{"id":1865,"date":"2020-09-29T15:01:58","date_gmt":"2020-09-29T13:01:58","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=1865"},"modified":"2020-09-29T15:05:08","modified_gmt":"2020-09-29T13:05:08","slug":"vie-augustin-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/09\/29\/vie-augustin-i\/","title":{"rendered":"La vie du Bienheureux Augustin, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Hippone &#8211; I"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\">F\u00eat\u00e9 le 28 ao\u00fbt<\/h3>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Verbo Dei dum obedit,<\/em><br \/>\n<em>Credit errans, et accedit<\/em><br \/>\n<em>Ad baptismi gratian.<\/em><\/h4>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Firmans fidem, formans mores,<\/em><br \/>\n<em>Legis sacrae perversores<\/em><br \/>\n<em>Verbi necat gladio.<\/em><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1009\" style=\"width: 660px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1009\" class=\"size-full wp-image-1009\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.012.650px.jpg\" alt=\"\" width=\"650\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.012.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.012.650px-300x231.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><p id=\"caption-attachment-1009\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Touch\u00e9 par la parole de Dieu, il ram\u00e8ne son esprit<\/em><br \/>\n<em>Dans les sentiers de la foi, et s\u2019offre de lui-m\u00eame \u00e0 la gr\u00e2ce du bapt\u00eame.<\/em><br \/>\n<em>Il affermit la foi, il forme les m\u0153urs, et arm\u00e9 du glaive de la parole, il extermine les corrupteurs de la loi de Dieu.<\/em><\/h4>\n<p style=\"text-align: right;\">Prose de saint Augustin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Saint Augustin naquit \u00e0 Tagaste, ville d\u2019Afrique, sous l\u2019empire de Constance, l\u2019an du Seigneur 354, le 13 novembre. Son p\u00e8re s\u2019appelait Patrice et sa m\u00e8re Monique. Patrice \u00e9tait un des premiers de la ville, o\u00f9 il exer\u00e7ait la charge de curiale. Quelque temps avant sa mort, il re\u00e7ut la foi chr\u00e9tienne et se fit baptiser. Monique, \u00e0 la v\u00e9ritable religion joignait une pi\u00e9t\u00e9 \u00e9minente, et comme, durant son mariage, elle \u00e9tait un exemple de puret\u00e9, de modestie, de douceur, de sagesse et d\u2019une d\u00e9votion r\u00e9gl\u00e9e, pour les femmes qui ont des maris d\u2019une humeur f\u00e2cheuse, elle fut, dans la viduit\u00e9, un mod\u00e8le des v\u00e9ritables veuves dont parle saint Paul. Elle \u00e9leva Augustin dans la crainte de Dieu d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de son enfance. Il en fait la peinture dans ses <em>Confessions<\/em>, et il remarque jusqu\u2019aux moindres mouvements de cet \u00e2ge \u00ab\u2009<em>Si les membres des enfants<\/em>\u2009\u00bb, dit-il, \u00ab\u2009<em>sont alors innocents, leur esprit ne l\u2019est pas, comme il para\u00eet par la jalousie, l\u2019envie, les d\u00e9pits, les col\u00e8res et les d\u00e9sob\u00e9issances dont ils sont d\u00e9j\u00e0 capables\u2009<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Quand il fut en \u00e9tat de commencer \u00e0 apprendre quelque chose, on l\u2019envoya aux \u00e9coles, dans sa propre ville de Tagaste\u2009; mais cet exercice de compter des lettres et d\u2019assembler des syllabes, lui \u00e9tait si ennuyeux et lui semblait si indigne de son esprit, qu\u2019il ne s\u2019y appliquait que par contrainte. Comme il avait l\u2019esprit vif et la m\u00e9moire excellente, il ne lui fallait pas beaucoup de temps pour concevoir ce que ses ma\u00eetres lui enseignaient\u2009; mais il avait une passion si forte pour le jeu de paume et les autres plaisirs des enfants, qu\u2019elle le d\u00e9tournait de ses \u00e9tudes, et, quoiqu\u2019il f\u00fbt souvent ch\u00e2ti\u00e9 pour ce sujet, il ne s\u2019amendait gu\u00e8re. Autant il avait d\u2019aversion pour les lettres grecques, autant \u00e9tait-il passionn\u00e9 pour les fictions des po\u00e8tes et pour la vue des spectacles que l\u2019on repr\u00e9sentait sur les th\u00e9\u00e2tres. Il lisait avec un extr\u00eame plaisir les descriptions que fait Virgile du cheval de Troie, de la descente de Jupiter en pluie d\u2019or, des voyages d\u2019En\u00e9e \u00e0 Carthage, de l\u2019amour que Didon lui portait, de la mort funeste qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait procur\u00e9e \u00e0 son occasion ces r\u00e9cits fabuleux l\u2019attendrissaient jusqu\u2019aux larmes. Dans ses <em>Confessions<\/em> il s\u2019accuse de ces \u00e9motions comme d\u2019un grand crime. \u00ab\u2009<em>Qui peut-on imaginer<\/em>\u2009\u00bb, dit-il, \u00ab\u2009<em>\u00f4 mon Dieu de plus malheureux que celui qui n\u2019est touch\u00e9 d\u2019aucun sentiment de ses mis\u00e8res, tel que je me trouvais alors\u2009; je pleurais \u00e9perdument la mort de Didon, qui, pour l\u2019amour qu\u2019elle portait \u00e0 En\u00e9e, s\u2019\u00e9tait plong\u00e9 le poignard dans le sein, et je ne pleurais pas la mort que je donnais cent fois le jour \u00e0 ma pauvre \u00e2me<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c9tant tomb\u00e9 malade en ce temps-l\u00e0, il demanda le bapt\u00eame, mais aussit\u00f4t que le danger eut cess\u00e9, son p\u00e8re, alors pa\u00efen, fit remettre la c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 un autre temps.