{"id":1793,"date":"2020-09-28T12:12:48","date_gmt":"2020-09-28T10:12:48","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=1793"},"modified":"2023-08-03T19:05:37","modified_gmt":"2023-08-03T17:05:37","slug":"puissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/09\/28\/puissance\/","title":{"rendered":"De la puissance des d\u00e9mons"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\">Huiti\u00e8me conf\u00e9rence de Cassien avec l\u2019abb\u00e9 Serenius<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><em>\u00a0<\/em><\/h3>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Difficult\u00e9s que pr\u00e9sentent les saintes \u00c9critures. \u2014 Sens diff\u00e9rents qu\u2019on y trouve. \u2014 Dieu n\u2019a rien cr\u00e9\u00e9 de mauvais. \u2014 La chute des anges est ant\u00e9rieure \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019homme. \u2014 Cause de leur chute et vari\u00e9t\u00e9 de leurs ch\u00e2timents. \u2014 Leur nombre, leur d\u00e9pendance et leurs combats. \u2014 Pourquoi ils sont invisibles. \u2014 Des anges gardiens. \u2014 De la loi naturelle et de la loi \u00e9crite. \u2014 Comment le d\u00e9mon est p\u00e8re du mensonge.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_695\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-695\" class=\"wp-image-695\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/web.13.jpg\" alt=\"La vision de Saint Jean Climaque, XVIe si\u00e8cle.\" width=\"400\" height=\"583\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/web.13.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/web.13-206x300.jpg 206w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><p id=\"caption-attachment-695\" class=\"wp-caption-text\">La vision de Saint Jean Climaque, XVIe si\u00e8cle. Mus\u00e9e russe, Saint P\u00e9terbourg<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>1.<\/strong> Apr\u00e8s avoir fait ce qu\u2019exigeait la solennit\u00e9 du dimanche, et lorsque les fid\u00e8les eurent quitt\u00e9 l\u2019\u00e9glise, nous retourn\u00e2mes \u00e0 la cellule du saint vieillard, qui nous traita magnifiquement\u2009; car, au lieu de la saumure qu\u2019il employait tous les jours \u00e0 ses repas, en y ajoutant une goutte d\u2019huile, il nous servit un autre assaisonnement, o\u00f9 il mit un peu plus d\u2019huile que d\u2019habitude. L\u2019intention des solitaires, en prenant cette goutte d\u2019huile, n\u2019est pas de flatter leur palais, car ils la sentent \u00e0 peine lorsqu\u2019ils mangent\u2009; mais ils veulent \u00e9viter l\u2019orgueil qui se glisse insensiblement au milieu des aust\u00e9rit\u00e9s extraordinaires, et qui enfle le c\u0153ur. Plus l\u2019abstinence s\u2019exerce secr\u00e8tement et loin du regard des hommes, plus le d\u00e9mon nous tente de vanit\u00e9 subtilement.<br \/>\nIl nous pr\u00e9senta ensuite trois olives cuites dans le sel, puis une corbeille contenant des pois chiches frits qui repr\u00e9sentaient les p\u00e2tisseries. Nous en primes cinq, avec deux pommes et une figue\u2009; car ce serait une faute dans ce d\u00e9sert de d\u00e9passer ce nombre. Lorsque le repas fut fini, nous pri\u00e2mes l\u2019abb\u00e9 Serenus de nous donner les explications qu\u2019il nous avait promises. Veuillez, dit-il, r\u00e9p\u00e9ter la question que nous devons examiner aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>2.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Nous vous avons demand\u00e9 d\u2019o\u00f9 vient cette vari\u00e9t\u00e9, cette diff\u00e9rence de puissances ennemies qui attaquent l\u2019homme, et que saint Paul d\u00e9signe dans ce passage : \u00ab\u2009<em>Nous n\u2019avons pas \u00e0 combattre contre la chair et le sang, mais contre les principaut\u00e9s et les puissances, contre les princes de ce monde et des t\u00e9n\u00e8bres, contre les esprits de malice qui remplissent l\u2019air<\/em>\u2009\u00bb (\u00c9ph., VI, 12)\u2009; et encore : \u00ab\u2009<em>Ni les anges, ni les principaut\u00e9s, ni les vertus, ni aucune autre cr\u00e9ature ne pourra nous s\u00e9parer de la charit\u00e9 de Dieu, qui est dans le Christ J\u00e9sus Notre-Seigneur.\u2009<\/em>\u00bb (Rom., VIII, 39.) Comment cette troupe d\u2019ennemis s\u2019est-elle \u00e9lev\u00e9e contre nous\u2009? et devons-nous croire que Dieu ait cr\u00e9\u00e9 ces puissances pour combattre l\u2019homme \u00e0 des degr\u00e9s et dans des genres si diff\u00e9rents.<\/p>\n<p><strong>3.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. La clart\u00e9 de la sainte \u00c9criture est telle dans tout ce qu\u2019elle a voulu nous apprendre, qu\u2019elle est \u00e9vidente pour ceux-l\u00e0 m\u00eames qui n\u2019ont pas l\u2019esprit p\u00e9n\u00e9trant. Aucune obscurit\u00e9 n\u2019en voile le sens\u2009; les explications sont inutiles, et l\u2019intelligence en comprend la lettre. Quelquefois, cependant, elle s\u2019enveloppe d\u2019un certain myst\u00e8re, afin que notre \u00e2me s\u2019applique \u00e0 la m\u00e9diter, et Dieu l\u2019a permis pour plusieurs raisons. D\u2019abord si ses divins enseignements ne cachaient d\u2019aucun voile leurs sens spirituels, tous les hommes, fid\u00e8les ou infid\u00e8les, en auraient une science \u00e9gale, et il n\u2019existerait entre les paresseux et ceux qui \u00e9tudient, aucune diff\u00e9rence de discernement et de sagesse. Les enfants de la foi, pour lesquels s\u2019ouvrent d\u2019immenses horizons, devaient ainsi montrer leur ardeur et leur m\u00e9rite, en confondant la n\u00e9gligence des l\u00e2ches. La sainte \u00c9criture est tr\u00e8s-bien compar\u00e9e \u00e0 un champ gras et fertile, produisant beaucoup de choses dont l\u2019homme peut se nourrir dans leur \u00e9tat naturel, mais en produisant d\u2019autres qui ont besoin d\u2019\u00eatre pr\u00e9par\u00e9es par le feu, pour servir d\u2019aliments et n\u2019\u00eatre pas nuisibles. Quelques-unes, cependant, peuvent \u00eatre prises des deux mani\u00e8res\u2009; elles ne d\u00e9plaisent pas et ne nuisent pas sans \u00eatre cuites\u2009; mais le feu les rend meilleures et plus salutaires. Quelques autres ne sont destin\u00e9es qu\u2019aux b\u00eates sans raison, et ne conviennent point \u00e0 l\u2019homme. Malgr\u00e9 leur duret\u00e9, elles nourrissent parfaitement les animaux, sans aucune esp\u00e8ce de pr\u00e9paration. Nous trouvons les m\u00eames diff\u00e9rences dans le jardin tr\u00e8s-fertile des saintes \u00c9critures\u2009; il y a des passages d\u2019une admirable clart\u00e9 qui n\u2019ont besoin d\u2019aucune interpr\u00e9tation. Les paroles en sont si lumineuses qu\u2019elles \u00e9clairent et nourrissent tous ceux qui les entendent. Telles sont celles-ci : \u00ab\u2009<em>\u00c9coute Isra\u00ebl : Le Seigneur ton Dieu est seul Dieu\u2009<\/em>\u00bb (Deut., VI, 4)\u2009; et encore : \u00ab\u2009<em>Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton c\u0153ur, de toute ton \u00e2me, de toutes tes forces.<\/em>\u2009\u00bb (Ibid., 5.) D\u2019autres fois, si le sens all\u00e9gorique n\u2019\u00e9tait pas expliqu\u00e9, si le feu d\u2019une pieuse m\u00e9ditation ne l\u2019adoucissait pas, l\u2019homme int\u00e9rieur n\u2019y trouverait pas une nourriture salutaire, et il en r\u00e9sulterait plus de mal que de bien. Tels sont ces passages : \u00ab\u2009<em>Ceignez vos reins, et portez des lampes ardentes.<\/em>\u2009\u00bb (S. Luc, XII, 35.) \u00ab\u2009<em>Que celui qui n\u2019a pas d\u2019\u00e9p\u00e9e vende sa tunique et en ach\u00e8te.<\/em>\u2009\u00bb (S. Luc, XXII, 36.) \u00ab\u2009<em>Celui qui ne prend pas sa croix pour me suivre, n\u2019est pas digne de moi.<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., X, 38.) Quelques religieux tr\u00e8s-aust\u00e8res, qui \u00e9taient z\u00e9l\u00e9s, mais non pas selon la science, prirent ces paroles \u00e0 la lettre, et se firent des croix qu\u2019ils portaient sans cesse sur leurs \u00e9paules, se rendant ainsi ridicules au lieu d\u2019\u00e9difier les autres.