{"id":1168,"date":"2020-06-06T07:03:53","date_gmt":"2020-06-06T05:03:53","guid":{"rendered":"http:\/\/hesychia.eu\/?p=1168"},"modified":"2020-10-18T18:57:00","modified_gmt":"2020-10-18T16:57:00","slug":"anthime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/06\/06\/anthime\/","title":{"rendered":"L\u2019imprimeur Anthime d\u2019Ivir, m\u00e9tropolitain de Valachie"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\">Notice biographique et bibliographique sur l\u2019imprimeur Anthime d\u2019Ivir, m\u00e9tropolitain de Valachie<\/h3>\n<h4 style=\"text-align: center;\">par <em>\u00c9mile Picot<\/em><\/h4>\n<h4 style=\"text-align: center;\"><em>Nouveaux m\u00e9langes orientaux \/ M\u00e9moires, textes et traductions publi\u00e9s par les professeurs de l\u2019\u00c9cole sp\u00e9ciale des langues orientales vivantes,<\/em> p. 515-528, Ernest Leroux, \u00c9diteur, Paris, 1886<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Parmi tous les pr\u00e9lats qui ont occup\u00e9 le si\u00e8ge m\u00e9tropolitain de Valachie, il n\u2019en est aucun qui se recommande \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 par des m\u00e9rites aussi divers que le <strong>moine Anthime<\/strong>. Sa science, ses go\u00fbts artistiques, sa passion pour les livres suffiraient pour le mettre hors de pair ; mais il a de plus donn\u00e9, lui \u00e9tranger, venu du fond de la G\u00e9orgie, un rare exemple de patriotisme roumain.<br \/>\n<!--more--><\/p>\n<div id=\"attachment_502\" style=\"width: 660px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-502\" class=\"size-full wp-image-502\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/metmuseum.org_.02.XL_.jpg\" alt=\"Jaharis Byzantine Lectionary\" width=\"650\" height=\"624\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/metmuseum.org_.02.XL_.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/metmuseum.org_.02.XL_-300x288.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px\" \/><p id=\"caption-attachment-502\" class=\"wp-caption-text\">Jaharis Byzantine Lectionary<\/p><\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Notre plan n\u2019est pas de raconter en d\u00e9tail la vie d\u2019Anthime ; aussi bien les documents nous manqueraient-ils pour le faire. Nous nous proposons seulement de faire conna\u00eetre les services rendus par lui \u00e0 <strong><em>l\u2019art typographique<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p>L\u2019imprimerie avait \u00e9t\u00e9 introduite chez les Valaques en 1507 par le moine Macaire, que l\u2019on croit pouvoir confondre avec le moine de m\u00eame nom qui avait imprim\u00e9 \u00e0 Zenta, puis \u00e0 Cetinje, de 1493 \u00e0 1495. On ignore dans quelle ville fonctionna ce premier atelier, dont nous connaissons quatre productions dat\u00e9es de 1507, 1510, 1512 et 1514 ; il est probable que ce fut \u00e0 Arge\u0219, o\u00f9 \u00e9tait alors le si\u00e8ge du m\u00e9tropolitain de Valachie ; mais la question reste encore douteuse. En 1517, l\u2019archev\u00eaque Macaire \u00e9migra d\u2019Arge\u0219 \u00e0 T\u00e2rgovi\u0219te ; aussi est-ce dans cette derni\u00e8re ville que la typographie reparut de 1534 \u00e0 1547 ; puis le silence se fit pendant pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle. En 1634, une imprimerie fonctionna de nouveau sur le territoire valaque. Cette fois, elle fut \u00e9tablie au monast\u00e8re de Deal (1634-1647) ; une autre typographie s\u2019ouvrit presque en m\u00eame temps \u00e0 C\u00e2mpulung (1635-1650) ; une troisi\u00e8me au monast\u00e8re Govora (1638-1642). En 1652 et 1653, T\u00e2rgovi\u0219te rentra pour un moment en possession de son imprimerie, mais la mort de Mathieu Basarab replongea la Valachie dans les t\u00e9n\u00e8bres. Ce ne fut gu\u00e8re que vingt-cinq ans plus tard, en 1678, sous le prince Duca, que Bucarest poss\u00e9da enfin un atelier typographique. Les