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e2ge de treize ans, Augustin fut envoy\u00e9, vers l\u2019an 367, de Tagaste \u00e0 Madaure, qui n\u2019en \u00e9tait gu\u00e8re \u00e9loign\u00e9e, et o\u00f9 les \u00e9coles \u00e9taient meilleures. Il y apprit la rh\u00e9torique, la musique et l\u2019astrologie. Bient\u00f4t ses ma\u00eetres de Madaure ne suffirent plus \u00e0 son intelligence et \u00e0 son savoir. Son p\u00e8re r\u00e9solut de le conduire \u00e0 Carthage, malgr\u00e9 les frais consid\u00e9rables que ce voyage et le s\u00e9jour en cette ville devaient lui occasionner. Pendant qu\u2019il r\u00e9unissait la somme n\u00e9cessaire \u00e0 ce dessein, son fils passa un an \u00e0 Tagaste, dans l\u2019oisivet\u00e9, \u00e9coutant plus les discours corrompus de ses camarades que les sages remontrances de sa m\u00e8re. Il alla \u00e0 Carthage vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 370, \u00e2g\u00e9 de dix-sept ans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1011\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1011\" class=\"size-full wp-image-1011\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.013.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"388\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.013.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.013.940px-300x124.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.013.940px-768x317.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><p id=\"caption-attachment-1011\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Son apparition dans les \u00e9coles fit sensation. Il poss\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 plusieurs langues il avait une aptitude singuli\u00e8re pour la philosophie et la m\u00e9taphysique, une grande ardeur pour l\u2019\u00e9tude, le go\u00fbt de la po\u00e9sie, de l\u2019art, du beau dans tous les genres, et surtout une \u00e9loquence naturelle, qui jaillis \u2014 sait sans effort d\u2019une \u00e2me \u00e9lev\u00e9e et aimante. Il \u00e9tonna ses condisciples et m\u00eame ses ma\u00eetres, et tout le monde pressentit que, dans quelques ann\u00e9es, il serait la gloire du barreau de Carthage.<\/p>\n<p>Ce qui ajoutait un charme singulier \u00e0 toute sa personne, c\u2019est qu\u2019au milieu de ses succ\u00e8s il \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 et timide. Il n\u2019aimait pas \u00e0 se produire. Il portait sur sa physionomie, qui devenait chaque jour plus belle, cette candeur qui va si bien aux natures sup\u00e9rieures, et qui est \u00e0 la fois le signe et la compagne du vrai talent. C\u2019est ainsi que les hommes le voyaient\u2009; mais il nous avoue, dans son humilit\u00e9, qu\u2019int\u00e9rieurement il \u00e9tait tout autre\u2009; qu\u2019il r\u00eavait la gloire, qu\u2019il portait sur le barreau des regards pleins d\u2019ambition, et que, sous cette apparence modeste qu\u2019il ne d\u00e9pouilla jamais et qui lui \u00e9tait naturelle, il cachait une \u00e2me enivr\u00e9e de plus en plus d\u2019elle-m\u00eame. \u00ab<em>\u2009Je tenais<\/em>\u2009\u00bb dit-il, \u00ab\u2009<em>le premier rang dans les \u00e9coles de rh\u00e9torique, ce qui me remplissait d\u2019une joie superbe et me gonflait de vent. Vous savez pourtant, \u00f4 mon Dieu<\/em>\u2009\u00bb, ajoute-t-il, \u00ab\u2009<em>que j\u2019\u00e9tais plus retenu que les autres, et mon \u00e9loign\u00e9 des folies de mes camarades qui s\u2019appelaient ravageurs. J\u2019\u00e9prouvais m\u00eame une sorte de pudeur impudente \u00e0 ne pas leur ressembler et, quoique je v\u00e9cusse avec eux et que je me plusse dans leur familiarit\u00e9, j\u2019avais en horreur leurs actions, ces moqueries sanglantes et injurieuses avec lesquelles ils insultaient \u00e0 l\u2019embarras des nouveaux venus et des \u00e9trangers, et faisaient de leur trouble l\u2019aliment de leurs malignes joies. Voil\u00e0 avec quels hommes et dans quelle compagnie j\u2019\u00e9tudiais alors l\u2019\u00e9loquence, par cette malheureuse et damnable fin de l\u2019ambition, qui trouve son aiguillon dans la vanit\u00e9<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Mais, si grandes que fussent alors cette vanit\u00e9 et cette ambition, ce n\u2019\u00e9tait l\u00e0, dans Augustin, que la moindre plaie. Son c\u0153ur \u00e9tait bien plus malade que son esprit. Son \u00e2me, vide de Dieu, manquant d\u2019aliments, aspirait \u00e0 quelque chose qui p\u00fbt la satisfaire\u2009; mais ce quelque chose d\u2019inconnu qui lui manquait, Augustin ne savait o\u00f9 le trouver. Une inqui\u00e9tude ind\u00e9finissable le tourmentait. Consum\u00e9 de vagues d\u00e9sirs, sans objets et sans limites, il \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 ce moment p\u00e9rilleux qui pr\u00e9c\u00e8de d\u2019ordinaire les grandes chutes et qui trop souvent les annonce. \u00ab\u2009<em>Je n\u2019aimais pas encore<\/em>\u2009\u00bb, dit-il, \u00ab\u2009<em>mais je d\u00e9sirais d\u2019aimer, et, d\u00e9vor\u00e9 de ce d\u00e9sir, je cherchais un objet \u00e0 ma passion. J\u2019errais par la ville pour le trouver, et les chemins o\u00f9 je n\u2019esp\u00e9rais pas de pi\u00e8ges m\u2019\u00e9taient odieux<\/em>\u2009\u00bb. Il ajoute ces mots d\u2019une profondeur admirable :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Mon c\u0153ur d\u00e9faillait vide de vous, \u00f4 mon Dieu et pourtant ce n\u2019\u00e9tait pas de cette faim-l\u00e0 que j\u2019\u00e9tais affam\u00e9. L\u2019aliment