<\/p>\n<p>Quelques textes peuvent \u00eatre pris \u00e0 la fois dans un sens figur\u00e9 ou dans un sens litt\u00e9ral, ou des deux mani\u00e8res\u2009; ils sont pour l\u2019\u00e2me une bonne nourriture. Il est dit, par exemple : \u00ab\u2009<em>Si quelqu\u2019un vous frappe sur la joue droite, pr\u00e9sentez-lui aussi la gauche.<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., II, 39.) \u00ab<em>\u2009Quand on vous pers\u00e9cutera dans une ville, fuyez dans une autre.<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., X, 23.) \u00ab\u2009<em>Si vous voulez \u00eatre parfaits, vendez tout ce que vous avez et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un tr\u00e9sor dans le ciel. Venez, et suivez-moi.\u2009<\/em>\u00bb (S. Matth., XIX, 26.) L\u2019\u00c9criture produit aussi de l\u2019herbe pour les animaux\u2009; elle offre, comme de Kong p\u00e2turages, des choses simples et faciles \u00e0 comprendre pour ceux qui ne sont pas capables de recevoir des enseignements plus \u00e9lev\u00e9s\u2009; selon cette parole : \u00ab\u2009<em>Vous sauverez, Seigneur, les hommes et les animaux.\u2009<\/em>\u00bb (Ps. XXXV, 7.) Ils y trouvent une nourriture proportionn\u00e9e \u00e0 leur \u00e9tat, et ils y puisent la force et la vigueur n\u00e9cessaires aux travaux de leur vie active.<\/p>\n<p><strong>4.<\/strong> Ainsi, lorsque nous trouvons des textes d\u2019un sens \u00e9vident, nous pouvons les commenter et en parler en toute assurance\u2009; mais lorsque nous en trouvons d\u2019autres, que l\u2019Esprit-Saint a voulu r\u00e9server \u00e0 notre m\u00e9ditation et \u00e0 notre \u00e9tude laborieuse et incertaine, nous devons avancer pas \u00e0 pas, et ne rien d\u00e9cider trop hardiment, de mani\u00e8re que celui qui parle et celui qui \u00e9coute conservent toute leur libert\u00e9\u2009; car il arrive souvent qu\u2019en donnant des sens diff\u00e9rents, chacun peut avoir raison et ne pas blesser la foi\u2009; les deux explications \u00e9tant possibles, sans \u00eatre contradictoires et sans \u00eatre contraires aux croyances de l\u2019\u00c9glise. Il est dit, par exemple, qu\u2019\u00c9lie est venu dans la personne de saint Jean-Baptiste, et qu\u2019il doit encore pr\u00e9c\u00e9der l\u2019av\u00e8nement du Christ (S. Matth., XI)\u2009; ou encore : que l\u2019abomination de la d\u00e9solation r\u00e8gnerait dans le lieu saint, \u00e0 cause de cette idole de Jupiter, qui fut mise dans le temple de J\u00e9rusalem, et qui doit \u00eatre aussi dans l\u2019\u00c9glise \u00e0 la venue de l\u2019Antechrist. (Dan., IX. \u2014 S. Matth., XXIV.) Tout ce qui suit dans l\u2019\u00c9vangile peut \u00e9galement s\u2019appliquer \u00e0 la prise de J\u00e9rusalem, et \u00e0 la fin du monde\u2009; ces deux opinions ne se combattent pas, et la premi\u00e8re ne d\u00e9truit pas la seconde.<\/p>\n<p><strong>5.<\/strong> C\u2019est pourquoi, comme la question que vous me faites n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 souvent agit\u00e9e parmi les hommes, et que bien peu peuvent la r\u00e9soudre avec \u00e9vidence, ce que nous dirons para\u00eetra peut-\u00eatre douteux \u00e0 plusieurs. Nous devons parler avec prudence\u2009; nous n\u2019avancerons rien de contraire au dogme de la sainte Trinit\u00e9\u2009; nous ne proposerons que des choses probables, nous appuyant non-seulement sur nos conjectures et nos raisonnements, mais encore sur les t\u00e9moignages des saintes \u00c9critures.<\/p>\n<p><strong>6.<\/strong> Gardons-nous donc de croire que Dieu a cr\u00e9\u00e9 quelque chose de substantiellement mauvais, puisque l\u2019\u00c9criture dit : \u00ab<em>\u2009Tout ce que Dieu a fait est tr\u00e8s-bon.<\/em>\u2009\u00bb (Gen., I.) Car si nous disions que les d\u00e9mons ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s tels qu\u2019ils sont maintenant, dans leurs divers degr\u00e9s de malice, pour qu\u2019ils puissent tromper et perdre les hommes, nous insulterions Dieu, en le regardant, malgr\u00e9 le t\u00e9moignage des saintes \u00c9critures, comme le cr\u00e9ateur et l\u2019inventeur de tout mal, puisqu\u2019il aurait fait des volont\u00e9s et des natures mauvaises, qui auraient pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 n\u00e9cessairement dans le mal, sans pouvoir jamais incliner vers le bien. Voici comment la tradition des P\u00e8res nous explique, d\u2019apr\u00e8s les saintes \u00c9critures, la diff\u00e9rence qui existe entre les d\u00e9mons.<\/p>\n<p><strong>7.<\/strong> Avant la cr\u00e9ation de ce monde visible, Dieu cr\u00e9a les puissances spirituelles et c\u00e9lestes, afin qu\u2019elles fussent capables de conna\u00eetre la bont\u00e9 du Cr\u00e9ateur, qui les avait tir\u00e9es du n\u00e9ant, et qu\u2019elles fussent sans cesse occup\u00e9es \u00e0 lui en rendre d\u2019\u00e9ternelles actions de gr\u00e2ce. Aucun fid\u00e8le ne peut en douter\u2009; nous ne devons pas croire que Dieu ait commenc\u00e9 son couvre par la cr\u00e9ation de ce monde, et que dans les si\u00e8cles innombrables qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, sa providence et sa sagesse soient rest\u00e9es oisives, vivant solitaire en lui-m\u00eame, sans avoir aucun \u00eatre sur lequel il ait pu r\u00e9pandre les tr\u00e9sors de sa gr\u00e2ce et de sa bont\u00e9. Ce serait l\u00e0 une pens\u00e9e indigne de son incompr\u00e9hensible et infinie majest\u00e9. Dieu dit lui-m\u00eame de ces puissances : \u00ab\u2009<em>Quand les astres ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s ensemble, tous mes anges ont \u00e9lev\u00e9 la voix pour me louer.<\/em>\u2009\u00bb (Job, XXXVIII, 7.) Ces t\u00e9moins de la cr\u00e9ation des astres \u00e9taient \u00e9videmment cr\u00e9\u00e9s avant le ciel et la terre, puisque, en les voyant sortir du n\u00e9ant, ils \u00e9clat\u00e8rent en louanges et en admiration pour leur Cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas douteux qu\u2019avant ce commencement des temps, dont parle Mo\u00efse, et qui, selon la lettre et le sens juda\u00efque, d\u00e9signe le premier \u00e2ge du monde, et, selon nous, signifie le Christ, principe de toutes choses, que Dieu a cr\u00e9\u00e9 par lui, selon cette parole : \u00ab\u2009<em>Tout a \u00e9t\u00e9 fait par lui, et rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait sans lui\u2009<\/em>\u00bb (S. Jean, I, 3)\u2009; il n\u2019est pas douteux, dis-je, que Dieu n\u2019e\u00fbt cr\u00e9\u00e9, avant ce commencement de la Gen\u00e8se, toutes les puissances et les vertus c\u00e9lestes. L\u2019Ap\u00f4tre les \u00e9num\u00e8re ainsi par ordre : \u00ab\u2009<em>Tout a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en J\u00e9sus-Christ, soit dans le ciel, soit sur la terre, visibles ou invisibles : les anges, les archanges, les tr\u00f4nes, les dominations, les principaut\u00e9s, les puissances\u2009; tout a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par lui et en lui.\u2009<\/em>\u00bb (Coloss., I, 16.)<\/p>\n<p><strong>8.<\/strong> Nous voyons, par les Proph\u00e8tes, que beaucoup tomb\u00e8rent. \u00c9z\u00e9chiel et Isa\u00efe les pleurent sous la figure du prince de Tyr ou de Lucifer, qui brillait au matin. Dieu, dit \u00e0 \u00c9z\u00e9chiel :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u2009Fils de l\u2019homme, pleure sur le prince de Tyr, et dis-lui : Voici ce que dit le Seigneur : Tu \u00e9tais le sceau de sa ressemblance, plein de sagesse et d\u2019une beaut\u00e9 parfaite, dans les d\u00e9lices du paradis de Dieu : toutes les pierres pr\u00e9cieuses couvraient ton v\u00eatement : la sardoine, la topaze, le jaspe, la chrysolithe, l\u2019onyx, le b\u00e9ril, le saphir, l\u2019escarboucle, l\u2019\u00e9meraude et l\u2019or \u00e9taient employ\u00e9s pour en relever l\u2019\u00e9clat, et tous les instruments \u00e9taient pr\u00e9par\u00e9s pour le jour o\u00f9 tu avais \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9. Tu \u00e9tais un ch\u00e9rubin qui \u00e9tendait ses ailes, et en prot\u00e9geait d\u2019autres. Je t\u2019avais \u00e9tabli sur la sainte montagne de Dieu, et tu marchais au milieu des pierres \u00e9blouissantes. Tu \u00e9tais parfait dans tes voies, depuis le jour de ta cr\u00e9ation, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019iniquit\u00e9 s\u2019est trouv\u00e9e en toi. Dans l\u2019abondance de tes richesses, tu as laiss\u00e9 le mal p\u00e9n\u00e9trer en toi, et tu as p\u00e9ch\u00e9, et je t\u2019ai chass\u00e9 de la montagne de Dieu\u2009; et je t\u2019ai perdu, oh\u2009! ch\u00e9rubin qui dominait les autres, et je t\u2019ai retranch\u00e9 du milieu des pierres \u00e9blouissantes. Ton c\u0153ur s\u2019est enfl\u00e9 dans ta beaut\u00e9\u2009; ton \u00e9clat t\u2019a fait perdre la sagesse\u2009; je t\u2019ai jet\u00e9 par terre, je t\u2019ai humili\u00e9 en la pr\u00e9sence des rois, afin qu\u2019ils te consid\u00e9rassent. Tu as souill\u00e9 ta saintet\u00e9 par la multitude de tes iniquit\u00e9s, et par l\u2019orgueil de tes pens\u00e9es.