{"id":1788,"date":"2020-09-28T11:36:13","date_gmt":"2020-09-28T09:36:13","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=1788"},"modified":"2020-09-28T14:02:06","modified_gmt":"2020-09-28T12:02:06","slug":"mobilite-ame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/09\/28\/mobilite-ame\/","title":{"rendered":"De la mobilit\u00e9 de l\u2019\u00e2me et des distractions de l\u2019esprit"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\">Septi\u00e8me conf\u00e9rence de Cassien avec l\u2019abb\u00e9 Serenius<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><em>\u00a0<\/em><\/h3>\n<p><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Difficult\u00e9s de fixer l\u2019esprit. \u2014 Moyens pour y parvenir. \u2014 Origines de nos pens\u00e9es. \u2014 Comment nous pouvons en \u00eatre ma\u00eetres. \u2014 La tentation n&rsquo;est pas la libert\u00e9. Impuissance des d\u00e9mons. \u2014 Leur action sur nous et sur les poss\u00e9d\u00e9s. \u2014 Diversit\u00e9 des tentations. \u2014 Dieu les proportionne \u00e0 nos forces. \u2014 Malheur de ceux qui ne sont pas \u00e9prouv\u00e9s en ce monde.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_739\" style=\"width: 410px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-739\" class=\"wp-image-739\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/web.timis_04.jpg\" alt=\"L\u2019\u00e9glise ukrainienne en bois la Nativit\u00e9 de J\u00e9sus Christ, village de Dragomire\u0219ti\" width=\"400\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/web.timis_04.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/web.timis_04-222x300.jpg 222w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><p id=\"caption-attachment-739\" class=\"wp-caption-text\">L\u2019\u00e9glise ukrainienne en bois la Nativit\u00e9 de J\u00e9sus Christ, village de Dragomire\u0219ti \u2013 details<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>1.<\/strong> L\u2019abb\u00e9 Serenus \u00e9tait un miroir de saintet\u00e9 et de continence pour tous les autres solitaires, et son nom exprimait bien la paix divine de son \u00e2me. Nous l\u2019admirions entre tous, et nous pensons que le meilleur moyen de faire conna\u00eetre son m\u00e9rite, est d\u2019essayer de rapporter ici les conf\u00e9rences que nous avons eues ensemble. Entre ses vertus, qui paraissaient non-seulement dans toutes ses actions et sa conduite, et que la gr\u00e2ce de Dieu faisait briller sur son visage, il poss\u00e9dait, par une faveur particuli\u00e8re, le don d\u2019une puret\u00e9 ang\u00e9lique, au point qu\u2019il n\u2019\u00e9prouvait jamais, m\u00eame dans son sommeil, rien qui p\u00fbt le troubler\u2009; et comme ce privil\u00e8ge que Dieu lui accorda semble \u00eatre au-dessus de la nature humaine, il est n\u00e9cessaire d\u2019en expliquer l\u2019origine.<br \/>\nCe saint solitaire offrait \u00e0 Dieu, nuit et jour, ses pri\u00e8res, ses veilles et ses je\u00fbnes, pour obtenir la chastet\u00e9 du c\u0153ur et de l\u2019\u00e2me, et lorsqu\u2019il vit qu\u2019il \u00e9tait exauc\u00e9, et qu\u2019il ne ressentait plus dans son c\u0153ur les ardeurs de la concupiscence, la joie que lui causa cette puret\u00e9 augmenta tellement son amour pour cette vertu, qu\u2019il redoubla ses je\u00fbnes et ses pri\u00e8res, dans l\u2019espoir que Dieu lui accorderait, pour l\u2019homme ext\u00e9rieur, la gr\u00e2ce qu\u2019il avait re\u00e7ue pour l\u2019homme int\u00e9rieur, en faisant mourir en lui jusqu\u2019aux mouvements simples et naturels que les enfants m\u00eames ressentent. Il n\u2019esp\u00e9rait rien de ses efforts, mais tout de la bont\u00e9 divine, et il l\u2019implorait avec ardeur, pensant que Dieu d\u00e9truit facilement les mouvements de la chair, jusque dans leur racine, puisque les hommes pouvaient eux-m\u00eames les faire cesser par des moyens mat\u00e9riels, tandis qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient jamais parvenus ainsi \u00e0 cette puret\u00e9 de l\u2019\u00e2me qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 obtenue.<\/p>\n<p>Comme il sollicitait sans cesse cette gr\u00e2ce, par ses pri\u00e8res et ses larmes, un ange lui apparut pendant la nuit, lui ouvrit les entrailles, en arracha un morceau de chair enflamm\u00e9, et lui dit, en refermant la plaie :<br \/>\n\u00ab\u2009<em>Voici que je vous ai d\u00e9livr\u00e9 de l\u2019impuret\u00e9 de la chair\u2009; sachez que, d\u00e8s aujourd\u2019hui, vous jouirez de cette puret\u00e9 du corps que vous avez demand\u00e9e avec tant de pers\u00e9v\u00e9rance.<\/em>\u2009\u00bb J\u2019ai voulu raconter en peu de mots cette gr\u00e2ce particuli\u00e8re qu\u2019il avait re\u00e7ue de Dieu\u2009; mais je ne parlerai pas des vertus qui lui \u00e9taient communes avec les autres solitaires, pour ne pas faire croire qu\u2019il les avait seul, comme la faveur que je viens de rapporter. Le grand d\u00e9sir que nous avions de nous entretenir avec ce saint homme, nous d\u00e9cida \u00e0 aller le trouver pendant le car\u00eame. Il nous re\u00e7ut avec sa paix ordinaire, et nous interrogea sur nos dispositions int\u00e9rieures, sur la nature de nos pens\u00e9es, et il nous demanda ce qu\u2019un si long s\u00e9jour dans le d\u00e9sert avait fait pour la puret\u00e9 de notre \u00e2me. Nous lui r\u00e9pond\u00eemes en g\u00e9missant :<\/p>\n<p><strong>3.<\/strong> Ces nombreuses ann\u00e9es pass\u00e9es dans la solitude, qui devaient nous conduire \u00e0 la perfection de l\u2019homme int\u00e9rieur, ne nous ont servi qu\u2019\u00e0 nous faire voir ce qui nous manque, sans nous rendre ce que nous voulions devenir\u2009; car nous reconnaissons que nous n\u2019avons pas acquis cette puret\u00e9 inalt\u00e9rable, et cette force de vertu et de science que nous d\u00e9sirions\u2009; il ne nous en reste que plus de honte et de confusion. Dans toutes les professions, l\u2019\u00e9tude et les efforts de chaque jour conduisent de l\u2019incertitude des commencements, \u00e0 une connaissance plus assur\u00e9e et plus parfaite. On distingue peu \u00e0 peu ce qu\u2019on ne voyait d\u2019abord que confus\u00e9ment, et l\u2019on arrive enfin \u00e0 faire bien et sans difficult\u00e9, ce qu\u2019on avait entrepris.<br \/>\nMoi, au contraire, depuis que je travaille \u00e0 acqu\u00e9rir la puret\u00e9, je vois seulement que je ne suis pas ce que je voudrais \u00eatre. J\u2019en \u00e9prouve une peine profonde, et, malgr\u00e9 tous mes regrets et mes larmes, je ne change pas. A quoi sert d\u2019apprendre o\u00f9 est la perfection, si le connaissant, on n\u2019y arrive jamais\u2009? Notre c\u0153ur se fait quelquefois violence pour atteindre le but\u2009; mais notre \u00e2me se laisse insensiblement retomber dans ses premiers \u00e9garements, et elle se trouve chaque jour assaillie par tant de distractions, qu\u2019elle en devient captive. Elle d\u00e9sesp\u00e8re presque de se corriger, et il lui semble que, toutes ses pratiques religieuses sont inutiles. A chaque instant notre esprit nous \u00e9chappe par des distractions incroyables, et lorsque nous voulons le ramener \u00e0 la crainte de Dieu et \u00e0 la contemplation, il s\u2019enfuit de nouveau, sans que nous puissions jamais le fixer. Lorsque, nous r\u00e9veillant comme d\u2019un profond sommeil, et voyant combien il s\u2019est \u00e9loign\u00e9 du but, nous nous effor\u00e7ons de le rappeler aux choses saintes, et de l\u2019y retenir malgr\u00e9 lui, il r\u00e9siste \u00e0 notre volont\u00e9, et glisse comme une anguille entre nos mains. Nous luttons ainsi chaque jour, sans nous apercevoir que notre \u00e2me acqui\u00e8re plus de force et de stabilit\u00e9. Quelquefois nous pensons, dans notre d\u00e9couragement, que ces \u00e9garements d\u2019esprit ne viennent pas de notre mis\u00e8re particuli\u00e8re, mais d\u2019un vice inh\u00e9rent \u00e0 la nature humaine.<\/p>\n<p><strong>4.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Il y a danger, avant d\u2019avoir bien examin\u00e9 et discut\u00e9 une chose, \u00e0 vouloir d\u00e9cider ce qu\u2019elle est d\u2019apr\u00e8s notre propre faiblesse, sans la juger en elle-m\u00eame et d\u2019apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience des autres. Si quelqu\u2019un qui ne sait pas nager et qui sait par exp\u00e9rience que l\u2019eau ne peut soutenir son corps d\u00e9clare que personne, \u00e0 cause de la pesanteur de ses membres, ne peut nager, il ne faut pas le croire, malgr\u00e9 la raison qu\u2019il a de parler ainsi\u2009; car non-seulement nous savons la chose possible, mais encore nous sommes certains qu\u2019elle est facile, pour l\u2019avoir vu nous-m\u00eame faire souvent.<\/p>\n<p>L\u2019esprit de l\u2019homme est toujours mobile et tr\u00e8s-mobile. Aussi dans le livre de la Sagesse, qu\u2019on attribue \u00e0 Salomon, est-il dit : \u00ab\u2009<em>La demeure terrestre appesantit l\u2019\u00e2me qu\u2019agitent beaucoup de pens\u00e9es.