int\u00e9rieur et incorruptible qui manquait \u00e0 mon \u00e2me ne m\u2019inspirait aucun app\u00e9tit. J\u2019en \u00e9tais d\u00e9go\u00fbt\u00e9, non par rassasiement, mais par indigence. Et mon \u00e2me, malade, couverte d\u2019ulc\u00e8res, tombant d\u2019inanition, se jetait mis\u00e9rablement hors d\u2019elle-m\u00eame, et mendiait \u00e0 la cr\u00e9ature quelque chose qui p\u00fbt adoucir ses plaies. Je voulais aimer, \u00eatre aim\u00e9 et d\u2019une affection qui f\u00fbt sans r\u00e9serve\u2009\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Augustin \u00e9tait pauvre, inconnu, perdu dans une grande ville\u2009; mais il \u00e9tait jeune, agr\u00e9able, \u00e9l\u00e9gant, distingu\u00e9. Comment donc, pour son malheur, ne serait-il pas tomb\u00e9 un jour ou l\u2019autre dans les mets o\u00f9 il d\u00e9sirait tant \u00eatre pris\u2009?<\/p>\n<p>Les spectacles, o\u00f9, d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Carthage, Augustin se jeta avec la passion qu\u2019il avait toujours eue pour ce plaisir, achev\u00e8rent de le pousser \u00e0 l\u2019ab\u00eeme. Avec sa vive imagination, avec cette sensibilit\u00e9 exquise qui le faisait pleurer \u00e0 la lecture d\u2019un beau vers, au r\u00e9cit d\u2019un sacrifice inspir\u00e9 par l\u2019amour, le th\u00e9\u00e2tre avait pour lui un charme irr\u00e9sistible. \u00ab\u2009<em>Les spectacles me ravissaient<\/em>\u2009\u00bb, dit-il, \u00ab\u2009<em>tout remplis qu\u2019ils \u00e9taient des images de ma mis\u00e8re et des aliments de ma flamme<\/em>\u2009\u00bb. Au sortir de l\u00e0, il \u00e9tait si plein de toutes ces beaut\u00e9s, si \u00e9mu de tous ces sacrifices, qu\u2019il ne cherchait plus qu\u2019une occasion de les faire na\u00eetre dans le c\u0153ur de quelqu\u2019un pour recevoir les m\u00eames plaisirs et offrir les m\u00eames d\u00e9vouements qu\u2019il avait vus si bien d\u00e9peints.<\/p>\n<p>La triste chute ne se fit pas attendre. \u00ab<em>\u2009Je tombai<\/em>\u2009\u00bb, dit-il, \u00ab\u2009<em>dans ces filets o\u00f9 je d\u00e9sirais tant d\u2019\u00eatre pris. O mon Dieu, de quelle amertume votre bont\u00e9 assaisonna ce miel. J\u2019aimai je fus aim\u00e9 et, m\u2019\u00e9lan\u00e7ant dans un r\u00e9seau de douloureuses joies, je connus les ardentes jalousies, les soup\u00e7ons, les craintes, les col\u00e8res et les temp\u00eates de l\u2019amour<\/em>\u2009\u00bb. Qui \u00e9tait cette malheureuse jeune fille qui, oubliant Dieu pour Augustin comme Augustin oubliait Dieu pour elle, captiva un tel c\u0153ur pendant quinze ans\u2009; qui le suivit par terre et par mer, \u00e0 Tagaste, \u00e0 Carthage, \u00e0 Rome, \u00e0 Milan\u2009; qui ne le quitta tout en larmes qu\u2019au moment o\u00f9 il se convertissait, et, elle aussi, pour se convertir, se jeter dans un monast\u00e8re, et se donner enfin toute \u00e0 Dieu\u2009? nous ne le savons pas. Augustin, par une r\u00e9serve pleine de d\u00e9licatesse, a cach\u00e9 son nom. Elle passe comme une figure voil\u00e9e dans cette histoire. Il est probable que, tant que cela fut possible, Augustin cacha ce nom, avec plus de soin encore, \u00e0 sa pieuse m\u00e8re, ainsi que le lien dont il venait d\u2019encha\u00eener sa vie, et que nulle pri\u00e8re de sainte Monique et nulles larmes n\u2019auraient pu le d\u00e9cider \u00e0 briser. Bient\u00f4t, cependant, il fallut lui avouer le douloureux secret\u2009; car, en 372, Augustin eut un fils, ce brillant Ad\u00e9odat, que plus tard, aux jours de son repentir, il n\u2019osait plus nommer que le fils de son p\u00e9ch\u00e9 mais alors, aux jours de sa passion, dans le premier tressaillement de son triste bonheur, il l\u2019appela Dieudonn\u00e9, Ad\u00e9odatus. \u00ab\u2009<em>Telle \u00e9tait alors ma vie, \u00f4 mon Dieu<\/em>\u2009\u00bb, s\u2019\u00e9crie saint Augustin, \u00ab\u2009<em>si cela peut s\u2019appeler une vie.<\/em>\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Augustin r\u00e9alisait alors, ou plut\u00f4t d\u00e9passait toutes les esp\u00e9rances qu\u2019avait fait concevoir sa brillante adolescence. L\u2019\u00e9clat qui avait accompagn\u00e9 ses \u00e9tudes litt\u00e9raires n\u2019\u00e9tait rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du succ\u00e8s qui couronnait ses \u00e9tudes philosophiques. On commen\u00e7ait \u00e0 entrevoir que son don principal, ce ne serait ni son \u00e9loquence, qui pourtant fut admirable, ni sa sensibilit\u00e9, qui \u00e9tait exquise, ni m\u00eame son esprit, si agr\u00e9able, si brillant et si fin. Au-dessus toutes ces qualit\u00e9s, qui avaient apparu les premi\u00e8res, il devait avoir un don souverain qui \u00e9clipserait tout\u2009; et pr\u00e9cis\u00e9ment, en 372, ce don venait de se r\u00e9v\u00e9ler avec un \u00e9clat merveilleux. Voici comment :<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il s\u2019occupait encore d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires, Augustin avait plusieurs fois entendu parler \u00e0 son ma\u00eetre de rh\u00e9torique des <em>Cat\u00e9gories<\/em> d\u2019Aristote comme d\u2019un livre d\u2019une telle profondeur, qu\u2019on ne pouvait le comprendre qu\u2019assist\u00e9 des ma\u00eetres les plus habiles et au moyen de figures qu\u2019on tra\u00e7ait sur le sable, pour rendre sensibles aux yeux les obscurit\u00e9s m\u00e9taphysiques des choses. Impatient de conna\u00eetre ce qu\u2019il estimait \u00eatre si extraordinaire, et n\u2019ayant pas le courage d\u2019attendre l\u2019\u00e9poque