\u2009\u00bb (\u00c9z\u00e9ch., XXVIII, 11.) Isa\u00efe a dit d\u2019un autre : \u00ab\u2009Comment es-tu tomb\u00e9 du ciel, Lucifer, toi qui brillais le matin. Tu es renvers\u00e9 par terre, toi qui frappais les nations\u2009; tu disais dans ton c\u0153ur : Je monterai au ciel, et j\u2019\u00e9l\u00e8verai mon tr\u00f4ne au-dessus des astres de Dieu. Je m\u2019assi\u00e9rai sur la montagne de l\u2019Alliance, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019aquilon. Je monterai sur la hauteur des nu\u00e9es, et je serai semblable au Tr\u00e8s-Haut.\u2009\u00bb (Is., XIV,12.)<\/p><\/blockquote>\n<p>Et l\u2019\u00c9criture nous apprend qu\u2019il n\u2019est pas tomb\u00e9 seul du fa\u00eete de cette f\u00e9licit\u00e9 parfaite, puisqu\u2019elle dit que le dragon a entra\u00een\u00e9 avec lui la troisi\u00e8me partie des \u00e9toiles. (Apoc., XII.) Saint Jude dit encore clairement que pour les anges qui n\u2019ont pas conserv\u00e9 leur puissance, et qui ont abandonn\u00e9 leur \u00e9tat, Dieu les r\u00e9serve pour le grand jour du jugement, au milieu des t\u00e9n\u00e8bres et dans des cha\u00eenes \u00e9ternelles. (S. Jude, \u00c9p. canon.) Et il nous est dit \u00e0 nous-m\u00eames : \u00ab\u2009<em>Vous mourrez comme des hommes, et vous tomberez comme un de ces princes.\u2009<\/em>\u00bb (Ps. LXXXI, 7.) N\u2019est-ce pas une preuve que beaucoup de princes sont tomb\u00e9s\u2009?<\/p>\n<p>Ces passages nous font comprendre la raison de cette diversit\u00e9 qui se trouve parmi les d\u00e9mons comme elle existe dans les diff\u00e9rents ordres de la hi\u00e9rarchie c\u00e9leste. Ils ont conserv\u00e9 dans leur chute cette vari\u00e9t\u00e9 de degr\u00e9s o\u00f9 ils avaient \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s\u2009; ils continuent entre eux \u00e0 imiter cette organisation des anges qui ont pers\u00e9v\u00e9r\u00e9, et leurs noms expriment maintenant le degr\u00e9 de leur malice, au lieu d\u2019indiquer le degr\u00e9 de leur saintet\u00e9.<\/p>\n<p><strong>9.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent nous avions cru que la cause, le principe du p\u00e9ch\u00e9 qui s\u00e9para le d\u00e9mon de la soci\u00e9t\u00e9 des anges \u00e9tait l\u2019envie, qui lui fit tromper Adam et \u00c8ve.<\/p>\n<p><strong>10.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. La lecture de la Gen\u00e8se montre bien que ce ne fut pas l\u00e0 le commencement de sa pr\u00e9varication et de sa chute\u2009; car, avant de les avoir s\u00e9duits, il portait d\u00e9j\u00e0 le nom de serpent. \u00ab\u2009<em>Le serpent, dit l\u2019\u00c9criture, \u00e9tait le plus sage, ou, selon le texte h\u00e9breu, \u00e9tait le plus rus\u00e9 de tous les animaux de la terre que Dieu avait cr\u00e9\u00e9s<\/em>. \u00bb (Gen\u00e8se, III, 1.) Vous voyez donc qu\u2019avant la faute du premier homme, il s\u2019\u00e9tait s\u00e9par\u00e9 de la saintet\u00e9 des anges, puisque non-seulement il m\u00e9ritait le titre honteux de serpent, mais qu\u2019il passait pour le plus m\u00e9chant des animaux de la terre. La sainte \u00c9criture ne se serait jamais servie de ce mot pour d\u00e9signer un bon ange, et elle n\u2019e\u00fbt jamais dit, en parlant d\u2019un de ces esprits bienheureux : Le serpent \u00e9tait le plus rus\u00e9 des animaux de la terre. Ce nom ne peut convenir ni \u00e0 saint Michel, ni \u00e0 saint Gabriel, ni m\u00eame \u00e0 un homme de bien. Ce nom de serpent et cette comparaison avec les b\u00eates r\u00e9pugnent \u00e0 la dignit\u00e9 d\u2019un ange, et ne peuvent exprimer que la perfidie du d\u00e9mon.<\/p>\n<p>Cette envie et ses artifices \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019homme qu\u2019il voulait tromper, a pour cause une chute ant\u00e9rieure\u2009; il ne pouvait souffrir qu\u2019un homme, qu\u2019il venait de voir form\u00e9 du limon de la terre, f\u00fbt appel\u00e9 \u00e0 cette gloire dont il \u00e9tait tomb\u00e9 lui-m\u00eame. Ainsi, sa premi\u00e8re chute fut caus\u00e9e par son orgueil, et lui m\u00e9rita le nom de serpent. La seconde fut caus\u00e9e par l\u2019envie\u2009; il avait encore en lui quelque chose de sage, puisqu\u2019il \u00e9tait capable de communiquer et de s\u2019entretenir avec l\u2019homme\u2009; mais la sentence de Dieu le fit descendre plus bas. Il pouvait autrefois marcher droit et la t\u00e8te lev\u00e9e\u2009; il fut condamn\u00e9 \u00e0 ramper sur la terre et \u00e0 s\u2019en nourrir, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 se repa\u00eetre des vices et des \u0153uvres de la terre. Dieu d\u00e9voila sa haine secr\u00e8te et mit entre lui et l\u2019homme cette inimiti\u00e9 utile et cette salutaire horreur, afin que, reconnu pour un ennemi dangereux, il ne p\u00fbt tromper l\u2019homme par ses ruses et ses caresses.<\/p>\n<p><strong>11.<\/strong> Mais ce qui doit nous faire fuir surtout ses mauvais conseils, c\u2019est que, quoiqu\u2019il ait re\u00e7u le ch\u00e2timent de sa malice, celui qui s\u2019est laiss\u00e9 s\u00e9duire est \u00e9galement puni, \u00e0 un degr\u00e9 moindre cependant que son s\u00e9ducteur. C\u2019est ce que nous voyons clairement dans l\u2019exemple que nous citons : Adam qui a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit, ou plut\u00f4t selon saint Paul (I Tim., II, 14), qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit, mais qui a \u00e9t\u00e9 trop faible pour la femme s\u00e9duite et qui a consenti malheureusement \u00e0 son p\u00e9ch\u00e9\u2009; Adam a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 travailler, \u00e0 la sueur de son front, cette terre st\u00e9rile qui avait \u00e9t\u00e9 maudite, tandis qu\u2019il ne l\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame. Eve, qui avait persuad\u00e9 Adam, fut punie de sa faute par des douleurs et des g\u00e9missements sans nombre, et par sa d\u00e9pendance perp\u00e9tuelle. Mais le serpent, qui avait \u00e9t\u00e9 la cause premi\u00e8re de leur p\u00e9ch\u00e9, fut frapp\u00e9 lui-m\u00eame d\u2019une \u00e9ternelle mal\u00e9diction. Nous devons \u00e9viter avec un grand soin les mauvais conseils\u2009; car si celui qui les donne est puni, celui qui les \u00e9coute n\u2019est pas pour cela sans p\u00e9ch\u00e9 et sans ch\u00e2timent.<\/p>\n<p><strong>12.<\/strong> La quantit\u00e9 des esprits mauvais qui remplissent l\u2019espace entre le ciel et la terre, et qui s\u2019y agitent dans une action continuelle, est si consid\u00e9rable que la divine Providence n\u2019a pas heureusement permis que nous puissions les apercevoir. La crainte de leur rencontre, la laideur des formes qu\u2019ils prennent \u00e0 volont\u00e9, nous auraient jet\u00e9s dans des angoisses inexprimables, et notre corps n\u2019e\u00fbt pu supporter un si hideux spectacle\u2009; ou bien l\u2019exemple continuel de leur malice aurait pu nous porter \u00e0 les imiter, et il se serait \u00e9tabli entre les hommes et les puissances impures de l\u2019air une union et une familiarit\u00e9 tr\u00e8s-dangereuses. Les crimes qui se commettent parmi les hommes sont du moins cach\u00e9s\u2009; le secret des maisons, la distance des lieux, la honte de la pudeur les couvrent souvent d\u2019un voile\u2009; mais si nous pouvions voir les d\u00e9sordres des d\u00e9mons, nous serions bien plus port\u00e9s au mal, puisque nous aurions sans cesse sous les yeux les crimes qu\u2019ils ne cessent de commettre\u2009; car leur volont\u00e9 perverse n\u2019est arr\u00eat\u00e9e ni par l\u2019\u00e9puisement de la chair, ni par les soins de la famille, ni par la pr\u00e9paration de la nourriture\u2009; ils ne connaissent pas ces obstacles qui nous emp\u00eachent souvent de satisfaire nos coupables pens\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>13.