\u2009<\/em>\u00bb (Sag., IX, 15.) C\u2019est une condition de sa nature de ne pas rester oisive\u2009; et si on ne r\u00e8gle pas ses mouvements en l\u2019occupant comme elle doit l\u2019\u00eatre, sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 naturelle l\u2019emporte n\u00e9cessairement et l\u2019\u00e9gare d\u2019objets en objets, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une longue habitude et des efforts continuels, que vous dites avoir \u00e9t\u00e9 inutiles, lui fassent conna\u00eetre, par exp\u00e9rience, les mat\u00e9riaux qu\u2019elle doit pr\u00e9parer \u00e0 sa m\u00e9moire pour qu\u2019elle s\u2019en occupe sans se lasser, et qu\u2019elle finisse par se fixer davantage. C\u2019est ainsi qu\u2019elle pourra r\u00e9sister \u00e0 l\u2019ennemi qui veut la distraire et acqu\u00e9rir ce calme, cette fixit\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9sire.<\/p>\n<p>Nous ne devons attribuer cette dissipation de notre \u00e2me ni \u00e0 notre nature, ni \u00e0 Dieu qui en est le cr\u00e9ateur. Car cette parole de l\u2019\u00c9criture est v\u00e9ritable : \u00ab\u2009<em>Dieu a fait l\u2019homme droit\u2009; c\u2019est lui qui s\u2019\u00e9gare dans une multitude de pens\u00e9es.<\/em>\u2009\u00bb (Eccl., VII, 30.) La qualit\u00e9 des pens\u00e9es d\u00e9pend de nous\u2009; car il est dit : \u00ab\u2009<em>La bonne pens\u00e9e approche de ceux qui la connaissent, et l\u2019homme prudent sait la trouver<\/em>.\u2009\u00bb (Prov., XIX, 8.) Lorsque notre prudence et nos soins doivent ainsi trouver quelque chose, si nous ne r\u00e9ussissons pas, il faut l\u2019attribuer \u00e0 notre faute et \u00e0 notre n\u00e9gligence plut\u00f4t qu\u2019au d\u00e9r\u00e8glement de la nature\u2009; c\u2019est ce que le Psalmiste nous fait comprendre lorsqu\u2019il dit : \u00ab\u2009<em>Heureux l\u2019homme que vous secourez, Seigneur, il a dispos\u00e9 dans son c\u0153ur des degr\u00e9s pour monter \u00e0 vous.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. LXXXIII, 83.) Vous voyez qu\u2019il est en notre pouvoir de disposer dans notre c\u0153ur des degr\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire des pens\u00e9es pour s\u2019\u00e9lever \u00e0 Dieu ou des pens\u00e9es pour descendre vers les choses terrestres et charnelles. Si nous ne le pouvions pas, Dieu aurait-il adress\u00e9 ce reproche aux pharisiens : \u00ab\u2009<em>Pourquoi nourrir des pens\u00e9es mauvaises dans vos c\u0153urs\u2009?<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., IX, 4.) Et il ne dirait point par son Proph\u00e8te : \u00ab\u2009<em>\u00c9loignez de mes yeux vos pens\u00e9es coupables<\/em>\u2009\u00bb (Is., I, 16)\u2009; ou encore : \u00ab\u2009<em>Jusques \u00e0 quand garderez-vous des pens\u00e9es hautaines\u2009?<\/em>\u2009\u00bb (J\u00e9r\u00e9m., IV, 14.) Dieu ne nous menacerait point, par Isa\u00efe, d\u2019examiner au jour du jugement nos pens\u00e9es comme nos \u0153uvres : \u00ab\u2009<em>Voici que je viens pour faire para\u00eetre leurs \u0153uvres et leurs pens\u00e9es devant toutes les nations et toutes les langues.\u2009<\/em>\u00bb (Is., LXVI, 18.) L\u2019ap\u00f4tre saint Paul nous dit aussi que nous serons jug\u00e9s d\u2019apr\u00e8s nos pens\u00e9es : \u00ab\u2009<em>Nos pens\u00e9es nous accuseront ou nous d\u00e9fendront au jour o\u00f9 Dieu jugera les secrets des hommes selon l\u2019\u00c9vangile.<\/em>\u2009\u00bb (Rom., II, 15.)<\/p>\n<p><strong>5.<\/strong> La perfection d\u2019une \u00e2me sous ce rapport est admirablement figur\u00e9e par le centurion de l\u2019\u00c9vangile Sa vertu et sa constance ne lui font pas accepter toutes les pens\u00e9es qui se pr\u00e9sentent\u2009; mais il les juge pour admettre les bonnes, et chasser les mauvaises. \u00ab\u2009<em>Moi, dit-il, je suis un homme soumis \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance et j\u2019ai des soldats sous moi. Je dis \u00e0 l\u2019un : Allez, et il va\u2009; \u00e0 l\u2019autre : Venez, et il vient, et \u00e0 mon serviteur : Fais ceci, et il le fait.<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., VIII, 9.) Si, \u00e0 son exemple, nous combattons courageusement les tentations et les vices, nous pourrons les soumettre \u00e0 notre volont\u00e9, \u00e9teindre dans notre chair les passions qui nous tourmentent, et vaincre par la raison cette foule de pens\u00e9es qui l\u2019agitent. Nous chasserons de notre \u00e2me, par la vertu de la croix du Sauveur, ces arm\u00e9es d\u2019ennemis qui nous font une guerre si cruelle, et nous obtiendrons cette puissance du centurion que Mo\u00efse d\u00e9signe myst\u00e9rieusement dans l\u2019Exode : \u00ab\u2009<em>\u00c9tablissez des officiers qui commandent \u00e0 mille hommes, \u00e0 cent, \u00e0 cinquante et \u00e0 dix.\u2009<\/em>\u00bb (Exod., XVIII, 21.)<\/p>\n<p>Lorsque nous serons parvenus \u00e0 un \u00e9tat si \u00e9lev\u00e9, nous aurons le pouvoir et la vertu de commander \u00e0 nos pens\u00e9es. Nous ne nous laisserons pas entra\u00eener \u00e0 celles qui nous d\u00e9plaisent, et nous pourrons nous arr\u00eater et nous fixer \u00e0 celles qui r\u00e9jouissent nos \u00e2mes. Nous dirons aux mauvaises : Allez, et elles s\u2019en iront\u2009; nous dirons aux bonnes : Venez, et elles viendront. Nous commanderons \u00e0 notre serviteur, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 notre corps, de garder la continence et la chastet\u00e9, et il nous ob\u00e9ira sans r\u00e9sistance\u2009; il nous servira fid\u00e8lement sans exciter en nous les mouvements de la concupiscence. \u00c9coutez l\u2019Ap\u00f4tre nous dire quels sont les armes et les combats de ce centurion : \u00ab\u2009<em>Les armes de notre milice ne sont pas charnelles, mais elles sont puissantes en Dieu.<\/em>\u2009\u00bb Il dit ce qu\u2019elles sont\u2009; elles ne sont pas charnelles et faibles, mais spirituelles et puissantes par la force de Dieu\u2009; puis il indique \u00e0 quels combats on les emploie pour renverser les remparts, d\u00e9truire les pens\u00e9es et toutes les hauteurs qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent contre la science de Dieu, captiver toute intelligence sous l\u2019ob\u00e9issance du Christ, en punissant toute r\u00e9volte lorsque nous aurons accompli ce qu\u2019il demande de nous. (II Cor., X, 4.)<\/p>\n<p>Nous aurons \u00e0 examiner toutes ces choses en d\u00e9tail, mais dans un autre moment. Je vais seulement vous expliquer le genre et les propri\u00e9t\u00e9s des armes que nous devons prendre, si nous voulons, comme des centurions de l\u2019\u00c9vangile, combattre les combats du Seigneur : \u00ab\u2009<em>Prenez, dit l\u2019Ap\u00f4tre, le bouclier de la foi pour \u00e9teindre les traits enflamm\u00e9s de l\u2019ennemi.\u2009<\/em>\u00bb Ainsi la foi est un bouclier qui re\u00e7oit les traits ardents de la concupiscence, et qui les repousse par la crainte du jugement et par la pens\u00e9e du ciel. \u00ab<em>\u2009Prenez<\/em>, dit saint Paul, <em>la cuirasse de la charit\u00e9.<\/em>\u2009\u00bb (\u00c9ph., VI,16.) C\u2019est elle qui entoure et prot\u00e8ge notre poitrine et les organes de la vie\u2009; c\u2019est elle qui nous pr\u00e9serve des blessures mortelles, en ne laissant pas les traits du d\u00e9mon atteindre l\u2019homme int\u00e9rieur, car elle supporte tout avec patience et r\u00e9signation. (I Cor., XIII, 7.) Prenez le casque de l\u2019esp\u00e9rance\u2009; le casque est la d\u00e9fense de la t\u00eate.<br \/>\nLe Christ est notre t\u00eate, notre chef. C\u2019est cette t\u00eate que nous devons toujours d\u00e9fendre par l\u2019esp\u00e9rance des biens futurs comme avec un casque inalt\u00e9rable, dans toutes les tentations et les pers\u00e9cutions, sans jamais laisser faiblir et alt\u00e9rer notre foi. Nous pouvons perdre les autres membres et conserver la vie\u2009; mais sans la t\u00eate, il est impossible de vivre. \u00ab\u2009<em>Recevez le glaive de l\u2019Esprit, qui est la parole de Dieu.\u2009<\/em>\u00bb (\u00c9ph., VI, 17.) \u00ab\u2009<em>Ce glaive p\u00e9n\u00e8tre mieux qu\u2019une \u00e9p\u00e9e \u00e0 deux tranchants dans les profondeurs de l\u2019\u00e2me et de l\u2019esprit, dans les jointures et la moelle, et elle discerne les pens\u00e9es et les mouvements du c\u0153ur<\/em>\u2009\u00bb (H\u00e9br., IV, 12), divisant et retranchant tout ce qu\u2019elle trouve en nous de terrestre et de charnel. Quiconque est muni de ces armes peut toujours se d\u00e9fendre contre les traits de l\u2019ennemi. Il ne se laissera pas vaincre et emmener captif dans la r\u00e9gion des pens\u00e9es mauvaises, et il n\u2019entendra pas ce reproche du Proph\u00e8te. \u00ab\u2009<em>Pourquoi avez-vous vieilli sur la terre \u00e9trang\u00e8re\u2009?\u2009<\/em>\u00bb (Bar., III, 11.) Mais toujours vainqueur et triomphant, il choisira le pays, c\u2019est-\u00e0-dire les pens\u00e9es o\u00f9 il voudra s\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p>Voulez-vous conna\u00eetre la force principale de ce centurion, rev\u00eatu de ces armes qui ne viennent pas de la chair, mais de la puissance de Dieu\u2009? \u00e9coutez le Roi tout-puissant qui appelle les hommes de c\u0153ur \u00e0 cette milice spirituelle, et qui choisit et marque les \u00e9lus : \u00ab\u2009<em>Que le faible dise : Je suis fort, et que le patient combatte.