o\u00f9 on le lui expliquerait, il ouvrit ce livre et commen\u00e7a \u00e0 l\u2019\u00e9tudier seul. A son grand \u00e9tonnement, il n\u2019y trouva nulle difficult\u00e9. Il errait \u00e0 son aise au milieu de ces probl\u00e8mes ardus, et lorsque plus tard il en suivit les explications publiques, on ne lui put rien apprendre que ce qu\u2019il avait parfaitement entendu seul. Il lut de m\u00eame, sans \u00eatre aid\u00e9 par personne, tous les livres de dialectique, de g\u00e9om\u00e9trie, de musique, d\u2019arithm\u00e9tique\u2009; il ne trouvait de difficult\u00e9s nulle part, ou plut\u00f4t il ne commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019apercevoir des difficult\u00e9s que lorsqu\u2019il cherchait \u00e0 les expliquer aux autres car alors il s\u2019\u00e9tonnait de la peine qu\u2019avaient les personnes les plus intelligentes \u00e0 le comprendre\u2009; il n\u2019y avait qu\u2019un tr\u00e8s \u2014 petit nombre d\u2019esprits, m\u00eame parmi les plus excellents, qui pussent le suivre, et encore de loin. Quoiqu\u2019il n\u2019e\u00fbt, que dix-neuf ans, il \u00e9tait \u00e9vident qu\u2019un jour il aurait de l\u2019aigle et cette limpidit\u00e9 de regard pour laquelle nulle lumi\u00e8re n\u2019est trop \u00e9blouissante, et ce large et puissant coup d\u2019aile pour lequel nul sommet n\u2019est trop \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_1006\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1006\" class=\"size-full wp-image-1006\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.009.940x.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"287\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.009.940x.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.009.940x-300x92.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.009.940x-768x234.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><p id=\"caption-attachment-1006\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En m\u00eame temps qu\u2019apparaissait le g\u00e9nie d\u2019Augustin, son \u00e2me, son caract\u00e8re, son c\u0153ur, achevaient de se r\u00e9v\u00e9ler. Les r\u00e9bellions et les caprices de son enfance \u00e9taient tomb\u00e9s. Ils avaient fait place \u00e0 la plus charmante douceur. Augustin \u00e9tait de plus en plus r\u00e9serv\u00e9 et modeste il craignait le bruit et l\u2019\u00e9clat\u2009; il \u00e9vitait les folles r\u00e9unions de ses condisciples\u2009; il aimait la dignit\u00e9\u2009; il sentait vivement l\u2019honneur\u2009; il s\u2019attachait pour toujours \u00e0 ceux qui lui faisaient du bien. Et de m\u00eame qu\u2019il avait dans l\u2019esprit une qualit\u00e9 ma\u00eetresse, il avait dans le c\u0153ur un don souverain c\u2019\u00e9tait une source in\u00e9puisable de la plus profonde tendresse.<\/p>\n<p>On commen\u00e7ait aussi \u00e0 voir ce que seraient ses traits, sa physionomie, son ext\u00e9rieur enfin, et quelle forme aurait le vase pr\u00e9cieux o\u00f9 habiterait ce grand esprit. Sa taille \u00e9tait peu \u00e9lev\u00e9e, et ne devait pas d\u00e9passer les tailles moyennes\u2009; son temp\u00e9rament \u00e9tait fr\u00eale, d\u00e9licat, nerveux, comme il arrive d\u2019ordinaire dans les \u00e2mes d\u2019\u00e9lite, selon la remarque de saint Gr\u00e9goire de Nazianze\u2009; il avait la peau fine et transparente\u2009; le regard p\u00e9n\u00e9trant, mais doux, repos\u00e9, baign\u00e9 de sensibilit\u00e9 et de tendresse. Sa voix faible, sa gorge d\u00e9licate, sa poitrine peu dilat\u00e9e et tr\u00e8s-inflammable, indiquaient qu\u2019il \u00e9tait plut\u00f4t fait pour contempler que pour parler, ou du moins pour persuader que pour dominer\u2009; pour la parole intime, affectueuse, persuasive, qui se dit dans un cercle d\u2019amis choisis, que pour les \u00e9clats de la grande \u00e9loquence dans les assembl\u00e9es tumultueuses. Tout l\u2019ensemble enfin de sa personne \u00e9tait de la plus parfaite \u00e9l\u00e9gance et de la plus rare distinction.<\/p>\n<p>Sous cette belle enveloppe, on voyait les horribles ravages du mal une plaie qui s\u2019agrandissait tous les jours, une conscience, une \u00e2me \u00e9ternelle qui allait p\u00e9rir. Cette vue couvrait tout le reste d\u2019un voile de deuil. Avec la vertu, la foi elle-m\u00eame avait baiss\u00e9 dans l\u2019\u00e2me d\u2019Augustin. Du c\u0153ur, o\u00f9 elles \u00e9taient n\u00e9es, o\u00f9 elles naissent toujours, les t\u00e9n\u00e8bres commen\u00e7aient \u00e0 monter dans son esprit\u2009; et l\u2019on pouvait pr\u00e9dire qu\u2019apr\u00e8s avoir abandonn\u00e9 la vertu, Augustin renierait la foi ou plut\u00f4t il n\u2019y avait plus rien \u00e0 pr\u00e9dire. Du premier ab\u00eeme, il avait d\u00e9j\u00e0 roul\u00e9 dans le second, et la perte de la foi avait suivi de pr\u00e8s ta disparition des m\u0153urs.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009H\u00e9las,\u2009\u00bb dit-il, \u00ab\u2009\u00e0 quoi me servait alors cette promptitude et cette vivacit\u00e9 d\u2019esprit avec laquelle je p\u00e9n\u00e9trais toutes les sciences et j\u2019\u00e9claircissais seul, sans le secours de personne, tant de livres obscurs et difficiles, puisque j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 dans des exc\u00e8s si horribles et dans une indiff\u00e9rence si honteuse pour les choses de la pi\u00e9t\u00e9\u2009? Et les petits et les simples, qui avaient l\u2019esprit plus lent, n\u2019\u00e9taient-ils pas plus heureux, puisqu\u2019ils ne s\u2019\u00e9garaient pas comme moi, et que, restant dans le nid de la sainte \u00c9glise, ils y attendaient en paix la venue de leurs ailes\u2009?