<\/strong> Il est certain que ces esprits ont entre eux des combats semblables \u00e0 ceux qu\u2019ils cherchent \u00e0 exciter parmi les hommes. Ils sont divis\u00e9s au sujet des peuples avec lesquels ils \u00e9tablissent des rapports intimes. Nous en avons une preuve \u00e9vidente dans la vision du proph\u00e8te Daniel. L\u2019ange Gabriel lui dit : \u00ab<em>\u2009Ne craignez pas, Daniel, car d\u00e8s le premier jour que vous avez r\u00e9solu, dans votre c\u0153ur, de g\u00e9mir en la pr\u00e9sence de votre Dieu, vos pri\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9es, et je suis venu \u00e0 votre parole. Mais le prince du royaume (les Perses m\u2019a r\u00e9sist\u00e9 pendant vingt et un jours, et voici que Michel, un des premiers princes, est venu \u00e0 mon secours, et je suis rest\u00e9 ici pr\u00e8s du roi des Perses. Je suis donc venu pour vous apprendre ce qui arrivera \u00e0 votre peuple dans les derniers temps.<\/em>\u2009\u00bb (Daniel, X, 12.) Ce prince du royaume des Perses \u00e9tait \u00e9videmment un esprit de malice, qui favorisait la nation des Perses, ennemie du peuple de Dieu\u2009; il s\u2019opposait \u00e0 l\u2019archange Gabriel, qui avait re\u00e7u l\u2019ordre d\u2019accomplir ce que le proph\u00e8te avait demand\u00e9 \u00e0 Dieu, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de son peuple. Il ne voulait pas souffrir que Daniel f\u00fbt consol\u00e9 dans son affliction, et assist\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir fortifier le peuple de Dieu, auquel l\u2019archange pr\u00e9sidait\u2009; cet archange dit m\u00eame que la lutte a \u00e9t\u00e9 si violente, qu\u2019il n\u2019a pu la terminer sans le secours de saint Michel, qui a combattu le prince des Perses, qui l\u2019a d\u00e9fendu contre ses attaques, et lui a permis de venir assister le proph\u00e8te apr\u00e8s vingt et un jours.<\/p>\n<p>Daniel ajoute ensuite : \u00ab\u2009<em>Et l\u2019ange me dit : Savez-vous pourquoi je suis venu vers vous\u2009? Et maintenant je retournerai pour combattre le prince des Perses\u2009; car lorsque je sortais, le prince des Grecs est venu \u00e0 para\u00eetre : mais je vous annoncerai ce qui est marqu\u00e9 dans l\u2019\u00c9criture de la v\u00e9rit\u00e9, et nul ne m\u2019assiste dans ces choses, si ce n\u2019est Michel, qui est votre prince<\/em>\u2009\u00bb (Daniel, X, 20)\u2009; et ailleurs (chap. XII, 1) : \u00ab\u2009<em>En ce temps, le grand prince Michel s\u2019\u00e9l\u00e8vera pour d\u00e9fendre les enfants de votre peuple.\u2009<\/em>\u00bb Nous voyons donc qu\u2019il y avait un prince des Grecs favorable \u00e0 cette nation qui lui \u00e9tait soumise et oppos\u00e9e \u00e0 la fois, \u00e0 la nation des Perses et au peuple d\u2019Isra\u00ebl. Ce qui nous montre clairement que dans les guerres qu\u2019ils excitent entre les nations, ces puissances de l\u2019air sont elles-m\u00eames divis\u00e9es, qu\u2019elles se r\u00e9jouissent de leurs victoires et s\u2019affligent de leurs d\u00e9faites, et qu\u2019elles ne peuvent, par cons\u00e9quent, \u00eatre d\u2019accord ensemble, puisqu\u2019elles se passionnent pour et contre ceux qu\u2019ils gouvernent.<\/p>\n<p><strong>14.<\/strong> Outre les raisons que nous venons d\u2019exposer, nous pouvons donner une autre preuve de leur puissance ou de leur principaut\u00e9 : ils exercent un certain empire, ou sur les nations qu\u2019ils dominent, ou sur des esprits inf\u00e9rieurs, qui forment des l\u00e9gions, comme ils le reconnaissent eux-m\u00eames dans l\u2019\u00c9vangile. (S. Luc, VIII.) On ne pourrait pas les appeler dominations, s\u2019ils ne pouvaient exercer sur quelqu\u2019un leur domination, ni puissances ou principaut\u00e9s, s\u2019ils n\u2019avaient sur d\u2019autres aucun pouvoir. Les blasph\u00e8mes des pharisiens en sont une preuve dans l\u2019\u00c9vangile. C\u2019est au nom de B\u00e9elz\u00e9bub, prince des d\u00e9mons, disent-ils, qu\u2019il chasse les d\u00e9mons. (S. Malth., XII, 24.) Ne les voyons-nous pas appel\u00e9s aussi les princes des t\u00e9n\u00e8bres\u2009? (Eph., VI, 12.) Et un autre est nomm\u00e9 le prince de ce monde. (S. Jean, XIV, 30.) L\u2019Ap\u00f4tre cependant nous apprend que ces degr\u00e9s n\u2019existeront plus un jour, lorsque tout sera soumis au Christ, lorsqu\u2019il aura livr\u00e9 son royaume \u00e0 Dieu son P\u00e8re, et qu\u2019il aura d\u00e9truit toute principaut\u00e9, toute puissance et toute domination. (I Cor., XV, 24.) Ce qui ne pourra se faire qu\u2019en d\u00e9livrant de leur tyrannie ceux sur lesquels ils exercent maintenant leur puissance, leur domination ou leur principaut\u00e9.<\/p>\n<p><strong>15.<\/strong> Personne ne doute que les noms des bons anges n\u2019indiquent leurs fonctions, leurs m\u00e9rites ou leur dignit\u00e9 : car les uns sont appel\u00e9s Anges ou messagers, parce qu\u2019ils sont charg\u00e9s d\u2019annoncer les ordres de Dieu\u2009; les autres Archanges, parce qu\u2019ils sont au-dessus des anges\u2009; les autres Dominations, parce qu\u2019ils dominent sur quelques esprits\u2009; les autres Principaut\u00e9s, parce qu\u2019ils ont une certaine puissance\u2009; d\u2019autres aussi sont appel\u00e9s Tr\u00f4nes, parce qu\u2019ils sont si attach\u00e9s \u00e0 Dieu, si unis, si intimes avec lui, que la Majest\u00e9 divine semble se reposer plus particuli\u00e8rement en eux et s\u2019y plaire comme sur un tr\u00f4ne.<\/p>\n<p><strong>16.<\/strong> Outre ce t\u00e9moignage des saintes \u00c9critures qui prouve que les d\u00e9mons sont gouvern\u00e9s par des d\u00e9mons plus m\u00e9chants qu\u2019eux, et la r\u00e9ponse de Notre-Seigneur qui repousse les calomnies des pharisiens : \u00ab\u2009<em>Si je chasse les d\u00e9mons au nom de B\u00e9elz\u00e9bub, prince des d\u00e9mons<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., XII, 24), nous avons encore des visions certaines et l\u2019exp\u00e9rience des saints sur ce sujet. Un de nos fr\u00e8res, voyageant dans cette solitude, trouva une caverne vers le soir et voulut s\u2019y arr\u00eater pour y r\u00e9citer l\u2019office des V\u00eapres. Pendant qu\u2019il chantait les Psaumes selon l\u2019usage, le milieu de la nuit arriva : lorsqu\u2019il eut fini et qu\u2019il se disposait \u00e0 prendre un peu de repos, il aper\u00e7ut tout \u00e0 coup des troupes nombreuses de d\u00e9mons qui arrivaient, avan\u00e7ant en ordre, pr\u00e9c\u00e9dant et suivant leur prince. Cette \u00e9trange procession dura longtemps. Son chef, qui \u00e9tait plus grand et plus terrible que les autres, s\u2019arr\u00eata enfin\u2009; on \u00e9leva son tr\u00f4ne et il s\u2019y assit comme sur un tribunal.<\/p>\n<p>Il se mit \u00e0 examiner et \u00e0 discuter les actes de chacun\u2009; il injuriait et chassait de sa pr\u00e9sence, comme des l\u00e2ches et des ignorants, ceux qui confessaient n\u2019avoir pu r\u00e9ussir \u00e0 tromper les personnes qu\u2019ils \u00e9taient charg\u00e9s de tenter, et il leur reprochait, tout en fureur, le temps qu\u2019ils avaient perdu. Ceux qui annon\u00e7aient, au contraire, avoir s\u00e9duit les hommes qu\u2019ils devaient tromper, recevaient les plus grands \u00e9loges\u2009; il les accueillait avec joie et faveur, et les proposait \u00e0 tous comme des mod\u00e8les d\u2019intelligence et de courage. Un d\u00e9mon plus m\u00e9chant que les autres se pr\u00e9senta, l\u2019air tout joyeux et comme apportant la nouvelle d\u2019un grand triomphe, il nomma un solitaire tr\u00e8s \u2014 connu et d\u00e9clara qu\u2019apr\u00e8s l\u2019avoir tent\u00e9 pendant quinze ans, il l\u2019avait enfin vaincu et l\u2019avait fait tomber, cette nuit m\u00eame, dans le p\u00e9ch\u00e9 d\u2019impuret\u00e9\u2009; que non-seulement il l\u2019avait pouss\u00e9 \u00e0 commettre le mal avec une personne consacr\u00e9e \u00e0 Dieu, mais qu\u2019il l\u2019avait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 la prendre pour sa femme. Il y eut alors des cris de joie dans l\u2019assembl\u00e9e. Le prince des t\u00e9n\u00e8bres exalta le vainqueur et le renvoya combl\u00e9 de louanges.