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LE SALUT UNIVERSEL ET LA BONTÉ DIVINE – II

18 février 2020

Saint Jean Chrysostome sur la Justice de Dieu

Œuvres complètes, Tome X, p.389-392, Traduction par M. Portelette, Arras, 1887

Écoutez donc ce qu’il a commandé : si vous pardonnez à votre prochain, je vous pardonne moi aussi, dit-il. (Mt VI, 14). Où est la difficulté ?
« Assistez l’orphelin, faites justice à la veuve, et venez, et soutenez votre cause contre moi », dit-il ; « et quand vos péchés seraient comme l’écarlate, je vous rendrai blanc comme neige ». (Isaïe, I, 17-18) Qu’y a-t-il de pénible là-dedans ?
« Dites vous-même vos péchés, afin que vous soyez justifié ». (Ib. XLIII, 26) Où est la difficulté ?

Martyrs, VIe-VIIe siècle. Musée d’Art occidental et oriental, Kiev, Ukraine

« Rachetez vos péchés par des aumônes » (Dan. IV, 24) Faut-il verser beaucoup de sueur pour cela ?

Le publicain dit : « Ayez pitié de moi qui suis un pécheur » (Luc, XVIII, 13), et il descendit purifié. Faut-il tant se fatiguer pour imiter le publicain ?

Mais en dépit de si grands exemples, vous ne voulez pas encore croire à la punition, au châtiment ? Vous ne croyez donc pas que le démon même soit châtié ! « Allez », dit-il, « au feu préparé pour le démon et pour ses anges ». (Mt XXV, 41) S’il n’y avait pas de géhenne, il ne serait pas puni ; s’il est puni, évidemment nous aussi, qui faisons ses œuvres, nous devons être punis ; car nous aussi nous avons désobéi, quoique nous n’ayons pas désobéi de la même manière. Comment donc osez-vous tenir un pareil langage ? Quand vous dites : Dieu est bon, et il ne punira pas, il en résulte que s’il punit, à vous entendre, il n’a plus de bonté. Ne voyez-vous pas quels discours le démon seul vous inspire ? Eh quoi ! les moines qui ont pris pour eux les montagnes, qui exercent la piété sous mille formes, seront-ils frustrés de leur couronne ? Car enfin, si les méchants ne sont pas châtiés, si toute rétribution est supprimée, on pourra bien dire aussi qu’il n’y a pas de couronnes pour les bons. Nullement, me répondez-vous, car ce qui est digne de Dieu, c’est qu’il y existe un paradis et point d’enfer. Donc et le fornicateur, et l’adultère, et celui qui a commis un nombre considérable d’actions mauvaises jouiront des mêmes biens que ceux qui ont pratiqué la chasteté, la sainteté ; Néron se tiendra à côté de Paul, ou plutôt ce sera le démon qui sera en compagnie de l’apôtre. Car s’il n’y a pas d’enfer, et qu’il y ait une résurrection, les méchants jouiront des mêmes biens que les justes. Où est l’homme assez en démence pour le soutenir ? Ou plutôt quel démon tiendrait ce langage ? Les démons confessent qu’il y a un enfer : de là vient qu’ils s’écriaient : « Êtes-vous venu ici pour nous torturer avant le temps ? » (Mt VIII, 29.)