\u2009\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Augustin partageait la demeure d\u2019un ami, Romanien de Tagaste, qui, apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re, devint son appui. A dix-neuf ans, Augustin lut de Cic\u00e9ron un ouvrage intitul\u00e9 <em>Hortensius<\/em>, que nous n\u2019avons plus aujourd\u2019hui. C\u2019\u00e9tait une exhortation \u00e0 la philosophie il en fut vivement touch\u00e9. Il se sentit saisi d\u2019un violent m\u00e9pris pour les richesses et les honneurs, et d\u2019un ardent amour pour la sagesse. Quelque chose cependant refroidissait son enthousiasme pour les ouvrages de Cic\u00e9ron et des autres auteurs pa\u00efens, c\u2019\u00e9tait l\u2019absence du nom de J\u00e9sus Christ, qu\u2019il avait suc\u00e9 avec le lait, qui \u00e9tait demeur\u00e9 au fond de son c\u0153ur malgr\u00e9 les orages de la jeunesse, et sans lequel les plus beaux trait\u00e9s de philosophie lui paraissaient incomplets et perdaient de leurs charmes. Il se mit donc \u00e0 lire les saintes \u00c9critures mais ce style d\u00e9plut \u00e0 son esprit \u00e9pris de l\u2019\u00e9loquence pompeuse de Cic\u00e9ron et enfl\u00e9 d\u2019orgueil. Quelque temps apr\u00e8s, il rencontra quelques Manich\u00e9ens ces imposteurs le voyant avide de la v\u00e9rit\u00e9, se vant\u00e8rent de lui faire conna\u00eetre la nature des choses\u2009; ils lui dirent qu\u2019il n\u2019y avait point de myst\u00e8re, que la raison se rendait compte de tout lorsqu\u2019elle savait s\u2019affranchir de la foi ils lui peignirent les catholiques comme esclaves de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise, et par l\u00e0 incapables de toute science. Il tomba dans ce pi\u00e8ge et y demeura neuf ans. Il trouva chez les h\u00e9r\u00e9tiques ce qu\u2019on trouve chez les incr\u00e9dules de tous les temps, beaucoup de subtilit\u00e9s, point de d\u00e9monstration\u2009; ils ne lui expliqu\u00e8rent point les grands probl\u00e8mes qui int\u00e9ressent le plus l\u2019humanit\u00e9, comme l\u2019origine du mal, dont la solution ne se trouve que dans l\u2019enseignement de l\u2019\u00c9glise catholique.<\/p>\n<p>Augustin fit tomber avec lui dans l\u2019erreur manich\u00e9enne plusieurs catholiques, entre autres Alype, son ami, et Romanien, son bienfaiteur. Toutefois, il ne prit jamais part avec les initi\u00e9s et les pr\u00eatres aux horribles pratiques de ces h\u00e9r\u00e9tiques il resta toujours simple auditeur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_999\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-999\" class=\"size-full wp-image-999\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"560\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.940px-300x179.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.004.940px-768x458.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><p id=\"caption-attachment-999\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En 375, Augustin ayant achev\u00e9 ses \u00e9tudes, revint \u00e0 Tagaste et y enseigna avec succ\u00e8s la grammaire et la rh\u00e9torique. Il demeurait chez Romanien, car sa m\u00e8re, voyant qu\u2019il s\u2019obstinait dans l\u2019h\u00e9r\u00e9sie, lui avait interdit sa demeure. Elle n\u2019abandonna pas pour cela ce cher fils\u2009; elle faisait sans cesse pour sa conversion des pri\u00e8res et des aum\u00f4nes. Cependant Augustin devait rester encore longtemps dans l\u2019erreur. De dix-neuf \u00e0 vingt-huit ans, sa vie f\u00fbt tour \u00e0 tour consacr\u00e9e \u00e0 la d\u00e9fense du Manich\u00e9isme et \u00e0 l\u2019enseignement des belles-lettres. La douleur o\u00f9 le jeta la perte d\u2019un ami ne lui permit pas de rester plus longtemps dans les lieux qui le lui rappelaient. Il alla \u00e0 Carthage, o\u00f9 il enseigna la rh\u00e9torique avec beaucoup d\u2019\u00e9clat nous trouvons parmi ses auditeurs Licentius, fils de Romanien, et Alype. Ayant remport\u00e9 un prix de po\u00e9sie, qui proclamait sur le th\u00e9\u00e2tre, il fut couronn\u00e9 par le proconsul de Carthage, Vindicien. C\u2019\u00e9tait un m\u00e9decin c\u00e9l\u00e8bre qui devint l\u2019ami d\u2019Augustin, et le d\u00e9livra de sa passion pour l\u2019astrologie judiciaire.<\/p>\n<p>En 380 ou 381, Augustin fit un trait\u00e9 de ce qui est beau et convenable dans chaque chose, et cet ouvrage qu\u2019il d\u00e9dia \u00e0 l\u2019orateur Hi\u00e9rius, n\u2019est point parvenu jusqu\u2019\u00e0 nous. Cependant il ne trouvait point chez les Manich\u00e9ens la science qu\u2019ils lui avaient promise \u00e0 chaque question un peu difficile qu\u2019il leur posait, ils le renvoyaient \u00e0 Fauste, un de leurs \u00e9v\u00eaques et l\u2019oracle du parti. En 383, Fauste \u00e9tant venu \u00e0 Carthage, Augustin ne trouva en lui qu\u2019un ignorant qui parlait bien. Il est vrai, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, que l\u2019\u00c9glise catholique, en Afrique, ne poss\u00e9dait alors aucun esprit savant et distingu\u00e9, qui p\u00fbt convaincre Augustin. D\u00e9sirant trouver de plus grandes lumi\u00e8res et des \u00e9coliers plus dociles qu\u2019\u00e0 Carthage, il r\u00e9solut d\u2019aller \u00e0 Rome. Sa m\u00e8re l\u2019ayant su, ne le quitta plus, pour l\u2019emp\u00eacher de partir, ou partir avec lui. Un jour, qu\u2019elle l\u2019avait accompagn\u00e9 sur le bord de la mer, il feignit de ne monter sur un navire que pour prolonger ses adieux \u00e0 un ami, et rester avec lui jusqu\u2019au signal du d\u00e9part. Il persuada \u00e0 sa m\u00e8re de passer la nuit sur le rivage, dans une chapelle consacr\u00e9e \u00e0 saint Cyprien\u2009; le navire partit pendant qu\u2019elle priait ainsi. Quand elle s\u2019aper\u00e7ut de la perte qu\u2019elle venait de faire, elle fut accabl\u00e9e de douleur.