<\/p>\n<p>Cependant l\u2019aurore commen\u00e7ait \u00e0 para\u00eetre, et cette multitude de d\u00e9mons s\u2019\u00e9vanouit. Le solitaire ne crut pas d\u2019abord le r\u00e9cit de l\u2019esprit impur\u2009; il le repoussa comme un de ces mensonges ordinaires, invent\u00e9s pour nuire \u00e0 la r\u00e9putation d\u2019un religieux. Il se souvenait de cette parole de l\u2019\u00c9vangile : \u00ab\u2009<em>Il n\u2019est pas demeur\u00e9 dans la v\u00e9rit\u00e9, parce que la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas en lui\u2009; lorsqu\u2019il dit des mensonges, il parle de lui-m\u00eame, parce qu\u2019il est menteur et p\u00e8re du mensonge.<\/em>\u2009\u00bb (S, Jean, VIII, 44.) II se rendit \u00e0 Peluse, o\u00f9 il savait que demeurait le religieux accus\u00e9 par le d\u00e9mon, Il le connaissait tr\u00e8s-particuli\u00e8rement, et quand il demanda de ses nouvelles, il apprit que, la nuit m\u00eame o\u00f9 le d\u00e9mon avait annonc\u00e9 au prince des t\u00e9n\u00e8bres et \u00e0 son assembl\u00e9e la chute de ce solitaire, il avait, en effet, quitt\u00e9 son monast\u00e8re et qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 il avait mis\u00e9rablement p\u00e9ch\u00e9 avec la vierge d\u00e9sign\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>17.<\/strong> L\u2019\u00c9criture nous montre que chacun de nous a deux anges, l\u2019un bon, l\u2019autre mauvais. Le Sauveur parle des bons lorsqu\u2019il dit : \u00ab\u2009<em>Ne m\u00e9prisez pas un de ces petits\u2009; car, je vous le dis, leurs anges voient toujours dans le ciel la face de mon P\u00e8re c\u00e9leste.<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., XVIII, 10.) Il est dit encore : \u00ab\u2009<em>L\u2019ange du Seigneur veillera autour de ceux qui craignent Dieu et les d\u00e9livrera.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. XXVIII, 8.) N\u2019est-il pas dit de saint Pierre dans les Actes des Ap\u00f4tres (XII, 7) : \u00ab\u2009<em>Ce n\u2019est pas lui, c\u2019est son ange\u2009?<\/em>\u2009\u00bb Le livre du Pasteur nous parle d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s-pr\u00e9cise des deux anges. Si nous consid\u00e9rons celui qui tourmentait Job, nous verrons qu\u2019il \u00e9tait charg\u00e9 de le tenter et de le faire p\u00e9cher\u2009; mais il \u00e9tait oblig\u00e9 de demander \u00e0 Dieu le pouvoir sur lui, car il savait que sans cela, il serait toujours vaincu par la vertu qui le prot\u00e9geait. Il est dit \u00e9galement de Judas : \u00ab\u2009<em>Et le d\u00e9mon se tenait toujours \u00e0 sa droite.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. CVIII, 6.)<\/p>\n<p><strong>18.<\/strong> La diff\u00e9rence qui existe entre les d\u00e9mons est encore prouv\u00e9e par ce qu\u2019on rapporte de ces deux philosophes qui s\u2019adonnaient \u00e0 la magie, et qui \u00e9prouv\u00e8rent si souvent la faiblesse ou la force de leur malice. Ils m\u00e9prisaient le bienheureux Antoine comme un homme sans science et sans sagesse, et ils r\u00e9solurent de le chasser au moins de sa cellule par leurs enchantements, s\u2019ils ne pouvaient lui nuire davantage. Ils \u00e9taient jaloux de la multitude de personnes qui venaient chaque jour consulter le serviteur de Dieu, et ils lui envoy\u00e8rent, pour le tourmenter, une troupe nombreuse de d\u00e9mons. Antoine eut recours au signe de la Croix, qu\u2019il fit sur son front et sur sa poitrine, et il se mit humblement en pri\u00e8res. Les d\u00e9mons les plus audacieux n\u2019os\u00e8rent pas approcher et retourn\u00e8rent vers les philosophes sans aucun succ\u00e8s. Ceux-ci redoubl\u00e8rent d\u2019efforts et en envoy\u00e8rent de plus m\u00e9chants qui ne r\u00e9ussirent pas davantage\u2009; ils \u00e9voqu\u00e8rent inutilement contre le soldat victorieux du Christ les puissances les plus terribles de l\u2019enfer\u2009; tous leurs efforts, toutes leurs pratiques magiques ne servirent qu\u2019\u00e0 leur prouver qu\u2019il y avait une grande vertu dans la religion chr\u00e9tienne, puisque tous les enchantements qu\u2019ils croyaient capables d\u2019obscurcir le soleil et la lune, n\u2019avaient pu non-seulement faire le moindre mal \u00e0 un solitaire, mais m\u00eame le contraindre \u00e0 sortir un instant de sa cellule.<\/p>\n<p><strong>19.<\/strong> Ces philosophes, pleins d\u2019admiration, vinrent trouver l\u2019abb\u00e9 Antoine, lui racont\u00e8rent la guerre qu\u2019ils lui avaient faite et la cause de leur jalousie, et ils lui d\u00e9clar\u00e8rent qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 se faire chr\u00e9tiens. Le saint leur demanda quel avait \u00e9t\u00e9 le jour de leur tentative, et il leur avoua que, ce jour-l\u00e0, il avait \u00e9t\u00e9, en effet, tourment\u00e9 par des pens\u00e9es tr\u00e8s-p\u00e9nibles.<\/p>\n<p>Cet exemple prouve la v\u00e9rit\u00e9 de ce que nous disions dans notre derni\u00e8re conf\u00e9rence. L\u2019exp\u00e9rience du bienheureux Antoine montre que les d\u00e9mons ne peuvent rien sur l\u2019esprit et le corps des hommes, et qu\u2019ils sont incapables d\u2019envahir leur \u00e2me, \u00e0 moins d\u2019en bannir d\u2019abord les saintes pens\u00e9es, et de l\u2019avoir priv\u00e9e des secours de la pri\u00e8re et de la contemplation. Il faut savoir cependant que les esprits impurs ob\u00e9issent aux hommes de deux mani\u00e8res : ou ils sont assujettis, par la gr\u00e2ce et la vertu divines, au pouvoir des saints, ou ils sont attir\u00e9s par les sacrifices et les \u00e9vocations des impies qu\u2019ils servent alors comme des amis. C\u2019est cette croyance qui trompait les pharisiens, lorsqu\u2019ils accusaient Notre-Seigneur de commander aux d\u00e9mons : \u00ab\u2009<em>C\u2019est au nom de B\u00e9elz\u00e9bub, prince des d\u00e9mons, disent-ils, qu\u2019il chasse les d\u00e9mons<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., XII, 24), s\u2019imaginant que le Sauveur employait les m\u00eames moyens que les magiciens, qui invoquent le nom du d\u00e9mon et lui font des sacrifices agr\u00e9ables, afin d\u2019obtenir un certain pouvoir sur les d\u00e9mons inf\u00e9rieurs qui lui sont soumis.<\/p>\n<p><strong>20.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. La Providence a permis qu\u2019on l\u00fbt ce matin un passage de la Gen\u00e8se, sur lequel nous avons toujours d\u00e9sir\u00e9 avoir des explications. Que faut-il croire au sujet de ces anges apostats dont il est dit qu\u2019ils \u00e9pous\u00e8rent les filles des hommes\u2009? (Gen\u00e8se, VI.) Cela peut-il se prendre \u00e0 la lettre et convenir \u00e0 leur nature spirituelle\u2009? Comment faut-il entendre ce texte de l\u2019\u00c9vangile que vous avez cit\u00e9 : \u00ab<em>\u2009Il est menteur et p\u00e8re du mensonge.<\/em>\u2009\u00bb Que penser de cette paternit\u00e9\u2009?<\/p>\n<p><strong>21.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Vous me faites deux questions difficiles\u2009; je t\u00e2cherai d\u2019y r\u00e9pondre dans l\u2019ordre que volis m\u2019avez propos\u00e9. Il ne faut certainement pas croire que des natures spirituelles puissent \u00e9pouser des femmes. Si cette alliance s\u2019\u00e9tait faite autrefois, pourquoi ne se renouvellerait-elle pas encore maintenant\u2009? Les d\u00e9mons qui poussent les hommes \u00e0 l\u2019impuret\u00e9, s\u2019y livreraient eux-m\u00eames si leur nature en \u00e9tait capable. L\u2019Eccl\u00e9siaste a dit : \u00ab\u2009<em>Qu\u2019est-ce qui a \u00e9t\u00e9\u2009? Ce qui est encore. Qu\u2019est-ce qui s\u2019est fait\u2009? Ce qui se fera. Il n\u2019y a rien de nouveau sous le soleil, dont on puisse dire : Cela est nouveau et n\u2019existait pas dans les si\u00e8cles qui \u00e9taient avant nous.