d\u00e9buts de cet atelier furent modestes. Il mit au jour, en 1678, un livre de th\u00e9ologie morale, <strong><em>La Clef de l\u2019entendement<\/em><\/strong>, en 1682, une <strong><em>traduction des \u00c9vangiles<\/em><\/strong> due \u00e0 Iordache Cantacuz\u00e8ne et, en 1683, un <strong><em>Apostol<\/em><\/strong>. Le premier ouvrage d\u2019une r\u00e9elle importance sorti des presses de Bucarest fut la <em><strong>Bible<\/strong><\/em> imprim\u00e9e en 1688 par ordre de \u0218erban Cantacuz\u00e8ne. En 1690, parurent deux ouvrages grecs ; en 1691, un livre grec et un livre roumain.<\/p>\n<p>On ne rel\u00e8ve sur les premi\u00e8res impressions de Bucarest aucun nom de typographe ; mais un office grec de sainte Parasc\u00e8ve, publi\u00e9 au mois de juin 1692, porte qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9 par le plus humble des moines, <strong>Anthime<\/strong>, d\u2019Ivir. Cette mention est le plus ancien t\u00e9moignage que nous connaissions de la pr\u00e9sence d\u2019<strong>Anthime<\/strong> en Valachie. Le pauvre moine avait d\u00fb pourtant quitter depuis longtemps la G\u00e9orgie, son pays d\u2019origine ; il avait probablement \u00e9tudi\u00e9 sous les yeux du m\u00e9tropolitain Th\u00e9odose (1669-1709) les lettres grecques et romaines. Th\u00e9odose, \u00e0 qui les Roumains doivent l\u2019emploi de leur langue nationale dans la liturgie, avait sous sa direction l\u2019imprimerie fond\u00e9e par le prince Duca. On peut croire qu\u2019<strong>Anthime<\/strong>, qui se distinguait par une habilet\u00e9 de main remarquable, fut employ\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine \u00e0 la typographie, bien que son nom ne soit pas mentionn\u00e9 sur ses productions ; bient\u00f4t il surpassa ses compagnons d\u2019atelier et signa tous les volumes imprim\u00e9s dans la seconde capitale de la Valachie. Cependant le bruit d\u2019une ville telle que Bucarest convenait mal aux paisibles travaux d\u2019<strong>Anthime<\/strong>. \u00c9pris d\u2019une v\u00e9ritable passion pour l\u2019art typographique, il crut qu\u2019il l\u2019exercerait avec plus de succ\u00e8s dans le silence d\u2019un monast\u00e8re, et il alla s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Snagov.<\/p>\n<p>Ce fut en 1694 que le moine g\u00e9orgien quitta Bucarest avec ses lettres et sa presse. Il s\u2019intitulait alors simplement \u00ab <em><strong>Anthime<\/strong> d\u2019Ivir, le typographe<\/em> \u00bb ; mais son m\u00e9rite le recommandait \u00e0 l\u2019attention de ses fr\u00e8res, et, d\u00e8s l\u2019ann\u00e9e 1695, il fut investi des fonctions d\u2019h\u00e9goum\u00e8ne. Il put alors donner un plus grand d\u00e9veloppement \u00e0 son imprimerie. Nous connaissons quatorze ouvrages ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 Snagov de 1696 \u00e0 1701, et notre liste est certainement loin d\u2019\u00eatre compl\u00e8te. <strong>Anthime<\/strong> consacrait tous ses soins \u00e0 ces travaux, et sa r\u00e9putation grandissait chaque jour. Non seulement il ex\u00e9cutait des impressions grecques et roumaines dignes des ateliers occidentaux, mais, \u00e0 la demande de Constantin Br\u00e2ncovanu, son protecteur, il aborda la typographie orientale. Au mois de janvier 1701, il fit para\u00eetre un recueil de liturgies en arabe et en grec dont le prince de <strong>Valachie<\/strong> d\u00e9sirait doter les \u00e9glises de Syrie. D\u00e8s lors les ressources de Snagov devenaient insuffisantes, et, dans les derniers mois de l\u2019ann\u00e9e 1701, <strong>Anthime<\/strong> revint avec ses presses \u00e0 Bucarest. De 1701 au mois de mars 1705, nous pouvons citer de lui quatorze impressions ex\u00e9cut\u00e9es dans son nouvel atelier. De ce nombre est un volume arabe encore plus important que le premier.