<\/p>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Rome, il fut attaqu\u00e9 d\u2019une dangereuse maladie\u2009; il en gu\u00e9rit par les soins de son ami Alype, qui l\u2019avait suivi, et par les pri\u00e8res de sa sainte m\u00e8re, qui, bien qu\u2019absente, l\u2019accompagnait de c\u0153ur. D\u00e8s qu\u2019il se vit en sant\u00e9, il enseigna la rh\u00e9torique dans l\u2019\u00e9cole grecque de Sainte-Marie. Mais les \u00e9coliers romains ne lui d\u00e9plurent pas moins que ceux de Carthage ils n\u2019\u00e9taient pas turbulents, mais ingrats\u2009; le jour o\u00f9 il s\u2019agissait de donner au professeur le prix de ses le\u00e7ons, ils d\u00e9sertaient l\u2019\u00e9cole. Ce proc\u00e9d\u00e9 fut cause qu\u2019il ne balan\u00e7a pas d\u2019accepter la chaire de Milan, que Symmaque, pr\u00e9fet de Rome, lui offrit. Il y arriva au mois d\u2019octobre, l\u2019an 385, et il y fut re\u00e7u avec une grande joie par tous les habitant\u2009; l\u2019empereur m\u00eame, qui \u00e9tait Valentinien le Jeune, t\u00e9moigna beaucoup de satisfaction de son arriv\u00e9e. Augustin r\u00e9pondit aux belles esp\u00e9rances que l\u2019on avait con\u00e7ues de lui, et il acquit bient\u00f4t \u00e0 Milan cette grande r\u00e9putation qui le suivait partout.<\/p>\n<p>Il n\u2019y fut gu\u00e8re longtemps sans faire connaissance avec saint Ambroise, dont le nom \u00e9tait si c\u00e9l\u00e8bre. Il en fut re\u00e7u avec une paternelle bont\u00e9. Souvent il allait entendre ses pr\u00e9dications, non point pour profiter de sa doctrine, mais pour juger de son \u00e9loquence. Il trouva dans son langage moins de gr\u00e2ce que dans celui de Fauste le Manich\u00e9en, mais plus de solidit\u00e9 dans ses raisonnements. Il commen\u00e7a \u00e0 voir que le catholicisme se pouvait raisonnablement d\u00e9fendre ainsi, il tomba dans un \u00e9tat o\u00f9 il n\u2019\u00e9tait ni orthodoxe ni manich\u00e9en, mais flottant entre la v\u00e9rit\u00e9 et le mensonge.<\/p>\n<p>Cependant, le jour se faisant peu \u00e0 peu plus grand dans son \u00e2me, il r\u00e9solut de se mettre au rang des cat\u00e9chum\u00e8nes. Monique le trouva en cette suspension d\u2019esprit, lorsqu\u2019elle arriva \u00e0 Milan, o\u00f9 le d\u00e9sir du salut de ce cher fils la fit venir d\u2019Afrique, sans consid\u00e9rer la longueur, les p\u00e9rils et les incommodit\u00e9s d\u2019un si long voyage. Elle fut bient\u00f4t connue et estim\u00e9e de saint Ambroise. Elle se mit sous sa conduite et, comme il la reprit de ce que, suivant la coutume d\u2019Afrique, elle portait des mets sur les tombeaux des martyrs, elle s\u2019en abstint, faisant voir que sa d\u00e9votion \u00e9tait v\u00e9ritable, parce qu\u2019elle \u00e9tait ob\u00e9issante. Elle ne perdait aucun de ses sermons. Augustin les fr\u00e9quentait aussi, comme nous venons de le dire. Une partie du voile qui lui cachait la v\u00e9rit\u00e9 tomba\u2009; il connut que jusqu\u2019alors il n\u2019avait eu horreur de la religion catholique, que parce qu\u2019il prenait pour elle le fant\u00f4me qu\u2019il s\u2019en \u00e9tait form\u00e9.<\/p>\n<p>Si le c\u0153ur d\u2019Augustin e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pur, l\u2019incendie de la foi et de l\u2019amour divin aurait \u00e9clat\u00e9 promptement\u2009; mais depuis quinze ans il portait le joug d\u2019une liaison coupable. Il y avait mis toute son \u00e2me. Ce qu\u2019il avait tant d\u00e9sir\u00e9 \u00e9tant jeune, il l\u2019avait rencontr\u00e9 et si la longueur et les p\u00e9rils d\u2019un voyage de six cents lieues n\u2019avaient pas arr\u00eat\u00e9 la m\u00e8re d\u2019Augustin, ils n\u2019avaient pas davantage fait h\u00e9siter la m\u00e8re d\u2019Ad\u00e9odat. Elle \u00e9tait venue rejoindre Augustin \u00e0 Rome\u2009; elle l\u2019avait accompagn\u00e9 \u00e0 Milan\u2009; ils vivaient ensemble\u2009; Ad\u00e9odat grandissait aupr\u00e8s d\u2019eux, les unissant et les r\u00e9jouissant par son g\u00e9nie pr\u00e9coce. Comment sortir d\u2019une telle position\u2009? Et tant que ces liens ne seraient pas bris\u00e9s, comment arriver \u00e0 la foi, au saint bapt\u00eame, \u00e0 la p\u00e9nitence, \u00e0 la sainte Eucharistie, \u00e0 la pleine et parfaite vie chr\u00e9tienne\u2009?<\/p>\n<p>Il y avait alors aupr\u00e8s d\u2019Augustin un jeune homme que nous apprendrons \u00e0 conna\u00eetre plus intimement. Il se nommait Alype, c\u2019\u00e9tait le meilleur et le plus cher de ses amis. Il s\u2019\u00e9tait li\u00e9 avec Augustin en Afrique, l\u2019avait revu \u00e0 Rome, et, ne pouvant vivre sans lui, il l\u2019avait rejoint \u00e0 Milan. Augustin l\u2019avait entra\u00een\u00e9 dans toutes ses erreurs, et il y adh\u00e9rait encore mais c\u2019\u00e9tait un jeune homme d\u2019une rare inclination pour la vertu. A peine s\u2019il avait eu dans sa jeunesse quelque faiblesse rapide, dont il s\u2019\u00e9tait d\u00e9tach\u00e9 avec m\u00e9pris et remords\u2009; et il avait toujours v\u00e9cu depuis dans une parfaite continence. Il pressait sans cesse Augustin de faire comme lui\u2009; il lui vantait