\u2009<\/em>\u00bb (Eccl. , I, 9.)<\/p>\n<p>On peut r\u00e9pondre ceci \u00e0 votre question : Apr\u00e8s la mort du juste Abel, Dieu ne voulut pas que tout le genre humain tir\u00e2t son origine d\u2019un fratricide et d\u2019un impie, et rempla\u00e7a le fils d\u2019Adam qui \u00e9tait mort, par Seth qui lui succ\u00e9da non-seulement dans ses droits, mais encore dans sa pi\u00e9t\u00e9 et sa justice. Les descendants de Seth suivirent la justice de leur p\u00e8re et n\u2019eurent aucun rapport, aucune alliance avec la race du sacril\u00e8ge Ca\u00efn, comme le montre clairement leur g\u00e9n\u00e9alogie : \u00ab<em>\u2009Adam engendra Seth , Seth engendra \u00c9nos, \u00c9nos engendra Ca\u00efnan , Ca\u00efnan engendra Malal\u00e9el , Malal\u00e9el engendra Jareth, Jareth engendra H\u00e9noc, H\u00e9noc engendra Mathusalem , Mathusalem engendra Lamech, Lamech engendra No\u00e9.\u2009<\/em>\u00bb (Gen\u00e8se, V, 6.) La g\u00e9n\u00e9alogie de Ca\u00efn est diff\u00e9rente : \u00ab<em>\u2009Ca\u00efn engendra \u00c9noch , \u00c9noch engendra Irath , Irath engendra Mavia\u00ebl, Mavia\u00ebl engendra Mathusa\u00ebl, Mathusa\u00ebl engendra Lamech, Lamech engendra Jubal.\u2009<\/em>\u00bb (Gen., IV, 18.) Ainsi cette g\u00e9n\u00e9ration qui descendait du juste Seth ne se m\u00e9sallia pas et resta longtemps fid\u00e8le \u00e0 la saintet\u00e9 de son chef et de ses anc\u00eatres, se pr\u00e9servant toujours de la malice et des crimes dont \u00e9tait infect\u00e9e la race de Ca\u00efn. Tant que les deux familles furent ainsi s\u00e9par\u00e9es, les descendants de Seth, qui sortaient d\u2019une bonne souche, m\u00e9rit\u00e8rent, par leur saintet\u00e9, d\u2019\u00eatre appel\u00e9s les anges de Dieu, ou, comme il est dit dans d\u2019autres textes, les enfants de Dieu\u2009; tandis que ceux de Ca\u00efn, au contraire, \u00e0 cause de leur impi\u00e9t\u00e9 ou de celle de leur p\u00e8re, et de leurs \u0153uvres toutes terrestres, \u00e9taient appel\u00e9s les enfants des hommes. Cette s\u00e9paration, si bonne et si utile \u00e0 la race de Seth, dura jusqu\u2019\u00e0 ce que les enfants de Dieu s\u2019\u00e9prirent de la beaut\u00e9 des filles de la race de Ca\u00efn, et les prirent en mariage. Les femmes communiqu\u00e8rent \u00e0 leurs maris les vices de leurs p\u00e8res, et les d\u00e9tourn\u00e8rent ainsi de la simplicit\u00e9 et de la saintet\u00e9 qu\u2019ils avaient re\u00e7ues de leurs anc\u00eatres.<\/p>\n<p>On pouvait leur appliquer cette parole : \u00ab<em>\u2009J\u2019ai dit, Vous \u00eates des dieux et les enfants du Tr\u00e8s-Haut. Mais pour vous, vous mourrez comme des hommes, et vous tomberez comme un de ces princes.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. LXXXI, 6.)<\/p>\n<p>Ils perdirent ainsi les sciences et la sagesse qui leur avaient \u00e9t\u00e9 transmises par leur p\u00e8re, et surtout par le premier homme, qui avait pu p\u00e9n\u00e9trer les propri\u00e9t\u00e9s de toutes choses, et en communiquer la connaissance \u00e0 ses descendants. Comme il avait vu le monde dans toute sa jeunesse et comme dans son premier \u00e9lan, il avait mis \u00e0 l\u2019\u00e9tudier cette pl\u00e9nitude de sagesse, ce don de proph\u00e9tie que le souffle divin lui avait donn\u00e9, pour qu\u2019il impos\u00e2t un nom \u00e0 tous les animaux de cette terre dont il \u00e9tait le souverain. (Gen\u00e8se, II.) Il connut non-seulement toutes les esp\u00e8ces des animaux, les fureurs et les poisons des reptiles, mais encore les vertus des plantes, des arbres, la nature des pierres et les changements des saisons avant de les avoir \u00e9prouv\u00e9s\u2009; et il pouvait bien dire : \u00ab\u2009<em>Le Seigneur m\u2019a donn\u00e9 la science v\u00e9ritable de ce qui existe, afin que je connaisse la disposition du monde, la vertu des \u00e9l\u00e9ments, le commencement, le milieu et la consommation des temps, le cours des ann\u00e9es et l\u2019ordre des \u00e9toiles, la nature des animaux et les passions des b\u00eates, la force de l\u2019esprit et les pens\u00e9es des hommes, les diff\u00e9rences des arbres et la propri\u00e9t\u00e9 des racines, ce qu\u2019il y a de plus cach\u00e9 m\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9voil\u00e9.<\/em>\u2009\u00bb (Sag., VII, 17.) Cette science universelle de la nature a \u00e9t\u00e9 transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 la race de Seth, tant qu\u2019elle a v\u00e9cu s\u00e9par\u00e9e de la race coupable de Ca\u00efn. Et comme elle l\u2019avait re\u00e7ue saintement, elle ne l\u2019employait aussi que pour le culte de Dieu ou les n\u00e9cessit\u00e9s de la vie\u2009; mais depuis ses funestes alliances, elle l\u2019employa, sous l\u2019inspiration du d\u00e9mon, \u00e0 des choses profanes et sacril\u00e8ges. Elle institua les pratiques des enchantements et de la magie, et apprit \u00e0 ses descendants \u00e0 quitter le culte du vrai Dieu pour adorer les \u00e9l\u00e9ments, le feu et les d\u00e9mons qui sont dans l\u2019air.<\/p>\n<p>Quoique, pour r\u00e9pondre \u00e0 votre question, il ne soit pas n\u00e9cessaire de vous expliquer comment ces connaissances n\u2019ont pas disparu dans le d\u00e9luge et dans les si\u00e8cles suivants, cependant, puisque l\u2019occasion se pr\u00e9sente, je vous en dirai quelque chose. Une ancienne tradition nous apprend que le fils de No\u00e9, Cham, s\u2019\u00e9tait livr\u00e9 aux superstitions et aux pratiques sacril\u00e8ges de la magie. Comme il savait bien qu\u2019il ne pourrait pas introduire dans l\u2019arche, o\u00f9 il devait entrer avec son p\u00e8re et ses fr\u00e8res, un livre qui conserverait le souvenir de toutes ces abominations, il \u00e9crivit ce qu\u2019il en savait sur des lames de m\u00e9tal et sur des pierres tr\u00e8s-dures que l\u2019eau ne pouvait d\u00e9t\u00e9riorer. Apr\u00e8s le d\u00e9luge il rechercha avec soin les documents qu\u2019il avait cach\u00e9s, et les transmit \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, comme une semence perp\u00e9tuelle de malice et de sacril\u00e8ge. Ainsi cette croyance populaire qui fait dire que les anges ont appris la magie aux hommes, a un fond de v\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nLes fils de Seth ayant \u00e9pous\u00e9 les filles de Ca\u00efn, leurs enfants devinrent plus m\u00e9chants qu\u2019eux : c\u2019\u00e9taient de robustes chasseurs, des hommes violents et cruels qui, \u00e0 cause de la grandeur de leur taille et de leurs m\u00e9chancet\u00e9s, furent appel\u00e9s des g\u00e9ants. (Gen., VI.) Les premiers, ils se mirent \u00e0 piller leurs voisins et \u00e0 ran\u00e7onner les hommes, aimant mieux vivre en volant les autres qu\u2019en travaillant de leurs mains\u2009; leurs crimes devinrent enfin si grands, qu\u2019il fallut les eaux du d\u00e9luge pour en purifier la terre. Les tentations de la concupiscence ayant fait violer aux enfants de Seth ce commandement qu\u2019ils avaient observ\u00e9 instinctivement au commencement du monde, il fallut le renouveler dans la loi \u00e9crite : \u00ab\u2009<em>Vous ne donnerez pas votre fille pour \u00e9pouse \u00e0 son fils, et vous ne recevrez pas pour votre fils une de leurs filles, qui s\u00e9duiraient votre c\u0153ur et vous \u00e9loigneraient de Dieu pour vous faire suivre leurs dieux et les servir.<\/em>\u2009\u00bb (Deut., VII, 3.)<\/p>\n<p><strong>22.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Ces alliances pouvaient leur \u00eatre reproch\u00e9es, dans le cas seulement o\u00f9 le pr\u00e9cepte e\u00fbt \u00e9t\u00e9 donn\u00e9\u2009; mais puisqu\u2019elles ne leur avaient pas \u00e9t\u00e9 encore d\u00e9fendues, comment peut-on leur en faire un crime\u2009? La loi ne condamne pas les fautes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, mais les fautes qui l\u2019ont suivie.<\/p>\n<p><strong>23.