<\/em>\u2009\u00bb (Jo\u00ebl, III, 10.) Vous voyez qu\u2019il n\u2019y a que les faibles et les patients qui puissent combattre les combats du Seigneur.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait de cette faiblesse que parlait saint Paul, le centurion par excellence : \u00ab\u2009<em>Quand je suis faible, c\u2019est alors que je suis fort\u2009; car la vertu se perfectionne dans la faiblesse.<\/em>\u2009\u00bb (II Cor., XII, 10.) Un des proph\u00e8tes parlait ainsi de cette faiblesse, lorsqu\u2019il disait : \u00ab\u2009<em>Celui d\u2019entre vous qui est faible sera comme la maison de David, et c\u2019est le patient qui soutiendra les combats<\/em>\u2009\u00bb (Zach., XII)\u2009; et il est dit de cette patience : \u00ab<em>\u2009La patience vous est n\u00e9cessaire, afin qu\u2019en accomplissant la volont\u00e9 de Dieu, vous receviez la r\u00e9compense.<\/em>\u2009\u00bb (H\u00e9br., X, 36.)<\/p>\n<p><strong>6.<\/strong> Nous reconna\u00eetrons par notre propre exp\u00e9rience que nous devons et que nous pouvons nous attacher ins\u00e9parablement \u00e0 Dieu, si nous mortifions nos convoitises et si nous \u00e9loignons tout ce qui excite nos d\u00e9sirs en ce monde. Nous le savons par le t\u00e9moignage des amis de Dieu qui lui disent avec confiance : \u00ab\u2009<em>Mon \u00e2me s\u2019attache fortement \u00e0 vous, Seigneur\u2009<\/em>\u00bb (Ps. LXII, 9), \u00ab\u2009<em>et j\u2019adh\u00e8re \u00e0 tous vos commandements.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. CXVIII, 31.) \u00ab\u2009<em>Il m\u2019est bon de m\u2019attacher \u00e0 Dieu<\/em>.\u2009\u00bb (Ps. LXXII, 28.) \u00ab\u2009<em>Celui qui s\u2019attache au Seigneur est un m\u00eame esprit avec lui.\u2009<\/em>\u00bb (I Cor., VI, 17.)<\/p>\n<p>Il ne faut donc pas c\u00e9der \u00e0 ces distractions fatigantes de notre \u00e2me et ralentir nos efforts : car \u00ab\u2009<em>celui qui cultive son champ aura du pain en abondance, mais celui qui cherche le repos souffrira de l\u2019indigence.\u2009<\/em>\u00bb (Prov., XXVIII, 19.)<\/p>\n<p>\u00ab\u2009<em>Ne nous laissons jamais aller \u00e0 un d\u00e9couragement pernicieux, c\u2019est par le travail qu\u2019on acquiert davantage, et celui qui aime le plaisir et qui fuit la douleur sera dans la pauvret\u00e9<\/em>\u2009\u00bb (Prov., XII, 11)\u2009; et encore : \u00ab\u2009<em>L\u2019homme travaille pour lui dans la peine, et il triomphe ainsi du malheur<\/em>.\u2009\u00bb (Prov., XVI, 26.) \u00ab\u2009<em>Le royaume des cieux souffre violence, et les violents le ravissent.<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., XI, 12.) Aucune vertu ne s\u2019acquiert sans travail, et personne ne peut atteindre cette fermet\u00e9 de l\u2019\u00e2me que vous d\u00e9sirez, sans une grande contrition de c\u0153ur : Car \u00ab<em>\u2009l\u2019homme est n\u00e9 pour le travail.\u2009<\/em>\u00bb (Job, V, 7.) \u00ab\u2009<em>Il ne deviendra parfait et n\u2019acquerra jamais la pl\u00e9nitude de l\u2019\u00e2ge du Christ\u2009<\/em>\u00bb (\u00c9ph., IV, 13), qu\u2019en \u00e9tant toujours vigilant et en faisant de p\u00e9nibles efforts. Personne n\u2019arrivera dans le ciel \u00e0 cette mesure parfaite s\u2019il ne s\u2019y pr\u00e9pare et n\u2019y travaille d\u00e8s cette terre\u2009; car il est ici-bas pour devenir un membre du Christ, et il faut qu\u2019il se rende digne dans sa chair d\u2019\u00eatre associ\u00e9 un jour \u00e0 son divin corps. Tous ses d\u00e9sirs, toute son ardeur, toutes ses actions, toutes ses pens\u00e9es m\u00eame ne doivent tendre qu\u2019\u00e0 une chose : \u00e0 go\u00fbter, d\u00e8s cette vie, les pr\u00e9mices du bonheur des saints dans le ciel, c\u2019est-\u00e0-dire que Dieu lui soit tout en toutes choses.<\/p>\n<p><strong>7.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Il serait possible peut-\u00eatre de vaincre cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l\u2019esprit, s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas entour\u00e9 d\u2019un si grand nombre d\u2019ennemis qui le poussent o\u00f9 il ne veut pas aller, ou plut\u00f4t, o\u00f9 il est sans cesse entra\u00een\u00e9 par sa pente naturelle. En pr\u00e9sence d\u2019ennemis si nombreux, si puissants et si terribles, il nous para\u00eetrait impossible de r\u00e9sister, surtout dans une chair si fragile, et nous ne sommes rassur\u00e9s que par vos paroles qui nous semblent des oracles.<\/p>\n<p><strong>8.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Tous ceux qui ont \u00e9prouv\u00e9 les combats de l\u2019homme int\u00e9rieur, savent de combien d\u2019ennemis nous sommes entour\u00e9s\u2009; mais nous les appelons des ennemis de notre salut, parce qu\u2019ils nous portent au mal plut\u00f4t qu\u2019ils ne nous y obligent. Aucun homme ne pourrait \u00e9viter le p\u00e9ch\u00e9 qu\u2019ils nous proposent s\u2019ils avaient autant de force pour nous y contraindre que de malice \u00e0 nous l\u2019inspirer. Ils ont, il est vrai, le pouvoir de nous tenter\u2009; mais nous avons en nous la libert\u00e9 de repousser leurs tentations ou d\u2019y consentir. Si nous redoutons leur puissance et leurs attaques, nous devons, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, consid\u00e9rer la protection et le secours de Dieu\u2009; car il est dit : \u00ab\u2009<em>Celui qui est en nous est plus grand que celui qui est dans le monde.<\/em>\u2009\u00bb (S. Jean, IV, 4.) La gr\u00e2ce qui combat pour nous est bien plus forte que la multitude des d\u00e9mons qui nous attaquent. Non-seulement Dieu nous inspire le bien, mais il nous aide, il nous pousse \u00e0 l\u2019accomplir\u2009; et quelquefois m\u00eame, il nous sauve \u00e0 notre insu et malgr\u00e9 nous. Il est certain que le d\u00e9mon ne peut s\u00e9duire personne sans le consentement de sa volont\u00e9. L\u2019Eccl\u00e9siaste le dit clairement : \u00ab\u2009<em>C\u2019est parce qu\u2019il n\u2019y a pas de r\u00e9sistance en ceux qui font si facilement le mal, que le c\u0153ur des enfants des hommes est rempli de malice pour commettre l\u2019iniquit\u00e9.\u2009<\/em>\u00bb (Eccl., VIII.) Il est manifeste que la cause de nos chutes est de ne pas r\u00e9sister sur-le-champ aux mauvaises pens\u00e9es\u2009; car il est dit : \u00ab\u2009<em>R\u00e9sistez au d\u00e9mon, et il fuira loin de vous.<\/em>\u2009\u00bb (S. Jacq., IV, 7.)<\/p>\n<p><strong>9.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Expliquez-nous, je vous prie, ces rapports si intimes des d\u00e9mons avec l\u2019\u00e2me, qu\u2019ils semblent non-seulement en approcher, mais s\u2019unir \u00e0 elle pour lui parler sans qu\u2019elle s\u2019en aper\u00e7oive, la p\u00e9n\u00e9trer\u2009; lui inspirer ce qu\u2019ils veulent et conna\u00eetre parfaitement tous ses mouvements et ses pens\u00e9es. Comment se fait-il que cette union soit si intime que, sans la gr\u00e2ce de Dieu, nous pouvons \u00e0 peine distinguer ce qui vient de leur malice ou de notre volont\u00e9.<\/p>\n<p><strong>10.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant qu\u2019un esprit puisse s\u2019unir insensiblement \u00e0 un esprit et exercer une force secr\u00e8te de persuasion\u2009; car il y a entre eux, comme entre les hommes, une ressemblance et une affinit\u00e9 de substance. La d\u00e9finition que l\u2019on donne de la nature de l\u2019\u00e2me peut s\u2019appliquer \u00e9galement \u00e0 la nature de ces esprits\u2009; mais pour se p\u00e9n\u00e9trer et s\u2019unir de mani\u00e8re que l\u2019un soit dans l\u2019autre, cela est tout \u00e0 fait impossible. Il n\u2019y a que Dieu dont la nature simple et incorporelle puisse le faire.<\/p>\n<p><strong>11.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Cela ne semble-t-il pas contraire \u00e0 ce que nous voyons dans les poss\u00e9d\u00e9s, qui parlent et agissent sans le savoir, sous la puissance des esprits impurs\u2009? Comment ne pas croire que ces esprits sont unis \u00e0 leurs \u00e2mes, qui deviennent, pour ainsi dire, leurs organes et qui perdent leur \u00e9tat naturel pour en prendre tous les mouvements et les sentiments, de telle sorte qu\u2019elles ne paraissent plus parler et agir, mais que les d\u00e9mons semblent tout faire en elles\u2009?<\/p>\n<p><strong>12.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Ce que nous avons dit n\u2019est pas contraire \u00e0 ce que vous racontez des \u00e9nergum\u00e8nes qui, sous l\u2019influence des esprits impurs, parlent et agissent involontairement, et disent des choses qu\u2019ils ignorent. Il est certain que l\u2019action des esprits sur eux n\u2019est pas toujours la m\u00eame\u2009; car les uns ne savent ce qu\u2019ils disent et ce qu\u2019ils font, tandis que les autres le comprennent et se le rappellent ensuite. Mais il ne faut pas croire que cette infusion de l\u2019esprit mauvais se fasse en p\u00e9n\u00e9trant la substance de l\u2019\u00e2me et qu\u2019il lui soit tellement uni qu\u2019il en soit, pour ainsi dire, rev\u00eatu, lorsqu\u2019il parle par la bouche de celui qu\u2019il poss\u00e8de. Il ne faut pas croire qu\u2019il ait cette puissance\u2009; car ce n\u2019est pas par une alt\u00e9ration de l\u2019\u00e2me, c\u2019est par un affaiblissement du corps que ces ph\u00e9nom\u00e8nes se manifestent. L\u2019esprit impur s\u2019empare des parties du corps o\u00f9 toute la vigueur de l\u2019\u00e2me r\u00e9side. Il les accable d\u2019un poids insupportable, et plonge dans d\u2019\u00e9paisses t\u00e9n\u00e8bres les facult\u00e9s intellectuelles\u2009; nous voyons souvent le vin, la fi\u00e8vre, l\u2019exc\u00e8s du froid ou d\u2019autres causes ext\u00e9rieures, produire des effets semblables. Le d\u00e9mon re\u00e7ut puissance sur le corps de Job\u2009; mais Dieu lui ordonna de respecter son \u00e2me : \u00ab\u2009<em>Voici que je le livre entre tes mains\u2009; seulement garde son \u00e2me.