<\/p>\n<p>Au mois de mars 1705, le si\u00e8ge \u00e9piscopal de R\u00e2mnic devint vacant par suite de la d\u00e9position de l\u2019\u00e9v\u00eaque Hilarion ; les pr\u00e9lats appel\u00e9s \u00e0 d\u00e9signer trois candidats \u00e0 sa succession propos\u00e8rent au choix du prince : <strong>Anthime<\/strong>, h\u00e9goum\u00e8ne de Snagov, Josaphat, pr\u00eatre r\u00e9gulier, et Macaire, protosyncelle. Le choix de Constantin Br\u00e2ncovanu ne pouvait \u00eatre douteux : il se porta sur <strong>Anthime<\/strong>.<\/p>\n<p>Le registre de la m\u00e9tropole de Bucarest contient la confession de foi du nouvel \u00e9lu, accompagn\u00e9e de sa signature. Cette confession est r\u00e9dig\u00e9e en roumain, et le texte du Credo offre certaines particularit\u00e9s linguistiques qui permettent de penser qu\u2019<strong>Anthime<\/strong> l\u2019avait lui-m\u00eame traduit sur l\u2019original grec.<br \/>\nLa dignit\u00e9 qui venait de lui \u00eatre conf\u00e9r\u00e9e n\u2019affaiblit pas l\u2019int\u00e9r\u00eat que le saint moine portait \u00e0 l\u2019art typographique. Il dut renoncer \u00e0 son titre d\u2019imprimeur, mais l\u2019atelier continua de fonctionner sous sa surveillance.<br \/>\nAu mois d\u2019avril 1705, cet atelier \u00e9tait encore \u00e0 Bucarest, mais bient\u00f4t le pr\u00e9lat le transporta \u00e0 R\u00e2mnic. D\u00e8s lors les deux \u00e9v\u00each\u00e9s suffragants du m\u00e9tropolitain de Valachie poss\u00e9d\u00e8rent chacun une typographie. Buz\u0103u devait au rival d\u2019<strong>Anthime<\/strong>, \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque M\u00e9trophone, la fondation d\u2019une imprimerie qui s\u2019est maintenue plus ou moins active jusqu\u2019\u00e0 nos jours ; R\u00e2mnic ne resta plus en arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas ici le lieu de nous \u00e9tendre sur l\u2019administration \u00e9piscopale d\u2019<strong>Anthime<\/strong> ; nous dirons seulement qu\u2019il trouva moyen d\u2019agrandir les domaines qui formaient le patrimoine du dioc\u00e8se. Il s\u2019attacha \u00e9galement \u00e0 restaurer et \u00e0 embellir les \u00e9glises. On pr\u00e9tend qu\u2019il peignit de sa main la chapelle de l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9. La d\u00e9coration qu\u2019il y appliqua \u00e9tait ing\u00e9nieuse. Il repr\u00e9senta sur les murs ext\u00e9rieurs les proph\u00e8tes du Christ et pla\u00e7a entre leurs mains de banderoles sur lesquelles \u00e9taient reproduits les passages de l\u2019Ancien Testament relatifs au Messie. Les talents et la pi\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00eaque de R\u00e2mnic \u00e9taient si bien reconnus de tous que, \u00e0 la mort du m\u00e9tropolitain Th\u00e9odose (27 janvier 1708), il fut investi de cette dignit\u00e9 supr\u00eame.<\/p>\n<p><strong>Anthime<\/strong> vint donc s\u2019\u00e9tablir \u00e0 T\u00e2rgovi\u0219te, o\u00f9 il ne manqua pas de se faire suivre par son imprimerie, et o\u00f9 il reprit ses publications.<\/p>\n<p>Non content de donner autour de lui l\u2019exemple de la charit\u00e9 et des bonnes \u0153uvres, il porta ses regards sur ses compatriotes de la G\u00e9orgie; il voulut les doter, aux aussi, d\u2019une imprimerie. Il fit choix d\u2019un Transylvain appel\u00e9 Michel Stefanovi\u010d, et il l\u2019envoya dans le Caucase. En 1710, Stefanovi\u010d fit para\u00eetre une traduction de la Bible qui est probablement le premier livre imprim\u00e9 en g\u00e9orgien; cependant, s\u2019il faut en croire une tradition recueillie par Neigebaur, des impressions g\u00e9orgiennes avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment ex\u00e9cut\u00e9es au monast\u00e8re de Snagov. Il est possible en effet qu\u2019<strong>Anthime<\/strong> ait eu part \u00e0 la gravure et \u00e0 la fonte des caract\u00e8res employ\u00e9s par Michel Stefanovi\u010d et qu\u2019il ait m\u00e9dit\u00e9 pendant plusieurs ann\u00e9es l\u2019envoi d\u2019un typographe dans le Caucase.