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Dieu, en cr\u00e9ant l\u2019homme, mit en lui une connaissance naturelle de la loi, et s\u2019il y f\u00fbt rest\u00e9 fid\u00e8le comme il avait commenc\u00e9, il n\u2019e\u00fbt pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire de lui en donner une autre \u00e9crite. La loi ext\u00e9rieure \u00e9tait inutile, tant que la loi int\u00e9rieure n\u2019\u00e9tait pas effac\u00e9e\u2009; mais lorsque le libre arbitre de l\u2019homme et l\u2019habitude du p\u00e9ch\u00e9 l\u2019eurent presque fait dispara\u00eetre, il fallut la renouveler, la r\u00e9tablir\u2009; et, pour me servir des termes m\u00eames de l\u2019\u00c9criture, les prescriptions s\u00e9v\u00e8res de la loi mosa\u00efque lui furent donn\u00e9es comme un secours, afin que la crainte de la peine pr\u00e9sente emp\u00each\u00e2t d\u2019\u00e9teindre compl\u00e8tement cette lumi\u00e8re naturelle, selon cette parole du Proph\u00e8te : \u00ab\u2009Il a donn\u00e9 la loi pour aide.\u2009\u00bb (Isa\u00efe, VIII.) Et saint Paul dit aussi qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e comme un ma\u00eetre aux enfants, pour les instruire, les garder et les emp\u00eacher d\u2019oublier ce qu\u2019on leur avait d\u2019abord appris.\u2009\u00bb (Gal., III, 24.) Et ce qui prouve que toute la science de la loi a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 l\u2019homme d\u00e8s sa cr\u00e9ation, c\u2019est que nous voyons tous les saints l\u2019observer avant Mo\u00efse, et m\u00eame avant le d\u00e9luge. Comment Abel pouvait-il apprendre, sans le pr\u00e9cepte formel de la loi, qu\u2019il fallait offrir \u00e0 Dieu les pr\u00e9mices de son troupeau, et lui immoler ses plus grasses brebis, s\u2019il ne l\u2019avait su par une inspiration naturelle\u2009? (Gen., IV.) Comment No\u00e9 e\u00fbt-il pu distinguer les animaux purs des animaux impurs, sans aucune prescription l\u00e9gale, s\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9rieurement instruit\u2009? (Gen., IX.) Comment H\u00e9noch apprit-il \u00e0 marcher si parfaitement en la pr\u00e9sence de Dieu, sans avoir la connaissance de la loi\u2009? (Gen., V.) O\u00f9 Sem et Japhet avaient-ils lu : \u00ab\u2009<em>Vous ne r\u00e9v\u00e9lerez pas la honte de votre p\u00e8re\u2009?\u2009<\/em>\u00bb (Lev., XVIII, 7.) Et qui les fit marcher \u00e0 reculons pour couvrir la nudit\u00e9 de leur p\u00e8re\u2009? Qui avertit Abraham de refuser les d\u00e9pouilles des ennemis, qu\u2019on lui offrait, pour ne pas recevoir ainsi la r\u00e9compense de ses travaux, et d\u2019offrir \u00e0 Melchis\u00e9dech les d\u00eemes que la loi de Mo\u00efse prescrivit ensuite\u2009? Comment le m\u00eame Abraham, comment Loth, avant d\u2019avoir vu briller la lumi\u00e8re de l\u2019\u00c9vangile, apprirent-ils \u00e0 \u00eatre si charitables envers les voyageurs et les \u00e9trangers, et \u00e0 leur laver les pieds\u2009? Qui enseigna au saint homme Job cette foi si ardente, cette chastet\u00e9 si pure, cette humilit\u00e9, cette douceur, cette mis\u00e9ricorde, cette humanit\u00e9 si grande, que ne pratiquent m\u00eame pas ceux qui savent par c\u0153ur l\u2019\u00c9vangile\u2009? Quel est celui des saints qui, avant la loi, ne l\u2019a pas observ\u00e9e tout enti\u00e8re\u2009? Quel est celui qui n\u2019a pas suivi cette parole : \u00ab<em>\u2009\u00c9coute, Isra\u00ebl, ton Seigneur et ton Dieu est seul Dieu\u2009<\/em>\u00bb (Deut., VI)\u2009; et celles-ci : \u00ab\u2009<em>Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est au ciel, sur la terre, sous la terre ou dans les eaux\u2009; Honore ton p\u00e8re et ta m\u00e8re\u2009; Tu ne tueras pas\u2009; Tu ne commettras pas d\u2019adult\u00e8re\u2009; Tu ne d\u00e9roberas pas\u2009; Tu ne diras pas de faux t\u00e9moignages\u2009; Tu ne d\u00e9sireras pas la femme de ton prochain\u2009<\/em>\u00bb (Exod. , XX)\u2009; et d\u2019autres pr\u00e9ceptes plus importants auxquels ils ont ob\u00e9i, en devan\u00e7ant non-seulement la loi, mais encore l\u2019\u00c9vangile.<\/p>\n<p><strong>24.<\/strong> Ainsi nous comprenons que dans le principe, tout ce que Dieu a cr\u00e9\u00e9 \u00e9tait parfait, et qu\u2019il n\u2019aurait eu rien \u00e0 ajouter \u00e0 cette disposition premi\u00e8re, comme impr\u00e9voyante ou incompl\u00e8te, si tout f\u00fbt rest\u00e9 dans l\u2019\u00e9tat et l\u2019ordre o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9. Nous devons donc reconna\u00eetre que tous ceux qui ont p\u00e9ch\u00e9 avant la loi, et m\u00eame avant le d\u00e9luge, ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s-justement punis de Dieu, et qu\u2019ils n\u2019avaient aucune excuse. Nous \u00e9viterons ainsi les calomnies et les blasph\u00e8mes de ceux qui, dans leur ignorance de la loi naturelle, accusent le Dieu de l\u2019Ancien Testament, et insultent notre foi par leurs railleries sacril\u00e8ges. Comment notre Dieu, disent-ils, s\u2019est-il avis\u00e9 de promulguer une loi, apr\u00e8s tant de milliers d\u2019ann\u00e9es, pendant lesquelles il avait laiss\u00e9 les hommes s\u2019en passer. S\u2019il a trouv\u00e9 que cela serait mieux dans la suite des temps, c\u2019est qu\u2019au commencement du monde sa sagesse \u00e9tait moindre, et qu\u2019il a fallu qu\u2019instruit par l\u2019exp\u00e9rience, il corrige\u00e2t et perfectionn\u00e2t son \u0153uvre : ce qui ne con vient pas \u00e0 la prescience infinie de Dieu, et serait un blasph\u00e8me et une odieuse h\u00e9r\u00e9sie, puisque l\u2019Eccl\u00e9siaste a dit : \u00ab\u2009<em>J\u2019ai connu que tout ce que Dieu a fait au commencement, demeurera ainsi toute l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Rien ne peut y \u00eatre ajout\u00e9, et rien ne peut en \u00eatre retranch\u00e9.\u2009<\/em>\u00bb (Eccl., III, 14.) C\u2019est pourquoi la loi n\u2019est pas \u00e9tablie pour les justes, mais pour les injustes, les d\u00e9sob\u00e9issants, les impies et les p\u00e9cheurs, les sc\u00e9l\u00e9rats et les impudiques. (I Tim., I, 9.)<\/p>\n<p>Les justes ont pour se conduire cette loi naturelle, vivante dans leur c\u0153ur, et n\u2019ont pas besoin de cette loi ext\u00e9rieure \u00e9crite, qui n\u2019est donn\u00e9e que pour aider la loi int\u00e9rieure. Il est donc \u00e9vident qu\u2019il ne fallait pas donner la loi \u00e9crite d\u00e8s l\u2019origine\u2009; elle \u00e9tait inutile, parce que la loi naturelle existait et n\u2019\u00e9tait pas enti\u00e8rement d\u00e9truite\u2009; et l\u2019observation de la loi de Mo\u00efse devait pr\u00e9parer \u00e0 la perfection de l\u2019\u00c9vangile. Les hommes pouvaient-ils entendre cette parole : \u00ab\u2009<em>Si on vous frappe sur la joue droite, pr\u00e9sentez aussi la joue gauche\u2009<\/em>\u00bb (S. Matth., V, 39), lorsqu\u2019ils ne se contentaient pas de la loi du talion, et voulaient se venger d\u2019un soufflet par des blessures mortelles, et \u00f4ter la vie \u00e0 ceux qui les avaient priv\u00e9s d\u2019une dent. Comment leur dire : \u00ab\u2009<em>Aimez vos ennemis,<\/em>\u2009\u00bb puisque c\u2019\u00e9tait beaucoup de leur demander d\u2019aimer leurs amis, d\u2019\u00e9viter leurs ennemis, et de ne pas les tuer, en se contentant de les ha\u00efr\u2009?<\/p>\n<p><strong>25.<\/strong> Venons maintenant \u00e0 ce qui est dit du d\u00e9mon, qu\u2019il est l\u2019auteur du mensonge et son p\u00e8re\u2009; nous verrons qu\u2019il est absurde de croire que l\u2019\u00c9criture parle dans ce passage de la paternit\u00e9 du d\u00e9mon. Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit qu\u2019un esprit n\u2019engendre pas un esprit, qu\u2019une \u00e2me ne cr\u00e9e pas une autre \u00e2me, comme un homme engendre le corps d\u2019un homme. Saint Paul distingue tr\u00e8s-bien les deux substances dont nous sommes compos\u00e9s, la chair et l\u2019esprit. \u00ab\u2009<em>Les p\u00e8res de notre chair nous ont \u00e9lev\u00e9s, et nous les avons respect\u00e9s. Combien est-il plus juste de nous soumettre au P\u00e8re des esprits, afin d\u2019avoir la vie!\u2009<\/em>\u00bb (H\u00e9br., XII, 9.)