\u2009<\/em>\u00bb (Job, II, 6.) C\u2019est-\u00e0-dire ne le jette pas dans l\u2019\u00e9garement, en attaquant la demeure de son \u00e2me, le lieu de son intelligence, en blessant l\u2019organe de sa raison, qui lui est n\u00e9cessaire pour te r\u00e9sister. N\u2019obscurcis pas son jugement et sa sagesse en \u00e9touffant l\u2019action principale de son c\u0153ur.<\/p>\n<p><strong>13.<\/strong> Il ne faut pas croire que si un esprit se m\u00eale \u00e0 la mati\u00e8re \u00e9paisse et solide de nos corps, il puisse s\u2019unir \u00e9galement \u00e0 notre \u00e2me, qui est esprit, et qu\u2019il la p\u00e9n\u00e8tre ainsi de sa nature. Il n\u2019y a que la sainte Trinit\u00e9 qui puisse le faire, parce qu\u2019elle seule p\u00e9n\u00e8tre toutes les natures intellectuelles\u2009; non-seulement elle les embrasse et les environne, mais encore elle peut y entrer et s\u2019y r\u00e9pandre comme un esprit dans un corps. Quoique nous reconnaissions comme des natures spirituelles les anges, les archanges, les autres Vertus, notre \u00e2me m\u00eame et les parties les plus subtiles de l\u2019air, il ne faut pas croire que ces natures soient compl\u00e8tement incorporelles\u2009; car elles ont un corps par lequel elles subsistent, quoiqu\u2019il soit beaucoup plus subtil que les n\u00f4tres. Ce sont ces corps dont parle l\u2019Ap\u00f4tre, lorsqu\u2019il dit : \u00ab<em>\u2009Il y a des corps c\u00e9lestes et des corps terrestres\u2009<\/em>\u00bb (I Cor., XV, 40)\u2009; et encore : \u00ab\u2009<em>On s\u00e8me un corps animal, et il ressuscitera un corps spirituel.\u2009<\/em>\u00bb (I Cor., XV, 44.) D\u2019o\u00f9 nous pouvons conclure qu\u2019il n\u2019y a que Dieu de vraiment incorporel, qui puisse p\u00e9n\u00e9trer toutes les substances spirituelles et intellectuelles, parce qu\u2019il n\u2019y a que lui seul qui soit tout entier partout et en toute chose, de mani\u00e8re qu\u2019il peut voir et conna\u00eetre toutes les pens\u00e9es des hommes, tous les mouvements int\u00e9rieurs et les secrets les plus profonds de leur \u00e2me. C\u2019est de Dieu seul que l\u2019Ap\u00f4tre a dit : \u00ab\u2009<em>La parole de Dieu est vivante et efficace\u2009; elle perce plus qu\u2019une \u00e9p\u00e9e \u00e0 deux tranchants et elle p\u00e9n\u00e8tre dans les profondeurs de l\u2019\u00e2me et de l\u2019esprit, jusqu\u2019aux jointures et \u00e0 la moelle\u2009; elle d\u00e9m\u00eale les pens\u00e9es et les intentions du c\u0153ur. Aucune cr\u00e9ature ne peut se cacher de sa pr\u00e9sence\u2009; tout est \u00e0 nu et \u00e0 d\u00e9couvert devant ses yeux.<\/em>\u2009\u00bb (H\u00e9b., IV, 12.) David a dit : \u00ab\u2009<em>Celui qui a form\u00e9 particuli\u00e8rement le c\u0153ur des hommes\u2009<\/em>\u00bb (Ps. XXXII, 15), \u00ab <em>Celui-l\u00e0 conna\u00eet tous les secrets du c\u0153ur.\u2009<\/em>\u00bb (Ps. XLIII, 22.) Job a dit \u00e9galement : \u00ab\u2009<em>Vous seul connaissez les c\u0153urs des enfants des hommes.\u2009<\/em>\u00bb<\/p>\n<p><strong>15.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Ce que vous dites ferait croire que ces esprits ne peuvent pas conna\u00eetre nos pens\u00e9es\u2009; ce qui est inadmissible, puisqu\u2019il est dit dans l\u2019\u00c9criture : \u00ab\u2009<em>Si l\u2019esprit de celui qui a puissance s\u2019\u00e9l\u00e8ve sur vous<\/em>\u2009\u00bb (Eccl., X, 4)\u2009; et encore : \u00ab\u2009<em>Le d\u00e9mon avait d\u00e9j\u00e0 mis dans le c\u0153ur de Simon Iscariote, de trahir le Seigneur.<\/em>\u2009\u00bb (S. Jean, XIII, 2.) Comment croire qu\u2019ils ne connaissent pas nos pens\u00e9es, puisque, pour la plupart du temps, ce sont eux qui les s\u00e8ment en nous, qui les excitent et les nourrissent.<\/p>\n<p><strong>16.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Personne ne doute que les d\u00e9mons ne puissent conna\u00eetre nos pens\u00e9es\u2009; mais c\u2019est par des signes ext\u00e9rieurs qu\u2019ils y parviennent : c\u2019est en examinant nos dispositions, nos paroles, et les choses vers lesquelles nous portent nos d\u00e9sirs\u2009; mais ils ne peuvent p\u00e9n\u00e9trer celles que nous cachons au fond de nos c\u0153urs. Ce n\u2019est pas m\u00eame par ce qui se passe dans nos \u00e2mes qu\u2019ils savent ce que deviennent les pens\u00e9es qu\u2019ils nous pr\u00e9sentent, si nous les recevons, comment nous les recevons et l\u2019impression qu\u2019elles nous causent int\u00e9rieurement, c\u2019est par les mouvements et les preuves ext\u00e9rieures qu\u2019ils le devinent. Ainsi lorsqu\u2019ils tentent un religieux de gourmandise, s\u2019ils voient le religieux regarder avec inqui\u00e9tude par la fen\u00eatre le soleil, ou demander l\u2019heure avec empressement, ils reconnaissent que la tentation de gourmandise a r\u00e9ussi. Lorsque, apr\u00e8s l\u2019avoir tent\u00e9 d\u2019impuret\u00e9, ils voient qu\u2019il n\u2019a pas repouss\u00e9 vivement leur attaque, qu\u2019il en a \u00e9t\u00e9 \u00e9mu, et qu\u2019il n\u2019a pas recouru, comme il le devait, \u00e0 la pri\u00e8re, ils comprennent que leur trait empoisonn\u00e9 a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2me. Il en est de m\u00eame des tentations de tristesse, de col\u00e8re, de fureur\u2009; ils voient \u00e0 l\u2019apparence du corps, aux mouvements ext\u00e9rieurs, qu\u2019elles ont atteint le c\u0153ur. Lorsque, par exemple, ils remarquent des signes de d\u00e9pit silencieux, des soupirs d\u2019impatience, des changements de couleur sur le visage, ils d\u00e9couvrent \u00e0 quel vice on se laisse aller. Et il n\u2019est pas \u00e9tonnant que ces esprits subtils puissent reconna\u00eetre ces choses, puisque nous voyons tous les jours les hommes sages agir de m\u00eame, et juger les pens\u00e9es des autres d\u2019apr\u00e8s leur figure et leur ext\u00e9rieur. Combien plus facilement doivent le faire ces natures spirituelles, qui sont certainement beaucoup plus habiles et plus clairvoyantes que les hommes.<\/p>\n<p>Les voleurs qui p\u00e9n\u00e8trent dans une maison, la nuit, et cherchent dans les t\u00e9n\u00e8bres ce qu\u2019ils veulent d\u00e9rober, jettent un sable fin sur ce qu\u2019ils ne peuvent voir, et le bruit que fait ce sable en tombant, leur indique les objets ou le m\u00e9tal qui r\u00e9pond le mieux \u00e0 leur convoitise. Ainsi font les d\u00e9mons qui veulent s\u2019emparer du tr\u00e9sor de notre c\u0153ur\u2009; ils jettent le sable de leurs tentations, et, selon l\u2019impression qu\u2019ils produisent ainsi dans nos sens, ils jugent, par ce bruit ext\u00e9rieur, ce qui se passe dans l\u2019int\u00e9rieur de nos \u00e2mes.<\/p>\n<p>17. Nous devons savoir que tous les d\u00e9mons n\u2019inspirent pas aux hommes les m\u00eames passions\u2009; chaque d\u00e9mon a un vice sp\u00e9cial qu\u2019il cultive. Les uns se plaisent dans les impuret\u00e9s de la chair, les autres dans les blasph\u00e8mes, d\u2019autres dans les exc\u00e8s de la col\u00e8re\u2009; les uns se nourrissent de tristesse, les autres se repaissent d\u2019orgueil et de vaine gloire, et tous s\u2019appliquent \u00e0 mettre dans le c\u0153ur des hommes le vice qui leur est le plus agr\u00e9able. Ils se gardent bien d\u2019agir tous ensemble\u2009; mais ils choisissent, chacun \u00e0 leur tour, le temps, le lieu, l\u2019occasion qui leur semblent le plus favorables.<\/p>\n<p><strong>18.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Il faut donc croire que les d\u00e9mons soumettent leur malice \u00e0 une r\u00e8gle de telle sorte, qu\u2019ils gardent un certain ordre entre eux, et qu\u2019ils s\u2019entendent ensemble pour nous combattre. Cet ordre, cette harmonie ne devrait cependant subsister que parmi les \u00eatres bons et vertueux, puisqu\u2019il est dit dans l\u2019\u00c9criture : \u00ab\u2009<em>Vous chercherez la sagesse parmi les m\u00e9chants, et vous ne la trouverez pas.<\/em>\u2009\u00bb (Prov., XIV, 6.) \u00ab\u2009<em>Nos ennemis sont insens\u00e9s.\u2009<\/em>\u00bb (Deut., XXXII, 32.) \u00ab\u2009<em>Il n\u2019y a pas de sagesse, il n\u2019y a pas de force, il n\u2019y a pas de conseil contre le Seigneur.<\/em>\u2009\u00bb (Prov., XXI, 30.)<\/p>\n<p><strong>19.