<\/p>\n<p>Bien que T\u00e2rgovi\u0219te f\u00fbt encore la capitale de la Valachie, elle \u00e9tait bien d\u00e9chue de sa splendeur. Les princes l\u2019abandonnaient r\u00e9guli\u00e8rement chaque ann\u00e9e pendant plusieurs mois qu\u2019ils passaient \u00e0 Bucarest. Le chef du clerg\u00e9 valaque dut suivre la cour ; il fut ainsi amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9sider une partie du temps \u00e0 Bucarest, et ce fut dans cette derni\u00e8re ville qu\u2019il fonda de pr\u00e9f\u00e9rence les \u00e9tablissements religieux auxquels son nom est rest\u00e9 attach\u00e9. En 1713, il y commen\u00e7a la construction de l\u2019\u00e9glise de Tous-les-Saints et, d\u2019apr\u00e8s une tradition qui para\u00eet s\u00e9rieuse, ex\u00e9cuta lui-m\u00eame une partie des peintures qui la d\u00e9corent. Il y pla\u00e7a les proph\u00e8tes du Christ ainsi qu\u2019il les avait repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 R\u00e2mnic. <strong>Anthime<\/strong> ne se borna pas, d\u2019ailleurs, \u00e0 manier le pinceau; c\u2019est \u00e0 lui qu\u2019on attribue \u00e9galement les sculptures qui ornent le temple. Ces sculptures offrent un motif, fr\u00e9quemment r\u00e9p\u00e9t\u00e9, qui semble avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019embl\u00e8me du saint pr\u00e9lat: un escargot, symbole de la modestie et de la fid\u00e9lit\u00e9. [&#8230;]\n<p>Sous le m\u00eame vocable de Tous-les-Saints, <strong>Anthime<\/strong> construisit \u00e9galement \u00e0 Bucarest un monast\u00e8re aujourd\u2019hui d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de monast\u00e8re d\u2019<strong>Anthime<\/strong>, et qui est devenu le m\u00e9toque de l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 d\u2019Arge\u0219. Il r\u00e9digea lui-m\u00eame des instructions d\u00e9taill\u00e9es pour les moines de son monast\u00e8re et leur tra\u00e7a des r\u00e8gles de conduite empreintes de l\u2019esprit le plus sage et le plus \u00e9lev\u00e9. Dans ces instructions, il n\u2019oublia pas sa ch\u00e8re imprimerie ; il fixa le salaire des ouvriers et recommanda d\u2019employer les b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 la publication de livres d\u2019\u00e9dification.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9glise et au monast\u00e8re d\u2019<strong>Anthime<\/strong> se rattach\u00e8rent diverses institutions charitables ayant pour but l\u2019instruction des enfants, le mariage des jeunes filles, l\u2019ensevelissement des morts \u00e9trangers, etc. Divers mandements qui se sont conserv\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nous attestent le z\u00e8le pastoral du m\u00e9tropolitain de Valachie. Non content d\u2019\u00e9crire et de publier des livres, <strong>Anthime<\/strong> se livrait avec ardeur \u00e0 la pr\u00e9dication. Il voulait surtout moraliser son clerg\u00e9 en supprimant l\u2019ivrognerie et en dissipant l\u2019ignorance parmi les pr\u00eatres. Nous savons aussi qu\u2019il combattit avec ardeur la propagande protestante.<br \/>\nLe d\u00e9veloppement donn\u00e9 par <strong>Anthime<\/strong> \u00e0 ses fondations de Bucarest indique qu\u2019il ne r\u00e9sidait plus \u00e0 T\u00e2rgovi\u0219te. Toute l\u2019activit\u00e9 du pays se concentrait de plus en plus \u00e0 Bucarest, et les bo\u00eears ne pardonnaient pas \u00e0 Constantin Br\u00e2ncovanu de ne pas s\u2019y fixer d\u2019une mani\u00e8re permanente : ce fut m\u00eame un des motifs qu\u2019ils firent valoir aupr\u00e8s de la Porte pour obtenir la d\u00e9position du prince (mars 1714). Le successeur de l\u2019infortun\u00e9 Constantin, \u00c9tienne Cantacuz\u00e8ne, dut transf\u00e9rer d\u00e9finitivement la capitale \u00e0 Bucarest ; le m\u00e9tropolitain, de son c\u00f4t\u00e9, y \u00e9tablit son si\u00e8ge et y transporta pour la troisi\u00e8me fois son imprimerie (1715).