<\/p>\n<p>Il n\u2019y a rien de plus clair que cette distinction\u2009? Les hommes sont les p\u00e8res de notre corps, mais Dieu seul est le P\u00e8re de nos \u00e2mes. Et m\u00eame dans la formation de nos corps, les hommes ne sont que des instruments, et Dieu reste le Ma\u00eetre absolu. Comme le dit David : \u00ab\u2009<em>Vos mains, Seigneur, m\u2019ont fait et m\u2019ont fa\u00e7onn\u00e9<\/em>\u2009\u00bb (Ps. CXVIII, 73)\u2009; et le bienheureux Job : \u00ab\u2009<em>N\u2019avez-vous pas m\u00eal\u00e9 et \u00e9paissi ma chair comme le lait\u2009? Ne m\u2019avez-vous pas affermi par des os et par des nerfs.<\/em>\u2009\u00bb (Job, X, 10.) Le Seigneur dit \u00e0 J\u00e9r\u00e9mie : \u00ab<em>\u2009Je t\u2019ai connu avant de te former dans le sein de ta m\u00e8re.\u2009<\/em>\u00bb (J\u00e9r., I, 5.) L\u2019Eccl\u00e9siaste, cependant, jugeant l\u2019origine et la nature des deux substances dont nous sommes compos\u00e9s, par le principe d\u2019o\u00f9 elles sortent et par la fin o\u00f9 elles tendent, explique ainsi leur s\u00e9paration : \u00ab\u2009<em>Avant que la poussi\u00e8re retourne \u00e0 la terre, d\u2019o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e, et que l\u2019esprit retourne \u00e0 Dieu, qui l\u2019a donn\u00e9.\u2009<\/em>\u00bb (Eccl. , XII, 7.) Il ne pouvait dire plus clairement que la mati\u00e8re de la chair, qu\u2019il appelle poussi\u00e8re, et qui vient de l\u2019homme et de son action, est semblable \u00e0 la terre, qui vient d\u2019une autre terre\u2009; elle doit par cons\u00e9quent retourner \u00e0 la terre, tandis que l\u2019esprit, qui n\u2019est pas cr\u00e9\u00e9 par le moyen de l\u2019homme, et qui nous vient plus particuli\u00e8rement de Dieu seul, retourne naturellement \u00e0 son auteur\u2009; ce qui est parfaitement exprim\u00e9 par le souffle de Dieu qui anima le corps d\u2019Adam. (Gen., II, 7.) Ces t\u00e9moignages nous montrent avec \u00e9vidence qu\u2019il n\u2019y a que Dieu qu\u2019on puisse appeler le P\u00e8re des esprits, parce que c\u2019est lui qui les tire du n\u00e9ant, quand il lui pla\u00eet, tandis que les hommes ne sont que les p\u00e8res de nos corps. Ainsi le d\u00e9mon, consid\u00e9r\u00e9 comme esprit et comme bon ange, tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, n\u2019a pas eu d\u2019autre P\u00e8re que Dieu son cr\u00e9ateur. Lorsqu\u2019il s\u2019est enfl\u00e9 d\u2019orgueil et qu\u2019il a dit dans son c\u0153ur : \u00ab<em>\u2009Je monterai au-dessus des nues, et je serai semblable au Tr\u00e8s-Haut<\/em>\u2009\u00bb (Isa\u00efe, XIV, 14), il est devenu menteur et il n\u2019est pas rest\u00e9 dans la v\u00e9rit\u00e9. Et comme il a tir\u00e9 le mensonge du tr\u00e9sor de sa malice, \u00ab<em>\u2009non-seulement il est menteur, mais il est devenu le p\u00e8re du mensonge<\/em>.\u2009\u00bb (S. Jean, VIII, 44.) Car il a promis la divinit\u00e9 \u00e0 l\u2019homme en lui disant : \u00ab\u2009<em>Vous serez comme des dieux.<\/em>\u2009\u00bb (Gen., III, 5.) Il n\u2019est pas rest\u00e9 dans la v\u00e9rit\u00e9, mais il est devenu homicide d\u00e8s le commencement\u2009; il a rendu Adam sujet \u00e0 la mort, et il a tu\u00e9 Abel par la main de son fr\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais voici le jour qui approche et qui termine un entretien auquel nous avons consacr\u00e9 presque deux nuits enti\u00e8res, et j\u2019en profite pour retirer ma barque de cet oc\u00e9an de questions difficiles, et pour rentrer dans le silence comme dans un port assur\u00e9. Plus le souffle de l\u2019Esprit-Saint nous poussait, plus nous apercevions l\u2019immensit\u00e9, selon cette parole de Salomon : \u00ab\u2009<em>La sagesse nous para\u00eet toujours de plus en plus \u00e9loign\u00e9e de nous\u2009; sa profondeur est infinie\u2009; qui pourra la sonder\u2009?<\/em>\u2009\u00bb (Eccl., VII, 25.) Demandons au Seigneur que la crainte ou que la charit\u00e9, qui ne conna\u00eet pas de chute, demeure in\u00e9branlable en nous, afin qu\u2019elle nous rende sages parmi les hommes, et invuln\u00e9rables aux attaques du d\u00e9mon. Avec cette d\u00e9fense, il est impossible que nous tombions dans les pi\u00e8ges de la mort. Ce qui fait la diff\u00e9rence entre les parfaits et les imparfaits, c\u2019est que dans les uns, la charit\u00e9, plus forte et plus m\u00fbre, rend plus ferme leur pers\u00e9v\u00e9rance et plus facile leur saintet\u00e9\u2009; tandis que dans les autres, la charit\u00e9, plus faible, se refroidit plus ais\u00e9ment, et les laisse plus promptement et plus souvent succomber aux tentations du p\u00e9ch\u00e9.<br \/>\nLes paroles du saint vieillard nous enflamm\u00e8rent tellement, qu\u2019apr\u00e8s avoir go\u00fbt\u00e9 la pl\u00e9nitude de sa sagesse, nous en \u00e9tions plus avides, en sortant de sa cellule qu\u2019en y entrant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">In <strong><em>Conf\u00e9rences de Cassien sur la perfection religieuse<\/em><\/strong> traduites par E. Cartier, Librairie Poussielgue Fr\u00e8res, Paris, 1868<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Version \u00e9lectronique disponible sur le site des <a href=\"http:\/\/orthodoxievco.net\/ecrits\/peres\/cassien\/confer\/indexx.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Vrais Chr\u00e9tiens Orthodoxes Francophone<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/saint-jean-cassien\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Saint Jean Cassien [ \u2020435 ]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"129\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/st.-Jean-Cassien.01.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/st.-Jean-Cassien.01.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/st.-Jean-Cassien.01.650px-300x259.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Saint Jean Cassien [ \u2020435 ]<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; N\u00e9 vers 650, issu d\u2019une famille arabe chr\u00e9tienne, son p\u00e8re \u00e9tait un dignitaire de la cour du khalife&hellip;<\/div><\/div><\/div>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2023\/08\/03\/paissios_magie\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Saint Pa\u00efssios l\u2019Athonite et la magie noire\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"149\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-Edvard_Munch_Rod_villvin.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-Edvard_Munch_Rod_villvin.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-Edvard_Munch_Rod_villvin-300x300.jpg 300w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/650px.-Edvard_Munch_Rod_villvin-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Saint Pa\u00efssios l\u2019Athonite et la magie noire<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">Apr\u00e8s vous avoir parl\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, pour vous venir en aide, du Paradis, des anges et des saints,&hellip;<\/div><\/div><\/div><span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:667,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/orthodoxievco.net\\\/ecrits\\\/peres\\\/cassien\\\/confer\\\/indexx.htm&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Huiti\u00e8me conf\u00e9rence de Cassien avec l\u2019abb\u00e9 Serenius \u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":695,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[239],"class_list":["post-1793","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-orthodoxie","tag-jean-cassien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1793","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1793"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1793\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6581,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1793\/revisions\/6581"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/695"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1793"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1793"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1793"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}