cas, il doit \u00eatre vivant&#8230; O\u00f9 donc est-il\u2009?&#8230; S\u2019il venait tout \u00e0 coup devant moi, ici&#8230;. que Lui dirais-je\u2009? Je devrais m\u2019incliner devant Lui, comme le dernier et le plus born\u00e9 des chr\u00e9tiens, comme le paysan russe qui marmotte sans comprendre : Seigneur, J\u00e9sus-Christ, aie piti\u00e9 de mes p\u00e9ch\u00e9s. Or, je suis un brillant g\u00e9nie, un sur-homme. Non, jamais je ne ferai cela.\u2009\u00bb Alors \u00e0 la place du respect froid et raisonnable qu\u2019il avait pour Dieu et pour le Christ, il voit na\u00eetre et grandir en son c\u0153ur d\u2019abord de l\u2019effroi, puis une envie, qui br\u00fble et consume tout son \u00eatre, enfin une haine ardente qui s\u2019empare de son esprit. \u00ab\u2009C\u2019est moi, c\u2019est moi et non pas Lui\u2009! Il n\u2019est pas parmi les vivants\u2009; il n\u2019y est pas et n\u2019y sera pas. Il n\u2019est pas ressuscit\u00e9\u2009! Il n\u2019est pas ressuscit\u00e9\u2009! Il n\u2019est pas ressuscit\u00e9\u2009! Il a pourri, il a pourri, dans son tombeau, il a pourri comme la derni\u00e8re&#8230;\u2009\u00bb. Sa bouche \u00e9cume, il bondit hors de sa maison et de son jardin et, dans la nuit noire, prend en courant un sentier escarp\u00e9. Sa rage tombe et fait place \u00e0 un d\u00e9sespoir sec et lourd comme les rocs, sombre comme la nuit. Il s\u2019arr\u00eate devant un pr\u00e9cipice et entend l\u00e0-bas dans le lointain le bruit confus d\u2019un torrent roulant sur les rochers. Une angoisse insupportable p\u00e8se sur son c\u0153ur. Soudain la pens\u00e9e lui vient de L\u2019appeler, de Lui demander ce qu\u2019il doit faire. Dans l\u2019ombre para\u00eet une figure humble et triste. \u00ab\u2009Il a piti\u00e9 de moi, pense-t-il. Non jamais\u2009! Il n\u2019est pas ressuscit\u00e9\u2009! Il n\u2019est pas ressuscit\u00e9\u2009!\u2009\u00bb Et il s\u2019\u00e9lance dans le pr\u00e9cipice. Mais quelque chose d\u2019\u00e9lastique comme une colonne d\u2019eau le maintient en l\u2019air, il est \u00e9branl\u00e9 comme par un choc \u00e9lectrique et une force le rejette en arri\u00e8re. Il perd un moment conscience et s\u2019\u00e9veille \u00e0 genoux \u00e0 quelques pas de distance du pr\u00e9cipice. Devant lui se dessine une figure \u00e9clair\u00e9e d\u2019une vaporeuse lumi\u00e8re phosphorescente et dont les regards insupportablement p\u00e9n\u00e9trant lui vont jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>Il voit ces deux yeux per\u00e7ants, et il entend une voix \u00e9trange, sourde, contenue et en m\u00eame temps tr\u00e8s nette, m\u00e9tallique et sans \u00e2me comme celle d\u2019un phonographe. Et cette voix, dont il ne peut dire si elle vient du fond de lui-m\u00eame ou du dehors, lui dit : \u00ab\u2009Je te donne ma b\u00e9n\u00e9diction, fils bien-aim\u00e9. Pourquoi ne m\u2019as-tu pas implor\u00e9, moi\u2009? Pourquoi as-tu honor\u00e9 l\u2019autre, le m\u00e9chant, et son p\u00e8re\u2009? Je suis ton dieu et ton p\u00e8re, tandis que l\u2019autre, le pauvre crucifi\u00e9, est \u00e9tranger \u00e0 toi et \u00e0 moi. Je n\u2019ai pas d\u2019autre fils que toi. Tu es unique, tu es de mon sang, tu es mon \u00e9gal. Je t\u2019aime et ne te demande rien. Tel que tu es, tu es grand, puissant. Fais ton \u0153uvre en ton nom, et non au mien. Je ne t\u2019envie pas. Je t\u2019aime. Il ne me faut rien de toi. L\u2019autre, celui que tu croyais \u00eatre Dieu, a exig\u00e9 de son fils l\u2019ob\u00e9issance et une ob\u00e9issance sans limite, allant jusqu\u2019\u00e0 la mort, et il ne l\u2019a pas aid\u00e9 sur la croix. Je ne te demande rien et je t\u2019aiderai. \u00c0 cause de ce que tu es, \u00e0 cause de ton m\u00e9rite, et de ton excellence, \u00e0 cause aussi de l\u2019amour d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 et pur que j\u2019ai pour toi, je t\u2019aiderai. Re\u00e7ois mon es-prit. Il t\u2019a cr\u00e9\u00e9 d\u2019abord en beaut\u00e9, qu\u2019il te cr\u00e9e maintenant en force.\u2009\u00bb Sur ces paroles de l\u2019inconnu, les l\u00e8vres du sur-homme se sont entr\u2019ouvertes involontairement, les deux yeux per\u00e7ants se sont rapproch\u00e9s de son visage, et il a senti comme si un flot glac\u00e9 entrait en lui et emplissait tout son \u00eatre. Il s\u2019est en m\u00eame temps senti une vigueur, une vaillance, une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, un enthousiasme inaccoutum\u00e9s. \u00c0 l\u2019instant m\u00eame les deux yeux ont disparu soudain et une force a soulev\u00e9 le sur-homme au-dessus de terre et l\u2019a replac\u00e9 dans son jardin, devant la porte de sa maison.<\/p>\n<p>Le lendemain les visiteurs du grand homme et ses domestiques m\u00eame \u00e9taient surpris de son air inspir\u00e9. Mais ils auraient \u00e9t\u00e9 bien plus \u00e9tonn\u00e9s s\u2019ils avaient pu voir avec quelle rapidit\u00e9 et quelle l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 surhumaine, il \u00e9crivait dans son cabinet son ouvrage fameux intitul\u00e9 : Vers la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 universelles.