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Les m\u00e9chants ne peuvent s\u2019entendre en toute chose, et la bonne harmonie n\u2019existe pas ordinairement entre ceux qui ont les m\u00eames vices\u2009; cela est certain, et comme vous le dites tr\u00e8s-bien, il n\u2019y a pas d\u2019ordre et de r\u00e8gle dans le d\u00e9sordre. Quelquefois, cependant, lorsqu\u2019ils ont un m\u00eame but, un m\u00eame int\u00e9r\u00eat, ils sont oblig\u00e9s de s\u2019entendre pour un temps. C\u2019est ce que nous voyons dans les combats que nous livrent les d\u00e9mons\u2009; non-seulement ils agissent chacun \u00e0 leur tour, mais encore ils choisissent un lieu, un poste avantageux pour leurs attaques. Ils doivent varier leurs tentations, selon les vices et selon le moment : on ne peut se laisser entra\u00eener \u00e0 la vaine gloire et subir en m\u00eame temps les mouvements de la concupiscence. L\u2019orgueil n\u2019\u00e9gare pas l\u2019esprit, lorsque la gourmandise humilie la chair. Celui qui s\u2019abandonne \u00e0 une joie d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e, ne peut se livrer au m\u00eame instant aux exc\u00e8s de la col\u00e8re, ou se laisser vaincre par le d\u00e9couragement ou la tristesse. Il faut n\u00e9cessairement que chaque d\u00e9mon attaque l\u2019\u00e2me s\u00e9par\u00e9ment, et c\u00e8de la place \u00e0 un autre qui l\u2019attaque plus violemment, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 vaincu, ou qui lui fasse de nouvelles blessures, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 vainqueur.<\/p>\n<p><strong>20.<\/strong> Il faut savoir aussi que tous les d\u00e9mons n\u2019ont pas la m\u00eame cruaut\u00e9, la m\u00eame rage, comme ils n\u2019ont pas la m\u00eame force et la m\u00eame malice. Les commen\u00e7ants et les faibles sont attaqu\u00e9s par les d\u00e9mons les plus faibles, et lorsqu\u2019ils en ont triomph\u00e9, des ennemis plus forts se pr\u00e9sentent, pour livrer aux athl\u00e8tes du Christ de plus rudes combats. La guerre augmente en raison des forces et du progr\u00e8s des hommes. Nul, quelque saint qu\u2019il soit, ne pourrait r\u00e9sister \u00e0 tant d\u2019ennemis, supporter leurs attaques et triompher de leur rage, si Notre-Seigneur J\u00e9sus-Christ, dont la cl\u00e9mence nous assiste dans cette guerre, ne proportionnait nos ennemis \u00e0 nos forces, s\u2019il ne mod\u00e9rait et ne repoussait pas leur violence, afin que nous puissions supporter la tentation et en triompher.<\/p>\n<p><strong>21.<\/strong> Cette guerre n\u2019est pas, pour les d\u00e9mons, sans peine et sans souffrance\u2009; ils ont \u00e0 supporter, dans ces luttes, bien des tristesses et des angoisses, surtout quand ils rencontrent de vaillants adversaires, c\u2019est-\u00e0-dire des hommes saints et parfaits. S\u2019ils ne trouvaient pas de r\u00e9sistance, leurs tentations ne seraient plus une lutte, un combat. Pourquoi l\u2019Ap\u00f4tre dirait-il alors : \u00ab\u2009<em>Nous n\u2019avons pas \u00e0 combattre contre la chair et le sang, mais contre les principaut\u00e9s, les puissances\u2009; contre les princes de ce monde, et les esprits de malice qui sont dans l\u2019air<\/em>\u2009\u00bb (\u00c9ph., VI, 12)\u2009; et ailleurs : \u00ab<em>\u2009Je ne combats pas comme quelqu\u2019un qui frappe l\u2019air.\u2009\u00bb (I Cor., IX, 26.) \u00ab\u2009J\u2019ai combattu un bon combat.\u2009<\/em>\u00bb (II Tim., IV, 7.)<\/p>\n<p>Quand il y a lutte, guerre et combat, il y a n\u00e9cessairement effort, travail, inqui\u00e9tude\u2009; et apr\u00e8s, douleur et confusion pour les vaincus, et joie pour les vainqueurs. Si l\u2019un combat \u00e0 la sueur de son front, et que l\u2019autre triomphe sans danger et sans peine, et n\u2019a besoin que de sa volont\u00e9 pour renverser son adversaire, il n\u2019y a plus, \u00e0 vrai dire, de lutte, de combat, mais une injuste et violente oppression. Aussi, lorsque les d\u00e9mons attaquent les hommes, ils se donnent beaucoup de mal pour remporter cette victoire qu\u2019ils d\u00e9sirent, et quand ils \u00e9chouent, ils \u00e9prouvent la m\u00eame confusion que nous e\u00fbt caus\u00e9e notre d\u00e9faite. Car il est dit : \u00ab\u2009<em>Le mal qu\u2019ils avaient r\u00eav\u00e9, et que leurs l\u00e8vres voulaient faire, les couvrira de honte.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. CXXXIX, 10.) \u00ab<em>\u2009La douleur retombera sur leur t\u00eate<\/em>\u2009\u00bb (Ps, VII, 17)\u2009; et encore : \u00ab<em>\u2009Que le filet qu\u2019il ignore le surprenne, que le pi\u00e9ge qu\u2019il avait tendu le trompe, et qu\u2019il tombe dans la fosse qu\u2019il avait creus\u00e9e<\/em>\u2009\u00bb (Ps. XXXIV, 8)\u2009; c\u2019est-\u00e0-dire dans la honte qu\u2019il avait pr\u00e9par\u00e9e aux hommes. Les d\u00e9mons souffrent aussi dans cette guerre\u2009; ils nous terrassent\u2009; mais ils sont quelquefois terrass\u00e9s\u2009; leur d\u00e9faite les couvre de confusion.<\/p>\n<p>David, qui connaissait si bien les combats de l\u2019homme int\u00e9rieur, les voyant se r\u00e9jouir de nos ruines, suppliait Dieu de ne pas leur causer de semblables joies : \u00ab\u2009<em>\u00c9clairez mes yeux, disait-il, afin que je ne m\u2019endorme jamais dans la mort, et que mon ennemi ne dise pas : J\u2019ai pr\u00e9valu contre lui. Ceux qui me poursuivent se r\u00e9jouiront, si je suis \u00e9branl\u00e9.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. XII, 4.) \u00ab\u2009<em>Mon Dieu, que je ne cause pas leur joie, et qu\u2019ils ne disent pas dans leur c\u0153ur : Courage, courage\u2009! nous l\u2019avons d\u00e9vor\u00e9.\u2009<\/em>\u00bb (Ps. XXXIV, 25.) \u00ab\u2009<em>Ils ont grinc\u00e9 les dents contre moi, Seigneur\u2009; quand voudrez-vous me regarder\u2009? L\u2019ennemi me guette, comme le lion dans sa tani\u00e8re\u2009; il tend des pi\u00e8ges pour surprendre le pauvre, et il le demande \u00e0 Dieu pour sa nourriture.\u2009<\/em>\u00bb (Ps. CIII, 21.) Mais lorsque tous leurs efforts pour nous tromper ont \u00e9t\u00e9 inutiles, ceux qui poursuivaient nos \u00e2mes pour les perdre sont couverts de honte et de confusion. \u00ab<em>\u2009Qu\u2019ils soient couverts de honte et de confusion, ceux qui nous voulaient du mal.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. XXXIV, 26.) J\u00e9r\u00e9mie dit aussi : \u00ab\u2009<em>Qu\u2019ils soient confondus, et que je ne sois pas confondu moi-m\u00eame. Qu\u2019ils tombent, et que je ne tremble pas. R\u00e9pandez sur eux les \u00e9clats de votre fureur, et accablez-les d\u2019une double honte.<\/em>\u2009\u00bb (J\u00e9r., XVII, 18.)<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que toutes les fois que nous triomphons, ils sont doublement confondus\u2009; ils voient d\u2019abord les hommes acqu\u00e9rir cette saintet\u00e9 qu\u2019ils ont perdue eux-m\u00eames, et qu\u2019ils leur avaient fait perdre par le p\u00e9ch\u00e9 originel, et ils se reconnaissent ensuite vaincus par des \u00eatres inf\u00e9rieurs \u00e0 leur nature spirituelle. Aussi les saints c\u00e9l\u00e8brent avec joie la ruine de leurs ennemis, et leurs victoires\u2009; ils disent avec David : \u00ab<em>\u2009Je poursuivrai mes ennemis, et je les atteindrai, et je ne cesserai pas qu\u2019ils ne soient vaincus. Je les briserai, et ils ne pourront se relever. Je les foulerai aux pieds.\u2009<\/em>\u00bb (Ps. XVII, 38.) Le Proph\u00e8te prie contre eux, lorsqu\u2019il dit : \u00ab\u2009<em>Seigneur, jugez ceux qui me nuisent, et combattez ceux qui me combattent. Prenez vos armes et votre bouclier, et levez-vous pour me secourir. Tirez votre \u00e9p\u00e9e, et finissez-en avec ceux qui me pers\u00e9cutent. Dites \u00e0 mon \u00e2me : Je serai ton salut.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. XXXIV, 1.)<\/p>\n<p>Quand nous les aurons vaincus, apr\u00e8s avoir soumis et \u00e9teint toutes nos passions, nous m\u00e9riterons entendre cette b\u00e9n\u00e9diction : \u00ab\u2009<em>Votre main dominera vos ennemis, et ils p\u00e9riront tous<\/em>.\u2009\u00bb (Mich., V, 9.) Tous ces passages que nous lisons ou que nous chantons dans la sainte \u00c9criture, ont rapport aux d\u00e9mons qui nous assi\u00e8gent nuit et jour, et nous devons y puiser un esprit de douceur et de patience, au lieu d\u2019y trouver des sentiments d\u2019aigreur, oppos\u00e9s \u00e0 la perfection de l\u2019\u00c9vangile. Sans cela, non-seulement nous n\u2019y apprendrions pas \u00e0 prier pour nos ennemis, et \u00e0 les aimer\u2009; mais nous serions excit\u00e9s \u00e0 les d\u00e9tester et \u00e0 les maudire, jusque dans nos pri\u00e8res. Ce serait un crime et un sacril\u00e8ge de croire que les saints et les amis de Dieu ont parl\u00e9 dans ce sens. La loi, avant l\u2019av\u00e8nement du Christ, n\u2019\u00e9tait pas faite pour eux\u2009; car ils allaient au-del\u00e0 de ses commandements, et ob\u00e9issaient aux pr\u00e9ceptes de l\u2019\u00c9vangile. Ils devan\u00e7aient le temps, et voulaient pratiquer la perfection des Ap\u00f4tres.<\/p>\n<p><strong>22.<\/strong> L\u2019exemple de Job prouve que le d\u00e9mon n\u2019a pas le pouvoir de nuire aux hommes\u2009; car l\u2019ennemi n\u2019ose pas le tenter plus que Dieu ne le lui a permis. Les esprits mauvais le confessent eux-m\u00eames dans l\u2019\u00c9vangile, lorsqu\u2019ils disent : \u00ab\u2009<em>Si vous nous chassez, envoyez-nous dans ce troupeau de pourceaux.