<\/p>\n<p>Au mois d\u2019octobre 1715, <strong>Anthime<\/strong> obtint d\u2019\u00c9tienne Cantacuz\u00e8ne un dipl\u00f4me qui garantissait l\u2019existence des \u00e9tablissements cr\u00e9\u00e9s par lui ; mais le malheureux prince ne devait pas tarder \u00e0 partager le sort de son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Il fut, comme Br\u00e2ncovanu, emmen\u00e9 \u00e0 Constantinople et mis \u00e0 mort par les Turcs (7 juin 1716).<\/p>\n<p>D\u00e8s lors la Valachie fut enti\u00e8rement livr\u00e9e aux Grecs. <strong>Anthime<\/strong>, qui avait re\u00e7u une \u00e9ducation en grande partie hell\u00e9nique, esp\u00e9ra tout d\u2019abord qu\u2019il lui serait possible de s\u2019entendre avec son nouveau ma\u00eetre. Dans un article ajout\u00e9 le 15 mars 1716 aux instructions destin\u00e9es \u00e0 ses moines, il salue comme un \u00e9v\u00e9nement heureux l\u2019\u00e9l\u00e9vation de Nicolas Mavrocordato \u00e0 la principaut\u00e9 ; quelques jours plus tard, le 24 mars, il d\u00e9cide le prince \u00e0 confirmer le dipl\u00f4me sign\u00e9 par \u00c9tienne Cantacuz\u00e8ne le 14 octobre pr\u00e9c\u00e9dent ; mais cette bonne entente n\u2019est pas de longue dur\u00e9e.<br \/>\n<strong>Anthime<\/strong>, malgr\u00e9 son origine lointaine, s\u2019\u00e9tait attach\u00e9 de tout c\u0153ur \u00e0 sa patrie d\u2019adoption ; il ne put voir, sans en ressentir une profonde douleur, la Valachie abandonn\u00e9e comme une proie \u00e0 tous les aventuriers du Phanar. Il essaya de secouer la torpeur des bo\u00eears indig\u00e8nes en les excitant \u00e0 la lutte contre les Grecs. Le chroniqueur Radu Popescu, qui regarde le pr\u00e9lat g\u00e9orgien comme un tra\u00eetre, pr\u00e9tend qu\u2019il essaya de tromper Nicolas Mavrocordato en lui faisant savoir qu\u2019un fils de \u0218erban Cantacuz\u00e8ne, rest\u00e9 en Hongrie, allait passer les Carpates pour r\u00e9clamer l\u2019h\u00e9ritage de son p\u00e8re ; il l\u2019accuse d\u2019avoir tenu des conciliabules avec les bo\u00efars, d\u2019avoir propos\u00e9 d\u2019appeler les Imp\u00e9riaux ; bref, l\u2019historien roumain n\u2019a que des flatteries \u00e0 l\u2019adresse de l\u2019envahisseur \u00e9tranger et des paroles de bl\u00e2me pour l\u2019homme qui essaya de sauver le pays.<br \/>\nMais la lutte \u00e9tait in\u00e9gale : les Grecs avaient depuis longtemps r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019emparer des principaux emplois ; les bo\u00efars valaques \u00e9taient sans influence et sans \u00e9nergie. <strong>Anthime<\/strong> \u00e9choua. Une assembl\u00e9e d\u2019\u00e9v\u00eaques grecs convoqu\u00e9e par Mavrocordato d\u00e9clara que le saint pr\u00e9lat s\u2019\u00e9tait rendu coupable de magie et de pratiques diaboliques (c\u2019\u00e9tait l\u00e0 sans doute une allusion aux talents dont <strong>Anthime<\/strong> avait fait preuve comme imprimeur et artiste), que c\u2019\u00e9tait un conspirateur et un fauteur de r\u00e9volutions, en \u00e9tat de r\u00e9bellion contre son prince l\u00e9gitime. Il fut en cons\u00e9quence excommuni\u00e9 et d\u00e9clar\u00e9 d\u00e9chu de toute dignit\u00e9 eccl\u00e9siastique (ao\u00fbt 1716).<\/p>\n<p>La col\u00e8re de Nicolas Mavrocordato n\u2019\u00e9tait pas encore apais\u00e9e. Ce n\u2019\u00e9tait pas assez d\u2019avoir fait descendre <strong>Anthime<\/strong> de son si\u00e8ge, il voulait \u00e0 tout prix se d\u00e9faire de lui. Il pronon\u00e7a contre lui la peine de l\u2019exil et le condamna \u00e0 se retirer au mont Sina\u00ef ; mais il le fit accompagner jusqu\u2019au Danube et donna secr\u00e8tement l\u2019ordre \u00e0 ses \u00e9missaires de le noyer dans le fleuve. C\u2019est un Grec, c\u2019est Photinos, qui raconte ce tragique \u00e9v\u00e9nement. Un historien contemporain, Del Chiaro, dit que le pr\u00e9lat fut massacr\u00e9 comme il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parvenu sur la rive droite du Danube ; mais, au fond, les d\u00e9tails importent peu, et la mort violente du saint homme est un fait certain.