avec enthousiasme les joies de cette vie aust\u00e8re, \u00e9lev\u00e9e, toute spirituelle, d\u00e9dommag\u00e9e des sacrifices que la chastet\u00e9 demande, par une paix, une libert\u00e9 et une force que l\u2019on ne peut trouver que dans la contemplation solitaire de la v\u00e9rit\u00e9. Malheureusement Augustin \u00e9tait trop malade pour go\u00fbter ces consens. Cette union dont il portait le joug depuis quinze ans lui paraissait si n\u00e9cessaire, que la vie sans cela lui e\u00fbt sembl\u00e9 une inf\u00e9licit\u00e9 et une mort. \u00ab\u2009<em>Je n\u2019aurais jamais pu vivre priv\u00e9 de l\u2019affection de celle que j\u2019aimais<\/em>\u2009\u00bb, dit-il \u00ab\u2009<em>et comme j\u2019ignorais la force dont Dieu rev\u00eat l\u2019\u00e2me chaste, je me sentais incapable de cette solitude. Vous m\u2019eussiez donn\u00e9 cette gr\u00e2ce, \u00f4 mon Dieu<\/em>\u2009\u00bb, continue-t-il, \u00ab\u2009<em>si j\u2019eusse frapp\u00e9 vos oreilles par les g\u00e9missements de mon c\u0153ur, et si j\u2019eusse, par une foi vive, remis entre vos mains toutes mes inqui\u00e9tudes<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Mais, h\u00e9las\u2009! il n\u2019y pensait gu\u00e8re. \u00ab\u2009<em>Enchant\u00e9 par la criminelle douceur du plaisir, et ne pouvant souffrir que l\u2019on touch\u00e2t \u00e0 mes plaies, je tra\u00eenais\u2009<\/em>\u00bb, dit-il humblement, \u00ab\u2009<em>ma cha\u00eene apr\u00e8s moi, tremblant qu\u2019on ne v\u00eent la rompre. Je repoussais tout ce qu\u2019on pouvait me dire en faveur de la vertu, comme une main qui voulait m\u2019\u00f4ter un esclavage que j\u2019aimais<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait \u00e9videmment \u00e0 une situation pareille, \u00e0 une si profonde maladie de c\u0153ur, qu\u2019un rem\u00e8de possible. Puisque Augustin ne pouvait pas vivre dans la solitude aust\u00e8re de la chastet\u00e9, il fallait faire b\u00e9nir par Dieu cette union dont il avait besoin. Sainte Monique y pensait sans cesse\u2009; elle priait ardemment dans ce but, et, persuad\u00e9e que, le jour o\u00f9 Augustin ne conna\u00eetrait plus que les saintes et l\u00e9gitimes affections du mariage, s\u2019\u00e9vanouiraient les derni\u00e8res difficult\u00e9s de son esprit, elle poussait vers Dieu les plus grands cris de son c\u0153ur.<\/p>\n<p>Le plus simple e\u00fbt \u00e9t\u00e9 qu\u2019Augustin \u00e9pous\u00e2t la m\u00e8re d\u2019Ad\u00e9odat. Mais, sans qu\u2019on puisse dire pourquoi, il para\u00eet que la chose n\u2019\u00e9tait pas possible\u2009; car quand on sait ce qu\u2019Augustin souffrit en se s\u00e9parant d\u2019elle lorsqu\u2019il le fallut faire, il est \u00e9vident que les lois, ou les m\u0153urs, ou des circonstances que nous ignorons, apportaient \u00e0 cette union des obstacles insurmontables. Ne pouvant ni \u00e9pouser la m\u00e8re d\u2019Ad\u00e9odat, ni la renvoyer, voil\u00e0 quel \u00e9tait alors le cruel \u00e9tat d\u2019Augustin. Sous toutes ces h\u00e9sitations, dans toutes ces angoisses, derri\u00e8re tous ces ajournements, il y avait une question plus profonde, plus intime, plus douloureuse la grande question de la vertu, l\u2019\u00e9ternelle question du c\u0153ur. Qui sent mieux ces choses, et qui en souffre plus qu\u2019une m\u00e8re\u2009? Et n\u00e9anmoins il n\u2019y avait pas \u00e0 h\u00e9siter. Puisque ces liens coupables ne pouvaient \u00eatre transfigur\u00e9s, il fallait les briser et le seul moyen de faire supporter \u00e0 Augustin cette blessure, c\u2019\u00e9tait de lui offrir la perspective de quelque noble union vraiment digne de lui.<\/p>\n<p>Sainte Monique eut probablement recours aux conseils et \u00e0 la haute influence de saint Ambroise pour l\u2019aider dans une \u0153uvre si difficile\u2009; surtout elle pria avec ardeur\u2009; \u00ab\u2009<em>elle poussa vers le ciel\u2009<\/em>\u00bb, dit saint Augustin, \u00ab\u2009<em>de fortes clameurs, pour conjurer Dieu de l\u2019\u00e9clairer dans un moment si important et si p\u00e9rilleux<\/em>\u2009\u00bb. Et enfin, apr\u00e8s avoir cherch\u00e9 avec soin et pri\u00e9 longtemps, elle eut le bonheur de rencontrer, dans une famille chr\u00e9tienne, une jeune fille qui lui sembla r\u00e9unir toutes les qualit\u00e9s qu\u2019une Sainte peut d\u00e9sirer dans celle \u00e0 qui elle va confier l\u2019\u00e2me malade de son fils. Elle en parla \u00e0 Augustin, le pressa vivement et celui-ci, accabl\u00e9, sentant qu\u2019il fallait se r\u00e9signer au sacrifice, n\u2019osant ni l\u2019accorder ni le refuser, laissa agir sa m\u00e8re. La demande fut donc pr\u00e9sent\u00e9e par sainte Monique, et on l\u2019agr\u00e9a seulement, comme la jeune fille sortait \u00e0 peine de l\u2019adolescence, il fut convenu que le mariage n\u2019aurait lieu que dans deux ans. Peut-\u00eatre aussi ce d\u00e9lai parut-il n\u00e9cessaire aux deux familles pour donner \u00e0 la position d\u2019Augustin le temps de se r\u00e9gulariser et de s\u2019ennoblir. Quoi qu\u2019il en soit, comme Augustin ne pouvait pas demeurer sous l\u2019\u0153il de celle qui lui \u00e9tait promise, dans une position si fausse et qui f\u00fbt devenue si ind\u00e9licate, on pressa la s\u00e9paration, et le sacrifice fut consomm\u00e9. Saint Augustin n\u2019a dit qu\u2019un mot de cette s\u00e9paration mais quel mot ! \u00ab\u2009<em>Je me laissai arracher celle qui partageait ma vie et comme mon \u00e2me adh\u00e9rait profond\u00e9ment \u00e0 son \u00e2me, elle en fut