<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., VIII, 31.) N\u2019est-il pas plus certain qu\u2019ils ne peuvent entrer, sans la permission de Dieu, dans des hommes cr\u00e9\u00e9s \u00e0 son image, puisque sans sa permission ils n\u2019ont pas le pouvoir d\u2019entrer dans des animaux immondes. D\u2019ailleurs aucun solitaire, non-seulement des plus jeunes, mais aussi des plus parfaits qui restent dans le d\u00e9sert, ne pourrait vivre dans sa cellule et r\u00e9sister \u00e0 des ennemis si nombreux et si redoutables, s\u2019ils avaient autant de libert\u00e9 et de pouvoir qu\u2019ils ont de haine et de rage contre nous. C\u2019est ce que nous prouve avec \u00e9vidence cette parole de notre Sauveur, disant \u00e0 Pilate, au milieu des abaissements volontaires de son humanit\u00e9 : \u00ab\u2009<em>Vous n\u2019auriez aucun pouvoir sur moi, s\u2019il ne vous avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019en haut.<\/em>\u2009\u00bb (S. Jean, XIX, 11.)<\/p>\n<p><strong>23.<\/strong> Notre exp\u00e9rience et le t\u00e9moignage des anciens nous prouvent cependant assez que les d\u00e9mons n\u2019ont plus la m\u00eame force qu\u2019ils avaient dans le principe, lorsque les religieux \u00e9taient encore peu nombreux clans le d\u00e9sert. Leur rage \u00e9tait si grande alors que tr\u00e8s-peu de personnes, avanc\u00e9es en \u00e2ge et affermies dans la vertu, pouvaient seules rester dans la solitude. Dans les monast\u00e8res o\u00f9 l\u2019on habitait huit ou dix ensemble, leur violence \u00e9tait telle, et leurs attaques visibles \u00e9taient si fr\u00e9quentes, que les religieux n\u2019osaient pas dormir tous en m\u00eame temps. Pendant que les uns dormaient, les autres veillaient et pers\u00e9v\u00e9raient dans la pri\u00e8re, la lecture ou le chant des psaumes, et lorsque le besoin les for\u00e7ait au sommeil, ils allaient r\u00e9veiller leurs compagnons, afin qu\u2019ils fissent \u00e0 leur tour la garde contre des ennemis qui ne dorment jamais. Il semble \u00e9vident qu\u2019on doit attribuer \u00e0 deux raisons la s\u00e9curit\u00e9 ou la confiance dans laquelle vivent maintenant, non-seulement les vieillards, que fortifie comme nous l\u2019exp\u00e9rience des ann\u00e9es, mais encore les plus jeunes solitaires. Ou la vertu de la Croix, en p\u00e9n\u00e9trant dans le d\u00e9sert et en y faisant briller partout la gr\u00e2ce, a encha\u00een\u00e9 la malice des d\u00e9mons, ou bien notre n\u00e9gligence les rend moins ardents \u00e0 nous attaquer. Ils d\u00e9daignent employer contre nous les moyens qu\u2019ils prennent contre ces g\u00e9n\u00e9reux soldats du Christ, et ils esp\u00e8rent nous vaincre plus facilement par leurs tentations invisibles. Nous voyons, en effet, bien des solitaires tomber dans un tel rel\u00e2chement qu\u2019il faut les avertir et les reprendre avec une grande douceur, pour qu\u2019ils ne d\u00e9sertent pas leurs cellules et qu\u2019ils ne s\u2019abandonnent pas \u00e0 des pens\u00e9es plus dangereuses. Ils erreraient bient\u00f4t de c\u00f4t\u00e9 et d\u2019autre, et tomberaient dans des vices plus grossiers. C\u2019est beaucoup d\u2019obtenir d\u2019eux de rester dans la solitude, malgr\u00e9 leur rel\u00e2chement, et la grande ressource des sup\u00e9rieurs est de leur dire : Restez dans vos cellules\u2009; mangez, buvez et dormez comme vous l\u2019entendrez, pourvu que vous n\u2019alliez pas ailleurs.<\/p>\n<p><strong>24.<\/strong> On pense que les esprits impurs ne peuvent p\u00e9n\u00e9trer dans les corps qu\u2019ils doivent poss\u00e9der, qu\u2019en se rendant d\u2019abord ma\u00eetres de leur esprit et de leurs pens\u00e9es. Ils en effacent la crainte, le souvenir de Dieu et la m\u00e9ditation des choses spirituelles, et lorsqu\u2019ils les ont ainsi d\u00e9sarm\u00e9s et priv\u00e9s de l\u2019assistance divine, ils les attaquent hardiment, esp\u00e9rant les vaincre sans peine pour \u00e9tablir en eux leur demeure comme dans une place qui leur a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>25.<\/strong> La possession des corps n\u2019est pas cependant la plus terrible. Il faut bien plus d\u00e9plorer celle des \u00e2mes qui sont encha\u00een\u00e9es par les vices et la volupt\u00e9, selon la parole de l\u2019Ap\u00f4tre : \u00ab\u2009<em>Celui qui se laisse surmonter par le d\u00e9mon en devient l\u2019esclave.<\/em>\u2009\u00bb (II Pet., II, 19.) Et ceux &#8211; l\u00e0 ont d\u2019autant moins d\u2019espoir de gu\u00e9rir, qu\u2019ils ne s\u2019aper\u00e7oivent pas m\u00eame de leur d\u00e9pendance, et qu\u2019ils ne cherchent pas \u00e0 s\u2019en affranchir. Du reste nous voyons de saints religieux livr\u00e9s corporellement au d\u00e9mon, ou soumis \u00e0 des maladies extraordinaires, pour des fautes tr\u00e8s-l\u00e9g\u00e8res, parce que la bont\u00e9 divine, qui ne veut pas souffrir la moindre tache en eux au jour du jugement, purifie, d\u00e8s cette vie, toutes les souillures de leur c\u0153ur, afin que, comme Dieu le dit dans son Proph\u00e8te, ils soient or et argent dans la fournaise, et qu\u2019ils arrivent aux jours \u00e9ternels sans passer par le purgatoire. \u00ab<em>\u2009Je consumerai, dit-il, toutes vos impuret\u00e9s, et j\u2019en enl\u00e8verai tout l\u2019\u00e9tain\u2009; alors vous serez appel\u00e9s la cit\u00e9 du juste, la ville fid\u00e8le.<\/em>\u2009\u00bb (Isa\u00efe, I, 1.) \u00ab\u2009<em>Comme l\u2019or et l\u2019argent sont \u00e9prouv\u00e9s dans le feu, le Seigneur choisit les c\u0153urs<\/em>\u2009\u00bb (Prov. XXVII, 3)\u2009; et encore : \u00ab\u2009<em>Le feu \u00e9prouve l\u2019or et l\u2019argent, mais l\u2019homme est \u00e9prouv\u00e9 dans la fournaise de l\u2019humiliation<\/em>\u2009\u00bb (Eccli., II, 5)\u2009; et aussi : \u00ab\u2009<em>Celui que le Seigneur aime, il le corrige\u2009; il frappe de verges ceux qu\u2019il re\u00e7oit pour ses enfants.<\/em>\u2009\u00bb (H\u00e9br., XII, 6.)<\/p>\n<p><strong>26.<\/strong> C\u2019est ce que nous voyons clairement dans ce proph\u00e8te, cet homme de Dieu dont il est parl\u00e9 au troisi\u00e8me livre des Rois. Pour une seule faute de d\u00e9sob\u00e9issance qui n\u2019\u00e9tait pas m\u00eame volontaire et qui \u00e9tait caus\u00e9e par l\u2019artifice d\u2019autrui, un lion l\u2019\u00e9trangla sur-le-champ, comme l\u2019\u00c9criture le raconte : \u00ab\u2009C\u2019est cet homme de Dieu, qui n\u2019a pas ob\u00e9i \u00e0 la parole du Seigneur, et le Seigneur l\u2019a livr\u00e9 \u00e0 un lion qui l\u2019a \u00e9trangl\u00e9, ainsi que le Seigneur l\u2019a dit.\u2009\u00bb (III Rois, XIII, 26.) Dans cette occasion, Dieu livre son Proph\u00e8te \u00e0 la mort temporelle pour le punir d\u2019une faute passag\u00e8re et d\u2019une erreur\u2009; mais il reconna\u00eet en m\u00eame temps le m\u00e9rite de sa vie, puisqu\u2019il ordonne \u00e0 la b\u00eate qui l\u2019a tu\u00e9 de respecter son corps, malgr\u00e9 sa f\u00e9rocit\u00e9.<br \/>\nNous avons \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins nous \u2014 m\u00eames de ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Paul et \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Mo\u00efse, qui habitaient le lieu du d\u00e9sert appel\u00e9 Calame. Le premier restait dans la solitude voisine de la ville de Panephyse. Cette solitude, nous a-t-on dit, fut autrefois form\u00e9e par une inondation d\u2019eau sal\u00e9e, et lorsque souffle le vent du nord, les \u00e9tangs d\u00e9bordent et couvrent toutes les terres environnantes en si grande abondance, que toutes les anciennes bourgades qui n\u2019ont plus maintenant d\u2019habitants ressemblent \u00e0 des \u00eeles au milieu des eaux. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019abb\u00e9 Paul, dans le silence et la paix de la solitude, s\u2019\u00e9leva \u00e0 une telle puret\u00e9 de c\u0153ur, que non-seulement il ne voulait pas regarder le visage d\u2019une femme, mais encore apercevoir ses v\u00eatements. Comme il allait visiter la cellule d\u2019un vieillard, avec l\u2019abb\u00e9 Archebius, qui habitait le m\u00eame lieu, il rencontra, par hasard, une femme\u2009; cette rencontre le saisit tellement qu\u2019il oublia la pieuse visite qu\u2019il devait faire, et qu\u2019il s\u2019enfuit vers son monast\u00e8re, comme s\u2019il se f\u00fbt trouv\u00e9 en pr\u00e9sence d\u2019un lion ou d\u2019un \u00e9pouvantable dragon. L\u2019abb\u00e9 Archebius eut beau l\u2019appeler et le conjurer de continuer leur chemin jusque chez le vieillard qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient propos\u00e9 de visiter, il ne put rien obtenir.