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Telle fut la fin d\u2019Anthime, que les Roumains peuvent ranger \u00e0 bon droit parmi les martyrs de la cause nationale.<\/h3>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u201ePrecum ce\u012d strein\u012d doresc mo\u0219ia s\u0103-\u0219\u012d vaz\u0103<br \/>\nC\u00eend sunt \u00eentralt\u0103 \u021bar\u0103 de nu pot s\u0103 \u0219az\u0103,<br \/>\n\u0218i ca ce\u012d ce\u2019\u0219 pre mare, b\u0103tu\u021b\u012d de furtun\u0103,<br \/>\n\u0218i roag\u0103 pre Dumnezeu de lini\u0219te bun\u0103,<br \/>\nA\u0219a \u0219i tipograf\u012d\u012d, do c\u0103r\u021be\u012d s\u0103v\u0103r\u0219ir\u0103,<br \/>\nLaud\u0103 nencetat\u0103 da\u016d \u0219i mul\u021bumir\u0103.\u201d<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab <em>De m\u00eame que les \u00e9trangers d\u00e9sirent revoir leur pays quand ils sont dans une autre contr\u00e9e o\u00fb ils ne peuvent s\u2019accoutumer, de m\u00eame que ceux qui sont sur la mer, battus par la temp\u00eate, prient Dieu de leur donner le calme\u2009; de m\u00eame les typographes, quand ils ont termin\u00e9 des livres, rendent des actions de gr\u00e2ces infinies<\/em>\u2009\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Souscription traditionnelle dans les livres imprim\u00e9s par Anthime d\u2019 Ivir et autres typographes de son temps.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"vlp-link-container vlp-layout-basic\"><a href=\"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/2020\/10\/18\/anthime-l_ibere\/\" class=\"vlp-link\" title=\"Le saint hi\u00e9romartyr Anthime l&#039;Ib\u00e8re, m\u00e9tropolite de Hongro-Valachie [27 septembre]\"><\/a><div class=\"vlp-layout-zone-side\"><div class=\"vlp-block-2 vlp-link-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"max-width: 150px;\" width=\"150\" height=\"205\" src=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/sf-antim-2008.650px.jpg\" class=\"attachment-150x999 size-150x999\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/sf-antim-2008.650px.jpg 650w, https:\/\/hesychia.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/sf-antim-2008.650px-220x300.jpg 220w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/div><\/div><div class=\"vlp-layout-zone-main\"><div class=\"vlp-block-0 vlp-link-title\">Le saint hi\u00e9romartyr Anthime l'Ib\u00e8re, m\u00e9tropolite de Hongro-Valachie [27 septembre]<\/div><div class=\"vlp-block-1 vlp-link-summary\">M\u00e9moire du saint hi\u00e9romartyr Anthime l&#8217;Ib\u00e8re, m\u00e9tropolite de Hongro-Valachie &nbsp;<\/div><\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notice biographique et bibliographique sur l\u2019imprimeur Anthime d\u2019Ivir, m\u00e9tropolitain de Valachie par \u00c9mile Picot Nouveaux m\u00e9langes orientaux \/ M\u00e9moires,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":502,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[95,2,180],"tags":[97,184],"class_list":["post-1168","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire","category-orthodoxie","category-typographie","tag-histoire","tag-typographie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1168","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1168"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1168\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2201,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1168\/revisions\/2201"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/502"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1168"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1168"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hesychia.eu\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1168"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}