d\u00e9chir\u00e9e et bris\u00e9e, et mon c\u0153ur en versa du sang\u2009<\/em>\u00bb. Et plus loin il ajoute : \u00ab\u2009<em>La blessure que me causa cette s\u00e9paration ne voulait pas se gu\u00e9rir, et pendant longtemps elle me causa les plus cuisantes douleurs<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la m\u00e8re d\u2019Ad\u00e9odat, on imagine ais\u00e9ment ce que furent ses g\u00e9missements et ses larmes mais l\u2019histoire n\u2019en dit rien. Ce qu\u2019on sait du moins, ce qu\u2019on aime \u00e0 apprendre, c\u2019est que cette femme qui, pendant quinze ans, avait disput\u00e9 \u00e0 Dieu le c\u0153ur d\u2019Augustin, touch\u00e9e enfin de la gr\u00e2ce, et, au moment o\u00f9 l\u2019abandonnaient les affections de la terre, se retournant vivement vers le ciel, s\u2019alla cacher dans un monast\u00e8re, et y employa le reste de sa vie \u00e0 pleurer, \u00e0 se purifier, \u00e0 demander pardon \u00e0 Dieu d\u2019avoir encha\u00een\u00e9 un tel c\u0153ur et d\u2019avoir retard\u00e9 de quinze ans le triomphe que ce grand g\u00e9nie pr\u00e9parait \u00e0 l\u2019\u00c9glise. \u00ab\u2009<em>Elle valait mieux que moi<\/em>\u2009\u00bb, dit saint Augustin, \u00ab\u2009<em>et elle fit son sacrifice avec un courage et une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 que je n\u2019eus pas la force d\u2019imiter<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>Il y eut \u00e0 ce moment, dans la vie d\u2019Augustin, un rayon de paix, comme une \u00e9claircie entre deux temp\u00eates. Les liens \u00e9taient bris\u00e9s, le sacrifice \u00e9tait fait. Semblable \u00e0 un vaisseau qui se rel\u00e8ve d\u00e8s qu\u2019on l\u2019a d\u00e9charg\u00e9 d\u2019un poids, l\u2019\u00e2me d\u2019Augustin retrouvait son \u00e9l\u00e9vation naturelle. Sa m\u00e8re rayonnait de bonheur \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Ses amis se livraient avec ardeur \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la philosophie. Chaque jour arrivait d\u2019Afrique quelque compatriote d\u2019Augustin, heureux de retrouver \u00e0 Milan son jeune ma\u00eetre ou son vieil ami : Romanien, par exemple, que d\u2019interminables proc\u00e8s avaient conduit dans cette ville, et qui, toujours fid\u00e8le au fils de Patrice et de Monique, lui avait apport\u00e9, avec la m\u00eame d\u00e9licatesse qu\u2019autrefois, les ressources de sa grande fortune\u2009; Alype, que nous connaissons d\u00e9j\u00e0, et qui, fix\u00e9 depuis peu aupr\u00e8s d\u2019Augustin, allait lui \u00eatre une si douce consolation et une si tendre compagnie\u2009; N\u00e9bridius, qui avait quitt\u00e9 Carthage et le vaste domaine de son p\u00e8re, et sa maison, et m\u00eame sa m\u00e8re, pour se livrer \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la philosophie. Plus jeune qu\u2019Augustin, flottant comme lui, cherchant la v\u00e9rit\u00e9 sans y trouver, et g\u00e9missant de ses doutes\u2009; d\u2019un esprit profond et p\u00e9n\u00e9trant, il avait une place \u00e0 part dans le c\u0153ur d\u2019Augustin. Quelques autres, sept ou huit \u00e0 peu pr\u00e8s, la plupart d\u2019Afrique, se groupaient encore autour de lui, livr\u00e9s aux m\u00eames \u00e9tudes. On cultivait les lettres\u2009; on devisait sur les plus belles questions de Dieu et de l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<div id=\"attachment_1014\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1014\" class=\"size-full wp-image-1014\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.016.940px.jpg\" alt=\"\" width=\"940\" height=\"588\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.016.940px.jpg 940w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.016.940px-300x188.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/002.016.940px-768x480.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 940px) 100vw, 940px\" \/><p id=\"caption-attachment-1014\" class=\"wp-caption-text\">Bamberger Apokalypse &#8211; Staatsbibliothek Bamberg Msc.Bibl.140 \/ Reichenau, circa 1010<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><em>Les Petits Bollandistes. Vies des Saints<\/em>. Septi\u00e8me \u00e9dition, tome dixi\u00e8me, p. 279-312, Bloud et Barral, libraires, Paris, 1876<br \/>\nVersion <a href=\"http:\/\/orthodoxievco.net\/ecrits\/vies\/synaxair\/aout\/augustin.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00e9lectronique<\/a> disponible sur le site des <em>Vrais Chr\u00e9tiens Orthodoxes Francophones<\/em><\/h5>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/bienheureux-augustin\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Bienheureux Augustin [\u2020430]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"184\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/b.-Augustin.650px-245x300.jpg 245w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Bienheureux Augustin [\u2020430]<\/div><\/div><\/div><span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:686,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/orthodoxievco.net\\\/ecrits\\\/vies\\\/synaxair\\\/aout\\\/augustin.pdf&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;https:\\\/\\\/web-wp.archive.org\\\/web\\\/20260114194234\\\/http:\\\/\\\/orthodoxievco.net\\\/ecrits\\\/vies\\\/synaxair\\\/aout\\\/augustin.pdf&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>F\u00eat\u00e9 le 28 ao\u00fbt Verbo Dei dum obedit, Credit errans, et accedit Ad baptismi gratian. 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