<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il e\u00fbt agi par z\u00e8le et amour de la puret\u00e9, sa conduite cependant n\u2019\u00e9tait pas selon la science et d\u00e9passait les r\u00e8gles d\u2019une sainte discr\u00e9tion\u2009; car non-seulement il fuyait la familiarit\u00e9 des femmes qui est, en effet, dangereuse, mais il croyait devoir abhorrer jusqu\u2019\u00e0 leur figure : il en fut puni sur-le-champ par une paralysie g\u00e9n\u00e9rale, qui lui \u00f4ta presque enti\u00e8rement l\u2019usage de tous ses membres. Ses pieds et ses mains lui refus\u00e8rent leurs offices\u2009; sa langue ne pouvait plus prof\u00e9rer une parole et ses oreilles ne percevaient aucun son\u2009; il ne lui restait qu\u2019un corps inerte et insensible. R\u00e9duit \u00e0 cet \u00e9tat, les soins des hommes ne suffisaient plus \u00e0 ses besoins\u2009; il fallait la charit\u00e9 d\u00e9licate des femmes. On le transporta dans un monast\u00e8re de saintes religieuses, qui lui donnaient \u00e0 boire et \u00e0 manger sans qu\u2019il p\u00fbt m\u00eame le leur demander par signes, et qui lui rendirent tous les services imaginables pendant les quatre ann\u00e9es qu\u2019il v\u00e9cut encore. Dans cet \u00e9tat d\u2019infirmit\u00e9 qui le privait de tout mouvement et de toute sensibilit\u00e9, il sortait cependant de cet homme une telle vertu que l\u2019huile qui avait touch\u00e9 son corps, ou plut\u00f4t son cadavre, gu\u00e9rissait sur-le-champ les malades de toutes leurs douleurs. Il \u00e9tait ainsi \u00e9vident pour les infid\u00e8les m\u00eames que cette paralysie g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait une gr\u00e2ce de Dieu, qui l\u2019aimait, et que la vertu du Saint-Esprit rendait, par ces miracles, t\u00e9moignage de la puret\u00e9 de sa vie et de ses m\u00e9rites.<\/p>\n<p><strong>27.<\/strong> Le second, qui habitait cette solitude, \u00e9tait un homme incomparable. Comme il discutait un jour avec l\u2019abb\u00e9 Macaire, il lui \u00e9chappa, pour soutenir son opinion, une parole un peu dure. Il en fut sur-le-champ cruellement puni par le d\u00e9mon\u2009; car il rejetait par la bouche tout ce qu\u2019il avait dig\u00e9r\u00e9. Mais Dieu montra par la promptitude de sa gu\u00e9rison et par le moyen dont il se servit, que cette expiation \u00e9tait une gr\u00e2ce de sa mis\u00e9ricorde, qui voulait effacer une faute passag\u00e8re\u2009; car d\u00e8s que l\u2019abb\u00e9 Macaire se fut mis en pri\u00e8re, le d\u00e9mon vaincu laissa en paix l\u2019abb\u00e9 Mo\u00efse.<\/p>\n<p><strong>28.<\/strong> Ces exemples nous montrent que nous ne devons pas m\u00e9priser et repousser ceux que nous voyons livr\u00e9s aux tentations ou \u00e0 la malice du d\u00e9mon. Il faut alors penser \u00e0 deux choses : premi\u00e8rement, qu\u2019ils ne tomberaient pas dans ces \u00e9preuves sans la permission de Dieu\u2009; secondement, que tout ce qui nous arrive de la part de Dieu, comme joie ou comme tristesse, nous le recevons pour notre bien de la main d\u2019un tendre p\u00e8re et d\u2019un charitable m\u00e9decin. Ces personnes sont des enfants qu\u2019un ma\u00eetre humilie et corrige en ce monde, afin qu\u2019ils entrent purifi\u00e9s dans l\u2019autre ou qu\u2019ils y subissent une peine plus l\u00e9g\u00e8re. \u00ab\u2009<em>Ils sont, selon l\u2019Ap\u00f4tre, livr\u00e9s maintenant \u00e0 Satan, afin que la chair meure et que l\u2019esprit soit sauv\u00e9 au jour de Notre-Seigneur J\u00e9sus-Christ.\u2009<\/em>\u00bb (I Cor., V, 5.)<\/p>\n<p><strong>29<\/strong>. L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Comment voyons-nous dans nos provinces, que non-seulement on m\u00e9prise et qu\u2019on a en horreur ces personnes, mais encore qu\u2019on leur refuse toujours la Communion, le dimanche, selon cette parole de l\u2019\u00c9criture : \u00ab\u2009<em>Ne donnez pas aux chiens ce qui est saint, et ne jetez pas vos perles aux pourceaux\u2009?<\/em>\u2009\u00bb (S. Matth., VII, 6.) Vous dites cependant que Dieu leur envoie cette humiliation pour les rendre plus purs et meilleurs.<\/p>\n<p><strong>30.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Si nous croyons fermement ce que je viens de vous expliquer, si nous reconnaissons que Dieu fait tout et le fait pour le bien des \u00e2mes, non-seulement nous ne m\u00e9priserons pas ces personnes, mais encore nous prierons pour elles comme pour les membres de notre corps. Nous en aurons une tendre compassion, car \u00ab\u2009<em>lorsqu\u2019un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui<\/em>\u2009\u00bb (I Cor., XII, 26)\u2009; sachant que, sans eux, notre corps ne peut devenir parfait, puisque les saints de l\u2019Ancien Testament n\u2019ont pu recevoir sans nous l\u2019accomplissement de la promesse, selon cette parole de saint Paul : \u00ab\u2009<em>Ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9s par le t\u00e9moignage de la foi, et n\u2019ont point re\u00e7u la r\u00e9compense promise. Dieu nous pr\u00e9parait quelque chose de meilleur, et ne voulait pas qu\u2019ils fussent heureux sans nous.<\/em>\u2009\u00bb (H\u00e9b., XI, 39.) Pour ce qui est de la Communion, nous ne nous souvenons pas que nos anciens l\u2019aient jamais refus\u00e9e. Ils croyaient, au contraire, qu\u2019ils devaient, s\u2019il \u00e9tait possible, en approcher tous les jours.<\/p>\n<p>Cette parole de l\u2019\u00c9vangile que vous citez : \u00ab\u2009<em>Ne donnez pas aux chiens ce qui est saint,\u2009<\/em>\u00bb ne les regarde pas. Nous ne devons pas croire que la sainte Communion est ainsi donn\u00e9e aux d\u00e9mons, mais qu\u2019elle sert, au contraire \u00e0 purifier, \u00e0 prot\u00e9ger le corps et l\u2019\u00e2me. C\u2019est comme une flamme ardente qui chasse de celui qui la re\u00e7oit l\u2019esprit impur qui poss\u00e9dait ses membres ou qui voulait s\u2019en emparer. C\u2019est ainsi que nous avons vu gu\u00e9rir le saint abb\u00e9 Andronique et plusieurs autres. L\u2019ennemi tourmenterait de plus en plus celui qu\u2019il obs\u00e8de, si l\u2019on n\u2019employait pas ce rem\u00e8de divin\u2009; et ses attaques seraient d\u2019autant plus violentes et plus fr\u00e9quentes qu\u2019il l\u2019en verrait plus longtemps priv\u00e9.<\/p>\n<p><strong>31.<\/strong> Ceux qui sont v\u00e9ritablement malheureux et dignes de compassion, sont ces p\u00e9cheurs souill\u00e9s de toutes sortes de crimes qui, non-seulement n\u2019ont aucun signe ext\u00e9rieur de cet esclavage du d\u00e9mon, mais qui n\u2019\u00e9prouvent pas m\u00eame de tentations et ne re\u00e7oivent aucune punition de leurs fautes. C\u2019est qu\u2019ils ne sont pas dignes de ces rem\u00e8des salutaires, de ces corrections temporelles. Les peines de la vie pr\u00e9sente ne peuvent suffire \u00e0 l\u2019imp\u00e9nitence et \u00e0 la duret\u00e9 de leur c\u0153ur\u2009; \u00ab<em>\u2009ils amassent un tr\u00e9sor de col\u00e8re et d\u2019indignation pour le jour de la col\u00e8re et de la r\u00e9v\u00e9lation de la justice divine.<\/em>\u2009\u00bb (Rom., II, 5.) Et alors, pour eux, \u00ab<em>\u2009le ver qui ronge ne mourra pas, le feu qui br\u00fble ne s\u2019\u00e9teindra pas.<\/em>\u2009\u00bb (Isa\u00efe, LXVI, 24.) C\u2019\u00e9tait d\u2019eux que le Proph\u00e8te parlait, lorsque, troubl\u00e9 de l\u2019affliction des saints qu\u2019il voyait accabl\u00e9s de tant de peines et de tentations, tandis que les p\u00e9cheurs \u00e9taient exempts des fl\u00e9aux de ce monde et en poss\u00e9daient les richesses, il s\u2019\u00e9criait : \u00ab\u2009<em>Mes pieds sont presque \u00e9branl\u00e9s et mes pas se sont ralentis, parce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 irrit\u00e9 contre les m\u00e9chants, en voyant la paix des p\u00e9cheurs. Dieu ne regarde pas leurs malices, et sa main ne s\u2019appesantit pas pour les frapper. Ils ne partagent pas les peines des hommes et n\u2019en re\u00e7oivent pas les ch\u00e2timents.<\/em>\u2009\u00bb (Ps. LXXII, 2.) C\u2019est que ceux-l\u00e0 doivent \u00eatre un jour punis avec les d\u00e9mons, parce qu\u2019ils se seront rendus indignes d\u2019\u00eatre ch\u00e2ti\u00e9s en ce monde, comme les enfants parmi les hommes.<\/p>\n<p>J\u00e9r\u00e9mie, consid\u00e9rant devant Dieu la prosp\u00e9rit\u00e9 des m\u00e9chants, d\u00e9clare ne pas douter de sa justice, puisqu\u2019il dit : \u00ab\u2009<em>Vous \u00eates juste, Seigneur, et il ne faut pas disputer avec vous.<\/em>\u2009\u00bb Mais comme il d\u00e9sire conna\u00eetre la cause de cette in\u00e9galit\u00e9, il ajoute : \u00ab\u2009<em>Et cependant je vous dirai des choses justes. Pourquoi la voie des impies est-elle heureuse\u2009? Pourquoi le bonheur de ceux qui vous d\u00e9sob\u00e9issent et qui commettent le mal\u2009? Vous les avez mis sur la terre, et ils ont pris fortement racine\u2009; ils croissent et portent des fruits. Vous \u00eates pr\u00e8s de leur bouche et loin de leurs reins.\u2009<\/em>\u00bb (J\u00e9r\u00e9m. , XII,1.)<\/p>\n<p>C\u2019est la perte de ces personnes que Dieu d\u00e9plore par son proph\u00e8te, exhortant \u00e0 les gu\u00e9rir tous les m\u00e9decins et les docteurs qu\u2019il veut associer \u00e0 ses regrets : \u00ab\u2009<em>Babylone est tomb\u00e9e tout \u00e0 coup, elle est bris\u00e9e\u2009! Pleurez et g\u00e9missez sur elle\u2009; mettez du baume dans ses plaies, et t\u00e2chez de la gu\u00e9rir<\/em>.\u2009\u00bb Mais les anges qui veillent au salut des hommes, ou les ap\u00f4tres et les docteurs de l\u2019\u00c9glise, r\u00e9pondent par le proph\u00e8te, en voyant la duret\u00e9 de leur esprit et l\u2019imp\u00e9nitence de leur c\u0153ur : \u00ab\u2009<em>Nous avons soign\u00e9 Babylone, et elle n\u2019est pas gu\u00e9rie. Nous l\u2019abandonnons, et chacun se retire en son pays, parce que son jugement est mont\u00e9 jusqu\u2019au ciel et s\u2019est \u00e9lev\u00e9 jusqu\u2019aux nues.