Comment n’êtes-vous pas saisi de crainte et d’horreur ? Les démons confessent, et vous niez ? Et comment ne voyez-vous pas quel est l’auteur de ces opinions perverses ? Celui qui, au commencement, a trompé l’homme, qui, en lui présentant l’espoir de biens plus considérables, lui a fait perdre ceux qu’il avait dans ses mains, le démon, c’est lui qui lui suggère maintenant encore de pareils discours, de pareilles pensées ; et s’il tient à persuader à quelques-uns qu’il n’y a pas d’enfer, c’est précisément pour les précipiter dans l’enfer ; et au contraire, Dieu menace de l’enfer, et a préparé l’enfer, afin que vous viviez de manière à ne pas tomber dans l’enfer. Mais voyons, raisonnons : si, quoique l’enfer existe, le diable vous persuade du contraire, comment se fait-il que les démons l’aient avoué cet enfer qui n’existe pas, ces démons qui tiennent avant tout à ce que nous n’en soupçonnions pas l’existence, afin que la sécurité entretenant notre nonchalance, nous tombions avec eux dans ce feu éternel ? Mais comment donc, me dira-t-on, l’ont-ils avoué ? En subissant la contrainte exercée sur eux.
Il faut donc méditer toutes ces réflexions, et renoncer à se tromper soi-même et à tromper les autres en répétant de funestes discours. Ceux qui les tiennent seront punis de prononcer des paroles qui tournent en dérision des choses terribles, qui détournent du salut un grand nombre de personnes disposées à faire leur salut.

Des barbares, des Ninivites ont donné un meilleur exemple. C’étaient, en toutes choses, des ignorants ; mais quand on leur dit que leur ville allait être bouleversée, non seulement ils crurent, mais ils poussèrent des gémissements, et ils se couvrirent de sacs, et ils furent dans la consternation, et ils ne cessèrent de donner tous ces signes de douleur que quand ils eurent apaisé la colère de Dieu. Et vous, qui savez tant de choses, vous tournez en dérision la parole de Dieu ? Il vous arrivera donc le contraire de ce qui est arrivé aux Ninivites. De même que, pour avoir reçu les menaces de Dieu avec crainte, ils n’ont pas subi le supplice, de même, vous, pour avoir méprisé la menace, vous éprouverez le châtiment. Aujourd’hui vous traitez notre parole de chimère, il n’en sera pas de même quand l’expérience sera là pour vous persuader.

Eh ! ne voyez-vous pas, même sur cette terre, ce que Dieu a fait ? Comment il n’a pas admis les deux larrons au même partage ; ne voyez-vous pas qu’il a introduit l’un dans son royaume, qu’il a rejeté l’autre dans l’enfer ? Et que parlé-je du larron et du meurtrier ? Il n’a pas épargné son apôtre devenu traître ; il voyait bien qu’il allait se pendre, qu’il allait s’étrangler, il le voyait crevé par le milieu du corps car : « Il a crevé par le milieu du ventre, et toutes ses entrailles se sont répandues » (Act. I, 48) ; le Christ voyait toute cette tragédie d’avance, et il a laissé le misérable à son sort, afin de vous apprendre par un spectacle présent à croire à toutes les vérités de l’avenir.

Gardez-vous donc de vous tromper vous-mêmes en obéissant au démon ; car ce sont ses inspirations que vous écoutez. Si des juges, des maîtres, des précepteurs, quoique barbares, honorent les bons et punissent les méchants, comment serait-il conforme à la nature de Dieu de faire le contraire, et de décerner le même traitement au bon et à celui qui ne l’est pas ? Et d’où viendra la délivrance qui nous affranchira de la perversité ? Aujourd’hui, dans l’attente des supplices, au milieu de tant de terreurs inspirées par les juges, par les lois, les méchants ne renoncent pas encore au crime ; quand ils en seront venus à n’avoir plus de crainte, non seulement parce qu’ils croiront ne pouvoir pas tomber dans l’enfer, mais encore parce qu’ils espéreront d’entrer dans le royaume des cieux, quel terme mettront-ils à leur perversité ? Est-ce de la bonté, je vous en prie, d’encourager le mal, d’établir un prix pour la corruption, d’admettre au même traitement le sage et le déréglé, le fidèle et l’impie, Paul et le démon ? Jusqu’à quand nous repaîtrons-nous de frivolités ?

Je vous en conjure, guérissez-vous de ce délire, rentrez en vous-mêmes, persuadez-vous qu’il faut craindre, qu’il faut trembler, afin d’être affranchis de l’enfer, afin d’obtenir, après cette vie passée dans la sagesse, les biens de l’autre vie, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, la gloire, la puissance, l’honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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