<\/p>\n<p>Les livres ant\u00e9rieurs et l\u2019activit\u00e9 sociale du sur-homme avaient rencontr\u00e9 des critiques s\u00e9v\u00e8res\u2009; mais ces critiques \u00e9taient pour la plupart des hommes tout particuli\u00e8rement religieux et par suite d\u00e9pourvus de toute autorit\u00e9, de sorte qu\u2019ils n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 entendus quand ils avaient montr\u00e9 dans tous les \u00e9crits et toutes les paroles du sur-homme les signes d\u2019un amour-propre exclusif et excessif, l\u2019absence de vraie simplicit\u00e9, de vraie droiture et de vraie cordialit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2073\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/couv.650px.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"496\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/couv.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/couv.650px-182x300.jpg 182w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/couv.650px-620x1024.jpg 620w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Traduction de J.-B. S\u00e9verac, <em>Vladimir Soloviev ; introduction et choix de textes<\/em>, Paris, Michaud, 1910.<\/h4>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Texte \u00e9tabli par la <a href=\"https:\/\/bibliotheque-russe-et-slave.com\/Livres\/Soloviev%20-%20L'Antechrist.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Biblioth\u00e8que russe et slave<\/a>\u2009; d\u00e9pos\u00e9 sur le site de la Biblioth\u00e8que le 7 mars 2012.<\/h4>\n<h5 style=\"text-align: center;\">Illustrations issues du film <a href=\"https:\/\/vimeo.com\/422380195\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Malmkrog<\/a> par <a href=\"https:\/\/shellacfilms.com\/films\/malmkrog\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Cristi Puiu<\/a><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/vladimir-soloviev\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Vladimir Soloviev [1853 \u2013 1900]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"201\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/vl.-soloviev.04.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/vl.-soloviev.04.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/vl.-soloviev.04.650px-223x300.jpg 223w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Vladimir Soloviev [1853 \u2013 1900]<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; &nbsp; &nbsp;<\/div><\/div><\/div><span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:683,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/bibliotheque-russe-et-slave.com\\\/Livres\\\/Soloviev%20-%20L\\u0027Antechrist.htm&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20260328004956\\\/https:\\\/\\\/bibliotheque-russe-et-slave.com\\\/Livres\\\/Soloviev%20-%20L%27Antechrist.htm&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;},{&quot;id&quot;:684,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/vimeo.com\\\/422380195&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20260328004958\\\/https:\\\/\\\/vimeo.com\\\/422380195&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[{&quot;date&quot;:&quot;2026-04-19 12:15:22&quot;,&quot;http_code&quot;:200}],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:{&quot;date&quot;:&quot;2026-04-19 12:15:22&quot;,&quot;http_code&quot;:200},&quot;process&quot;:&quot;done&quot;},{&quot;id&quot;:685,&quot;href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/shellacfilms.com\\\/films\\\/malmkrog&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(\u041a\u0440\u0430\u0442\u043a\u0430\u044f \u043f\u043e\u0432\u0435\u0441\u0442\u044c \u043e\u0431 \u0430\u043d\u0442\u0438\u0445\u0440\u0438\u0441\u0442\u0435) par Vladimir Soloviev (\u0421\u043e\u043b\u043e\u0432\u044c\u0451\u0432 \u0412\u043b\u0430\u0434\u0438\u043c\u0438\u0440 \u0421\u0435\u0440\u0433\u0435\u0435\u0432\u0438\u0447) \/ 1853 \u2013 1900 &nbsp; Dans une villa situ\u00e9e&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2074,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[259,211,2],"tags":[262],"class_list":["post-2071","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-eschatologie","category-litterature","category-orthodoxie","tag-eschatologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2071","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2071"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2071\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2095,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2071\/revisions\/2095"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2074"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2071"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2071"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2071"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}