\u2009<\/em>\u00bb (J\u00e9r\u00e9m., LI, 9.)<\/p>\n<p>C\u2019est de ce mal d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 qu\u2019Isa\u00efe parle \u00e0 J\u00e9rusalem au nom de Dieu : \u00ab\u2009<em>De la plante des pieds au sommet de la t\u00eate, il n\u2019y a rien en elle qui soit sain. Ses blessures sont livides et ses plaies ne sont pas band\u00e9es. Il n\u2019y a pas de rem\u00e8des pour les soigner et d\u2019huile pour les adoucir<\/em>.\u2009\u00bb (Isa\u00efe, I, 6.)<\/p>\n<p><strong>32.<\/strong> On peut croire que les esprits impurs ont des inclinations aussi vari\u00e9es que celles des hommes. Il y en a que le peuple appelle faunes et qui trompent par les choses ridicules et bouffonnes. Dans les lieux qu\u2019ils fr\u00e9quentent, ils se plaisent \u00e0 \u00e9garer ceux qui passent plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 les tourmenter avec violence\u2009; ils les assi\u00e8gent d\u2019illusions, et ils aiment mieux les fatiguer que leur nuire. D\u2019autres inqui\u00e8tent les hommes, la nuit, et leur causent des cauchemars. Il y en a aussi de si furieux et de si cruels, qu\u2019ils ne se contentent pas de torturer et de d\u00e9chirer ceux qu\u2019ils poss\u00e8dent, mais qu\u2019ils se jettent sur tous ceux qui passent, et cherchent \u00e0 les faire p\u00e9rir. Tels \u00e9taient ceux dont parle l\u2019\u00c9vangile, et qui \u00e9taient si redoutables, que personne n\u2019osait passer par l\u2019endroit qu\u2019ils occupaient. (S. Matth., VIII.) Ceux-l\u00e0 aiment la guerre et se plaisent \u00e0 voir couler le sang.<\/p>\n<p>On en a vu d\u2019autres, qui ont une telle vanit\u00e9, qu\u2019ils s\u2019efforcent de se grandir et prennent des postures orgueilleuses : ils affectent des mani\u00e8res affables et courtoises comme s\u2019ils \u00e9taient d\u2019illustres personnages, ou bien ils font des salutations profondes comme s\u2019ils \u00e9taient en rapport avec des princes, paraissant continuellement rendre ou recevoir des honneurs. Nous en avons trouv\u00e9 d\u2019autres qui s\u2019appliquent au mensonge et cherchent \u00e0 pousser les hommes au blasph\u00e8me. Nous avons entendu nous-m\u00eame le d\u00e9mon avouer qu\u2019il s\u2019\u00e9tait servi d\u2019Arius et d\u2019Eunomius pour publier des doctrines impies et sacril\u00e8ges. C\u2019est ce qu\u2019un de ces esprits d\u00e9clare au troisi\u00e8me livre des Rois (XXII, 22) : \u00ab<em>\u2009Je sortirai, dit-il, et je serai un esprit de mensonge dans la bouche de tous les proph\u00e8tes d\u2019Achab.<\/em>\u2009\u00bb L\u2019Ap\u00f4tre reprend ainsi ceux qui se laissent tromper par leurs mensonges : \u00ab\u2009<em>Vous \u00e9coutez les esprits s\u00e9ducteurs et les doctrines des d\u00e9mons qui, dans leur hypocrisie, ne disent que mensonge.\u2009<\/em>\u00bb (I Tim., IV, 1, 2.) Il y a d\u2019autres sortes de d\u00e9mons qui sont sourds et muets, comme le prouve l\u2019\u00c9vangile. (S. Luc, XI, VII. \u2014 S. Marc, IX.) Le proph\u00e8te Os\u00e9e nous apprend que d\u2019autres s\u2019appliquent \u00e0 pousser au libertinage et \u00e0 la luxure : \u00ab\u2009<em>L\u2019esprit de fornication les a tromp\u00e9s, et ils se sont d\u00e9tourn\u00e9s de leur Dieu.<\/em>\u2009\u00bb (Os\u00e9e, IV, 12.) L\u2019\u00c9criture sainte nous enseigne encore qu\u2019il y a des d\u00e9mons de nuit, de jour et de midi.<\/p>\n<p>Ce serait trop long d\u2019\u00e9num\u00e9rer tous ceux dont il est parl\u00e9 dans les \u00c9critures, et que les proph\u00e8tes d\u00e9signent sous les noms d\u2019onocentaures, de satyres, de sir\u00e8nes, de hiboux, d\u2019autruches, de lamies, de h\u00e9rissons. (Isa\u00efe, XIV.) David aussi les appelle des aspics, des basilics, des lions et des dragons. (Ps. XC.) L\u2019\u00c9vangile les nomme : scorpions, princes de ce monde (S. Luc, X. \u2014 S. Jean, XIV)\u2009; et l\u2019Ap\u00f4tre, \u00ab\u2009les puissances des t\u00e9n\u00e8bres et les esprits de malice.\u2009\u00bb (Eph., VI.) Tous ces noms ne sont pas donn\u00e9s au hasard : ils indiquent la malice et la cruaut\u00e9 des d\u00e9mons par leur ressemblance avec les animaux. On a choisi pour cela les b\u00eates les plus f\u00e9roces et les plus nuisibles : les uns sont appel\u00e9s lions \u00e0 cause de leur rage et de leur fureur\u2009; les autres, basilics \u00e0 cause de leur poison qui tue l\u2019\u00e2me avant qu\u2019elle le sente\u2009; les autres, onocentaures, h\u00e9rissons, autruches, parce qu\u2019ils font le mal avec plus de lenteur.<\/p>\n<p><strong>33.<\/strong> L\u2019ABB\u00c9 GERMAIN. Nous ne doutons pas qu\u2019on ne doive mettre au m\u00eame rang ceux dont parle l\u2019Ap\u00f4tre, lorsqu\u2019il dit : \u00ab\u2009<em>Nous n\u2019avons pas \u00e0 combattre contre la chair et le sang, mais contre les principaut\u00e9s et les puissances, contre les princes des t\u00e9n\u00e8bres de ce monde et contre les esprits de malice qui sont dans l\u2019air.<\/em>\u2009\u00bb (Eph., VI, 12.) Mais nous voudrions bien savoir d\u2019o\u00f9 vient cette vari\u00e9t\u00e9 qui existe entre eux, et ces degr\u00e9s diff\u00e9rents de malice. Ont-ils \u00e9t\u00e9 ainsi cr\u00e9\u00e9s, et trouvent-ils dans leur nature cette diversit\u00e9 d\u2019inclination pour le mal\u2009?<\/p>\n<p>34. L\u2019ABB\u00c9 SERENUS. Vos questions nous ont fait oublier le repos de la nuit : voici l\u2019aurore qui commence \u00e0 poindre, et nous continuerions volontiers notre conf\u00e9rence jusqu\u2019au lever du soleil\u2009; mais si nous traitions la question que vous me faites, nous pourrions rencontrer tant de difficult\u00e9s, que le temps nous manquerait pour en sortir. Il vaut mieux, je pense, les r\u00e9server pour la nuit prochaine, nous en retirerons plus de joie et de fruits spirituels\u2009; et avec la gr\u00e2ce de l\u2019Esprit-Saint qui nous assistera, nous pourrons mieux p\u00e9n\u00e9trer les choses que vous d\u00e9sirez savoir. Accordons un peu de sommeil \u00e0 nos yeux fatigu\u00e9s, car le jour est proche\u2009; nous irons ensuite \u00e0 l\u2019\u00e9glise, comme la solennit\u00e9 du dimanche nous y invite, et lorsque nous serons de retour, nous nous entretiendrons avec plus de plaisir de ce que Dieu, selon votre d\u00e9sir, vous aura inspir\u00e9 pour notre commune instruction.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">In <strong><em>Conf\u00e9rences de Cassien sur la perfection religieuse<\/em><\/strong> traduites par E. Cartier, Librairie Poussielgue Fr\u00e8res, Paris, 1868<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Version \u00e9lectronique disponible sur le site des <a href=\"http:\/\/orthodoxievco.net\/ecrits\/peres\/cassien\/confer\/indexx.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Vrais Chr\u00e9tiens Orthodoxes Francophone<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/saint-jean-cassien\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Saint Jean Cassien [ \u2020435 ]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"129\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/st.-Jean-Cassien.01.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/st.-Jean-Cassien.01.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/st.-Jean-Cassien.01.650px-300x259.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Saint Jean Cassien [ \u2020435 ]<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">&nbsp; N\u00e9 vers 650, issu d\u2019une famille arabe chr\u00e9tienne, son p\u00e8re \u00e9tait un dignitaire de la cour du khalife&hellip;<\/div><\/div><\/div><span hidden class=\"__iawmlf-post-loop-links\" data-iawmlf-links=\"[{&quot;id&quot;:667,&quot;href&quot;:&quot;http:\\\/\\\/orthodoxievco.net\\\/ecrits\\\/peres\\\/cassien\\\/confer\\\/indexx.htm&quot;,&quot;archived_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;redirect_href&quot;:&quot;&quot;,&quot;checks&quot;:[],&quot;broken&quot;:false,&quot;last_checked&quot;:null,&quot;process&quot;:&quot;done&quot;}]\"><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Septi\u00e8me conf\u00e9rence de Cassien avec l\u2019abb\u00e9 Serenius \u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":739,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[239],"class_list":["post-1788","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-orthodoxie","tag-jean-cassien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1788","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1788"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1788\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1820,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1788\/revisions\/1820"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/739"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1788"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1788"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1788"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}